{"id":288882,"date":"2025-07-23T17:00:00","date_gmt":"2025-07-23T15:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=288882"},"modified":"2025-07-23T18:11:04","modified_gmt":"2025-07-23T16:11:04","slug":"relancer-la-transition-energetique-en-france-et-en-europe-les-perspectives-demmanuelle-wargon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/07\/23\/relancer-la-transition-energetique-en-france-et-en-europe-les-perspectives-demmanuelle-wargon\/","title":{"rendered":"Relancer la transition \u00e9nerg\u00e9tique en France et en Europe : les perspectives d’Emmanuelle Wargon"},"content":{"rendered":"\n
La crise \u00e9nerg\u00e9tique cons\u00e9cutive au d\u00e9but de l\u2019invasion de l\u2019Ukraine a mis \u00e0 jour la d\u00e9pendance importante de l\u2019Europe au gaz provenant de Russie, et a rappel\u00e9 brutalement \u00e0 l\u2019Europe combien sa souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique pouvait \u00eatre fragile. En France comme ailleurs, nous avons effectivement pay\u00e9 tr\u00e8s cher cette d\u00e9pendance, et aujourd\u2019hui, m\u00eame si nous avons largement r\u00e9duit les importations de gaz russe par pipeline, nous restons expos\u00e9s \u00e0 d\u2019autres formes de d\u00e9pendances : GNL russe , gaz alg\u00e9rien, mais aussi GNL am\u00e9ricain, import\u00e9 massivement depuis la crise, et bien s\u00fbr p\u00e9trole. Continuer \u00e0 importer massivement de l\u2019\u00e9nergie n\u2019est pas une r\u00e9ponse durable \u00e0 notre besoin de s\u00e9curit\u00e9 d\u2019approvisionnement et les changements de circuits d\u2019approvisionnement apr\u00e8s la guerre en Ukraine n\u2019ont fait que d\u00e9placer notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 vers un partenaire commercial, les \u00c9tats-Unis, qui cherche \u00e0 refonder la relation transatlantique en assumant de privil\u00e9gier ses propres int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n
Sortir de ces d\u00e9pendances aupr\u00e8s de quelques pays fournisseurs ne se d\u00e9cr\u00e8te pas, mais se construit sur plusieurs piliers.<\/p>\n\n\n\n
Le premier, c\u2019est l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de notre \u00e9lectrification. Cela suppose d\u2019abord un effort massif pour d\u00e9velopper une \u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9carbon\u00e9e, pilotable et comp\u00e9titive, et par nature produite sur notre territoire. La France a un atout historique avec son parc nucl\u00e9aire, que nous devons pr\u00e9server et moderniser, mais aussi compl\u00e9ter avec un d\u00e9veloppement d\u2019alternatives renouvelables, notamment l\u2019hydraulique, l\u2019\u00e9olien \u00e0 terre et en mer et le photovolta\u00efque, en veillant \u00e0 le faire \u00e0 un rythme qui correspond \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la demande d\u2019\u00e9lectricit\u00e9.\u00a0Cela suppose donc \u00e9galement des politiques de soutien de la demande d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, non pas pour augmenter notre consommation \u00e9nerg\u00e9tique globale mais pour transf\u00e9rer une partie de notre consommation fossile vers une consommation \u00e9lectrique (mobilit\u00e9s, b\u00e2timent, industrie). Il faut donc ajuster le d\u00e9veloppement des renouvelables et dimensionner les r\u00e9seaux \u00e0 la hauteur de ces besoins pr\u00e9sents et \u00e0 venir et avec une approche int\u00e9gr\u00e9e qui est certainement \u00e0 construire avec nos voisins europ\u00e9ens.\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n Le deuxi\u00e8me pilier, c\u2019est l\u2019investissement dans les infrastructures de demain : interconnexions \u00e9lectriques, transport d\u2019hydrog\u00e8ne, r\u00e9seaux plus r\u00e9silients. Cela passe par ce que la CRE appelle une r\u00e9gulation incitative, qui cr\u00e9e les conditions d\u2019un syst\u00e8me plus robuste. Dans notre dernier rapport sur l\u2019hydrog\u00e8ne et le CO\u2082, nous appelons justement \u00e0 anticiper les usages futurs pour dimensionner au mieux les infrastructures n\u00e9cessaires. Enfin, il faut rappeler que la comp\u00e9titivit\u00e9 industrielle d\u00e9pend aussi du prix de l\u2019\u00e9nergie. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en France reste aujourd\u2019hui parmi les plus comp\u00e9titives d\u2019Europe, gr\u00e2ce \u00e0 notre mix d\u00e9carbon\u00e9. Mais cette comp\u00e9titivit\u00e9 est fragile. Elle d\u00e9pend de notre capacit\u00e9 \u00e0 investir au bon rythme, \u00e0 garantir des r\u00e8gles du jeu stables, et \u00e0 ne pas faire peser sur les seuls consommateurs le poids de la transition. La souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique ne peut \u00eatre que collective, europ\u00e9enne, et construite dans la dur\u00e9e au bon rythme.<\/p>\n\n\n\n Les changements de circuits d\u2019approvisionnement apr\u00e8s la guerre en Ukraine n\u2019ont fait que d\u00e9placer notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 vers un partenaire commercial, les \u00c9tats-Unis, qui cherche \u00e0 refonder la relation transatlantique en assumant de privil\u00e9gier ses propres int\u00e9r\u00eats.<\/p>Emmanuelle Wargon<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Nous devons \u00eatre lucides : notre parc nucl\u00e9aire, bien que strat\u00e9gique pour la d\u00e9carbonation et la souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, vieillit. Son maintien en condition op\u00e9rationnelle implique des investissements r\u00e9guliers. Nous avions \u00e9valu\u00e9 en 2023 le co\u00fbt complet du nucl\u00e9aire \u00e0 environ 61\u20ac 2022\/MWh. Nous sommes actuellement en train de proc\u00e9der \u00e0 une actualisation du co\u00fbt, qui ne devrait pas \u00eatre sensiblement diff\u00e9rent. Ce chiffre est certes plut\u00f4t comp\u00e9titif \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne \u2014 d\u2019ailleurs, la France dispose actuellement des prix les plus bas en Europe, hors Scandinavie \u2014 mais il ne suffit plus \u00e0 garantir \u00e0 lui seul un prix bas dans la dur\u00e9e pour tous les consommateurs. <\/p>\n\n\n\n Parall\u00e8lement, la construction de nouveaux r\u00e9acteurs \u2014 notamment dans le cadre du programme EPR2 \u2014 est n\u00e9cessaire, mais prendra du temps. Les mises en service s\u2019\u00e9chelonneront sur la fin de la prochaine d\u00e9cennie et le cout sera bien sup\u00e9rieur, l\u2019Etat envisageant un contrat de soutien \u00e0 100 euros \/MWh alors m\u00eame que le financement sera partiellement port\u00e9 par l\u2019Etat. Ce n\u2019est donc pas la solution imm\u00e9diate pour r\u00e9pondre \u00e0 la fois aux enjeux de production et de prix. La seule trajectoire r\u00e9ellement soutenable consiste \u00e0 diversifier. Nous devons tenir une ligne de conduite claire sur le d\u00e9ploiement des \u00e9nergies renouvelables comp\u00e9titives \u2014 \u00e9olien terrestre ou en mer, photovolta\u00efque. Les derniers appels d\u2019offres de la CRE montrent que ces technologies atteignent aujourd\u2019hui des co\u00fbts entre 70 et 80 \u20ac\/MWh pour les technologies \u00e0 terre, tandis que l\u2019\u00e9olien pos\u00e9 offshore, quant \u00e0 lui, peut descendre autour de 45 \u20ac\/MWh, ce qui en fait un atout strat\u00e9gique pour la France. Il ne faut donc pas opposer nucl\u00e9aire et \u00e9nergies renouvelables. La coh\u00e9rence du syst\u00e8me suppose d\u2019investir dans toutes les technologies d\u00e9carbon\u00e9es qui peuvent nous offrir de la production stable et abordable. <\/p>\n\n\n\n Enfin, la comp\u00e9titivit\u00e9 du syst\u00e8me ne se joue pas uniquement sur le co\u00fbt de production, mais aussi sur l\u2019efficacit\u00e9 du r\u00e9seau et la pr\u00e9visibilit\u00e9 des tarifs associ\u00e9s pour les consommateurs. C\u2019est pourquoi la CRE plaide pour un pilotage tarifaire stable, une meilleure visibilit\u00e9 sur les dispositifs de soutien \u00e0 la demande \u2014 comme MaPrimeR\u00e9nov\u2019 ou les aides aux entreprises \u2014 et une r\u00e9gulation qui soutient la modernisation des r\u00e9seaux sans faire exploser la facture des m\u00e9nages. Le pouvoir d\u2019achat ne sera prot\u00e9g\u00e9 que si la politique \u00e9nerg\u00e9tique \u00e9vite les \u00e0-coups, si elle offre de la visibilit\u00e9 aux producteurs, aux investisseurs et aux consommateurs. C\u2019est le r\u00f4le que la CRE s\u2019efforce d\u2019assumer : garantir un syst\u00e8me coh\u00e9rent, r\u00e9silient, et \u00e9quitable.