{"id":292305,"date":"2025-08-12T06:40:00","date_gmt":"2025-08-12T04:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=292305"},"modified":"2025-08-21T18:49:24","modified_gmt":"2025-08-21T16:49:24","slug":"lyon-grand-tour-fabrice-arfi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/08\/12\/lyon-grand-tour-fabrice-arfi\/","title":{"rendered":"\u00ab \u00c0 une \u00e9poque, Lyon \u00e9tait surnomm\u00e9 Chicago-sur-Rh\u00f4ne \u00bb, Grand Tour avec Fabrice Arfi"},"content":{"rendered":"\n

Notre s\u00e9rie <\/i>Grand Tour<\/a> continue. <\/em>Apr\u00e8s <\/i>Nikos Aliagas<\/em><\/a> sur Missolonghi, <\/em>Fran\u00e7oise Nyssen<\/em><\/a> sur Arles, <\/em>G\u00e9rard Araud<\/em><\/a> sur Hydra, <\/em>\u00c9douard Louis<\/em><\/a> sur Ath\u00e8nes, <\/em>Anne-Claire Coudray<\/em><\/a> sur Rio,<\/em> Edoardo Nesi<\/em><\/a> sur Forte dei Marmi,<\/em> Helen Thompson<\/em><\/a> sur Naples,<\/em> Pierre Assouline<\/em><\/a> sur la Corse, Denis Crouzet et \u00c9lisabeth Crouzet-Pavan<\/a> sur Venise ou Carla Sozzani<\/a> sur Milan, Edwy Plenel<\/a> sur la Martinique, Mazarine Mitterrand Pingeot<\/a> sur La Charit\u00e9-sur-Loire et Jean-Pierre Dupuy<\/a> sur la Californie, H\u00e9l\u00e8ne Landemore<\/a> sur l’Islande, Jean-Christophe Rufin<\/a> sur l’Albanie, Bruno Patino<\/a> sur Strasbourg, Fabrice Arfi nous fait voyager dans le temps et nous transporte dans le Lyon des brumes et des polars.<\/em><\/p>\n\n\n\n

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Vous avez choisi de nous parler de Lyon, une ville que vous avez quitt\u00e9e en 2008 pour rejoindre Paris et le lancement de Mediapart. Pourquoi, aujourd’hui encore, teniez-vous \u00e0 parler de Lyon ?<\/h3>\n\n\n\n

Je ne sais pas \u00e0 quel point on appartient \u00e0 sa ville de naissance et \u00e0 son histoire. J’ai choisi de parler de Lyon parce que c’est le th\u00e9\u00e2tre de mon enfance et de mes premi\u00e8res ann\u00e9es professionnelles, mais aussi parce que c’est un personnage de mon dernier livre, La troisi\u00e8me vie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

J’ai une relation ambivalente avec Lyon. C’est une ville que j’ai ador\u00e9e, comme on pourrait avoir une sorte de chauvinisme municipal. Quand on commence le journalisme dans la presse locale, on veut faire de sa ville le centre d’int\u00e9r\u00eat de tout \u2014 pour moi, cet int\u00e9r\u00eat est pass\u00e9 par des biais particuliers, comme la musique. <\/p>\n\n\n\n

En m\u00eame temps, j’ai pris des distances qui ne sont pas que g\u00e9ographiques avec Lyon. M\u00eame si mes parents y habitent toujours et que j\u2019y ai v\u00e9cu des ann\u00e9es ch\u00e8res, j’ai aujourd’hui le z\u00e8le des convertis avec Paris : je suis un fou de Paris. Par contraste, la ville de Lyon, qui a beaucoup chang\u00e9 ces 25 derni\u00e8res ann\u00e9es, me para\u00eet ne pas avoir les charmes que je trouve \u00e0 Paris. <\/p>\n\n\n\n

Lyon est tr\u00e8s belle mais \u00e0 chaque fois que j’y retourne, je suis frapp\u00e9 par l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du centre-ville.<\/p>\n\n\n\n

C’est \u00e0 Lyon que vous avez entam\u00e9 votre carri\u00e8re de journaliste dans la presse locale  : faites-vous un lien entre votre environnement lyonnais et le choix de votre profession ?<\/h3>\n\n\n\n

Oui \u2014 si ce n’est que je suis arriv\u00e9 dans le journalisme presque par accident. <\/p>\n\n\n\n

Ce n’\u00e9tait pas le m\u00e9tier que je voulais faire.<\/p>\n\n\n\n

Que vouliez-vous faire ?<\/h3>\n\n\n\n

Je voulais \u00eatre musicien. <\/p>\n\n\n\n

Racontez-nous.<\/h3>\n\n\n\n

\u00c0 la sortie de mon baccalaur\u00e9at, je me suis inscrit dans une \u00e9cole de journalisme dans laquelle je suis rest\u00e9 si peu que je ne me souviens m\u00eame pas de son nom. D\u00e8s les premiers mois, il fallait faire un stage  : en novembre 1999, j\u2019ai donc commenc\u00e9 un stage pour le quotidien Lyon-Figaro<\/em>, au service culture.<\/p>\n\n\n\n

Cela s’est bien pass\u00e9, et comme il y avait encore des reliquats du 35 heures qui cr\u00e9ent de l’emploi, on m’a royalement propos\u00e9 un poste de \u00ab pigiste permanent \u00bb \u2014 c’est-\u00e0-dire qu’on est mal pay\u00e9 comme un pigiste, mais tout le temps. On me confie la mission d\u2019\u00e9crire sur toute la musique sauf la musique classique, qui \u00e9tait la chasse gard\u00e9e d’un chroniqueur musical extr\u00eamement respectable \u00e0 Lyon. <\/p>\n\n\n\n

J’ai 18 ans, un travail, une voiture, et je sillonne toute la r\u00e9gion pour voir des concerts, rencontrer des artistes, \u00e9crire tr\u00e8s pompeusement sur la musique avec beaucoup de pr\u00e9tention. Autrement dit : le r\u00eave. <\/p>\n\n\n\n

Mais vous faites en m\u00eame temps le deuil de votre r\u00eave de carri\u00e8re musicale\u2026 <\/h3>\n\n\n\n

Ne m’orientant pas vers le fait de vivre de la musique, je me projette alors comme voulant \u00eatre le nouveau Lester Bangs, Greil Marcus ou Nick Tosches fran\u00e7ais. <\/p>\n\n\n\n

Mais je fais face \u00e0 trois obstacles. <\/p>\n\n\n\n

Lesquels ? <\/h3>\n\n\n\n

Je n’en ai pas le talent, je ne vis pas \u00e0 la bonne \u00e9poque et ce n\u2019est pas la bonne ville. <\/p>\n\n\n\n

