{"id":285987,"date":"2025-06-29T18:00:00","date_gmt":"2025-06-29T16:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=285987"},"modified":"2025-06-30T10:03:27","modified_gmt":"2025-06-30T08:03:27","slug":"la-fin-du-monde-nest-pas-si-symbolique-que-cela-une-conversation-avec-mathias-enard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/06\/29\/la-fin-du-monde-nest-pas-si-symbolique-que-cela-une-conversation-avec-mathias-enard\/","title":{"rendered":"\u00ab&#160;La fin du monde n&rsquo;est pas si symbolique que cela&#160;\u00bb, une conversation avec Mathias \u00c9nard"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Mathias Enard est le romancier des limites, des \u00ab&#160;fronti\u00e8res enfouies&#160;\u00bb \u2014 spatiales mais aussi temporelles.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il nous parle de son dernier roman, <\/em>M\u00e9lancolie des confins<em>, dont \u00ab&#160;Nord&#160;\u00bb est le premier volume d\u2019une s\u00e9rie en quatre saisons. Nous suivons les r\u00eaveries d\u2019un promeneur solitaire qui d\u00e9ambule dans l\u2019automne berlinois apr\u00e8s avoir rendu visite \u00e0 une amie victime d\u2019un AVC. Les rues, b\u00e2timents ou autres tr\u00e9buchements urbains sont autant de confins rencontr\u00e9s, la fin de quelque chose \u2014 mais aussi et surtout un point de d\u00e9part.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Enard nous emm\u00e8ne \u00e9galement dans ses \u00ab&#160;lieux d&rsquo;expression de la litt\u00e9rature&#160;\u00bb, \u00e0 Beyrouth, au Caire, \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, guid\u00e9 par <\/em>Boussole<em>, prix Goncourt 2015, et son monologue du musicologue Franz Ritter qui se souvient de l\u2019Orient, de ses voyages, de ses personnalit\u00e9s.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Dans cette promenade \u00e0 rebours, nous parlons de <\/em>Zone<em>, publi\u00e9 en 2008, cette grande \u00e9pop\u00e9e qui prend la forme d\u2019une seule et unique phrase qui se d\u00e9ploie sur 500 pages avant de trouver inexorablement son point final dans \u00ab&#160;la fin du monde.&#160;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Entretien.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">On conna\u00eet l\u2019importance de l\u2019espace, du rapport \u00e0 l\u2019espace qui est pr\u00e9sent dans toute votre \u0153uvre, notamment le rapport aux limites, aux fronti\u00e8res, aux confins. Votre dernier roman <em>M\u00e9lancolie des confins<\/em> n\u2019y \u00e9chappe donc pas. Sentez-vous que ces questionnements se r\u00e9solvent ou au contraire, s&rsquo;affinent, s\u2019accentuent et se d\u00e9multiplient au fur et \u00e0 mesure de vos romans&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Je pense qu&rsquo;il y a deux aspects. D&rsquo;abord, la multiplicit\u00e9 de ces espaces, c&rsquo;est-\u00e0-dire les diff\u00e9rents endroits g\u00e9ographiques qui sont rarement les m\u00eames. J&rsquo;avance \u00e9galement dans l&rsquo;exploration de ces questions, tentant d&rsquo;esquisser non pas des d\u00e9finitions, mais peut-\u00eatre des anti-d\u00e9finitions de ce que sont ces limites, ce qu&rsquo;elles apportent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Disons qu&rsquo;elles ont des aspects extr\u00eamement divers qui permettent justement des approches par la litt\u00e9rature tr\u00e8s diff\u00e9rentes, comme dans le cas du roman ou d&rsquo;une esp\u00e8ce de r\u00e9cit sans fiction, de r\u00e9cit de voyage \u2014 comme l\u2019est peut-\u00eatre <em>M\u00e9lancolie des confins<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Justement, plut\u00f4t que la fronti\u00e8re, qui est facilement franchie \u2014 puisque c&rsquo;est le principe m\u00eame de la fronti\u00e8re, les confins s&rsquo;y opposent parce qu&rsquo;on a l&rsquo;impression qu&rsquo;on peut y parvenir. C&rsquo;est une limite qui est peut-\u00eatre beaucoup moins d\u00e9finie, qui n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement une ligne tr\u00e8s