{"id":306679,"date":"2025-12-01T16:11:18","date_gmt":"2025-12-01T15:11:18","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=306679"},"modified":"2025-12-06T12:16:01","modified_gmt":"2025-12-06T11:16:01","slug":"un-extrait-de-sploty-danna-ciarkowska","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/01\/un-extrait-de-sploty-danna-ciarkowska\/","title":{"rendered":"Un extrait de \u00ab&#160;Sploty&#160;\u00bb, d&rsquo;Anna Ciarkowska"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Le 5 d\u00e9cembre 2025, au c\u0153ur des Alpes, le\u00a0<a href=\"https:\/\/3466.eu\/\">Prix Grand Continent<\/a>\u00a0sera remis \u00e0 un grand r\u00e9cit europ\u00e9en contemporain, dont il financera la traduction et la diffusion en cinq langues. \u00c0 cette occasion, nous vous offrons\u00a0<a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/11\/29\/les-5-finalistes-du-prix-grand-continent-2025\/\">des extraits des cinq finalistes de ce prix europ\u00e9en<\/a>. Aujourd\u2019hui, ce sont des bonnes feuilles de Sploty (WAB, 2025).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 98 ans, Anna aimerait accomplir une derni\u00e8re chose avant de mourir&#160;: raconter l&rsquo;histoire de toute sa vie. Cependant, Sploty n&rsquo;est pas une histoire sur la mort \u2014 mais sur ce qui reste apr\u00e8s nous.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Si chaque vie est une ligne, de l&rsquo;intersection de deux vies na\u00eet un point&#160;; plus tard, d&rsquo;autres lignes se rejoignent ce m\u00eame lieu. Quand un homme dispara\u00eet, c\u2019est ce point de co\u00efncidence qui s\u2019efface.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\"><strong>Lacis<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Les corps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Au cours des diff\u00e9rentes \u00e9tapes de son d\u00e9veloppement, le <em>botrytis cinerea<\/em> produit une scl\u00e9rote form\u00e9e d\u2019un lacis serr\u00e9 d\u2019hyphes qui ont la facult\u00e9 d\u2019accumuler de la substance et de se multiplier. La plante attaqu\u00e9e d\u00e9p\u00e9rit, la scl\u00e9rote passe alors dans la terre o\u00f9 il peut survivre plusieurs mois voire, si les conditions s\u2019y pr\u00eatent, plusieurs ann\u00e9es. Il est n\u00e9anmoins difficile d\u2019affirmer de mani\u00e8re cat\u00e9gorique que cet \u00e9tat puisse \u00eatre qualifi\u00e9 de vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">L. Pett, <em>Les maladies transmises par les animaux et les v\u00e9g\u00e9taux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Je place un miroir devant son visage. Elle le regarde, \u00e9tonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Eh bien voil\u00e0, voil\u00e0 ce qu\u2019on devient, ce qu\u2019on devient.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a longtemps qu\u2019elle ne s\u2019est pas vue, et le miroir, trop petit, se divise en plusieurs parties&nbsp;&#160;: \u0153il gris, balafre d\u2019une ride, int\u00e9rieur noir de la bouche. Quel lieu serais-tu, me dis-je en te regardant tourner le miroir dans l\u2019autre sens&nbsp;&#160;: un lit de rivi\u00e8re \u00e0 sec ou l\u2019automne dans un sous-bois ou une plage d\u00e9serte que la mer d\u00e9couvre par un matin d\u2019hiver&nbsp;&#160;? Je pourrais te raconter \u00e0 travers un paysage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne savais pas que j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 si vieille.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle approche le miroir de sa bouche et souffle, elle vit, respire, sent sa respiration, sent la carotte cuisin\u00e9e avec des petits pois, le dentifrice pour dentier, le vent, la chaleur, l\u2019\u00e9vanescence.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma petite-fille me prend la main d\u2019un geste h\u00e9sitant, comme si elle \u00e9tait une chiromancienne d\u00e9butante. Elle la prend comme s\u2019il y avait, entre sa main et la mienne, un corps \u00e9tranger, froid et inconnu. Ce geste nous para\u00eet g\u00eanant, alors nous ne tardons pas \u00e0 l\u2019interrompre en saisissant quelque chose de connu&nbsp;&#160;: moi, la tasse, elle, le cahier. Nous avons vu cela dans des films, mais ne savons pas le reproduire, alors que nous pensons sans doute toutes les deux qu\u2019il faudrait le faire. \u00c0 ce moment, avoir un corps me para\u00eet g\u00eanant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pardon, nous interrompt l\u2019aide-soignante. C\u2019est l\u2019heure de la toilette.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mais je n\u2019ai pas envie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Bien s\u00fbr, mais la puce ne ment pas.Vous ne vous \u00eates pas encore adapt\u00e9e \u00e0 notre syst\u00e8me. \u00c7a viendra. Je vous en prie.