{"id":314391,"date":"2026-01-23T17:00:00","date_gmt":"2026-01-23T16:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=314391"},"modified":"2026-01-23T19:20:28","modified_gmt":"2026-01-23T18:20:28","slug":"realiser-lutopie-electrique-europeenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/01\/23\/realiser-lutopie-electrique-europeenne\/","title":{"rendered":"R\u00e9aliser l\u2019utopie \u00e9lectrique europ\u00e9enne"},"content":{"rendered":"\n
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Dans cette double image, le couple de la vertu et de la libert\u00e9 se trouve renvers\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on que nous avons rarement connue.<\/p>\n\n\n\n Cette dystopie \u00e0 deux visages dans laquelle nous sommes propose une alternative \u00e0 l\u2019Europe. <\/p>\n\n\n\n Les deux futurs qui s\u2019offrent \u00e0 elles sont pourtant sombres et inqui\u00e9tants.<\/p>\n\n\n\n Mais le choix n\u2019est limit\u00e9 qu\u2019en apparence.<\/p>\n\n\n\n Entre le monstre chinois<\/a> et le g\u00e9ant am\u00e9ricain, une troisi\u00e8me voie europ\u00e9enne<\/a> peut \u00e9merger autour de nouveaux indicateurs \u2014 imposant un tout autre rapport au temps, au monde et aux autres. <\/p>\n\n\n\n Ce qui s\u00e9pare ces trajectoires est un choix fondateur : une strat\u00e9gie \u00e9nerg\u00e9tique, que chacun emploie pour provoquer l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n Alors que les \u00c9tats-Unis ont adopt\u00e9 une strat\u00e9gie fossile de \u00ab capture \u00bb, la Chine table sur \u00ab l\u2019acc\u00e8s \u00bb \u00e0 des vecteurs \u00e9lectriques propres.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 les s\u00e9ductions de ces deux mod\u00e8les, chacun pourrait \u2014 derri\u00e8re son succ\u00e8s apparent \u2014 \u00eatre pour l\u2019Europe un \u00e9cueil si elle choisissait de l\u2019imiter point par point.<\/p>\n\n\n\n Aux \u00c9tats-Unis, la majorit\u00e9 r\u00e9publicaine a renonc\u00e9 au combat climatique, emportant avec elle une partie de l\u2019opinion.<\/p>\n\n\n\n Alors que ses \u00e9missions de CO2, comme celles de plusieurs pays europ\u00e9ens, sont en train de remonter<\/a>, la premi\u00e8re puissance \u00e9conomique du monde a rompu avec l\u2019espoir que la libert\u00e9 d\u2019expression, le respect des faits et la d\u00e9couverte de la v\u00e9rit\u00e9 par la raison dialectique dans l\u2019espace public \u2014 principes fondamentaux de notre tradition d\u00e9mocratique \u2014 conduiraient n\u00e9cessairement \u00e0 la mobilisation pour le climat.<\/p>\n\n\n\n La lutte contre le r\u00e9chauffement climatique constitue pourtant l\u2019urgence de notre temps ; elle est aussi une forme aboutie et tangible d\u2019un souci de l\u2019autre et du monde. <\/p>\n\n\n\n Ces faits sont balay\u00e9s d\u2019un revers de la main. Le coup de force am\u00e9ricain au Venezuela ach\u00e8ve de consacrer une strat\u00e9gie imp\u00e9riale, dont l\u2019empreinte est par d\u00e9finition territoriale : l\u2019\u00e9nergie fossile n\u2019est en effet pas un bien commun, comme les sources d\u2019\u00e9nergies renouvelables, mais une ressource localis\u00e9e. C\u2019est bien cette localisation qui fait d\u2019elle un bien d\u2019importance pour les strat\u00e9gies imp\u00e9riales et de capture.<\/p>\n\n\n\n Le mod\u00e8le chinois est tout autre.<\/p>\n\n\n\n Pour la premi\u00e8re fois cette ann\u00e9e, les \u00e9missions de CO2<\/sub> de la Chine atteignent un plateau. Le pays, surtout, d\u00e9ploie \u00e0 lui seul plus d\u2019\u00e9nergie renouvelable<\/a> que toute la plan\u00e8te r\u00e9unie \u2014 pr\u00e8s de 300 GW chaque ann\u00e9e ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es \u2014, recevant un soutien consid\u00e9rable de l\u2019\u00c9tat et b\u00e9n\u00e9ficiant de capacit\u00e9s de production d\u2019\u00e9quipements au-del\u00e0 de toute proportion ; quand bien m\u00eame ces capacit\u00e9s font dire \u00e0 certains que la Chine d\u00e9truit la mondialisation, elle permet aussi aux autres d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00e9nergie propre la moins ch\u00e8re du monde.<\/p>\n\n\n\n Le mod\u00e8le de \u00ab socialisation \u00bb des richesses de P\u00e9kin montre ainsi toute sa force. En ayant massivement recours aux subventions pour prendre les march\u00e9s par des niveaux de comp\u00e9titivit\u00e9 ind\u00e9passables, la Chine s\u2019est plac\u00e9e au c\u0153ur de la seule dynamique fermement positive de d\u00e9ploiement massif des renouvelables dans le monde.