{"id":312646,"date":"2026-01-11T06:00:00","date_gmt":"2026-01-11T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=312646"},"modified":"2026-01-12T15:39:45","modified_gmt":"2026-01-12T14:39:45","slug":"david-szalay-je-ne-serais-pas-surpris-que-houellebecq-mait-influence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2026\/01\/11\/david-szalay-je-ne-serais-pas-surpris-que-houellebecq-mait-influence\/","title":{"rendered":"\u00ab Je ne serais pas surpris que Houellebecq m\u2019ait influenc\u00e9 \u00bb, une conversation avec David Szalay, auteur de \u00ab Chair \u00bb"},"content":{"rendered":"\n
\u00ab Diriez-vous que vous \u00eates quelqu\u2019un qui ne porte pas de jugement ? \u00bb, demande une femme \u00e0 Istv\u00e1n. Il est son chauffeur priv\u00e9, \u00e0 Londres, et il para\u00eet particuli\u00e8rement impassible, discret, voire passif. Elle est s\u00e9duisante, enj\u00f4leuse. Elle est son employeuse. \u00c0 ce moment-l\u00e0 du livre, elle le domine d\u2019autant plus qu\u2019il est un Hongrois exil\u00e9 en Angleterre.<\/em><\/p>\n\n\n\n Nous sommes au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la Grande-Bretagne fait encore partie de l\u2019Union europ\u00e9enne qui vient d\u2019accueillir dix nouveaux pays de l\u2019Est, dont la Hongrie. <\/em><\/p>\n\n\n\n Cette femme, Helen, a envie que le jeune homme lui parle de lui car elle est comme nous, lecteurs : elle trouve Istv\u00e1n opaque mais int\u00e9ressant ; opaque <\/em>donc int\u00e9ressant. Il est \u00e0 la fois d\u00e9sincarn\u00e9 et tr\u00e8s physique, il a un corps et il s\u2019en sert.<\/em><\/p>\n\n\n\n David Szalay r\u00e9ussit une prouesse dans Chair (traduit de l\u2019anglais par Beno\u00eet Philippe), son sixi\u00e8me roman r\u00e9compens\u00e9 en novembre 2025 du Booker Prize, la plus prestigieuse r\u00e9compense litt\u00e9raire britannique : il construit une \u00e9paisseur, une texture fascinantes \u00e0 un personnage qui ne dit presque rien except\u00e9 \u00ab Oui \u00bb, \u00ab Ouais \u00bb, et \u00ab Ok \u00bb, si bien qu\u2019un jour, Helen n’en peut plus du laconisme d\u2019Istv\u00e1n et lui dit : \u00ab Merde, arr\u00eatez de rester dans le vague. Vous \u00eates toujours comme \u00e7a ? \u00bb Sa remarque ne changera pas grand-chose.<\/em><\/p>\n\n\n\n On suit Istv\u00e1n de son adolescence jusqu\u2019\u00e0 sa vieillesse. N\u00e9 en Hongrie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, il est envoy\u00e9 \u2014 apr\u00e8s quarante-deux pages stup\u00e9fiantes \u2014 dans un centre de d\u00e9tention pour mineurs parce qu\u2019il a eu un geste aux cons\u00e9quences dramatiques. <\/em><\/p>\n\n\n\n Une fois lib\u00e9r\u00e9, il sert comme soldat en Irak, en 2003, puis il part en Angleterre, y devient videur de bo\u00eete de nuit, chauffeur d\u2019un riche homme d\u2019affaires (et de son \u00e9pouse, Helen) et homme d\u2019affaires \u00e0 son tour. <\/em><\/p>\n\n\n\n Istv\u00e1n est le h\u00e9ros de ce grand roman, qui offre une exp\u00e9rience de lecture singuli\u00e8re sans pour autant qu\u2019il soit r\u00e9dig\u00e9 dans une langue exp\u00e9rimentale. Elle est au contraire sobre, tenue, et magistralement simple car elle allie la nettet\u00e9 \u00e0 la profondeur, et surtout, \u00e0 l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, \u00e0 l\u2019incertitude, un m\u00e9lange qui provoque de l\u2019attente. <\/em><\/p>\n\n\n\n Chair excelle dans l\u2019implicite \u2014 ce qui est le propre de la bonne litt\u00e9rature. Les personnages partagent rarement leurs r\u00e9flexions et leurs avis sur ce qui leur arrive, ils sont tr\u00e8s seuls et ne s\u2019entraident pas vraiment, m\u00eame lorsqu\u2019ils sont mari\u00e9s. Et l\u2019auteur ne se m\u00eale pas de leurs histoires. C\u2019est un roman, entre autres, sur la solitude fondamentale. Istv\u00e1n en prend conscience et pense : \u00ab On est ainsi expos\u00e9 de mani\u00e8re absurde sans savoir si le monde sait tout ou rien de ce qu\u2019on est, car on n\u2019a pas les moyens de savoir si ces exp\u00e9riences sont universelles ou enti\u00e8rement propres \u00e0 soi-m\u00eame. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n Nous aussi, lecteurs, nous restons seuls devant ces personnages, spectateurs pantois de leurs d\u00e9cisions.