{"id":314625,"date":"2026-01-24T06:00:00","date_gmt":"2026-01-24T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=314625"},"modified":"2026-01-23T20:30:26","modified_gmt":"2026-01-23T19:30:26","slug":"la-fin-de-la-technocratie-globale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/01\/24\/la-fin-de-la-technocratie-globale\/","title":{"rendered":"La technocratie globale apr\u00e8s Trump"},"content":{"rendered":"\n

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Beaucoup ont trouv\u00e9 son discours ennuyeux, long, particuli\u00e8rement confus et inqui\u00e9tant \u2014 ravivant m\u00eame des doutes sur sa stabilit\u00e9 mentale<\/a>.<\/p>\n\n\n\n

Pourtant, la sc\u00e8ne jou\u00e9e par Donald Trump depuis la tribune du Forum \u00e9conomique mondial cette semaine avait une fonction tr\u00e8s pr\u00e9cise.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 Davos, les repr\u00e9sentants des \u00c9tats-Unis \u00e9taient venus en nombre. M\u00eame Elon Musk \u00e9tait l\u00e0. Entre l\u2019\u00e9glise d\u00e9sacralis\u00e9e recouverte de posters d\u2019aigle de quatre m\u00e8tres de haut et la signature de la Charte du Conseil pour la paix \u2014 nouvel outil de pr\u00e9dation pr\u00e9sent\u00e9 comme une alternative \u00e0 l\u2019ONU \u2014 le but n\u2019\u00e9tait pas juste de faire de la figuration.<\/p>\n\n\n\n

En Suisse, Trump et son clan ont mis en sc\u00e8ne la rupture d\u00e9finitive entre un certain ordre international et la pratique brutale du nouvel imp\u00e9rialisme \u00e9tatsunien ; entre la recherche de solutions diplomatiques et l’imposition de la volont\u00e9 nationale ; entre la technocratie mondiale dans sa manifestation la plus pure et un nouvel ordre fond\u00e9 sur le principe de la force. Dans un forum cr\u00e9\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer l’int\u00e9gration des march\u00e9s, le multilat\u00e9ralisme r\u00e9glement\u00e9 et la confiance dans les experts, Trump a revendiqu\u00e9 le r\u00f4le des droits de douane comme arme de pression politique ; il a d\u00e9peint les alli\u00e9s europ\u00e9ens comme \u00ab affaiblis \u00bb et \u00ab m\u00e9connaissables \u00bb ; en r\u00e9it\u00e9rant sa demande \u00ab d’acqu\u00e9rir \u00bb le Groenland, il a pos\u00e9 la possibilit\u00e9 concr\u00e8te de redessiner les fronti\u00e8res non pas par des n\u00e9gociations diplomatiques et progressives, mais par la menace de l’usage de la coercition \u00e9conomique et militaire.<\/p>\n\n\n\n

Dans un discours d\u2019une heure devant une \u00e9lite qui avait th\u00e9oris\u00e9 pendant trente ans la pacification technocratique du monde, Trump a montr\u00e9 que le langage de la technique ne pouvait plus se pr\u00e9tendre neutre et comme affect\u00e9, par d\u00e9faut, au service d\u2019une meilleure coordination mondiale.<\/p>\n\n\n\n

Au contraire : avec lui, la technocratie devient une grammaire de conflit hi\u00e9rarchique entre empires, dans laquelle m\u00eame l’\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour alimenter l’intelligence artificielle, les infrastructures num\u00e9riques et les nouveaux secteurs strat\u00e9giques est pr\u00e9sent\u00e9e comme un indice de sup\u00e9riorit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n

Lieu embl\u00e9matique de la technocratie mondialis\u00e9e, Davos \u00e9tait le cadre id\u00e9al pour r\u00e9aliser cette mutation g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n

Le dispositif qui avait soutenu l’ordre de l’apr\u00e8s-guerre froide \u2014 banques centrales ind\u00e9pendantes, tribunaux supranationaux, r\u00e9gulateurs, institutions scientifiques mondiales \u2014 s’\u00e9tait l\u00e9gitim\u00e9 en promettant la stabilit\u00e9, la croissance et la d\u00e9politisation des conflits : un monde dans lequel les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9taient gomm\u00e9es, absorb\u00e9es par des algorithmes, des proc\u00e9dures, des param\u00e8tres \u00e9conomiques, statistiques et juridiques.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd’hui, cette architecture appara\u00eet comme le vestige d’une \u00e9poque r\u00e9volue : les m\u00eames instruments sont r\u00e9investis dans toute leur puissance non pas pour neutraliser le politique mais au contraire pour l’armer et le rendre encore plus brutal. <\/p>\n\n\n\n

La technique ne sert plus \u00e0 att\u00e9nuer le conflit \u2014 elle est mise \u00e0 son service pour le rendre plus brutal, pour porter des coups plus efficaces.<\/p>\n\n\n\n

L’administration \u00e9tatsunienne assume le retour de la guerre comme moyen d’\u00e9tendre la domination d’un seul pays \u2014 \u00e0 la t\u00eate duquel se trouve un \u00ab monarque r\u00e9publicain \u00bb. Et celui-ci demande \u00e0 ses alli\u00e9s historiques d\u2019accepter un tel oxymore.<\/p>\n\n\n\n

Suivant cette logique tr\u00e8s puissante, la politique mon\u00e9taire devient le prolongement des sanctions, les r\u00e8gles commerciales se retrouvent d\u00e9tourn\u00e9es au profit d’une guerre tarifaire, les technologies de l’information et de l’\u00e9nergie sont transform\u00e9es en leviers de chantage et de surveillance, les infrastructures critiques \u2014 ports, c\u00e2bles, r\u00e9seaux, approvisionnements et glaciers \u2014 \u00e9tant trait\u00e9es comme des territoires \u00e0 conqu\u00e9rir.<\/p>\n\n\n\n

Technocratie contre technocratie<\/h2>\n\n\n\n

Notre \u00e9poque ne signe pas la \u00ab fin \u00bb de la technocratie \u2014 mais la fin d’une d\u00e9clinaison particuli\u00e8re de la technocratie : mondiale, juridique, confiante dans sa capacit\u00e9 \u00e0 remplacer le conflit politique par une administration comp\u00e9tente.<\/p>\n\n\n\n

Ce cycle, qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9ploy\u00e9 avec une certaine stabilit\u00e9 de la fin des ann\u00e9es 1970 au milieu des ann\u00e9es 2010, reposait sur la foi dans la \u00ab seule voie rationnelle \u00bb de la politique \u00e9conomique, dans la primaut\u00e9 des trait\u00e9s et la \u00ab gouvernance sans peuple \u00bb. Il s’est effrit\u00e9 sous le poids des crises : chocs financiers, stagnation des classes moyennes, perception d’une int\u00e9gration commerciale asym\u00e9trique, vagues migratoires et guerres sans fin \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n

La contre-r\u00e9volution trumpienne ne vise pas \u00e0 d\u00e9truire la technocratie, mais \u00e0 la contraindre \u00e0 accepter un nouveau ma\u00eetre ; elle y parvient en partie. Elle oblige ainsi cette technocratie \u00e0 entrer dans le carcan d’une nouvelle logique de l\u00e9gitimation \u2014 un nouveau langage et une nouvelle fonction. D’instrument de pacification, celle-ci doit devenir un instrument de puissance au service des nouveaux ma\u00eetres du pouvoir politique.<\/p>\n\n\n\n

Davos \u00e9tait le cadre id\u00e9al pour r\u00e9aliser la mutation g\u00e9n\u00e9tique de la technocratie.<\/p>Lorenzo Castellani<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\u00c0 Davos, Trump a incarn\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment cette reconversion. Le pr\u00e9sident s’adresse \u00e0 un public habitu\u00e9 \u00e0 des appels \u00e0 une coop\u00e9ration ordonn\u00e9e, \u00e0 des compromis r\u00e9glement\u00e9s, \u00e0 des risques syst\u00e9miques partag\u00e9s ; le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis dresse au contraire une liste de revendications nationales et de vengeances politiques : des tarifs s\u00e9lectifs contre les alli\u00e9s qui n’augmentent pas leurs d\u00e9penses militaires, un levier commercial pour faire plier les gouvernements r\u00e9calcitrants, des menaces de r\u00e9organiser les cha\u00eenes de valeur dans une optique ouvertement cryptomercantiliste<\/a> et une conqu\u00eate mat\u00e9rielle de nouveaux territoires sous le paradigme de la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n

