{"id":309491,"date":"2025-12-22T13:00:00","date_gmt":"2025-12-22T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=309491"},"modified":"2025-12-22T10:33:26","modified_gmt":"2025-12-22T09:33:26","slug":"ephemere-destinee-freud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/22\/ephemere-destinee-freud\/","title":{"rendered":"\u00ab&#160;\u00c9ph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e&#160;\u00bb&#160;: le viatique de Sigmund Freud face aux dangers"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"intro\">En novembre 1915, la Soci\u00e9t\u00e9 Goethe demande \u00e0 Freud un texte pour un volume d\u2019hommages consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9crivain (<em>Das Land Goethes<\/em>, 1915-1916) et auquel participent cent-quarante sept auteurs, dont Arthur Schnitlzer et Hugo von Hoffmannsthal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">R\u00e9dig\u00e9 en novembre 1915, quelques semaines apr\u00e8s \u00ab&#160;Deuil et la m\u00e9lancolie&#160;\u00bb et publi\u00e9 en 1916, sous le titre \u00ab&#160;\u00c9ph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e&#160;\u00bb\u00a0 (<em>Verg\u00e4nglichkeit<\/em>), ce court article renvoie au final du Second Faust&#160;: \u00ab&#160;Toute chose p\u00e9rissable (<em>Alles Verg\u00e4ngliche<\/em>)\u202f\/\u202fn\u2019est qu\u2019un symbole\u202f\/\u202fL\u2019insuffisant\/\u202fIci devient \u00e9v\u00e9nement\u202f\/\u202fL\u2019indescriptible\u202f\/\u202fIci est accompli\u202f\/\u202fL\u2019\u00e9ternel f\u00e9minin\u202f\/\u202fNous attire vers le haut.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-309491' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/22\/ephemere-destinee-freud\/#easy-footnote-bottom-1-309491' title='&lt;em&gt;Faust&lt;\/em&gt;, \u00e9dition \u00e9tablie par Jean Lacoste et Jacques Le Rider, Bartillat, 2009)'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Freud met en sc\u00e8ne deux amis se promenant avec lui durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1913&#160;: l\u2019un est d\u00e9sign\u00e9 comme un \u00ab&#160;ami taciturne&#160;\u00bb, l\u2019autre comme \u00ab&#160;un jeune po\u00e8te \u00e0 la r\u00e9putation d\u00e9j\u00e0 assise&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Il s\u2019agit-l\u00e0, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, de Rainer Maria Rilke auquel Freud attribue des propos charg\u00e9s de nostalgie et de pessimisme. Toute cette beaut\u00e9 serait donc, l\u2019hiver venant, condamn\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre et, de m\u00eame, la beaut\u00e9 du monde, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, serait-elle vou\u00e9e \u00e0 un an\u00e9antissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Aussi bien Freud se livre-t-il ici \u00e0 une r\u00e9flexion goeth\u00e9enne sur le p\u00e9rissable et l\u2019\u00e9ternel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Mais contrairement \u00e0 l\u2019ami po\u00e8te, il affirme que l\u2019humanit\u00e9 sera capable, par son amour de la culture, de reconstruire ce que la guerre aura d\u00e9truit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">En novembre 1914, il avait \u00e9crit cette phrase \u00e0 sa ch\u00e8re Lou Andreas Salom\u00e9, son amie, amante du po\u00e8te&#160;: \u00ab&#160;Je ne doute pas que le monde se remettra de cette guerre-ci, mais je sais avec certitude que moi et mes contemporains ne verrons plus le monde sous un jour heureux. Il est trop laid.