{"id":295534,"date":"2025-08-29T06:00:00","date_gmt":"2025-08-29T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=295534"},"modified":"2025-09-02T09:45:08","modified_gmt":"2025-09-02T07:45:08","slug":"trump-a-t-il-jete-modi-dans-les-bras-de-xi-jinping-comprendre-le-rapprochement-sino-indien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/08\/29\/trump-a-t-il-jete-modi-dans-les-bras-de-xi-jinping-comprendre-le-rapprochement-sino-indien\/","title":{"rendered":"Trump a-t-il jet\u00e9 Modi dans les bras de Xi Jinping ? Comprendre le rapprochement sino-indien"},"content":{"rendered":"\n
Pour soutenir une r\u00e9daction ind\u00e9pendante, abonnez-vous au Grand Continent \u00e0 partir de 8 euros par mois<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Il y a cinq \u00e9t\u00e9s, les relations sino-indiennes traversaient l\u2019une des pires crises de leur histoire depuis la guerre de 1962 \u2014 qui s\u2019\u00e9tait sold\u00e9e par l\u2019annexion d\u2019une partie du Jammu et Cachemire par la Chine. <\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s des combats au corps \u00e0 corps entre des soldats chinois et indiens qui avaient fait 20 morts parmi ces derniers dans la vall\u00e9e de la Galwan en juin 2020<\/a>, le gouvernement indien soumit tout investissement \u00e9tranger venant d\u2019un pays limitrophe \u00e0 une proc\u00e9dure ad hoc<\/em> \u2014 qui visait en fait la Chine \u2014, r\u00e9duisit drastiquement l\u2019octroi de visas aux visiteurs chinois et interdit pr\u00e8s de 60 applications et sites internet chinois. Les n\u00e9gociations entre les deux arm\u00e9es, gr\u00e2ce auxquelles l\u2019Inde esp\u00e9rait r\u00e9cup\u00e9rer au moins une partie des territoires conquis par les Chinois s\u2019\u00e9ternis\u00e8rent sans donner de r\u00e9sultat.<\/p>\n\n\n\n Cinq ans plus tard, le 18 ao\u00fbt 2025, New Delhi a accueilli le ministre des affaires chinois, Wang Yi, en faisant preuve d\u2019une bonne volont\u00e9 telle vis-\u00e0-vis de P\u00e9kin que les deux parties se sont entendues pour \u00ab reprendre divers m\u00e9canismes officiels de dialogue bilat\u00e9ral et d’\u00e9changes afin de renforcer la coop\u00e9ration \u00bb. Dans la lign\u00e9e de ce rapprochement, Narendra Modi se rendra en Chine \u00e0 partir du 31 ao\u00fbt \u2014 sa premi\u00e8re visite dans le pays depuis 2018 \u2014 pour un sommet de l\u2019Organisation de Coop\u00e9ration de Shangha\u00ef, confirmant la normalisation en cours.<\/p>\n\n\n\n L\u2019attitude indienne a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e de diff\u00e9rentes mani\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n Certains analystes l\u2019ont attribu\u00e9e \u00e0 la politique de Donald Trump <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, qui a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019imposer des droits de douane records \u2014 50 % sur les importations am\u00e9ricaines en provenance de l\u2019Inde<\/a> \u2014 que la Chine a d\u2019ailleurs d\u00e9nonc\u00e9s publiquement. D\u2019autres y ont vu l\u2019expression de la fameuse autonomie strat\u00e9gique indienne consistant, dans une logique h\u00e9rit\u00e9e du non-alignement \u2014 depuis rebaptis\u00e9e \u00ab plurilat\u00e9ralisme \u00bb \u2014 d\u2019entretenir des relations avec un maximum de partenaires en ne prenant jamais le parti d\u2019aucun \u2014 en tout cas, pas au point de devenir un alli\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Ces interpr\u00e9tations rec\u00e8lent bien s\u00fbr une part de v\u00e9rit\u00e9. Mais elles me semblent n\u00e9gliger un facteur essentiel : c’est la d\u00e9pendance de l\u2019Inde vis-\u00e0-vis de la Chine qui l\u2019am\u00e8ne aujourd\u2019hui \u00e0 subir la domination chinoise \u2014 quitte \u00e0 ali\u00e9ner une partie de son autonomie strat\u00e9gique \u2014 plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 v\u00e9ritablement jouer P\u00e9kin contre Washington.<\/p>\n\n\n\n La normalisation des relations sino-indiennes en cours s\u2019op\u00e8re en effet alors qu\u2019au plan g\u00e9ostrat\u00e9gique, l\u2019Inde n\u2019a pas obtenu gain de cause dans les n\u00e9gociations post-Galwan.