<\/p>\n\n\n\n Dans le m\u00eame temps, si le march\u00e9 chinois est le plus comp\u00e9titif au monde, il tire une partie de sa vigueur de la gouvernance autoritaire du pouvoir central \u00e0 m\u00eame, au nom du Parti et d\u2019un \u00ab int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur chinois \u00bb, de mobiliser ou d\u00e9placer un territoire, une industrie, une rivi\u00e8re, une montagne un peuple \u2014 tout ceci au service de la \u00ab cause \u00bb.<\/p>\n\n\n\n On sait bien s\u00fbr ce qu\u2019il faut penser des promesses all\u00e9goriques faites lors des discours de la Chine sur la sc\u00e8ne internationale ; les r\u00e9centes postures soudainement plus r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la derni\u00e8re COP \u00e0 Bel\u00e9m, sur les trajectoires de sortie des \u00e9nergies fossiles ont montr\u00e9 que l\u2019universalisme pour la plan\u00e8te s\u2019arr\u00eate l\u00e0 o\u00f9 commencent les int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques et industriels \u2014 notamment pour ce qui touche \u00e0 la d\u00e9pendance du pays au charbon.<\/p>\n\n\n\n Alors que les \u00c9tats-Unis ont adopt\u00e9 une strat\u00e9gie fossile de \u00ab capture \u00bb, la Chine table sur \u00ab l\u2019acc\u00e8s \u00bb \u00e0 des vecteurs \u00e9lectriques propres.<\/p>Pierre-Etienne Franc<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ces r\u00e9serves ne doivent pas nous faire conclure trop vite : sans la Chine, le monde ne convergera pas vers les \u00e9nergies bas carbone ; s\u2019il y parvient au contraire, ce sera en partie gr\u00e2ce \u00e0 son initiative.<\/p>\n\n\n\n Alors que le charbon conserve un r\u00f4le central dans la puissance chinoise, le pays a bel et bien amorc\u00e9 une mutation vers les vecteurs \u00e9lectriques<\/a> de l\u2019\u00e9nergie et mis en \u0153uvre une strat\u00e9gie de l\u2019acc\u00e8s diversifi\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rentes sources d\u2019\u00e9nergie, similaire dans ses contraintes \u00e0 celle que l\u2019Europe tente de d\u00e9velopper.<\/p>\n\n\n\n Un si\u00e8cle plus tard, tout se passe comme si la Chine r\u00e9alisait le r\u00eave de L\u00e9nine, qui en 1919 soutenait que \u00ab le socialisme, c\u2019est les soviets, plus l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> Rempla\u00e7ant les soviets par les march\u00e9s dirig\u00e9s, la Chine a su trouver une nouvelle \u00e9quation.<\/p>\n\n\n\n Du c\u00f4t\u00e9 des \u00c9tats-Unis, la brume est compl\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n Il semble, dans la m\u00eame dynamique, que la libert\u00e9 d\u2019opinion et de croire ce que l\u2019on souhaite soient aussi au fondement du retournement moral, diplomatique et \u00e9conomique \u00e9tatsunien \u2014 mettant \u00e0 mal sa pratique d\u00e9mocratique et son rapport au droit international.<\/p>\n\n\n\n La Chine, par un m\u00e9lange de cynisme g\u00e9opolitique et de rationalit\u00e9 \u00e9conomique et \u00e9nerg\u00e9tique, donne pour sa part cr\u00e9dit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 scientifique, dont le principe reste l\u2019exigence de doute raisonnable et la confrontation des id\u00e9es aux faits.<\/p>\n\n\n\n Nos crit\u00e8res de rationalit\u00e9 sont aujourd\u2019hui brouill\u00e9s<\/a> ; certes, ils \u00e9taient probablement simplistes et amalgamaient facilement les notions de libert\u00e9, de croyance dans la science et de progressisme humaniste \u2014 tra\u00e7ant des inf\u00e9rences logiques entre elles.<\/p>\n\n\n\n Nous avons cru que l\u2019existence de faits objectifs et le r\u00f4le de la science comme instrument de leur compr\u00e9hension nourriraient la volont\u00e9 de d\u00e9battre quant aux causes sur lesquelles intervenir, et aux actions collectives \u00e0 entreprendre pour transformer le r\u00e9el \u2014 deux fondements de la soci\u00e9t\u00e9 ouverte selon Karl Popper <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Cette logique vertueuse est aujourd\u2019hui cass\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Un ensemble de d\u00e9chirures transpara\u00eet dans l\u2019ordre du monde tel qu\u2019il s\u2019offrait \u00e0 nous, Europ\u00e9ens, qui n\u2019\u00e9tions pas peu fiers d\u2019avoir su pr\u00e9server nos acquis s\u00e9culaires au nom de valeurs que nous avions largement con\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n Aux \u00c9tats-Unis, le discours tenu en novembre 2025<\/a> par le secr\u00e9taire \u00e0 l\u2019\u00c9nergie Chris Wright annonce sans d\u00e9tour un schisme dans les croyances occidentales : le lien qu\u2019on pensait exister entre la v\u00e9rit\u00e9 scientifique, l\u2019exigence d\u00e9mocratique et le progr\u00e8s, se trouve rompu. Pire : un tel lien n\u2019existait que dans notre imagination.