{"id":306800,"date":"2025-11-30T06:30:00","date_gmt":"2025-11-30T05:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=306800"},"modified":"2025-11-29T18:37:47","modified_gmt":"2025-11-29T17:37:47","slug":"entre-trump-et-lafd-la-geopolitique-des-espions-sinstalle-en-allemagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/11\/30\/entre-trump-et-lafd-la-geopolitique-des-espions-sinstalle-en-allemagne\/","title":{"rendered":"Entre Trump et l\u2019AfD : la g\u00e9opolitique des espions s\u2019installe en Allemagne"},"content":{"rendered":"\n
Ce n’est un secret pour personne que l’arriv\u00e9e de l’administration Trump et ses restructurations des agences am\u00e9ricaines ont suscit\u00e9 de nombreuses inqui\u00e9tudes dans plusieurs services de renseignement europ\u00e9ens. Il y a quelques semaines, les dirigeants des services n\u00e9erlandais ont ainsi d\u00e9clar\u00e9 <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> qu’ils faisaient preuve d’une prudence accrue dans le partage d’informations avec leurs homologues am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n D\u2019autres \u00c9tats membres de l\u2019Union souhaitent toujours poursuivre la coop\u00e9ration : en juin dernier, un cyber-sp\u00e9cialiste de 28 ans de la DIA (Defense Intelligence Agency) am\u00e9ricaine aurait propos\u00e9 des informations secr\u00e8tes aux services allemands <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, d\u00e9clarant \u00eatre motiv\u00e9 par le d\u00e9sir de contrecarrer l\u2019administration Trump.<\/p>\n\n\n\n Le Service f\u00e9d\u00e9ral de renseignement (en allemand : Bundesnachrichtendienst<\/em>, BND) aurait toutefois rapidement signal\u00e9 l’aspirant informateur \u00e0 ses homologues am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n Cette affaire peut t\u00e9moigner de la volont\u00e9 qu\u2019a l’Allemagne de montrer que le changement d\u2019administration aux \u00c9tats-Unis ne remet pas en cause la coop\u00e9ration des services de renseignement allemands avec ceux outre-Atlantique ; \u00e0 l\u2019appui de cette th\u00e8se, on peut remarquer qu\u2019apr\u00e8s sa r\u00e9cente nomination, le nouveau pr\u00e9sident du BND, Martin J\u00e4ger, s’est imm\u00e9diatement rendu en mission diplomatique aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 ces gages de confiance, les relations diplomatiques entre Berlin et Washington se sont d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es : l\u2019administration Trump reproche \u00e0 l\u2019Allemagne la surveillance que ses services de renseignement exercent sur l\u2019AfD <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n En mai dernier, Tom Cotton, pr\u00e9sident r\u00e9publicain de la commission restreinte du renseignement du S\u00e9nat am\u00e9ricain, a ainsi demand\u00e9 \u00e0 la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, de ne plus fournir d’informations au BfV allemand <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, en particulier celles utilis\u00e9es pour surveiller l’AfD. Cette demande n’a pas eu de cons\u00e9quences explicites, mais le message politique \u00e9tait clair.<\/p>\n\n\n\n Le soutien des \u00c9tats-Unis \u00e0 l’extr\u00eame droite allemande ne vient pas seulement d’Elon Musk<\/a>, mais aussi d’importants segments du parti r\u00e9publicain.<\/p>\n\n\n\n Le vice-pr\u00e9sident J. D. Vance a ouvertement critiqu\u00e9 le Brandmauer<\/em> \u2014 le \u00ab mur coupe-feu \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le cordon sanitaire contre l\u2019extr\u00eame-droite \u2014 des partis allemands, qui marginalise activement l’AfD malgr\u00e9 son poids \u00e9lectoral ; en retour, des repr\u00e9sentants de l’AfD se sont rendus r\u00e9cemment \u00e0 New York pour renforcer davantage les relations avec l’administration Trump <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9cente d\u00e9cision prise par le d\u00e9partement d’\u00c9tat am\u00e9ricain de d\u00e9clarer \u00ab organisation terroriste \u00bb le groupe d’extr\u00eame gauche allemand \u00ab Antifa Ost \u00bb est \u00e9galement significative <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 cette initiative, les autorit\u00e9s allemandes ont r\u00e9pondu qu’elles n’avaient pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venues par les \u00c9tats-Unis de leur d\u00e9sir de porter l\u2019organisation au rang des groupes terroristes ; apr\u00e8s une s\u00e9rie d\u2019arrestations, elles ont ajout\u00e9 qu\u2019elles consid\u00e9raient ce groupe comme moins dangereux que le D\u00e9partement d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain ne le jugeait <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La d\u00e9cision am\u00e9ricaine pourrait aussi avoir une dimension g\u00e9opolitique : en exploitant le terme g\u00e9n\u00e9rique \u00ab Antifa \u00bb, les r\u00e9publicains pourraient chercher \u00e0 mettre en difficult\u00e9 les partis de gauche allemands \u2014 y compris les sociaux-d\u00e9mocrates dans la coalition au pouvoir \u2014 qui ont montr\u00e9 au fil des ans leur soutien \u00e0 d’autres organisations se d\u00e9finissant comme \u00ab antifa \u00bb. Alors que les services allemands s’occupent de l’AfD, Washington pourrait ainsi critiquer avec insistance Berlin pour ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme une r\u00e9action trop faible face \u00e0 la violence politique de l’extr\u00eame gauche. Ce jeu g\u00e9opolitique dans le domaine de la lutte contre le terrorisme n’en est peut-\u00eatre qu’\u00e0 ses d\u00e9buts.<\/p>\n\n\n\n Dans la lutte contre l’islamisme radical, la contribution de services de renseignements \u00e9trangers est souvent le point de d\u00e9part des op\u00e9rations antiterroristes en Allemagne.<\/p>Lorenzo Monfregola<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le gouvernement de grande coalition dirig\u00e9e par Friedrich Merz a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u comme un ex\u00e9cutif d’int\u00e9r\u00eat national : il s’appuie sur une coalition bipartisane<\/a> classique CDU\/CSU et SPD pour tenter de prot\u00e9ger l’\u00e9quilibre institutionnel contre la mont\u00e9e des partis les plus radicaux \u2014 l’AfD \u00e0 droite et Die Linke \u00e0 gauche.<\/p>\n\n\n\n Mais l\u2019ex\u00e9cutif allemand navigue en eaux troubles : l’une de ses principales difficult\u00e9s vient du conflit entre les tentatives de Merz de se positionner<\/a> comme une force conservatrice capable de prendre des voix \u00e0 l’extr\u00eame droite et les positions plus \u00e0 gauche d’une partie des sociaux-d\u00e9mocrates.<\/p>\n\n\n\n Cette dynamique a entra\u00een\u00e9 plusieurs ralentissements. L’un d’entre eux, embl\u00e9matique, pourrait \u00eatre le choix du nouveau pr\u00e9sident du renseignement int\u00e9rieur, le BfV.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s le d\u00e9part de l’ancien pr\u00e9sident Thomas Haldenwang en novembre 2024, le poste est rest\u00e9 vacant pendant plus de dix mois, dont cinq sous le nouveau gouvernement. Ce n’est qu’en septembre que le ministre de l’Int\u00e9rieur Alexander Dobrindt a choisi de nommer Sinan Selen \u00e0 la t\u00eate du BfV <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Les tergiversations autour de cette nomination pourraient avoir eu des raisons politiques compte tenu de l’importance cruciale que rev\u00eat d\u00e9sormais le BfV dans l’\u00e9quilibre de la d\u00e9mocratie allemande <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Le BfV est un service de renseignement int\u00e9rieur atypique par rapport aux mod\u00e8les d’autres pays.