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se tourne vers ma petite-fille et lui montre la porte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je vous en prie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aide-soignante lui demande de sortir, et tandis que toutes ces choses se d\u00e9roulent autour de mon corps, je me rends compte qu\u2019elle ne m\u2019a jamais vue nue. Ou peut-\u00eatre une fois, il y a longtemps, \u00e0 la plage, elle a vu ma silhouette d\u00e9j\u00e0 fl\u00e9trie, une partie des muscles et de la graisse s\u2019affaissait, pendait sur les tendons affaiblis. Mon corps, bien qu\u2019encore rond et opulent, se vidait. Des endroits pendouillaient comme si les tissus adipeux s\u2019en \u00e9taient \u00e9coul\u00e9s&nbsp;&#160;: les coudes, les genoux et enfin le visage, les joues saillantes, la ligne de la m\u00e2choire, le nez et le cou \u2014 v\u00e9ritable poche de p\u00e9lican. Mon corps devenait disproportionn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais demander qu\u2019elle revienne, regarde et puisse ensuite l\u2019\u00e9crire. Tel le docteur Tulp, l\u2019aide-soignante \u00e9carte la premi\u00e8re couche sous laquelle il n\u2019y a plus que la v\u00e9rit\u00e9, la dure v\u00e9rit\u00e9 physiologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Voir pour la premi\u00e8re fois un vieux corps. La premi\u00e8re devait \u00eatre Pelagia, et ensuite il y a eu Marianka. Je demande \u00e0 ma m\u00e8re comment elles \u00e9taient, parce que ma m\u00e9moire d\u2019enfant a litt\u00e9ralement \u00e9visc\u00e9r\u00e9 mes tantes, ne gardant que le fait qu\u2019elles aimaient les leggings l\u00e9opard trop amples, qu\u2019elles avaient de gros chignons poussi\u00e9reux et qu\u2019elles sentaient la lessive. Comme si elles n\u2019\u00e9taient qu\u2019un seul et m\u00eame \u00eatre de couleur lavande, \u00e0 la peau duveteuse de p\u00eache et aux baisers mouill\u00e9s de leurs l\u00e8vres fines.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est g\u00e9n\u00e9tique chez nous, disait ma grand-m\u00e8re. Ces l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma m\u00e8re restait pensive, ne savait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu sais que je ne sais rien d\u2019elles\u2026 Comment peut-on vivre tant d\u2019ann\u00e9es avec quelqu\u2019un et ne rien savoir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pelagia est morte la premi\u00e8re. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re vieillesse que j\u2019ai vue. Elle et sa petite t\u00e9l\u00e9, l\u2019obscurit\u00e9 qui luisait et chuintait, et dans cette obscurit\u00e9, il y avait Pelagia. Ma grand-m\u00e8re descendait rarement dans le petit sous-sol de Pelagia qui sentait le gruau de sarrasin et l\u2019urine, disant qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait la garder en m\u00e9moire jeune. Pourtant, ma m\u00e8re et moi descendions dans cette chambre remplie d\u2019un vieux corps semblable \u00e0 une p\u00e2te crue qui ondulait d\u2019un mur \u00e0 l\u2019autre, respirait et gonflait avec, dans ses rides, de vieux petits yeux, une bouche \u00e9dent\u00e9e, et dans les creux des aisselles et du ventre \u2014 une femme souriante.<\/p>\n\n\n\n<p>Pelagia partie, mes tantes ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un \u00e9change, et la chambrette a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9e par Marianka, la deuxi\u00e8me vieillesse que j\u2019ai vue. Mon autre grand-m\u00e8re se mettait encore des bigoudis et avalait des quantit\u00e9s de pommes de terre, alors que Marianka \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 ailleurs, sous son \u00e9dredon, pareille \u00e0 une racine de mandragore enfouie dans la neige. Odeur de moisi, odeur de terre, corps allong\u00e9 dans le blanc, les couvertures, filet d\u2019air venant de la fen\u00eatre, accroch\u00e9 \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 o\u00f9 ne brillaient m\u00eame pas le blanc d\u2019yeux aveugles, ni les dents ni les cheveux gris, seulement la dentelle d\u2019un pyjama et les lunules des ongles qui p\u00e9trissaient le bord.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma m\u00e8re essaie de se rappeler quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je me souviens\u2026 Je me souviens\u2026 Que Marianka faisait cuire des champignons dans une grande casserole. Tout le monde disait qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas comestibles, mais elle les faisait cuire longtemps tellement elle \u00e9tait \u00e9conome. Elles en ont toutes mang\u00e9, aucune ne s\u2019est empoisonn\u00e9e. Mais elles, dit ma m\u00e8re, elles \u00e9taient r\u00e9sistantes. Elles \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 vivre longtemps, quoi qu\u2019elles fassent, c\u2019\u00e9tait leur destin. Toute cette lign\u00e9e, profond\u00e9ment grav\u00e9e dans la pierre. D\u2019autres lign\u00e9es s\u2019arr\u00eatent, disparaissent, et l\u00e0, non, ces femmes, dit ma m\u00e8re en hochant la t\u00eate, elles ont la sant\u00e9, elles ont le corps robuste, indestructible. D\u2019o\u00f9 \u00e7a vient&#160;? De quoi elles sont faites&#160;? Je pense qu\u2019elles meurent seulement parce qu\u2019il faut bien finir par mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Nous vivons toutes longtemps, a dit Marianka la derni\u00e8re fois que je l\u2019ai vue, quelque part au d\u00e9but du si\u00e8cle. D\u2019o\u00f9 \u00e7a vient&nbsp;&#160;? Tant de longues vies rassembl\u00e9es dans une m\u00eame famille. On devrait nous examiner, dans un laboratoire. Mais comment savoir&nbsp;&#160;? On s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019on vit longtemps seulement quand on est vieux, et alors c\u2019est trop tard pour se faire examiner. On n\u2019a plus ni le temps ni les forces. Et avant, rien n\u2019annon\u00e7ait que ce serait si long. On avance lentement, pas \u00e0 pas, et on se rend compte soudain qu\u2019on a travers\u00e9 la vie. Et il y a en a eu, des choses, dans cette vie. Un sacr\u00e9 bout de chemin, mais quand on marche, on ne le sent pas dans ses pieds.