<\/p>\n\n\n\n Pour le secr\u00e9taire \u00e0 l\u2019\u00c9nergie, il importe de se doter du maximum d\u2019\u00e9nergie disponible pour permettre de d\u00e9brider le potentiel de croissance productive et immat\u00e9rielle promis par l\u2019IA.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est l\u00e0 un point crucial : il cristallise les oppositions et les divergences les plus marqu\u00e9es avec la vision am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n Les lignes de clivage qui nous s\u00e9parent des \u00c9tats-Unis sont aujourd\u2019hui multiples : elles touchent au rapport de nos soci\u00e9t\u00e9s au temps, aux autres et au monde. Aux d\u00e9monstrations de Chris Wright et \u00e0 leur mise en \u0153uvre par Trump s\u2019opposent l\u2019h\u00e9ritage humaniste cultiv\u00e9 en Europe.<\/p>\n\n\n\n L\u2019IA est le catalyseur d\u2019un monde mutant, tel que le veulent les h\u00e9rauts les plus radicaux<\/a> du libertarianisme le plus puissant que nous ayons connu. Dans sa forme actuelle, celui-ci bouleverse profond\u00e9ment dans sa finalit\u00e9, ses m\u00e9thodes et son emprise sur le monde notre rapport au temps, aux autres et \u00e0 ce m\u00eame monde.<\/p>\n\n\n\n L\u2019usage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de l\u2019IA ne rend que plus aigu\u00eb la question \u00e9nerg\u00e9tique<\/a> et acc\u00e9l\u00e8re notre emprise sur nos ressources terrestres communes, qui constituent la corde de rappel de la temporalit\u00e9 du monde, face aux aspirations infinies du digital.<\/p>\n\n\n\n Pour continuer de r\u00e9duire notre \u00ab effort \u00e0 vivre \u00bb, le monde est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Il n\u2019est pourtant pas certain que la r\u00e9duction de cet effort nous aide \u00e0 mieux vivre. <\/p>\n\n\n\n Aussi hypoth\u00e9tiques que soient les b\u00e9n\u00e9fices, il sera difficile d\u2019emp\u00eacher que cette nouvelle rupture technologique ne se produise. Au cours de notre histoire, nous n\u2019avons que tr\u00e8s rarement su \u00e9viter les avanc\u00e9es technologiques d\u00e8s qu\u2019elles permettaient de r\u00e9duire imm\u00e9diatement nos \u00ab efforts \u00e0 vivre \u00bb \u2014 de la ma\u00eetrise du feu \u00e0 la mobilit\u00e9, de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 au digital, en passant par le nucl\u00e9aire <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Ce d\u00e9veloppement exponentiel appara\u00eet comme la prolongation et l\u2019aboutissement possible d\u2019un processus irr\u00e9versible, mettant en relation l\u2019homme, les ressources, la nature et le vivant <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Un tel processus est bien r\u00e9sum\u00e9 par la formule biblique dont il aura fallu vingt si\u00e8cles et une encyclique (Laudato si<\/em>) pour que nous la comprenions d\u2019une nouvelle fa\u00e7on : \u00ab Emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la terre, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre. \u00bb (Gen\u00e8se 1:28)<\/p>\n\n\n\n La promesse de d\u00e9veloppement illimit\u00e9 offerte par les nouvelles technologies \u2014 poursuivies \u00ab quoi qu\u2019il en co\u00fbte \u00bb \u2014 semble tourner \u00e0 plein pour les infrastructures de l\u2019IA. Il est difficile d\u2019en dire autant pour les technologies et investissements en faveur du climat, de la biodiversit\u00e9 et d\u2019une \u00e9nergie propre et r\u00e9siliente, les investissements \u00e0 trois chiffres en milliards \u00e9tant dispers\u00e9s\u2026<\/p>\n\n\n\n Lors de la COP30<\/a>, la difficult\u00e9 \u00e0 rassembler les fonds pour accompagner les plans d\u2019adaptation des nations les plus vuln\u00e9rables au changement climatique r\u00e9v\u00e8le une puissante divergence. Il est int\u00e9ressant de comparer les 3000 milliards d\u2019investissements promis sous trois ans dans le secteur de l\u2019IA aux \u00ab petits \u00bb 120 milliards de dollars annuels pour aider les nations les plus vuln\u00e9rables \u00e0 s\u2019adapter au changement climatique \u2014 une somme que le monde peine encore \u00e0 r\u00e9unir compl\u00e8tement.