<\/p>\n\n\n\n Il ne m\u00e8ne pas de missions op\u00e9rationnelles mais a pour seule fonction de collecter, d’analyser et d’\u00e9valuer les donn\u00e9es relatives aux dangers qui menacent la Loi fondamentale allemande. <\/p>\n\n\n\n Con\u00e7u en 1950 comme Fr\u00fchwarnsystem<\/em> (syst\u00e8me d’alerte pr\u00e9coce) de la Wehrhafte Demokratie<\/em> \u2014 la \u00ab d\u00e9mocratie combative \u00bb qui agit de mani\u00e8re proactive pour se d\u00e9fendre \u2014 le BfV a pendant des ann\u00e9es \u0153uvr\u00e9 \u00e0 la ma\u00eetrise des petits groupes d’extr\u00eame droite ou d’extr\u00eame gauche. \u00c0 partir du milieu des ann\u00e9es 1960, notamment en r\u00e9action \u00e0 la naissance du parti n\u00e9onazi NPD, il a aussi commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9clarer publiquement quand il entamait une observation et s\u2019il classait une organisation politique comme extr\u00e9miste <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La m\u00e9thode \u00e9prouv\u00e9e du BfV a fait l’objet d’un d\u00e9bat politique houleux ces derni\u00e8res ann\u00e9es, depuis que l’Office a commenc\u00e9 \u00e0 surveiller l’AfD. Apr\u00e8s une longue phase d’\u00e9valuation, le BfV a pr\u00e9sent\u00e9 le 2 mai 2025 \u00e0 la ministre de l’Int\u00e9rieur sortante, Nancy Faeser, un rapport qui \u00e9value l’AfD comme \u00e9tant \u00ab d’extr\u00eame droite \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire hostile \u00e0 la Constitution allemande, en raison d’une \u00ab conception dominante du peuple fond\u00e9e sur l’origine ethnique, incompatible avec l’ordre d\u00e9mocratique lib\u00e9ral \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Les cons\u00e9quences d’une telle classification sont multiples et pr\u00e9voient, entre autres, la possibilit\u00e9 pour les services de mettre en place un contr\u00f4le beaucoup plus strict des membres du parti, un blocage des financements publics au parti ou de frapper ses membres d\u2019une interdiction d’embauche dans la fonction publique.<\/p>\n\n\n\n Cette classification peut \u00e9galement favoriser une interdiction totale du parti, sans que celle-ci soit une formalit\u00e9 \u00e0 obtenir, car la d\u00e9cision n’appartient \u00e9videmment pas aux services, mais \u00e0 la Cour constitutionnelle f\u00e9d\u00e9rale <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Une m\u00eame dynamique est en cours dans la plupart des seize L\u00e4nder<\/em> allemands : en effet, chaque Land<\/em> dispose \u00e0 son tour d’un bureau local autonome de protection de la Constitution <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ce qui porte \u00e0 dix-neuf le nombre de services de renseignement allemands. <\/p>\n\n\n\n Les LfV de Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe ont ainsi d\u00e9j\u00e0 officialis\u00e9 leur classification de l’AfD comme force d’extr\u00eame droite en ce qui concerne leurs sections r\u00e9gionales respectives. <\/p>\n\n\n\n Dans les autres L\u00e4nder<\/em>, en revanche, l’AfD est toujours sous \u00ab observation \u00bb.<\/p>\n\n\n\n La question de l\u2019AfD n\u2019est pas que nationale : elle touche \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 ext\u00e9rieure.<\/p>Lorenzo Monfregola<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Une chose est claire : la croissance de l’Alternative f\u00fcr Deutschland<\/a> marque depuis au moins huit ans l’\u00e9volution du BfV et son r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9 allemande.<\/p>\n\n\n\n Il est important de souligner que les observations, les d\u00e9clarations publiques et les classifications de l’Office f\u00e9d\u00e9ral et des offices locaux ne semblent plus \u00e9roder le socle dur du consensus de l’AfD. Aujourd\u2019hui, l’AfD est le principal parti d’opposition<\/a> en Allemagne ; il est consid\u00e9r\u00e9 par certains sondages comme le premier parti du pays avec 1 \u00e0 2 points de pourcentage d\u2019avance sur la CDU-CSU <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n En r\u00e9ponse \u00e0 ces enqu\u00eates, l’extr\u00eame droite a quant \u00e0 elle lanc\u00e9 depuis longtemps une campagne ouverte contre les services de renseignement int\u00e9rieurs, les accusant d’agir sur mandat politique contre l’opposition. L’AfD et les m\u00e9dias qui la soutiennent accusent ainsi le BfV d’utiliser des m\u00e9thodes dignes de la police de la pens\u00e9e, agitant m\u00eame le spectre des anciennes m\u00e9thodes de l’Allemagne communiste \u2014 un argument tr\u00e8s efficace pour obtenir un soutien \u00e0 l’extr\u00eame droite dans les L\u00e4nder<\/em> de l’ancienne RDA.