<\/em><\/p>\n\n\n\n Rares sont les romans qui provoquent \u00e0 ce point un face-\u00e0-face avec des \u00eatres de fiction. Les trajectoires sont en forme de montagnes russes : il y a dans <\/em>Chair beaucoup de p\u00e9rip\u00e9ties, preuves de l\u2019inventivit\u00e9 de l\u2019auteur. La chance des uns et des autres atteint un sommet puis elle d\u00e9gringole apr\u00e8s des accidents, ou \u00e0 cause de choix cruciaux et impr\u00e9visibles comme le sont les choix des h\u00e9ros bibliques.<\/em><\/p>\n\n\n\n\n\n Le Grand Continent a rencontr\u00e9 David Szalay lors de son passage \u00e0 Paris pour la promotion de son livre. Nous nous voyons chez Albin Michel, l\u2019\u00e9diteur de ses trois livres traduits en fran\u00e7ais \u2014 outre <\/em>Chair, il y a <\/em>Ce qu\u2019est l\u2019homme (2018) et <\/em>Turbulences (2020). Citoyen britannique n\u00e9 en 1974 au Canada d\u2019un p\u00e8re hongrois, David Szalay a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Londres et il a une fa\u00e7on anglaise de se comporter : il r\u00e9pond avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 aux questions et il le fait sobrement et poliment.<\/em><\/p>\n\n\n\n Il comprend mieux le fran\u00e7ais que le hongrois, pr\u00e9cise-t-il. Mais il nous r\u00e9pondra en anglais.<\/em><\/p>\n\n\n\n Pour recevoir tous nos contenus litt\u00e9raires et nous soutenir, abonnez-vous au Grand Continent<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Non, Istv\u00e1n n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 plus loquace dans une version pr\u00e9c\u00e9dente du roman, il \u00e9tait ainsi d\u00e8s le d\u00e9but. Le premier chapitre du livre, cette histoire d\u2019un adolescent tr\u00e8s timide qui vit une exp\u00e9rience troublante, c\u2019est la premi\u00e8re partie que j\u2019ai \u00e9crite. <\/p>\n\n\n\n Le roman est n\u00e9 de l\u00e0, et la personnalit\u00e9 d\u2019Istv\u00e1n se dessine \u00e0 travers cette exp\u00e9rience initiatrice, avec cette femme plus \u00e2g\u00e9e que lui.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est un d\u00e9fi que je me suis donn\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but : construire un personnage sans qu\u2019il s\u2019explique par les mots. Au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait difficile, et m\u00eame \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9criture du roman, je n\u2019\u00e9tais pas certain de ma r\u00e9ussite, parce que je n\u2019emploie pas de moyen direct pour communiquer la substance de ce qu\u2019est Istv\u00e1n. Lui-m\u00eame ne dit pas qui il est, l\u2019auteur non plus, les autres personnages non plus. Personne ne commente le comportement d\u2019Istv\u00e1n. <\/p>\n\n\n\n Sa personnalit\u00e9 se dessine \u00e0 travers une accumulation de faits, ou plut\u00f4t d\u2019actes physiques, dont les cons\u00e9quences sont parfois bonnes, parfois mauvaises.<\/p>\n\n\n\n Non, mais plusieurs personnes ont fait ce rapprochement. Il faut que je le lise. Je crois avoir compris que mon personnage et celui de Ian McEwan ne vivent pas cette exp\u00e9rience de la m\u00eame fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est un d\u00e9fi que je me suis donn\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but : construire un personnage sans qu\u2019il s\u2019explique par les mots.<\/p>David Szalay<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je n\u2019ai pas pens\u00e9 \u00e0 Faulkner en inventant Istv\u00e1n, mais je comprends votre rapprochement. <\/p>\n\n\n\n Au d\u00e9but, on ne sait rien d\u2019Istv\u00e1n, tant il s\u2019exprime peu \u2026 Et l\u2019impression qu\u2019il donne change au fur et \u00e0 mesure qu\u2019avance le roman. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est tr\u00e8s important. <\/p>\n\n\n\n Les personnages sont ancr\u00e9s dans leur temps, dans l\u2019Histoire, et dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Istv\u00e1n devient adulte \u00e0 une \u00e9poque essentielle pour l\u2019Europe, la fin du Rideau de fer, et il reste \u00e9berlu\u00e9, confus, devant l\u2019effondrement de l\u2019empire sovi\u00e9tique. C\u2019\u00e9tait une exp\u00e9rience saisissante et troublante. On essaie encore de comprendre ce qui s\u2019est pass\u00e9, d\u2019ailleurs. <\/p>\n\n\n\n La confusion, le chaos existent toujours dans l\u2019esprit des gens de cette partie de l\u2019Europe. La relation entre ces anciens pays que l\u2019on disait de l\u2019Est, leurs habitants, et le reste de l\u2019Europe est encore en cours de construction.