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">Pourtant, dans ce texte, il contredit son interlocuteur trop envahi par son sentiment de fugacit\u00e9 in\u00e9luctable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c9ph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-309491' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/22\/ephemere-destinee-freud\/#easy-footnote-bottom-2-309491' title='&lt;em&gt;Verg\u00e4nglichkeit&lt;\/em&gt;. Ce substantif, qui est d\u00e9riv\u00e9 de l\u2019adjectif &lt;em&gt;verg\u00e4nglich&lt;\/em&gt; (\u00ab&amp;#160;qui passe, passager, sujet \u00e0 passer&amp;#160;\u00bb), sera g\u00e9n\u00e9ralement traduit par \u00ab&amp;#160;caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re&amp;#160;\u00bb ou pas \u00ab&amp;#160;fugacit\u00e9&amp;#160;\u00bb, sauf dans le titre. En effet, sa charge affective habituelle, mais aussi son arri\u00e8re-plan po\u00e9tique (cf. la c\u00e9l\u00e8bre citation du &lt;em&gt;Second Faust&lt;\/em&gt; de Goethe, \u00ab&amp;#160;&lt;em&gt;Alles Verg\u00e4ngliche ist nur ein Gleichnis&lt;\/em&gt;&amp;#160;\u00bb [\u00abTout ce qui passe n\u2019est que m\u00e9taphore.\u00bb] se trouvent renforc\u00e9s par l\u2019extr\u00eame bri\u00e8vet\u00e9 du titre. Notre choix nous a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 dict\u00e9 par le fait que Freud, d\u00e8s la fin du premier paragraphe, lui a accol\u00e9 le mot &lt;em&gt;Schicksal&lt;\/em&gt; (\u00ab&amp;#160;destin, destin\u00e9e&amp;#160;\u00bb).'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019ai fait il y a quelque temps, en compagnie d\u2019un ami taciturne et d\u2019un jeune po\u00e8te \u00e0 la r\u00e9putation d\u00e9j\u00e0 assise&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-309491' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/22\/ephemere-destinee-freud\/#easy-footnote-bottom-3-309491' title='Freud a s\u00e9journ\u00e9 quelque temps dans les Dolomites en ao\u00fbt 1913&amp;#160;; ses accompagnateurs \u00e9taient peut-\u00eatre Rilke et Lou Andr\u00e9as-Salom\u00e9. (Note de traduction)'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, une promenade \u00e0 travers un paysage d\u2019\u00e9t\u00e9 en fleur. Le po\u00e8te admirait la beaut\u00e9 de la nature environnante, mais sans en ressentir de joie. Une pens\u00e9e le troublait, \u00e0 savoir que toute cette beaut\u00e9 \u00e9tait vou\u00e9e \u00e0 la disparition, qu\u2019en hiver elle se serait enfuie, mais aussi, et tout autant qu\u2019elle, toute humaine beaut\u00e9 et tout ce que les hommes avaient cr\u00e9\u00e9 et pourraient cr\u00e9er de beau et de noble. Toutes les choses qu\u2019ordinairement il aurait aim\u00e9es et admir\u00e9es lui semblaient d\u00e9valoris\u00e9es par le destin auquel elles \u00e9taient promises, \u00e0 savoir leur caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Qui est\u00a0 l\u2019ami taciturne et silencieux&#160;? On a beaucoup dit que c\u2019\u00e9tait Lou Andreas-Salom\u00e9 qui n\u2019\u00e9tait pas un homme et qui n\u2019avait pas l\u2019habitude de se taire. Je dirais plut\u00f4t qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un double de l\u2019auteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">\u00c0 la mani\u00e8re de Diderot, Freud aimait en effet cr\u00e9er un acteur fictif afin de mettre en sc\u00e8ne une controverse. Il le fera dans <em>L\u2019avenir d\u2019une illusion<\/em> (1927).<\/p>\n\n\n\n<p>Nous savons qu\u2019une telle attitude d\u2019abandon \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la fragilit\u00e9 de tout ce qui est beau et parfait peut \u00eatre le point de d\u00e9part de deux motions psychiques&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-4-309491' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/22\/ephemere-destinee-freud\/#easy-footnote-bottom-4-309491' title='&lt;em&gt;seelische Regungen&lt;\/em&gt;'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> diff\u00e9rentes. L\u2019une conduit au sentiment douloureux de