{"id":303583,"date":"2025-11-01T19:00:00","date_gmt":"2025-11-01T18:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=303583"},"modified":"2025-11-03T09:21:39","modified_gmt":"2025-11-03T08:21:39","slug":"documenter-lenfer-concentrationnaire-syrien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/11\/01\/documenter-lenfer-concentrationnaire-syrien\/","title":{"rendered":"Documenter l\u2019enfer concentrationnaire syrien"},"content":{"rendered":"\n

La Fabrique de la Terreur (p. 47-51)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

L\u00e0 o\u00f9 les ruines enfantent d\u2019autres ruines, et o\u00f9 ce qui tombe para\u00eet nourrir ce qui reste. \u00c0 Tadmor <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, c\u2019est comme si elles ne cessaient de se r\u00e9p\u00e9ter, strates superpos\u00e9es d\u2019un palimpseste de m\u00e9moires et de poussi\u00e8re ; la ville moderne, d\u00e9mantel\u00e9e ici par l\u2019\u00c9tat islamique, l\u00e0 par les frappes des alli\u00e9s d\u2019Assad ou de l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne. Entre les d\u00e9combres subsistent les graffitis cyrilliques des troupes russes, les entr\u00e9es mur\u00e9es des sous-sols creus\u00e9s par les milices iraniennes ou afghanes. Rares sont les maisons encore intactes, isol\u00e9es dans ce fragment de d\u00e9sert o\u00f9 les empires viennent d\u2019ordinaire se battre ou mourir. Celui des Palmyr\u00e9niens repose toujours dans la majestueuse cit\u00e9 antique qui domine la ville. Tr\u00f4ne ancien de la reine Z\u00e9nobie devenu conqu\u00eate romaine, il subsiste dans une beaut\u00e9 monochrome de chapiteaux et de rang\u00e9es de colonnades inquantifiables d\u2019un regard\u2026 Aux pouvoirs qui leur ont succ\u00e9d\u00e9, ces ruines n\u2019ont cess\u00e9 de renvoyer un reflet. Le r\u00e9gime d\u2019Assad y projetait le sien.  Quand il ne pillait pas les artefacts des lieux, il s\u2019en servait de vitrine, pr\u00e9tendant \u00e0 la m\u00eame \u00e9ternit\u00e9. L\u2019\u00c9tat islamique, lorsqu\u2019il s\u2019empara de la ville en 2015, y vit au contraire le reflet insupportable d\u2019une histoire qui s\u2019\u00e9tait faite sans lui, et en fit la cible de sa barbarie. Gisent encore, \u00e9pars dans l\u2019enceinte de la cit\u00e9, les entablements pulv\u00e9ris\u00e9s, m\u00eal\u00e9s aux f\u00fbts et aux tron\u00e7ons des colonnades. <\/p>\n\n\n\n