Ce n\u2019est pas Detroit ou New York dans les ann\u00e9es 1970 : c’est Lyon, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 \u2014 \u00e0 Lyon-Figaro<\/em>. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 Lyon-Figaro<\/em>, on m’a royalement propos\u00e9 un poste de \u00ab pigiste permanent \u00bb \u2014 c’est-\u00e0-dire qu’on est mal pay\u00e9 comme un pigiste, mais tout le temps.<\/p>Fabrice Arfi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Mais je m’inventais un paysage mental. Et rapidement, j\u2019ai cherch\u00e9 Lyon dans mon travail. J’\u00e9tais obs\u00e9d\u00e9 par l’id\u00e9e de l’identit\u00e9 musicale lyonnaise, comme on planterait un drapeau \u00e0 un endroit pr\u00e9cis pour marquer un territoire. <\/p>\n\n\n\n

Quelle est cette identit\u00e9 musicale lyonnaise \u00e0 laquelle vous pensez ? <\/h3>\n\n\n\n

\u00c0 Lyon, on a \u00e9t\u00e9 capable de mille choses. <\/p>\n\n\n\n

Lyon, c\u2019est Rachid Taha et Carte de s\u00e9jour, c\u2019est L’Affaire Louis\u2019 Trio d\u2019Hubert Mounier. Dans le milieu du punk rock, c’est le groupe Starshooter \u2014 qui m\u00e9rite, de mon point de vue, une post\u00e9rit\u00e9 vraiment plus importante \u2014 dont le chanteur Kent Hutchinson a ensuite fait une grande carri\u00e8re dans la chanson fran\u00e7aise. \u00c0 une \u00e9chelle plus r\u00e9gionale, c\u2019est le groupe Marie et les Gar\u00e7ons, dont le bassiste \u00c9ric Fitoussi va ouvrir l’une des premi\u00e8res grandes librairies ind\u00e9pendantes \u00e0 Lyon, Passages<\/em>, qui existe toujours dans le centre-ville. <\/p>\n\n\n\n

Ce besoin de trouver une empreinte lyonnaise dans la discipline journalistique que je travaillais, j’allais m\u00eame le chercher dans les morceaux. J’ai le souvenir d’un morceau de Thomas Fersen, \u00ab Les tours d’horloge \u00bb, racontant un d\u00e9pit amoureux  :<\/p>\n\n\n\n

Depuis ton d\u00e9part<\/em>
Lyon est une gare<\/em>
Et moi je suis rest\u00e9 Lyonnais<\/em>
(…)<\/em>
Et le long du Rh\u00f4ne<\/em>
C’est pour ton fant\u00f4me<\/em>
Que je laisse pendre ma main<\/em><\/p>\n\n\n\n

C\u2019est notamment le fait que cela se passe \u00e0 Lyon qui vous plaisait ? <\/h3>\n\n\n\n

Oui, je trouvais cela g\u00e9nial que cela se passe \u00e0 Lyon. Les Filles de l\u2019aurore<\/em> de William Sheller, c\u2019est \u00e9crit \u00e0 Saint-Jean. J\u2019avais cette obsession bizarre de vouloir ancrer ce que je faisais dans le paysage de ma ville, pour le nom de la ville qui \u00e9tait en haut du journal pour lequel je travaillais \u2014 Lyon-Figaro<\/em>. <\/p>\n\n\n\n

En plus, j’ai commenc\u00e9 le journalisme au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, \u00e0 un moment o\u00f9 Lyon commen\u00e7ait \u00e0 se transformer. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est-\u00e0-dire ?<\/h3>\n\n\n\n

Lyon quitte de plus en plus ses oripeaux de ville brumeuse, gris\u00e2tre, ombrageuse, dure \u00e0 cerner \u2014 m\u00eame si je crois qu’elle l\u2019est toujours un peu \u2014 pour entrer dans une forme de modernit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

Je suis l\u00e0 au moment o\u00f9 le festival de musique \u00e9lectro Les Nuits Sonores<\/em>, lanc\u00e9 par Vincent Carry, sort de terre, puis quelques temps apr\u00e8s, le festival Quais du Polar<\/em>. Il y avait d\u00e9j\u00e0 eu des initiatives avant, notamment avec Michel Noir, mais sous les mandats de G\u00e9rard Collomb, la ville se transforme culturellement.<\/p>\n\n\n\n

Je d\u00e9rive ensuite par la vie de bureau.<\/p>\n\n\n\n

Au service culture de Lyon-Figaro<\/em>, je suis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de quelqu’un qui travaille aux \u00ab informations g\u00e9n\u00e9rales \u00bb, le chroniqueur judiciaire du journal, G\u00e9rard Schmitt \u2014 quelqu’un de tr\u00e8s important pour moi professionnellement. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est G\u00e9rard Schmitt, avec qui j’avais un rapport affectif fort, qui me dit, lorsqu\u2019il part \u00e0 la retraite que c\u2019\u00e9tait moi qui allais le remplacer. <\/p>\n\n\n\n

J\u2019avais cette obsession bizarre de vouloir ancrer ce que je faisais dans le paysage de ma ville.<\/p>Fabrice Arfi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Votre \u00ab obsession bizarre \u00bb de jeune journaliste pour la musique et l’identit\u00e9 musicale lyonnaise a-t-elle disparue ?<\/h3>\n\n\n\n

Oui, compl\u00e8tement. <\/p>\n\n\n\n

Elle \u00e9tait en fait plus li\u00e9e \u00e0 une forme de justification de ce que je faisais. Elle s’est tout \u00e0 fait \u00e9vapor\u00e9e et dilu\u00e9e dans l’immensit\u00e9 de la musique, de sa g\u00e9ographie et de son histoire. Il est vrai que je faisais preuve d\u2019un \u00e9trange chauvinisme culturel \u2014 \u00ab bizarre \u00bb parce qu\u2019il me semble que la culture est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui fait tomber les murs. <\/p>\n\n\n\n

Je ne saurais pas trop d\u00e9crire de quoi c’\u00e9tait le nom. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre le besoin de se sentir appartenir \u00e0 quelque part et d’\u00eatre un acteur de cette identit\u00e9, en essayant de la mettre en forme dans un espace ferm\u00e9 qu’on appelle un journal.<\/p>\n\n\n\n

Cela n\u2019a pas chang\u00e9 lorsque vous \u00eates pass\u00e9 aux pages justice dans le journal ?<\/h3>\n\n\n\n

Non, cela a \u00e9t\u00e9 pareil apr\u00e8s. Je me suis passionn\u00e9 pour Lyon, notamment gr\u00e2ce aux livres de Pierre M\u00e9rindol, \u00e9crits dans les ann\u00e9es 1980, Lyon, le sang et l’encre<\/em> et Lyon, le sang et l’argent,<\/em> qui sont des portraits de ville par le journalisme. <\/p>\n\n\n\n