d\u00e9go\u00fbt du monde qu\u2019\u00e9prouvait le jeune po\u00e8te, l\u2019autre \u00e0 la r\u00e9volte contre l\u2019affirmation selon laquelle il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. Non, il est impossible que toutes ces splendeurs pr\u00e9sentes dans la nature et dans l\u2019art, dans le monde de nos sensations et dans le monde ext\u00e9rieur soient effectivement destin\u00e9es \u00e0 tomber dans le n\u00e9ant. Ce serait une absurdit\u00e9 trop grande et un trop grand sacril\u00e8ge que de croire \u00e0 cela. Elles ne peuvent pas ne pas continuer \u00e0 exister d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, soustraites \u00e0 toutes les influences destructrices.<\/p>\n\n\n\n<p>Seulement, cette exigence d\u2019\u00e9ternit\u00e9 est trop clairement un produit de notre vie dans l\u2019ordre du d\u00e9sir&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-5-309491' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/22\/ephemere-destinee-freud\/#easy-footnote-bottom-5-309491' title='&lt;em&gt;Wunschleben&lt;\/em&gt;'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> pour qu\u2019elle puisse pr\u00e9tendre poss\u00e9der une quelconque valeur dans l\u2019ordre de la r\u00e9alit\u00e9. M\u00eame ce qui est douloureux peut \u00eatre vrai. Je ne pouvais me r\u00e9soudre, ni \u00e0 contester la fugacit\u00e9 universelle, ni \u00e0 faire une exception, en for\u00e7ant les choses, pour ce qui est beau et ce qui est parfait. Mais je contestais au po\u00e8te, bien pessimiste, le droit de dire que le caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du beau avait pour cons\u00e9quence de le d\u00e9valoriser.<\/p>\n\n\n\n<p>Au contraire, il lui donne une valeur accrue&#160;! La valeur conf\u00e9r\u00e9e par la fugacit\u00e9, c\u2019est celle que donne la raret\u00e9 sur le plan temporel. La possibilit\u00e9 de jouissance, quand elle est limit\u00e9e, en augmente le prix. Il \u00e9tait incompr\u00e9hensible, d\u00e9clarai-je, que le fait de penser au caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du beau d\u00fbt nous g\u00e2ter la joie qu\u2019il nous procure. En ce qui concerne la beaut\u00e9 de la nature, il se trouve que, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite par l\u2019hiver, elle revient chaque fois l\u2019ann\u00e9e suivante, et il est l\u00e9gitime de qualifier ce retour d\u2019\u00e9ternel si on le compare \u00e0 la dur\u00e9e de notre vie. La beaut\u00e9 du corps et du visage humains, nous la voyons dispara\u00eetre pour toujours pendant l\u2019espace de notre propre vie, mais cette br\u00e8ve dur\u00e9e d\u2019existence ajoute encore \u00e0 ses charmes. S\u2019il existait une fleur qui ne fleur\u00eet qu\u2019une seule nuit, le produit de son efflorescence ne nous en para\u00eetrait pas moins somptueux. Comment se faisait-il que la beaut\u00e9 et la perfection de l\u2019\u0153uvre d\u2019art et de la production intellectuelle dussent se trouver d\u00e9valoris\u00e9es par le fait qu\u2019elles \u00e9taient limit\u00e9es dans le temps&#160;? J\u2019\u00e9tais tout aussi peu en mesure de le discerner. Quand bien m\u00eame adviendrait une \u00e9poque o\u00f9 les tableaux et les statues que nous admirons aujourd\u2019hui se seraient d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9s, ou bien, nous succ\u00e9dant, une race d&rsquo;hommes qui ne comprendrait plus les \u0153uvres de nos po\u00e8tes et de nos penseurs, ou, m\u00eame encore, une p\u00e9riode g\u00e9ologique qui r\u00e9duirait au silence tout ce qui vit sur terre, il reste que la valeur de toutes ces choses belles et parfaites est uniquement d\u00e9termin\u00e9e par la signification qu\u2019elles poss\u00e8dent pour notre vie sensitive, elle n\u2019a pas besoin de durer elle-m\u00eame