Dominant Tadmor, au plus haut de la cit\u00e9, se dresse le temple de B\u00eal, dynamit\u00e9, dont il ne reste plus que le linteau et le jambage d\u2019une porte esseul\u00e9e. C\u2019est l\u00e0, sur ce parvis de pierre, qu\u2019\u00e9tait venu m\u00e9diter plus de deux si\u00e8cles auparavant le r\u00e9volutionnaire fran\u00e7ais et arabisant Volney. Lui qui dans ses voyages \u00e0 travers l\u2019\u00c9gypte et la Syrie s\u2019adressait aux ruines, voyait en Palmyre le symbole des empires d\u00e9faits par les r\u00e9volutions ou par leur propre corruption <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Contemplant le temple, il s\u2019imaginait converser avec un g\u00e9nie apparu des pierres, et qui l\u2019aidait \u00e0 en percer le sens : tirer ce qu\u2019il appelait les \u00ab le\u00e7ons des ruines \u00bb. Le g\u00e9nie lui conta comment fut l\u2019esclavage, l\u2019art de la tyrannie n\u00e9e de la cupidit\u00e9\u2026 Et comment, expliquait-il, \u00ab les oppresseurs \u00e9tant moins nombreux que les opprim\u00e9s, il fallut, pour soutenir ce faux \u00e9quilibre, perfectionner la science de l\u2019oppression. L\u2019art de gouverner ne fut plus que celui d\u2019assujettir le plus grand nombre au plus petit. Pour obtenir une ob\u00e9issance si contraire \u00e0 l\u2019instinct, il fallut \u00e9tablir des peines plus s\u00e9v\u00e8res ; et la cruaut\u00e9 des lois rendit les m\u0153urs atroces \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Quelles le\u00e7ons aurait-il tir\u00e9es de cette autre ruine au nord-ouest de la ville moderne ? Cet \u00e9difice, symbole contemporain de l\u2019atrocit\u00e9 et de la cruaut\u00e9 qui martyris\u00e8rent la ville, d\u00e9pouill\u00e9 de tout ornement, sinon des apparats de la barbarie : barbel\u00e9s, torsades de fer, barreaux\u2026 et sentinelles qui \u00e9crasent l\u2019enceinte de la prison de Tadmor. Elle aussi, l\u2019\u00c9tat islamique a tent\u00e9 de la faire dispara\u00eetre \u00e0 la dynamite. Elle, la plaie la plus fra\u00eeche dans l\u2019enchev\u00eatrement des cicatrices de la ville, a longtemps \u00e9t\u00e9 la prison la plus embl\u00e9matique de la tyrannie des Assad. Certains diront m\u00eame qu\u2019elle fut le laboratoire d\u2019une horreur destin\u00e9e \u00e0 s\u2019\u00e9tendre \u00e0 toute la Syrie, augurant le champ de ruines que le pays entier allait devenir.<\/p>\n\n\n\n

*<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Cet endroit\u2026 oui, c\u2019\u00e9tait un laboratoire de la souffrance humaine. Nous arrivions ici le premier jour mis \u00e0 nus, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de tout sous les cris et les coups. Nos dortoirs se faisaient face au milieu d\u2019une cour construite comme une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre. Tous les jours nous y \u00e9tions tir\u00e9s, affam\u00e9s et \u00e9puis\u00e9s par les nuits que nous passions entass\u00e9s dans notre propre sang. Et sur cette sc\u00e8ne se jouaient nos supplices et nos humiliations. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

Au c\u0153ur de la prison, Mahmoud fixe la pointe de ses chaussures. Son air habituellement d\u00e9bonnaire et son large sourire rieur ont c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 un inconfort silencieux. Il n\u2019est pas revenu ici depuis son incarc\u00e9ration il y a dix-huit ans. Un mois depuis la chute du r\u00e9gime ; il fait partie des rares habitants \u00e0 \u00eatre retourn\u00e9s \u00e0 Tadmor ; ce malgr\u00e9 l\u2019\u00c9tat islamique qui r\u00f4de autour de la ville, \u00e9gorge chaque semaine des civils sur les routes qui y m\u00e8nent. Mahmoud tire machinalement sur la fermeture \u00e9clair d\u2019un vieux blouson macul\u00e9, accentuant encore sa posture vo\u00fbt\u00e9e. Tout autour, les murs paraissent malades, comme recouverts d\u2019une membrane scl\u00e9ros\u00e9e, squameuse. Sur les pyl\u00f4nes de la cour o\u00f9 il d\u00e9ambule, les couches successives de peinture \u2014 jaune, blanche, brune \u2014 se fissurent en taches vives et \u00e9clat\u00e9es, pareilles \u00e0 un paysage de salins. La plus profonde, rouge ocre, d\u00e9voile les briques de ce que furent les fondations ; celles des premiers murs \u00e9lev\u00e9s en 1920 pour ce qui servirait d\u2019\u00e9curies aux garnisons fran\u00e7aises du mandat. La deuxi\u00e8me couche, jaune argileuse, date des ann\u00e9es 1960, lorsque, bien apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, le pouvoir baathiste transforma les \u00e9curies en centre de d\u00e9tention militaire.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Mais c\u2019est Hafez al-Assad qui va faire de cette prison un enfer, raconte Mahmoud en grattant un morceau de la troisi\u00e8me couche d\u00e9tach\u00e9e du mur d\u00e9cr\u00e9pit. Cette prison est devenue le symbole de son pouvoir, un lieu o\u00f9 on envoyait les intellectuels et les opposants loin des villes pour les faire dispara\u00eetre\u2026 \u00bb\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Ces civils, Assad les d\u00e9signait comme \u00ab ennemis de la r\u00e9volution \u00bb, et d\u00e8s le d\u00e9but de ces ann\u00e9es 1970, ils furent envoy\u00e9s ici par des tribunaux d\u2019exception. <\/p>\n\n\n\n