<\/p>\n\n\n\n L\u2019IA est le catalyseur d\u2019un monde mutant.<\/p>Pierre-Etienne Franc<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Qu\u2019il s\u2019agisse du domaine de la d\u00e9fense, du sauvetage \u00e9conomique ou de l\u2019IA, le but est poursuivi \u00ab quoi qu\u2019il en co\u00fbte \u00bb. Pourtant, le seul sujet o\u00f9 l\u2019attentisme co\u00fbtera \u00e0 tous \u2014 \u00e0 savoir le climat et la biodiversit\u00e9 \u2014 ne suscite pas cet engagement total. <\/p>\n\n\n\n Plusieurs raisons expliquent cette r\u00e9ticence. Ceux qui avancent en accord avec les trajectoires de transition \u00e9nerg\u00e9tique ne peuvent \u00eatre garantis de meilleures performances financi\u00e8res ; de plus, les b\u00e9n\u00e9fices de la transition sur nos vies quotidiennes sont souvent diff\u00e9r\u00e9s et parfois d\u00e9plac\u00e9s sur d\u2019autres que nous : des peuples indig\u00e8nes qui nous offrent une v\u00e9rit\u00e9 contemporaine mais venue d\u2019un autre temps, quand on les voit soudainement surgir dans les discussions de la COP pour dire leur existence, leur d\u00e9tresse et leur impuissance.<\/p>\n\n\n\n L\u2019exemple de l\u2019IA est \u00e9loquent. Il d\u00e9ploie comme un paradoxe : des investissements colossaux sont faits pour une technologie dont les effets soci\u00e9taux sont loin d\u2019\u00eatre clairs, tandis que l\u2019on tergiverse pour investir dans une transition de mod\u00e8le \u00e9nerg\u00e9tique qui est imp\u00e9rative et incontestablement b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 long terme pour nos soci\u00e9t\u00e9s \u2014 et alors qu\u2019une telle transition ne se ferait que si les efforts et b\u00e9n\u00e9fices sont proprement r\u00e9partis. <\/p>\n\n\n\n D\u2019autres raisons devraient pourtant combattre nos pr\u00e9ventions.<\/p>\n\n\n\n Nous sommes de plus en plus conscients des co\u00fbts induits par le changement climatique, notamment en Europe, alors que les temp\u00e9ratures augmentent deux fois plus vite<\/a> sur le continent que la moyenne plan\u00e9taire <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Nous comprenons aussi que, discutant de la mise en \u0153uvre de nouveaux mod\u00e8les \u00e9nerg\u00e9tiques, nous avons tendance \u00e0 n\u00e9gliger les b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques tant de court terme (solde de notre balance commerciale dans l\u2019\u00e9nergie) que de long terme (souverainet\u00e9 renforc\u00e9e).<\/p>\n\n\n\n \u00c0 ce jour, l\u2019Europe h\u00e9site \u00e0 utiliser sa capacit\u00e9, par le droit, les normes et le simple poids qu\u2019elle repr\u00e9sente encore dans les \u00e9changes mondiaux, de renouveler les r\u00e8gles du jeu de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 son b\u00e9n\u00e9fice. Il lui serait pourtant possible de prendre l\u2019avantage, \u00e9tant donn\u00e9 sa place de premier importateur d\u2019\u00e9nergie mondial.<\/p>\n\n\n\n Une telle strat\u00e9gie serait gagnante pour le continent, alors que les nouvelles \u00e9nergies sont essentiellement des activit\u00e9s tr\u00e8s intensives en capital. Les d\u00e9velopper renforcerait l\u2019attractivit\u00e9 europ\u00e9enne, en lui faisant prendre un avantage quant au co\u00fbt du capital \u2014 la stabilit\u00e9 politique de l\u2019Europe, o\u00f9 demeure un \u00c9tat de droit structur\u00e9, permet un pricing<\/em> tr\u00e8s comp\u00e9titif du risque continental.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Europe, enfin, trouverait aussi avec une telle strat\u00e9gie des moyens pour atteindre une plus grande ind\u00e9pendance, face aux empires fossiles<\/a> qui jouissent des ressources sur leur sol et en font le levier g\u00e9opolitique que l\u2019on sait ; c\u2019est de cette fa\u00e7on que la Chine a su tirer profit de sa transition. <\/p>\n\n\n\n Les disponibilit\u00e9s financi\u00e8res n\u2019\u00e9tant pas infinies, des arbitrages sont en train d\u2019\u00eatre faits ; ils impactent \u00e0 trois titres la transition. L\u2019aspiration exponentielle des investissements pour l\u2019IA entra\u00eene un accroissement \u00e0 terme de la demande en \u00e9nergie ; dans les m\u00e9tiers d\u2019investissement, elle entra\u00eene une comp\u00e9tition sur le co\u00fbt des terrains <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans le secteur de la transition, la course men\u00e9e par les investisseurs s\u2019emballe, mettant en concurrence l\u2019ensemble des conditions de march\u00e9 \u2014 terrains, main-d\u2019\u0153uvre ou \u00e9nergie. Le co\u00fbt des investissements \u00e0 r\u00e9aliser en est relev\u00e9 d\u2019autant : la demande en \u00e9nergie augmente, le ciblage des investissements se d\u00e9place, le tout ne faisant qu\u2019augmenter les frais de la transition.