{"id":291894,"date":"2025-08-08T18:43:19","date_gmt":"2025-08-08T16:43:19","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=291894"},"modified":"2025-08-09T11:16:41","modified_gmt":"2025-08-09T09:16:41","slug":"trump-autonomie-republicaine-europe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/08\/08\/trump-autonomie-republicaine-europe\/","title":{"rendered":"Notes pour une autonomie r\u00e9publicaine europ\u00e9enne"},"content":{"rendered":"\n
Nous vivons l’heure la plus sombre du processus d’int\u00e9gration europ\u00e9en. C\u2019\u00e9tait la ligne, presque unanime, de tous les commentaires de \u00ab l’accord \u00bb<\/a> pr\u00e9liminaire sur les droits de douane annonc\u00e9 le 27 juillet par Ursula von der Leyen et Donald Trump. Ce choc \u00e9tait pourtant le deuxi\u00e8me de l\u2019\u00e9t\u00e9 : le premier, le 15 juillet, avait \u00e9t\u00e9 la d\u00e9cision de l’Union europ\u00e9enne de ne prendre aucune mesure contre la politique du gouvernement isra\u00e9lien \u00e0 Gaza.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 premi\u00e8re vue, ces deux choix n\u2019ont rien en commun.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, ils cachent tous deux une m\u00eame tendance : la capitulation<\/a> devant les exigences de Washington \u2014 plus visible, certes, dans le premier cas que dans le second.<\/p>\n\n\n\n Il en ressort un moment politique in\u00e9dit : une soumission sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis au moins la fin de la Guerre froide qui menace non seulement le projet europ\u00e9en \u2014 dont le principe et le finalit\u00e9 sont l\u2019autonomie politique \u2014 mais aussi et surtout l’id\u00e9e m\u00eame de gouvernement r\u00e9publicain en Europe.<\/p>\n\n\n\n Cette id\u00e9e, telle que l\u2019a d\u00e9crite l\u2019historien et r\u00e9sistant Jean-Pierre Vernant dans ses \u00e9tudes sur la \u00ab naissance du politique \u00bb dans l’Antiquit\u00e9, part du principe que tout pouvoir doit \u00eatre plac\u00e9 au centre de la polis<\/em> : <\/em>\u00e0 \u00e9gale distance de chaque citoyen, visible et soumis \u00e0 leur contr\u00f4le \u00e9gal et efficace <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est une id\u00e9e s\u00e9duisante mais fragile.<\/p>\n\n\n\n Elle est aussi tr\u00e8s rare dans l’histoire : pour prendre l’exemple de la p\u00e9ninsule italienne<\/a>, elle n’y a pr\u00e9valu que pendant une partie de la vie de la R\u00e9publique romaine et des communes m\u00e9di\u00e9vales, puis dans les r\u00e9publiques r\u00e9silientes de G\u00eanes, Lucques et Venise, et apr\u00e8s 1945, enfin associ\u00e9e au principe moderne d’\u00e9galit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Cet id\u00e9al r\u00e9publicain en Europe, c\u2019est ce que nous risquons de perdre.<\/p>\n\n\n\n On conna\u00eet tous le grand contexte de cette menace.<\/p>\n\n\n\n Depuis plusieurs ann\u00e9es, la Russie et la Chine tentent par tous les moyens de d\u00e9stabiliser l\u2019Union \u2014 parfois avec succ\u00e8s \u2014 afin de s\u2019accaparer et de dominer individuellement les pays qui paraissent utiles \u00e0 leurs desseins.<\/p>\n\n\n\n Avec sa politique industrielle imp\u00e9riale, soutenue par d’\u00e9normes investissements \u00e0 la pointe de la technologie, P\u00e9kin s\u2019attaque \u00e0 la fois au march\u00e9 unique et aux exportations.<\/p>\n\n\n\n Parall\u00e8lement au d\u00e9fi militaire qu\u2019elle nous pose, Moscou, en soutenant les extr\u00eames droites europ\u00e9ennes, s’en prend \u00e0 la fois aux d\u00e9mocraties constitutionnelles du continent \u2014 affaiblies par deux d\u00e9cennies de crise \u2014 et \u00e0 la fragile architecture institutionnelle de l’Union \u2014 min\u00e9e par les droits de veto et par la grande disjonction des comp\u00e9tences sur la monnaie, la fiscalit\u00e9 et la d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 ces menaces, une tradition a fini par s\u2019imposer aux gouvernements europ\u00e9ens : demander la protection de Washington. <\/p>\n\n\n\n Mais les \u00c9tats-Unis sont devenus une puissance c\u00e9sariste<\/a>. Affichant des ambitions imp\u00e9riales, elle n’est plus de toute \u00e9vidence un alli\u00e9 fiable.