Sur la partie sud de la prison, le soleil projette l\u2019ombre d\u2019un toit de barbel\u00e9s tress\u00e9s, rouill\u00e9s, qui cl\u00f4ture la cour et les cellules. Le sol est ajour\u00e9 de crevasses grillag\u00e9es, coiffant de sombres ge\u00f4les souterraines. <\/p>\n\n\n\n

\u00ab Plusieurs dizaines d\u2019hommes se trouvaient en bas, sans jamais voir le jour. Il y avait \u00e0 peine un filet de lumi\u00e8re qui  traversait les barreaux au plafond, les gardiens nous surveillaient par l\u00e0 \u00bb. <\/p>\n\n\n\n

En surface, Mahmoud explique que les autres d\u00e9tenus \u00e9taient enferm\u00e9s dans de minuscules placards gris, o\u00f9 il \u00e9tait impossible de s\u2019allonger. D\u2019un m\u00e8tre de large, \u00e0 peine deux de long, l\u2019espace \u2014 qu\u2019on peine \u00e0 appeler une \u00ab pi\u00e8ce \u00bb \u2014 est tranch\u00e9 par un parapet et perc\u00e9 d\u2019un trou qui servait de toilettes.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

\u00ab On les appelait les \u201ccercueils\u201d, ajoute-t-il. Nous \u00e9tions plusieurs \u00e0 \u00e9touffer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u00bb. <\/p>\n\n\n\n

Ahmad, Abou Jaafar, Tripoli, Deir ez-Zor\u2026 Des mots ont surv\u00e9cu sur leurs murs, prot\u00e9g\u00e9s des intemp\u00e9ries comme de fragiles vestiges. Inscrits par les prisonniers, ces noms et ces villes se superposent et s\u2019effacent, voil\u00e9s sous les couches successives de peinture. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des barreaux, sur les murs des couloirs, les gardiens eux aussi ont appos\u00e9 leurs noms, au nez des d\u00e9tenus, comme une provocation. Et \u00e0 la place des pri\u00e8res que les d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s des ge\u00f4les pouvaient graver, ils ont \u00e9crit des slogans \u00e0 la gloire du clan Assad. L\u2019un d\u2019eux, en lettres profondes, proclame \u00ab \u0627\u0623\u0644\u0628\u062f \u0648\u0628\u0639\u062f \u0644\u0623\u0644\u0628\u062f \u0627\u0623\u0644\u0633\u062f \u00bb : \u00ab Assad jusqu\u2019\u00e0 l’\u00e9ternit\u00e9, et au-del\u00e0 \u00bb. Nul ne sait tout \u00e0 fait quand ces mots ont \u00e9t\u00e9 grav\u00e9s. Mais de m\u00e9moire d\u2019anciens prisonniers, cette derni\u00e8re couche de peinture \u2014 blanche, lisse, presque intacte \u2014 remonterait aux ann\u00e9es 1980. Un aplat que de nombreux survivants de Tadmor reconnaissent, car il scelle l\u2019une des m\u00e9moires les plus gla\u00e7antes de l\u2019enfer concentrationnaire syrien.<\/p>\n\n\n\n