<\/p>\n\n\n\n Pour continuer de r\u00e9duire notre \u00ab effort \u00e0 vivre \u00bb, le monde est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Il n\u2019est pourtant pas certain que la r\u00e9duction de cet effort nous aide \u00e0 mieux vivre.<\/p>Pierre-Etienne Franc<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 la doctrine exprim\u00e9e par Chris Wright, la Chine oppose un autre mod\u00e8le : le gigantisme de ses capacit\u00e9s industrielles<\/a> \u2014 expression d\u2019un productivisme pur.<\/p>\n\n\n\n Il est aujourd\u2019hui impossible de faire abstraction de la question chinoise.<\/p>\n\n\n\n Cet horizon peut incarner pour l\u2019Europe une fausse promesse, son mod\u00e8le \u00e9tant pris \u00e0 tort comme le seul possible pour basculer vers un monde plus sobre en carbone. En imitant un tel mod\u00e8le, l\u2019Europe oublierait toutefois ses valeurs fondatrices et ce qu\u2019elles devraient permettre de r\u00e9inventer. <\/p>\n\n\n\n La Chine \u00e9choue aujourd\u2019hui \u00e0 basculer v\u00e9ritablement<\/a> vers un mod\u00e8le \u00e9conomique sobre en \u00e9nergie : une telle transition d\u00e9truirait la base de son d\u00e9veloppement qui consiste \u00e0 \u00eatre l\u2019usine du monde.<\/p>\n\n\n\n Il suffit de passer quelques jours et de visiter quelques usines en Chine, ou simplement des a\u00e9roports ou des villes \u00ab moyennes \u00bb pour, \u00e0 chaque fois, \u00eatre proprement sid\u00e9r\u00e9 par la force du nombre<\/a>, la puissance et le \u00ab calme \u00bb d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00ab harmonieuse \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Pour composer sans rompre avec le mod\u00e8le du monstre chinois, il faudra se doter de la capacit\u00e9 de lui opposer un contre-mod\u00e8le qui puise dans ce qu\u2019elle apporte de b\u00e9n\u00e9fique sans se perdre dans une qu\u00eate \u00e9perdue de consommation \u2014 que P\u00e9kin continue d\u2019encourager. <\/p>\n\n\n\n Il est av\u00e9r\u00e9 que la croissance productive, sans v\u00e9ritable but, est devenue la cause premi\u00e8re d\u2019une d\u00e9connexion progressive de nos modes de vie et de consommation d\u2019\u00e9nergies associ\u00e9es, et du cycle de production et de renouvellement des ressources du monde dans lequel nous vivons.<\/p>\n\n\n\n Revisiter ce que la notion de croissance signifie et ce qu\u2019elle implique comme choix de soci\u00e9t\u00e9 collectifs, par-del\u00e0 les aspirations individuelles, en devient d\u2019autant plus n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est l\u00e0 un th\u00e8me central du clivage strat\u00e9gique en cours.<\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, nous ne consid\u00e9rons plus qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 est avanc\u00e9e, ou non, selon son taux d\u2019\u00e9quipement et la puissance de sa consommation \u00e9nerg\u00e9tique, mais plut\u00f4t selon des indicateurs d\u2019esp\u00e9rance de vie et de qualit\u00e9 de vie <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, qui capturent mieux \u00ab nos vies \u00bb que les indicateurs proprement mat\u00e9riels. La notion de croissance purement mesur\u00e9e \u00e0 l\u2019aune d\u2019indicateurs mon\u00e9taires semble d\u00e9sormais totalement d\u00e9connect\u00e9e des sujets plan\u00e9taires qui menacent nos soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Pass\u00e9 ce constat d\u2019un faux pas, reste encore \u00e0 esquisser le suivant.<\/p>\n\n\n\n Face aux solutions chinoise et am\u00e9ricaine, l\u2019Europe doit choisir son camp ou sinon choisir son chemin ; dans tous les cas, il nous faut \u00eatre en capacit\u00e9 de choisir notre destin.<\/p>\n\n\n\n Contre les deux voies propos\u00e9es, l\u2019Europe se trouve confront\u00e9e \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre, \u00e0 son tour, une puissance ; et un tel choix la contraint \u00e0 la solitude.<\/p>\n\n\n\n L\u2019alternative est la suivante : adopter la strat\u00e9gie du comparse \u2014 qui est la version diplomatique du vassal \u2014 ou rechercher l\u2019ind\u00e9pendance \u2014 au risque de l\u2019isolement. <\/p>\n\n\n\n Ne pas choisir entre ces deux options, c\u2019est laisser aux autres le soin de le faire<\/a> \u2014 et ainsi refuser la libert\u00e9 qu\u2019offre la puissance.