<\/p>\n\n\n\n<p>Et elle a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 me dire en me regardant de ses pupilles ternies&nbsp;&#160;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Toi aussi, tu vivras longtemps, ma ch\u00e9rie, regarde bien autour de toi.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu ne sais plus ce que c\u2019est d\u2019\u00eatre touch\u00e9e. L\u2019aide-soignante souffle dans son gant, le latex claque dans l\u2019air, il est pr\u00e8s de ta peau, mais toucher, ce n\u2019est pas \u00e7a. \u00c7a, c\u2019est de la m\u00e9canique, de l\u2019haptique qui se contente de fa\u00e7onner le corps, l\u2019ordonner, le maintenir en vie&nbsp;&#160;: coiffer, laver, habiller, couper les ongles et les cheveux, mettre de la cr\u00e8me sur les coudes. C\u2019est l\u2019envers de la tendresse qui ne sert \u00e0 rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corps appara\u00eet comme une chose morte, un objet qui sert \u00e0 contenir les organes, bo\u00eete m\u00e9canique et \u00e9tui \u00e0 conscience. Une valise de peau que quelqu\u2019un d\u00e9fera un jour, d\u00e9voilant tout ce qu\u2019on a jusqu\u2019alors r\u00e9ussi \u00e0 cacher&nbsp;&#160;: dessous d\u2019adolescente, carnets, lettres, ongles rong\u00e9s, test de grossesse, chewing-gum recrach\u00e9 dans un ticket et jet\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te au fond du sac, boule de collants trou\u00e9s, odeur d\u2019un corps, pellicules de cheveux, cro\u00fbtes, papillomavirus, cicatrice d\u2019un \u00eatre perdu, naevus, pousses jaunes, mue de la nuit, moisissure noire, squelette hydrostatique, thalle, endom\u00e8tre, autogamie, sidpai bardo, retour.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire de la vieillesse pourrait \u00eatre un catalogue des transformations du corps. En bois, en pierre, en animal. Ou bien en gravier, sable et poussi\u00e8re. Ou en nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Et donc tu restes sans bouger, tu te laisses laver avec une mousse \u00e9paisse qui ne p\u00e9n\u00e8tre pas \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Dedans, c\u2019est toujours sec. \u00c9coulement de sable, d\u00e9placement des os. Elle te soul\u00e8ve les jambes, te soul\u00e8ve les bras, tes petits seins, le pli du ventre, elle te touche avec son gant, et toi, tu regardes tes mains et tes genoux, et tes orteils, et le carrelage et le tourbillon sombre de la bonde.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es assise dans un petit fauteuil en plastique perc\u00e9 d\u2019un trou. L\u2019aide-soignante l\u00e8ve le pommeau en plastique et ouvre le robinet. Tu voudrais lui demander de l\u2019eau chaude, bouillante. Tu voudrais lui demander de te laisser te laver, au moins en bas, parce que tu sais que tu es capable de te laver, mais tu n\u2019es pas capable de le demander. Tu es intimid\u00e9e par ces gestes experts et indiff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>De la mousse s\u2019accumule \u00e0 tes pieds. Tu t\u2019imagines assise dans ce fauteuil blanc au bord de la mer, l\u2019eau est chaude, elle ne sent pas le sel, il n\u2019y a pas de vagues, pas de mouettes, pas d\u2019horizon, rien que l\u2019eau qui sort de toi, et quand elle enroule sa queue dans la grille, tu ne te sens pas propre, mais vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu soul\u00e8ves ton corps, ce n\u2019est \u00e0 nouveau qu\u2019un costume dont on te rev\u00eat, c\u2019est \u00e0 nouveau difficile de croire que c\u2019est toi. Tu essuies avec la main la bu\u00e9e sur le miroir, l\u2019aide-soignante te fait rasseoir, remet ta main sur l\u2019accoudoir blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Encore un instant, dit-elle en prenant les ciseaux \u00e0 ongles.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis le peigne. Les dents du peigne ratissent des bandes \u00e9troites sur ton cr\u00e2ne, c\u2019est agr\u00e9able. Elle prend la cr\u00e8me, t\u2019en enduit les mains et les coudes. Elle se baisse, t\u2019en met sur les genoux et l\u2019int\u00e9rieur des cuisses. Comme tu voudrais d\u00e9j\u00e0 \u00eatre habill\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Premier signe du vieillissement&nbsp;&#160;: de moins en moins de gens veulent te toucher.