claire \u00e0 un moment donn\u00e9. C&rsquo;est pour cette raison que j&rsquo;appr\u00e9cie ce mot, justement parce qu&rsquo;il est peut-\u00eatre moins pr\u00e9cis que celui de \u00ab&#160;fronti\u00e8re&#160;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de remarquer qu&rsquo;en fran\u00e7ais on l&#8217;emploie au pluriel \u2014 m\u00eame si l&rsquo;usage latin et italien actuel permet tout \u00e0 fait le singulier. En fran\u00e7ais, les confins sont pluriels, deviennent multiples, beaucoup plus divers et moins g\u00e9ographiques que la fronti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans les premi\u00e8res pages de <em>M\u00e9lancolie des confins<\/em> on peut lire&#160;: \u00ab&#160;toute la science m\u00e9dicale et architecturale allemande du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle nous y apparaissait comme dans un tableau de Schinkel, un paysage imaginaire tristement r\u00e9el, d&rsquo;une beaut\u00e9 romantique qui, \u00e9tant donn\u00e9 la fonction originelle du complexe, accueillir les tubards, avait doublement l&rsquo;aspect de la Mort.&#160;\u00bb Diriez-vous que le rapport aux limites, aux confins dans votre \u0153uvre n\u2019est pas que spatial, mais est aussi temporel avec la mort comme fil conducteur pour ainsi dire, dans une dimension eschatologique \u2014 cela peut \u00eatre par la guerre, mais aussi la maladie ou l\u2019accident&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, c&rsquo;est un peu la derni\u00e8re limite. C&rsquo;est vrai que cette fronti\u00e8re infranchissable entre la vie et la mort est \u00e9galement pr\u00e9sente dans cet ensemble \u00e0 travers l&rsquo;id\u00e9e de la m\u00e9lancolie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9lancolie a un rapport tr\u00e8s clair avec le deuil \u2014 et donc avec la mort. C\u2019est peut-\u00eatre une fa\u00e7on de fr\u00f4ler ces confins, en tout cas de les envisager. Cette id\u00e9e tr\u00e8s m\u00e9lancolique du deuil, d&rsquo;un deuil impossible parce qu&rsquo;on ne sait pas exactement ce dont il est question, me semble tr\u00e8s vraie quand on s&rsquo;approche de ces confins entre la vie et la mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais vous l&rsquo;avez bien dit, il y a aussi une question de limites, de fronti\u00e8res entre soi et l&rsquo;autre, entre le souvenir et l&rsquo;oubli. Avec la question de la m\u00e9moire, qu&rsquo;est-ce qui fait en nous que nous nous souvenons, que nous oublions, que nous rappelons \u00e0 travers cet exemple assez fascinant de Gerlach et de son r\u00e9cit sur la bataille de Stalingrad&#160;? Mais aussi \u00e0 travers l&rsquo;accident c\u00e9r\u00e9bral de E., cette amie qui se trouve \u00e0 ce moment-l\u00e0 dans cette clinique \u00e0 Beelitz, qui m&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 me poser cette question&#160;: jusqu&rsquo;o\u00f9 suis-je exactement quand je n&rsquo;existe plus, o\u00f9 se trouve la fronti\u00e8re de mon identit\u00e9 avec celle de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre qui devient tout \u00e0 coup diff\u00e9rent&#160;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des fronti\u00e8res que j&rsquo;explore les unes apr\u00e8s les autres dans ce cycle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La litt\u00e9rature s&rsquo;inscrit-elle dans cet espace, dans une sorte de <em>no man\u2019s land<\/em> ou d\u2019orni\u00e8re entre la vie et la mort&#160;? Toujours dans<em> M\u00e9lancolie des confins<\/em>, le narrateur dit pr\u00e9cis\u00e9ment&#160;: \u00ab&#160;La mort est une semeuse, plus qu\u2019une faucheuse. La fronti\u00e8re est f\u00e9conde en disparitions&#160;; fertile en violences&#160;; la litt\u00e9rature pousse dans l\u2019orni\u00e8re mortelle, sort du charnier tel un coquelicot, un pavot du pauvre qui donnerait cette forme magnifique d\u2019oubli, cette forme sublime d\u2019oubli qu\u2019est la m\u00e9moire, qu\u2019est un livre.&#160;\u00bb (p. 34)<\/h3>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, la litt\u00e9rature na\u00eet l\u00e0 o\u00f9 tout s&rsquo;ach\u00e8ve.