Les le\u00e7ons des ruines (p. 61-62)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Deux si\u00e8cles apr\u00e8s le passage de Volney, la le\u00e7on des ruines ne semble pas avoir chang\u00e9. Les \u00e9difices, confondus par l’Histoire dans la poussi\u00e8re, racontent la m\u00eame tyrannie, cette obstination \u00e0 inscrire son r\u00e8gne dans la pierre pour pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9. La carcasse sans vie du vaste camp de Tadmor t\u00e9moigne \u00e0 son tour du fait que les \u00e9difices des despotes finissent par servir de m\u00e9taphore \u00e0 leur chute. Mais ces ruines, pourtant, murmurent des mots qui ne figurent pas dans les chapitres de Volney. \u00c0 Tadmor, elles dessinent aussi des ombres, quelque chose de plus lent \u00e0 mourir que le r\u00e9gime lui-m\u00eame\u2026 La le\u00e7on plus contemporaine sans doute, que les d\u00e9combres sont la preuve que les vaincus n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 totalement an\u00e9antis. Que s\u2019il existe des ruines, c\u2019est que quelque chose persiste.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Je ne sais pas pourquoi, mais j\u2019ai encore peur, avoue Mahmoud, plus grave, retenant une larme, dans un aveu qui semble lui co\u00fbter. Je ne sais pas pourquoi j\u2019ai peur\u2026 je ne sais pas comment le dire. Je suis n\u00e9 \u00e0 Tadmor, j\u2019ai grandi en connaissant l\u2019existence de cette prison sans savoir ce qu\u2019il s\u2019y passait. Nous n\u2019osions jamais nous approcher de ces murs. On nous faisait croire que ceux qui y \u00e9taient enferm\u00e9s \u00e9taient des terroristes, alors que c\u2019\u00e9tait un immense camp de torture et d\u2019extermination. Certains ont os\u00e9 parler\u2026 mais moi en sortant je n\u2019ai jamais rien dit. J\u2019avais peur que l\u2019on m\u2019entende, de le dire m\u00eame \u00e0 ma propre femme car ce que j\u2019avais v\u00e9cu \u00e9tait si dur. Pas parce que j\u2019avais peur d\u2019elle et qu\u2019elle me d\u00e9nonce\u2026 ou si, peut-\u00eatre. J\u2019ai v\u00e9cu dans une paralysie de dire. J\u2019avais l\u2019espoir que les choses changent, mais m\u00eame le r\u00e9gime tomb\u00e9 je ressens la m\u00eame peur visc\u00e9rale. Je ne sais ni comment la tordre, ni comment la briser. Je ne sais m\u00eame pas comment la nommer\u2026 en fait si. Je le sais. Je crois\u2026 oui\u2026 Ma peur, c\u2019est celle d\u2019une seule chose. J\u2019ai peur qu\u2019ils reviennent \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Le r\u00e9cit de Bayan al-Hanawi, de Sweida (p. 77)<\/h2>\n\n\n\n

\u00ab Il m\u2019a fallu des ann\u00e9es de mots et de ces gestes pour tromper la terreur, sinon l\u2019att\u00e9nuer. Sans la chute d\u2019Assad, je ne vous aurais jamais racont\u00e9 tout cela. J\u2019ai longtemps cru que je ne le pourrais jamais. Et vous savez\u2026 malgr\u00e9 tout ce que j\u2019ai vu, tout ce que j\u2019ai v\u00e9cu, les tortures, la perte de mes amis, de mes camarades, de mes fr\u00e8res\u2026 Br\u00fbl\u00e9s, dissous, massacr\u00e9s\u2026 Malgr\u00e9 tout cela, je ne r\u00e9clame pas vengeance. Je ne veux pas me souiller de la haine. <\/p>\n\n\n\n