<\/p>\n\n\n\n Je vivais en Angleterre. Je suis n\u00e9 au Canada mais j\u2019ai grandi en Angleterre. Mon p\u00e8re est n\u00e9 en Hongrie, il en est parti dans les ann\u00e9es 1960 mais sa famille, sa s\u0153ur, ses parents, mes cousins, sont rest\u00e9s en Hongrie. Nous leur rendions visite une fois par an, donc je garde des souvenirs forts de la Hongrie de ces ann\u00e9es-l\u00e0. <\/p>\n\n\n\n La chute du Rideau de fer a produit des effets divers sur les habitants, selon les g\u00e9n\u00e9rations. <\/p>\n\n\n\n Pour les tantes de mon p\u00e8re, qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 \u00e2g\u00e9es, ce fut un choc, il fallait tout d\u00e9construire et cr\u00e9er quelque chose de tout \u00e0 fait diff\u00e9rent. <\/p>\n\n\n\n Pour les jeunes, c\u2019\u00e9tait sans doute plus facile. <\/p>\n\n\n\n Les personnages sont ancr\u00e9s dans leur temps, dans l\u2019Histoire, et dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>David Szalay<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je fais sentir dans le d\u00e9but du roman que l\u2019Ouest repr\u00e9sentait un id\u00e9al de bonheur \u2014 si bien que ces populations de l\u2019Est se trouvaient dans une position avilissante par rapport \u00e0 ces gens plus riches qu\u2019elles.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est comme lorsqu\u2019on a, dans sa famille, quelqu\u2019un de tr\u00e8s fortun\u00e9 et qu\u2019on a envie de vivre comme lui. On est excit\u00e9 de venir dans sa magnifique maison, on fait exactement ce qu\u2019il faut pour \u00eatre invit\u00e9, r\u00e9invit\u00e9 \u2014 et ces efforts ne sont pas bons pour l\u2019estime de soi. <\/p>\n\n\n\n Je pense qu\u2019une partie des situations politiques actuelles en Europe de l\u2019Est peut se lire comme une r\u00e9action \u00e0 cette humiliation. En partie, seulement. C\u2019est une fa\u00e7on pour les anciens pays de l\u2019Est de dire \u00e0 ceux de l\u2019Ouest : nous ne sommes pas oblig\u00e9s d\u2019entretenir cette relation de soumission avec vous.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, en 2026, la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique reste la m\u00eame : les pays de l\u2019Ouest sont plus riches.<\/p>\n\n\n\n Le d\u00e9s\u00e9quilibre demeure, m\u00eame si quelques pays ont r\u00e9ussi \u00e0 rattraper leur retard, la Slov\u00e9nie et la Tch\u00e9quie par exemple. <\/p>\n\n\n\n En effet, elle n\u2019est pas sentimentale, et ce d\u00e8s le d\u00e9but du livre. Mais je ne veux pas non plus la caricaturer. <\/p>\n\n\n\n Je ne veux surtout pas classer les personnages moralement, \u00e9tablir deux colonnes, les bons d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les mauvais de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n Absolument. Je n\u2019aime pas trop que les gens insistent sur la peinture de la masculinit\u00e9 que serait mon livre parce que c\u2019est \u00e9galement un roman sur bien d\u2019autres th\u00e8mes : l\u2019argent, le temps, la vieillesse, l\u2019avilissement.<\/p>\n\n\n\n Les personnages f\u00e9minins sont tout aussi importants : Helen, avec laquelle Istv\u00e1n fait un bout de chemin, ou sa m\u00e8re, sont essentielles.<\/p>\n\n\n\n Helen est un type de femme qui existe dans les pays riches d\u2019aujourd\u2019hui : elle a \u00e9pous\u00e9 un homme fortun\u00e9 de vingt ans son a\u00een\u00e9, tout en pouvant profiter d\u2019une relative libert\u00e9, avoir un amant. Dans l\u2019immense maison qu\u2019elle habite, elle occupe un \u00e9tage diff\u00e9rent de celui qu\u2019occupe son mari. Ils se voient rarement, elle fait des courses \u00e0 Londres tandis qu\u2019il travaille. Il est souvent \u00ab en d\u00e9placement \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Je ne serais pas surpris que Houellebecq m\u2019ait influenc\u00e9. <\/p>David Szalay<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Oui. Les classes sociales font partie de la dynamique dont je parlais tout \u00e0 l\u2019heure, celle des diff\u00e9rences entre l\u2019Est et l\u2019Ouest. Sans grossir le trait, c\u2019est un peu comme s\u2019il y avait un syst\u00e8me de classes entre pays auquel je donnais sa r\u00e9plique dans les relations entre les \u00eatres au sein d\u2019un m\u00eame pays, l\u2019Angleterre.