<\/p>\n\n\n\n En d\u00e9pit de 17 cycles de discussion entre les repr\u00e9sentants de l\u2019arm\u00e9e indienne et de l\u2019Arm\u00e9e populaire de lib\u00e9ration, les Chinois n\u2019ont gu\u00e8re fait plus que conc\u00e9der aux Indiens de pouvoir \u00e0 nouveau patrouiller \u2014 avec eux \u2014 dans les secteurs de Demchok et de Depsang <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Des observateurs avertis se fiant aux images satellites maintiennent que l\u2019arm\u00e9e chinoise occupe encore 2000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s de territoire indien \u2014 y compris dans la vall\u00e9e de la Galwan.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, en octobre 2024, le minist\u00e8re indien des Affaires \u00e9trang\u00e8res avait annonc\u00e9 la conclusion d\u2019un accord entre l\u2019Inde et la Chine, qui permettait aux Indiens, pour reprendre les termes de Jaishankar, de \u00ab patrouiller, comme nous le faisions jusqu\u2019en 2020 \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le ministre concluait : \u00ab nous pouvons donc affirmer que le d\u00e9sengagement [militaire] avec la Chine est d\u00e9sormais achev\u00e9. \u00bb Il fut contredit d\u00e8s le lendemain par le chef de l\u2019arm\u00e9e, le g\u00e9n\u00e9ral Dwivedi, selon lequel le d\u00e9sengagement ne serait complet qu\u2019une fois restaur\u00e9e la situation ant\u00e9rieure aux combats de 2020 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Bien des experts \u2014 sur la base d\u2019informations remontant du terrain et d\u2019images satellites \u2014 consid\u00e9r\u00e8rent \u00e0 ce moment-l\u00e0 que le retour au statu quo ante<\/em> n\u2019\u00e9tait pas imminent et que New Delhi pr\u00e9tendait le contraire afin de faire comme si les relations entre l\u2019Inde et la Chine \u00e9taient en voie de normalisation <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il y avait alors une certaine urgence \u00e0 accr\u00e9diter qu\u2019il en \u00e9tait ainsi \u00e9tant donn\u00e9 que Narendra Modi devait rencontrer Xi Jinping \u00e0 Kazan pour le Sommet des BRICS<\/a> quelques jours plus tard et qu\u2019il souhaitait visiblement enterrer la hache de guerre. <\/p>\n\n\n\n\n\n On a observ\u00e9 un sc\u00e9nario analogue lors des hostilit\u00e9s qui ont oppos\u00e9 l\u2019Inde et le Pakistan au mois de mai dernier. <\/p>\n\n\n\n Au moment o\u00f9 l\u2019attentat terroriste du 22 avril, qui avait co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 26 Indiens \u00e0 Pahalgam (Jammu et Cachemire), a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 par New Delhi \u00e0 des groupes pakistanais et que la probabilit\u00e9 de repr\u00e9sailles indiennes a augment\u00e9, Wang Yi, le Ministre chinois des Affaires \u00e9trang\u00e8res, a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab En tant qu’ami ind\u00e9fectible et partenaire strat\u00e9gique poursuivant une coop\u00e9ration en toutes circonstances, la Chine comprend parfaitement les pr\u00e9occupations l\u00e9gitimes du Pakistan en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 et soutient ce pays dans la sauvegarde de sa souverainet\u00e9 et de ses int\u00e9r\u00eats s\u00e9curitaires. \u00bb <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n C’est la d\u00e9pendance de l\u2019Inde vis-\u00e0-vis de la Chine qui l\u2019am\u00e8ne aujourd\u2019hui \u00e0 subir la domination chinoise plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 v\u00e9ritablement jouer P\u00e9kin contre Washington.<\/p>Christophe Jaffrelot<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n C\u2019\u00e9tait une d\u00e9claration particuli\u00e8rement forte : jamais encore, lors d\u2019un conflit entre l\u2019Inde et le Pakistan, P\u00e9kin n\u2019avait ainsi pris le parti de ce dernier. Se faisant l\u2019\u00e9cho d\u2019Islamabad, Wang Yi demanda m\u00eame aux Indiens d\u2019accepter que soit conduite \u00ab une enqu\u00eate juste et rapide \u00bb pour identifier les responsables de l\u2019attentat \u2014 ce qui revenait \u00e0 mettre en doute l\u2019implication pakistanaise.