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma deuxi\u00e8me grand-m\u00e8re ne tol\u00e9rait aucune familiarit\u00e9, elle ne voulait pas \u00eatre touch\u00e9e, qu\u2019on serre son opulente poitrine, ses genoux, son ventre moelleux. Elle se d\u00e9gageait vite des mains d\u2019enfants qui se collaient \u00e0 sa peau. Elle n\u2019avait pas ce corps de grand-m\u00e8re dont j\u2019avais si souvent entendu parler, avec les hanches qui se balancent et les cheveux saupoudr\u00e9s de sucre, ses rides ne formaient pas de paisibles vall\u00e9es s\u00e8ches. Elle \u00e9tait rev\u00eatue d\u2019un corps qui ne sentait pas le savon des vieilles m\u00e9m\u00e9s, la vieillesse de lait, la vieillesse des shampoings \u00e0 la lavande, la guimauve et l\u2019odeur de rouille de la petite monnaie. Le corps de ma grand-m\u00e8re sentait le gras dont on arrose les pommes de terre, le fauteuil impr\u00e9gn\u00e9 de sueur, l\u2019odeur douce\u00e2tre de draps humides gard\u00e9s au fond de l\u2019armoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma grand-m\u00e8re tendait la main vers moi, une main froide et raide, alors que c\u2019\u00e9tait en plein \u00e9t\u00e9, sa main \u00e9tait bleue, tavel\u00e9e comme le dos d\u2019un poisson fum\u00e9. Je ne voulais pas la toucher, mais par la suite, quand elle a cess\u00e9 de parler, c\u2019est devenu le seul moyen de communiquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Ton corps rappelle une t\u00eate labour\u00e9e. Sauf qu\u2019il est de couleur claire, contrairement \u00e0 la terre qui, sous une premi\u00e8re couche, a des t\u00e9n\u00e8bres successives. Alors que sous ta peau qui, par endroits, devient transparente comme celle d\u2019une daphnie et r\u00e9v\u00e8le des points palpitants bleus et rouges, il fait de plus en plus clair. L\u2019\u00e9piderme se soul\u00e8ve, taches dor\u00e9es, poils, surgeons de mousse, bribes de myc\u00e9lium, tout ce qui devait \u00eatre en toi depuis longtemps ne ressort que maintenant \u00e0 la surface.<\/p>\n\n\n\n<p>Je cherche des comparaisons pour toi, pour ton corps qui me r\u00e9pugne et m\u2019effraie, que je ne veux pas toucher, comme si l\u2019une de tes taches, de tes veines saillantes pouvaient glisser sur moi, comme si ta main pouvait se fondre dans mon corps et l\u2019aspirer, l\u2019aspirer jusqu\u2019au fond pour finir par nous vider toutes les deux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019ai beaucoup de mal \u00e0 en parler, tu sais. Du corps. Tout est si\u2026 D\u00e9cevant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il m\u2019a toujours sembl\u00e9 que toi, justement, tu \u00e9tais lib\u00e9r\u00e9e\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Du corps&nbsp;&#160;? ai-je lanc\u00e9 dans un \u00e9clat de rire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais non, c\u2019est vrai, justement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je l\u2019\u00e9tais, c\u2019est ce qu\u2019il me semblait, mais la vieillesse m\u2019a de nouveau asservie, quoique d\u2019une mani\u00e8re totalement diff\u00e9rente. C\u2019est arriv\u00e9 sans pr\u00e9venir, pas par l\u00e0 o\u00f9 je m\u2019attendais. Tu te rappelles Gregor Samsa&nbsp;&#160;? Eh bien, c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose. J\u2019ai honte de ce corps et c\u2019est l\u2019une de mes pires d\u00e9ceptions. J\u2019en ai eu honte si longtemps, et donc quand, vers la quarantaine, j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 le lib\u00e9rer, quand j\u2019ai effectivement commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019aimer, \u00e0 le d\u00e9couvrir non pour les autres, mais pour moi-m\u00eame, ou plut\u00f4t devant moi-m\u00eame, quand je me suis mise \u00e0 porter des choses confortables, \u00e0 nager nue dans la mer, la vieillesse est arriv\u00e9e sans pr\u00e9venir, elle m\u2019a pris la joie retrouv\u00e9e r\u00e9cemment d\u2019avoir un ventre, des bras, un coup, des taches de rousseur et de petites cicatrices, des mamelons sensibles et des pavillons d\u2019oreilles tendres. Et donc, je les ai perdus \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pourtant c\u2019est un corps tout \u00e0 fait normal.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me touche la main, et moi, je per\u00e7ois cette br\u00e8ve h\u00e9sitation, ce temps suspendu. La microseconde o\u00f9 sa main s\u2019approche de la mienne. Et ensuite, je ne sens ni son poids, ni sa pression, ni sa chaleur. Je sens la honte.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019avais quinze ans, je voulais adh\u00e9rer \u00e0 moi-m\u00eame de tout mon corps. Je voulais parler de moi, comme mon p\u00e8re, mais parler d\u2019une fille appuy\u00e9e contre le mur br\u00fblant de l\u2019\u00e9t\u00e9, les pierres chaudes, le miroir de l\u2019eau, d\u2019une fillette qui passe librement dans l\u2019air, non par la bouche, mais par les yeux et les oreilles, par toute la peau, par l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 des cheveux qui seraient innerv\u00e9s. Cependant, quand j\u2019avais quinze ans, je ne savais pas \u00e7a n\u2019existe pas, tout un corps. Un corps qui fait un tout. Un tout unique.