<\/p>\n\n\n\n\n Se plier aux exigences de Donald Trump, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas sur les droits de douane et sur Gaza \u2014 et avant cela sur la question du r\u00e9armement au dernier sommet de l\u2019OTAN<\/a> \u2014 signifie renoncer \u00e0 la fois \u00e0 l’autonomie et \u00e0 l’int\u00e9gration politique.<\/p>\n\n\n\n D\u00e9sunies et soumises, les nations europ\u00e9ennes d\u00e9couvriront t\u00f4t ou tard qu’elles ne sont plus qu\u2019une monnaie d’\u00e9change dans les n\u00e9gociations entre grandes puissances. <\/p>\n\n\n\n Cette chute n\u2019a rien d’irr\u00e9sistible. Comme tout acte politique, il est possible d\u2019en inverser le cours. Mais le plus longtemps elle se poursuivra, le plus il sera difficile de changer de cap. <\/p>\n\n\n\n L’alternative est face \u00e0 nous, parfaitement claire : union ou vassalisation ; autonomie ou servitude.<\/p>\n\n\n\n Seule la r\u00e9action des citoyens pourrait secouer les gouvernements et dirigeants europ\u00e9ens qui ont choisi la soumission.<\/p>\n\n\n\n En Europe, le test de notre unit\u00e9 est aussi celui de notre autonomie.<\/p>Andrea Capussela<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Car c’est aussi l\u00e0 que r\u00e9side l’importance des choix effectu\u00e9s en juillet concernant les droits de douane et Gaza : tous deux sont tr\u00e8s impopulaires et susceptibles de provoquer une indignation politique et un rejet moral. Entre les mains de forces politiques talentueuses et ambitieuses, ces sentiments et ces motivations pourraient se propager et imposer un tournant. D\u2019autant que, comme le montrent les donn\u00e9es du sondage Eurobazooka<\/a> et du dernier Eurobarom\u00e8tre<\/a>, les gouvernements semblent d\u00e9phas\u00e9s : les Europ\u00e9ens veulent plus d\u2019autonomie, plus d\u2019union \u2014 ils ne sont pas pr\u00eats \u00e0 accepter la soumission.<\/p>\n\n\n\n Il ne s’agit pas en effet d’un choc asym\u00e9trique. Face \u00e0 ce dilemme, les nations europ\u00e9ennes se trouvent presque toutes dans la m\u00eame position \u2014 et cela est encore plus vrai pour leurs \u00e9lectorats. Une bataille politique qui s’appuierait sur cette indignation commune pourrait progressivement prendre une dimension v\u00e9ritablement europ\u00e9enne et donner naissance \u00e0 un demos<\/em> europ\u00e9en, sans lequel une int\u00e9gration politique plus pouss\u00e9e est difficilement envisageable.<\/p>\n\n\n\n On le sentait depuis longtemps, mais cela est devenu \u00e9vident \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2025 : en Europe, le test de notre unit\u00e9 est aussi celui de notre autonomie.<\/p>\n\n\n\n Sur les droits de douanes, il y a peu \u00e0 ajouter \u00e0 ce qu’ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit dans ces pages Dominique de Villepin<\/a>, Pascal Lamy<\/a> et Cecilia Malmstr\u00f6m<\/a> : les accepter \u00e9tait bien s\u00fbr n\u00e9faste, m\u00eame s\u2019il existe des arguments en faveur de cet \u00ab accord \u00bb. <\/p>\n\n\n\n On les a entendus : mieux valait cela qu’une guerre commerciale, ont manifestement calcul\u00e9 certaines capitales \u2014 Berlin et Rome<\/a> mais aussi Dublin, Vienne et tant d’autres \u2014 qui semblent avoir soutenu ou sugg\u00e9r\u00e9 la ligne de la Commission. D\u2019autre part, il est probable que ces droits de douane, comme ceux de 2018, se r\u00e9percuteront largement sur le consommateur am\u00e9ricain, poussant l’inflation \u00e0 la hausse ; associ\u00e9s au Big Beautiful Bill<\/a>, ils provoqueront un nouveau virage r\u00e9gressif du syst\u00e8me fiscal am\u00e9ricain et contribueront \u00e9galement \u00e0 semer le m\u00e9contentement parmi leurs \u00e9lecteurs des classes moyennes et populaires.<\/p>\n\n\n\n Plus discr\u00e8tement, d’autres ajoutent que les engagements contenus dans l’accord \u2014 investir 600 milliards de dollars aux \u00c9tats-Unis, y acheter encore plus d’\u00e9nergies fossiles, pour 750 milliards, et plus d’armes \u2014 ne sont pas r\u00e9ellement r\u00e9alisables et ne semblent pas s\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n Les \u00c9tats-Unis sont devenus une puissance c\u00e9sariste. Affichant des ambitions imp\u00e9riales, elle n\u2019est manifestement plus fiable.