<\/p>\n\n\n\n Istv\u00e1n arrive \u00e0 Londres en 2004 ou 2005, donc juste apr\u00e8s l\u2019\u00e9largissement de l\u2019Union europ\u00e9enne \u00e0 plusieurs pays de l\u2019Est, dont la Hongrie.<\/p>\n\n\n\n Il est un migrant venu de l\u2019Est et il est imm\u00e9diatement associ\u00e9 par les Britanniques \u00e0 une classe sociale. S\u2019il avait \u00e9t\u00e9 m\u00e9decin, cela aurait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent. Mais il n’a pas de dipl\u00f4me, alors il se retrouve videur dans une bo\u00eete de nuit.<\/p>\n\n\n\n Helen, alors qu\u2019ils viennent de se rencontrer, se moque de son accent quand il parle anglais ; il se sent un peu offens\u00e9 mais il ne proteste pas, il laisse faire.<\/p>\n\n\n\n En effet, dans un texte, le choix d\u2019un endroit est d\u00e9terminant.<\/p>\n\n\n\n Ce qui se passe dans l\u2019h\u00f4tel est devenu une partie importante du roman alors que cela ne devait occuper initialement que quelques paragraphes. Or je me suis aper\u00e7u qu\u2019en sortant Helen et Istv\u00e1n de leur environnement habituel, il se passait quelque chose, leur relation se transformait.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 ce stade du roman, Istv\u00e1n est le chauffeur d\u2019Helen, mais la hi\u00e9rarchie sociale p\u00e8se moins lourd lorsqu\u2019ils sont tous les deux ailleurs qu\u2019\u00e0 Londres.<\/p>\n\n\n\n Bien s\u00fbr, cette situation in\u00e9galitaire persiste dans une certaine mesure, surtout lorsque le fils d\u2019Helen les rejoint. <\/p>\n\n\n\n Mais lorsqu\u2019ils sont sans Thomas, Istv\u00e1n et Helen sont presque des \u00e9gaux. Il fallait cette \u00e9tape \u00e0 l\u2019h\u00f4tel pour qu\u2019ils se rapprochent plus tard dans le livre et que leur rapprochement soit vraisemblable. Cette partie \u00e0 l\u2019h\u00f4tel est ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e du roman. <\/p>\n\n\n\n Bien s\u00fbr, vous avez raison, ils sont fautifs. C\u2019est atroce, je le pense aussi. <\/p>\n\n\n\n D\u2019ailleurs j\u2019ai \u00e9limin\u00e9 une partie dans laquelle Thomas, le fils d\u2019Helen, accusait durement sa m\u00e8re de trahir son p\u00e8re. On peut raconter cet \u00e9pisode d\u2019une fa\u00e7on qui ferait passer Helen pour un monstre \u2014 mais je ne veux pas l\u2019accuser, j\u2019ai de l\u2019empathie pour elle.<\/p>\n\n\n\n Son mariage est une union sans amour, elle trompe son mari richissime : c\u2019est une situation qui para\u00eet r\u00e9elle, et qui existe. On peut avoir de la sympathie pour cette femme qui se conduit mal parce que Helen est dans une zone grise.<\/p>\n\n\n\n Son mari a des torts, lui aussi.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est une r\u00e9gion importante dans la vie hongroise.<\/p>\n\n\n\n Pendant l\u2019\u00e9poque communiste, on y allait parce qu\u2019il \u00e9tait difficile de partir ailleurs, il \u00e9tait difficile de voyager.<\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui encore, les Hongrois y sont attach\u00e9s et ils y vont pendant les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9. Le lac Balaton est li\u00e9 \u00e0 la jeunesse, dans l\u2019imaginaire hongrois : c\u2019est le premier endroit o\u00f9 l\u2019on peut aller en amoureux quand on est jeune.<\/p>\n\n\n\n Istv\u00e1n y va d\u2019ailleurs avec sa petite amie, No\u00e9mi.<\/p>\n\n\n\n Non. \u00c0 un moment, je me suis dit : \u00ab Tu n\u2019as pas parl\u00e9 du p\u00e8re, il est myst\u00e9rieux, il est absent. Faudrait-il dire quelque chose sur lui ? \u00bb Et j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de ne rien imaginer. <\/p>\n\n\n\n Qu\u2019est-ce que cela ajouterait ? C\u2019est presque mieux que je reste silencieux sur ce p\u00e8re, cela ouvre diff\u00e9rentes possibilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Je n\u2019ai pas conserv\u00e9 des secrets sur ce p\u00e8re que je ne d\u00e9voile pas dans le livre. Aux lecteurs d\u2019imaginer un p\u00e8re, ou pas. C\u2019est ouvert.