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais alors au stade de la recherche de parent\u00e9 et des questions&nbsp;&#160;: comment sont dispos\u00e9s les organes dans le corps minuscule de la <em>Pupilla muscorum<\/em> avec sa consistance transparente et sa fragile coquille dans laquelle doit se d\u00e9rouler une vie si petite et pleine&nbsp;&#160;? De quelle mani\u00e8re Salmacis \u00e9tait-elle entr\u00e9e dans le ventre d\u2019un autre&nbsp;&#160;? La thigmonastie est-elle une sorte de caresse dans la gorge rouge du n\u00e9penth\u00e8s&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui encore, je cherche des esp\u00e8ces qui me ressemblent, toute une collection de parent\u00e9s&nbsp;&#160;: la pieuvre taiaroa qui ondule toute seule au fond de l\u2019oc\u00e9an, le dos d\u2019un trilobite, la pulpe d\u2019un s\u00e9ce\u00e7on cin\u00e9raire, le polypore oblique qui fait \u00e9clater la peau. Je ne peux voir mon vieux corps compl\u00e8tement us\u00e9, ce corps \u00e9tranger, qu\u2019en essayant de le classer dans ce qu\u2019on appelle la \u00ab&#160;nature des choses&#160;\u00bb pour me dire que ce qui lui arrive est in\u00e9luctable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 In\u00e9luctable&nbsp;&#160;?&#160;! proteste Mewa.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu plaisantes. Tout d\u00e9pend de l\u2019approche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Une pierre, dit Mi. Moi, je ressens mon corps comme une pierre.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme un arbre. Mon corps ne pousse pas comme un arbre, il ne forme pas des branches ni des doigts suppl\u00e9mentaires, ne s\u2019enfonce pas dans la terre, ne cherche pas de sources, ne se hisse pas dans le temps, mais il a quelque chose de similaire \u2014 mon corps existe vers l\u2019int\u00e9rieur. Si on coupait ce corps, on y verrait cent lignes tra\u00e7ant cent cercles. Des sillons qui s\u2019\u00e9largissent, le go\u00fbt \u00e2cre du tanin sur les doigts, des talons craquel\u00e9s, des jambes lignifi\u00e9es qui, \u00e0 en juger par le poids des pas, s\u2019enracinent dans le sol. Marcher devient de plus en plus difficile, mes pieds tra\u00eenent de plus en plus profond\u00e9ment dans la cendre. \u00c0 chaque pas, au lieu d\u2019avancer, je m\u2019enfonce.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense \u00e0 pr\u00e9sent aux diff\u00e9rences et aux ressemblances, au corps de Mi d\u00e9chirant la surface du lac. Cicatrice qui, un instant plus tard, ne se distingue plus des petites rides de l\u2019eau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est f\u00e2cheux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non, je suis seulement f\u00e2ch\u00e9e de l\u2019avoir compris si tard et de n\u2019avoir pas eu le temps de d\u00e9couvrir mes autres corps. Parce que j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il y en a eu plusieurs, comme s\u2019il y avait sous mon corps un autre corps qui surgit, fait surface puis retombe. Et je n\u2019ai eu le temps de me sentir bien dans aucun d\u2019eux. Quand on me demande quel est mon plus grand regret, je pourrais dire&nbsp;&#160;: celui de ne pas avoir adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 moi-m\u00eame de tout mon corps. C\u2019est peut-\u00eatre justement ce que j\u2019essayais de faire en \u00e9crivant&nbsp;&#160;: adh\u00e9rer \u00e0 ce qui est immuable sous chacun de ces corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Adolescence&nbsp;&#160;: saturation.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019\u00e9tais adolescente, je sentais en moi un trop-plein ind\u00e9fini, comme si quelque chose s\u2019accumulait sous ma peau. L\u2019adolescence comme bourgeon de fleur gonfl\u00e9 pr\u00eat \u00e0 s\u2019\u00e9panouir. Tension douloureuse en attendant un corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma deuxi\u00e8me grand-m\u00e8re disait&nbsp;&#160;: <em>prendre corps<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle discutait avec une voisine qui s\u2019appuyait \u00e0 la cl\u00f4ture, sa forte poitrine serr\u00e9e dans des petites fleurs, ses grosses cuisses blanches finissant par les plis d\u2019un mocassin trop \u00e9troit. Ce corps \u00e0 la cl\u00f4ture, humide, ailes synth\u00e9tiques, peau flasque des avant-bras, comme si tout s\u2019affaissait en elle, vieux corps fatigu\u00e9, distendu, us\u00e9. Et sa petite-fille, Beba, allong\u00e9e sur la terrasse, son corps se r\u00e9pandait comme une tache sous son bikini jaune, ce corps, opulent et f\u00e9minin, que ma grand-m\u00e8re qualifiait d\u2019un son impossible \u00e0 transcrire, un murmure guttural de satisfaction, un son de pl\u00e9nitude, d\u2019abondance, un <em>humm<\/em> graillonnant accompagn\u00e9 d\u2019un geste tout aussi difficile \u00e0 reproduire, comme si elle embrassait la pl\u00e9nitude de cette poitrine et tra\u00e7ait avec ses mains une forme dans laquelle on pourrait verser la jouvencelle. Ni fille ni femme, mais jouvencelle, justement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 La jouvencelle, disait-elle, a pris corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas s\u2019il est possible que j\u2019aie