{"id":291760,"date":"2025-08-09T06:50:00","date_gmt":"2025-08-09T04:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=291760"},"modified":"2025-08-11T17:34:57","modified_gmt":"2025-08-11T15:34:57","slug":"grand-tour-albanie-jean-christophe-rufin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/08\/09\/grand-tour-albanie-jean-christophe-rufin\/","title":{"rendered":"\u00ab L\u2019\u00e9nigme permanente de l\u2019Albanie \u00bb, Grand Tour avec Jean-Christophe Rufin"},"content":{"rendered":"\n

Grand Tour<\/em><\/a>, notre historique s\u00e9rie d\u2019\u00e9t\u00e9 est de retour pour une nouvelle saison.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Comme chaque ann\u00e9e, nous vous invitons \u00e0 explorer le rapport d\u2019affinit\u00e9 entre des personnalit\u00e9s et des espaces g\u00e9ographiques o\u00f9 elles ne sont pas n\u00e9s ou qu\u2019elles n\u2019ont pas vraiment habit\u00e9s \u2014 et qui ont pourtant jou\u00e9 un r\u00f4le crucial dans leur propre trajectoire intellectuelle ou artistique.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Apr\u00e8s <\/em>Nikos Aliagas<\/em><\/a> sur Missolonghi, <\/em>Fran\u00e7oise Nyssen<\/em><\/a> sur Arles, <\/em>G\u00e9rard Araud<\/em><\/a> sur Hydra, <\/em>\u00c9douard Louis<\/em><\/a> sur Ath\u00e8nes, <\/em>Anne-Claire Coudray<\/em><\/a> sur Rio,<\/em> Edoardo Nesi<\/em><\/a> sur Forte dei Marmi,<\/em> Helen Thompson<\/em><\/a> sur Naples,<\/em> Pierre Assouline<\/em><\/a> sur la Corse, Denis Crouzet et \u00c9lisabeth Crouzet-Pavan<\/a> sur Venise ou Carla Sozzani<\/a> sur Milan, Edwy Plenel<\/a> sur la Martinique, Mazarine Mitterrand Pingeot<\/a> sur La Charit\u00e9-sur-Loire et Jean-Pierre Dupuy<\/a> sur la Californie ou H\u00e9l\u00e8ne Landemore<\/a> sur l’Islande, Jean-Christophe Rufin nous fait visiter la sc\u00e8ne de son dernier roman : l’Albanie.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Pour recevoir tous les \u00e9pisodes, <\/em>abonnez-vous au Grand Continent<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n

Votre premier voyage en Albanie remonte au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, juste apr\u00e8s la chute du communisme. Pourriez-vous nous raconter cette premi\u00e8re rencontre avec le pays ?<\/h3>\n\n\n\n

C\u2019\u00e9tait en 1997, au moment de la guerre civile, apr\u00e8s l\u2019effondrement des pyramides de Ponzi. J\u2019\u00e9tais all\u00e9 l\u00e0-bas seulement pour trois ou quatre jours. <\/p>\n\n\n\n

L\u2019Albanie \u00e9tait un pays fascinant mais qui avait \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 du monde \u00e0 un degr\u00e9 inimaginable pendant la dictature. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, la Cor\u00e9e du Nord, c\u2019est Las Vegas. Le r\u00e9gime \u00e9tait extr\u00eamement dur \u2014 m\u00e9chamment dur.<\/p>\n\n\n\n

Pourtant, l\u2019Albanie est au c\u0153ur des Balkans, juste en face de l\u2019Italie. Ce n\u2019est pas un pays isol\u00e9 g\u00e9ographiquement.<\/p>\n\n\n\n

Quand je suis arriv\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, les stigmates de cette \u00e9poque \u00e9taient encore tr\u00e8s visibles.  <\/p>\n\n\n\n

Lesquels par exemple ?<\/h3>\n\n\n\n

Je pense notamment \u00e0 ces petits bunkers en forme de champignons \u2014 qui aujourd\u2019hui font sourire. Ils en font m\u00eame des cendriers, c\u2019est devenu une sorte de plaisanterie nationale.<\/p>\n\n\n\n

Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ce n\u2019\u00e9tait pas dr\u00f4le du tout.<\/p>\n\n\n\n

Chaque citoyen devait avoir son propre bunker. On vivait litt\u00e9ralement en \u00e9tat de si\u00e8ge, dans l\u2019id\u00e9e que le monde entier voulait envahir ce pays pr\u00e9tendument merveilleux \u2014 alors m\u00eame que la population mourait de faim.<\/p>\n\n\n\n

Sur place, j\u2019ai vu des choses absurdes. Par exemple, un minuscule bout d\u2019autoroute menant \u00e0 l\u2019a\u00e9roport \u00e0 la fin duquel on devait s\u2019arr\u00eater et finir \u00e0 pied dans la boue. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, on voyait des immeubles sovi\u00e9tiques : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des fen\u00eatres ; de l\u2019autre, des balcons sans fen\u00eatres. C\u2019\u00e9tait le r\u00e8gne de la folie bureaucratique.<\/p>\n\n\n\n

Le r\u00e8gne de la folie bureaucratique sous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un seul homme\u2026 <\/h3>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr, le culte de la personnalit\u00e9 \u00e9tait omnipr\u00e9sent. J\u2019avais visit\u00e9 la maison du dictateur Enver Hoxha. Il \u00e9tait frappant de voir \u00e0 quel point m\u00eame les \u00e9lites, m\u00eame les plus hauts plac\u00e9s comme lui et son entourage, vivaient pauvrement. Sa maison n\u2019avait rien d\u2019un ch\u00e2teau.<\/p>\n\n\n\n

Tous \u00e9taient dans cette m\u00eame frugalit\u00e9 et beaucoup commen\u00e7aient alors \u00e0 partir en exil. C\u2019\u00e9tait mon tout premier contact avec ce pays.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Albanie \u00e9tait un pays fascinant mais qui avait \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 du monde \u00e0 un degr\u00e9 inimaginable pendant la dictature. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, la Cor\u00e9e du Nord, c\u2019est Las Vegas.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dans quel cadre y \u00e9tiez-vous ?<\/h3>\n\n\n\n

Je suis d\u2019abord all\u00e9 en Albanie dans le cadre d\u2019une mission exploratoire pour une ONG. Ensuite, je me souviens avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 Mitrovica, au Kosovo, en pleine p\u00e9riode de conflit, mais mon s\u00e9jour l\u00e0-bas a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bref. <\/p>\n\n\n\n