<\/p>\n\n\n\n J\u2019ai lu deux ou trois romans de lui et je les ai beaucoup aim\u00e9s. C\u2019est tout le contraire d\u2019ennuyeux. <\/p>\n\n\n\n La mani\u00e8re dont il d\u00e9crit le monde contemporain me para\u00eet plus juste que chez n\u2019importe quel \u00e9crivain \u2014 c\u2019est ce qui me fascine chez lui. Il est inclassable, contrairement \u00e0 la plupart des auteurs.<\/p>\n\n\n\n Je ne serais pas surpris que Houellebecq m\u2019ait influenc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Je n\u2019aime pas trop que les gens insistent sur la peinture de la masculinit\u00e9 que serait mon livre.<\/p>David Szalay<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Parmi les trois autres, il n\u2019y en a qu\u2019un que je voudrais voir traduit en fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est un roman tr\u00e8s londonien qui s\u2019intitule d\u2019ailleurs London and the South-East<\/em> (Vintage Books, 2009).<\/p>\n\n\n\n C\u2019est le seul que j\u2019ai \u00e9crit enti\u00e8rement \u00e0 Londres. Il est diff\u00e9rent des trois autres romans traduits, qui ont tous une dimension internationale. <\/p>\n\n\n\n London and the South-East<\/em> raconte l\u2019histoire d\u2019un vendeur par t\u00e9l\u00e9phone, un type alcoolique. Il se trouve que j\u2019ai travaill\u00e9 comme vendeur par t\u00e9l\u00e9phone dans les ann\u00e9es 1990. Il essaie de se prendre en main, mais il n\u2019y arrive pas. Le ton du livre est comique.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Un autre roman parmi ces textes non traduits se passe en Russie entre les ann\u00e9es 1940 et les ann\u00e9es 1970. C\u2019est le premier que j\u2019ai \u00e9crit et le deuxi\u00e8me \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 publi\u00e9, et je ne crois pas que j\u2019\u00e9crirai un autre roman historique \u00e0 l\u2019avenir. Le troisi\u00e8me roman est \u00e9galement tr\u00e8s londonien. <\/p>\n\n\n\n Sans doute, avec Ce qu\u2019est l\u2019homme<\/em>, qui est un livre dr\u00f4le alors que Chair<\/em> est sombre \u2014 tragique, m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Oui. Je dessine d\u2019abord une structure narrative globale et ces sauts \u00e0 travers les ann\u00e9es en faisaient partie.<\/p>\n\n\n\n Mais ce qui se passe dans le d\u00e9tail, je le d\u00e9couvre pendant l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n La guerre en Irak, \u00e0 laquelle Istv\u00e1n participe comme soldat, j\u2019y ai pens\u00e9 pendant l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n La toute premi\u00e8re id\u00e9e \u00e9tait sans doute d\u2019\u00e9crire sur un Hongrois qui migre en Europe au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est le danger et c\u2019est ce qui pourrait se produire \u2014 \u00e0 moins que quelqu\u2019un agisse. <\/p>\n\n\n\n Par d\u00e9faut, c\u2019est ce qui pourrait arriver, mais je pense qu\u2019il est possible de l\u2019emp\u00eacher, je ne suis pas pessimiste. Mais on ne peut pas se contenter de dire que tout va bien, sous pr\u00e9texte que nous serions diff\u00e9rents du reste du monde.<\/p>\n\n\n\n Le plus grand probl\u00e8me, pour la survie de l\u2019Europe, me semble \u00eatre la croyance dans le fait que ce continent m\u00e9rite un bel avenir et donc qu\u2019il nous devrait<\/em> cet avenir. Cette attitude passive conduirait au d\u00e9clin. <\/p>\n\n\n\n Il faut se d\u00e9barrasser de cette perception et se rendre compte qu\u2019il faut agir pour emp\u00eacher la chute. <\/p>\n\n\n\n Intellectuel, c\u2019est relatif, et cela d\u00e9pend des milieux auxquels on compare le mien.<\/p>\n\n\n\n Mais oui, j\u2019ai grandi dans un foyer de classe moyenne, \u00e0 Londres, dans un milieu port\u00e9 par une vitalit\u00e9 intellectuelle. Je suis all\u00e9 dans de bonnes \u00e9coles, puis \u00e0 Oxford. <\/p>\n\n\n\n Je suis un privil\u00e9gi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 Oxford, la premi\u00e8re ann\u00e9e, on \u00e9tudie la litt\u00e9rature des XVIIIe et XIXe si\u00e8cles. La deuxi\u00e8me ann\u00e9e, on a deux options, et la majorit\u00e9 des \u00e9tudiants choisit la premi\u00e8re. Elle consiste \u00e0 travailler sur la litt\u00e9rature qui va du XIVe au XVIIIe si\u00e8cles. L\u2019autre option est de travailler sur la litt\u00e9rature qui pr\u00e9c\u00e8de le XIVe si\u00e8cle, la litt\u00e9rature des temps obscurs, \u00e9crite dans une langue \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la langue contemporaine. C\u2019est l\u2019option que j\u2019ai prise et je m\u2019en suis lass\u00e9 assez vite. <\/p>\n\n\n\n Mon exp\u00e9rience \u00e0 Oxford a \u00e9t\u00e9, de ce fait, assez bizarre. Je n\u2019avais pas compris qu\u2019il s\u2019agissait de traduire des formes verbales qui appartenaient \u00e0 une langue autre que la mienne \u2014 un domaine dans lequel je ne suis pas dou\u00e9. Je reste fascin\u00e9 par cette p\u00e9riode sous l\u2019angle de l\u2019Histoire, mais pour l\u2019\u00e9tudier, il faut en passer par une approche technique qui m\u2019ennuie. Il faut avoir envie de devenir philologue, chercheur, et ce n\u2019\u00e9tait pas mon cas.<\/p>\n\n\n\n Le plus grand probl\u00e8me, pour la survie de l\u2019Europe, me semble \u00eatre la croyance dans le fait que ce continent m\u00e9rite un bel avenir et donc qu\u2019il nous devrait<\/em> cet avenir.<\/p>David Szalay<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 Oxford, j\u2019\u00e9crivais des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre que je mettais en sc\u00e8ne avec des amis. <\/p>\n\n\n\n Comme cela marchait bien, nous avons pr\u00e9sent\u00e9 une de nos pi\u00e8ces au festival d\u2019\u00c9dimbourg o\u00f9 sont jou\u00e9es des centaines de pi\u00e8ces. Malheureusement, la n\u00f4tre n\u2019a pas du tout march\u00e9 et pendant un certain temps, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 convaincu que je n\u2019\u00e9crirais plus jamais. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je suis devenu vendeur par t\u00e9l\u00e9phone.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Quelques ann\u00e9es plus tard, j\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9crire des pi\u00e8ces radiophoniques pour la BBC. Elles ont \u00e9t\u00e9 jou\u00e9es \u00e0 la radio, elles ont obtenu un certain succ\u00e8s, et mon retour \u00e0 l\u2019\u00e9criture a commenc\u00e9 l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n Lorsque je vivais \u00e0 Londres, oui.<\/p>\n\n\n\n En Hongrie, o\u00f9 je vis une partie du temps, je n\u2019y vais pas parce que ma ma\u00eetrise de la langue hongroise n\u2019est pas suffisante.<\/p>\n\n\n\n J\u2019aime le cin\u00e9ma comme spectateur et comme forme artistique mais je ne suis pas int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019\u00e9criture de sc\u00e9narios.<\/p>\n\n\n\n J\u2019ai l\u2019impression que cela revient \u00e0 \u00e9crire un plan que quelqu\u2019un d\u2019autre va ex\u00e9cuter. Et je suis trop perfectionniste pour abandonner ce travail \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n Une option d\u2019adaptation a \u00e9t\u00e9 prise par un producteur pour adapter Chair<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9cran, au cin\u00e9ma ; il y a une chance sur deux pour que cela se fasse. Si c\u2019est le cas, je serai impliqu\u00e9 comme une esp\u00e8ce de consultant, mais je n\u2019\u00e9crirai pas le sc\u00e9nario. Je ne serais pas la meilleure personne pour r\u00e9inventer le texte. Je suis trop li\u00e9 \u00e0 la forme romanesque que je lui ai donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Cependant, je serais content de voir ce que ce livre pourrait devenir une fois transform\u00e9 en film.<\/p>\n\n\n\n M\u00eame si je ne vis plus \u00e0 Londres, je lis toujours de tr\u00e8s pr\u00e8s les journaux britanniques, chaque jour. Et puis, je vis dans ce monde, je ne peux pas l\u2019\u00e9viter. <\/p>\n\n\n\n Je passe aussi du temps en Slov\u00e9nie, o\u00f9 j\u2019ai une maison. C\u2019est l\u00e0-bas que j\u2019\u00e9cris.<\/p>\n\n\n\n Je connais mal la sc\u00e8ne litt\u00e9raire viennoise, j\u2019en suis un peu exclu parce que je ne parle pas allemand. C\u2019est une ville dans laquelle je me sens encore comme un visiteur. Il est agr\u00e9able d\u2019y vivre. Je la vois comme une m\u00e9tropole d\u2019Europe centrale. <\/p>\n\n\n\n Dans la rue, vous entendez du hongrois, du croate, du polonais, du roumain. On ne peut pas se promener longtemps dans la rue sans entendre des langues de pays qui firent partie de l\u2019empire austro-hongrois, et gr\u00e2ce \u00e0 cette pr\u00e9sence des langues \u00e9trang\u00e8res, on n\u2019a pas le sentiment de se trouver dans une arri\u00e8re-cour de l\u2019Europe, dans une province.