<\/p>\n\n\n\n Au cours du conflit, la Chine aurait, d\u2019apr\u00e8s des sources indiennes, aid\u00e9 le Pakistan en termes de d\u00e9fense a\u00e9rienne en lui procurant des images satellites <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le chef d’\u00e9tat-major adjoint indien, le lieutenant g\u00e9n\u00e9ral Rahul R. Singh confirma que le Pakistan \u00ab recevait des informations en temps r\u00e9el de la Chine \u00bb pendant les combats <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Quant aux armes utilis\u00e9es par les Pakistanais, elles \u00e9taient pour l\u2019essentiel chinoises \u2014 comme du reste 80 % de l\u2019arsenal du pays. Trois d\u2019entre elles ont jou\u00e9 un r\u00f4le important : le missile PL-15 d\u2019une port\u00e9e de 200 kilom\u00e8tres qui aurait permis aux Pakistanais de d\u00e9truire un Rafale de l\u2019IAF <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>, l\u2019avion de chasse J-10 C \u2014 qui transportait ce vecteur \u2014 et le syst\u00e8me de d\u00e9fense anti-a\u00e9rienne HQ-9 <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s que les armes se sont tues, lorsque l\u2019Inde \u2014 qui venait de d\u00e9noncer le Trait\u00e9 de l\u2019Indus juste apr\u00e8s l’attentat de Pahalgam \u2014 a fait savoir qu\u2019elle pourrait d\u00e9sormais priver le Pakistan d\u2019une partie de l\u2019eau auquel ce trait\u00e9 lui donnait droit, la Chine a laiss\u00e9 entendre qu\u2019elle pourrait, elle aussi, priver l\u2019Inde de l\u2019eau du Brahmapoutre <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Peu avant, \u00e0 peine les op\u00e9rations militaires termin\u00e9es, le ministre pakistanais des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Ishaq Dar, s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 P\u00e9kin pour rencontrer son homologue <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Inde \u2014 dont le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Jaishankar, avait d\u00e9clar\u00e9 le 10 avril que les relations entre l\u2019Inde et la Chine \u00ab \u00e9taient bien meilleures qu\u2019avant \u00bb <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u2014, n\u2019\u00e9mit alors aucune protestation visant P\u00e9kin ni pendant, ni apr\u00e8s les hostilit\u00e9s. Le gouvernement indien dans son ensemble resta muet sur ce point. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est dans ce contexte que Jaishankar s\u2019est rendu dans la capitale chinoise en juillet 2025 pour rencontrer le vice-pr\u00e9sident Han Zheng. \u00c0 peine arriv\u00e9, il s\u2019est f\u00e9licit\u00e9, sur les r\u00e9seaux sociaux de \u00ab l’am\u00e9lioration de nos relations bilat\u00e9rales. Et j’ai exprim\u00e9 ma confiance dans le fait que les discussions men\u00e9es au cours de ma visite maintiendront cette trajectoire positive. \u00bb <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Comment expliquer cette bonne volont\u00e9 et ce d\u00e9sir de normalisation ? <\/p>\n\n\n\n Certes, le d\u00e9s\u00e9quilibre des forces en pr\u00e9sence au plan militaire est d\u00e9sormais tr\u00e8s grand. L\u2019Inde ne peut gu\u00e8re rivaliser avec la Chine sur le front des missiles et de la d\u00e9fense anti-missile \u2014 qui est devenue une composante d\u00e9cisive de la guerre moderne \u2014 puisqu\u2019elle ne poss\u00e8de que deux batteries de S-400 et devrait en recevoir trois autres \u00e0 court terme <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span> alors que la Chine en d\u00e9tient une demi-douzaine, auxquelles s\u2019ajoutent trois HQ-9 \u2014 l\u2019\u00e9quivalent des S-300 voire des S-400 <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n Sur la mer, le contraste entre l\u2019Inde et la Chine est m\u00eame plus prononc\u00e9, la seconde ayant davantage encore investi dans ce domaine pour se doter d\u2019une Blue Navy. Si l\u2019Inde ne poss\u00e8de que 16 sous-marins (dont deux \u00e0 propulsion nucl\u00e9aire), la Chine en d\u00e9tient 65, dont 12 \u00e0 propulsion nucl\u00e9aire <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n Dans les airs, la sup\u00e9riorit\u00e9 chinoise est assur\u00e9e par le nombre d\u2019appareils pouvant d\u00e9coller depuis un porte-avions \u2014 60 \u00e0 70 J-15 contre 45 MiG-29K \u2014 et par celui des Multi-Role Combat Aircrafts, des avions de quatri\u00e8me ou de cinqui\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. Car si l\u2019Inde poss\u00e8de 36 Rafales, la Chine compte 200 J-20 <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Si ce d\u00e9s\u00e9quilibre peut justifier que l\u2019Inde adopte un profil bas face \u00e0 la Chine, pourquoi est-elle \u00e0 ce point d\u00e9sireuse de normaliser les relations depuis l\u2019an dernier ?