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La litt\u00e9rature a ce pouvoir. Le roman et la po\u00e9sie sont en quelque sorte le seul moyen qu&rsquo;on ait, avec peut-\u00eatre l&rsquo;art en g\u00e9n\u00e9ral, de p\u00e9n\u00e9trer et d\u2019explorer ces confins. C&rsquo;est vraiment le lieu de la litt\u00e9rature, de l&rsquo;entre-deux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les grands romans essayent justement de franchir des limites et s&rsquo;int\u00e9ressent aux confins, pour aller jusqu&rsquo;au bout de quelque chose \u2014 m\u00eame s&rsquo;il faut pour cela traverser d&rsquo;\u00e9normes obstacles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il est question dans ces pages du rapport un peu particulier qui s\u2019installe entre des artistes et les lieux dans lesquels ils travaillent. Dans un passage assez dr\u00f4le, il est dit&#160;: \u00ab&#160;L\u2019art des confins, des limites. Ils [les artistes en question] ne pouvaient, dans un tel endroit, que s\u2019interroger sur leur propre effacement. Ou le contempler, s\u2019y enfouir pour mieux le d\u00e9crire&#160;\u00bb.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Absolument, dans ce cas c&rsquo;est assez ironique. Ce complexe dont il est question a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en grande partie en des demeures tr\u00e8s bobos, extr\u00eamement ch\u00e8res&#160;; j&rsquo;imagine, amus\u00e9, que tout d&rsquo;un coup, on doit forc\u00e9ment r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 on se trouve quand on \u00e9crit. Cet endroit est quand m\u00eame un ancien sanatorium et h\u00f4pital militaire sovi\u00e9tique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on croit en l&rsquo;esprit du lieu, on ne doit pas faire n&rsquo;importe quoi\u2026 J&rsquo;imagine que cela doit induire des cr\u00e9ations assez sp\u00e9ciales.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La litt\u00e9rature na\u00eet l\u00e0 o\u00f9 tout s&rsquo;ach\u00e8ve.<\/p><cite>Mathias \u00c9nard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans votre cas, quel rapport entretenez-vous avec les lieux&#160;? Dans vos textes, g\u00e9n\u00e9ralement une harmonie se cr\u00e9e entre les narrateurs et leur environnement, par des descriptions pr\u00e9cises notamment.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Cela est particuli\u00e8rement vrai dans cet ensemble de quatre livres dont <em>M\u00e9lancolie des confins<\/em> est le premier volume.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c&rsquo;est aussi quelque chose qui habite tous mes textes. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un rapport situ\u00e9 \u00e0 un lieu, un croisement entre un r\u00e9cit, une histoire et une g\u00e9ographie \u2014 et ce d\u00e8s mes d\u00e9buts, avec la ville de Beyrouth. Il y a des endroits qui, pour moi, sont le lieu d&rsquo;expression de la litt\u00e9rature.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rends compte que c&rsquo;est peut-\u00eatre parce que j&rsquo;y ai v\u00e9cu et que j&rsquo;aime \u00e9crire sur les endroits que je connais. Scorsese disait toujours \u00ab&#160;filme ce que tu connais&#160;\u00bb. Peut-\u00eatre faut-il aussi \u00e9crire ce que l&rsquo;on conna\u00eet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne suis d&rsquo;ailleurs pas \u00e0 l&rsquo;aise quand je parle d&rsquo;un endroit que je ne connais pas, o\u00f9 je ne suis jamais all\u00e9. Je n&rsquo;aime pas \u00e9crire sur des endroits auxquels je n&rsquo;ai pas de rapport physique. Ou alors, je suis oblig\u00e9 de les d\u00e9crire de mani\u00e8re totalement imaginaire \u2014 et on perd un peu cette relation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Pour moi, le roman, en tout cas ma litt\u00e9rature telle que je la pratique, est tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 des endroits pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Certaines descriptions notamment dans le premier chapitre de <em>M\u00e9lancolie des confins<\/em> m\u2019ont fait penser au magnifique <em>Austerlitz<\/em> de Sebald dans les descriptions architecturales tr\u00e8s minutieuses, tr\u00e8s pr\u00e9cises au niveau des structures\u2026&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Je suis moi-m\u00eame un passionn\u00e9 de Sebald.