Lyon, c’est cette g\u00e9ographie qui a connu le grand banditisme. <\/p>\n\n\n\n

Il y a eu un juge assassin\u00e9 \u00e0 Lyon, le juge Renaud, mais aussi des enl\u00e8vements extr\u00eamement c\u00e9l\u00e8bres. Cela a \u00e9t\u00e9 une ville de mafias politiques. Dans mon dernier livre, La troisi\u00e8me vie<\/em>, je cite cette formule de Pierre M\u00e9rindol, qui est pour moi le plus grand journaliste lyonnais, d\u00e9crivant \u00e0 merveille ce que peut \u00eatre le Lyon un peu patin\u00e9 dont je parle : <\/p>\n\n\n\n

\u00ab Lyon, tass\u00e9e \u00e0 la fourche du Rh\u00f4ne et de la Sa\u00f4ne, comme un d\u00e9p\u00f4t de cendres sous lesquelles couve un feu dont on ne sait jamais s’il s’agit de veilleuse de la foi ou de braise du mal. \u00bb <\/em><\/p>\n\n\n\n

Pourrait-on dire que Lyon est la ville des contraires ?<\/h3>\n\n\n\n

Quand on vit \u00e0 Lyon, qu\u2019on s’int\u00e9resse \u00e0 cette ville, on la pr\u00e9sente toujours comme la ville \u00e0 double polarit\u00e9  : c’est la ville de Klaus Barbie et de Jean Moulin  ; c’est la ville de la colline qui prie, Fourvi\u00e8re, et de la colline qui travaille, la Croix-Rousse  ; c’est la ville d’une forte religiosit\u00e9, mais c’est aussi celle de la r\u00e9volution des Canuts. C\u2019est la ville des deux fleuves, du Rh\u00f4ne et de la Sa\u00f4ne \u2014 un poncif qui entretient cette mythologie sur Lyon. <\/p>\n\n\n\n

C’est aussi une ville qui a la r\u00e9putation d’\u00eatre tr\u00e8s ferm\u00e9e, tr\u00e8s difficile d’acc\u00e8s. On ne sait pas trop quel est le manuel pour percer ses myst\u00e8res, ses secrets. Les choses se passent derri\u00e8re le rideau, dans les cercles\u2026<\/p>\n\n\n\n

Davantage qu’\u00e0 Paris ?<\/h3>\n\n\n\n

Oui, beaucoup plus qu\u2019\u00e0 Paris. Je consid\u00e8re m\u00eame qu\u2019un bon journaliste \u00e0 Lyon est un tr\u00e8s bon journaliste ailleurs.<\/p>\n\n\n\n

Lyon est une ville qui a quelque chose de cryptique, de difficile \u00e0 saisir. En r\u00e9alit\u00e9, ce n’est pas une tr\u00e8s grande ville  : Lyon intra-muros, son centre-ville, c’est un village. Dans cet univers-l\u00e0, rester ind\u00e9pendant journalistiquement, trouver les bonnes sources et les bonnes informations en sachant soulever le rideau, est, selon mon exp\u00e9rience personnelle, plus difficile qu\u2019ailleurs. <\/p>\n\n\n\n

Un bon journaliste \u00e0 Lyon est un tr\u00e8s bon journaliste ailleurs.<\/p>Fabrice Arfi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\u00c0 cet \u00e9gard, je consid\u00e8re que Paris est une ville beaucoup plus disponible, plus offerte. Cela peut para\u00eetre paradoxal, mais les portes s’ouvrent plus facilement pour un journaliste. C’est aussi tr\u00e8s li\u00e9 au jacobinisme \u2014 les minist\u00e8res, la pr\u00e9sidence, beaucoup de si\u00e8ges sociaux sont ici. <\/p>\n\n\n\n

Paradoxalement, je trouve donc que Lyon est une \u00e9cole de journalisme fascinante.<\/p>\n\n\n\n

Lyon est un personnage de votre livre La troisi\u00e8me vie<\/em>. Votre rapport \u00e0 Lyon a-t-il chang\u00e9 dans le passage de la ville de votre \u00e0 enfance \u00e0 celle qui se trouve au c\u0153ur de l\u2019une de vos enqu\u00eates \u2014 et l\u2019une de vos obsessions ? D\u2019ailleurs, votre livre s\u2019ouvre sur la Gare de Lyon \u2014 au Train bleu plus exactement : c\u2019est l\u00e0 que tout commence. C\u2019est comme si le rapport \u00e0 Lyon se trouvait synth\u00e9tis\u00e9 entre la Gare de Lyon et Lyon\u2026 <\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est bien vu ! <\/p>\n\n\n\n

Je n\u2019y avais jamais pens\u00e9, mais c\u2019est \u00e9tonnant que cette histoire me saisisse, sans que je m’en rende compte tout \u00e0 fait, alors que je viens d’arriver \u00e0 Paris, que Mediapart vient d\u2019\u00eatre lanc\u00e9, et que tout cela parte de la gare de Lyon pour me ramener \u00e0 cette ville\u2026    <\/p>\n\n\n\n

Peut-\u00eatre aussi que j’ai couru apr\u00e8s cette histoire. <\/p>\n\n\n\n

Dans quel sens ?<\/h3>\n\n\n\n

Le protagoniste du livre, le dessinateur industriel roumain Vincenzo Benedetto qui s\u2019installe en France a priori<\/em> pour y rejoindre sa famille, m’a obs\u00e9d\u00e9, m\u00eame hant\u00e9, pour des raisons tr\u00e8s diff\u00e9rentes au fil du temps. Je m\u2019accorde d\u00e9sormais \u00e0 dire que c’\u00e9tait aussi une enqu\u00eate sur moi-m\u00eame, sur mon rapport \u00e0 notre m\u00e9tier de journaliste, sur notre rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, notre rapport aux faits. Cette histoire de fiction \u2014 car l’espionnage est une fiction d’\u00c9tat \u2014 mettait au d\u00e9fi ce rapport r\u00e9el. <\/p>\n\n\n\n

Mais je crois que cela a aussi \u00e0 voir avec l’id\u00e9e de rendre hommage au lieu de mon enfance. Cela a un rapport avec l’enfance, qui est le secret le mieux gard\u00e9 de chacune et chacun, qui est une chose insaisissable. Je pense que la m\u00eame histoire dans une autre ville n’aurait pas donn\u00e9 lieu \u00e0 un livre. Ce n’\u00e9tait pas pr\u00e9vu quand on m’en parle, au Train Bleu, entre la poire et le fromage. <\/p>\n\n\n\n