D\u00e9barrass\u00e9s d\u2019elle, nous parviendrons peut-\u00eatre \u00e0 reconstruire ce pays, nos enfants, nos espoirs. Cet homme, cet \u00eatre m\u00e9prisable\u2026 Hafez al-Assad et apr\u00e8s lui Bachar al-Assad\u2026 Nous ne lui aurions pas surv\u00e9cu s\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 chass\u00e9. En tout cas, pas moi, pas plus longtemps. Parce que vivre sous son r\u00e8gne, ce n\u2019\u00e9tait plus vivre. Pour dire vrai, je m\u2019\u00e9tais fait \u00e0 l\u2019id\u00e9e que mourir aurait \u00e9t\u00e9 plus doux que survivre sous son pouvoir. Parce que sous ce pouvoir, l\u2019Homme n\u2019en \u00e9tait plus un \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019enfer bureaucratique (extraits, p. 137-151)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Le jour de la chute d\u2019Assad, partout en Syrie trois lieux jusqu\u2019alors interdits furent pris d\u2019assaut par les civils : les palais d\u2019abord, symboles de l\u2019hubris et du pouvoir absolu construit sur la mis\u00e8re des Syriens. Les prisons ensuite, o\u00f9 s\u2019\u00e9tait exerc\u00e9e dans sa forme la plus nue la brutalit\u00e9 du r\u00e9gime. Et enfin les administrations, \u00e0 la crois\u00e9e de ces deux mondes. \u00c0 Sednaya, le jour de la lib\u00e9ration, il y eut autant de familles \u00e0 fouiller dans les ge\u00f4les \u00e0 la recherche d\u2019un visage que dans les archives \u00e0 la recherche d\u2019un nom. Ce qu\u2019on y d\u00e9couvrait tenait du vertige : des mots enchev\u00eatr\u00e9s au c\u0153ur du pouvoir et de sa r\u00e9pression faisaient \u00e9merger la bureaucratie comme un continent nouveau. Dossiers d\u2019enqu\u00eates, rapports de civils sur leurs coll\u00e8gues ou voisins, retranscriptions d\u2019\u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques\u2026 \u00c0 Sweida seulement, pas moins de quatre branches du renseignement \u2014 g\u00e9n\u00e9ral, militaire, de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air et de la S\u00fbret\u00e9 politique \u2014 se partageaient la somme de l\u2019empire administratif. Dans des \u00e9difices d\u00e9laiss\u00e9s, cer\u2011 taines pi\u00e8ces croulent encore sous les monceaux de papiers jusqu\u2019\u00e0 un m\u00e8tre de hauteur, \u00e9tal\u00e9s p\u00eale-m\u00eale au sol, milliers de documents \u00e0 l\u2019encre fan\u00e9e, agglom\u00e9r\u00e9s \u00e0 la ficelle et dress\u00e9s en monolithes. Des armoires pleines comme des ossuaires de papiers o\u00f9, ligne apr\u00e8s ligne, chaque existence est d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e, \u00e9pluch\u00e9e, r\u00e9ifi\u00e9e dans la froideur bureaucratique \u2014 manuscrits au ton clinique o\u00f9 se jouait chaque arrestation, condamnation, ou disparition.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Les nouvelles autorit\u00e9s de Damas ont estim\u00e9 que plus de huit millions de Syriens <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00e9taient vis\u00e9s par des ordres d\u2019arrestation du r\u00e9gime. Un tiers de la population. \u00c0 imaginer l\u2019\u00e9tendue du territoire syrien, multipliant la profusion de pages par celle des branches du renseignement, on peine \u00e0 concevoir combien de milliards de mots la paperasse a pu engloutir. \u00c9rigeant la brutalit\u00e9 en syst\u00e8me, n\u00e9e d\u2019une passion parano\u00efaque pour le contr\u00f4le, la tyrannie carc\u00e9rale a trouv\u00e9 son langage, sa m\u00e9thode, son obsession, dans l\u2019enfer bureaucratique.<\/p>\n\n\n\n