<\/p>\n\n\n\n Il est souhaitable de faire \u00e9voluer notre doctrine sur la base des diagnostics de nos faiblesses. C\u2019est peut-\u00eatre cette n\u00e9cessaire \u00e9volution qui est au c\u0153ur d\u2019une nouvelle vision europ\u00e9enne, d\u00e9passant \u00e0 la fois la d\u00e9pendance am\u00e9ricaine pour gagner notre souverainet\u00e9 et le n\u00e9o-productivisme chinois pour lui opposer un autre mod\u00e8le productif.<\/p>\n\n\n\n Ainsi se dessine un chemin, plus qu\u2019un camp. L\u2019Europe ne saurait plus en avoir, tant le camp am\u00e9ricain est devenu obscur, quand celui de la Chine n\u2019a jamais v\u00e9ritablement exist\u00e9. C\u2019est dans la bascule vers un monde \u00e0 tr\u00e8s basse \u00e9nergie que se trouve son mod\u00e8le pour demain, ind\u00e9pendant et vertueux.<\/p>\n\n\n\n Un tel mod\u00e8le est possible pour l’Europe ; il reste encore au continent \u00e0 se saisir de l\u2019occasion qui lui est donn\u00e9e. Il empruntera aux autres ce qu\u2019ils veulent offrir, tout en pr\u00e9servant pour l\u2019Europe ses valeurs et une vision du monde, en surpassant les maux qui la gr\u00e8vent encore : le vieillissement et l\u2019inertie.<\/p>\n\n\n\n La croissance productive, sans v\u00e9ritable but, est devenue la cause premi\u00e8re d\u2019une d\u00e9connexion progressive de nos modes de vie et de consommation d\u2019\u00e9nergies associ\u00e9es.<\/p>Pierre-Etienne Franc<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Une voie europ\u00e9enne doit profond\u00e9ment revisiter notre rapport aux autres<\/a>, en renfor\u00e7ant la valeur du \u00ab pouvoir de vivre \u00bb au-del\u00e0 du pouvoir d\u2019achat. Celle-ci devrait asseoir une politique \u00e9conomique et d\u2019infrastructure qui travaille les territoires et les activit\u00e9s de services, plus qu\u2019elle ne d\u00e9veloppe les capacit\u00e9s productives pures.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est l\u00e0 une forme de d\u00e9veloppement \u00e9conomique nouvelle ; elle comprend que les d\u00e9terminants de la valeur ajout\u00e9e ne peuvent pas fonctionner ind\u00e9finiment selon les logiques productives associant capital et travail, la cr\u00e9ation de valeur \u00e9tant fonction de l\u2019efficacit\u00e9 des processus.<\/p>\n\n\n\n Dans une \u00e9conomie de la relation, au contraire de nos id\u00e9es courantes sur la productivit\u00e9, la valeur est d\u2019autant plus grande qu\u2019est long le temps pass\u00e9 avec l\u2019autre. Cette valeur par le temps est l\u2019essence m\u00eame de la vie en soci\u00e9t\u00e9 ; tout pourtant en notre monde tend \u00e0 la mettre en cage pour mieux nous isoler. <\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, alors que la proportion de la population vivant seule, souvent sans l\u2019avoir souhait\u00e9, ne cesse de progresser, chez les jeunes et les vieux \u2014 alimentant en retour la crainte et le repli identitaire \u2014 il est urgent d\u2019agir contre cette solitude subie. Sur le seul territoire fran\u00e7ais, la population vivant dans l\u2019isolement est estim\u00e9e \u00e0 plus de 10 millions ; pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire, le taux de \u00ab solitude \u00bb est plus \u00e9lev\u00e9 chez les peu dipl\u00f4m\u00e9s que chez les dipl\u00f4m\u00e9s, conduisant \u00e0 un double d\u00e9classement social et \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n En remettant cette valeur au centre, il s\u2019agit en d\u00e9finitive de rendre nos vies moins consum\u00e9ristes et plus centr\u00e9es sur le partage du temps et de l\u2019autre, dans un souci de soi et des autres qui pr\u00e9domine sur le souci de poss\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est sur ce chemin que r\u00e9side une partie de la valeur du nouveau projet europ\u00e9en ; une telle dynamique nous est impos\u00e9e par la d\u00e9mographie, l\u2019\u00e9tat de saturation des avoirs mat\u00e9riels dont nous disposons<\/a> et la grande lassitude g\u00e9n\u00e9rale des populations \u00e0 consommer du vide. <\/p>\n\n\n\n Cette fatigue se voit, en creux, par l\u2019ampleur de la r\u00e9action suscit\u00e9e d\u00e8s lors qu\u2019une \u00e9nergie touche les activit\u00e9s collectives, associatives, militantes, artistiques et culturelles qui garantissent notre bien commun. Il importe ainsi de privil\u00e9gier des mod\u00e8les de cr\u00e9ation de richesses qui ne soient plus d\u00e9pendants en \u00e9nergie, bas\u00e9s sur l\u2019exhortation de toutes les formes de \u00ab pouvoir de vivre \u00bb : libert\u00e9 d\u2019aller et de venir, de penser, d\u00e9battre et cr\u00e9er, renfor\u00e7ant non pas la possession et l\u2019achat mais l\u2019action et l\u2019interaction avec ce que la soci\u00e9t\u00e9 nous offre.