<\/p>\n\n\n\n Certains responsables indiens ont commenc\u00e9 \u00e0 pr\u00f4ner un changement de politique vis-\u00e0-vis de la Chine alors m\u00eame que le gouvernement de New Delhi critiquait la lenteur avec laquelle l\u2019Arm\u00e9e populaire de Lib\u00e9ration n\u00e9gociait son retrait avec l\u2019\u00e9tat-major indien et que les tensions restaient fortes dans l\u2019Himalaya <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Des signes d\u2019ouverture \u00e9conomique se sont manifest\u00e9s d\u00e8s le premier semestre 2024 <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En juillet de cette ann\u00e9e-l\u00e0, la livraison annuelle du Economic Survey<\/em> fut l\u2019occasion d\u2019un d\u00e9bat tr\u00e8s intense. Ce document officiel du gouvernement indien qui est rendu public avant le vote du budget affirmait notamment que les investissements \u00e9trangers \u00ab depuis la Chine [pouvaient contribuer] \u00e0 l\u2019int\u00e9gration de l\u2019Inde dans la cha\u00eene de valeur mondiale tout en stimulant les exportations \u00bb <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span> et expliquait qu\u2019une plus grande exposition aux investissements chinois \u00ab [semblait] plus prometteur pour stimuler les exportations indiennes vers les \u00c9tats-Unis, comme les \u00e9conomies est asiatiques le faisaient par le pass\u00e9 \u00bb avant d\u2019ajouter : <\/p>\n\n\n\n \u00ab Alors que les \u00c9tats-Unis et l’Europe d\u00e9localisent leurs approvisionnements imm\u00e9diats hors de Chine [dans une logique de decoupling et de delinking], il est plus rentable que les entreprises chinoises investissent en Inde puis exportent leurs produits vers ces march\u00e9s, plut\u00f4t que d’importer depuis la Chine, d’ajouter une valeur minimale, puis de les r\u00e9exporter. \u00bb <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n Si le principal conseiller \u00e9conomique du gouvernement Modi, V. Anantha Nageswaran, \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine de ces recommandations, il ne pouvait le faire sans l\u2019accord de la ministre des finances, Nirmala Sitharaman qui s\u2019inqui\u00e9tait publiquement de la baisse des investissements \u00e9trangers en Inde <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Apr\u00e8s un d\u00e9clin tendanciel \u2014 plus que lin\u00e9aire \u2014 la part des IDE r\u00e9alis\u00e9s en Inde, qui avait culmin\u00e9 \u00e0 3,50 % du PIB en 2008-09, est retomb\u00e9e \u00e0 1,25 % en 2022-23 <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C\u2019est que, comme l\u2019expliquait Alicia Garcia-Herrero<\/a>, \u00ab les \u00c9tats-Unis et l’Europe h\u00e9sitent quelque peu \u00e0 investir dans le secteur manufacturier indien, la plupart des investissements \u00e9trangers ayant \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s au secteur des technologies de l’information et de la communication, tels que les services num\u00e9riques \u00bb <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n\n\n La faiblesse des investissements \u00e9trangers en Inde a sonn\u00e9 le glas du programme Make in India<\/em> qui avait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 \u00e0 grand renfort de publicit\u00e9 par Narendra Modi d\u00e8s le lendemain de son accession au pouvoir. Or muscler l\u2019industrie indienne constitue une priorit\u00e9 absolue pour cr\u00e9er les emplois dont la jeunesse a tant besoin. Le ch\u00f4mage des jeunes constitue l\u2019un des principaux d\u00e9fis du pouvoir actuel <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n L’Economic survey<\/em> de 2024 ouvrait une double perspective qui pourrait circonvenir les r\u00e9serves des leaders du BJP \u2014 dont Piyush Goyal, le