Il \u00e9tait assez frappant de voir combien de r\u00e9fugi\u00e9s du Kosovo se trouvaient d\u00e9j\u00e0 en Albanie. Pour les ONG comme MSF, il existait des kits standards pour les camps de r\u00e9fugi\u00e9s : kits contre la malaria, contre la malnutrition, etc. Mais en r\u00e9alit\u00e9, ces r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019avaient pas besoin de cela.<\/p>\n\n\n\n

Leurs besoins relevaient plut\u00f4t de la m\u00e9decine des pays d\u00e9velopp\u00e9s : il leur fallait des antihypertenseurs, ou bien des traitements pour continuer leurs prescriptions habituelles \u2014 que nous n\u2019avions  \u00e9videmment pas. <\/p>\n\n\n\n

Et il y avait parmi ces r\u00e9fugi\u00e9s des m\u00e9decins et des infirmiers tr\u00e8s bien form\u00e9s. Mais ils n\u2019avaient tout simplement aucun mat\u00e9riel.<\/p>\n\n\n\n

J\u2019avais donc propos\u00e9 une autre approche \u2014 qui est aussi une des raisons pour lesquelles je ne suis pas rest\u00e9 longtemps : plut\u00f4t que d\u2019intervenir directement, on avait d\u00e9cid\u00e9 de rep\u00e9rer les personnes comp\u00e9tentes sur place et de leur fournir les moyens n\u00e9cessaires.<\/p>\n\n\n\n

Je savais que j\u2019allais \u00e9crire sur les Balkans.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ces r\u00e9gions vont occuper ensuite une place importante dans votre \u0153uvre, je pense notamment \u00e0 Check-point<\/em>. <\/h3>\n\n\n\n

J\u2019ai beaucoup travaill\u00e9 sur les guerres des Balkans \u2014 Bosnie, Kosovo, Croatie, etc. Plusieurs de ces sujets ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des livres. L\u2019un d\u2019eux s\u2019intitule, en effet, Check-point<\/em>. C\u2019est un r\u00e9cit qui s\u2019inscrit dans ce que j\u2019appelle \u00ab l\u2019\u00e8re de la peur \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Le roman met en sc\u00e8ne deux camions, avec deux \u00e9quipes d\u2019humanitaires, qui entrent en Bosnie pendant la guerre. Une personne se retrouve prise entre les deux groupes, et le livre soul\u00e8ve toute une s\u00e9rie de questions, notamment celle de savoir si, face \u00e0 la guerre, une r\u00e9ponse humanitaire neutre a encore un sens \u2014 ou s\u2019il faut, \u00e0 un moment, s\u2019engager plus directement.<\/p>\n\n\n\n

Saviez-vous ou sentiez-vous d\u00e8s le d\u00e9but, au moment o\u00f9 vous \u00e9tiez l\u00e0-bas, que vous alliez \u00e9crire sur ces pays ? <\/h3>\n\n\n\n

J\u2019avais Check-point <\/em>en t\u00eate depuis un moment. Je savais que j\u2019allais \u00e9crire sur les Balkans.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Albanie, en revanche, je ne l\u2019avais pas suffisamment explor\u00e9e. J\u2019y avais rencontr\u00e9 quelques \u00e9crivains, comme Besnik Mustafaj, qui est ensuite devenu ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et ambassadeur en France. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, rien n\u2019\u00e9tait clair.<\/p>\n\n\n\n

On ne savait pas du tout quelle direction allait prendre le pays. Quand on vit un \u00e9v\u00e9nement historique, on ne conna\u00eet pas la fin du film \u2014 et c\u2019est toute la diff\u00e9rence avec les historiens. Eux savent comment les choses se sont termin\u00e9es. Nous, quand on est au c\u0153ur de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, on est plong\u00e9 dans ce que j\u2019appelle un brouillard historique.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est quelque chose qui me fascine\u2026 <\/p>\n\n\n\n

Pourquoi ? <\/h3>\n\n\n\n

Parce que c\u2019est dans ce brouillard que se font les vrais choix. Vous agissez sans savoir o\u00f9 cela m\u00e8nera.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019\u00e9poque, il \u00e9tait tr\u00e8s difficile d\u2019imaginer ce que deviendrait l\u2019Albanie.<\/p>\n\n\n\n

Le sort d\u2019autres pays \u00e9tait plus clair ? <\/h3>\n\n\n\n

La Croatie, par exemple, c\u2019\u00e9tait diff\u00e9rent. On voyait tout de suite qu\u2019elle allait s\u2019en sortir. C\u2019est d\u2019ailleurs, en un sens, la grande gagnante des guerres en ex-Yougoslavie.<\/p>\n\n\n\n

Je me souviens d\u2019un dernier vol que j\u2019ai pris depuis Split, en pleine guerre : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y avait les casques bleus qui partaient ; de l\u2019autre, les premiers touristes commen\u00e7aient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 arriver. On voyait des ouvriers en train de carreler le sol de l\u2019a\u00e9roport en marbre pour pr\u00e9parer la reconversion touristique. On sentait bien que le pays red\u00e9marrait.<\/p>\n\n\n\n

En Albanie, c\u2019\u00e9tait tout le contraire. Rien ne permettait de deviner ce que le pays allait devenir. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019\u00e9poque, il \u00e9tait tr\u00e8s difficile d\u2019imaginer ce que deviendrait l\u2019Albanie.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quels sont les \u00e9l\u00e9ments qui changent par rapport \u00e0 l\u2019Albanie ?<\/h3>\n\n\n\n

Quand j\u2019y suis retourn\u00e9 r\u00e9cemment, j\u2019ai retrouv\u00e9 certains lieux.<\/p>\n\n\n\n

Par exemple, la pyramide de Tirana \u2014 ce monument \u00e0 la gloire d\u2019Hoxha \u2014 est toujours l\u00e0. Donc quelque chose se maintient.<\/p>\n\n\n\n

Mais dans mon souvenir, tout \u00e9tait plus sinistre, plus d\u00e9vast\u00e9. Aujourd\u2019hui, le centre-ville est agr\u00e9able. Il y a de tr\u00e8s beaux immeubles et on sent un vrai effort pour proposer une architecture originale.<\/p>\n\n\n\n\n