<\/p>\n\n\n\n Ce mod\u00e8le-l\u00e0, en germe dans tous les fantasmes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 post-productive<\/a>, reste \u00e0 construire patiemment. Il nous conduira \u00e0 repenser les vecteurs principaux de la valeur que sont la productivit\u00e9 \u2014 celle des ressources ou des hommes, le capital et le travail \u2014 comme l\u2019innovation qui l\u2019acc\u00e9l\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n En la r\u00e9alisant, nous pourrions enfin nous diriger, dans nos interactions sociales et \u00e9conomiques, vers ce que Levinas esquissait avec cette simple phrase : \u00ab lorsque le visage de l\u2019autre m\u2019appara\u00eet, il m\u2019oblige. \u00bb<\/p>\n\n\n\n La voie europ\u00e9enne doit aussi formuler un nouveau rapport au monde, en valorisant les infrastructures du bien commun pour ceux \u00e0 qui elles sont destin\u00e9es, tout en les renfor\u00e7ant. Ce rapport nous acheminerait de nouveau au v\u00e9ritable bien commun : notre Terre et l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me vivant, en sus des infrastructures collectives de nos soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Ce rapport-l\u00e0 est central : il conditionne notre alignement \u00e9conomique en nous faisant atteindre la comp\u00e9titivit\u00e9 et la sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique que nous recherchons ; il est aussi au principe de notre alignement g\u00e9opolitique en b\u00e2tissant notre ind\u00e9pendance, de m\u00eame qu\u2019il fonde notre alignement moral. En nous pr\u00e9occupant d\u2019un tel rapport, nous contribuons \u00e0 \u00ab l\u2019habitabilit\u00e9 de notre monde commun \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Tout ce qui ancrera dans nos mod\u00e8les \u00e9conomiques une meilleure prise en compte de la part inali\u00e9nable du monde contribuera \u00e0 une sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9conomiquement et \u00e9cologiquement avantageuse, qui ne nuise pas pour autant aux aspirations individuelles \u00e0 une vie pleine. Notre capacit\u00e9 \u00e0 s\u00e9parer l\u2019utile de l\u2019accessoire dans l\u2019\u00e9nergie que nous d\u00e9pensons et \u00e0 \u00ab r\u00e9duire notre effort \u00e0 vivre \u00bb, lequel tend \u00e0 r\u00e9duire nos vies tout court, nous permettrait d\u2019orienter celle-ci vers les enjeux collectifs les plus critiques.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est l\u00e0 le grand chantier politique de demain ; ici r\u00e9sident les choix de souverainet\u00e9 industrielle n\u00e9cessaires<\/a>, pour produire sur son sol sans renoncer \u00e0 travailler avec les acteurs internationaux les plus comp\u00e9titifs.<\/p>\n\n\n\n Bifurquer ne sera possible qu\u2019en modifiant notre rapport \u00e0 la dette.<\/p>Pierre-Etienne Franc<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le dernier rapport que l\u2019Europe se doit d\u2019infl\u00e9chir est celui au temps.<\/p>\n\n\n\n Il importera \u00e0 l\u2019Europe de red\u00e9finir ce que la richesse veut dire, par les normes, les indicateurs et les codes tarifaires \u2014 afin de redonner au temps des hommes de la valeur, pour lui faire prendre l\u2019avantage sur le temps des choses et des donn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Le chantier a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 dans les tentatives louables de l\u2019Union de prot\u00e9ger nos corps et nos esprits des donn\u00e9es num\u00e9riques qu\u2019ils produisent \u2014 et de sortir de la marchandisation compl\u00e8te de nos vies. Il ne s\u2019agit pas ainsi de refuser les b\u00e9n\u00e9fices des technologies num\u00e9riques et de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des temps qu\u2019ils permettent, mais de trouver les outils pour fl\u00e9cher \u00e9nergie, donn\u00e9es et intelligence artificielle et servir les enjeux critiques de nos soci\u00e9t\u00e9s \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse des sciences de la vie, de la sant\u00e9 ou des technologies propres.