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;y pense pas quand je me mets \u00e0 \u00e9crire, bien s\u00fbr, mais je l\u2019ai beaucoup lu, il fait un peu partie de moi. Il est donc possible que ce soit l\u00e0, sans m\u00eame que je m&rsquo;en rende compte.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous avez parl\u00e9 il y a un instant de Beyrouth et des \u00ab&#160;lieux d&rsquo;expression de la litt\u00e9rature&#160;\u00bb. Vous connaissez tr\u00e8s bien l&rsquo;Asie interm\u00e9diaire qui est au c\u0153ur de l&rsquo;actualit\u00e9 ces derniers jours. Certains endroits sont-ils plus des lieux d&rsquo;expression de la litt\u00e9rature que d&rsquo;autres&#160;? Le rapport aux lieux est-il diff\u00e9rent selon la r\u00e9gion dans votre rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Je ne pense pas qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de lieux diff\u00e9rents. Ce qui est en jeu, c\u2019est mon int\u00e9r\u00eat personnel. Certains auteurs ont des mondes tr\u00e8s diff\u00e9rents. En ce qui me concerne, le Moyen-Orient et les Balkans sont mon univers. Peut-\u00eatre parce que c&rsquo;est l\u00e0-bas qu&rsquo;il y a le plus de croisements, de confins, de fronti\u00e8res enfouies.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu&rsquo;on a une conversation \u00e0 b\u00e2tons rompus, on se rend compte de tout ce qui nous s\u00e9pare et de tout ce qui nous rapproche \u2014 que ce soit en termes de langue, de religion ou d&rsquo;habitudes culturelles. Ces terres ont encore aujourd&rsquo;hui une grande diversit\u00e9, m\u00eame si celle-ci est malheureusement en danger pour toutes les raisons qu&rsquo;on sait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais oui, je pense que c&rsquo;est pour ces raisons que ce sont mes territoires. Ils sont fragment\u00e9s et marqu\u00e9s par la violence de la guerre&#160;; cette diversit\u00e9 a malheureusement aussi de tristes cons\u00e9quences.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment parvenir \u00e0 rendre dans la litt\u00e9rature cette diversit\u00e9, souvent synonyme de richesse mais aussi de complexit\u00e9&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un peu le d\u00e9fi&#160;: s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 cette multiplicit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire passer d&rsquo;un sujet \u00e0 l&rsquo;autre, essayer d&rsquo;\u00eatre attentif \u00e0 ces diff\u00e9rences, \u00e0 ce qui nous \u00e9loigne, s&rsquo;int\u00e9resser aux langues, \u00e0 la fa\u00e7on par laquelle on communique, aux traces du pass\u00e9, \u00e0 la vie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u2014 dans sa diversit\u00e9 et sa profondeur historique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On vient ainsi \u00e0 la question&#160;: comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0&#160;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, parler de Beyrouth telle qu&rsquo;on la conna\u00eet \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00c9tat libanais, c&rsquo;est quelque chose de relativement r\u00e9cent, qui n&rsquo;a m\u00eame pas un si\u00e8cle. Et c\u2019est une histoire qui est travers\u00e9e par d&rsquo;autres r\u00e9cits, \u00e9videmment ottomans, mais aussi tr\u00e8s li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;interventionnisme du Vatican et des catholiques \u00e0 partir du XVIe si\u00e8cle dans ces r\u00e9gions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9norm\u00e9ment de r\u00e9cits s&rsquo;imbriquent les uns aux autres et fabriquent toute une couche de populations diff\u00e9rentes, de fa\u00e7ons de parler diff\u00e9rentes \u2014 le tout dans un espace extr\u00eamement restreint. Il y a encore aujourd&rsquo;hui, par exemple, des accents, des dialectes dans l&rsquo;arabe libanais qui ne sont pas les m\u00eames selon qu&rsquo;on soit un druze ou un maronite de la montagne, ou un sunnite de la c\u00f4te&#160;: on ne parle pas du tout de la m\u00eame fa\u00e7on.