Sa rh\u00e9torique tr\u00e8s vancienne<\/a> contre une Europe \u00ab m\u00e9connaissable \u00bb et qui ne serait \u00ab pas sur la bonne voie \u00bb ne doit pas \u00eatre lue comme une \u00e9ni\u00e8me variation sur le th\u00e8me du populisme anti-establishment <\/em> : en s\u2019ing\u00e9rant dans la politique europ\u00e9enne, Washington demande aux appareils de chaque pays de prendre position, de choisir un camp, d’abandonner la pr\u00e9tention de repr\u00e9senter et de servir le plus grand nombre pour devenir les provinces d’un empire qui revendique son caract\u00e8re exceptionnel.<\/p>\n\n\n\n

On reproche souvent \u00e0 la technocratie d’avoir remplac\u00e9 la politique par sa propre id\u00e9ologie, de s’\u00eatre enferm\u00e9e dans des cercles autor\u00e9f\u00e9rentiels, d’avoir transform\u00e9 les institutions \u00ab ind\u00e9pendantes \u00bb en bastions d’une nouvelle classe oligarchique.<\/p>\n\n\n\n

Dans le langage de Trump, cette hostilit\u00e9 se traduit par une attaque syst\u00e9matique contre les \u00ab \u00e9lites mondialistes \u00bb et leurs lieux symboliques \u2014 Davos en premier lieu \u2014 auquel le pr\u00e9sident a toutefois choisi de participer plut\u00f4t que de d\u00e9l\u00e9gitimer le forum en le d\u00e9sertant. <\/p>\n\n\n\n

Car dans l’esprit de la nouvelle \u00e9lite politique, le r\u00e9sultat de ce processus n’est pas l’annulation du pouvoir technocratique, mais sa r\u00e9affectation \u00e0 un autre projet.<\/p>\n\n\n\n

Pour le dire autrement : Trump ne gouverne pas seul. La nouveaut\u00e9 de cette phase r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans la fusion entre le culte vou\u00e9 au leader<\/em> et la technocratie militante. <\/p>\n\n\n\n

Le trumpisme, \u00e0 cet \u00e9gard, n\u2019est pas une forme de leadership purement pl\u00e9biscitaire \u2014 dans lequel un C\u00e9sar gouvernerait uniquement \u00e0 travers une relation directe avec le \u00ab peuple \u00bb \u00e9motionnel et num\u00e9rique. Ce n\u2019est pas non plus une restauration de l’\u00ab ancienne \u00bb technocratie qui parle le langage neutre des r\u00e8gles. <\/p>\n\n\n\n

La configuration qui \u00e9merge est hybride : le nouveau leader \u2014 qui m\u00e9prise la liturgie du multilat\u00e9ralisme et l’hypocrisie du langage cosmopolite \u2014 construit autour de lui un \u00ab cerveau technique \u00bb restreint, s\u00e9lectionn\u00e9 pour sa loyaut\u00e9 et son agressivit\u00e9, capable de traduire des impulsions intuitives en dispositifs juridiques, financiers, administratifs et militaires. En parall\u00e8le de cette nouvelle technocratie trumpienne, dans d’autres laboratoires politiques nationalistes, des \u00e9conomistes, des strat\u00e8ges des donn\u00e9es, des juristes sp\u00e9cialis\u00e9s dans la s\u00e9curit\u00e9 et des ing\u00e9nieurs en infrastructures deviennent l’avant-garde op\u00e9rationnelle d’une reconfiguration imp\u00e9riale.<\/p>\n\n\n\n

Dans ce contexte, la technocratie cesse d’\u00eatre un code universel de coop\u00e9ration et se repositionne comme une infrastructure de conflit : l\u2019usage des algorithmes pour optimiser les cha\u00eenes de valeur mondiales laisse place aux logiciels pour le renseignement et \u00e0 la guerre cybern\u00e9tique ; les normes comptables pour harmoniser les march\u00e9s laissent place aux param\u00e8tres d’exclusion, aux sanctions, aux embargos ; les r\u00e9seaux num\u00e9riques comme plateformes de connexion laissent place aux appareils de surveillance, de manipulation, de construction d’ennemis.<\/p>\n\n\n\n

La Silicon Valley \u2014 du moins une certaine Silicon Valley \u2014 passe du statut de laboratoire enthousiaste du mondialisme progressiste \u00e0 celui de bras arm\u00e9 d’une modernisation r\u00e9actionnaire : les entrepreneurs et les innovateurs ne revendiquent plus seulement le m\u00e9rite et la disruption, mais se pr\u00e9sentent comme l’aristocratie technique d’un nouveau cycle imp\u00e9rial, engag\u00e9e dans la guerre pour les donn\u00e9es, pour l’intelligence artificielle et pour le contr\u00f4le total de l’orbite terrestre basse.<\/p>\n\n\n\n

La partie sans doute la plus int\u00e9ressante de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, c\u2019est que cette m\u00e9tamorphose ne concerne pas uniquement les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n

La Chine et son paradigme de l’\u00ab \u00c9tat ing\u00e9nieur<\/a> \u00bb offrent une autre variante de technocratie reconfigur\u00e9e : une bureaucratie d’ing\u00e9nieurs, de planificateurs et de data scientists<\/em> int\u00e9gr\u00e9e organiquement dans le parti et dans l\u2019\u00c9tat<\/a>, qui mesure le succ\u00e8s non pas en termes de bien-\u00eatre individuel mais en termes d’accumulation de capacit\u00e9s industrielles, de domination des fili\u00e8res strat\u00e9giques, de contr\u00f4le des infrastructures mat\u00e9rielles et num\u00e9riques et de p\u00e9n\u00e9tration progressive et silencieuse dans les leviers du pouvoir d’autres pays. \u00c0 P\u00e9kin, la comp\u00e9tence technique est certifi\u00e9e par les instances sup\u00e9rieures, la loyaut\u00e9 politique est une condition d’acc\u00e8s au pouvoir : la technocratie n’est pas un filtre autonome par rapport \u00e0 la politique mais le bras sp\u00e9cialis\u00e9 d’une volont\u00e9 de puissance collective qui ne feint pas la neutralit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Alors que la technocratie d\u2019hier avait tent\u00e9 de d\u00e9politiser la technique, la nouvelle technocratie la repolitise avec des instruments nouveaux et inqui\u00e9tants.<\/p>Lorenzo Castellani<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Il en r\u00e9sulte un duel entre deux technocraties imp\u00e9riales \u2014 celle des \u00c9tats-Unis, r\u00e9organis\u00e9e autour du nationalisme trumpien, et celle de la Chine, fond\u00e9e sur le dirigisme technique du parti \u2014 qui redessine la g\u00e9ographie du pouvoir mondial.<\/p>\n\n\n\n

Entre ces deux p\u00f4les, l’Europe appara\u00eet comme le grand vestige du cycle technocratique pr\u00e9c\u00e9dent : un continent qui a profond\u00e9ment int\u00e9rioris\u00e9 l’id\u00e9e que les cours de justice, les banques centrales ind\u00e9pendantes, les autorit\u00e9s de r\u00e9gulation et les trait\u00e9s peuvent compenser le manque de puissance et de d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n

Alors que Trump affiche et revendique sans aucune honte la nouvelle logique de l’empire, de nombreux dirigeants europ\u00e9ens continuent de parler le langage de la gouvernance, du droit, du d\u00e9veloppement durable et de la diplomatie \u2014 comme si le monde n’\u00e9tait pas d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9 dans une phase d’arsenalisation intense des interd\u00e9pendances, m\u00eame entre alli\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 ce stade, ces deux mondes politiques ne semblent plus parvenir \u00e0 communiquer pour ren\u00e9gocier les termes d’une alliance.<\/p>\n\n\n\n