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\n \n \"Mais\n <\/picture>\n
Mais tr\u00e8s souvent, c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame, les choses telles qu\u2019elles sont, qui produisent une sorte d\u2019effet fabuleux. Il faut donc s\u2019en m\u00e9fier. C\u2019est particuli\u00e8rement vrai avec l\u2019Albanie. \u00a9 Jean-Christophe Rufin<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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\n \n \"La\n <\/picture>\n
La montagne a toujours \u00e9t\u00e9 un bastion de r\u00e9sistance, un refuge contre les envahisseurs successifs. Peut-\u00eatre un peu moins maintenant, paradoxalement, parce qu\u2019elle est devenue une destination touristique. Ce qui \u00e9tait autrefois un point d’appui est presque devenu l\u2019inverse. \u00a9 Jean-Christophe Rufin<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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Mais tr\u00e8s souvent, c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame, les choses telles qu\u2019elles sont, qui produisent une sorte d\u2019effet fabuleux. Il faut donc s\u2019en m\u00e9fier. C\u2019est particuli\u00e8rement vrai avec l\u2019Albanie. \u00a9 Jean-Christophe Rufin<\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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La montagne a toujours \u00e9t\u00e9 un bastion de r\u00e9sistance, un refuge contre les envahisseurs successifs. Peut-\u00eatre un peu moins maintenant, paradoxalement, parce qu\u2019elle est devenue une destination touristique. Ce qui \u00e9tait autrefois un point d’appui est presque devenu l\u2019inverse. \u00a9 Jean-Christophe Rufin<\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Votre s\u00e9rie de romans autour d\u2019Aurel le Consul nous a emmen\u00e9s dans de nombreux pays, le dernier en date \u00e9tait le Mexique, \u00e0 Acapulco ; maintenant l\u2019Albanie avec Le revenant d\u2019Albanie<\/em> (Calmann-L\u00e9vy). Pourquoi avoir choisi ce pays pour un nouvel \u00e9pisode de ce diplomate atypique, Aurel Timescu, nomm\u00e9 consul \u00e0 Tirana o\u00f9 il devra r\u00e9soudre l\u2019\u00e9nigme d\u2019un myst\u00e9rieux assassinat ?  <\/h3>\n\n\n\n

Sur le choix des lieux, je dirais qu\u2019il y a un lien \u2014 m\u00eame si le mot est un peu fort \u2014 avec ce qu\u2019on pourrait appeler la carri\u00e8re du personnage. Ce n\u2019est pas une carri\u00e8re au sens strict, mais plut\u00f4t un parcours, une trajectoire qui doit garder une certaine coh\u00e9rence. Pas une coh\u00e9rence bureaucratique ou lin\u00e9aire \u2014 il ne s\u2019agit pas de progression ou de m\u00e9rite \u2014 mais plut\u00f4t une logique li\u00e9e aux risques qu\u2019il peut affronter.<\/p>\n\n\n\n

Le choix du Mexique, et d\u2019Acapulco en particulier, s\u2019inscrit dans cette logique. \u00c0 ce moment-l\u00e0, j\u2019avais demand\u00e9 conseil \u00e0 mon ami Pierre Lema\u00eetre que je consid\u00e8re comme une r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de polar. Il m\u2019avait dit : \u00ab Il faut que tu mettes ton personnage en danger. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Je me suis donc demand\u00e9 o\u00f9 je pouvais le mettre en danger et le Mexique m\u2019a paru \u00eatre un bon choix. <\/p>\n\n\n\n

Et pourquoi l\u2019Albanie apr\u00e8s ?<\/h3>\n\n\n\n

Ensuite, j\u2019ai voulu l\u2019inverse : donner au personnage un moment de repos. Le placer dans un endroit o\u00f9 il ne serait pas directement menac\u00e9 \u2014 sauf, bien s\u00fbr, s\u2019il provoque lui-m\u00eame le danger.<\/p>\n\n\n\n

Je voulais aussi que ce lieu fonctionne comme une sorte de r\u00e9compense. Un endroit qui le rapproche de son \u00e9cosyst\u00e8me, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Europe centrale. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est venue l\u2019id\u00e9e de l\u2019Albanie.<\/p>\n\n\n\n

Pierre Lema\u00eetre m\u2019avait dit : \u00ab il faut que tu mettes ton personnage en danger. \u00bb<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Comme souvent, tout est aussi n\u00e9 de rencontres.<\/p>\n\n\n\n

Fr\u00e9d\u00e9ric Mitterrand, que j\u2019aimais beaucoup, avait un ami qui vivait l\u00e0-bas depuis plus de 35 ans, un commer\u00e7ant devenu une sorte de figure locale \u2014 il a inspir\u00e9 le personnage de Ga\u00ebtan dans le livre.<\/p>\n\n\n\n

Un jour, cet homme m\u2019a contact\u00e9 pour me conseiller d\u2019aller en Albanie. <\/p>\n\n\n\n

J\u2019imagine que cela doit arriver souvent qu\u2019on vous sugg\u00e8re des destinations pour votre personnage. <\/h3>\n\n\n\n

Absolument. <\/p>\n\n\n\n

De plus en plus de gens me sugg\u00e8rent d\u00e9sormais des lieux pour mes livres. J\u2019en ai publi\u00e9 six, alors il arrive qu\u2019on me dise : \u00ab Ce serait formidable que tu places ton personnage ici ou l\u00e0. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, je suis donc all\u00e9 en Albanie. J\u2019y ai pass\u00e9 plusieurs semaines, puis je suis revenu en janvier. Et tout r\u00e9cemment, nous y sommes retourn\u00e9s avec mon \u00e9pouse pour nous marier !<\/p>\n\n\n\n

Sans tomber dans les extr\u00eames des diplomates en poste \u00e0 Tirana gentiment moqu\u00e9s dans le livre, avez-vous aussi vu cette \u00e9volution du pays, de cet endroit si triste \u2014 pire que la Roumanie nous dit Aurel en pensant \u00e0 son enfance, \u00e0 celle d\u2019aujourd\u2019hui, destination touristique ?<\/h3>\n\n\n\n

Il est vrai que je me moque un peu de cette tendance \u00e0 exag\u00e9rer les progr\u00e8s du pays. Il faut bien s\u00fbr reconna\u00eetre ce qui a \u00e9t\u00e9 accompli \u2014 on ne peut pas tout balayer. L\u2019Albanie a \u00e9volu\u00e9, c\u2019est \u00e9vident.<\/p>\n\n\n\n

Mais en m\u00eame temps, il reste \u00e9norm\u00e9ment d\u2019incertitudes, de menaces \u2014 un revers de la m\u00e9daille, en quelque sorte.<\/p>\n\n\n\n