Lyon est un personnage de cette histoire parce qu’en en d\u00e9vidant la pelote, je vais croiser des personnages de ma propre vie lyonnaise, de ma jeunesse et de mes premi\u00e8res ann\u00e9es professionnelles : que ce soit G\u00e9rard Schmitt dont j’ai parl\u00e9, ou un magistrat que j’ai tr\u00e8s bien connu, Jean-Olivier Viout, ou m\u00eame mon propre p\u00e8re, qui devient lui aussi un personnage de mon livre et que je vais interroger comme n’importe quel t\u00e9moin dans une enqu\u00eate. <\/p>\n\n\n\n

L\u2019empreinte lyonnaise y est \u00e9videmment tr\u00e8s forte. Cela m’a permis de revisiter ces paysages de ma jeunesse.<\/p>\n\n\n\n

Cette histoire de fiction \u2014 car l’espionnage est une fiction d’\u00c9tat \u2014 mettait au d\u00e9fi ce rapport r\u00e9el. <\/p>Fabrice Arfi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

C’est presque comme si la ville concentrait les motivations du m\u00e9tier de journaliste. On pense \u00e0 l’\u00e9pigraphe de Garc\u00eda M\u00e1rquez de laquelle vous avez tir\u00e9 le titre du livre \u00ab Tout le monde a trois vies : une vie publique, une vie priv\u00e9e et une vie secr\u00e8te.<\/em> \u00bb Est-ce que vous diriez que c\u2019est \u00e0 la recherche de cette \u00ab vie secr\u00e8te \u00bb et contre les derniers mots \u2014 \u00ab je n\u2019ai aucune histoire \u00e0 raconter \u00bb \u2014 que le livre se construit ?<\/h3>\n\n\n\n

Une journaliste des Inrocks<\/em> m’a dit un jour qu\u2019\u00e0 la lecture de La troisi\u00e8me vie<\/em>, on a l’impression qu’il y a un livre dans le livre qui n’est pas \u00e9crit. Je trouvais cette formule tr\u00e8s jolie \u2014 et je pense que ce livre dans le livre qui n’est pas \u00e9crit, c’est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que vous dites. <\/p>\n\n\n\n

Cette histoire se dessine en fait par les contours de ce qu’elle n’a pas trouv\u00e9 \u2014 en tout cas, de ce que je ne m’autorise pas \u00e0 dire comme \u00e9tant la v\u00e9rit\u00e9, ou ma v\u00e9rit\u00e9. Il s\u2019agit, pour une fois, de ne pas r\u00e9pondre et plut\u00f4t d’ajouter des questions. En ce sens, ce livre est un geste \u00e0 la fois tr\u00e8s journalistique et anti-journalistique.<\/p>\n\n\n\n

On a m\u00eame l\u2019impression que plus que le livre, c\u2019est votre carri\u00e8re de journaliste qui se construit dans cette d\u00e9marche\u2026 <\/h3>\n\n\n\n

Cela a \u00e9t\u00e9, en effet, une fa\u00e7on de dessiner les raisons pour lesquelles j’ai envie de faire ce m\u00e9tier et d’o\u00f9 je viens, une forme de biographie. <\/p>\n\n\n\n

C’est pour cela qu’il y a toute sa logique \u00e0 ce que Lyon soit un personnage central. Ce n\u2019est pas du tout une biographie pour parler de moi \u2014 j’esp\u00e8re en tout cas que ce n\u2019est pas lu ainsi \u2014 mais c’est un jeu de modestie, un jeu de points de vue, pour dire  : c’est comme je l’ai v\u00e9cu, c’est comme je le vis, c’est comme je le vois \u2014 et cela ne concerne que moi. <\/p>\n\n\n\n

Puisque ce livre interroge le fait qu’entre le regard et l’objet regard\u00e9, quelque chose interc\u00e8de et fait que le regard change l’objet regard\u00e9, cela me para\u00eet normal de dire d’o\u00f9 je viens. De ce point de vue-l\u00e0, l’exp\u00e9rience lyonnaise est tr\u00e8s importante \u2014 et m\u00eame indispensable. Sans cela, ce livre n’existerait pas.<\/p>\n\n\n\n

La fin du livre avec ces derniers mots prononc\u00e9s par Benedetto \u2014 \u00ab je n\u2019ai aucune histoire \u00e0 raconter \u00bb \u2014 aurait presque pu \u00eatre au d\u00e9but aussi, non  ?<\/h3>\n\n\n\n

Pendant quinze ans, le livre a vraiment failli ne jamais exister. D’abord, j’\u00e9tais obs\u00e9d\u00e9 par l’id\u00e9e de trouver quelle \u00e9tait la mission de cet agent secret, et derri\u00e8re, de d\u00e9couvrir un \u00e9norme secret d’\u00c9tat, qui aurait donn\u00e9 un livre avec une couverture \u00e0 fond noir et des lettres rouges.<\/p>\n\n\n\n

Mais petit \u00e0 petit, \u00e0 mesure que j’\u00e9tais s\u00fbr d’avoir saisi quelque chose, cela m’\u00e9chappait. Ce livre a \u00e9t\u00e9 une violence : accepter de ne pas savoir.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est important de ne pas savoir : un livre appartient plus \u00e0 celles et ceux qui le lisent qu’\u00e0 celui qui l’\u00e9crit. <\/p>\n\n\n\n

Est-ce pour cela que ce travail prend plut\u00f4t la forme d\u2019un livre que d\u2019une enqu\u00eate ?<\/h3>\n\n\n\n

Oui, cela ne pouvait \u00eatre qu’un livre, et s\u00fbrement pas un article. <\/p>\n\n\n\n

Quand j’ai d\u00e9cid\u00e9 d’\u00e9crire ce livre, j\u2019en ai eu pour trois mois \u2014 sauf une chose : la fin. Elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite il y a huit ans. Quand j’en ai parl\u00e9 \u00e0 mon \u00e9ditrice, je lui ai dit que c\u2019\u00e9tait le d\u00e9but du livre\u2026 Votre question est donc tr\u00e8s bien vue.<\/p>\n\n\n\n

Pour moi, c’\u00e9tait \u00e9vident que les derniers mots que vous citez \u00e9taient la sc\u00e8ne d’ouverture, parce que je me suis tromp\u00e9 compl\u00e8tement sur ce que je voulais faire de ce livre.<\/p>\n\n\n\n

J’\u00e9tais obs\u00e9d\u00e9 par l’id\u00e9e de trouver quelle \u00e9tait la mission de cet agent secret, et derri\u00e8re, de d\u00e9couvrir un \u00e9norme secret d’\u00c9tat, qui aurait donn\u00e9 un livre avec une couverture \u00e0 fond noir et des lettres rouges.<\/p>Fabrice Arfi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