Le texte qui suit propose une lecture r\u00e9aliste de la \u00ab fin \u00bb d’une certaine technocratie et de la mont\u00e9e de la nouvelle alliance entre leaders et technocratie militante.<\/p>\n\n\n\n

Il ne s’agit pas de regretter le \u00ab pilote automatique \u00bb de la mondialisation, ni d’exalter na\u00efvement le retour du politique comme s’il \u00e9tait synonyme de plus de d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n

Le c\u0153ur du probl\u00e8me est ailleurs.<\/p>\n\n\n\n

Ce qu’il nous revient d’essayer de comprendre, c’est comment la comp\u00e9tence, lib\u00e9r\u00e9e de la rh\u00e9torique de la neutralit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9absorb\u00e9e dans des projets ouvertement imp\u00e9riaux, nationaux, conflictuels ; et comment, dans la grande circulation des \u00e9lites en cours, le remplacement de l’ancienne technocratie mondiale par la nouvelle technocratie nationaliste redessine les fronti\u00e8res entre la force et le droit, entre l’exception et la norme, entre l’\u00c9tat et le march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

C’est dans cet espace ouvert entre Davos et Washington, entre P\u00e9kin et Bruxelles, qu\u2019est en train de se d\u00e9rouler une guerre des technocraties.<\/p>\n\n\n\n\n

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\n \n \"\u00abLes\n <\/picture>\n
\u00ab Les technologies de l’information et de l’\u00e9nergie sont transform\u00e9es en leviers de chantage et de surveillance et les infrastructures critiques \u2014 ports, c\u00e2bles, r\u00e9seaux, approvisionnements et glaciers \u2014 trait\u00e9es comme des territoires \u00e0 conqu\u00e9rir. \u00bb (Image \u00a9 AP Photo\/Markus Schreiber)<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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\n \n \"\u00abLieu\n <\/picture>\n
\u00ab Lieu embl\u00e9matique de la technocratie mondialis\u00e9e, Davos \u00e9tait le cadre id\u00e9al pour r\u00e9aliser cette mutation g\u00e9n\u00e9tique. \u00bb (Image : \u00a9 AP Photo\/Markus Schreiber)<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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\u00ab Les technologies de l’information et de l’\u00e9nergie sont transform\u00e9es en leviers de chantage et de surveillance et les infrastructures critiques \u2014 ports, c\u00e2bles, r\u00e9seaux, approvisionnements et glaciers \u2014 trait\u00e9es comme des territoires \u00e0 conqu\u00e9rir. \u00bb (Image \u00a9 AP Photo\/Markus Schreiber)<\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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\u00ab Lieu embl\u00e9matique de la technocratie mondialis\u00e9e, Davos \u00e9tait le cadre id\u00e9al pour r\u00e9aliser cette mutation g\u00e9n\u00e9tique. \u00bb (Image : \u00a9 AP Photo\/Markus Schreiber)<\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

La trahison des technocrates<\/h2>\n\n\n\n

L’ordre technocratique de la mondialisation reposait sur un principe simple : le conflit politico-social \u00e9tant potentiellement destructeur.<\/p>\n\n\n\n

Pour se sauver et assurer la paix sociale, il fallait le neutraliser en transf\u00e9rant les d\u00e9cisions les plus importantes vers des instances prot\u00e9g\u00e9es, techniques et professionnalis\u00e9es. La constitution mat\u00e9rielle de l’Occident apr\u00e8s la guerre froide est pass\u00e9e par l’expansion d’institutions qui tiraient leur l\u00e9gitimit\u00e9 non pas du consentement populaire direct, mais de leur comp\u00e9tence : banques centrales ind\u00e9pendantes, autorit\u00e9s administratives, cours constitutionnelles et supranationales, organisations internationales et r\u00e9gimes de trait\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

Les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales ont d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la science \u00e9conomique, au droit et aux statistiques la gestion des grands dossiers : inflation, d\u00e9ficit, commerce, politiques industrielles, voire m\u00eame les droits fondamentaux, au nom d’une rationalit\u00e9 sup\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n

En \u00e9change, les technocrates promettaient une croissance stable, une int\u00e9gration pacifique des march\u00e9s, la protection des droits individuels : au total, un monde \u00e0 faible intensit\u00e9 de conflits, dans lequel la politique \u00e9tait encapsul\u00e9e dans des contraintes juridiques et \u00e9conomiques d\u00e9finies par une nouvelle aristocratie de la comp\u00e9tence.<\/p>\n\n\n\n

Ce syst\u00e8me a fonctionn\u00e9, du moins pour un temps.<\/p>\n\n\n\n

Tant que l’\u00e9conomie mondiale garantissait des marges de redistribution et une mobilit\u00e9 sociale suffisantes pour l\u00e9gitimer le \u00ab pilotage automatique \u00bb et tant que la confiance dans une culture lib\u00e9rale et optimiste autour de la mondialisation pouvait se maintenir, peu de pressions externes pouvaient remettre en cause ce mod\u00e8le. Cette culture, qui soutenait la l\u00e9gitimation politique des \u00ab institutions de comp\u00e9tence \u00bb, rendait aussi possible une interaction entre les syst\u00e8mes politiques \u00e0 plusieurs niveaux autour de n\u0153uds technocratiques supranationaux et internationaux.<\/p>\n\n\n\n

Mais quelque chose s\u2019est cass\u00e9. La grande crise financi\u00e8re, la stagnation des classes moyennes, la perception d’une int\u00e9gration commerciale asym\u00e9trique, les vagues migratoires, les guerres interminables au Moyen-Orient ont fini par \u00e9roder la confiance dans le gouvernement des comp\u00e9tents. L’id\u00e9e m\u00eame qu’il existait une seule voie rationnelle en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique et internationale a commenc\u00e9 \u00e0 vaciller, ouvrant la voie aux entrepreneurs politiques de la r\u00e9volte.<\/p>\n\n\n\n

Une fois cette promesse d’ordre et de bien-\u00eatre bris\u00e9e, la ranc\u0153ur s’est concentr\u00e9e non pas tant contre la d\u00e9mocratie que contre ceux qui l’administraient au nom de la comp\u00e9tence.<\/p>\n\n\n\n

La technocratie a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e de s’\u00eatre transform\u00e9e en \u00ab caste \u00bb : autor\u00e9f\u00e9rentielle, id\u00e9ologis\u00e9e, imperm\u00e9able au vote, incapable d’assumer la responsabilit\u00e9 politique de ses \u00e9checs.<\/p>\n\n\n\n

Au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, une partie du monde intellectuel a bien tent\u00e9 de d\u00e9fendre cette \u00e9lite en revendiquant son r\u00f4le rationalisateur contre les d\u00e9rives populistes. Tom Nichols a d\u00e9nonc\u00e9 la \u00ab mort de la comp\u00e9tence \u00bb, Adrian Wooldridge a th\u00e9oris\u00e9 une nouvelle aristocratie du talent, Jason Brennan a pouss\u00e9 le raisonnement jusqu’\u00e0 imaginer des syst\u00e8mes dans lesquels le suffrage universel serait affaibli au profit de m\u00e9canismes mixtes de technocratie et de tirage au sort. D’autres, comme Parag Khanna, ont mis\u00e9 sur une \u00ab technocratie directe \u00bb, o\u00f9 la technologie num\u00e9rique concilierait d\u00e9mocratie participative et gouvernement des experts <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Les cryptomonnaies deviennent une arme g\u00e9opolitique, l’automatisation un outil de relocalisation industrielle, les plateformes num\u00e9riques des syst\u00e8mes de surveillance et d’influence.<\/p>Lorenzo Castellani<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dark Technocracy<\/em> : la structure \u00e9litiste de la droite \u00e9tatsunienne<\/h2>\n\n\n\n