<\/p>Andrea Capussela<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n D’autres encore \u00e9largissent la perspective : satisfaire Trump, disent-ils, et s’engager \u00e0 acheter plus d’armes aux \u00c9tats-Unis renforcera l’engagement de Washington tant au sein de l’OTAN que dans la d\u00e9fense de l’Ukraine.<\/p>\n\n\n\n Plausibles dans l’abstrait, ces arguments sont balay\u00e9s par une constatation \u00e9vidente : cet accord est une capitulation. Une humiliation m\u00eame, soigneusement mise en sc\u00e8ne : von der Leyen s’est pr\u00e9sent\u00e9e dans une propri\u00e9t\u00e9 \u00e9cossaise de Trump pour s’incliner devant lui et n’a relev\u00e9 la t\u00eate que pour d\u00e9fendre ce geste avec ses propres faux arguments. Elle a ensuite lev\u00e9 le pouce pour la photo de groupe.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s que l’Union s’est inclin\u00e9e et a m\u00eame promis d’accro\u00eetre sa d\u00e9pendance militaire vis-\u00e0-vis de Washington, il est \u00e9vident que Trump se sentira encore moins li\u00e9 par l’engagement de d\u00e9fense collective de l’article 5 du trait\u00e9 de l’Atlantique Nord \u2014 et encore plus libre d’agir unilat\u00e9ralement, que ce soit sur l’Ukraine<\/a> ou sur d’autres dossiers.<\/p>\n\n\n\n Il est tout aussi \u00e9vident que si les droits de douane nuisaient \u00e0 sa popularit\u00e9, ou si les engagements d’investissement et d’achat n’\u00e9taient pas respect\u00e9s, il n’h\u00e9siterait pas \u00e0 exiger davantage, et avec plus de force, d’un partenaire aussi conciliant : le 5 ao\u00fbt, Trump a d\u2019ailleurs menac\u00e9 d’imposer des droits de douane de 35 % si l’Union ne respectait pas son engagement d’investissement<\/a>, qualifi\u00e9 de \u00ab cadeau de 600 milliards \u00bb, et des droits de douane pouvant atteindre 250 % sur les produits pharmaceutiques.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s tout, il pourrait toujours exiger davantage, \u00e0 n’importe quel pr\u00e9texte et \u00e0 tout moment <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 moyen terme, cet accord augmente donc le co\u00fbt de tout futur virage vers l\u2019autonomie de l’Union \u2014 Washington sait d\u00e9sormais qu\u2019il est facile de faire plier toute l\u2019Europe. \u00c0 court terme, il ne garantit m\u00eame pas la pr\u00e9visibilit\u00e9 du r\u00e9gime commercial<\/a>.<\/p>\n\n\n\n En observant les effets de la concentration du pouvoir<\/a> entre les mains de la pr\u00e9sidente de la Commission, Giuliano da Empoli a eu l\u2019une de ses plus belles fulgurances : il a pens\u00e9 au passage de Su\u00e9tone o\u00f9 une puissante arm\u00e9e est envoy\u00e9e sur une plage pour ramasser des coquillages<\/a>. <\/p>\n\n\n\n Parmi les historiens de l’Antiquit\u00e9, on aurait aussi pu penser \u00e0 un passage des Annales<\/em> de Tacite qui, d\u00e9crivant la premi\u00e8re phase du principat de Tib\u00e8re, rappelle une sorte de loi politique imm\u00e9moriale : ceux qui sont domin\u00e9s ne peuvent pas s’emp\u00eacher d’\u00eatre serviles.<\/p>\n\n\n\n L’\u00e9pisode le plus risible \u2014 qui n’est pas sans rappeler la mani\u00e8re dont Ursula von der Leyen affirme complaisamment que les pr\u00e9tentions de l’adversaire sont justes \u2014 est celui de ce s\u00e9nateur qui proposa au S\u00e9nat de rendre \u00e0 Tib\u00e8re des \u00ab honores maiores quam ipse petere posset<\/em> \u00bb\u2014 c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire, des honneurs plus grands que ceux auxquels il pourrait l\u00e9gitimement pr\u00e9tendre. Face \u00e0 sa r\u00e9ticence, il insista en invoquant l’int\u00e9r\u00eat public et en protestant de son ind\u00e9pendance de jugement.<\/p>\n\n\n\n Une telle rouerie, commente Tacite, \u00e9tait \u00ab la seule forme d’adulation qui n’avait pas encore \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n En Europe, un groupe de puissances moyennes et petites, g\u00e9n\u00e9ralement pacifiques et non r\u00e9visionnistes, a contribu\u00e9 \u00e0 affaiblir les fondements de l\u2019ordre international qui servait jusqu\u2019ici \u00e0 les prot\u00e9ger.