{"id":302235,"date":"2025-10-22T12:14:15","date_gmt":"2025-10-22T10:14:15","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=302235"},"modified":"2026-07-28T16:46:06","modified_gmt":"2026-07-28T14:46:06","slug":"delphine-o-la-strategie-de-la-france-face-aux-masculinistes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/10\/22\/delphine-o-la-strategie-de-la-france-face-aux-masculinistes\/","title":{"rendered":"\u00ab Face \u00e0 l\u2019internationale r\u00e9actionnaire masculiniste, la France oppose un concept : la diplomatie f\u00e9ministe \u00bb, une conversation avec Delphine O"},"content":{"rendered":"\n
L’\u00e9mergence du concept de diplomatie f\u00e9ministe et l’organisation de ces conf\u00e9rences minist\u00e9rielles est post\u00e9rieure \u00e0 la mont\u00e9e en puissance de ce que le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a nomm\u00e9 \u00ab l’internationale r\u00e9actionnaire \u00bb et qu’on d\u00e9signe parfois dans le d\u00e9bat public sous le nom de backlash<\/em>.<\/p>\n\n\n\n Le backlash <\/em>date de 1991 et du livre de Susan Faludi, Backlash : The Undeclared War Against American Women<\/em>, traduit en fran\u00e7ais sous le titre Backlash : la guerre froide contre les femmes<\/em> <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Susan Faludi y explique que les victoires et les succ\u00e8s des mouvements pour les droits civiques et pour l’\u00e9mancipation d’un certain nombre de cat\u00e9gories de la population, y compris les femmes et les minorit\u00e9s ethniques et raciales, ont cr\u00e9\u00e9 au sein d’une partie de la droite am\u00e9ricaine, dans les institutions, les organisations philanthropiques, les entreprises et les organisations religieuses le sentiment d’avoir perdu la guerre culturelle.<\/p>\n\n\n\n Elle montrait aussi comment, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, cette droite am\u00e9ricaine, et notamment la droite religieuse am\u00e9ricaine, s\u2019\u00e9tait mise en ordre de bataille pour regagner la bataille culturelle, id\u00e9ologique et m\u00e9diatique. <\/p>\n\n\n\n Plus de trente ans apr\u00e8s le d\u00e9but de cette guerre, les mouvements r\u00e9actionnaires sont en train de l\u2019emporter, aux \u00c9tats-Unis comme ailleurs. Cela se manifeste concr\u00e8tement par l’\u00e9lection d’un certain nombre de chefs d’\u00c9tat ou de gouvernements r\u00e9actionnaires, qui portent un narratif hostile aux droits des femmes.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 l\u2019internationale r\u00e9actionnaire masculiniste, la France oppose un concept : la diplomatie f\u00e9ministe.<\/p>\n\n\n\n Celui-ci est n\u00e9 en 2014 \u2014 longtemps apr\u00e8s le d\u00e9but de la vague r\u00e9actionnaire.<\/p>\n\n\n\n Il a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 par le gouvernement su\u00e9dois alors au pouvoir et adopt\u00e9 par une quinzaine de pays depuis. Quant aux Conf\u00e9rences minist\u00e9rielles des diplomaties f\u00e9ministes, la premi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e en 2022.<\/p>\n\n\n\n Lorsque la Su\u00e8de a invent\u00e9 la diplomatie f\u00e9ministe et que les diff\u00e9rents pays, y compris la France, l’ont adopt\u00e9e, leur objectif \u00e9tait d\u2019introduire de fa\u00e7on syst\u00e9matique une perspective de genre dans la politique \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n L\u2019IA et la puissance des r\u00e9seaux dopent un narratif pluris\u00e9culaire, misogyne et machiste.<\/p>Delphine O<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cette approche est novatrice, voire r\u00e9volutionnaire. Elle consiste \u00e0 consid\u00e9rer que les grands d\u00e9fis globaux dont d\u00e9coulent nos priorit\u00e9s de politique \u00e9trang\u00e8re ne peuvent \u00eatre envisag\u00e9s sans cette dimension.