Parall\u00e8lement, des propositions encore plus radicales ont \u00e9merg\u00e9 des tr\u00e9fonds de la nouvelle droite : du \u00ab gouvernement propri\u00e9taire \u00bb de Curtis Yarvin, inspir\u00e9 du mod\u00e8le des entreprises priv\u00e9es, au mythe de la cit\u00e9-\u00c9tat hyper-rentable <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Toutes ces visions, aussi divergentes soient-elles, partent en fait du m\u00eame postulat : le r\u00f4le central de l’expertise n’est pas remis en question, il doit simplement \u00eatre dissoci\u00e9 de l’ancien compromis lib\u00e9ral-progressiste et rattach\u00e9 \u00e0 de nouvelles formes de l\u00e9gitimation.<\/p>\n\n\n\n

Aux \u00c9tats-Unis, les th\u00e9ories technocratiques de Peter Thiel et Alex Karp \u00e9largissent la compr\u00e9hension des nouvelles formes de gouvernance \u00e9litiste \u00e0 l’\u00e8re num\u00e9rique \u2014 dans la lign\u00e9e de l’acc\u00e9l\u00e9ration r\u00e9actionnaire<\/a> que nous avions d\u00e9crite dans ces pages apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection de Trump. Peter Thiel, dans Zero to One<\/em> et dans d\u2019autres textes, promeut ainsi une vision technocratique et oligarchique dans laquelle l’innovation radicale serait l’apanage d’une poign\u00e9e d’entrepreneurs visionnaires et d’investisseurs capables de fonder des monopoles cr\u00e9atifs comme instruments de progr\u00e8s et de supr\u00e9matie g\u00e9opolitique. Pour Thiel, la d\u00e9mocratie des masses serait totalement inefficace pour reconna\u00eetre le m\u00e9rite dans le d\u00e9veloppement technologique. L’avenir appartiendrait \u00e0 ceux qui d\u00e9tiennent le savoir-faire et la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, consolidant ainsi une nouvelle \u00e9lite \u00ab technique \u00bb capable de red\u00e9finir les rapports de pouvoir \u00e9conomique et national.<\/p>\n\n\n\n

Alex Karp, cofondateur de Palantir avec Thiel, dans diverses interventions et lettres aux actionnaires, ainsi que dans son dernier livre o\u00f9 il appelle \u00e0 l’av\u00e8nement d\u2019une \u00ab r\u00e9publique technologique \u00bb pr\u00e9sente la technocratie comme n\u00e9cessaire dans le contexte de la s\u00e9curit\u00e9 nationale et de la concurrence entre les \u00c9tats. L’int\u00e9gration entre le big data<\/em>, l’intelligence artificielle et les appareils bureaucratiques conduirait selon lui \u00e0 un mod\u00e8le o\u00f9 seules les \u00e9lites dot\u00e9es de capacit\u00e9s analytiques et d’infrastructures num\u00e9riques pourraient garantir l’ordre et la pr\u00e9visibilit\u00e9 sociale. Karp d\u00e9fend ainsi ouvertement l’intervention des entreprises priv\u00e9es comme outil de pure gestion des soci\u00e9t\u00e9s humaines, affirmant que la \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique \u00bb est secondaire lorsque la s\u00e9curit\u00e9 et le leadership technologique mondial sont en jeu. Sa proposition d\u2019une version radicale de la technocratie manag\u00e9riale refl\u00e8te la logique de la nouvelle droite \u00e9tatsunienne <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

C’est sur ce terrain que s’op\u00e8re le changement de phase : la technique cesse d’\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e comme un instrument de pacification et d’ordre et redevient explicitement un instrument de pouvoir qu\u2019on peut mobiliser, y compris de mani\u00e8re brutale.<\/p>\n\n\n\n

Alors que la technocratie d\u2019hier avait tent\u00e9 de d\u00e9politiser la technique, la nouvelle technocratie la repolitise avec des instruments nouveaux et inqui\u00e9tants.<\/p>\n\n\n\n

Les cryptomonnaies deviennent une arme g\u00e9opolitique, l’automatisation un outil de relocalisation industrielle, les plateformes num\u00e9riques des syst\u00e8mes de surveillance et d’influence.<\/p>\n\n\n\n

Dans cette nouvelle phase, l’expertise n’a de sens que si elle est au service d\u2019une volont\u00e9 politique claire.<\/p>\n\n\n\n

La question n’est plus tant de savoir si les experts doivent gouverner, mais quels<\/em> experts doivent prendre le pouvoir et au profit de quelles communaut\u00e9s politiques.<\/p>\n\n\n\n

Miran, Bessent, Miller : figures de la technocratie en Am\u00e9rique<\/h2>\n\n\n\n

La technocratie trumpienne ne se pr\u00e9sente pas comme un vide de comp\u00e9tences, mais exprime plut\u00f4t une r\u00e9organisation agressive de celles-ci autour d’un projet imp\u00e9rial, incarn\u00e9 par un groupe relativement restreint de personnalit\u00e9s qui constituent le nouveau \u00ab cerveau technique \u00bb de l’America First. Trois d\u2019entre eux sont embl\u00e9matiques de cette g\u00e9n\u00e9ration : Stephen Miran<\/a>, Scott Bessent<\/a> et Stephen Miller<\/a>.<\/p>\n\n\n\n

Il serait faux de croire que Trump a chass\u00e9 les experts de la Maison-Blanche.<\/p>\n\n\n\n

Ce qui se passe \u00e0 Washington est un processus de remplacement des \u00e9lites<\/a> : la nouvelle technocratie renonce d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment au voile de la neutralit\u00e9 pour revendiquer son caract\u00e8re partial et engag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

C’est l’une des diff\u00e9rences fondamentales entre le premier et le deuxi\u00e8me mandat de Donald Trump.<\/p>\n\n\n\n

Stephen Miran repr\u00e9sente bien ce changement. Il incarne l’arch\u00e9type du technocrate \u00e9conomique de haut vol : formation universitaire tr\u00e8s technique, doctorat \u00e0 Harvard, exp\u00e9rience des march\u00e9s et de la politique \u00e9conomique, ma\u00eetrise du vocabulaire des banques centrales et des institutions financi\u00e8res internationales. Son r\u00f4le au sein du bloc trumpiste n’est pas de d\u00e9manteler la machine technico-financi\u00e8re, mais de la r\u00e9orienter : la sophistication macro\u00e9conomique est utilis\u00e9e pour transformer le Tr\u00e9sor, la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale et les instruments fiscaux et r\u00e9glementaires en leviers d’un nationalisme \u00e9conomique assertif, fond\u00e9 sur les guerres commerciales, la restructuration des cha\u00eenes de valeur et l’utilisation strat\u00e9gique du dollar.<\/p>\n\n\n\n

Scott Bessent incarne quant \u00e0 lui le volet purement financier de cette m\u00eame m\u00e9tamorphose. Issu du monde des hedge funds<\/em><\/a>, fort d’une r\u00e9putation b\u00e2tie sur sa capacit\u00e9 \u00e0 anticiper les chocs et \u00e0 man\u0153uvrer des capitaux \u00e0 l’\u00e9chelle mondiale, le secr\u00e9taire au Tr\u00e9sor ne pr\u00e9tend pas se l\u00e9gitimer par ses qualit\u00e9s d’impartialit\u00e9 et de pond\u00e9ration. Sa fonction est d’\u00eatre un \u00ab op\u00e9rateur \u00bb extraordinaire des march\u00e9s. C’est pr\u00e9cis\u00e9ment ce capital de cr\u00e9dibilit\u00e9, acquis dans la sph\u00e8re priv\u00e9e, qu\u2019il lui est demand\u00e9 de transf\u00e9rer dans la sph\u00e8re publique : l’\u00c9tat est con\u00e7u comme un grand portefeuille \u00e0 restructurer, un budget imp\u00e9rial \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer au profit des int\u00e9r\u00eats des citoyens \u00e9tatsuniens \u2014 et de la famille Trump.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
\u00ab  L\u00e0 o\u00f9 l’h\u00e9g\u00e9monie imp\u00e9riale cherchait \u00e0 trouver un point d\u2019\u00e9quilibre entre le pouvoir \u00e9conomique, le pouvoir politique et le pouvoir militaire, le nouvel empire despotique concentre ses efforts sur l’armement et cherche \u00e0 passer en \u00e9conomie de guerre \u2014 une \u00e9conomie dirig\u00e9e par le pouvoir politique et militaire.  \u00bb (Image \u00a9 AP Photo\/Markus Schreiber)<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