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela constitue des traces passionnantes pour l&rsquo;\u00e9crivain ou le romancier, car elles sont autant de morceaux du quotidien du pass\u00e9 qu&rsquo;il est possible de d\u00e9crire, r\u00e9\u00e9crire et s&rsquo;approprier. J\u2019adore ces endroits pour leur immense richesse et diversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ce qui est int\u00e9ressant c\u2019est que vous ne limitez pas, cependant, \u00e0 ces endroits. Votre dernier roman se d\u00e9roule en Allemagne.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>On retrouve, en effet, cette richesse \u00e0 Berlin aussi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que c&rsquo;est vraiment une question de go\u00fbt personnel. J\u2019ai pass\u00e9 du temps \u00e0 \u00e9tudier l&rsquo;histoire, je connais la langue. Si j&rsquo;avais appris plut\u00f4t le chinois \u2014 ce qui me fascinerait \u2014 je me pencherais plut\u00f4t sur la diff\u00e9rence entre les provinces de la Chine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on ne peut pas nier qu\u2019il y ait une part de hasard l\u00e0-dedans.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Est-ce vraiment le fruit du hasard&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, je pense qu&rsquo;il y a une sorte de hasard. N\u00e9anmoins, on peut retrouver certaines causes \u00e0 ce hasard. \u00c9videmment, <em>a posteriori<\/em>, il est assez simple de retracer des \u00e9l\u00e9ments qui peuvent expliquer certaines d\u00e9cisions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Qu&rsquo;est-ce qui vous attire au d\u00e9part au Moyen-Orient&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais envie de voyager, j&rsquo;avais envie de partir. J&rsquo;avais envie de quitter Niort et les Deux-S\u00e8vres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, il y avait une carte universitaire qui disait que si j&rsquo;\u00e9tudiais les math\u00e9matiques, le fran\u00e7ais ou la philosophie, j&rsquo;allais \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Poitiers. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment un grand voyage, il n&rsquo;y avait que 50 km depuis chez moi\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, il y avait une universit\u00e9 qui me fascinait absolument&#160;: l&rsquo;Inalco. Rien que sa brochure \u00e9tait un voyage incroyable avec des destinations aussi diverses que les langues de Yougoslavie, de l&rsquo;Australie, du Pacifique ou encore les langues d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud comme le quechua. J\u2019ai tout de suite su que c\u2019\u00e9tait pour moi. Et c&rsquo;\u00e9tait accessible&#160;: il \u00e9tait possible de s&rsquo;inscrire tr\u00e8s facilement. Il suffisait d&rsquo;y aller, de pr\u00e9senter son bac et une pi\u00e8ce d&rsquo;identit\u00e9 pour \u00eatre imm\u00e9diatement inscrit. C&rsquo;\u00e9tait assez g\u00e9nial. Voil\u00e0 comment j&rsquo;ai commenc\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Des lectures avaient-elles au pr\u00e9alable pu influencer cette envie de voyage&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s na\u00efvement, je dois admettre que je ne connaissais absolument rien mais j&rsquo;aimais bien l&rsquo;image des <em>Mille et Une Nuits<\/em> que je trouvais passionnante. Mais pour moi, les <em>Mille et Une Nuits<\/em> c&rsquo;\u00e9tait du persan \u2014 notamment parce que les noms des professeurs sont persans. Je n&rsquo;ai jamais imagin\u00e9 que tout cela aurait toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en arabe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai donc choisi le persan et la personne responsable des inscriptions m&rsquo;a dit que je ne ma\u00eetriserais jamais bien le persan si je ne savais pas aussi l&rsquo;arabe. J&rsquo;ai donc coch\u00e9 la case \u00ab&#160;arabe&#160;\u00bb. J\u2019\u00e9tais heureux de commencer un voyage par les langues.