Quels \u00e9l\u00e9ments peuvent illustrer cette sorte d\u2019ambivalence ? <\/h3>\n\n\n\n

La relation avec la diaspora albanaise est un des aspects les plus ambivalents. Elle est immense par rapport \u00e0 la taille du pays. <\/p>\n\n\n\n

D\u2019un c\u00f4t\u00e9, c\u2019est un facteur de d\u00e9veloppement : les transferts d\u2019argent, la circulation des id\u00e9es, une certaine ouverture. Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il y a aussi une r\u00e9alit\u00e9 plus sombre : en termes d\u2019image, la diaspora est parfois associ\u00e9e \u00e0 des r\u00e9cits li\u00e9s \u00e0 la mafia, \u00e0 la criminalit\u00e9 organis\u00e9e. Et il faut \u00eatre honn\u00eate : certains ressortissants albanais sont bel et bien impliqu\u00e9s dans des r\u00e9seaux criminels.<\/p>\n\n\n\n

Certains diplomates \u2014 pas tous, bien s\u00fbr, mais c\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne assez r\u00e9pandu \u2014 adoptent une forme d\u2019adh\u00e9sion exag\u00e9r\u00e9e au pays. C\u2019est un peu comme dans le film L\u2019Enqu\u00eate corse<\/em> o\u00f9 les Parisiens install\u00e9s en Corse, pour \u00e9viter les tensions avec les locaux, se mettent \u00e0 \u00e9couter de la polyphonie corse \u00e0 fond pour montrer qu\u2019ils sont du coin.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est une sorte de syndrome de Stockholm diplomatique : \u00e0 force de vouloir plaire, on en vient \u00e0 surjouer l\u2019enthousiasme \u2014 parfois au d\u00e9triment de la lucidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Il y a un personnage assez central dans le roman qui est l\u2019\u00e9tonnant attach\u00e9 de police de l\u2019ambassade \u00e0 l\u2019apparence douteuse : chemise trop courte, short et tongs. Mais ce Grobert a des fulgurances, comme \u00e0 la page 57 : \u00ab L\u2019histoire, ici, est vivante \u00bb. Pourrait-on dire que l\u2019Albanie est une sorte de pays palimpseste o\u00f9 chaque Albanais est une synecdoque de l\u2019histoire du pays \u2014 comme vous l\u2019\u00e9crivez dans le livre ? <\/h3>\n\n\n\n

C’est souvent ce type de personnages, comme ce Grobert, qui sont les plus int\u00e9ressants. Il est certes un peu trash<\/em>, mais pas du tout idiot. Au contraire, je pense qu\u2019il a per\u00e7u des choses que d\u2019autres n\u2019ont pas vues. Il a peut-\u00eatre mis le doigt sur un secret fondamental du pays : cette relation tr\u00e8s particuli\u00e8re au temps.<\/p>\n\n\n\n

On n\u2019est jamais vraiment en face de quelqu\u2019un, en Albanie, qui serait enti\u00e8rement en phase avec notre temporalit\u00e9. Il a aussi en lui la m\u00e9moire de tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de \u2014 et cette m\u00e9moire n\u2019est pas enfouie. Elle est l\u00e0, disponible, susceptible de revenir \u00e0 tout instant.<\/p>\n\n\n\n

Cela donne une impression d\u2019\u00e9nigme permanente.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019\u00e9nigme permanente de l\u2019Albanie qui ne peut \u00eatre r\u00e9solue qu\u2019en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 quelque chose du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Il existe un syndrome de Stockholm diplomatique : \u00e0 force de vouloir plaire, on en vient \u00e0 surjouer l\u2019enthousiasme \u2014 parfois au d\u00e9triment de la lucidit\u00e9.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Et ce pass\u00e9 est double : il s\u2019agit \u00e0 la fois du pass\u00e9 personnel du personnage, et celui d\u2019un canon, d\u2019un h\u00e9ritage culturel, de traditions plus larges.<\/p>\n\n\n\n

Alma \u2014 qui est albanaise \u2014 dit \u00e0 un moment : \u00ab Comme beaucoup d\u2019Albanais, je ne suis rien. Ou tout. \u00bb (p. 191). Il y a une sorte de tension entre une logique verticale avec la temporalit\u00e9 et une logique horizontale avec les autres d’une certaine fa\u00e7on.<\/h3>\n\n\n\n

Ils ont \u00e9t\u00e9 tellement m\u00e9pris\u00e9s, marginalis\u00e9s, \u00e9cras\u00e9s, qu\u2019ils entretiennent aujourd\u2019hui un rapport tr\u00e8s modeste au reste du monde. C\u2019est tr\u00e8s frappant. <\/p>\n\n\n\n

Pourtant, en parall\u00e8le, ils portent en eux une conscience aigu\u00eb de leur histoire \u2014 une histoire puissante, enracin\u00e9e, qui leur conf\u00e8re une forme d\u2019universalit\u00e9 qu\u2019ils n\u2019ont peut-\u00eatre pas dans le pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Albanie n\u2019est pas un pays qui p\u00e8se lourd sur la sc\u00e8ne internationale ; il n\u2019y a en lui aucune forme d\u2019imp\u00e9rialisme. Mais ce pays contient en lui une r\u00e9f\u00e9rence historique d\u2019une profondeur et d\u2019une ampleur remarquables.<\/p>\n\n\n\n

Dans le livre, le narrateur \u00e9voque \u00e0 plusieurs reprises les traits des visages des personnages albanais qui peuvent avoir une expression qui change tr\u00e8s rapidement presque d’un extr\u00eame \u00e0 l’autre en passant d\u2019un aspect tr\u00e8s rude \u00e0 des airs plus avenants \u2014 et inversement.<\/h3>\n\n\n\n

Les Albanais sont assez \u00e9tonnants. Souvent, le premier contact est un peu rude, voire hostile. Par la suite, peu \u00e0 peu, on d\u00e9couvre une grande gentillesse.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est un contraste assez fort \u2014 presque \u00e0 l\u2019inverse d\u2019Acapulco, o\u00f9 les gens peuvent sembler tr\u00e8s sympathiques, mais risquent de vous tirer dessus \u00e0 tout moment\u2026 <\/p>\n\n\n\n

En Albanie, il y a une forme de gravit\u00e9. C\u2019est li\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire profond\u00e9ment tragique des Albanais. Il ne faut pas oublier qu\u2019ils ont v\u00e9cu cinquante ans de communisme extr\u00eamement dur. Ce r\u00e9gime a impos\u00e9 une sorte de face : il ne fallait pas rire, il fallait se montrer ob\u00e9issant, s\u00e9rieux, soumis.<\/p>\n\n\n\n