La figure de Stephen Miller se d\u00e9ploie dans un registre diff\u00e9rent et joue une autre fonction. Il incarne le visage le plus id\u00e9ologique de la technocratie trumpienne : il n’est ni \u00e9conomiste ni financier, mais strat\u00e8ge politique et architecte doctrinaire, d\u00e9crit comme l’un des hommes les plus influents du clan Trump. Il a con\u00e7u les politiques migratoires les plus radicales \u2014 de l’interdiction de voyager \u00e0 la s\u00e9paration des familles \u00e0 la fronti\u00e8re \u2014 et, en tant que chef de cabinet adjoint \u00e0 la Maison-Blanche avec un portefeuille transversal, il a \u00e9tendu son influence bien au-del\u00e0 de l’immigration, imposant une orientation centralisatrice \u00e0 des segments entiers de la politique f\u00e9d\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n

Miller remplit la fonction que les th\u00e9oriciens classiques des \u00e9lites comme Mosca et Pareto attribuaient au noyau dirigeant : transformer les impulsions diffuses et les intuitions visc\u00e9rales du leader en programmes, r\u00e9cits et dispositifs institutionnels coh\u00e9rents <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Son expertise r\u00e9side dans sa ma\u00eetrise de la th\u00e9ologie politique s\u00e9cularis\u00e9e : savoir se cr\u00e9er des ennemis efficaces, organiser une s\u00e9mantique ami-ennemi, convertir les ressentiments sociaux en identit\u00e9s collectives et en mesures administratives s\u00e9v\u00e8res capables de red\u00e9finir les fronti\u00e8res, les droits, les relations entre l’\u00c9tat et l’individu.<\/p>\n\n\n\n

La question n’est plus tant de savoir si les experts doivent gouverner, mais quels<\/em> experts doivent prendre le pouvoir et au profit de quelles communaut\u00e9s politiques.<\/p>Lorenzo Castellani<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pour reprendre la taxonomie que Pareto empruntait aux cat\u00e9gories de Machiavel, chez Miran et Bessent, c’est la dimension \u00ab renard \u00bb de l’\u00e9lite qui pr\u00e9vaut : ruse technique, capacit\u00e9 \u00e0 manier des instruments complexes, familiarit\u00e9 avec l’ing\u00e9nierie financi\u00e8re et institutionnelle du capitalisme mondial. Miller concentrerait plut\u00f4t quant \u00e0 lui la fonction \u00ab lion \u00bb : insistance sur la souverainet\u00e9, les fronti\u00e8res, l’ordre, disposition \u00e0 recourir \u00e0 la force de l’\u00c9tat et \u00e0 la duret\u00e9 normative pour marquer une rupture nette avec l’ordre pr\u00e9c\u00e9dent. L’entrelacement de ces profils produit une technocratie hybride, dans laquelle la sophistication analytique et la brutalit\u00e9 d\u00e9cisionnelle se renforcent mutuellement.<\/p>\n\n\n\n

Le trumpisme n’est pas une n\u00e9gation de l’\u00e9lite mais sa prise de contr\u00f4le en vue d\u2019une r\u00e9orientation strat\u00e9gique. Les experts ne sont pas \u00e9cart\u00e9s au nom d’un vague \u00ab sens commun \u00bb : ils sont s\u00e9lectionn\u00e9s pour leur capacit\u00e9 \u00e0 mettre leurs comp\u00e9tences \u2014 \u00e9conomiques, financi\u00e8res ou narratives \u2014 au service d’un projet de d\u00e9mant\u00e8lement du multilat\u00e9ralisme et de reconfiguration hi\u00e9rarchique des interd\u00e9pendances. La technocratie n’est plus la gardienne impartiale de l’ordre mondial mais le corps op\u00e9rationnel d’une h\u00e9g\u00e9monie imp\u00e9riale renouvel\u00e9e, dans laquelle des figures telles que Miran, Bessent et Miller servent \u00e0 faire le lien entre l’intuition politique du leader et la machine complexe de l’\u00c9tat contemporain.<\/p>\n\n\n\n

Cette nouvelle configuration du pouvoir politique \u00e0 Washington soul\u00e8ve \u00e9galement une autre question. L’exceptionnalisme \u00e9tatsunien \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 une forme de scission entre la constitution mat\u00e9rielle de l’empire et la constitution formelle de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale ; la litt\u00e9rature la plus critique \u00e0 l’\u00e9gard des institutions du pays l\u2019avait th\u00e9matis\u00e9e en reprenant le concept de double \u00c9tat ou en th\u00e9orisant une polarisation entre d\u00e9mocratie des droits et \u00c9tat profond : avec les empires, les institutions \u00ab normatives \u00bb de l’\u00c9tat de droit seraient remplac\u00e9es par les institutions \u00ab discr\u00e9tionnaires \u00bb d’une pr\u00e9sidence qui proc\u00e8de par \u00ab d\u00e9crets ex\u00e9cutifs \u00bb, neutralisant les organes de garantie et les autorit\u00e9s ind\u00e9pendantes dans une version actualis\u00e9e \u00e0 l’\u00e9chelle mondiale du \u00ab double \u00c9tat \u00bb, le concept th\u00e9oris\u00e9 par Ernst Fraenkel en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la dictature hitl\u00e9rienne, repris ensuite par Alan Wolfe en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la d\u00e9mocratie imp\u00e9riale \u00e9tatsunienne <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, la s\u00e9paration entre constitution formelle et constitution mat\u00e9rielle tend \u00e0 s\u2019effacer. Sous l\u2019influence de la Silicon Valley, les \u00c9tats-Unis d\u2019aujourd\u2019hui ressemblent de plus en plus \u00e0 un autre syst\u00e8me qu\u2019ils pr\u00e9sentent comme leur principal rival : la Chine.<\/p>\n\n\n\n

Un \u00c9tat ing\u00e9nieur : le contrepoint chinois<\/h2>\n\n\n\n

Cette comparaison n’a rien d’accessoire.<\/p>\n\n\n\n

Comme le restitue Dan Wang dans son ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence Breakneck<\/em>, le mod\u00e8le chinois repose sur une forme de \u00ab technocratie dirigiste \u00bb, dans laquelle la bureaucratie des ing\u00e9nieurs et la synergie entre l’\u00c9tat et l’industrie remplacent l’autonomie de l’entreprise priv\u00e9e typique du cas \u00e9tatsunien <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

En Chine, la comp\u00e9tence technique est \u00ab certifi\u00e9e par l’\u00c9tat \u00bb et utilis\u00e9e explicitement comme un outil de centralisation, d’acc\u00e9l\u00e9ration du d\u00e9veloppement industriel et d’orientation des investissements strat\u00e9giques \u2014 une solution technocratique, mais profond\u00e9ment diff\u00e9rente, qui combine la s\u00e9lection m\u00e9ritocratique avec une l\u00e9gitimation autoritaire et collectiviste.<\/p>\n\n\n\n

Pour Wang, la Chine est un \u00c9tat d\u2019ing\u00e9nieurs d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la poursuite de la volont\u00e9 de puissance par la croissance technologique. <\/p>\n\n\n\n

Vue sous cet angle, la partie se joue pr\u00e9cis\u00e9ment entre des mod\u00e8les rivaux de technocratie : l’oligarchie algorithmique et m\u00e9ritocratique \u00e9tatsunienne hybrid\u00e9e de populisme d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et le centralisme pragmatique et planifi\u00e9 de P\u00e9kin de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n

Dans les deux cas, la technologie n’est plus pr\u00e9sent\u00e9e comme un outil de pacification des conflits, mais comme un moyen de les intensifier et de les g\u00e9rer \u00e0 l’\u00e9chelle nationale.<\/p>\n\n\n\n

