{"id":296941,"date":"2025-09-08T06:00:00","date_gmt":"2025-09-08T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=296941"},"modified":"2025-11-03T14:33:25","modified_gmt":"2025-11-03T13:33:25","slug":"autonomie-numerique-europeenne-estonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/09\/08\/autonomie-numerique-europeenne-estonie\/","title":{"rendered":"L\u2019autonomie num\u00e9rique europ\u00e9enne face \u00e0 la guerre hybride : les le\u00e7ons de l\u2019Estonie"},"content":{"rendered":"\n
Absolument pas.<\/p>\n\n\n\n
Rappelons-nous de l’exp\u00e9rience de l’Estonie. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper notre infrastructure num\u00e9rique dans les ann\u00e9es 1990 et nous sommes aujourd’hui l’un des pays les plus avanc\u00e9s au monde dans la transition num\u00e9rique. Lorsque nous travaillons avec les Ukrainiens, il est tr\u00e8s clair qu’ils peuvent obtenir des r\u00e9sultats encore meilleurs que les n\u00f4tres \u2014 pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu’ils ont commenc\u00e9 plus tard.<\/p>\n\n\n\n
Il en va de m\u00eame pour l’IA : oui, nous d\u00e9marrons un peu plus tard que les autres. Mais cela signifie que nous pouvons tirer les le\u00e7ons de leurs erreurs. En tant qu’Europ\u00e9ens, notre approche consiste \u00e0 r\u00e9unir le monde universitaire, le secteur priv\u00e9 et les gouvernements. Cette approche est unique ; elle a toujours \u00e9t\u00e9 la force de l’Europe.<\/p>\n\n\n\n
Ne soyons pas nos pires ennemis. La technologie chinoise DeepSeek s’est appuy\u00e9e sur des recherches scientifiques men\u00e9es en Allemagne. Les Chinois ont utilis\u00e9 nos recherches. Nous avons le talent et les ressources n\u00e9cessaires pour \u00eatre les meilleurs au monde. Devenir le continent le plus avanc\u00e9 en mati\u00e8re d’IA est un objectif tout \u00e0 fait r\u00e9alisable, \u00e0 condition de travailler ensemble, de prendre cela au s\u00e9rieux et d’investir correctement. <\/p>\n\n\n\n
Tous les services publics estoniens sont enti\u00e8rement num\u00e9riques et toutes nos donn\u00e9es sensibles sont connect\u00e9es de mani\u00e8re s\u00e9curis\u00e9e via<\/em> un dispositif nomm\u00e9 X-Road. Les services publics s’appuient sur ces donn\u00e9es, et les avantages \u00e9vidents en termes d’efficacit\u00e9 sont d\u00e9j\u00e0 manifestes. Parall\u00e8lement, nous reconnaissons qu’il existe une opportunit\u00e9 de fournir des services plus personnalis\u00e9s aux citoyens \u00e0 moindre co\u00fbt gr\u00e2ce \u00e0 l’intelligence artificielle. Pour y parvenir, nous devons bien s\u00fbr d’abord garantir notre autonomie et notre souverainet\u00e9 num\u00e9riques.<\/p>\n\n\n\n Actuellement, il y a pr\u00e8s de 200 cas dans le secteur public o\u00f9 nous utilisons l’IA, uniquement avec des donn\u00e9es non sensibles. Pour aller plus loin, nous devrons \u00e9galement utiliser des donn\u00e9es sensibles \u2014 mais l’IA est r\u00e9gie par des entreprises priv\u00e9es et ce n’est pas un mod\u00e8le auquel nous pouvons enti\u00e8rement faire confiance.<\/p>\n\n\n\n Devenir le continent le plus avanc\u00e9 en mati\u00e8re d’IA est un objectif tout \u00e0 fait r\u00e9alisable, \u00e0 condition de travailler ensemble, de prendre cela au s\u00e9rieux et d’investir correctement.\u00a0<\/p>Liisa-Ly Pakosta<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Nous soutenons donc le d\u00e9veloppement d’une IA souveraine qui soit pleinement compatible avec l’approche europ\u00e9enne en mati\u00e8re de protection des donn\u00e9es, de confiance et de cybers\u00e9curit\u00e9. Pour avancer, nous avons donc besoin de plus de souverainet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est une question fondamentale.