Dans la continuit\u00e9 de ces strates, diriez-vous que l\u2019Albanie est un pays de contrastes : entre Tirana et les montagnes, entre modernit\u00e9 et tradition ? <\/h3>\n\n\n\n

Le rapport que les Albanais entretiennent avec leur diaspora est fascinant. Presque chaque famille a un proche \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n

On le voit dans les rues l\u2019\u00e9t\u00e9 : les plaques d\u2019immatriculation \u00e9trang\u00e8res se multiplient, les gens reviennent. Ce sont des personnes qui connaissent tr\u00e8s bien d\u2019autres cultures, parlent plusieurs langues, vivent ailleurs une grande partie de l\u2019ann\u00e9e. Mais d\u00e8s qu\u2019ils reviennent, ils se r\u00e9ins\u00e8rent imm\u00e9diatement dans leur quartier, leur village, leur ville. Ils font cohabiter les deux mondes de mani\u00e8re naturelle.<\/p>\n\n\n\n

Ensuite, il y a la question du territoire. Tirana est une ville qui se d\u00e9veloppe rapidement. Mais elle a un c\u00f4t\u00e9 un peu artificiel. D\u2019autres villes du pays portent un poids historique bien plus fort.<\/p>\n\n\n\n

En Albanie, il y a une forme de gravit\u00e9.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Lesquelles ?<\/h3>\n\n\n\n

Au nord, il y a Shkod\u00ebr, proche de la fronti\u00e8re mont\u00e9n\u00e9grine. \u00c0 l\u2019ouest, Durr\u00ebs, ville portuaire \u00e0 l\u2019influence tr\u00e8s italienne<\/a>, qui fut un centre n\u00e9vralgique sous le fascisme. Et dans le sud, des villes comme Gjirokast\u00ebr sont extr\u00eamement vivantes.<\/p>\n\n\n\n

En r\u00e9alit\u00e9, malgr\u00e9 la petite taille du pays, Tirana n\u2019absorbe pas toute l\u2019\u00e9nergie humaine ou symbolique. On ne peut pas dire que ce soit une capitale \u00e9crasante. C\u2019est, au fond, une ville parmi d\u2019autres, m\u00eame si elle concentre aujourd\u2019hui un certain engouement \u2014 notamment en raison de son architecture \u00e9clectique, avec des b\u00e2timents fascistes, staliniens, modernistes\u2026<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Albanie reste donc un pays relativement d\u00e9centralis\u00e9, malgr\u00e9 sa petite superficie.<\/p>\n\n\n\n\n

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\n \n \"Au\n <\/picture>\n
Au fil des si\u00e8cles, l\u2019Albanie a connu plusieurs dominations : ottomane, fasciste, stalinienne \u2014 avec, \u00e0 chaque fois, une loi officielle impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur. Mais la v\u00e9ritable loi, celle qui \u00e9tait respect\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9, \u00e9tait en dessous \u2014 enfouie, mais active.\u00a0\u00a9 Jean-Christophe Rufin<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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\n \n \"Peu\n <\/picture>\n
Peu \u00e0 peu, l\u2019Albanie s\u2019est impos\u00e9e comme un motif r\u00e9current dans ma vie, un peu comme un th\u00e8me revient dans une symphonie. \u00a9 Jean-Christophe Rufin<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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Au fil des si\u00e8cles, l\u2019Albanie a connu plusieurs dominations : ottomane, fasciste, stalinienne \u2014 avec, \u00e0 chaque fois, une loi officielle impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur. Mais la v\u00e9ritable loi, celle qui \u00e9tait respect\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9, \u00e9tait en dessous \u2014 enfouie, mais active.\u00a0\u00a9 Jean-Christophe Rufin<\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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Peu \u00e0 peu, l\u2019Albanie s\u2019est impos\u00e9e comme un motif r\u00e9current dans ma vie, un peu comme un th\u00e8me revient dans une symphonie. \u00a9 Jean-Christophe Rufin<\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Et la montagne ?<\/h3>\n\n\n\n

De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il y a la montagne. <\/p>\n\n\n\n

Le climat y est rude, et les montagnes ont toujours conserv\u00e9 une vie et des traditions propres. Ce sont des r\u00e9gions marqu\u00e9es par des \u00e9quilibres paradoxaux. Dans certaines zones, on trouve une vraie coexistence religieuse : musulmans et chr\u00e9tiens y vivent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te depuis longtemps. D\u2019autres zones, notamment celles qui s\u2019\u00e9tendent vers la Serbie et le Kosovo, sont beaucoup plus dures, plus tendues.<\/p>\n\n\n\n

Ce petit pays forme un v\u00e9ritable patchwork<\/em>, avec des r\u00e9gions dont les caract\u00e8res sont profond\u00e9ment diff\u00e9renci\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n

L\u2019expliquez-vous en raison de l\u2019emplacement et de l\u2019histoire de chacun de ces espaces ? <\/h3>\n\n\n\n

Oui, cela s\u2019explique probablement par les influences ext\u00e9rieures : le sud-est marqu\u00e9 par l\u2019influence grecque, le nord-est, tourn\u00e9 vers le Kosovo, fait face \u00e0 la Serbie, comme un ch\u00e2teau fort face au monde slave, et Durr\u00ebs regarde vers l\u2019Italie et l\u2019Adriatique.<\/p>\n\n\n\n

Ces couleurs r\u00e9gionales sont une des grandes particularit\u00e9s de l\u2019Albanie.<\/p>\n\n\n\n

Malgr\u00e9 la petite taille du pays, Tirana n\u2019absorbe pas toute l\u2019\u00e9nergie humaine ou symbolique.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

C\u2019est notamment dans les montagnes que vos personnages se trouvent confront\u00e9s au Kanun<\/em>, ce corpus de lois collig\u00e9 au XVe si\u00e8cle qui r\u00e9git le syst\u00e8me des vendettas dans les montagnes albanaises. On sent que ce m\u00e9canisme \u2014 face auquel vous adoptez presque une approche d’ethnologue \u2014 vous a beaucoup int\u00e9ress\u00e9. <\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est tout de m\u00eame extraordinaire de d\u00e9couvrir un pays o\u00f9 les vendettas \u2014 ce ph\u00e9nom\u00e8ne malheureusement r\u00e9pandu ailleurs aussi \u2014 sont fond\u00e9es sur un texte. Un texte r\u00e9el, structur\u00e9, avec des r\u00e8gles pr\u00e9cises : le Kanun<\/em>. Si ce texte a eu une telle importance \u2014 peut-\u00eatre plus encore que ce qu\u2019on a souvent reconnu \u2014 c\u2019est sans doute parce qu\u2019il a fonctionn\u00e9 comme une loi sous la loi.<\/p>\n\n\n\n