[…]<\/p>\n\n\n\n

La journ\u00e9e s\u2019\u00e9tire ainsi, rythm\u00e9e par quelques d\u00e9couvertes fulgurantes, noy\u00e9es dans l\u2019immensit\u00e9 des \u00e9coutes banales, des rapports de d\u00e9lation. Une angoisse se d\u00e9gage de cette masse, un malaise venu des mots, du papier lui-m\u00eame. Chaque dossier d\u2019enqu\u00eate est l\u00e0 pour diss\u00e9quer les vivants : la couleur des yeux, les moindres d\u00e9tails de leur g\u00e9n\u00e9alogie et de leur environnement social, leurs conversations, leurs loisirs, leur r\u00e9putation suppos\u00e9e\u2026 Mais quelque chose manque pourtant. Une photo. La plupart de ces fichiers n\u2019en comportent aucune. Car l\u2019administration baathiste extrayait les noms de la masse, mais jamais les hommes. Elle ne faisait photographier un citoyen que dans deux cas : par un fonctionnaire lors d\u2019une incarc\u00e9ration ; par un m\u00e9decin l\u00e9giste lors d\u2019un d\u00e9c\u00e8s en d\u00e9tention. Ernst von Salomon, dans l\u2019Allemagne d\u2019apr\u00e8s-guerre, avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crit cette \u00e9motion avec justesse : \u00ab L\u2019enregistrement est la forme parfaite dont d\u00e9couleront toutes les suites du r\u00e9gime de la terreur. Un homme dans un fichier est pour ainsi dire d\u00e9j\u00e0 un homme mort [\u2026]. Si la folie a de la m\u00e9thode, le moment vient toujours o\u00f9 il appara\u00eet que la m\u00e9thode elle-m\u00eame est de la folie \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

[…]<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Pour le r\u00e9gime, il fallait un document. L\u2019administration \u00e9tait tant prise au s\u00e9rieux que pour qu\u2019un fait soit r\u00e9el, il fallait qu\u2019il soit \u00e9crit. La parole n\u2019avait pas d\u2019importance. Que tout cela soit une fabrique d\u2019affabulations ne comptait pas non plus. Il fallait un aveu, dire que nous \u00e9tions coupables. Mon fr\u00e8re m\u2019en reparle souvent : alors qu\u2019il \u00e9tait tortur\u00e9, les yeux tum\u00e9fi\u00e9s, les oreilles en sang, incapable de lire, de voir, ou m\u00eame de hocher la t\u00eate, l\u2019officier s\u2019acharnait \u00e0 obtenir une d\u00e9position qu\u2019il lui dictait pourtant. Et cette r\u00e9alit\u00e9 administrative \u00e9tait elle-m\u00eame absurde, car elle ne se suffisait pas. Apr\u00e8s les aveux, tout recommen\u00e7ait toujours avec un autre interrogateur. Moi aussi, du c\u00f4t\u00e9 des cellules pour femmes, je faisais face aux m\u00eames folies. Il arrivait des moments o\u00f9 j\u2019inventais m\u00eame des histoires, parce qu\u2019on me demandait d\u2019avouer \u201cautre chose\u201d. J\u2019inventais des hommes flous, des faux noms, des faux groupes\u2026 Parce que ce qu\u2019ils voulaient au fond, c\u2019\u00e9tait de la mati\u00e8re pour noircir des feuilles. Mais qu\u2019avais-je \u00e0 leur dire ? J\u2019avais particip\u00e9 aux manifestations par instinct. Mon fr\u00e8re aussi\u2026 Ce n\u2019est pas que l’engagement nous manquait, mais nous n\u2019avions pour nous que la col\u00e8re. R\u00e9cemment, quand nous sommes revenus en Syrie apr\u00e8s plus de dix ans exil\u00e9s au Liban, j\u2019\u00e9tais obs\u00e9d\u00e9e par deux choses : revoir ma maison, et retrouver l\u2019endroit o\u00f9 on nous avait emprisonn\u00e9s. Car je me suis toujours demand\u00e9 ce qu\u2019ils avaient pu \u00e9crire sur moi, qui avait pu me d\u00e9noncer, tant les  interrogateurs semblaient tout savoir, m\u00eame ce que je ne leur avais jamais dit sous la torture. En repensant aux dossiers C\u00e9sar <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span> par exemple, je me suis dit que si tout \u00e9tait gard\u00e9 par le r\u00e9gime il serait possible de retrouver ces paragraphes qui nous concernaient. Mais rien. Je suis all\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 Mazzeh. C\u2019\u00e9tait comme si tous avaient disparu, et avec eux une certaine v\u00e9rit\u00e9, celles des ann\u00e9es que nous avions pass\u00e9es l\u00e0, qui nous avaient contraints \u00e0 nous enfuir \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