<\/p>Andrea Capussela<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mais l’asym\u00e9trie de pouvoir entre ce \u00ab Prince du S\u00e9nat \u00bb et ces s\u00e9nateurs n’est pas comparable au rapport de forces entre les \u00c9tats-Unis et l’Union. <\/p>\n\n\n\n Parmi les nombreux exemples possibles, les duels engag\u00e9s par le pass\u00e9 entre Bruxelles et Washington sur un autre terrain d\u00e9cisif, qui rel\u00e8ve enti\u00e8rement de la comp\u00e9tence de l’Union, en t\u00e9moignent : la politique de concurrence, et plus particuli\u00e8rement les autorisations de fusions entre entreprises d’envergure mondiale, ainsi que la r\u00e9pression de leurs abus de position dominante.<\/p>\n\n\n\n Et puis, il y a le poids de l\u2019histoire, qui offre en Europe de nombreux exemples de r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n Pendant que nous assistions \u00e0 la d\u00e9b\u00e2cle de Turnberry, un passage de Fernand Braudel sur la M\u00e9diterran\u00e9e dans la seconde moiti\u00e9 du XVIe si\u00e8cle a retenu mon attention. <\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 l\u2019immense puissance de l’Empire ottoman, Venise, puissance prudente et riche mais fragile et sans v\u00e9ritables alli\u00e9s, ne c\u00e9dait pas un pouce de terrain sans r\u00e9sister. <\/p>\n\n\n\n Braudel d\u00e9crit ainsi sa politique : \u00ab avant tout, ne pas se montrer intimid\u00e9, r\u00e9pondre aux menaces par des menaces, \u00e0 la violence par la violence \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Contrairement \u00e0 la S\u00e9r\u00e9nissime, l’Union a choisi de capituler.<\/p>\n\n\n\n Il existait des alternatives. La meilleure aurait \u00e9t\u00e9, selon Pascal Lamy<\/a>, \u00ab de construire une coalition internationale suffisamment puissante pour dissuader Donald Trump et sortir du face-\u00e0-face bilat\u00e9ral \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La Commission y a renonc\u00e9, ou a jug\u00e9 la chose irr\u00e9alisable. Mais il restait la riposte. <\/p>\n\n\n\n Le 12 juillet, apr\u00e8s la menace de droits de douane de 30 % ass\u00e9n\u00e9e par Trump, l\u2019\u00e9conomiste Olivier Blanchard<\/a> \u00e9crivait :<\/p>\n\n\n\n \u00catre gentil, renoncer \u00e0 la taxe num\u00e9rique, n’a rien apport\u00e9 \u00e0 l’Europe. Des repr\u00e9sailles intelligentes sont essentielles, m\u00eame si elles conduisent \u00e0 court terme \u00e0 une situation \u00e9conomique et g\u00e9opolitique dangereuse \u2014 oui, l’administration Trump pourrait continuer l\u2019escalade avant de finir par reculer.<\/em><\/p>\n\n\n\n Une riposte intelligente serait quelque chose de tr\u00e8s diff\u00e9rent des droits de douane uniformes impos\u00e9s par les \u00c9tats-Unis \u2014 qui sont probablement aussi n\u00e9fastes pour les \u00c9tats-Unis que pour l’Europe. Cela signifierait cibler, produit par produit, ce qui leur fait le plus mal \u2014 politiquement ou \u00e9conomiquement \u2014 et ce qui fait le moins mal \u00e0 l’Union.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n Mais nous \u00e9tions enferm\u00e9s dans une forme de servitude volontaire.<\/p>\n\n\n\n Un peu comme le s\u00e9nateur de Tacite, nous avons fait la r\u00e9v\u00e9rence \u00e0 un homme qui, depuis son entr\u00e9e en politique, s’est avec une constance rare d\u00e9clar\u00e9 oppos\u00e9 au projet europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n Pour l’Union, \u00e9crit encore Lamy<\/a>, \u00ab Trump pourrait repr\u00e9senter une menace d’une gravit\u00e9 comparable \u00e0 celle de la guerre d\u00e9clench\u00e9e par Poutine en 2022 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n On pourrait supprimer le conditionnel et d\u00e9placer les choses \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n Au-del\u00e0 de Trump, Washington s\u2019av\u00e8re pour nous une menace plus insidieuse que Moscou.<\/p>\n\n\n\n D’une part, parce que les \u00c9tats-Unis s\u2019opposent aux d\u00e9mocraties constitutionnelles tout autant que Vladimir Poutine. <\/p>\n\n\n\n D’autre part, parce que ce pays joue pour ainsi dire le r\u00f4le d\u2019un adversaire-ami, dont nous d\u00e9pendons encore largement pour nous d\u00e9fendre contre ceux qui nous sont plus imm\u00e9diatement hostiles. <\/p>\n\n\n\n Consciente du d\u00e9clin progressif de sa puissance relative, Washington est aujourd’hui engag\u00e9e dans une course contre la montre pour tenter de l’inverser ou de le ralentir. Son vecteur principal doit passer par les pays les plus proches et les plus vuln\u00e9rables, envers lesquels les \u00c9tats-Unis m\u00e8nent une politique de plus en plus agressive. Il s’agit de les transformer, pour le dire cr\u00fbment, d’alli\u00e9s en vassaux.