<\/p>\n\n\n\n Les nominations des pr\u00e9sidents du BfV sont en effet politiques : si l’Office revendique toujours l’impartialit\u00e9 de son action, men\u00e9e au nom des pr\u00e9ceptes constitutionnels, il est sous la tutelle du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n En novembre 2018, Angela Merkel avait d\u00e9cid\u00e9 de remplacer Hans-Georg Maa\u00dfen par Haldenwang \u00e0 la t\u00eate du BfV, consid\u00e9rant le premier comme trop indulgent envers l’extr\u00eame droite et l’AfD, en particulier lors des manifestations ultranationalistes et n\u00e9onazies de Chemnitz <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Si Maa\u00dfen a ensuite dirig\u00e9 un petit parti dissident de la CDU<\/a>, la Werte Union, dans le but d’amener les chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates \u00e0 dialoguer avec l’AfD, Haldenwang, quant \u00e0 lui, a quitt\u00e9 son poste pour se pr\u00e9senter aux \u00e9lections anticip\u00e9es du 23 f\u00e9vrier 2025 sous la banni\u00e8re de la CDU.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 ce remplacement, la situation n\u2019a pas contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9samorcer les tensions avec l\u2019AfD. L\u2019affaire s\u2019\u00e9tend m\u00eame \u00e0 d\u2019autres instances comme le PKGr, la commission parlementaire de contr\u00f4le des services de renseignement. <\/p>\n\n\n\n Le PKGr est actuellement compos\u00e9 de six membres, mais la Linke et l’AfD n’y sont pas repr\u00e9sent\u00e9es <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span> : les candidats de Die Linke et de l’AfD qui avaient \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s par leurs partis pour la PKGr n’ont pas obtenu la majorit\u00e9 des voix du Bundestag n\u00e9cessaire pour \u00eatre admis dans la commission.<\/p>\n\n\n\n La raison de ce double veto est simple : pour les partis plus traditionnels, la gauche radicale est consid\u00e9r\u00e9e comme peu fiable en raison de ses positions anti-OTAN, tandis que l’AfD est consid\u00e9r\u00e9e comme de plus en plus proche de la Russie.<\/p>\n\n\n\n En octobre dernier, le ministre de l’Int\u00e9rieur de Thuringe, Georg Maier, a m\u00eame accus\u00e9 l’AfD de pr\u00e9senter des questions parlementaires cibl\u00e9es sur instruction directe du Kremlin <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>, dans le but de recueillir des informations sur les infrastructures critiques et les capacit\u00e9s de d\u00e9fense de l’Allemagne.<\/p>\n\n\n\n La question de l\u2019AfD n\u2019est en effet pas strictement nationale : elle touche \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 ext\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n Alors que le dossier AfD occupe une place importante dans le d\u00e9bat politique, les trois services de renseignement allemands doivent \u00e9galement faire face \u00e0 un large \u00e9ventail de menaces internes et externes. La derni\u00e8re audition publique des pr\u00e9sidents des trois services, qui s’est tenue le 13 octobre dernier devant la commission parlementaire PKGr, a mis au point un plan d\u2019action complexe pour lutter contre les activit\u00e9s hybrides russes, le terrorisme islamiste, mais aussi les extr\u00e9mismes de droite et de gauche.