plus longtemps que cette derni\u00e8re et elle est, pour cette raison, ind\u00e9pendante de la dur\u00e9e absolue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Voil\u00e0 une proposition qui r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant les proph\u00e9ties des adeptes du \u00ab&#160;c\u2019\u00e9tait mieux avant&#160;\u00bb, voire de ceux qui, plut\u00f4t que de r\u00e9fl\u00e9chir tout \u00e0 la fois au pass\u00e9, au pr\u00e9sent et \u00e0 l\u2019avenir, se pr\u00e9cipitent dans la recherche de bouc-\u00e9missaires&#160;: qui sont les coupables du d\u00e9sastre&#160;? Qui a introduit le virus ou la guerre&#160;? Les gouvernants ignares&#160;? Les Juifs&#160;? Les migrants&#160;? \u00c0 ceux qui brandissent leur indignation au lieu d\u2019agir pour le bien commun, le texte de Freud r\u00e9pond qu\u2019il suffit que la beaut\u00e9 ait exist\u00e9 pour qu\u2019elle perdure au-del\u00e0 de la mort. La mort existe, elle est parmi nous, elle r\u00f4de, mais rien ne saurait \u00e9teindre l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Destin\u00e9e de l\u2019art ou de cette fleur qui ne fleurit qu\u2019une nuit. L\u2019instant de la vie suffit \u00e0 restaurer l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tenais ces consid\u00e9rations pour inattaquables, mais remarquai que je n\u2019avais produit aucune impression sur le po\u00e8te et sur mon ami. De cet insucc\u00e8s je d\u00e9duisis qu\u2019il \u00e9tait d\u00fb \u00e0 l\u2019intervention d\u2019un facteur affectif puissant, qui troublait leur jugement, et d\u2019ailleurs je crus plus tard l\u2019avoir trouv\u00e9. Ce ne pouvait \u00eatre que la r\u00e9volte de leur \u00e2me contre le deuil&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-6-309491' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/22\/ephemere-destinee-freud\/#easy-footnote-bottom-6-309491' title='&lt;em&gt;die seelische Auflehnungen gegen die Trauer &lt;\/em&gt;(la r\u00e9volte psychique contre le deuil).'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, qui, chez eux, avait d\u00e9valoris\u00e9 la jouissance procur\u00e9e par le beau. La repr\u00e9sentation qu\u2019ils avaient de ce beau, \u00e0 savoir qu\u2019il \u00e9tait sujet \u00e0 passer, avait donn\u00e9 \u00e0 ces deux \u00eatres sensibles un avant-go\u00fbt du deuil que causerait sa disparition, et, comme l\u2019\u00e2me a instinctivement un mouvement de recul face \u00e0 tout ce qui est douloureux, ils avaient senti leur jouissance du beau alt\u00e9r\u00e9e par la pens\u00e9e qu\u2019ils avaient de fugacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuil occasionn\u00e9 par la perte de quelque chose que nous avons aim\u00e9 ou admir\u00e9 appara\u00eet si naturel au profane qu\u2019il d\u00e9clare qu\u2019il va de soi. Mais, pour le psychologue, le deuil est une grande \u00e9nigme, un de ces ph\u00e9nom\u00e8nes qui eux-m\u00eames ne sont pas explicables, mais auxquels on ram\u00e8ne d\u2019autres choses obscures. Voici ce que nous nous repr\u00e9sentons&#160;: nous poss\u00e9dons un certain degr\u00e9 de capacit\u00e9 d\u2019amour, appel\u00e9e libido, qui, dans les d\u00e9buts de notre d\u00e9veloppement, s\u2019\u00e9tait tourn\u00e9e vers le moi propre. Plus tard, mais \u00e0 vrai dire tr\u00e8s pr\u00e9cocement, il se d\u00e9tourne du moi et se tourne vers les objets que, de la sorte, nous faisons entrer dans une certaine mesure \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de notre moi. Si les objets se trouvent d\u00e9truits ou perdus pour nous, alors notre capacit\u00e9 d\u2019amour (notre libido) redevient libre. Elle peut prendre d\u2019autres objets comme substituts ou revenir temporairement au moi. Mais pourquoi le processus par lequel la libido se d\u00e9tache de ses objets devrait-il \u00eatre aussi douloureux&#160;? C\u2019est l\u00e0 une chose que nous ne comprenons pas et que nous ne pouvons, \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est, faire d\u00e9couler d\u2019aucune hypoth\u00e8se. Nous voyons seulement que la libido se cramponne \u00e0 ses objets et ne veut pas renoncer non plus \u00e0 ceux qu\u2019elle a perdus lorsque le substitut est disponible. Voil\u00e0 donc comment se pr\u00e9sente le deuil.