<\/p>\n\n\n\n L’approche de l’Estonie en mati\u00e8re de leadership num\u00e9rique a \u00e9volu\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l’IA, aux services de cloud et aux enseignements tir\u00e9s de l’Ukraine.<\/p>\n\n\n\n Actuellement, les donn\u00e9es gouvernementales estoniennes collect\u00e9es aupr\u00e8s des citoyens sont stock\u00e9es en toute s\u00e9curit\u00e9 et reli\u00e9es via<\/em> X-Road, le syst\u00e8me utilis\u00e9 \u00e9galement par Kiev. Mais l\u2019Ukraine nous a appris que m\u00eame si un syst\u00e8me est r\u00e9silient face aux cyberattaques, il peut \u00eatre attaqu\u00e9 physiquement via<\/em> les infrastructures.<\/p>\n\n\n\n Dans le m\u00eame temps, nous avons \u00e9galement besoin de services cloud que nous pouvons contr\u00f4ler enti\u00e8rement, ce qui signifie \u00e9viter toute possibilit\u00e9 qu’un d\u00e9veloppeur ou un op\u00e9rateur de services soit compromis par un pays hostile. Ce besoin est partag\u00e9 par l’ensemble de l’Union et, bien que nous soyons tr\u00e8s satisfaits de la strat\u00e9gie de l’Union en mati\u00e8re d’IA, nous aimerions la voir se d\u00e9velopper plus rapidement. Nous nous int\u00e9ressons aux solutions de cloud qui respectent pleinement les lois, les principes et les valeurs de l’Union. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons fournir de nouveaux services encore plus efficaces que ceux dont nous disposons actuellement.<\/p>\n\n\n\n Je ne dirais pas cela. Ce n’est pas une condition pr\u00e9alable.<\/p>\n\n\n\n Cependant, nous avons une responsabilit\u00e9 : nous collectons l’argent des contribuables et notre objectif, en tant que gouvernements, doit \u00eatre de l’utiliser aussi efficacement que possible. Pour maintenir des d\u00e9mocraties fortes et fonctionnelles, nous devons fournir des services publics efficaces. <\/p>\n\n\n\n La deuxi\u00e8me question est tout aussi claire : en Europe, nous consid\u00e9rons la protection des donn\u00e9es comme une valeur fondamentale.<\/p>\n\n\n\n Nous devons maintenir la confiance de nos citoyens en garantissant une protection solide des donn\u00e9es. Notre approche des libert\u00e9s et de la protection des donn\u00e9es diff\u00e8re de celle de la Chine et des \u00c9tats-Unis. Pr\u00e9server cette diff\u00e9rence est essentiel pour maintenir notre mode de vie d\u00e9mocratique europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Estonie a en effet \u00e9t\u00e9 le premier pays \u00e0 subir une cyberattaque men\u00e9e par un autre pays. La Russie nous a attaqu\u00e9s en 2007. C\u2019\u00e9tait une premi\u00e8re dans l’histoire. <\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, toute l’Europe est victime de cyberattaques \u2014 et la Russie n’est pas la seule \u00e0 nous prendre pour cible. Une guerre hybride est en cours avec des attaques visant les principaux syst\u00e8mes de sant\u00e9 et civils, ainsi que les trains, l’aviation, les installations de chauffage et d’approvisionnement en eau. Cette menace nous touche tous, pas seulement l’Ukraine. <\/p>\n\n\n\n Notre capacit\u00e9 de r\u00e9action s’est \u00e9galement consid\u00e9rablement am\u00e9lior\u00e9e. C\u2019est ce qui explique qu\u2019on en parle, paradoxalement, si peu : puisque la cybers\u00e9curit\u00e9 est efficace lorsqu’elle passe inaper\u00e7ue.<\/p>\n\n\n\n Notre approche des libert\u00e9s et de la protection des donn\u00e9es diff\u00e8re de celle de la Chine et des \u00c9tats-Unis. Pr\u00e9server cette diff\u00e9rence est essentiel pour maintenir notre mode de vie d\u00e9mocratique europ\u00e9en.