{"id":295102,"date":"2025-08-29T09:00:00","date_gmt":"2025-08-29T07:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=295102"},"modified":"2025-08-29T10:36:40","modified_gmt":"2025-08-29T08:36:40","slug":"nouveau-consensus-europeen-contretemps-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/08\/29\/nouveau-consensus-europeen-contretemps-francais\/","title":{"rendered":"Le Nouveau Consensus europ\u00e9en et le contretemps fran\u00e7ais"},"content":{"rendered":"\n

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\u00ab Il sera toujours trop tard. Heureusement !<\/em> \u00bb
Albert Camus<\/p>\n\n\n\n

Notre point de d\u00e9part tient en quelques mots : vingt ans trop t\u00f4t en Europe, vingt ans trop tard en France <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le mod\u00e8le d\u2019\u00c9tat strat\u00e8ge et de politique industrielle forte, promu de longue date par les gouvernements fran\u00e7ais successifs au sein d\u2019une Europe pens\u00e9e autour du libre-\u00e9change et de la paix, est devenu l\u2019horizon de travail de pays europ\u00e9ens bouscul\u00e9s par la pand\u00e9mie, la guerre en Ukraine, la deuxi\u00e8me pr\u00e9sidence Trump et la strat\u00e9gie de pr\u00e9dation industrielle chinoise. Mais si nos voisins et l\u2019Union europ\u00e9enne elle-m\u00eame peuvent envisager une telle bascule politique, c\u2019est qu\u2019ils ont men\u00e9, depuis trente ans, les r\u00e9formes structurelles et les r\u00e9orientations budg\u00e9taires n\u00e9cessaires au financement de leur industrie et de leur d\u00e9fense. <\/p>\n\n\n\n

Notre pays est ainsi \u00e0 l\u2019origine d\u2019une politique \u00e9conomique qui fait aujourd\u2019hui consensus en Europe mais qu\u2019il ne peut plus poursuivre faute d\u2019avoir agi \u00e0 temps. En appelant \u00e0 la fin de la na\u00efvet\u00e9 europ\u00e9enne, la France a eu raison vingt ans avant ses partenaires, c\u2019est-\u00e0-dire trop t\u00f4t ; en n\u2019adoptant pas leur gestion raisonnable de ses finances publiques, elle prend conscience trop tard que les choix d\u2019aujourd\u2019hui se pr\u00e9paraient il y a vingt ans. R\u00e9sultat de cette politique \u00e0 contretemps : nous regardons avec envie une Allemagne qui annonce des centaines de milliards d\u2019euros d\u2019investissement dans ses arm\u00e9es et ses infrastructures, et une Union europ\u00e9enne qui \u00e9volue, \u00e0 pas compt\u00e9s, sur les positions fran\u00e7aises historiques, sans que nous ne puissions y prendre, nous aussi, une part active. <\/p>\n\n\n\n

Notre parti pris tient ainsi \u00e9galement en quelques mots : maintenant que l\u2019Europe \u00ab francise \u00bb sa politique strat\u00e9gique et industrielle, la France doit \u00ab europ\u00e9aniser \u00bb sa politique \u00e9conomique et budg\u00e9taire. S\u2019il n\u2019y a jamais eu d’exceptionnalisme \u00e9conomique fran\u00e7ais, celui-ci joue d\u00e9sormais contre l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique du pays : admettons que nos voisins peuvent servir d\u2019exemples qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019affronter le d\u00e9fi de finances publiques d\u00e9grad\u00e9es, comme au Portugal, ou celui de la r\u00e9novation de son mod\u00e8le social, comme au Danemark. <\/p>\n\n\n\n

En croisant les travaux r\u00e9cents de la recherche et les bonnes pratiques de nos partenaires europ\u00e9ens, cette pi\u00e8ce de doctrine entend ouvrir une voie pour faire passer notre pays d\u2019une \u00e9conomie de rattrapage \u00e0 une \u00e9conomie d\u2019innovation, et contribuer ainsi utilement au d\u00e9bat public \u00e9conomique. Apr\u00e8s tout, s\u2019il est trop tard pour \u00eatre en avance, il ne l\u2019est pas pour agir.<\/p>\n\n\n\n