<\/p>\n\n\n\n Au-del\u00e0 de Trump, Washington s\u2019av\u00e8re pour nous une menace plus insidieuse que Moscou.<\/p>Andrea Capussela<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n C’est devant cela qu\u2019Ursula von der Leyen, au nom d’un trop grand nombre de gouvernements europ\u00e9ens, a baiss\u00e9 la t\u00eate et lev\u00e9 le pouce. <\/p>\n\n\n\n Et c\u2019est contre cela qu\u2019une Europe rebelle pourrait se dresser.<\/p>\n\n\n\n\n\n Contrairement aux clauses techniques des accords commerciaux, les images suffisent \u00e0 susciter l’indignation face \u00e0 ce qui se passe \u00e0 Gaza.<\/p>\n\n\n\n Les Europ\u00e9ens les ont vues, parfois en d\u00e9tournant les yeux ou en s’effor\u00e7ant de ne pas les ignorer, et ils ont pris conscience de l’\u00e9cart qui les s\u00e9pare du silence, de l’inaction et des paroles creuses de trop nombreux dirigeants.<\/p>\n\n\n\n Il est sans doute arbitraire de r\u00e9sumer une telle politique \u00e0 une seule d\u00e9cision, mais celle du 15 juillet est significative.<\/p>\n\n\n\n Ce jour-l\u00e0, la Commission et le Conseil \u00e9taient dos au mur : la clause de l’accord d’association avec Isra\u00ebl sur le respect des droits de l’homme avait \u00e9t\u00e9 diligemment mise en regard de la situation \u00e0 Gaza, et les experts \u00e9taient formels. Sur leur table se trouvait un rapport, \u00e9tabli directement par les services de Kaja Kallas qui, sans grande possibilit\u00e9 d’\u00e9quivoque, attestait qu’Isra\u00ebl ne respectait pas ses engagements.<\/p>\n\n\n\n Sous ce dossier se trouvait sans doute l’avis consultatif rendu le 19 juillet 2024, \u00e0 une tr\u00e8s large majorit\u00e9, par lequel la Cour internationale de justice conclut que l’occupation de Gaza, de J\u00e9rusalem-Est et de la Cisjordanie viole \u00e0 la fois l’interdiction d’acqu\u00e9rir des territoires par la force et le droit des peuples \u00e0 disposer d’eux-m\u00eames \u2014 et que le r\u00e9gime d’occupation viole l’interdiction de la discrimination raciale et de l’apartheid <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, malgr\u00e9 cette reconnaissance institutionnelle de la situation, aucune mesure politique n’a \u00e9t\u00e9 prise.<\/p>\n\n\n\n Pourquoi faire le rapprochement avec la capitulation de Turnberry ?<\/p>\n\n\n\n Au moins trois raisons nous semblent s\u2019imposer.<\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re \u2014 et la plus \u00e9vidente \u2014 est le foss\u00e9 que cette politique de la complaisance sur la situation \u00e0 Gaza a creus\u00e9 entre l’Union et les nombreux pays du Sud \u2014 comme le Br\u00e9sil \u2014 qui auraient eu de bonnes raisons de faire front commun contre les droits de douane de Trump et pour d\u00e9fendre l’ordre commercial multilat\u00e9ral<\/a>. Une politique diff\u00e9rente \u00e0 l’\u00e9gard du gouvernement isra\u00e9lien n’aurait certes pas garanti une telle coalition, mais elle aurait pu la faciliter.<\/p>\n\n\n\n La deuxi\u00e8me raison, tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale, est que les deux choix faits par l’Union les 15 et 27 juillet ont viol\u00e9 ou ignor\u00e9 des principes essentiels tant pour le projet europ\u00e9en dans son ensemble que pour les traditions constitutionnelles des diff\u00e9rents \u00c9tats membres : en particulier l\u2019interdiction du recours \u00e0 la force et l’interdiction de la discrimination dans le commerce international \u2014 car d\u2019\u00e9vidence, l’accord sur les droits de douane violera les r\u00e8gles de l’Organisation mondiale du commerce.<\/p>\n\n\n\n Un groupe de puissances moyennes et petites, g\u00e9n\u00e9ralement pacifiques et non r\u00e9visionnistes, a contribu\u00e9 \u00e0 affaiblir les fondements de l\u2019ordre international qui servait jusqu\u2019ici \u00e0 les prot\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n La troisi\u00e8me raison de ce rapprochement est la menace qui p\u00e8se sur l’id\u00e9al r\u00e9publicain.