\u00a0<\/p>Liisa-Ly Pakosta<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans le domaine des technologies militaires, les innovations permises par l\u2019IA sont consid\u00e9rables. <\/p>\n\n\n\n La Russie d\u00e9veloppe sa propre IA souveraine \u2014 et les analyses accessibles au public sugg\u00e8rent qu’elle se concentre fortement sur les applications militaires, de la planification \u00e0 la recherche et au d\u00e9veloppement. <\/p>\n\n\n\n Nous ne pouvons pas vivre dans un monde o\u00f9 seuls ceux qui ont des intentions malveillantes auraient acc\u00e8s aux meilleures technologies. Nous devons \u00e9galement nous prot\u00e9ger avec les meilleures technologies.<\/p>\n\n\n\n En mati\u00e8re de cybers\u00e9curit\u00e9, nous devons absolument renforcer la confiance et la coop\u00e9ration entre les \u00c9tats membres de l’Union. Bien que nous disposions d\u2019une coalition informatique qui soutient l’Ukraine, nous pouvons faire encore plus. <\/p>\n\n\n\n Tout au long de l’histoire de la guerre, la technologie a toujours ajout\u00e9 de nouvelles couches au conflit \u2014 l\u2019air, le cyber… Nous sommes d\u00e9sormais clairement entr\u00e9s dans une nouvelle \u00e8re : les applications potentielles de l’IA dans le domaine militaire sont infinies. Il est tout \u00e0 fait \u00e9vident que nous devons la d\u00e9velopper et y investir. <\/p>\n\n\n\n Cependant, nous ne devons pas devenir totalement d\u00e9pendants de cette technologie. Les m\u00e9thodes de protection plus traditionnelles ne vont pas dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n Si l’on regarde la guerre en Ukraine, on constate une utilisation intensive des drones et de l’IA. Mais des formes tr\u00e8s traditionnelles de guerre sont toujours pr\u00e9sentes. L’Estonie envoie des saunas \u00e0 l’arm\u00e9e ukrainienne pour aider les soldats \u00e0 se d\u00e9tendre entre l\u2019intensit\u00e9 des combats \u2014 exactement comme pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n L’Estonie soutient la taxation et une solution qui \u00e9tablirait un m\u00e9canisme fiscal paneurop\u00e9en pour les grandes entreprises technologiques.<\/p>Liisa-Ly Pakosta<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Nous avons de nombreuses d\u00e9pendances, c\u2019est vrai. Le cloud est d\u2019ailleurs un exemple mais ce n\u2019est pas le seul.<\/p>\n\n\n\n Nous sommes \u00e9galement confront\u00e9s \u00e0 des d\u00e9fis en mati\u00e8re de connexions satellitaires. <\/p>\n\n\n\n L’Union investit actuellement massivement dans la construction de ses propres syst\u00e8mes satellitaires, et certains pays \u2014 comme la France \u2014 sont en avance sur les autres. <\/p>\n\n\n\n Dans l’ensemble, cela signifie que, pour nous prot\u00e9ger, nous devons investir davantage dans la d\u00e9fense, notamment dans l’IA, les satellites, la cybers\u00e9curit\u00e9, les c\u00e2bles de communication s\u00e9curis\u00e9s et bien d’autres domaines. L’Estonie s’appr\u00eate \u00e0 investir plus de 5 % de son PIB et nous voyons d’autres pays augmenter \u00e9galement leurs d\u00e9penses dans ce domaine. C\u2019est un bon d\u00e9but. Mais ces investissements devraient se faire au niveau de l’Union.<\/p>\n\n\n\n La seule fa\u00e7on de vivre en s\u00e9curit\u00e9 et en paix sur cette plan\u00e8te est de vivre selon un ordre mondial fond\u00e9 sur des r\u00e8gles. <\/p>\n\n\n\n Cela vaut pour tout \u2014 jusqu\u2019\u00e0 la question de la fin de la guerre en Ukraine et \u00e0 Gaza. En fin de compte, on en revient toujours au droit international et \u00e0 un syst\u00e8me fond\u00e9 sur des r\u00e8gles.