<\/p>\n\n\n\n Mais l\u2019Autriche est un petit pays et on sent que Vienne appartient au pass\u00e9 \u2014 quand m\u00eame pas comme Venise, qui atteint un sommet de ce point de vue, mais tout de m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est une ville moins confortable, moins riche que Vienne mais beaucoup plus excitante et int\u00e9ressante. <\/p>\n\n\n\n Vienne est un fossile alors que Budapest est encore en train de devenir quelque chose. On verra ce que donneront les \u00e9lections l\u00e9gislatives du mois d\u2019avril prochain. Ce sera important pour l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n Non, changer de lieu est devenu pour moi une fa\u00e7on de vivre ; elle s\u2019est install\u00e9e avec le temps. J\u2019ai besoin de d\u00e9m\u00e9nager r\u00e9guli\u00e8rement. Je suis tout le temps en train de bouger. C\u2019est parfois un peu fatiguant mais si je ne le faisais pas, \u00e7a me rendrait claustrophobe. <\/p>\n\n\n\n Tr\u00e8s peu, et je le lis en anglais parce que je suis incapable de le lire en hongrois. M\u00eame en anglais, son \u00e9criture est compliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Je n\u2019ai lu qu\u2019un livre de lui, Tango de Satan<\/em> (Gallimard, 2000), sans doute le plus connu, et je comprends pourquoi il a obtenu le Nobel. Je lis une vingtaine de romans contemporains par an, que je choisis un peu au hasard.<\/p>\n\n\n\n On m\u2019en envoie beaucoup, j\u2019en saisis certains dans cette pile. Je vais poursuivre ma lecture de Houellebecq mais je ne me dis jamais qu\u2019il faut que je connaisse l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re d\u2019un \u00e9crivain.<\/p>\n\n\n\n En ce moment je lis The land of Winter<\/em>, d\u2019Andrew Miller, qui faisait partie de la liste finale du Booker Prize en 2025, avec Chair<\/em>.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est un excellent livre.<\/p>\n\n\n\n Vienne est un fossile alors que Budapest est encore en train de devenir quelque chose.<\/p>David Szalay<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cela m\u2019inspirera s\u00fbrement mais il me faudra du temps.<\/p>\n\n\n\n Il est n\u00e9cessaire d\u2019arriver \u00e0 dig\u00e9rer ce qui se passe, qui est aussi excitant que terrifiant.<\/p>\n\n\n\n Le roman n\u2019est pas la meilleure forme pour traiter directement et consciemment de sujets g\u00e9opolitiques. Il faut que les faits infusent en nous. <\/p>\n\n\n\n Hier, je rappelais \u00e0 mon \u00e9diteur fran\u00e7ais ce fameux proverbe chinois, cette mal\u00e9diction adress\u00e9e par la Chine \u00e0 ses ennemis : \u00ab Puissiez-vous vivre des temps int\u00e9ressants. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, h\u00e9las, les \u00e9poques ennuyeuses nous manquent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Dans son dernier roman, l\u2019auteur britannique d\u2019origine hongroise r\u00e9ussit une prouesse : faire reposer une intrigue enti\u00e8re sur un personnage opaque.<\/p>\n Alors que Chair<\/em>, qui a remport\u00e9 la plus prestigieuse distinction litt\u00e9raire au Royaume-Uni, vient de para\u00eetre en fran\u00e7ais, nous le rencontrons.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":312648,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[4344],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-312646","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-litterature","staff-virginie-bloch-laine","geo-europe"],"acf":[],"yoast_head":"\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nL\u2019une des choses les plus frappantes \u00e0 la lecture de Chair<\/em> est la constance dans le laconisme du personnage d\u2019Istv\u00e1n. Avez-vous essay\u00e9 de le faire parler de fa\u00e7on moins elliptique ?<\/h3>\n\n\n\n
N\u2019avez-vous pas craint que le personnage manque d\u2019\u00e9paisseur \u00e0 cause de cette \u00e9conomie de mots ?<\/h3>\n\n\n\n
L\u2019initiation sexuelle d\u2019Istv\u00e1n par une femme plus \u00e2g\u00e9e fait penser \u00e0 des sc\u00e8nes de Le\u00e7ons<\/em> (Gallimard, 2023), le roman de Ian McEwan. Le h\u00e9ros est initi\u00e9 \u00e0 la sexualit\u00e9 par sa professeure de piano qui est plus \u00e2g\u00e9e que lui. L\u2019avez-vous lu ? <\/h3>\n\n\n\n