<\/p>\n\n\n\n Dans une large mesure, la politique de complaisance de l’Europe \u00e0 l’\u00e9gard des agissements ill\u00e9gaux du gouvernement isra\u00e9lien est elle-m\u00eame un effet de l’asym\u00e9trie de puissance avec les \u00c9tats-Unis. Mais, plus largement, elle est susceptible de d\u00e9stabiliser les d\u00e9mocraties de l’Union.<\/p>\n\n\n\n Pour s’en rendre compte, il suffit d’examiner les autres motivations possibles de cette politique. Le 15 juillet, personne ne s’attendait s\u00e9rieusement \u00e0 une r\u00e9ponse proportionn\u00e9e aux actions d’Isra\u00ebl. Mais la crise de Gaza a eu au moins un effet clarificateur : elle nous a oblig\u00e9s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ses fondements rationnels, moraux et politiques.<\/p>\n\n\n\n L’exercice est simple et assez rapide. Personne ne doute que l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et les si\u00e8cles d’antis\u00e9mitisme qui l’ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e doivent absolument peser encore lourdement sur la conscience de l’Europe. Personne ne peut en d\u00e9duire une obligation de soutenir les actions d\u2019un gouvernement isra\u00e9lien lorsqu\u2019il viole le droit international. Une telle obligation ne peut d’ailleurs pas non plus d\u00e9couler du devoir de solidarit\u00e9 envers les otages toujours emprisonn\u00e9s dans des conditions inhumaines dans les tunnels du Hamas ou envers les victimes des autres crimes terroristes du 7 octobre 2023.<\/p>\n\n\n\n La politique europ\u00e9enne de complaisance \u00e0 l’\u00e9gard des comportements ill\u00e9gaux du gouvernement isra\u00e9lien est un effet de l’asym\u00e9trie de puissance avec les \u00c9tats-Unis.<\/p>Andrea Capussela<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La question est donc de d\u00e9terminer quelles actions d’Isra\u00ebl sont ill\u00e9gales.<\/p>\n\n\n\n C’est un probl\u00e8me difficile, mais en grande partie r\u00e9solu : certaines violations graves ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 constat\u00e9es par la Cour internationale de justice ; d’autres, comme le blocus impos\u00e9 \u00e0 Gaza, semblent manifestes.<\/p>\n\n\n\n Venons-en maintenant aux int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels de l’Union.<\/p>\n\n\n\n Isra\u00ebl est une \u00e9conomie dynamique et innovante, avec laquelle l’Union entretient des relations commerciales avantageuses. Il existe de tr\u00e8s nombreuses raisons de soutenir cet \u00c9tat dans ses initiatives l\u00e9gitimes ou contre les menaces ext\u00e9rieures. Cependant, au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es, ses actions ont contribu\u00e9 au d\u00e9sordre dans la r\u00e9gion, entrav\u00e9 le commerce maritime et risqu\u00e9 une nouvelle flamb\u00e9e des prix de l’\u00e9nergie, ainsi qu’une guerre r\u00e9gionale ouverte, mena\u00e7ant ainsi de causer des dommages irr\u00e9versibles aux avantages que les Europ\u00e9ens tirent de leurs \u00e9changes avec Isra\u00ebl. L’int\u00e9r\u00eat de l’Union aurait donc \u00e9t\u00e9 de freiner son gouvernement plut\u00f4t que d’encourager, par son inaction, ses tendances les plus agressives.<\/p>\n\n\n\n Si ni la justice, ni la responsabilit\u00e9 historique de l’Europe, ni les int\u00e9r\u00eats de l’Union ne suffisent \u00e0 l’expliquer, il reste le facteur externe : la pression am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n Celle-ci \u00e9tait moins \u00e9vidente sous l’administration d\u00e9mocrate, mais elle est manifeste avec Trump \u2014 qui a par exemple, dans le cas Canada, li\u00e9 l\u2019intention par ce pays de reconna\u00eetre la Palestine \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de conclure un accord commercial.<\/p>\n\n\n\n Il n’y a aucune raison de croire que l’intensit\u00e9 de la pression ait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9rente : depuis des d\u00e9cennies, le soutien quasi-inconditionnel \u00e0 Isra\u00ebl est un pilier ind\u00e9fectible de la politique \u00e9trang\u00e8re de Washington, quelle que soit la couleur de l’administration en place. La coh\u00e9rence voudrait donc que Washington ait pouss\u00e9 les gouvernements europ\u00e9ens \u00e0 faire de m\u00eame, tant pour renforcer l’efficacit\u00e9 de sa politique au Moyen-Orient que pour mieux masquer le contraste fr\u00e9quent entre celle-ci et les valeurs dites \u00ab occidentales \u00bb.