La technocratie oligarchique de la Silicon Valley tend \u00e0 se l\u00e9gitimer par le langage de l’innovation et du m\u00e9rite individuel en s’associant au nationalisme \u00e9conomique des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n

La technocratie dirigiste chinoise, en revanche, int\u00e8gre la comp\u00e9tence technique et la planification \u00e9tatique dans une forme d’ing\u00e9nierie sociale qui vise \u00e0 maximiser la puissance collective.<\/p>\n\n\n\n

La concurrence entre ces mod\u00e8les configure un champ de forces dans lequel les anciennes technocraties lib\u00e9rales-mondialistes europ\u00e9ennes apparaissent de plus en plus marginales et vuln\u00e9rables.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 en juger par la diversit\u00e9 des positions qui ont \u00e9merg\u00e9 au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, la technocratie est devenue progressivement un sujet de plus en plus controvers\u00e9. Certaines parties du monde intellectuel ont cherch\u00e9 \u00e0 en d\u00e9fendre les m\u00e9rites, d’autres ont surtout d\u00e9nonc\u00e9 ses d\u00e9fauts ; d’autres encore ont fait de la croissance technocratique un moyen de r\u00e9soudre la crise des institutions et de la repr\u00e9sentation politique. Malgr\u00e9 cela, la technocratie de la mondialisation, du moins dans le monde occidental, n’a pas r\u00e9ussi \u00e0 se sauver de la r\u00e9action et de la spirale de d\u00e9l\u00e9gitimation dans laquelle les institutions comp\u00e9tentes ont sombr\u00e9 au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. Le retour du politique, et de sa conflictualit\u00e9 \u00e0 travers le consensus et l’usage de la force, semble avoir atteint en 2025 un niveau de primaut\u00e9 tel qu’il a balay\u00e9 l’ordre technocratique qui s’\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9 au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

C’est d\u2019ailleurs sur ce point qu’appara\u00eet la diff\u00e9rence la plus \u00e9vidente entre les deux principales puissances et l’Europe.<\/p>\n\n\n\n

Le trumpisme n’est pas une n\u00e9gation de l’\u00e9lite mais sa prise de contr\u00f4le en vue d\u2019une r\u00e9orientation strat\u00e9gique.<\/p>Lorenzo Castellani<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Les \u00c9tats-Unis et la Chine ont arraisonn\u00e9 l’infrastructure technocratique de la mondialisation. Ils en ont fait une phalange imp\u00e9riale pr\u00eate \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9e de mani\u00e8re agressive \u2014 contre leurs adversaires comme contre leurs alli\u00e9s. Les pays europ\u00e9ens, et avec eux l’Union europ\u00e9enne, ne semblent pas avoir pleinement pris conscience de ce changement, oscillant entre les sch\u00e9mas d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9s de l’ancienne technocratie mondialiste et des approximations hyperpolitiques<\/a>, souvent peu concluantes.<\/p>\n\n\n\n

Dans ce va-et-vient, la reconstruction de la puissance en Europe s’av\u00e8re impossible. Le continent est vuln\u00e9rable \u00e0 de nouvelles manipulations de l’\u00e9lite politique et institutionnelle par les puissances qui ont achev\u00e9 d\u2019arsenaliser leurs appareils administratifs et technologiques.<\/p>\n\n\n\n

De l\u2019h\u00e9g\u00e9monie imp\u00e9riale \u00e0 l\u2019empire despotique<\/h2>\n\n\n\n

Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 une crise qui a dur\u00e9 plusieurs d\u00e9cennies, la primaut\u00e9 du politique r\u00e9appara\u00eet sous une nouvelle forme.<\/p>\n\n\n\n

Elle ne perd pas toutefois compl\u00e8tement ses attributs technocratiques : ceux-ci ont s\u00e9duit les proph\u00e8tes de l’acc\u00e9l\u00e9ration r\u00e9actionnaire sur laquelle repose l’offre politique du second Trump. <\/p>\n\n\n\n

Dans le m\u00eame temps, le politique s’incarne dans le pouvoir \u00e0 travers la personne.<\/p>\n\n\n\n

La pr\u00e9dominance du leadership<\/em> dans la politique actuelle, combin\u00e9e \u00e0 la rupture de l’ordre institutionnel technocratique, ouvre la voie \u00e0 la personnalisation du pouvoir et \u00e0 des formes de n\u00e9o-patrimonialisme dans lesquelles les \u00ab assistants \u00bb du leader<\/em> se partagent et administrent les ressources d’un empire essentiellement clanique.<\/p>\n\n\n\n

C’est dans ce nouveau dispositif que s\u2019installe la Silicon Valley en revendiquant de nouveaux privil\u00e8ges qui lui sont dus par le pouvoir en raison du r\u00f4le strat\u00e9gique qu’elle joue sur le plan technologique et \u00e9conomique. L’ancienne technocratie administrative doit \u00eatre d\u00e9cim\u00e9e, tandis que les restes du pouvoir peuvent \u00eatre utilis\u00e9s pour distribuer des protections et des ressources \u00e0 certains monopoles et oligopoles.<\/p>\n\n\n\n

Cette transformation appara\u00eet m\u00eame dans les m\u00e9canismes diplomatiques : le Qatar n\u00e9gocie les droits de douane, les armes et l’\u00e9quilibre au Moyen-Orient en offrant un avion au pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis ; les princes saoudiens investissent des sommes exorbitantes dans une crypto-monnaie \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 douteuse lanc\u00e9e par la famille Trump en \u00e9change d’un beau discours ir\u00e9nique<\/a> ; la Suisse est contrainte d’offrir des lingots d’or et des Rolex de luxe \u00e0 la Maison-Blanche pour voir ses droits de douane r\u00e9duits. Le caract\u00e8re pr\u00e9dateur et patrimonial s’accentue \u00e9galement dans la gestion des relations institutionnelles, d\u00e9stabilisant tous ceux qui sont rest\u00e9s attach\u00e9s aux anciennes r\u00e8gles de n\u00e9gociation faites d’\u00e9changes, de normes, de proc\u00e9dures ritualis\u00e9es, de s\u00e9paration entre le public et le personnel.<\/p>\n\n\n\n

C’est de la n\u00e9cessit\u00e9 de se d\u00e9barrasser d’une \u00e9lite d\u00e9faillante \u2014 notamment parce qu’elle repose sur le principe de la comp\u00e9tence plut\u00f4t que sur celui de la repr\u00e9sentation d\u00e9mocratique \u2014 que na\u00eet la demande d’une m\u00e9tamorphose visant \u00e0 se lib\u00e9rer du processus de rationalisation w\u00e9b\u00e9rienne du pouvoir. Seule l’exception permet d’\u00e9tablir une nouvelle r\u00e8gle ; seul le r\u00e9tablissement de la l\u00e9gitimit\u00e9 politique, sous une forme plus directe et moins m\u00e9diatis\u00e9e, peut en l’occurrence fonder une nouvelle l\u00e9galit\u00e9 qui transforme toutefois les garanties et les pouvoirs institutionnels de mani\u00e8re substantielle, m\u00eame si ce n’est pas en termes formels.<\/p>\n\n\n\n

La nouvelle classe politique rejette la technique de l’\u00c9tat \u00ab constitutionnel \u00bb \u2014 et, avec elle, la fragmentation de la souverainet\u00e9 et la pluralit\u00e9 des pouvoirs \u2014 qui parvient \u00e0 an\u00e9antir tout r\u00e9sidu de personnalit\u00e9 et de responsabilit\u00e9 individuelle dans la formulation des pr\u00e9ceptes juridiques et, par cons\u00e9quent, dans l’administration de l’\u00c9tat. C\u2019est de l\u00e0 que r\u00e9sultent les pressions et les attaques contre les agences administratives, les circuits judiciaires et les institutions non partisanes, comme les tentatives de manipulation de la Constitution mat\u00e9rielle.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019intellectuel postlib\u00e9ral Patrick Deneen<\/a> pr\u00e9conise ainsi un retour \u00e0 la \u00ab constitution mixte \u00bb, de type aristot\u00e9licien, qui ne repose pas sur la s\u00e9paration des pouvoirs \u2014 qui aurait creus\u00e9 un foss\u00e9 profond entre le peuple et l’\u00e9lite \u2014 mais sur un m\u00e9lange entre aristocratie et pl\u00e8be qu\u2019il appelle \u00ab aristopopulisme<\/a> \u00bb. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 cette nouvelle configuration du pouvoir, soutient Deneen, qu\u2019il sera possible de se lib\u00e9rer de la technocratie mondialiste et de ses distorsions, afin de faire place \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 plus juste et plus vertueuse <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La conception de la politique qui a pr\u00e9valu pendant trois g\u00e9n\u00e9rations touche \u00e0 sa fin.<\/p>\n\n\n\n