<\/p>\n\n\n\n Cette fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender le monde ne saurait pourtant fonctionner sans prendre la mesure du rythme \u00e0 adopter, alors que nous sommes pris de vitesse par l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration<\/a> de ce m\u00eame monde.<\/p>\n\n\n\n Pour emprunter un nouveau chemin, il nous faut, comme les sp\u00e9cialistes de course automobile, faire usage de la \u00ab technique du talon-pointe \u00bb : acc\u00e9l\u00e9rer et ralentir en m\u00eame temps, pour tenir le rythme des urgences tout en d\u00e9veloppant une strat\u00e9gie de valeur de basse \u00e9nergie.<\/p>\n\n\n\n Dans une telle approche, le \u00ab talon \u00bb serait la mise en \u0153uvre de mod\u00e8les \u00e9conomiques plus homog\u00e8nes au monde qui nous offre la vie, mod\u00e8les que nous d\u00e9velopperions sans pour autant renoncer aux attributs les plus vertueux de nos soci\u00e9t\u00e9s modernes. C\u2019est l\u00e0 une qu\u00eate ontologique, qui prend la forme d\u2019une r\u00e9appropriation de notre \u00eatre \u00e0 vivre, afin de trouver pour nos soci\u00e9t\u00e9s un autre rythme.<\/p>\n\n\n\n La \u00ab pointe \u00bb de notre approche serait de parvenir, au m\u00eame moment, \u00e0 d\u00e9ployer au plus vite les technologies et les savoirs les plus puissants dont nous avons besoin pour basculer d\u2019un mod\u00e8le productif et \u00e9nerg\u00e9tique \u00e0 un autre.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il est imp\u00e9ratif de d\u00e9finir la bonne formule d\u2019alliances de production et de d\u00e9ploiements \u00e0 m\u00eame de renverser les r\u00f4les entre l\u2019Europe et la Chine tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n D\u00e9sormais, il s\u2019agit d\u2019amener la Chine sur notre continent pour entreprendre avec elle ce que nous ne savons plus faire seuls. <\/p>\n\n\n\n Une telle alliance ne serait pas la premi\u00e8re ; dans les ann\u00e9es 1970, nous collaborions avec les \u00c9tats-Unis sur le nucl\u00e9aire ou l\u2019a\u00e9ronautique. Notre alli\u00e9 \u00e9tait alors la premi\u00e8re puissance industrielle du monde. Aujourd\u2019hui, une nouvelle collaboration est n\u00e9cessaire, cette fois avec l\u2019industrie chinoise.<\/p>\n\n\n\n Il n\u2019est pas une industrie en Europe qui ne sache pas qu\u2019un tel partenariat est la seule solution pour aller vite, faire moins cher, et dans le m\u00eame temps pr\u00e9server ce qu\u2019il reste d\u2019industrie et d\u2019emplois sur les grandes verticales o\u00f9 la Chine a pris le contr\u00f4le industriel. <\/p>\n\n\n\n Dans cette perspective, il convient de relocaliser et de fabriquer en Europe ce que la Chine veut vendre sur notre continent. Le sch\u00e9ma serait similaire \u00e0 ceux qui ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us avec le pays dans les ann\u00e9es 1990 et 2000 ; cette fois-ci, cependant, il s\u2019agirait de produire sur notre propre sol avec l\u2019acc\u00e8s aux technologies et ressources critiques dont dispose d\u00e9sormais la Chine.<\/p>\n\n\n\n Sous l\u2019impulsion de la Chine et dans la majeure partie du monde, hors la France, les \u00e9cosyst\u00e8mes renouvelables ont pris des trajectoires radicales. Leur dynamique, en termes de puissance et de rapidit\u00e9 de d\u00e9ploiement, est bien plus vive que celle du seul nucl\u00e9aire, dont le d\u00e9veloppement exclusif est pr\u00f4n\u00e9 par certains. Les derniers chiffres, publi\u00e9s par EMBER dans son rapport annuel sorti le 22 janvier, montrent que pour l\u2019Europe, la part de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 renouvelable dans le mix \u00e9lectrique du continent est d\u00e9sormais la premi\u00e8re \u00e0 30 %, devant les \u00e9nergies fossiles et l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En d\u2019autres termes : l\u2019utopie \u00e9lectrique et ind\u00e9pendante progresse.<\/p>\n\n\n\nLa plan\u00e8te ou les libert\u00e9s<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
L\u2019impasse am\u00e9ricaine<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
La solution chinoise ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
L\u2019invention d\u2019un futur europ\u00e9en<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Retrouver le \u00ab pouvoir de vivre \u00bb<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Les infrastructures du bien commun<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
R\u00e9sister au vertige de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration<\/strong><\/h3>\n\n\n\n