<\/p>\n\n\n\n<p>La conversation avec le po\u00e8te eut lieu pendant l\u2019\u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dant la guerre. Un an plus tard, celle-ci \u00e9clata brutalement et spolia le monde de ses beaut\u00e9s. Non seulement elle d\u00e9truisit la beaut\u00e9 des paysages par lesquels elle passait et les \u0153uvres d\u2019art qu\u2019elle fr\u00f4lait sur son chemin, mais elle brisa aussi la fiert\u00e9 que nous inspiraient les conqu\u00eates de notre civilisation&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-7-309491' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/22\/ephemere-destinee-freud\/#easy-footnote-bottom-7-309491' title='Cf. la c\u00e9l\u00e9brissime phrase de Paul Val\u00e9ry&amp;#160;: \u00ab&amp;#160;Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.&amp;#160;\u00bb&lt;em&gt; Vari\u00e9t\u00e9 I. La Crise de l\u2019Esprit&lt;\/em&gt;, 1\u00e8re lettre, 1924.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, notre respect envers tant de penseurs et d\u2019artistes, nos espoirs que soient enfin surmont\u00e9es les diff\u00e9rences entre les peuples et les races. Elle souilla la sublime impartialit\u00e9 de notre science, fit appara\u00eetre notre vie pulsionnelle dans sa nudit\u00e9, d\u00e9cha\u00eena en nous les mauvais d\u00e9mons que des si\u00e8cles d\u2019une \u00e9ducation dispens\u00e9e par les plus nobles d\u2019entre nous avaient, croyions-nous alors, durablement dompt\u00e9s. Elle fit que notre patrie devint \u00e0 nouveau petite et le reste de la terre \u00e0 nouveau vaste et lointain. Elle nous spolia de tant de choses que nous avions aim\u00e9es et nous montra la fragilit\u00e9 de maintes choses que nous avions tenues pour stables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"comment\">Freud a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s attach\u00e9 au monde d\u2019hier, <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/20\/stefan-zweig-lheure-est-venue-pour-les-intellectuels-de-prendre-la-parole\/\">celui si bien d\u00e9crit par Stefan Zweig<\/a>, \u00e0 cette Europe de la Belle \u00e9poque engloutie par la guerre, cette Europe qui avait vu l\u2019expansion de sa doctrine, l\u2019Europe d\u2019une bourgeoisie encore attach\u00e9e \u00e0 l\u2019esprit aristocratique, une Europe n\u00e9vros\u00e9e d\u2019o\u00f9 avaient surgi tous les mouvements d\u2019\u00e9mancipation&#160;: f\u00e9minisme, sionisme, socialisme. Mais dans ce texte, qui semble \u00e9crit contre lui-m\u00eame, contre son propre pessimisme, Freud affirme qu\u2019apr\u00e8s le cataclysme, le monde que la guerre aura d\u00e9truit pourra se construire. On ne fait jamais le deuil de rien. \u00ab&#160;Faire son deuil&#160;\u00bb, comme le r\u00e9p\u00e8tent aujourd\u2019hui des th\u00e9rapeutes embourb\u00e9s dans la psychologie, cela ne veut rien dire. Le deuil se fait sans qu\u2019on cherche \u00e0 le faire&#160;: dans la douleur, l\u2019action, le souvenir, l\u2019h\u00e9ro\u00efsme et l\u2019espoir. Inutile donc de se pr\u00e9cipiter chez les marchands de r\u00e9silience. Voil\u00e0 une belle le\u00e7on pour le temps pr\u00e9sent.