Vingt ans d\u2019alerte <\/h3>\n\n\n\n

Les constats sont connus depuis le tournant des ann\u00e9es 2000, qui furent lanc\u00e9es par le passage \u00e0 l\u2019euro et l\u2019accession de la Chine \u00e0 l\u2019OMC. Ce n\u2019est pas \u00e0 dire que la France n\u2019est pas, ou ne se pense pas, en crise depuis bien avant cette p\u00e9riode. Mais les bornes d\u2019analyse de notre situation \u00e9conomique \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en place. Consid\u00e9rons ainsi quelques-uns des principaux rapports publi\u00e9s ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, et qui ont rythm\u00e9 le d\u00e9bat public fran\u00e7ais. <\/p>\n\n\n\n

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\u00ab Nous sommes subrepticement engag\u00e9s dans un processus de d\u00e9crochage qui peut nous conduire, si rien n\u2019est fait, \u00e0 une situation, \u00e0 terme d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, difficilement r\u00e9versible. Les raisons [\u2026] r\u00e9sultent de nos choix collectifs et de politiques conduites depuis des d\u00e9cennies, beaucoup plus que d\u2019une contrainte ext\u00e9rieure que nous sommes souvent tent\u00e9s de retenir comme seule explication de nos maux.<\/em> \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n

Anticipant (\u00e0 juste titre) une croissance qui glisserait sans r\u00e9forme de 2 % \u00e0 1 % en moyenne en l\u2019espace de 10 ans, le premier rapport Camdessus de 2004 appelait ainsi \u00e0 mettre fin au \u00ab d\u00e9ficit de travail \u00bb et \u00e0 \u00ab l\u2019inefficacit\u00e9 financi\u00e8re de la sph\u00e8re publique \u00bb par un vaste ensemble de r\u00e9formes : la cr\u00e9ation d’un pacte de stabilit\u00e9 avec les collectivit\u00e9s locales, l\u2019autonomie des universit\u00e9s la limitation du nombre de minist\u00e8res \u00e0 15, la cr\u00e9ation de p\u00f4les de recherche forts, l\u2019autorisation sans restriction du cumul d\u2019un emploi r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 et de la retraite, etc.<\/p>\n\n\n\n

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\u00ab En 2005, avec environ 1 117 milliards d’euros de dette (pr\u00e8s de 66  % du PIB), la seule dette financi\u00e8re de la France n\u2019a cess\u00e9 d\u2019augmenter depuis 25 ans. [\u2026] Un objectif devrait d\u00e9sormais nous guider : remettre en ordre nos finances publiques en cinq ans, en r\u00e9orientant r\u00e9solument nos d\u00e9penses vers les secteurs les plus utiles \u00e0 la croissance, \u00e0 la pr\u00e9paration de notre avenir et \u00e0 la coh\u00e9sion sociale<\/em>. \u00bb  <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n

Le rapport P\u00e9bereau de 2005 recommandait ainsi le retour \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire en 5 ans, par un gel des d\u00e9penses publiques et des dotations de l\u2019\u00c9tat aux collectivit\u00e9s territoriales, des r\u00e9formes des retraites, une revue exhaustive des d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat, et une \u00e9valuation sous trois ans de chaque texte adopt\u00e9 \u2014 et sa suspension en l\u2019absence de r\u00e9sultats. Il pointait \u00e9galement les conventions comptables relatives aux retraites des agents publics, par lesquelles des centaines de milliards d\u2019euros de compensations aux pensions vers\u00e9es sont pr\u00e9sent\u00e9es comme des d\u00e9penses aujourd\u2019hui<\/em> de personnel de sant\u00e9, d\u2019\u00e9ducation, de d\u00e9fense, etc.<\/p>\n\n\n\n

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\u00ab Une double conviction : d\u2019une part, les Fran\u00e7ais ont les moyens de retrouver la voie d\u2019une croissance forte, financi\u00e8rement saine, socialement juste et \u00e9cologiquement positive. D\u2019autre part, tout ce qui ne sera pas entrepris d\u00e8s maintenant ne pourra bient\u00f4t plus l\u2019\u00eatre [\u2026] Au total, 316 d\u00e9cisions, qui constituent autant de r\u00e9formes majeures, devront \u00eatre mises en \u0153uvre. Toutes sont critiques pour le succ\u00e8s de l\u2019ensemble \u00bb<\/em>. <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n