Au fil des si\u00e8cles, l\u2019Albanie a connu plusieurs dominations : ottomane, fasciste, stalinienne \u2014 avec, \u00e0 chaque fois, une loi officielle impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur. Mais la v\u00e9ritable loi, celle qui \u00e9tait respect\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9, \u00e9tait en dessous \u2014 enfouie, mais active. <\/p>\n\n\n\n

Ce texte faisait \u00e0 la fois office de code civil et de code p\u00e9nal. Il est d\u2019une grande simplicit\u00e9 formelle, mais paradoxalement tr\u00e8s difficile \u00e0 appliquer. Ce qui semble clair en th\u00e9orie devient souvent incompr\u00e9hensible dans la pratique. C\u2019est cette tension entre la rigueur des principes et la complexit\u00e9 du r\u00e9el qui le rend \u00e0 la fois fascinant \u2014 et presque incompr\u00e9hensible.<\/p>\n\n\n\n

Certains personnages du roman essayent m\u00eame d\u2019en faire une ex\u00e9g\u00e8se afin de tirer profit d\u2019une certaine interpr\u00e9tation\u2026 <\/h3>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr, on peut essayer de d\u00e9samorcer les choses : il existe des m\u00e9canismes, comme le rachat du sang, par exemple. C\u2019est \u00e9crit, c\u2019est pr\u00e9vu par le texte. Mais en m\u00eame temps, ces r\u00e8gles peuvent \u00eatre contest\u00e9es, discut\u00e9es, contourn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

Quoi qu\u2019il en soit, cela existe et on ne peut pas faire comme si ce n\u2019\u00e9tait rien. <\/p>\n\n\n\n

Je ne suis pas ethnologue, \u00e9videmment. Mais faire de ce corpus une sorte de lieu fondateur des comportements, des relations entre les gens, me semble in\u00e9vitable.<\/p>\n\n\n\n

On pourrait choisir de s\u2019en passer, de regarder l\u2019Albanie sans tenir compte de cela. Mais \u00e0 ce moment-l\u00e0, on perd quelque chose d\u2019essentiel. On passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une part profonde, structurante, de la culture et de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est tout de m\u00eame extraordinaire de d\u00e9couvrir un pays o\u00f9 les vendettas sont fond\u00e9es sur un texte. Un texte r\u00e9el, structur\u00e9, avec des r\u00e8gles pr\u00e9cises : le Kanun<\/em>.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous avez prononc\u00e9 le mot \u00ab hostile \u00bb tout \u00e0 l’heure et il revient plusieurs fois dans la description de ces montagnes desquelles semble se d\u00e9gager une convergence entre cette ambiance pesante et une violence naturelle. Pourriez-vous revenir sur le climat qu\u2019on peut y trouver ?<\/h3>\n\n\n\n

Il y a une diff\u00e9rence tr\u00e8s nette au niveau du climat selon l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on se trouve. Sur la c\u00f4te, le temps est relativement doux. Nous y \u00e9tions tout le mois de janvier et je me baignais tous les jours. L\u2019eau \u00e9tait froide, bien s\u00fbr, mais on n\u2019avait pas l\u2019impression d\u2019\u00eatre au p\u00f4le Nord.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 la m\u00eame p\u00e9riode, en revanche, la montagne est sous la neige. Certaines zones deviennent presque inaccessibles, prises par le froid. Cela s\u2019est un peu am\u00e9lior\u00e9 aujourd\u2019hui gr\u00e2ce aux routes : on a construit des axes qui franchissent les cols dans des conditions bien plus confortables. Mais malgr\u00e9 cela, l\u2019\u00e9cart reste flagrant.<\/p>\n\n\n\n

La montagne a toujours \u00e9t\u00e9 un bastion de r\u00e9sistance, un refuge contre les envahisseurs successifs. Peut-\u00eatre un peu moins maintenant, paradoxalement, parce qu\u2019elle est devenue une destination touristique. Ce qui \u00e9tait autrefois un point d’appui est presque devenu l\u2019inverse.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019esprit d\u00e9crit dans ces montagnes fait un peu penser \u00e0 l’ambiance Cordill\u00e8re des Andes o\u00f9 se pouvait se cacher notamment le Sentier Lumineux… <\/h3>\n\n\n\n

Oui, bien s\u00fbr. C\u2019est une r\u00e9gion \u00e0 la fois dangereuse et porteuse de r\u00e9sistances comme le Sentier Lumineux au P\u00e9rou : cette fusion singuli\u00e8re entre marxisme r\u00e9volutionnaire et traditions indianistes.<\/p>\n\n\n\n

En Albanie, on retrouve une dynamique comparable. La situation politique n\u2019a \u00e9videmment rien \u00e0 voir, mais on per\u00e7oit tr\u00e8s bien comment les traditions locales pourraient servir de socle \u00e0 une forme de r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n

Cela dit, ce n\u2019est pas non plus les Andes. M\u00eame si la montagne se distingue de la plaine, rien n\u2019est vraiment inaccessible. On n\u2019est pas face \u00e0 des sommets de 6 000 m\u00e8tres : les reliefs sont marqu\u00e9s, mais restent praticables.<\/p>\n\n\n\n

Justement, vous qui \u00eates alpiniste, ces montagnes vous plaisent-elles ? <\/h3>\n\n\n\n

Je n\u2019ai pas vraiment eu l\u2019occasion de faire de vraies sorties, mais je suis all\u00e9 dans des zones de montagne, sur des sentiers accessibles \u2014 et j\u2019en ai parcouru quelques-uns.<\/p>\n\n\n\n

Le paysage m\u2019a un peu fait penser aux Dolomites, avec ces formations rocheuses tr\u00e8s particuli\u00e8res, comme des dents. Sauf que l\u00e0 o\u00f9 le socle des Dolomites est souvent vert, l\u00e0-bas c\u2019est plut\u00f4t un triptyque min\u00e9ral, des tons blancs, presque crayeux, avec ces dents rocheuses qui jaillissent.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est vraiment tr\u00e8s attirant. Je suis certain que j\u2019y retournerai, cette fois plus en profondeur dans la montagne que je n\u2019ai fait qu\u2019effleurer jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n