<\/p>\n\n\n\n La pression am\u00e9ricaine n\u2019est pas la seule explication, surtout dans les pays ayant un pass\u00e9 nazi ou fasciste. Mais elle est un facteur causal n\u00e9cessaire, principalement en raison des co\u00fbts politiques et de r\u00e9putation \u00e9lev\u00e9s et croissants que \u00ab le consentement \u00bb \u00e0 la d\u00e9vastation de Gaza implique pour les gouvernements europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est ce que montrent les r\u00e9cents changements de braquet en Europe sur l’aide humanitaire et la reconnaissance de la Palestine, dict\u00e9es par la crainte de l’augmentation du co\u00fbt politique d\u2019une acceptation de la situation. Ces corrections sont tardives et inefficaces : l’aide reste insuffisante, les fusillades lors de sa distribution se poursuivent et le nombre de personnes que la faim tue chaque jour continue d’augmenter. Parall\u00e8lement, le co\u00fbt politique de l\u2019inaction augmente aussi. Il est \u00e0 l’origine des effets d\u00e9stabilisateurs qui p\u00e8sent sur les d\u00e9mocraties europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n Il ne faut pas en sous-estimer l\u2019importance : la persistance d\u2019une politique de \u00ab consentement \u00bb envers la destruction de Gaza et d’une partie importante de sa population est un fait d’une gravit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l’Europe d\u2019apr\u00e8s-guerre \u2014 ind\u00e9pendamment de la qualification juridique des choses <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n Conjointement aux violences commises par les militaires et les colons isra\u00e9liens en Cisjordanie, la guerre \u00e0 Gaza a mis en lumi\u00e8re la nature et les objectifs du r\u00e9gime d’occupation et a ouvert les yeux m\u00eame aux moins inform\u00e9s ou int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9pulsion morale et l’indignation politique des citoyens europ\u00e9ens \u00e0 l’\u00e9gard de ce consentement ont donc des racines profondes ; elles se r\u00e9pandront davantage si les violences se poursuivent et elles auront des effets \u00e0 long terme. D’ores et d\u00e9j\u00e0, les sondages sugg\u00e8rent que la majorit\u00e9 ou de larges minorit\u00e9s des \u00e9lecteurs des partis politiques europ\u00e9ens de droite mod\u00e9r\u00e9e, du centre et de gauche sont en d\u00e9saccord avec leurs repr\u00e9sentants qui ont choisi de ne pas s’opposer s\u00e9rieusement aux agissements ill\u00e9gaux d’Isra\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n Or plus cette politique se poursuivra, plus le d\u00e9saccord entre ces partis et ces gouvernements et leurs \u00e9lecteurs s’aggravera. <\/p>\n\n\n\n Bien s\u00fbr, ce ne sera pas le seul facteur d\u00e9terminant pour leur vote aux prochaines \u00e9lections, mais il est possible de faire la distinction entre le soutien politique contingent, souvent d\u00e9cid\u00e9 entre des partis qui adh\u00e8rent \u00e9galement \u00e0 cette ligne de complaisance, et la cr\u00e9dibilit\u00e9 d’un parti ou de toute une classe politique. <\/p>\n\n\n\n La guerre de Gaza pourrait ainsi \u00eatre la goutte d’eau qui fait d\u00e9border le vase pour une classe dirigeante qui n’a pas encore su apporter de rem\u00e8des ad\u00e9quats aux inefficacit\u00e9s et aux in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9v\u00e9l\u00e9es par la crise de 2008, ni aux faiblesses structurelles de la zone euro qui, au plus fort de la crise de la dette souveraine, entre 2011 et 2012, avaient menac\u00e9 la survie de l’union mon\u00e9taire et de l’Union elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Il ne semble donc pas extravagant d’imaginer que, en poussant les gouvernements europ\u00e9ens sur la voie de la complaisance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du gouvernement isra\u00e9lien, Trump et ses strat\u00e8ges aient souhait\u00e9 d\u00e9stabiliser l\u2019Union. Le calcul serait simple : discr\u00e9diter les classes dirigeantes europ\u00e9ennes traditionnelles afin de favoriser les mouvements d’extr\u00eame droite et radicaux alli\u00e9s \u00e0 Trump, dans l’espoir que ceux-ci acc\u00e8dent au pouvoir et, de l\u00e0, vident ou d\u00e9mant\u00e8lent les d\u00e9mocraties constitutionnelles europ\u00e9ennes consolid\u00e9es qui, par leur existence m\u00eame et leur proximit\u00e9 historique avec les \u00c9tats-Unis, constituent un d\u00e9fi frontal au r\u00e9gime c\u00e9sariste qu’il semble vouloir instaurer.