C\u2019est-\u00e0-dire ?<\/h3>\n\n\n\n

Ce livre interroge ce que peut le r\u00e9el ou pas face \u00e0 la fiction des autres. <\/p>\n\n\n\n

C’est en tout cas ce qui m’a int\u00e9ress\u00e9 : l’espionnage est une fiction d’\u00c9tat et nous, journalistes, n’avons que les outils du r\u00e9el pour y r\u00e9pondre. Qu’est-ce qu’on peut faire avec cette histoire qui est plus grande que nous, plus grande qu’elle-m\u00eame ? C\u2019est un combat tr\u00e8s in\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n

Lyon, les souvenirs, l’enfance, la jeunesse, la fa\u00e7on dont on le garde et on le reconstruit, c’est une autre forme de fiction. Ce qu’on garde de son histoire, parfois on se l’invente un peu aussi \u2014 on met de c\u00f4t\u00e9 un certain nombre de choses, on en garde d’autres. <\/p>\n\n\n\n

Vous en gardez d\u2019autres pour de nouveaux livres ? <\/h3>\n\n\n\n

L’un des prochains livres que j’ai envie de faire porte justement sur le r\u00e9cit familial. J’ai envie de v\u00e9rifier le r\u00e9cit de ma famille, surtout le r\u00e9cit de mon grand-p\u00e8re paternel, arriv\u00e9 \u00e0 Lyon en 1961, d\u2019une famille juive en Alg\u00e9rie \u2014 en ce sens, Lyon est pour moi un accident de l\u2019histoire. <\/p>\n\n\n\n

Il s\u2019agit aussi d\u2019un rapport \u00e0 la fiction. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est-\u00e0-dire ?<\/h3>\n\n\n\n

La premi\u00e8re chose dont nous avons h\u00e9rit\u00e9 est le r\u00e9cit de notre famille. De mani\u00e8re tr\u00e8s imprudente, on le r\u00e9p\u00e8te lorsqu\u2019on grandit \u2014 \u00e0 nos amoureux, nos amoureuses, nos amis\u2026 Je ne dis pas que ce qu’on nous raconte est faux, mais ce n’est pas v\u00e9rifi\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

Il est fascinant que l’une des premi\u00e8res choses qu\u2019on apprend quand on est enfant \u2014 qu\u2019on nous le raconte directement ou qu’on l’entende, parce qu’on a toujours une oreille qui tra\u00eene dans le ciel des adultes \u2014 fusionne \u00e0 la fois le r\u00e9el et la fiction. J’ai envie de v\u00e9rifier ce r\u00e9cit, avec les m\u00eames armes, qui sont les miennes depuis que j’ai l’\u00e2ge de 18 ans. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est pr\u00e9sent dans mon livre. C’est pour cela que je convoque la ville pas simplement avec un mat\u00e9riau d’archives, mais aussi avec ce qui rel\u00e8ve des souvenirs. Et le souvenir, ce n’est pas une archive papier\u2026 <\/p>\n\n\n\n

Jusqu’\u00e0 maintenant, nous avons surtout parl\u00e9 de Lyon \u00e0 travers ses individus \u2014 vous l\u2019avez m\u00eame qualifi\u00e9e de \u00ab personnage \u00bb du livre. Le r\u00e9cit de La troisi\u00e8me vie<\/em> s\u2019ouvre sur l’\u00e9vocation d\u2019un d\u00e9tail urbain  : une petite plaque rouge au sol devant le palais de la Bourse qui signale le lieu o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 le pr\u00e9sident Sadi-Carnot en 1894. \u00cates-vous particuli\u00e8rement sensible \u00e0 cette histoire urbaine de Lyon ? <\/h3>\n\n\n\n

Je crois tr\u00e8s fort \u00e0 l’histoire de la g\u00e9ographie, \u00e0 la puissance g\u00e9ographique dans nos identit\u00e9s. Mais cela rel\u00e8ve un peu de la m\u00eame d\u00e9marche que j\u2019\u00e9voquais pr\u00e9c\u00e9demment. C’est l’\u00e9tonnement dont j’essaye de faire part d\u00e8s l’ouverture du livre : un pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 \u00e0 Lyon \u2014 mais cela reste tout \u00e0 fait m\u00e9connu.<\/p>\n\n\n\n

Je trouve scandaleux qu\u2019on ne nous l’apprenne pas \u00e0 nous, les petits Lyonnais. Peu de pr\u00e9sidents fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s : c’est notre Abraham Lincoln ou notre JFK. <\/p>\n\n\n\n

Il est fascinant que l’une des premi\u00e8res choses qu\u2019on apprend quand on est enfant fusionne \u00e0 la fois le r\u00e9el et la fiction.<\/p>Fabrice Arfi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Sadi-Carnot, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un pr\u00e9sident fran\u00e7ais, dans la rue, qui vient inaugurer une exposition, \u00e0 qui un anarchiste plante un poignard dans le foie et qui est ensuite op\u00e9r\u00e9 \u00e0 l’H\u00f4tel de ville. Cette histoire, il n’en reste \u00e0 Lyon qu’un minuscule rectangle d’asphalte rouge sur lequel tout le monde marche, dans une rue hyper commer\u00e7ante, \u00e0 l’aplomb du palais de la Bourse \u2014 c\u2019est l\u00e0 d’ailleurs qu\u2019a lieu tous les ans Quais du polar<\/em>. Cela m’a toujours stup\u00e9fait. <\/p>\n\n\n\n

Quand j’\u00e9tais adolescent, je passais par l\u00e0 pour rallier le Lyc\u00e9e Amp\u00e8re-Bourse et cela fait partie des indices de la grande histoire lyonnaise, qui sont pourtant oubli\u00e9s, quasiment occult\u00e9s de l’histoire collective. <\/p>\n\n\n\n

Est-ce qu\u2019il y a un monument, ou une autre trace d\u2019histoire urbaine, que vous affectionnez particuli\u00e8rement ?<\/h3>\n\n\n\n

Dans les lieux qui m’ont beaucoup marqu\u00e9, tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 mon m\u00e9tier, il y a l’ancien palais de justice de Lyon. Ce monument est surnomm\u00e9 les \u00ab 24 colonnes \u00bb parce qu’il est stri\u00e9 par vingt-quatre colonnes corinthiennes. <\/p>\n\n\n\n

C’est l’endroit o\u00f9, quand j’\u00e9tais jeune chroniqueur judiciaire, je suivais les proc\u00e8s d’assises. C’est l\u00e0 que j’ai compris ce qu’\u00e9tait le th\u00e9\u00e2tre judiciaire. <\/p>\n\n\n\n