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que notre libido, qui s\u2019est tant appauvrie quant \u00e0 [ses] objets, ait investi avec une intensit\u00e9 d\u2019autant plus grande ce qui nous est rest\u00e9, et que l\u2019amour de la patrie, la tendresse pour nos proches et la fiert\u00e9 que nous inspiraient nos points communs se soient soudainement renforc\u00e9s. Mais les autres biens, ceux qui sont maintenant perdus, ont-ils r\u00e9ellement \u00e9t\u00e9 d\u00e9valoris\u00e9s \u00e0 nos yeux parce qu\u2019ils se sont av\u00e9r\u00e9s \u00e0 ce point fragiles et manquent totalement de r\u00e9sistance&#160;? C\u2019est ce qu\u2019il semble \u00e0 nombre d\u2019entre nous, mais, comme je continue de le croire, \u00e0 tort. \u00c0 mon avis, ceux qui pensent ainsi et paraissent pr\u00eats \u00e0 un renoncement durable parce que les choses pr\u00e9cieuses n\u2019ont pas fait la preuve de leur aptitude \u00e0 se conserver, se trouvent seulement dans l\u2019\u00e9tat de deuil cons\u00e9cutif \u00e0 une perte. Nous le savons, le deuil, si douloureux qu\u2019il puisse \u00eatre, prend fin spontan\u00e9ment. D\u2019ailleurs, quand il a renonc\u00e9 \u00e0 tout ce qu\u2019il a perdu, il s\u2019est enti\u00e8rement consum\u00e9 lui-m\u00eame, et alors notre libido devient une fois de plus libre, avec comme but \u2014 pour autant que nous soyons encore jeunes et pleins de force vitale \u2014 de remplacer les objets perdus par des objets nouveaux, si possible aussi pr\u00e9cieux ou plus pr\u00e9cieux. Il faut esp\u00e9rer qu\u2019il n\u2019en ira pas autrement des pertes occasionn\u00e9es par cette guerre. C\u2019est seulement une fois le deuil surmont\u00e9 que la haute estime dans laquelle nous tenons les biens culturels s\u2019av\u00e9rera n\u2019avoir pas souffert de l\u2019exp\u00e9rience que nous avons faite de leur fragilit\u00e9. Nous reconstruirons tout ce que la guerre a d\u00e9truit, peut-\u00eatre sur des bases plus solides et de fa\u00e7on plus durable qu\u2019auparavant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&#160;&#160;Nous reconstruirons tout ce que la guerre a d\u00e9truit, peut-\u00eatre sur des bases plus solides et de fa\u00e7on plus durable qu\u2019auparavant.&#160;&#160;\u00bb<\/p>\n<p>En 1915, dans un essai lumineux, \u00e9crit avec force \u00ab&#160;&#160;contre son propre pessimisme&#160;&#160;\u00bb, Sigmund Freud offre un viatique contre le sentiment de la perte et du vertige.<\/p>\n<p>Un texte introduit et comment\u00e9 par \u00c9lisabeth Roudinesco qu&rsquo;il est urgent de relire alors que notre <em>Annus Monstruosus<\/em> touche \u00e0 sa fin.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":309492,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-speeches.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[4751],"tags":[],"staff":[2140],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-309491","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-intellectuels-face-a-la-crise","staff-elisabeth-roudinesco","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>\u00ab\u00c9ph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e\u00bb : le viatique de Sigmund Freud face aux dangers | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/22\/ephemere-destinee-freud\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00ab\u00c9ph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e\u00bb : le viatique de Sigmund Freud face aux dangers | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"\u00ab&#160;Nous reconstruirons tout ce que la guerre a d\u00e9truit, peut-\u00eatre sur des bases plus solides et de fa\u00e7on plus durable qu\u2019auparavant.&#160;\u00bb  En 1915, dans un essai lumineux, \u00e9crit avec force \u00ab&#160;contre son propre pessimisme&#160;\u00bb, Sigmund Freud offre un viatique contre le sentiment de la perte et du vertige.  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