alors regard\u00e9 avec envie ce que la petite-fille de Be avait pris, une envie sous-tendue par l\u2019id\u00e9e, emprunt\u00e9e \u00e0 ma grand-m\u00e8re, que tout finirait en poussi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qu\u2019est-ce que je suis devenue, disait la voisine en se tapant le ventre puis montrant Beba du doigt. Quand est-ce qu\u2019on \u00e9tait comme \u00e7a&nbsp;&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je consid\u00e9rais que Beba n\u2019avait pas le droit de bronzer dans son corps \u00e9tal\u00e9 sous un bikini jaune, non \u00e0 cause de l\u2019\u00e9ventuel d\u00e9sir des hommes, mais \u00e0 cause de ces vieilles femmes \u00e0 qui ce corps jeune et beau rappelait quelque chose de perdu. Et rappeler ce qu\u2019on a perdu me paraissait cruel.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 Beba \u00e9tait allong\u00e9e au soleil, o\u00f9 ma grand-m\u00e8re se tenait dans le jardin, o\u00f9 la voisine s\u2019\u00e9talait sur la cl\u00f4ture, je me disais que moi, je ne prendrais jamais corps, que j\u2019attendais en vain, mesurant avec le pouce et l\u2019index la distance entre mes mamelons. Je ne prendrais pas corps, et donc je ne pourrais pas le donner. Je ne pensais alors pas aux hommes, mais au temps, bien qu\u2019il soit aussi de genre masculin.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais demander \u00e0 ma petite-fille si elle a quelqu\u2019un. Peut-\u00eatre m\u00eame lui dire que ce serait bien, qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est bien d\u2019avoir quelqu\u2019un, tout simplement. N\u00e9anmoins je ravale ma question, esp\u00e9rant tout bas qu\u2019elle l\u2019entende par t\u00e9l\u00e9pathie. Cependant, elle ne saisit pas mon regard, mais essaie de r\u00e9gler la climatisation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je vais changer de mode, on \u00e9touffe, non&nbsp;&#160;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rappelle que ma grand-m\u00e8re me le r\u00e9p\u00e9tait sans cesse, elle avait lu dans le marc de th\u00e9 que je finirais vieille fille et \u00e7a, ajoutait-elle en croisant les doigts sur son verre, c\u2019est <em>un fiasco, un d\u00e9sastre, un drame<\/em>. Elle peignait le tableau effrayant d\u2019une vie alternative o\u00f9 elle serait rest\u00e9e vieille fille, croupissante dans une petite masure enracin\u00e9e dans un rocher solitaire, se fl\u00e9trissant de soif, mais non de soif d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut pas dire que ma grand-m\u00e8re ait aim\u00e9 ou n\u2019ait pas aim\u00e9 mon grand-p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui ai pos\u00e9 la question, elle m\u2019a regard\u00e9e, \u00e9tonn\u00e9e, comme si elle ne connaissait pas ce mot. Elle n\u2019avait peut-\u00eatre pas compris ma question, parce qu\u2019elle \u00e9tait \u00e2g\u00e9e. Ou bien parce qu\u2019elle n\u2019avait jamais aim\u00e9 personne. Tout simplement, de mani\u00e8re organique, elle n\u2019avait pas en elle l\u2019endroit qui sert \u00e0 \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corps maigre de ma grand-m\u00e8re, avec sa peau fine de poisson. Si on fendait ce corps le long de la colonne vert\u00e9brale, on verrait de la chair de poisson, les menues ar\u00eates des c\u00f4tes s\u2019enroulant en arc vers l\u2019int\u00e9rieur, prot\u00e9geant la d\u00e9licate vessie natatoire que ma grand-m\u00e8re avait depuis sa naissance en guise de c\u0153ur. Une vessie est plus commode qu\u2019un c\u0153ur. Elle permet de remonter \u00e0 la surface ou de descendre vers le fond, pompant de l\u2019air au lieu de sang.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu penses que je peux aussi avoir une vessie au lieu de\u2026, demande la petite-fille en mordillant le bout de son crayon.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne sais pas si c\u2019est une tare anatomique h\u00e9r\u00e9ditaire\u2026 Sans doute une forme de handicap. Mais tu as peut-\u00eatre autre chose&nbsp;&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ma m\u00e8re n\u2019a aim\u00e9 qu\u2019un seul homme, ce qu\u2019elle r\u00e9p\u00e9tait avec satisfaction, parce que cela lui facilitait la vie, lui \u00e9pargnait beaucoup de tracas. Cette certitude dure comme du cristal, expos\u00e9e \u00e0 la place d\u2019honneur dans la vitrine familiale, \u00e9tait intimidante. Elle m\u2019aveuglait chaque fois qu\u2019il s\u2019av\u00e9rait que ce n\u2019\u00e9tait Pas Le Bon.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Encore&nbsp;&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ma m\u00e8re me regardait d\u2019un air interrogateur et ma grand-m\u00e8re secouait la t\u00eate avec d\u00e9go\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Quand est-ce que tu te d\u00e9cideras \u00e0 vivre normalement, tu as d\u00e9j\u00e0 vingt-deux ans. La vie passera plus vite que tu ne le penses.