Pourquoi ? <\/h3>\n\n\n\n

C’est un de ces vieux palais du XIXe, avec des grosses moulures en bois, dans le m\u00eame genre d’architecture que celui de l’\u00eele de la Cit\u00e9 \u00e0 Paris. C’est le palais o\u00f9 le juge Renaud avait son cabinet d’instruction. C’est le palais o\u00f9 Klaus Barbie a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 en 1987. <\/p>\n\n\n\n

J\u2019avais 6 ans lors du proc\u00e8s Klaus Barbie, donc je n\u2019en ai \u00e9videmment aucun souvenir, mais cela fait partie des choses qui se transmettent \u2014 peut-\u00eatre \u00e0 travers des r\u00e9cits familiaux, ou parce que c’est une histoire immense, pas uniquement pour la ville mais \u00e0 l’\u00e9chelle de l\u2019ensemble du droit international. C’\u00e9tait aussi l’un de mes liens avec G\u00e9rard Schmitt  : j’adorais qu\u2019il me parle du proc\u00e8s Barbie, qu’il avait couvert pour un journal local qui n’existe plus aujourd’hui. <\/p>\n\n\n\n

C’est par le biais de ce proc\u00e8s, dans ce palais de justice, dans cette ville, et \u00e0 travers ce journaliste lyonnais, que je vais comprendre, \u00e0 dix-huit ans, que le journalisme, c’est de la litt\u00e9rature \u2014 que le journalisme peut \u00eatre une litt\u00e9rature. <\/p>\n\n\n\n

Par quoi passe cette d\u00e9couverte concr\u00e8tement ?<\/h3>\n\n\n\n

Le soir venu, \u00e0 Lyon-Figaro<\/em>, j’adorais lire les chroniques de G\u00e9rard Schmitt qui \u00e9taient dans les archives. C’est bizarre \u00e0 dire \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, mais \u00e0 l’\u00e9poque, les archives \u00e9taient comme les Encyclopedia Universalis<\/em> ou les gros grimoires. Une fois que le journal \u00e9tait boucl\u00e9 vers 22h ou 22h30, tout se vidait et je restais \u2014 pour lire. <\/p>\n\n\n\n

Au deuxi\u00e8me jour du proc\u00e8s, G\u00e9rard Schmitt a fait une chronique dont la premi\u00e8re phrase \u00e9tait la suivante  : \u00ab Derri\u00e8re sa vitre, Barbie s’ennuie. \u00bb <\/p>\n\n\n\n

Pour moi, cela a \u00e9t\u00e9 un choc esth\u00e9tique inou\u00ef. Cinq mots, une phrase extraordinaire. <\/p>\n\n\n\n

Je me suis dit : c’est de la litt\u00e9rature. <\/p>\n\n\n\n

C’est l’un des plus beaux incipit du journalisme \u2014 et cela avait eu lieu \u00e0 Lyon, avec G\u00e9rard qui \u00e9tait assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi.<\/p>\n\n\n\n

Je vais comprendre, \u00e0 dix-huit ans, que le journalisme, c’est de la litt\u00e9rature \u2014 que le journalisme peut \u00eatre une litt\u00e9rature. <\/p>Fabrice Arfi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Tout cela est pour vous ancr\u00e9 \u00e0 Lyon ?<\/h3>\n\n\n\n

Oui, \u00e0 cette p\u00e9riode, \u00e0 cette ville qui n’est plus la mienne. Il y a peut-\u00eatre un peu de ce que Deleuze appelle la \u00ab d\u00e9territorialisation \u00bb \u2014 on comprend qu’on appartient \u00e0 un territoire quand on l’a quitt\u00e9. C’est une fa\u00e7on de c\u00e9l\u00e9brer le territoire que j’ai quitt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

J’ai aussi un souvenir d’un monument tr\u00e8s laid mais qui me fascinait quand j’\u00e9tais petit, dans les ann\u00e9es 1980  : l’ancien H\u00f4tel de police, rue Marius Berliet. C’\u00e9tait l\u00e0 que travaillait mon p\u00e8re, et j’y allais tr\u00e8s rarement. Quand c\u2019\u00e9tait le cas, j’avais l’impression de rentrer dans le saint des saints. Cela fait partie des \u00ab monuments \u00bb qui ont marqu\u00e9 mon enfance \u2014 pas par leur splendeur, mais par la charge symbolique, affective ou paternelle.<\/p>\n\n\n\n

Vous \u00e9voquiez la transformation de Lyon ces 25 derni\u00e8res ann\u00e9es. Dans La troisi\u00e8me vie<\/em>, vous reprenez un vers du \u00ab Cygne \u00bb de Baudelaire : \u00ab Car contrairement \u00e0 ce que pourrait penser Baudelaire, la forme d’une ville<\/a> change parfois moins vite, h\u00e9las, que le c\u0153ur d’un homme \u00bb. Dans ce passage, il est question de Bucarest, mais cela pourrait-il aussi s’appliquer \u00e0 Lyon  ?<\/h3>\n\n\n\n

Oui, exactement. <\/p>\n\n\n\n

Je trouve que ce vers \u2014 qui avait d’ailleurs donn\u00e9 lieu au titre d’un livre de Jacques Roubaud \u2014 s’appliquait bien \u00e0 Bucarest. C’est une ville \u00e9tonnante, effrayante. En y allant pour travailler sur le livre, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par la mani\u00e8re dont un syst\u00e8me politique peut dessiner une g\u00e9ographie. Comment la folie d’un homme, d’un couple comme les Ceau\u0219escu, peut \u00e9crire le visage urbain d’une ville. <\/p>\n\n\n\n

Mais au-del\u00e0 de cette folie d\u00e9miurgique, j\u2019ai aussi \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marqu\u00e9 par le fait qu’il subsistait \u00e0 Bucarest encore aujourd\u2019hui, dans son urbanisme, sa francophilie. C’est tr\u00e8s \u00e9tonnant : on croise une r\u00e9plique de l’Arc de Triomphe, des rues Moli\u00e8re, des rues de la France, et dans l’un des caf\u00e9s art-d\u00e9co les plus chics du centre-ville, le Caf\u00e9 Cap\u0219a, il y a une p\u00e2tisserie qui s’appelle le Joffre, comme le Mar\u00e9chal. C’\u00e9tait ce que je voulais mettre en avant en reprenant cette tr\u00e8s belle phrase.<\/p>\n\n\n\n

Dans la longue histoire de la ville de Lyon, y a-t-il une p\u00e9riode qui vous int\u00e9resse particuli\u00e8rement ?<\/h3>\n\n\n\n

Je suis nostalgique d’une histoire que je n’ai pas connue \u00e0 Lyon \u2014 celle des ann\u00e9es 1960 et 1970. C\u2019est un Lyon de films, de polars taill\u00e9s sur mesure, un Lyon de brume et d’imperm\u00e9ables, o\u00f9 autour d’un bar, d’un bel appartement ou d’un cabinet municipal se jouent des histoires qui ont trait avec le sac, la mafia, le crime organis\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