Elle a peut-\u00eatre m\u00eame d\u00e9j\u00e0 disparu.<\/p>\n\n\n\n

Cette conception laisse place \u00e0 un monde fond\u00e9 sur la verticalit\u00e9 du pouvoir, sur un ordre bas\u00e9 sur la force plut\u00f4t que sur les r\u00e8gles, sur une rationalit\u00e9 politique ax\u00e9e sur le rapport de force et l’identit\u00e9 plut\u00f4t que sur la rationalit\u00e9 technico-scientifique. Elle produit un glissement doctrinal : une translatio<\/em> de l’h\u00e9g\u00e9monie imp\u00e9riale vers l’empire despotique. <\/p>\n\n\n\n

L\u00e0 o\u00f9 l’h\u00e9g\u00e9monie imp\u00e9riale cherchait \u00e0 trouver un point d\u2019\u00e9quilibre entre le pouvoir \u00e9conomique, le pouvoir politique et le pouvoir militaire, ce nouvel empire despotique concentre ses efforts sur l’armement et cherche \u00e0 passer en \u00e9conomie de guerre \u2014 une \u00e9conomie dirig\u00e9e par le pouvoir politique et militaire.<\/p>\n\n\n\n\n

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\n \n \"\u00abLa\n <\/picture>\n
\u00ab La technocratie oligarchique de la Silicon Valley tend \u00e0 se l\u00e9gitimer par le langage de l’innovation et du m\u00e9rite individuel en s’associant au nationalisme \u00e9conomique des \u00c9tats-Unis. \u00bb (Image : \u00a9 AP Photo\/Markus Schreiber)<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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\n \n \"\u00abLe\n <\/picture>\n
\u00ab Le nouveau leader construit autour de lui un \u00ab cerveau technique \u00bb restreint, s\u00e9lectionn\u00e9 pour sa loyaut\u00e9 et son agressivit\u00e9, capable de traduire des impulsions intuitives en dispositifs juridiques, financiers, administratifs et militaires. \u00bb (Image : \u00a9 AP Photo\/Markus Schreiber)<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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\u00ab La technocratie oligarchique de la Silicon Valley tend \u00e0 se l\u00e9gitimer par le langage de l’innovation et du m\u00e9rite individuel en s’associant au nationalisme \u00e9conomique des \u00c9tats-Unis. \u00bb (Image : \u00a9 AP Photo\/Markus Schreiber)<\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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\u00ab Le nouveau leader construit autour de lui un \u00ab cerveau technique \u00bb restreint, s\u00e9lectionn\u00e9 pour sa loyaut\u00e9 et son agressivit\u00e9, capable de traduire des impulsions intuitives en dispositifs juridiques, financiers, administratifs et militaires. \u00bb (Image : \u00a9 AP Photo\/Markus Schreiber)<\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

L\u00e0 o\u00f9 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie imp\u00e9riale portait en elle les tensions f\u00e9condes de la polycratie \u00e9conomique et du pluralisme politique, au nom de l\u2019universalisme et d’une conception exigeante du droit international, l\u2019empire despotique est au contraire particulariste, toujours pr\u00eat \u00e0 violer le droit international \u2014 humanitaire, par exemple \u2014 pour poursuivre ses objectifs particuliers, en adoptant une version brutale de la Realpolitik<\/em> <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Nous ne sommes pas encore face \u00e0 un empire formel \u2014 c’est-\u00e0-dire une domination par annexion et administration par des gouverneurs coloniaux soutenus par des troupes m\u00e9tropolitaines et des collaborateurs locaux, selon le mod\u00e8le romain, ou par des vice-rois comme dans l’empire britannique.<\/p>\n\n\n\n

Mais les contours d’un empire informel se dessinent de plus en plus nettement, impliquant un mod\u00e8le de contr\u00f4le, exerc\u00e9 indirectement \u2014 par la corruption et la manipulation d’\u00e9lites d\u00e9pendantes et collaboratrices, par la domination technologique, militaire et infrastructurelle \u2014, sur les politiques int\u00e9rieures et \u00e9trang\u00e8res de r\u00e9gimes p\u00e9riph\u00e9riques l\u00e9galement ind\u00e9pendants.<\/p>\n\n\n\n

Pour Trump et les siens, cette formule a ses avantages.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019empire despotique peut se permettre une plus grande coh\u00e9rence entre sa constitution mat\u00e9rielle et sa constitution formelle \u2014 l\u00e0 o\u00f9 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie imp\u00e9riale ne tol\u00e9rait qu\u2019une forme hybride, abondamment critiqu\u00e9e dans le cas des \u00c9tats-Unis. \u00c0 cet \u00e9gard, on pourrait m\u00eame dire que l’empire despotique trumpiste consolide un vide institutionnel au profit de la personnalisation et de la centralisation.<\/p>\n\n\n\n

Les \u00c9tats-Unis et la Chine ont arraisonn\u00e9 l’infrastructure technocratique de la mondialisation pour en faire une phalange imp\u00e9riale.<\/p>Lorenzo Castellani<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Les ing\u00e9nieurs du chaos et le spectre des ing\u00e9nieurs de l\u2019ordre<\/h2>\n\n\n\n

Face \u00e0 cette transformation profonde, on peut se demander quel sera l’avenir des relations entre la technique et la politique.<\/p>\n\n\n\n

Dans les ann\u00e9es 1920, la pr\u00e9sence croissante de larges masses populaires homog\u00e8nes rendait in\u00e9vitable, comme \u00e0 la fin de l’Empire romain, un retour g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la conception charismatique du pouvoir politique. \u00c0 cette \u00e9poque, la technocratie disparut sur le plan politico-culturel et se r\u00e9signa, sur le plan institutionnel, \u00e0 servir les nouveaux ma\u00eetres du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n

Les grands mythes de la \u00ab nation \u00bb et de la \u00ab classe \u00bb permirent ainsi tr\u00e8s vite non seulement la fondation de dictatures et de r\u00e9gimes despotiques dans le domaine de l’organisation \u00e9tatique, mais aussi l’affirmation d’un type parall\u00e8le de commandement personnel dans toute une s\u00e9rie d’organismes diff\u00e9rents : des partis aux syndicats, des unit\u00e9s de production aux associations professionnelles. <\/p>\n\n\n\n

Parall\u00e8lement, la \u00ab crise du droit \u00bb ne s’est pas tant manifest\u00e9e par l’incapacit\u00e9 des syst\u00e8mes juridiques en vigueur \u00e0 s’adapter aux nouvelles situations sociales, mais plut\u00f4t par l’hostilit\u00e9 des groupes politiques dominants \u00e0 l’\u00e9gard d’une consolidation institutionnelle qui aurait marqu\u00e9 la fin de leur pouvoir personnel et charismatique. C’est pr\u00e9cis\u00e9ment cette orientation g\u00e9n\u00e9rale \u2014 sous-entendue dans une multitude de probl\u00e8mes et de ph\u00e9nom\u00e8nes particuliers, facilit\u00e9e par le nivellement culturel et donc par l’abaissement spirituel des classes interm\u00e9diaires \u2014 qui doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme intimement et irr\u00e9m\u00e9diablement inconciliable avec l’esprit de la civilisation occidentale.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Europe a d\u00e9j\u00e0 connu des crises de ce type : pour en sortir, elle s\u2019est souvent laiss\u00e9e guider, comme par un instinct infaillible, vers la mise en place d’ordres impersonnels et rationnels comme seule garantie de la libert\u00e9 individuelle.<\/p>\n\n\n\n