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans les derni\u00e8res pages de <em>Boussole<\/em>, Sarah dit&#160;: \u00ab&#160;<em>Don Quichotte<\/em> est le premier roman arabe, tu sais. Le premier roman europ\u00e9en et le premier roman arabe, regarde, Cervant\u00e8s l\u2019attribue \u00e0 Sayyid Hamid Ibn al-Ayyil, qu\u2019il \u00e9crit Cide Hamete Benengeli.&#160;\u00bb<\/h3>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 une histoire tr\u00e8s myst\u00e9rieuse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/05\/10\/cervantes-inedit-un-sonnet-retrouve-de-lauteur-du-quichotte-premiere-traduction-francaise\/\">Cervantes<\/a> a-t-il eu besoin de cela&#160;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire de Cide Hamete Benengeli, qui serait l&rsquo;auteur de <em>Don Quichotte<\/em>, arrive tr\u00e8s tard dans le r\u00e9cit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a pas vraiment de raison objective qui expliquerait cela. Il n&rsquo;en avait pas besoin, le roman faisait d\u00e9j\u00e0 200 pages, il pouvait tout \u00e0 fait continuer. Et puis, \u00e0 un moment, il ajoute cela, un peu comme s&rsquo;il n&rsquo;avait pas encore d\u00e9cid\u00e9 comment la narration allait se pr\u00e9senter. Je pense que ce sont des traces de diff\u00e9rents \u00e9tats de son imaginaire qui lui ont servi \u00e0 cr\u00e9er ce texte. Et l&rsquo;id\u00e9e qu\u2019il soit \u00e9crit par un \u00e9crivain arabe qu&rsquo;on trouve sur un march\u00e9 \u00e9tait, me semble-t-il, l&rsquo;une des possibilit\u00e9s de l&rsquo;\u00e9nonciation de ce texte, ce qui le liait \u00e9galement \u00e0 une esp\u00e8ce d&rsquo;anti-tradition myst\u00e9rieuse des r\u00e9cits de chevalerie qui passerait par l&rsquo;Andalousie musulmane \u2014 qui avait d\u00e9j\u00e0 compl\u00e8tement disparu \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est assez fascinant \u2014 d&rsquo;autant plus que Cervantes a \u00e9t\u00e9 captif \u00e0 Alger et qu&rsquo;il conna\u00eet donc bien ces traces de l\u2019Andalousie m\u00e9di\u00e9vale.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Mon premier rapport \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9cevant \u2014 parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a m\u00eame pas de pyramide.<\/p><cite>Mathias \u00c9nard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Apr\u00e8s l&rsquo;Inalco auront lieu d\u2019autres voyages \u2014 cette fois-ci pour de vrai. Comment se d\u00e9roule la premi\u00e8re d\u00e9couverte des pays dont vous appreniez la langue&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Forc\u00e9ment, c&rsquo;est un autre choc.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On se rend compte qu&rsquo;on ne sait absolument rien. La langue dont on vous a fait croire qu&rsquo;elle \u00e9tait la langue arabe n&rsquo;est utilis\u00e9e ni comprise par personne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend sur place la r\u00e9alit\u00e9 de la diglossie que je n\u2019avais pas bien per\u00e7ue avant. Peut-\u00eatre parce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, sans Internet, il y avait beaucoup moins de rapports visuels et sonores avec le monde arabe. On n&rsquo;avait pas facilement acc\u00e8s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne du monde arabe. Je voulais donc recommencer \u00e0 z\u00e9ro l&rsquo;apprentissage de la langue. Et on se rend compte tous les jours qu&rsquo;on ne sait pas grand-chose. C&rsquo;est un peu le lot de ceux qui arrivent quelque part. Mais je pense que c&rsquo;est extr\u00eamement important de se confronter \u00e0 ses r\u00eaves.