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on peut assez bien s\u2019installer dans la solitude, savoir o\u00f9 sont les choses, les remettre \u00e0 leur place, ne pas changer ses plans, ne pas partager les d\u00e9cisions, le lit, la table, les frais de voyage et les dilemmes. Et pour finir&nbsp;&#160;: ne pas dire adieu et ne pas abandonner, ne pas enterrer ni \u00eatre enterr\u00e9, ne pas mourir en se disant qu\u2019il y aura une vie avec nous et sans nous. Parce qu\u2019on ne sort pas comme \u00e7a, tout simplement, hop, en fermant la porte et le couvercle du cercueil, quelqu\u2019un va pleurer en tombant sur une recharge de ton bain de bouche pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, sur un bouton de ta chemise qui aura roul\u00e9 sous le canap\u00e9, sur ton cheveu rest\u00e9 dans un coin poussi\u00e9reux, et peut-\u00eatre aussi \u00e0 la vue du printemps que tu ne verras plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier homme qui a d\u00e9couvert mon corps l\u2019avait d\u00e9couvert avant moi. Mais bon, \u00e7a arrive. J\u2019avais m\u00eame l\u2019impression que c\u2019\u00e9tait de lui que je le tenais. Car en fin de compte, la jouvencelle avait <em>pris<\/em> corps.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019analyse l\u2019expression et je me dis que ce n\u2019est pas <em>du <\/em>corps, mais un pluriel, elle a pris diff\u00e9rents corps, plusieurs, une quinzaine, des dizaines. L\u2019un sur l\u2019autre, l\u2019un sous l\u2019autre, ils p\u00e8lent au soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il faut me mettre de la cr\u00e8me pour les rides avant qu\u2019elles n\u2019apparaissent, me dit Beba l\u2019\u00e9t\u00e9 suivant du ton de celle qui s\u2019y conna\u00eet, en s\u2019\u00e9tirant sur le balcon, encore plus grande, plus plantureuse. Justement pour qu\u2019elles n\u2019apparaissent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019avais-je fait ou que n\u2019avais-je pas fait pour que mon corps n\u2019apparaisse pas encore&nbsp;&#160;? J\u2019\u00e9tais g\u00ean\u00e9e, je n\u2019osais pas lui poser la question, alors que c\u2019\u00e9tait justement elle qui pouvait conna\u00eetre la r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>Compar\u00e9 mon corps qui avait cess\u00e9 de se d\u00e9velopper, celui de Beba m\u2019intimidait et me fascinait \u00e0 la fois. Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, sa grand-m\u00e8re ne l\u2019appelle plus la jouvencelle, mais la coureuse, la fille de l\u2019air. \u00c7a me fascine encore plus&nbsp;&#160;: comment peut-on voler dans les airs avec un tel corps&nbsp;&#160;? Un corps grand et plantureux que je ne peux pas m\u2019imaginer dans l\u2019air, arrach\u00e9 \u00e0 la terre, \u00e0 son transat, je ne peux pas m\u2019imaginer s\u2019\u00e9lever de mani\u00e8re aphysiologique, pourtant dans fille de l\u2019air, il y a quand m\u00eame un certain poids, elle vole peut-\u00eatre au ras du sol, ventre \u00e0 terre. Fille de l\u2019air, \u00e7a sonne un peu comme sorci\u00e8re, pucelle, \u00e7a fait penser \u00e0 un cerf-volant, \u00e0 quelque chose qui se d\u00e9ploie, un grand corps qui se d\u00e9ploie. Sa gorge, ses joues, les plis de ses paupi\u00e8res et de ses l\u00e8vres, les recoins, les replis dans lesquels son corps s\u2019enroule doucement vers l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Beba m\u2019explique la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;&#160;: les gar\u00e7ons aiment quand il y a du corps. Quand ils en ont plein les mains. Elle pince la peau blanche sur sa hanche, enfonce profond\u00e9ment un doigt dans un pli. Ils aiment, me dis-je alors, que le corps soit doux, moelleux comme de la p\u00e2te, qu\u2019il sente la levure crue, le parfum bon march\u00e9 de la droguerie, le zeste de citron et le polyester chinois du soutien-gorge tremp\u00e9 de sueur. Et ils aiment, dit-elle, le d\u00e9shabiller, lentement mais pas trop, et pas trop vite non plus. Elle garde le soutif, dit-elle, sinon elle aurait les n\u00e9n\u00e9s sur les genoux. Et elle rit, et il y a dans ce rire quelque chose qui r\u00e9sonne longtemps, tr\u00e8s longtemps dans mon corps quand je me d\u00e9shabille et que je me dis, je garde le soutien-gorge, m\u00eame si mes seins n\u2019atteindraient jamais mes genoux. Pourtant quand une main d\u2019homme touche l\u2019agrafe, je dis fermement&nbsp;&#160;: non, pas le soutien-gorge. M\u00eame les Sorci\u00e8res, et je sais d\u00e9j\u00e0 o\u00f9 se d\u00e9ployait leur corps et quel ch\u00e2timent les attendait, ne tol\u00e8rent pas cette familiarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Des ann\u00e9es plus tard, alors que mes seins sont dess\u00e9ch\u00e9s, je m\u2019interroge sur ce qui me poussait \u00e0 ne pas vous laisser en libert\u00e9 quand vous aviez encore de l\u2019air en vous. Je pense au corps de Beba, \u00e0 ce qu\u2019il est devenu.