La montagne a toujours \u00e9t\u00e9 un bastion de r\u00e9sistance, un refuge contre les envahisseurs successifs.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous avez quand m\u00eame fait quelques randonn\u00e9es ?<\/h3>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr. Nous sommes all\u00e9s nous promener dans la r\u00e9gion de Theth \u2014 qui est un peu le centre du tourisme de montagne l\u00e0-bas \u2014 o\u00f9 il y a une vall\u00e9e, qui n\u2019est pas vraiment une plaine, mais un creux encaiss\u00e9 dans la montagne.<\/p>\n\n\n\n

On n\u2019a pas vraiment fait d’escalade, ni de randonn\u00e9e sportive. On n\u2019est pas mont\u00e9s tr\u00e8s haut. D\u2019ailleurs, je ne sais pas comment ils sont \u00e9quip\u00e9s localement pour l\u2019escalade. Il y a des sentiers bien plus raides, plus exigeants, qu\u2019on n\u2019a tout simplement pas eu le temps d\u2019explorer.<\/p>\n\n\n\n

Mais j\u2019y retournerai, c\u2019est certain. J\u2019aime beaucoup.<\/p>\n\n\n\n

Diriez-vous qu\u2019il y a un c\u00f4t\u00e9 r\u00e9alisme magique par moments ? Vous \u00e9crivez notamment dans la postface du Revenant d\u2019Albanie<\/em> : \u00ab L\u2019Albanie est un pays qui permet de mesurer, plus qu\u2019ailleurs je pense, l\u2019\u00e9cart entre ce que l\u2019on observe et ce que l\u2019on est pr\u00eat \u00e0 croire. L\u2019histoire de ce pays, ses traditions, les personnes qu\u2019on y rencontre r\u00e9servent tant de surprises que la r\u00e9alit\u00e9 y para\u00eet souvent, au sens propre, incroyable. \u00bb<\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est tout le probl\u00e8me du roman \u2014 et peut-\u00eatre m\u00eame le probl\u00e8me des romans en g\u00e9n\u00e9ral. Le v\u00e9ridique est l’objet le plus dangereux \u00e0 manier dans un roman : tr\u00e8s souvent, ce qui est vrai n\u2019est pas vraisemblable. C\u2019est d\u2019ailleurs ce paradoxe qui permet de mieux comprendre ce qu\u2019on appelle le r\u00e9alisme magique. En d\u00e9crivant des choses exactement telles qu\u2019elles existent, on finit parfois par cr\u00e9er un univers qui para\u00eet fabuleux, presque irr\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n

J\u2019ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 ce probl\u00e8me depuis mes d\u00e9buts en tant que romancier. Je n\u2019ai jamais voulu faire du r\u00e9alisme magique \u2014 ce n\u2019est pas mon chemin. <\/p>\n\n\n\n

Mais tr\u00e8s souvent, c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame, les choses telles qu\u2019elles sont, qui produisent une sorte d\u2019effet fabuleux. Il faut donc s\u2019en m\u00e9fier. C\u2019est particuli\u00e8rement vrai avec l\u2019Albanie. Il faut toujours essayer de rester dans le vraisemblable, mais avec ce pays cela est difficile tant les r\u00e9alit\u00e9s semblent parfois invraisemblables.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est pour cela notamment que vous mettez des postfaces dans vos romans ?<\/h3>\n\n\n\n

Absolument, je mets toujours une postface \u00e0 mes romans \u2014 cela fait des ann\u00e9es que je proc\u00e8de ainsi. C\u2019est une mani\u00e8re de prendre mes distances. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est aussi un moyen d\u2019ancrer ce qui est racont\u00e9 dans une certaine r\u00e9alit\u00e9. Par exemple, j\u2019ai tenu \u00e0 expliquer que le Kanun<\/em> existe vraiment. Il est fou de penser qu\u2019un texte puisse codifier \u00e0 ce point la vie et la mort. Mais cela existe \u2014 il faut donc le raconter.<\/p>\n\n\n\n

En d\u00e9crivant des choses exactement telles qu\u2019elles existent, on finit parfois par cr\u00e9er un univers qui para\u00eet fabuleux, presque irr\u00e9el.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dans le livre, vous soulignez \u00e0 plusieurs reprises la \u00ab tol\u00e9rance religieuse \u00bb qui r\u00e8gne en Albanie, visible notamment dans l\u2019organisation spatiale, o\u00f9 une mosqu\u00e9e peut cohabiter avec une \u00e9glise orthodoxe et un couvent de franciscains en face. C\u2019est quelque chose qui vous a marqu\u00e9 ?  <\/h3>\n\n\n\n

Cela m\u2019a frapp\u00e9, surtout quand on a connu la guerre en Bosnie \u2014 et plus largement en ex-Yougoslavie. La segmentation religieuse y \u00e9tait tr\u00e8s marqu\u00e9e ; parfois d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente, parfois en train de se former sous nos yeux. J\u2019ai vu \u00e0 Sarajevo l\u2019\u00e9poque du nettoyage ethnique et religieux avec des tensions communautaires tr\u00e8s fortes.<\/p>\n\n\n\n

En Albanie, on est dans une configuration compl\u00e8tement diff\u00e9rente. Ce n\u2019est m\u00eame pas une question de tol\u00e9rance ; pour beaucoup, la religion n\u2019est plus un sujet. Le communisme a d\u00e9sislamis\u00e9, d\u00e9christianis\u00e9, interdit toute forme de religion. Il y a donc des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res qui ont grandi sans cette r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n

La proximit\u00e9 g\u00e9ographique des lieux de culte est aussi, en effet, quelque chose d\u2019int\u00e9ressant. \u00c0 Tirana, par exemple, la grande mosqu\u00e9e, la cath\u00e9drale et d’autres \u00e9difices religieux sont situ\u00e9s \u00e0 quelques pas les uns des autres. <\/p>\n\n\n\n

Et cela fonctionne ? <\/h3>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, cela fonctionne. Mais il faut rester prudent : il suffit de quelques extr\u00e9mistes d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre pour faire basculer les choses. <\/p>\n\n\n\n

Cela dit, contrairement \u00e0 la Yougoslavie, les communaut\u00e9s religieuses en Albanie ne se superposent pas \u00e0 des territoires bien d\u00e9finis. Il n\u2019y a pas cette \u00e9quation entre religion et appartenance g\u00e9ographique.<\/p>\n\n\n\n