<\/p>\n\n\n\n Bien que le BND reste un service de collecte d’informations <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>, et non un service secret dot\u00e9 d’une capacit\u00e9 op\u00e9rationnelle comme la CIA, le Mossad ou la DGSE, il est clair que Berlin ressent le besoin de se pr\u00e9parer \u00e0 faire face \u00e0 des menaces bien plus graves que celles rencontr\u00e9es au cours des trente-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Lors de cette audition, le nouveau pr\u00e9sident du BND Martin J\u00e4ger s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 convaincu que la Russie \u00ab n’h\u00e9siterait pas, si n\u00e9cessaire, \u00e0 entrer en conflit militaire direct avec l’OTAN <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb, et a \u00e9voqu\u00e9 une \u00ab nouvelle forme de confrontation \u00bb dans laquelle s\u2019engage Moscou<\/a>, \u00e0 travers, par exemple, les survols de drones au-dessus des installations sensibles allemandes <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La menace \u00e9tait claire : \u00ab Nous ne pouvons pas rester tranquilles et penser qu’une attaque russe [une invasion d\u2019un pays de l\u2019OTAN] aura lieu au plus t\u00f4t en 2029. Nous sommes d\u00e9j\u00e0 dans le collimateur \u00bb ; il importe donc de commencer \u00e0 \u00ab prendre des risques plus \u00e9lev\u00e9s, de mani\u00e8re cibl\u00e9e et coh\u00e9rente \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Sur un tout autre front, le BND pr\u00e9voit \u00e9galement que le Hamas pourrait se replier en Europe s’il \u00e9tait expuls\u00e9 de Gaza, trouvant un champ d’action particulier en Allemagne. Martina Rosenberg, pr\u00e9sidente du service de renseignement militaire (le MAD) depuis 2020, a soulign\u00e9 lors de l\u2019audition devant les parlementaires que la menace hybride russe \u00e9tait \u00e9galement pour son service un sujet majeur de pr\u00e9occupations : \u00ab \u00c0 l’heure actuelle, l’Allemagne est la cible num\u00e9ro un de la Russie en Europe. \u00bb<\/p>\n\n\n\n En cons\u00e9quence, le MAD se concentre de plus en plus sur la protection des installations et des troupes de la Bundeswehr, y compris \u00e0 l’\u00e9tranger, comme dans le cas de la brigade allemande en Lituanie, d\u00e9ploy\u00e9e directement sur le flanc est de l’OTAN.<\/p>\n\n\n\n Les services de renseignement militaire doivent poursuivre une difficile bataille interne engag\u00e9e depuis longtemps contre la pr\u00e9sence d’extr\u00e9mistes de droite dans leurs propres rangs. <\/p>Lorenzo Monfregola<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans le m\u00eame temps, les services de renseignement militaire doivent poursuivre une difficile bataille interne engag\u00e9e depuis longtemps : celle contre la pr\u00e9sence d’extr\u00e9mistes de droite dans leurs propres rangs. C\u2019est l\u00e0 une question qui a fait l’objet d’une attention politique croissante ces derni\u00e8res ann\u00e9es compte tenu du r\u00f4le de plus en plus central que jouent les forces arm\u00e9es dans l’\u00e9quilibre institutionnel de l’Allemagne.<\/p>\n\n\n\n La menace de l’extr\u00eame droite et des n\u00e9onazis est \u00e9videmment prise en charge par le BfV ; n\u00e9anmoins, l’Office pour la protection de la Constitution doit \u00e9galement faire face \u00e0 la croissance constante de l’islamisme radical et du djihadisme sur le territoire allemand, en particulier chez les tr\u00e8s jeunes \u2014 la radicalisation gagnant du terrain chez les mineurs, y compris des individus de moins de 14 ans.<\/p>\n\n\n\n Du c\u00f4t\u00e9 de la Russie, une attention particuli\u00e8re est actuellement accord\u00e9e aux \u00ab agents de bas niveau \u00bb ou aux agents \u00ab jetables \u00bb, recrut\u00e9s par les services de Moscou pour quelques centaines d’euros afin de commettre de petits sabotages, c’est-\u00e0-dire des actions qui permettent au Kremlin de b\u00e9n\u00e9ficier d’une \u00ab d\u00e9n\u00e9gation plausible \u00bb parfaite.<\/p>\n\n\n\nL\u2019AfD et les \u00ab inqui\u00e9tudes \u00bb du renseignement am\u00e9ricain<\/h2>\n\n\n\n
Le \u00ab dossier AfD \u00bb<\/h3>\n\n\n\n
L\u2019AfD en victime d\u2019un \u00ab proc\u00e8s politique \u00bb<\/h3>\n\n\n\n
Des menaces hybrides<\/h2>\n\n\n\n
Radicalisation et \u00ab agents jetables \u00bb de Moscou<\/h3>\n\n\n\n