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet autre corps que j\u2019ai rejet\u00e9 tant d\u2019ann\u00e9es, que j\u2019ai frott\u00e9 avec une brosse s\u00e8che&nbsp;&#160;; ce corps dont je voulais me d\u00e9faire comme d\u2019une peau fra\u00eechement arrach\u00e9e \u00e0 quelqu\u2019un et qui a gard\u00e9 l\u2019odeur de cet autre, de draps o\u00f9 l\u2019on a dormi, d\u2019un pelage tremp\u00e9 de sueur, d\u2019un lit de biche. Et maintenant, je regrette tellement cette chaleur, cette peau doubl\u00e9e d\u2019une fine couche jaune de graisse, ce corps qui avait l\u2019odeur du musc et de la sueur, qui m\u2019enveloppait si \u00e9troitement, entrait en moi, poussant vers l\u2019int\u00e9rieur des ramifications de poils, les d\u00e9licates canules des pores, laissait passer la chaleur, le vent, l\u2019humidit\u00e9, le fr\u00e9missement et la viscosit\u00e9, le poids des choses, leur tranchant et leur rugosit\u00e9. Je regrette tellement ce corps qui touchait d\u2019autres corps, tra\u00e7ait un couloir dans l\u2019air et dans l\u2019eau, creusait l\u2019espace, traversait le temps tout en \u00e9tant travers\u00e9 par lui, parce que la ligne du pass\u00e9 et de l\u2019avenir passait exactement par son milieu, faisant de moi le centre du pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce corps qui pouvait \u00e9crire et faire l\u2019amour, et en fait, c\u2019est la m\u00eame chose.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a devrait parler d\u2019amour, dit ma petite-fille. On sait bien pourquoi les gens lisent les autobiographies. On mettra les initiales ou des pseudos&nbsp;&#160;? Ils doivent d\u00e9j\u00e0 \u00eatre morts, non&nbsp;&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ne me dis que la vie sexuelle de ta grand-m\u00e8re t\u2019int\u00e9resse\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Sexuelle, non, mais amoureuse, \u00e7a oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a me d\u00e9prime. J\u2019y pense tr\u00e8s souvent, mais surtout, j\u2019en r\u00eave. Le m\u00eame r\u00eave&nbsp;&#160;: je suis une autre voie, avec quelqu\u2019un d\u2019autre, je prends une d\u00e9cision, quelqu\u2019un en prend une autre. Je pense souvent \u00e0 eux, tous ces hommes aupr\u00e8s desquels ma vie aurait pu changer de cours. Oui, \u00e7a me d\u00e9prime, parce que j\u2019ai toujours l\u2019impression d\u2019avoir rat\u00e9 quelque chose. Ma petite-fille me regarde attentivement, tendue, le crayon suspendu en l\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Une autre vie avec quelqu\u2019un d\u2019autre&nbsp;&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Avec moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Une autre toi-m\u00eame&nbsp;&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se gratte la t\u00eate et fronce les sourcils.<\/p>\n\n\n\n<p>Dommage que je n\u2019aie aucune photo \u00e0 lui montrer. La trace num\u00e9rique n\u2019a laiss\u00e9 aucune d\u00e9pression, aucune particule de bromure d\u2019argent ni de photos cach\u00e9es. Des centaines, des milliers de photos dont il ne reste rien. J\u2019ai essay\u00e9 de lui raconter que l\u2019un \u00e9tait grand, avec de longs cheveux, l\u2019autre petit et corpulent avec des yeux de chien battu. L\u2019un \u00e9tait exceptionnellement beau, les autres, quelconques. Invocation des esprits. Bien que je sois incapable d\u2019\u00e9voquer consciemment leurs visages, ils peuvent revenir la nuit et prendre leur bout de temps, le plus \u00e9trange, c\u2019est-\u00e0-dire le temps de la nuit qui, en r\u00eave, s\u2019\u00e9tire pendant des heures alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, il ne dure que quelques minutes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 On pourrait faire un catalogue de tous ces mecs&nbsp;&#160;! Tu sais, la totale, quelle aurait \u00e9t\u00e9 ta vie si tu t\u2019\u00e9tais li\u00e9e \u00e0 un autre. Tiens, c\u2019est une id\u00e9e de livre, il faut que je la note&nbsp;&#160;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je passerais pour une coureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mais tu n\u2019\u00e9tais pas une coureuse, n\u2019est-ce pas&nbsp;&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non, j\u2019aimais l\u2019amour, tout simplement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En attendant la remise du Prix Grand Continent le 5 d\u00e9cembre, nous vous offrons des extraits des cinq \u0153uvres finalistes.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, <em>Sploty<\/em> d&rsquo;Anna Ciarkowska \u2014 ou la m\u00e9tamorphose d&rsquo;une vie en m\u00e9moire de cette vie.<\/p>\n","protected":false},"author":5931,"featured_media":306685,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[3302],"tags":[],"staff":[4716],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[],"class_list":["post-306679","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-prix-grand-continent","staff-anna-ciarkowska"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Un extrait de \u00abSploty\u00bb, d&#039;Anna Ciarkowska | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/12\/01\/un-extrait-de-sploty-danna-ciarkowska\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Un extrait de \u00abSploty\u00bb, d&#039;Anna Ciarkowska | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"En attendant la remise du Prix Grand Continent le 5 d\u00e9cembre, nous vous offrons des extraits des cinq \u0153uvres finalistes.  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