Y a-t-il un endroit en Albanie que vous recommanderiez en particulier ? <\/h3>\n\n\n\n

Je trouve que Butrint est l\u2019un des lieux les plus po\u00e9tiques d\u2019Albanie. C\u2019est une ville qui se trouve tout au sud, \u00e0 la fronti\u00e8re grecque. Ce sont des ruines superbes<\/a>, face \u00e0 l\u2019\u00eele de Corfou. <\/p>\n\n\n\n

On est \u00e0 la fois d\u00e9j\u00e0 en Albanie et encore dans une zone d\u2019influence grecque. Il y a l\u00e0 une forme de coh\u00e9sion fondatrice : on a l\u2019impression que quelque chose est n\u00e9 ici, que cette civilisation a \u00e9merg\u00e9 dans ce lieu pr\u00e9cis. <\/p>\n\n\n\n

Corfou n\u2019est qu\u2019\u00e0 trois kilom\u00e8tres \u00e0 la nage.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ce n\u2019est pas forc\u00e9ment par l\u00e0 qu\u2019il faut commencer une d\u00e9couverte de l\u2019Albanie, mais il faut absolument y aller pour comprendre cet ancrage m\u00e9diterran\u00e9en, cette interaction constante avec les autres.<\/p>\n\n\n\n

On en revient aux strates du pays\u2026 <\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est un paradoxe tr\u00e8s albanais : ils ont longtemps \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s, et pourtant, ils sont au milieu de tout, travers\u00e9s d\u2019influences tr\u00e8s fortes. Pendant la p\u00e9riode communiste, le r\u00e9gime a tent\u00e9 de couper le pays du reste du monde, mais il n\u2019a jamais pu emp\u00eacher, par exemple, la r\u00e9ception des stations de radio italiennes. C\u2019est d\u2019ailleurs une des raisons pour lesquelles de nombreux Albanais parlent italien encore aujourd\u2019hui. Et Corfou n\u2019est qu\u2019\u00e0 trois kilom\u00e8tres \u00e0 la nage.<\/p>\n\n\n\n

En v\u00e9rit\u00e9, les diff\u00e9rentes zones du pays sont tr\u00e8s contrast\u00e9es. Il est difficile de n\u2019en choisir qu\u2019une. Mais globalement, le sud, avec ses vestiges antiques et son h\u00e9ritage grec, a une tonalit\u00e9 particuli\u00e8re, presque alexandrine comme si tout partait de l\u00e0 \u2014 \u00e0 l\u2019image d\u2019Alexandre le Grand.<\/p>\n\n\n\n

Que repr\u00e9sente ce pays maintenant pour vous ? Vous avez d\u00e9velopp\u00e9 avec l\u2019Albanie un rapport assez fort \u2014 jusqu’\u00e0 vous y marier r\u00e9cemment…<\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est assez curieux parce que rien ne me pr\u00e9destinait \u00e0 d\u00e9velopper un lien avec ce pays. Et pourtant, je crois que je ne suis ni le seul ni le dernier \u00e0 en \u00eatre profond\u00e9ment s\u00e9duit. <\/p>\n\n\n\n

En apparence, quand on l\u2019observe de mani\u00e8re superficielle, on pourrait se demander pourquoi. Mais peu \u00e0 peu, l\u2019Albanie s\u2019est impos\u00e9e comme un motif r\u00e9current dans ma vie, un peu comme un th\u00e8me revient dans une symphonie.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, je suis attach\u00e9 \u00e0 ce pays \u2014 de mani\u00e8re inattendue, presque intime. Aurel aussi d\u2019ailleurs, mais je doute qu\u2019il y retourne : il a \u00e9t\u00e9 mis dehors.<\/p>\n\n\n\n

La prochaine fois, il ira autre part.<\/p>\n\n\n\n

Le sud, avec ses vestiges antiques et son h\u00e9ritage grec, a une tonalit\u00e9 particuli\u00e8re, presque alexandrine comme si tout partait de l\u00e0.<\/p>Jean-Christophe Rufin<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous savez d\u00e9j\u00e0 o\u00f9 ?<\/h3>\n\n\n\n

Il ira \u00e0 Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. Il va voir Napol\u00e9on.<\/p>\n\n\n\n

Nous savons que notre consul Aurel n\u2019aime que le vin blanc mais voudriez-vous pour finir nous conseiller une boisson et un plat albanais ? <\/h3>\n\n\n\n

Pour ce qui est des boissons, le raki est bien s\u00fbr incontournable. Personnellement, je ne suis pas un grand amateur \u2014 disons que j\u2019ai connu pire, notamment avec ce qu\u2019on buvait en service\u2026 Je pourrais aussi mentionner la bi\u00e8re albanaise, la Kor\u00e7a. <\/p>\n\n\n\n

Et pour les plats, peut-\u00eatre des petites boulettes de viande qu\u2019ils font, les qofte ou les \u0106evap\u010di\u0107i. Mais je n\u2019en garde pas un souvenir extraordinaire \u2014 j\u2019ai connu mieux, j\u2019ai connu pire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

\u00ab  L\u2019Albanie s\u2019est impos\u00e9e comme un motif r\u00e9current dans ma vie \u2014 un peu comme un th\u00e8me revient dans une symphonie\u2026  \u00bb<\/p>\n

Pour son dernier roman, l\u2019\u00e9crivain diplomate a d\u00e9cid\u00e9 de placer la suite des aventures du consul Aurel Timescu\u2026 en Albanie.<\/p>\n

Jean-Christophe Rufin revient sur la relation particuli\u00e8re qu\u2019il entretient avec ce pays qu\u2019il a connu d\u00e8s la chute du communisme et qui a fini par impr\u00e9gner son existence.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":291927,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2984],"tags":[],"geo":[543],"class_list":["post-291760","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-grand-tour","staff-florent-zemmouche","geo-mediterranee"],"acf":[],"yoast_head":"\nJean-Christophe Rufin : l'\u00e9nigme de l'Albanie<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/08\/09\/grand-tour-albanie-jean-christophe-rufin\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Jean-Christophe Rufin : l'\u00e9nigme de l'Albanie\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"\u00ab L\u2019Albanie s\u2019est impos\u00e9e comme un motif r\u00e9current dans ma vie \u2014 un peu comme un th\u00e8me revient dans une symphonie\u2026 \u00bb Pour son dernier roman, l\u2019\u00e9crivain diplomate a d\u00e9cid\u00e9 de placer la suite des aventures du consul Aurel Timescu\u2026 en Albanie. 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