<\/p>\n\n\n\n Le parc nucl\u00e9aire fran\u00e7ais, bien que strat\u00e9gique pour la d\u00e9carbonation et la souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, vieillit.<\/p>Emmanuelle Wargon<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ce que nous pr\u00e9conisons dans le dernier rapport de la CRE, c\u2019est la planification de la r\u00e9gulation des futures infrastructures H\u2082 et CO\u2082, sans attendre que le march\u00e9 soit pleinement m\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n Cela suppose de d\u00e9finir des r\u00e8gles d\u2019acc\u00e8s, de tarification, de financement, car ces projets sont tr\u00e8s capitalistiques et leur rentabilit\u00e9 d\u00e9pendra d\u2019une vision claire des usages futurs. Des grandes infrastructures europ\u00e9ennes type H2Med auront un r\u00f4le \u00e0 jouer sous r\u00e9serve de d\u00e9finir leur mod\u00e8le \u00e9conomique et que les acheteurs soient au rendez-vous. Mais le r\u00e9seau \u00e9lectrique est tout aussi crucial. Il doit \u00eatre adapt\u00e9 au changement climatique (notamment plus d\u2019\u00e9v\u00e9nements extr\u00eames), capable de raccorder des projets diffus comme les ENR terrestres, mais aussi de gros p\u00f4les industriels ou offshore. Nous devons g\u00e9rer diff\u00e9rents enjeux : raccordement diffus, raccordement industriel, raccordement des consommateurs strat\u00e9giques. Concr\u00e8tement, nous discutons aujourd\u2019hui avec les gestionnaires de r\u00e9seaux des futurs tarifs, car la mont\u00e9e en puissance des investissements n\u00e9cessaires aura un impact sur les co\u00fbts. Mais cet impact sera ma\u00eetrisable si la demande suit, et si les investissements sont bien dimensionn\u00e9s. L\u2019\u00e9chec serait de construire trop tard ou trop peu \u2014 ou au contraire trop t\u00f4t et sans utilisateurs. C\u2019est pourquoi l\u2019anticipation coordonn\u00e9e de la demande est un levier essentiel. Nous avons une fen\u00eatre d\u2019opportunit\u00e9, en tant que pays situ\u00e9 au carrefour de l\u2019Europe, pour construire un syst\u00e8me r\u00e9silient, interconnect\u00e9, souverain et bas-carbone.\u00a0<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e9lectrification massive de notre \u00e9conomie est une n\u00e9cessit\u00e9 si nous voulons atteindre la neutralit\u00e9 carbone. Il s\u2019agit d\u2019un changement de paradigme profond : on ne remplace pas simplement une \u00e9nergie par une autre, on change les usages, les r\u00e9seaux, les \u00e9quipements, les comportements. Mais cette transition rencontre trois types de d\u00e9fis majeurs.<\/p>\n\n\n\nLe parc nucl\u00e9aire atteint ses 55 ans pour les premi\u00e8res tranches, la construction de nouveaux r\u00e9acteurs sera lente et progressive et l\u2019entretien des infrastructures existantes va s\u2019accompagner de co\u00fbts croissants. Cela p\u00e8se par cons\u00e9quent sur le prix du MWh qui est aujourd\u2019hui \u00e0 plus de 60 euros. Dans ce contexte, comment construire une trajectoire \u00e9nerg\u00e9tique qui soit comp\u00e9titive et protectrice du pouvoir d\u2019achat ?<\/h3>\n\n\n\n
Parmi les voies de diversification figurent le d\u00e9ploiement des infrastructures gazi\u00e8res europ\u00e9ennes (depuis l\u2019Europe du Nord et l\u2019Espagne) et du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en (depuis le Maroc et l\u2019Alg\u00e9rie) comme H2Med, qui permettront d\u2019aller chercher des sources d\u2019\u00e9nergie comp\u00e9titives (solaire, \u00e9olien, hydraulique), et le d\u00e9veloppement des r\u00e9seaux \u00e9lectriques. La France pourrait \u00eatre un hub \u00e9nerg\u00e9tique majeur dans la prochaine d\u00e9cennie et prendre la t\u00eate de la dynamique. Quel r\u00f4le pour ces infrastructures dans notre avenir \u00e9nerg\u00e9tique ? Quel plan de d\u00e9ploiement \u00e0 la hauteur de ces ambitions ? et des besoins de d\u00e9carbonation ?<\/h3>\n\n\n\n
L’\u00e9lectrification massive de notre \u00e9conomie est souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme une solution clef pour la neutralit\u00e9 carbone. Quels sont, selon vous, les principaux d\u00e9fis techniques et financiers li\u00e9s \u00e0 cette \u00e9lectrification ? Comment passer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle industriellement et op\u00e9rationnellement ?<\/h3>\n\n\n\n