Istv\u00e1n m\u2019a aussi fait penser \u00e0 un idiot comme il y en a chez Faulkner\u2026<\/h3>\n\n\n\n
Quelle importance a le fait qu\u2019Istv\u00e1n soit hongrois, et adolescent dans les ann\u00e9es 1990 ?<\/h3>\n\n\n\n
O\u00f9 viviez-vous \u00e0 ce moment-l\u00e0 ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment l\u2019Ouest \u00e9tait-il vu ? <\/h3>\n\n\n\n
Cette r\u00e9action \u00e0 l\u2019humiliation des pays pauvres par les pays riches se sent, dans votre roman, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des personnages, notamment lorsque la m\u00e8re d\u2019Istv\u00e1n remarque que Thomas, le beau-fils d\u2019Istv\u00e1n, n\u2019aime pas Istv\u00e1n. Elle analyse ce probl\u00e8me de fa\u00e7on pragmatique. Elle est inqui\u00e8te parce que l\u2019enfant, une fois majeur, pourrait causer de graves probl\u00e8mes \u00e0 Istv\u00e1n.<\/h3>\n\n\n\n
Certains critiques litt\u00e9raires qualifient votre livre d\u2019\u00e9tude de la masculinit\u00e9 contemporaine, mais il est aussi une \u00e9tude de caract\u00e8res f\u00e9minins contemporains.<\/h3>\n\n\n\n
La diff\u00e9rence entre les classes sociales est un motif important de Chair<\/em>\u2026<\/h3>\n\n\n\n
Les lieux sont tr\u00e8s importants dans vos romans. Ce qu\u2019est l\u2019homme<\/em> se d\u00e9roule dans plusieurs pays, et Turbulences<\/em> se passe en partie dans des a\u00e9roports ou sur le trajet d\u2019a\u00e9roports, avec des personnages en transit entre deux villes. Dans Chair<\/em>, Istv\u00e1n et Helen passent plusieurs semaines dans un h\u00f4tel de luxe \u00e0 Munich, et leur comportement change.<\/h3>\n\n\n\n
Je suis g\u00ean\u00e9e, je ne veux pas faire la morale : mais qu\u2019ils se retrouvent dans un h\u00f4tel pay\u00e9 par le mari d\u2019Helen renforce la faute morale qu\u2019ils commettent\u2026<\/h3>\n\n\n\n
Un autre lieu qui appara\u00eet dans votre roman : le lac Balaton, en Hongrie\u2026<\/h3>\n\n\n\n
Istv\u00e1n n\u2019a pas de p\u00e8re. Lui avez-vous imagin\u00e9 un p\u00e8re dans une version ant\u00e9rieure ? <\/h3>\n\n\n\n
Le regard que vous portez sur les relations sentimentales contemporaines \u2014 en particulier dans Ce qu\u2019est l\u2019homme<\/em>, un texte cru, le portrait de neuf hommes dont certains sont fatigu\u00e9s de l\u2019amour, d\u00e9sabus\u00e9s, \u00e9tanches au sentimentalisme, et couchent avec des femmes qui ne sont pas moins d\u00e9sabus\u00e9es \u2014 fait penser \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Michel Houellebecq. Est-ce un auteur que vous lisez ?<\/h3>\n\n\n\n
Trois romans de vous ont \u00e9t\u00e9 traduits en fran\u00e7ais. Vous en avez \u00e9crit trois autres. Pouvez-vous nous en parler ? <\/h3>\n\n\n\n
Chair<\/em> est-il \u00e0 vos yeux votre texte le plus r\u00e9ussi ? <\/h3>\n\n\n\n
Le fait de passer sous silence plusieurs ann\u00e9es entre les chapitres, l\u2019aviez-vous d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 l\u2019avance ? <\/h3>\n\n\n\n
Dans Ce qu\u2019est l\u2019homme, vous \u00e9crivez, \u00e0 propos de Venise, qu\u2019elle est un \u00ab \u00e9ph\u00e9m\u00e8re monument \u00e0 la gloire d\u2019une antique richesse, d\u2019un antique pouvoir \u00bb. Est-ce ainsi que vous voyez l\u2019Europe enti\u00e8re ? <\/h3>\n\n\n\n
Avez-vous grandi dans un milieu intellectuel ? <\/h3>\n\n\n\n
\u00c9tudiant et jeune adulte, vouliez-vous devenir \u00e9crivain ?<\/h3>\n\n\n\n
Vos dialogues sont excellents et cela vient peut-\u00eatre en effet de votre pratique de l\u2019\u00e9criture dramaturgique. Allez-vous souvent au th\u00e9\u00e2tre ?<\/h3>\n\n\n\n
\u00c9crire pour le cin\u00e9ma vous int\u00e9resserait-il ? <\/h3>\n\n\n\n
Comment captez-vous l\u2019air du temps, qui est le mat\u00e9riau de vos romans, si l\u2019on met de c\u00f4t\u00e9 votre roman historique ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous habitez la moiti\u00e9 de votre temps \u00e0 Budapest et l\u2019autre moiti\u00e9 \u00e0 Vienne. Pouvez-vous d\u00e9crire l\u2019atmosph\u00e8re de cette ville, Vienne ?<\/h3>\n\n\n\n
Et Budapest ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous ne pourriez pas habiter dans une seule ville ? <\/h3>\n\n\n\n
Lisez-vous L\u00e1szl\u00f3 Krasznahorkai<\/a> ? <\/h3>\n\n\n\n
Ce qui se passe en ce moment aux \u00c9tats-Unis inspire-t-il l\u2019\u00e9crivain que vous \u00eates ? <\/h3>\n\n\n\n