consacr\u00e9e au \u00ab moment Groenland \u00bb<\/a> met en \u00e9vidence une rupture fondamentale dans les repr\u00e9sentations g\u00e9opolitiques des opinions publiques europ\u00e9ennes. Les \u00c9tats-Unis, longtemps per\u00e7us majoritairement comme un alli\u00e9 structurel, ext\u00e9rieur au champ des menaces pesant sur l\u2019Europe, entrent progressivement dans une zone grise : celle d\u2019un alli\u00e9 devenu instable, impr\u00e9visible et, m\u00eame pour une part croissante de l\u2019opinion, susceptible de constituer une menace directe.<\/p>\n\n\n\nCe basculement s\u2019est op\u00e9r\u00e9 en un an d\u2019administration Trump. En janvier 2026, 8<\/strong>1 % des Europ\u00e9ens consid\u00e8rent qu\u2019une intervention militaire am\u00e9ricaine au Groenland constituerait un \u00ab acte de guerre contre l\u2019Europe \u00bb, et 63 % se d\u00e9clarent favorables \u00e0 \u00ab l\u2019envoi de troupes europ\u00e9ennes en posture d\u00e9fensive \u00bb. Plus encore, 21 % des Europ\u00e9ens estiment d\u00e9sormais qu\u2019une guerre directe avec les \u00c9tats-Unis est probable dans les ann\u00e9es \u00e0 venir \u2014 un niveau sup\u00e9rieur \u00e0 celui observ\u00e9 pour la Chine ou l\u2019Iran. Cette proportion a doubl\u00e9 en quelques semaines depuis la derni\u00e8re vague de d\u00e9cembre 2025.<\/p>\n\n\n\nCes r\u00e9sultats signalent bien plus qu\u2019un durcissement conjoncturel. Ils indiquent que la g\u00e9opolitique, longtemps per\u00e7ue comme un domaine lointain ou r\u00e9serv\u00e9 aux cercles experts, est en train de devenir un sujet saillant, \u00e9motionnel et fortement polarisant, suscitant des r\u00e9actions tranch\u00e9es dans de larges pans de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne. Tout cela conduit \u00e0 une demande explicite de protection collective \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union.<\/p>\n\n\n\n
Dans ce contexte in\u00e9dit, une question s\u2019impose : assiste-t-on \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau clivage politique structurant, susceptible de recomposer durablement les rapports de force internes aux soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes ? Et si tel est le cas, selon quelles lignes id\u00e9ologiques et \u00e9lectorales ce clivage s\u2019organise-t-il ?<\/p>\n\n\n\n
\u00c0 partir des donn\u00e9es recueillies en France, en Italie, en Allemagne et en Espagne, on observe que la relation aux \u00c9tats-Unis de Donald Trump constitue aujourd\u2019hui un facteur potentiel de recomposition politique.<\/p>\n\n\n\n
Ce \u00ab facteur Trump \u00bb f\u00e9d\u00e8re puissamment les forces progressistes et mod\u00e9r\u00e9es, tout en d\u00e9sorganisant et divisant profond\u00e9ment les droites, en particulier les droites radicales et identitaires.<\/p>\n\n\n\n
Donald Trump f\u00e9d\u00e8re ses adversaires et divise ses soutiens<\/h2>\n\n\n\n\u00ab Ami \u00bb ou \u00ab ennemi \u00bb de l\u2019Europe : un consensus hostile massif chez les progressistes et les mod\u00e9r\u00e9s<\/h3>\n\n\n\nLe cas fran\u00e7ais et le paradigme Trump<\/h4>\n\n\n\n
Dans les pays de l\u2019Union, Donald Trump est majoritairement per\u00e7u comme un \u00ab ennemi de l\u2019Europe \u00bb. En France, 55 % des r\u00e9pondants adoptent cette qualification, contre 7 % seulement qui le consid\u00e8rent comme un \u00ab ami \u00bb, des niveaux tr\u00e8s proches de ceux observ\u00e9s en Allemagne, en Italie et en Espagne.<\/p>\n\n\n\n
Mais c\u2019est ici l\u2019analyse par \u00e9lectorat qui permet de mieux saisir les dynamiques en cours et leur impact potentiel sur les forces politiques. Pour cela, le vote aux derni\u00e8res \u00e9lections europ\u00e9ennes fournit un cadre pertinent : ces \u00e9lections sont encore r\u00e9centes et l\u2019offre y \u00e9tait assez compl\u00e8te pour permettre de mener des analyses pr\u00e9cises par \u00e9lectorat.<\/p>\n\n\n\n
Dans les quatre pays \u00e9tudi\u00e9s, on observe un consensus hostile extr\u00eamement solide qui s\u2019\u00e9tend de la gauche radicale aux forces centristes et mod\u00e9r\u00e9es. En France, entre 85 % et 95 % des \u00e9lecteurs de LFI, des \u00e9cologistes, du PS et de Renaissance qualifient Donald Trump d\u2019ennemi de l\u2019Europe, sans pratiquement aucune divergence. Aucun de ces \u00e9lectorats ne le consid\u00e8re comme \u00ab un ami \u00bb. Les \u00e9carts observ\u00e9s rel\u00e8vent uniquement de diff\u00e9rences d\u2019intensit\u00e9, non de d\u00e9saccords de fond.<\/p>\n\n\n\n