[…]<\/p>\n\n\n\n

L\u2019assadisme a toujours d\u00e9vor\u00e9 ses enfants. Des petites mains de son administration aux pontes du parti, du plus z\u00e9l\u00e9 au plus loyal, nul n\u2019avait la garantie d\u2019\u00e9chapper aux purges, \u00e0 la rotation des soup\u00e7ons ni \u00e0 la red\u00e9finition des ennemis. Ceux qui pensaient \u00e9chapper \u00e0 la violence en servant l\u2019ordre concluaient en v\u00e9rit\u00e9 un pacte avec le vide. Car en Syrie, on peut appartenir au r\u00e9gime, mais le r\u00e9gime n\u2019appartient \u00e0 personne. En consentant \u00e0 cette ali\u00e9nation, le fonctionnaire partage un peu du destin de ceux qu\u2019il condamne. Il inscrit lui-m\u00eame son nom sur les ent\u00eates des documents qu\u2019il r\u00e9dige et qui serviront \u00e0 le pister s\u2019il est accus\u00e9 par l\u2019administration \u00ab d\u2019erreur de jugement \u00bb. C\u2019est ce qui advint du g\u00e9n\u00e9ral A. Son \u00ab dossier d\u2019information top-secret \u00bb se compose d\u2019\u00e9coutes de ses \u00e9coutes, de jugements sur ses jugements, de rapports sur ses rapports\u2026 Mise en abyme d\u2019une bureaucratie anthropophage qui, finissant par se d\u00e9vorer elle-m\u00eame, a transform\u00e9 ses dossiers en son propre dossier. Ce dernier, comme pour les autres fonctionnaires accus\u00e9s de trahison, fut envoy\u00e9 aux autres branches du renseignement, adjoint du m\u00eame ordre laconique : \u00ab \u00adVeuillez examiner et prendre les mesures n\u00e9cessaires \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Un continent litt\u00e9raire insoup\u00e7onn\u00e9 (p. 171-173)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Pour les organisations de d\u00e9fense des droits humains, ces murs sont aujourd\u2019hui aussi pr\u00e9cieux que les registres officiels parfois br\u00fbl\u00e9s par les derniers agents du r\u00e9gime. Ils tracent des parcours, r\u00e9v\u00e8lent des noms, consignent les existences que le pouvoir voulait effacer. La torture elle-m\u00eame y a laiss\u00e9 son empreinte. On la reconna\u00eet aux marques distinctes laiss\u00e9es par les b\u00e2tons de caoutchouc des gardiens : de longues virgules noires, toujours group\u00e9es \u00e0 mi-hauteur d\u2019homme, dont les points d\u2019impact, sombres et denses, s\u2019estompent en tra\u00een\u00e9 jusqu\u2019au sol. La signature des coups abattus sur les corps. <\/p>\n\n\n\n

\u00ab L\u2019\u00e9criture et la parole \u00e9taient punies de torture, raconte Maher, toujours hypnotis\u00e9 par la fresque grav\u00e9e dont il d\u00e9couvre \u00e0 chaque visite de nouveaux mots. Les gens ici\u2026 on leur donnait un bout de pain tous les trois jours, ou on les punissait de toutes les mani\u00e8res possibles. Et pourtant ils trouvaient toujours un moyen pour \u00e9crire. Avec leurs ongles, avec un noyau d\u2019olive ou un fragment de bo\u00eete de conserve \u00bb. <\/p>\n\n\n\n