Parce que Lyon a \u00e9t\u00e9 comme cela. \u00c0 une \u00e9poque, Lyon \u00e9tait surnomm\u00e9 Chicago-sur-Rh\u00f4ne. Il y a eu des assassinats tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bres de voyous, une emprise mafieuse sur la ville tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 des r\u00e9seaux politiques. Ce Lyon-l\u00e0, qui a \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9 dans les r\u00e9cits de Pierre M\u00e9rindol que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9s, m’a toujours fascin\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

C’est la raison pour laquelle, jeune journaliste, je suis all\u00e9 en p\u00e8lerinage chez Pierre M\u00e9rindol, qui habitait \u00e0 Point-du-Jour, dans le cinqui\u00e8me arrondissement de Lyon : il a \u00e9t\u00e9, avec ses livres, le sc\u00e9nariste d’une mythologie, d’une l\u00e9gende lyonnaise, me permettant entre autres de comprendre cette \u00e9poque<\/p>\n\n\n\n

Face \u00e0 Lyon \u2014 la cit\u00e9 vitreuse \u2014 il nous a donn\u00e9 le code de la route, pour essayer de saisir comment tout cela infuse.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 une \u00e9poque, Lyon \u00e9tait surnomm\u00e9 Chicago-sur-Rh\u00f4ne.<\/p>Fabrice Arfi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quelle a \u00e9t\u00e9 l\u2019influence de Pierre M\u00e9rindol dans ce rapport \u00e0 la ville ?<\/h3>\n\n\n\n

Dans son premier livre, Lyon, le sang et l’encre<\/em>, il raconte comment tout cela a un lien avec l’histoire de la presse lyonnaise et notamment le grand journal Le Progr\u00e8s<\/em> pour lequel il travaille. <\/p>\n\n\n\n

Dans le second, Lyon, le sang et l’argent<\/em>, il explique les intrications avec l’\u00e9conomie locale. C\u2019\u00e9tait la p\u00e9riode des grands chefs mafieux, comme Jean Auger, qu’on disait \u00eatre un homme du sac, qui se fait abattre dans les ann\u00e9es 1970 en allant au tennis-club. C’est aussi toute la l\u00e9gende du Gang des Lyonnais, qui donnera de la cin\u00e9matographie vingt ou trente ans plus tard, avec un homme comme Edmond Vidal, surnomm\u00e9 \u00ab Monmon \u00bb, digne des figures du Gang des postiches \u00e0 Paris. <\/p>\n\n\n\n

Ce sont des gens de tr\u00e8s peu, qui ont grimp\u00e9 tous les \u00e9chelons du crime organis\u00e9 et se sont retrouv\u00e9s \u00e0 la une de la presse parmi les plus grandes histoires criminelles de braqueurs et de d\u00e9trousseurs des ann\u00e9es 1970. Lyon \u00e9tait ce lieu-l\u00e0. Lyon a toujours voulu faire comme les autres \u00e0 sa mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n

La ville qui vous fascine n\u2019existe plus aujourd\u2019hui. Finalement, est-ce que vous aussi aimez Lyon, telle que vous la connaissez, dans laquelle vous avez v\u00e9cu et commenc\u00e9 \u00e0 travailler  ? <\/h3>\n\n\n\n

C’est une ville pour laquelle j’ai une affection \u00e9vidente, d’abord parce que j’y ai eu une enfance heureuse. Lyon a \u00e9t\u00e9 ma ville, mais je crois pouvoir dire qu\u2019elle ne l’est plus aujourd\u2019hui. Mes deux parents y vivent toujours, et j’y vais un peu, mais \u00e0 chaque fois que je m\u2019y rends, je me sens retenu par quelque chose. Le Lyon qui a pu me fasciner, que je n’ai m\u00eame pas connu, est plus que d\u00e9lav\u00e9 aujourd’hui. <\/p>\n\n\n\n

C’est une ville qui a r\u00e9ellement chang\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

C’est difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question mais je pourrais dire que j’aime Lyon comme on aime une partie de son identit\u00e9, ou comme on aime sa famille. Je n\u2019en ai pas le choix. On ne peut pas r\u00e9cuser une partie de ce qu’on est.<\/p>\n\n\n\n

Pour certains, Lyon est la ville du cin\u00e9ma. Est-ce que votre rapport au cin\u00e9ma s\u2019articule aussi \u00e0 travers Lyon  ?<\/h3>\n\n\n\n

Tout \u00e0 fait. Je pourrais m\u00eame dire que j’ai un rapport quasi domestique au cin\u00e9ma. <\/p>\n\n\n\n

Parmi les appartements o\u00f9 j’ai v\u00e9cu \u00e0 Lyon, j’ai habit\u00e9 dans le logement de fonction d’un lyc\u00e9e professionnel o\u00f9 ma m\u00e8re \u00e9tait CPE, dans le huiti\u00e8me arrondissement. Cela s’appelait le Lyc\u00e9e du Premier Film, pour une raison tr\u00e8s simple, c’est que le lyc\u00e9e est en face du hangar des Fr\u00e8res Lumi\u00e8re. De ma chambre, je voyais donc le hangar des Fr\u00e8res Lumi\u00e8re. J’avais la vue plongeante sur l\u2019endroit o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9, en 1895, le premier film. <\/p>\n\n\n\n

Une partie de ma vue d’adolescence \u00e9tait sur le lieu o\u00f9 le Septi\u00e8me Art a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9. <\/p>Fabrice Arfi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

J’\u00e9tais d\u2019ailleurs aux premi\u00e8res loges pour le centenaire du premier film, et je me souviens que Thierry Fr\u00e9maux et Bertrand Tavernier, qui dirigeait l’Institut Lumi\u00e8re \u2014 l\u2019\u00e9quivalent de la cin\u00e9math\u00e8que de Lyon \u2014 avaient organis\u00e9 une nouvelle \u00ab sortie des ouvriers du hangar \u00bb, avec d\u2018immenses r\u00e9alisateurs et r\u00e9alisatrices. Je voyais tout cela de chez moi. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019\u00e9tait mon rapport le plus imm\u00e9diat au cin\u00e9ma : une partie de ma vue d’adolescence \u00e9tait sur le lieu o\u00f9 le Septi\u00e8me Art a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

Vous parliez tout \u00e0 l\u2019heure de \u00ab chauvinisme municipal \u00bb : s\u2019il y a bien une chose qui concentre ce sentiment dans le monde, c’est sans doute le football\u2026 <\/h3>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr  ! C’est une tr\u00e8s bonne remarque, d\u2019autant plus que je suis d\u2019une famille de footeux. <\/p>\n\n\n\n