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Il en va de m\u00eame pour l’IA : nous avons besoin de r\u00e8gles claires en mati\u00e8re de coop\u00e9ration, et nous avons besoin que tous les partenaires les respectent. De plus en plus, nous constatons une division manich\u00e9enne entre des acteurs malveillants et d\u2019autres mieux intentionn\u00e9s. Nous devons travailler beaucoup plus \u00e9troitement avec les nations d\u00e9mocratiques qui partagent les libert\u00e9s auxquelles nous accordons de l’importance.<\/p>\n\n\n\n Un ordre mondial fond\u00e9 sur des r\u00e8gles ne devrait jamais \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un risque, car il place les libert\u00e9s et les droits au-dessus des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques \u00e9troits. <\/p>\n\n\n\n L’histoire montre que lorsque l’\u00e9conomie l’emporte sur les libert\u00e9s, l’ordre mondial s’effondre. L\u2019Estonie montre que des r\u00e8gles claires peuvent favoriser l’innovation plut\u00f4t que la limiter. Le RGPD en est un bon exemple : loin de bloquer le progr\u00e8s, il a instaur\u00e9 la confiance en fournissant un cadre dans lequel les gens se sentent en s\u00e9curit\u00e9 pour partager leurs donn\u00e9es, ce qui permet aux gouvernements de d\u00e9velopper de meilleurs services. <\/p>\n\n\n\n Le v\u00e9ritable probl\u00e8me ne r\u00e9side pas tant dans la r\u00e9glementation en elle-m\u00eame que dans l’ambigu\u00eft\u00e9 : la Cour europ\u00e9enne a tranch\u00e9 sur trop de questions diff\u00e9rentes, cr\u00e9ant un climat d\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 pour les entreprises. Si nous voulons que les entreprises innovent et restent rentables, nous avons besoin de r\u00e8gles stables, transparentes et pr\u00e9visibles. L’innovation prosp\u00e8re lorsque le cadre est clair, coh\u00e9rent et \u00e9quitable pour tous, permettant ainsi aux entreprises internationales et aux citoyens de b\u00e9n\u00e9ficier de services num\u00e9riques fiables.<\/p>\n\n\n\nQu’il s’agisse de donn\u00e9es \u2014 sensibles ou non \u2014, d’informations stock\u00e9es sur le cloud ou de mod\u00e8les d’IA qui d\u00e9pendent d’infrastructures physiques, celles-ci ne sont, de fait, pas europ\u00e9ennes. Comment pouvez-vous garantir que l’IA que vous d\u00e9ployez et les donn\u00e9es que vous collectez et analysez ne reposent pas sur des infrastructures qui \u00e9chappent \u00e0 votre contr\u00f4le ?<\/h3>\n\n\n\n
Consid\u00e9rez-vous l’autonomie num\u00e9rique comme une condition pr\u00e9alable \u00e0 l’autonomie politique ?<\/h3>\n\n\n\n
L’Estonie a \u00e9t\u00e9 victime de l’une des premi\u00e8res cyberattaques directement commandit\u00e9es par un \u00c9tat en 2007. Comment cette exp\u00e9rience a-t-elle influenc\u00e9 votre vision de la menace cyber en Europe ? <\/h3>\n\n\n\n
Quelles sont les le\u00e7ons de la guerre d\u2019Ukraine \u00e0 cet \u00e9gard ?<\/h3>\n\n\n\n
La France a r\u00e9cemment annonc\u00e9 la cr\u00e9ation d\u2019un supercalculateur classifi\u00e9 pour d\u00e9velopper une IA militaire qui sera d\u00e9connect\u00e9e du reste de l’Internet. Est-ce la voie \u00e0 suivre ? <\/h3>\n\n\n\n
Les arm\u00e9es europ\u00e9ennes risquent-elles de devenir trop d\u00e9pendantes d\u2019infrastructures d\u00e9velopp\u00e9es \u2014 et contr\u00f4l\u00e9es \u2014 par les \u00c9tats-Unis ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment r\u00e9guler l\u2019IA ?<\/h3>\n\n\n\n
Certains diront que r\u00e9glementer l\u2019IA freinera l\u2019innovation…<\/h3>\n\n\n\n