ministre du commerce \u2014 qu\u2019un afflux d\u2019investissements chinois rendaient nerveux : \u00ab Pour stimuler l’industrie manufacturi\u00e8re indienne et connecter l’Inde \u00e0 la cha\u00eene d’approvisionnement mondiale, il est in\u00e9vitable que l’Inde s’int\u00e8gre dans la cha\u00eene d’approvisionnement chinoise. Que nous le fassions en nous appuyant uniquement sur les importations ou en partie gr\u00e2ce aux investissements chinois est un choix que l’Inde doit faire<\/em>. \u00bb <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n Les m\u00e9dias chinois ont d\u00e9duit des \u00e9changes entre les deux parties que, pour les Indiens, Ta\u00efwan faisait d\u00e9sormais partie de la Chine \u2014 ce que les autorit\u00e9s indiennes n\u2019ont pas d\u00e9menti.<\/p>Christophe Jaffrelot<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La voie privil\u00e9gi\u00e9e est d\u2019abord pass\u00e9e par le commerce, qui avait la pr\u00e9f\u00e9rence de Goyal. Mais cette politique favorisait aussi les investissements directs \u00e9trangers : en ramenant \u00e0 z\u00e9ro les droits de douanes sur les importations de lithium, de nickel, de cobalt et de vanadium, l\u2019Inde a ainsi invit\u00e9 les fabricants chinois de batteries \u2014 l\u2019un des domaines o\u00f9 l\u2019Inde accuse un grand retard \u2014 \u00e0 nouer des liens avec des partenaires indiens pour les produire dans le pays. La r\u00e9duction des droits de douane sur les composants de t\u00e9l\u00e9phones mobiles de 20 \u00e0 15 % a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re <\/span>28<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n En r\u00e9ponse, les diplomates chinois ont chang\u00e9 de ton.<\/p>\n\n\n\n L\u2019ambassadeur de Chine en Inde multiplie les signes d\u2019ouverture depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 2024. Il s\u2019est ainsi dit favorable \u00e0 l\u2019augmentation des investissements indiens en Chine et \u00e0 une relance de la coop\u00e9ration scientifique et technologique entre les deux pays \u2014 tout en esp\u00e9rant que \u00ab la partie indienne pourra offrir un environnement commercial sain aux entreprises chinoises en Inde \u00bb <\/span>29<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n Finalement, au printemps 2025, l\u2019Inde est revenue sur la politique qu\u2019elle avait mise en place en 2020 et annonc\u00e9 que les projets d\u2019investissements chinois, qui \u00e9taient donc les bienvenus, seraient d\u00e9sormais examin\u00e9s plus rapidement par le comit\u00e9 interminist\u00e9riel charg\u00e9 du dossier <\/span>30<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n La bonne volont\u00e9 que l\u2019Inde a manifest\u00e9e vis-\u00e0-vis de la Chine sur le front de son ouverture aux investissements chinois \u2014 et au-del\u00e0, plus r\u00e9cemment, au plan diplomatique \u2014 est surtout le reflet d’une d\u00e9pendance industrielle. <\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e9conomie indienne est en effet de plus en plus tributaire d\u2019importations chinoises. <\/p>\n\n\n\n En 2024, avec 118 milliards de dollars d\u2019\u00e9changes de marchandises, la Chine est redevenue le premier partenaire commercial de l\u2019Inde, supplantant les \u00c9tats-Unis, qui l\u2019avaient d\u00e9pass\u00e9e peu avant. Dans le m\u00eame temps, le d\u00e9ficit commercial de l\u2019Inde vis-\u00e0-vis de la Chine s\u2019est creus\u00e9 de fa\u00e7on continue de telle sorte qu\u2019il a bondi de 46 milliards de dollars en 2019-20 \u00e0 85 milliards de dollars en 2023-24 et \u00e0 99,2 en 2024-25. Les exportations indiennes \u2014 d\u2019une valeur d\u2019\u00e0 peine 15 milliards de dollars en 2024-25, soit moins qu\u2019en 2018-19 \u2014 se composent pour l\u2019essentiel de mati\u00e8res premi\u00e8res \u2014 dont du minerai de fer \u2014 et du p\u00e9trole raffin\u00e9, tandis que les exportations chinoises vers l\u2019Inde, d\u2019un montant de plus de 124 milliards de dollars \u2014 contre 70,3 en 2019 \u2014 sont constitu\u00e9es, pour l\u2019essentiel de produits manufactur\u00e9s \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse de machines-outils, d\u2019ordinateurs, de