J’ai un p\u00e8re qui, avant d’\u00eatre policier, a beaucoup jou\u00e9 au foot, au point d’\u00eatre en \u00e9quipe de France Junior dans les ann\u00e9es 1960. Un fr\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 un footballeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 son niveau \u2014 et moi, qui ai suivi le mouvement, m\u00eame si je n’avais pas le talent des autres.<\/p>\n\n\n\n

Parmi les lieux importants pour moi, il y a d\u2019ailleurs le stade de Gerland, qui \u00e9tait le stade de l\u2019OL. J\u2019ai connu l\u2019OL en deuxi\u00e8me division et j’\u00e9tais m\u00eame au stade pour le match de la mont\u00e9e de D2 en D1. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019\u00e9tait le d\u00e9but des ann\u00e9es Aulas \u2014 qui, d\u2019apr\u00e8s ce que je comprends, va d\u00e9sormais se pr\u00e9senter \u00e0 la mairie de Lyon. Un samedi sur deux, j’allais \u00e0 Gerland voir l\u2019OL, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 c\u2019\u00e9tait une \u00e9quipe moyenne, en milieu de tableau. C’\u00e9tait aussi une \u00e9poque o\u00f9 le foot n\u2019\u00e9tait pas encore ce qu\u2019il est devenu, en termes de folie d\u2019argent, de folie plan\u00e9taire, ou autres exc\u00e8s qu’on lui conna\u00eet aujourd’hui. <\/p>\n\n\n\n

Il y a vraiment des noms qui ont marqu\u00e9 mon enfance, comme l\u2019attaquant qui s’appelait Eug\u00e8ne Kabongo, ou le gardien de but qui s’appelait Lemasson. On chantait \u00ab Lemasson, c’est du b\u00e9ton \u00bb, dans un Gerland quasiment vide, dans ce bloc de b\u00e9ton brut. Il y avait aussi Ben Mabrouk, Aziz Bouderbala, Bruno Ngotty\u2026<\/p>\n\n\n\n

J’ai ensuite vu grandir cette \u00e9quipe jusqu’\u00e0 devenir celle qui va gagner pendant sept saisons de suite le championnat de France, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Je me suis ensuite totalement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 du foot, avant que mon fils de 16 ans m’y remette \u2014 mais par sa passion parisienne\u2026<\/p>\n\n\n\n

On met la musique devant vous, on danse \u2014 et la ville est \u00e0 nous.<\/p>Fabrice Arfi <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Est-ce qu’il y a une promenade que vous aimez particuli\u00e8rement \u00e0 Lyon ? <\/h3>\n\n\n\n

J’ai grandi pas tr\u00e8s loin du parc de la T\u00eate d’Or. Les rares fois o\u00f9 j’y vais, j’aime bien courir le long des quais du Rh\u00f4ne. <\/p>\n\n\n\n

Alors que j’ai connu des quais du Rh\u00f4ne satur\u00e9s de voitures, qui \u00e9taient en fait un immense parking sur des kilom\u00e8tres, il y a eu un r\u00e9am\u00e9nagement tr\u00e8s impressionnant. Tout le long des quais, du c\u00f4t\u00e9 du 6e et du 3e arrondissements, de la hauteur de l’H\u00f4tel de ville jusqu’au Mus\u00e9e des Confluences, est un parcours que j’adore. C’est la d\u00e9monstration que l’on peut se r\u00e9approprier une ville et son \u00e9poque \u2014 et que cela peut bien se passer, en sacrifiant notamment la voiture. <\/p>\n\n\n\n

Vous pensez \u00e0 d\u2019autres exemples d\u2019appropriation de la ville ?<\/h3>\n\n\n\n

Je pense \u00e0 une histoire personnelle. <\/p>\n\n\n\n

Quand j\u2019\u00e9tais jeune, avec un petit groupe d’amis, on \u00e9tait all\u00e9 acheter une caravane \u00e0 un ancien VRP qui \u00e9tait dans la sant\u00e9 \u2014 je me rappelle qu’il s’appelait Monsieur Bonichon.\u00a0On avait compl\u00e8tement customis\u00e9 cette caravane, en y mettant une sono, une boule \u00e0 facette, et on l\u2019avait appel\u00e9 la Caravane chic<\/em>. Le principe \u00e9tait qu’on allait n’importe o\u00f9 dans la ville de Lyon, on posait la caravane, on mettait de la musique et on faisait danser tout le monde.<\/p>\n\n\n\n

Cela a eu, je dois dire, un succ\u00e8s qui nous a un peu d\u00e9pass\u00e9s, puisqu’on nous a ensuite appel\u00e9 pour des mariages, pour des f\u00eates, etc. On s\u2019installait n’importe o\u00f9 en ville, g\u00e9n\u00e9ralement le soir, jusqu’\u00e0 ce que, grosso modo<\/em>, la police arrive. <\/p>\n\n\n\n

L’id\u00e9e \u00e9tait de dire  : on met la musique devant vous, on danse \u2014 et la ville est \u00e0 nous. On l’a fait souvent et cela reste un souvenir de joie et de ville. Il traduit comment on doit s’approprier la rue, qui n\u2019est pas qu\u2019un lieu de de travail, de vie et de consommation : c\u2019est aussi un lieu de joie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Lyon est un personnage central de La troisi\u00e8me vie<\/em>, dernier livre de Fabrice Arfi. <\/p>\n

Il y dessine une ville qu\u2019il n\u2019a pas connue  : Lyon dans les ann\u00e9es 1970, couverte de brume, infus\u00e9e par les r\u00e9seaux mafieux, presque imp\u00e9n\u00e9trable. <\/p>\n

Faire revivre ce pass\u00e9 et en v\u00e9rifier la v\u00e9racit\u00e9, voil\u00e0 une affaire de journaliste. Mais tout en rendant hommage au secret de chacun le mieux gard\u00e9 \u2014 l\u2019enfance. <\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":292393,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2984],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-292305","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-grand-tour","staff-florent-zemmouche","staff-zelie-fourquier","geo-europe"],"acf":[],"yoast_head":"\n\u00ab\u00c0 une \u00e9poque, Lyon \u00e9tait surnomm\u00e9 Chicago-sur-Rh\u00f4ne\u00bb, Grand Tour avec Fabrice Arfi | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/08\/12\/lyon-grand-tour-fabrice-arfi\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00ab\u00c0 une \u00e9poque, Lyon \u00e9tait surnomm\u00e9 Chicago-sur-Rh\u00f4ne\u00bb, Grand Tour avec Fabrice Arfi | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Lyon est un personnage central de La troisi\u00e8me vie, dernier livre de Fabrice Arfi. 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