Parmi les 316 propositions du premier rapport Attali de 2008, retenons \u00e0 titre d\u2019exemples la suppression du d\u00e9partement, la lib\u00e9ralisation des secteurs r\u00e9glement\u00e9s, la cr\u00e9ation de dix grands p\u00f4les universitaires d\u2019excellence, la r\u00e9vision du principe de pr\u00e9caution, la mise en place d\u2019une flexis\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la fran\u00e7aise, ou la r\u00e9duction de 1 point de PIB par an des d\u00e9penses publiques.<\/p>\n\n\n\n

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\u00ab La crise \u00e9conomique que traverse notre pays est certes une crise mondiale, mais elle affecte d\u2019autant plus fortement nos finances publiques qu\u2019elles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9es par plus de trente ann\u00e9es de d\u00e9ficit ininterrompu [\u2026] Nul ne doute que de tels objectifs [de consolidation budg\u00e9taire] vont requ\u00e9rir des changements d\u2019habitudes, une discipline plus ferme et des efforts pers\u00e9v\u00e9rants sur une longue p\u00e9riode. \u00bb\u200b<\/em> <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n

Le second rapport Camdessus de 2010 appelait ainsi <\/strong>\u00e0 mettre en place une gestion pluriannuelle des finances publiques, avec un plafond du niveau des d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat et de la S\u00e9curit\u00e9 sociale, et le plancher des recettes de l\u2019\u00c9tat et de la S\u00e9curit\u00e9 sociale.<\/p>\n\n\n\n

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\u00ab La France se trouve dans une situation tr\u00e8s difficile : comp\u00e9titivit\u00e9 en baisse ; difficult\u00e9 \u00e0 retenir jeunes, chercheurs et entrepreneurs ; dette, ch\u00f4mage et pr\u00e9carit\u00e9 [\u2026] La France est capable d\u2019atteindre une croissance \u00e9conomique moyenne d\u2019au moins 2,5 % du PIB chaque ann\u00e9e \u00e0 l\u2019horizon 2020. Cela suppose des gains de productivit\u00e9 de 2 % par an et se traduira par une r\u00e9duction du ch\u00f4mage structurel \u00e0 4,5 % de la population active. L\u2019exp\u00e9rience engag\u00e9e par plusieurs de nos voisins montre que cela est possible<\/em>. \u00bb\u200b <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n

De ce second rapport Attali de 2012 se d\u00e9gagent l\u2019urgence d\u2019un plan d\u2019\u00e9conomies de 75 milliards d\u2019euros en 3 ans, l\u2019\u00e9valuation des politiques publiques, la cr\u00e9ation d\u2019agences pour la mise en \u0153uvre des politiques sociales, le lancement d\u2019eurobonds, le remplacement d\u2019une partie des cotisations sociales par de la TVA, ou l\u2019autonomie des universit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

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\u00ab Tous les indicateurs le confirment : la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019industrie fran\u00e7aise r\u00e9gresse depuis 10 ans et le mouvement semble s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer. La diminution du poids de l\u2019industrie dans le PIB fran\u00e7ais est plus rapide que dans presque tous les autres pays europ\u00e9ens. [\u2026] Pour reconqu\u00e9rir sa comp\u00e9titivit\u00e9, la France devra accomplir des efforts, manifester une grande pers\u00e9v\u00e9rance dans l\u2019action<\/em>. \u00bb <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n

Le rapport Gallois de 2012 recommandait un environnement fiscal et r\u00e9glementaire stabilis\u00e9, un choc de comp\u00e9titivit\u00e9 de 30 milliards d\u2019euros en transf\u00e9rant une partie des charges sociales vers la fiscalit\u00e9 et la r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques, la sanctuarisation du budget de la recherche, et la priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la formation de la main d\u2019\u0153uvre fran\u00e7aise, en doublant le nombre d\u2019alternants et en cr\u00e9ant un compte individuel de formation.<\/p>\n\n\n\n

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Des rapports de m\u00eame nature ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s tout au long des ann\u00e9es 2010 \u2014 jusqu\u2019\u00e0 celui de la \u00ab Commission pour l\u2019avenir des finances publiques \u00bb de Jean Arthuis en 2021. Si certaines de leurs recommandations ont \u00e9t\u00e9 prises en compte par les gouvernements successifs, force est de constater que les actions les plus structurelles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 men\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

R\u00e9sultat, m\u00eame au regard du d\u00e9crochage g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Europe vis-\u00e0-vis des \u00c9tats-Unis, la France se singularise depuis vingt ans :<\/p>\n\n\n\n