chimie organique, de circuits int\u00e9gr\u00e9s ou de plasturgie <\/span>31<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019industrie indienne subit d\u2019autant plus la concurrence de la Chine qu\u2019elle souffre d\u2019un d\u00e9ficit de comp\u00e9titivit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Si les importations indiennes en provenance de Chine ont cru 2,3 fois plus vite que les importations indiennes en g\u00e9n\u00e9ral entre 2005-2006 \u2014 ann\u00e9e o\u00f9 l\u2019Inde d\u00e9gageait encore un exc\u00e9dent de son commerce avec la Chine \u2014 et 2023-2024, la part des biens industriels import\u00e9s de Chine par l\u2019Inde est pass\u00e9e de 21 \u00e0 30 % du total des biens industriels import\u00e9s par l\u2019Inde sur la p\u00e9riode <\/span>32<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La composition des importations indiennes en provenance de Chine est tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9latrice : les produits finis ne repr\u00e9sentent que 6,8 % du total des importations indiennes de produits industriels en provenance de Chine l\u00e0 o\u00f9 les biens interm\u00e9diaires et les biens de production y entrent \u00e0 hauteur de, respectivement, 70,9 % et 22,3 % en 2023-24 <\/span>33<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019industrie indienne a besoin de ces biens chinois pour assurer sa propre production, qu\u2019il s\u2019agisse de pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es \u00e9lectroniques, \u00e9lectriques ou automobiles, de principes actifs pour les fabricants de m\u00e9dicaments et de vaccins, ou d\u2019ordinateurs \u2014 qui sont class\u00e9s parmi les biens de production lorsqu\u2019ils ont un usage professionnel <\/span>34<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette situation explique que plus l\u2019Inde exporte, plus elle importe aussi pour disposer des composants lui permettant d\u2019assembler les smartphones, les voitures ou les m\u00e9dicaments qu\u2019elle vend au reste du monde \u2014 en Europe et aux \u00c9tats-Unis pour l\u2019essentiel.<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e9lectronique constitue un cas d\u2019\u00e9cole, surtout depuis l\u2019ouverture par Foxconn de l\u2019usine de Sunguvarchatram, au c\u0153ur du corridor industriel entre Chennai et Bengalore \u00e0 grand renfort de publicit\u00e9 <\/span>35<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Les smartphones repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui la moiti\u00e9 des exportations de produits \u00e9lectroniques fabriqu\u00e9s en Inde \u2014 les iPhone comptant pour 70 % dans ce total <\/span>36<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais une part tr\u00e8s importante des composants impliqu\u00e9s dans la fabrication des smartphones est import\u00e9e de Chine, faute de fournisseurs locaux suffisamment performants \u2014 cette part est de 95 % pour certains iPhone. <\/p>\n\n\n\n Ainsi, 70 % des composants \u00e9lectroniques import\u00e9s par l\u2019Inde viennent de Chine <\/span>37<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Du coup, avec 32,15 milliards de dollars, les importations de produits \u00e9lectroniques et d\u2019\u00e9quipements \u00e9lectriques repr\u00e9sentaient en 2023 le premier poste des achats de New Delhi \u00e0 P\u00e9kin <\/span>38<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En 2021, les ordinateurs portables import\u00e9s de Chine repr\u00e9sentaient \u00e0 eux seuls 4,35 milliards de dollars <\/span>39<\/sup><\/a><\/span><\/span> et lorsqu\u2019en ao\u00fbt 2023 le gouvernement indien a essay\u00e9 \u00ab d\u2019instaurer des contr\u00f4les sur les licences d’importation d’ordinateurs portables et d’appareils informatiques personnels dans l’espoir d’endiguer l’afflux de technologies chinoises \u00bb, les groupes industriels indiens l’ont contraint d\u2019abandonner <\/span>Chine, Inde, Pakistan : de l\u2019art d\u2019avaler des couleuvres <\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n De quoi la d\u00e9pendance \u00e9conomique indienne est-elle le nom ?<\/h2>\n\n\n\n
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