<\/p>\n\n\n\n La conjonction entre la politique imp\u00e9riale actuelle de Washington et la menace qui p\u00e8se sur l’id\u00e9e r\u00e9publicaine est \u00e9vidente. <\/p>\n\n\n\n Il ne semble pas extravagant d’imaginer que, en poussant les gouvernements europ\u00e9ens sur la voie de la complaisance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du gouvernement isra\u00e9lien, Trump et ses strat\u00e8ges aient souhait\u00e9 d\u00e9stabiliser l\u2019Union.<\/p>Andrea Capussela<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ce contexte est aggrav\u00e9 par les strat\u00e9gies parall\u00e8les de Moscou et de P\u00e9kin, ainsi que par les risques inh\u00e9rents \u00e0 l’utilisation politique de l’IA.<\/p>\n\n\n\n Imparfaites et affaiblies, les institutions politiques des nations europ\u00e9ennes pourraient ne pas r\u00e9sister \u00e0 la pression. <\/p>\n\n\n\n Pour des raisons similaires, les institutions hongroises, encore jeunes, ont d\u00e9j\u00e0 c\u00e9d\u00e9 ; celles de Pologne, tout aussi r\u00e9centes, ont failli c\u00e9der ; celles d’Italie, plus anciennes, sont \u00e9galement en danger. Il serait imprudent de supposer que celles de la France, bien que s\u00e9culaires, ne c\u00e9deraient pas si l’extr\u00eame droite l’emportait.<\/p>\n\n\n\n La liste pourrait encore s’allonger.<\/p>\n\n\n\n La question est de savoir si l’indignation des Europ\u00e9ens pourrait \u00eatre canalis\u00e9e dans une autre direction avant d’\u00eatre capt\u00e9e par les droites extr\u00eames. <\/p>\n\n\n\n Les principes vers lesquelles nous pourrions converger sont \u00e9vidents. <\/p>\n\n\n\n Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ceux que Trump combat, ouvertement ou secr\u00e8tement : l’autonomie, la d\u00e9mocratie, le constitutionnalisme, l’\u00e9gale dignit\u00e9 des personnes, la libert\u00e9 <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Ce ne sont pas des valeurs partisanes. Elles peuvent unir m\u00eame ceux qui, en Europe, continuent de s\u2019opposer. <\/p>\n\n\n\n Il continuera \u00e0 y avoir bien s\u00fbr des affrontements sur le terrain des politiques \u00e9conomiques et sociales mais aucun de ces conflits ne devraient nous emp\u00eacher, face \u00e0 la nature du d\u00e9fi, de nous unir pour d\u00e9fendre ces principes. <\/p>\n\n\n\n Car la question, au fond, est de savoir si de tels conflits et d\u00e9saccords auront encore un sens \u2014 ou si, les vraies d\u00e9cisions \u00e9tant prises depuis le centre de l\u2019Empire, ils ne seraient que de purs querelles rh\u00e9toriques dans le vent.<\/p>\n\n\n\n Pour reprendre l’image que j’ai utilis\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, la question est de savoir si le pouvoir restera au centre, visible et contr\u00f4lable par tous les citoyens, ou s’il glissera progressivement entre des mains lointaines : \u00e0 Washington, en partie ; \u00e0 P\u00e9kin ; peut-\u00eatre m\u00eame \u00e0 Moscou \u2014 ou ailleurs, pouss\u00e9 par la mutation des rapports de force en cours. Il n’y a aucune raison d’exclure, par exemple, qu’une Inde capable d’exprimer tout son potentiel ne revendique un jour sa part des tr\u00e9sors europ\u00e9ens si nous l\u2019acceptons.<\/p>\n\n\n\n Enferm\u00e9s dans une sorte de \u00ab path dependency<\/em> \u00bb, les gouvernements et les dirigeants europ\u00e9ens responsables de la capitulation du 27 juillet changeront difficilement de ligne.<\/p>\n\n\n\nUne r\u00e9sistible alternative<\/h2>\n\n\n\n
\n <\/picture>\n
\n <\/picture>\n Superior stabat lupus<\/em> : chronique d\u2019une humiliation<\/h2>\n\n\n\n
De la servitude volontaire<\/h2>\n\n\n\n
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Savoir nommer l\u2019ennemi<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n De Turnberry \u00e0 Gaza<\/h2>\n\n\n\n
D\u00e9stabiliser l\u2019Union<\/h2>\n\n\n\n
La bataille pour l\u2019autonomie r\u00e9publicaine<\/h2>\n\n\n\n