Il arrivait aussi, rarement, qu\u2019un d\u00e9tenu parvienne \u00e0 faire entrer un marqueur ou un crayon : de quoi ajouter une touche vive \u00e0 un dessin dans l\u2019univers de graffiti blancs et ocre. D\u2019autres \u00e9crasaient ces blocs de savon verd\u00e2tres manufactur\u00e9s pour les prisons, afin de remplir les interstices d\u2019un po\u00e8me et d\u2019en colorier les lettres\u2026 Le po\u00e8me abandonn\u00e9 d\u2019Abou Hamdan avait-il \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans cette aile ? Ou bien une autre ? Comment avait-il pu apporter la feuille qui lui permit d\u2019\u00e9crire ses vers ? Les avait-il partag\u00e9s, ou cach\u00e9s, de peur qu\u2019on ne les d\u00e9truise ?<\/p>\n\n\n\n

La litt\u00e9rature carc\u00e9rale syrienne a souvent \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9e aux ouvrages de ses rescap\u00e9s. Ceux qui, comme Moustafa Khalife ou Yassin al-Haj Saleh, r\u00e9ussirent les premiers, et avec courage, \u00e0 livrer au monde un t\u00e9moignage de v\u00e9rit\u00e9 brut de l’univers concentrationnaire. Pourtant, pour de nombreux anciens d\u00e9tenus, l\u2019Adab al-sijn, la litt\u00e9rature de prison, se r\u00e9sume moins\u00a0 par les productions litt\u00e9raires souvent interdites en Syrie que par les fragments de r\u00e9cits grav\u00e9s sur ces murs. Celles qui fascinent encore Maher depuis l\u2019ouverture de la prison. Ces \u00e9pitaphes, ces po\u00e8mes, ces t\u00e9moignages, ces noms, ces dessins, ces pri\u00e8res\u2026 Une po\u00e9sie des invisibles qui n\u2019e\u00fbt jamais quitt\u00e9 la prison, offerte aux disparus par eux-m\u00eames, une langue brute forg\u00e9e dans l\u2019exp\u00e9rience partag\u00e9e, qui depuis la lib\u00e9ration a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 non seulement un oc\u00e9an de preuves, mais aussi, parfois, l\u2019existence insoup\u00e7onn\u00e9e d\u2019un nouveau continent litt\u00e9raire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Dans un livre qui vient de para\u00eetre aux \u00c9ditions du Seuil, Arthur Sarradin propose une plong\u00e9e terrifiante dans \u00ab  l\u2019enfer concentrationnaire syrien  \u00bb. <\/p>\n

Entrem\u00ealant les r\u00e9cits de prisonniers lib\u00e9r\u00e9s lors de la chute de Bachar el-Assad \u00e0 des enqu\u00eates historiques sur le syst\u00e8me carc\u00e9ral syrien, il remonte le fil d\u2019une bureaucratie de la mort, gr\u00e2ce aux t\u00e9moignages de ceux qui, venus des marges, luttent \u00e0 pr\u00e9sent pour trouver les mots que le r\u00e9gime leur a arrach\u00e9s.<\/p>\n

Nous publions les bonnes feuilles de ce r\u00e9cit dont la lecture est difficile mais indispensable.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":303585,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1734],"tags":[],"geo":[543],"class_list":["post-303583","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-doctrines","staff-arthur-sarradin","geo-mediterranee"],"acf":[],"yoast_head":"\nDocumenter l\u2019enfer concentrationnaire syrien | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/11\/01\/documenter-lenfer-concentrationnaire-syrien\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Documenter l\u2019enfer concentrationnaire syrien | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Dans un livre qui vient de para\u00eetre aux \u00c9ditions du Seuil, Arthur Sarradin propose une plong\u00e9e terrifiante dans \u00ab l\u2019enfer concentrationnaire syrien \u00bb. 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