<\/p>\n\n\n\n En d\u2019autres termes, la diplomatie f\u00e9ministe consiste \u00e0 consid\u00e9rer que la lutte contre le changement climatique, la r\u00e9gulation d\u2019Internet, la paix, la s\u00e9curit\u00e9 et la conflictualit\u00e9 renaissante ne peuvent \u00eatre abord\u00e9es sans adopter une perspective de genre, et sans promouvoir le r\u00f4le des femmes dans la r\u00e9solution des difficult\u00e9s auxquelles nous faisons face. <\/p>\n\n\n\n On ne peut pas faire l’\u00e9conomie d’int\u00e9grer la question des droits des femmes et des filles, parce qu\u2019elles sont les premi\u00e8res victimes de l’ensemble de ces crises mondiales, et parce qu’elles font partie de leur r\u00e9solution.<\/p>\n\n\n\n La conf\u00e9rence qui s\u2019ouvre aujourd\u2019hui \u00e9tait urgente : elle intervient alors que les mouvements r\u00e9actionnaires sont en train de remporter la bataille id\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n Les trois pr\u00e9c\u00e9dentes conf\u00e9rences se tenaient dans un format beaucoup plus restreint. Il y avait peu de d\u00e9l\u00e9gations \u00e9trang\u00e8res ; leur objectif \u00e9tait avant tout de rassembler un club de pays qui ont adopt\u00e9 une diplomatie f\u00e9ministe pour \u00e9changer sur les bonnes pratiques.<\/p>\n\n\n\n En 2025, nous sommes \u00e9videmment dans un contexte international diff\u00e9rent, qui est celui d’une attaque sans pr\u00e9c\u00e9dent contre les droits des femmes, notamment aux Nations unies, mais aussi dans l’espace m\u00e9diatique et politique. Ces attaques ont des cons\u00e9quences tr\u00e8s concr\u00e8tes parce que les coupes dans l\u2019aide publique au d\u00e9veloppement mettent en danger la vie de millions de femmes dans le monde, non seulement parce que sans acc\u00e8s \u00e0 l\u2019avortement, certaines vont mourir en couches, mais aussi parce que les acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 l’\u00e9ducation, \u00e0 la nourriture et \u00e0 un toit ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement restreints. <\/p>\n\n\n\n Cette conf\u00e9rence souhaite donc rassembler tr\u00e8s largement des pays qui sont pr\u00eats \u00e0 r\u00e9affirmer publiquement leur engagement \u00e0 continuer de d\u00e9fendre les droits des femmes et des filles.<\/p>\n\n\n\n Je tiens au mot \u00ab droit \u00bb ; il ne s\u2019agit pas seulement de valeurs ou d\u2019\u00e9thique, mais de droits acquis de longue date. <\/p>\n\n\n\n Ce ne sont pas des valeurs \u00ab occidentales \u00bb : nous d\u00e9fendons le droit international et le syst\u00e8me multilat\u00e9ral ; les droits des femmes sont, entre autres, un produit de ce dernier. Nous d\u00e9fendons le droit existant, aujourd’hui en passe de r\u00e9gresser. <\/p>\n\n\n\n Cette conf\u00e9rence a pour objectif de rassembler largement des pays du Nord et du Sud, pour qu’ils r\u00e9affirment collectivement leur engagement \u00e0 d\u00e9fendre l’\u00e9galit\u00e9 de genre. C\u2019est pourquoi nous avons invit\u00e9 les ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res ; ce sont des ministres et des diplomates qui viennent parler des droits des femmes. <\/p>\n\n\n\n Par ailleurs, pour certains \u00c9tats, les droits des femmes sont un levier g\u00e9opolitique pour peser sur la sc\u00e8ne internationale. Un certain nombre de pays du Sud veulent se positionner sur ce sujet alors qu’ils ne l’avaient jamais fait auparavant. C\u2019est un moyen pour eux d\u2019avoir du poids en prenant position : ils ont compris que c’est ce que font les pays d\u2019en face, ceux de l’internationale r\u00e9actionnaire.