La crise actuelle sera-t-elle \u00e9galement surmont\u00e9e ? La tendance \u00e0 la personnalisation du pouvoir et \u00e0 la guerre \u2014 civile et intra-\u00e9tatique \u2014 pourra-t-elle \u00eatre enray\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n

Il me semble qu\u2019il est possible de r\u00e9pondre par l’affirmative.<\/p>\n\n\n\n

L’autorit\u00e9 charismatique peut entra\u00eener les foules vers des sacrifices inou\u00efs, mais elle ne sert pas, ou peu, \u00e0 faire fonctionner l’administration, c’est-\u00e0-dire \u00e0 organiser les services que le d\u00e9veloppement de la civilisation ne cesse d’\u00e9tendre et de multiplier.<\/p>\n\n\n\n

Et c’est pr\u00e9cis\u00e9ment ici \u2014 dans le domaine modeste mais d\u00e9cisif de l’administration \u2014 que l’autorit\u00e9 doit comme autrefois se plier aux exigences objectives d’une technique rigoureuse, intol\u00e9rante \u00e0 l’improvisation et \u00e0 l’arbitraire individuel. Il ne s’agit plus de la technique des juristes ou des \u00e9conomistes, mais de quelque chose d’ind\u00e9fini aujourd’hui qui pourra prendre sa place et qui, comme elle, sera finalement capable de \u00ab mettre un frein \u00bb au despotisme politique potentiel et aux nouvelles formes de conflit.<\/p>\n\n\n\n

Car cette dynamique de neutralisation n\u2019est qu\u2019un d\u00e9veloppement de positions d\u00e9j\u00e0 assez claires depuis l’\u00e2ge d’or du \u00ab cam\u00e9ralisme \u00bb et des \u00ab ing\u00e9nieurs \u00e9conomiques \u00bb du XVIIIe si\u00e8cle qui voyaient dans l’\u00c9tat une machine d\u00e9licate et dans le souverain un Maschinendirektorr<\/em>. <\/p>\n\n\n\n

C’est un d\u00e9veloppement qui a trouv\u00e9 sa force dans l’\u00e9norme croissance de la sp\u00e9cialisation professionnelle et dans la conviction qui en d\u00e9coule que les choses peuvent \u00ab se gouverner d’elles-m\u00eames \u00bb \u2014 c’est-\u00e0-dire que les d\u00e9cisions administratives, m\u00eame si elles visent \u00e0 atteindre des objectifs plut\u00f4t qu’\u00e0 respecter des r\u00e8gles, peuvent \u00eatre d\u00e9termin\u00e9es selon des crit\u00e8res d’un savoir impersonnel, sinon objectif, du moins contr\u00f4lable <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

M\u00eame les esprits les moins perspicaces sont capables de percevoir \u2014 partout o\u00f9 existe un organisme \u00e9tatique, mais surtout l\u00e0 o\u00f9 le commandement personnel a \u00e9t\u00e9 ou continue d’\u00eatre plus rude \u2014 le terrible contraste sous-jacent entre les titulaires de ce dernier et une classe de techniciens r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e et d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 une nouvelle h\u00e9g\u00e9monie ; une classe qui ne se manifeste pas encore clairement aujourd’hui, mais dont on esp\u00e8re qu’elle pourra s’imposer afin de mettre de l’ordre dans la transition, m\u00eame dans un syst\u00e8me politique international plus conflictuel.<\/p>\n\n\n\n

Le passage des \u00ab ing\u00e9nieurs du chaos \u00bb \u2014 marionnettistes du conflit et de la d\u00e9l\u00e9gitimation \u2014 aux \u00ab ing\u00e9nieurs de l’ordre \u00bb \u2014 concepteurs d’une nouvelle l\u00e9galit\u00e9 et d\u2019un processus de l\u00e9gitimation et d\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs \u2014 est probable. Il y a fort \u00e0 parier qu\u2019il aura lieu. Toutefois, ils ne pourront pas \u00eatre la copie conforme de ceux de l\u2019ancien cycle.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019empire despotique trumpiste consolide un vide institutionnel au profit de la personnalisation et de la centralisation.<\/p>Lorenzo Castellani<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Si une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d’\u00ab ing\u00e9nieurs de l’ordre \u00bb devait \u00e9merger, elle pourrait passer par les n\u0153uds strat\u00e9giques o\u00f9 le pouvoir se concentre aujourd’hui : le renseignement et la s\u00e9curit\u00e9 nationale, le d\u00e9veloppement de l’intelligence artificielle, les infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques et militaires, les administrations fiscales et de contr\u00f4le des capitaux.<\/p>\n\n\n\n

C’est l\u00e0 que la combinaison de l’expertise technique, de la capacit\u00e9 coercitive et de la vision politique pourra d\u00e9cider si un nouveau nomos<\/em> de la terre \u00e9mergera et quels \u00e9quilibres il contiendra. Cela ne sera possible qu’avec un nouveau pacte qui touche \u00e0 la \u00ab loi fondamentale \u00bb \u00e0 la base de l’ordre politique.<\/p>\n\n\n\n

La t\u00e2che des constitutions et des institutions est certes de freiner et de diviser le pouvoir, mais aussi de cr\u00e9er une nouvelle autorit\u00e9 et, avec elle, une r\u00e9serve de pouvoir, un domaine r\u00e9serv\u00e9 de la capacit\u00e9 de gouvernement appliqu\u00e9 par les nouvelles classes politiques \u2014 en particulier les classes europ\u00e9ennes qui sont aujourd’hui appel\u00e9es \u00e0 sortir de leur sentiment d’impuissance sans revenir \u00e0 des sch\u00e9mas d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

Autrement dit : ces nouvelles \u00e9lites techniques et politiques devraient consolider une nouvelle conception du pouvoir capable de neutraliser les conflits internes et externes aux \u00c9tats, qui privil\u00e9gie la d\u00e9cision au formalisme, le pouvoir de police \u00e0 la jurisprudence, le pouvoir infrastructurel au pouvoir constitutionnel, la politique et la technologie au droit et \u00e0 l’\u00e9conomie, la dissuasion \u00e0 la diplomatie des trait\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

En d’autres termes, les nouveaux \u00ab ing\u00e9nieurs de l’ordre \u00bb devront prendre en charge le gouvernement de la soci\u00e9t\u00e9 au sens le plus traditionnel et le plus ancien du terme, en assumant la responsabilit\u00e9 d’une nouvelle raison d’\u00c9tat capable de g\u00e9rer les conflits internes et externes de mani\u00e8re assertive et avec les mesures n\u00e9cessaires <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La victoire \u00e0 long terme de ces derniers, de leurs r\u00e8gles et de leurs proc\u00e9dures signifierait un retour complet \u00e0 l’autorit\u00e9 impersonnelle des ordres rationnels.<\/p>\n\n\n\n

Nous serions alors tr\u00e8s loin de Trump \u2014 dans l\u2019inconnu brumeux o\u00f9 l\u2019on ne sait plus tr\u00e8s bien distinguer l\u2019aube du cr\u00e9puscule.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Ce qui s’est pass\u00e9 \u00e0 Davos cette semaine ne doit pas \u00eatre ignor\u00e9.<\/p>\n

Avec Trump, les technocrates sont en train d\u2019apprendre \u00e0 aimer la politique.<\/p>\n

Est-on pr\u00eats pour l\u2019\u00c9tat qui vient  ?<\/p>\n

Une pi\u00e8ce de doctrine sign\u00e9e Lorenzo Castellani.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":314621,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-editorials.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731],"tags":[],"geo":[525],"class_list":["post-314625","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","staff-lorenzo-castellani","geo-ameriques"],"acf":[],"yoast_head":"\nLa technocratie globale apr\u00e8s Trump | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/01\/24\/la-fin-de-la-technocratie-globale\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La technocratie globale apr\u00e8s Trump | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Ce qui s'est pass\u00e9 \u00e0 Davos cette semaine ne doit pas \u00eatre ignor\u00e9. 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