<\/p>\n\n\n\n Ainsi, le Maroc a rejoint le groupe de la diplomatie f\u00e9ministe le mois dernier \u00e0 New York et a envoy\u00e9 son ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 notre conf\u00e9rence ; c\u2019est une premi\u00e8re pour le Royaume, pour le monde arabe, pour le monde musulman, et pour l’Afrique du Nord. Nasser Bourita, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res du Maroc, sera \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du ministre fran\u00e7ais pour ouvrir la conf\u00e9rence. <\/p>\n\n\n\n Il y aura cinquante-cinq d\u00e9l\u00e9gations \u00e9tatiques, avec vingt \u00e0 trente ministres et vice-ministres. <\/p>\n\n\n\n Un mouvement contradictoire r\u00e9v\u00e8le un certain \u00e9tat du monde contemporain : certains pays europ\u00e9ens et occidentaux abandonnent la diplomatie f\u00e9ministe qu\u2019ils ont pourtant invent\u00e9e, tandis que les pays du Sud s\u2019en emparent. <\/p>\n\n\n\n Des \u00c9tats fondateurs de ce concept ont abandonn\u00e9 le terme entre 2021 et 2023. Ce sont pourtant de grands pays, champions de l’\u00e9galit\u00e9 de genre, qui seront bien entendu repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la conf\u00e9rence. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 l’inverse, dans le Groupe des diplomaties f\u00e9ministes aux Nations unies (Feminist Foreign Policy + Group), qui est un groupe informel, nous avons aujourd’hui vingt pays dont la moiti\u00e9 sont des pays du Sud. Historiquement, cela a commenc\u00e9 par un mouvement latino-am\u00e9ricain, car il y a une grande vague progressiste en Am\u00e9rique latine \u2014 au Mexique, en Colombie, au Chili, en Uruguay et aussi en Argentine, avant que les derni\u00e8res \u00e9lections viennent enrayer ce mouvement.<\/p>\n\n\n\n Plus r\u00e9cemment, des pays comme le Liberia, le Maroc, la Mongolie, la Slov\u00e9nie ou encore le N\u00e9pal ont rejoint le Groupe des diplomaties f\u00e9ministes. Il n’y a pas un profil homog\u00e8ne : ce sont des puissances de tailles diff\u00e9rentes, avec lesquelles la France a de bonnes relations bilat\u00e9rales ; situ\u00e9s dans des zones g\u00e9ographiques tr\u00e8s diverses, ces pays ont trouv\u00e9 un int\u00e9r\u00eat g\u00e9opolitique \u00e0 rejoindre ce groupe de pays engag\u00e9s pour d\u00e9fendre l\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre dans les enceintes multilat\u00e9rales.<\/p>\n\n\n\n Cette ann\u00e9e nous avons aussi accueilli le Royaume-Uni, qui m\u00e8ne de facto depuis des ann\u00e9es une politique tr\u00e8s engag\u00e9e sur le sujet, et a finalement d\u00e9cid\u00e9 de rejoindre le groupe.<\/p>\n\n\n\n La France a toujours d\u00e9fendu l’\u00e9galit\u00e9 de genre et les droits des femmes.<\/p>\n\n\n\n En 2019, nous avons officiellement adopt\u00e9 une diplomatie f\u00e9ministe, sous l’impulsion du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Elle a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e par Jean-Yves Le Drian et Marl\u00e8ne Schiappa. <\/p>\n\n\n\nPourquoi ce mot ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment la France se positionne-t-elle face \u00e0 cette vague ?<\/h3>\n\n\n\n
Concr\u00e8tement, qu\u2019est-ce que cela change ?<\/h3>\n\n\n\n
Qu\u2019attendez-vous concr\u00e8tement de cette conf\u00e9rence ?<\/h3>\n\n\n\n
Quelle est la cartographie de cette nouvelle coalition ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment la France, qui est particuli\u00e8rement engag\u00e9e cette ann\u00e9e, a-t-elle vocation \u00e0 mener la lutte contre le blacklash<\/em> masculiniste ? <\/h3>\n\n\n\n