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quel a \u00e9t\u00e9 le premier grand choc pour vous&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Le Caire, sans doute. C&rsquo;est certes une ville magnifique, mais c&rsquo;est une ville de la fin du XXe si\u00e8cle, avec des millions et des millions d&rsquo;habitants, une ville qui ne dort jamais, tr\u00e8s bruyante, extr\u00eamement pollu\u00e9e et difficile \u00e0 vivre. On est d&rsquo;abord frapp\u00e9 de plein fouet par cette r\u00e9alit\u00e9 urbaine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tonnement se produit aussi par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;on s&rsquo;attendait \u00e0 trouver, c&rsquo;est-\u00e0-dire des felouques et des tombeaux mamelouks. Ils existent aussi, mais dans un environnement qui est bien s\u00fbr compl\u00e8tement diff\u00e9rent. Et en m\u00eame temps, si je n&rsquo;avais vu que les felouques, les tombeaux mamelouks et trois palmiers, je me serais vite ennuy\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Caire est une ville absolument fascinante avec tous ces aspects de l&rsquo;urbanit\u00e9 et de la culture arabe depuis les ann\u00e9es 1960, 1970 et 1980, qui \u00e9tait extr\u00eamement importante. C&rsquo;est aussi la ville d&rsquo;Oum Kalthoum, de Nasser, etc. C&rsquo;est la capitale du monde arabe apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019arrivais ainsi au c\u0153ur de ces lieux symboliques que je venais d\u00e9couvrir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pourriez-vous raconter aussi votre arriv\u00e9e \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Mon premier rapport \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9cevant \u2014 parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a m\u00eame pas de pyramide. C&rsquo;est une tr\u00e8s grande ville, tr\u00e8s diff\u00e9rente du Caire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;y arrive pour \u00eatre \u00e9tudiant dans l&rsquo;universit\u00e9 Shahid Beheshti, qui se trouve au nord-ouest de la ville. Elle est tr\u00e8s haut dans la montagne, tout pr\u00e8s de la prison d\u2019Evin. Depuis le dortoir de la cit\u00e9 universitaire, on avait une vue imprenable sur la prison. Cela rappelait aux \u00e9tudiants leur possible destination en sortant de l&rsquo;universit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait en 1993, j&rsquo;avais environ 21 ans, et nous \u00e9tions vraiment les premiers \u00e9tudiants occidentaux \u00e0 revenir \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9. Jusque-l\u00e0, seuls des Cor\u00e9ens et quelques Turcs \u00e9taient de retour en Iran pour leurs \u00e9tudes. Pour les Iraniens, cela repr\u00e9sentait donc quelque chose d&rsquo;extr\u00eamement inqui\u00e9tant&#160;: nous \u00e9tions en permanence surveill\u00e9s et encadr\u00e9s par au moins trois ou quatre volontaires \u2014 jeunes ou plus \u00e2g\u00e9s que nous \u2014 mais qui \u00e9taient quand m\u00eame des \u00e9tudiants. Ils veillaient \u00e0 ce que nous ne commettions pas d&rsquo;impair dans ce monde aussi codifi\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On s&rsquo;est tr\u00e8s vite rendu compte que ces \u00e9tudiants avaient leur pens\u00e9e de derri\u00e8re comme disait Pascal&#160;: ils n&rsquo;\u00e9taient pas aussi endoctrin\u00e9s qu&rsquo;on pouvait le croire. Ils avaient tous \u00e9t\u00e9 volontaires sur le front&#160;: ce sont des gens qui avaient fait la guerre, qui avaient \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s, qui avaient obtenu leur place \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 parce qu&rsquo;ils avaient combattu \u2014 et ils avaient failli y rester pour beaucoup d&rsquo;entre eux. Petit \u00e0 petit, ils nous ont permis de comprendre cette grande complexit\u00e9 de l&rsquo;Iran post-r\u00e9volutionnaire&#160;: d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, nous sommes bien s\u00fbr du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9volution et du r\u00e9gime, mais de l\u2019autre, nous trouvons des arrangements priv\u00e9s avec les consignes ou doctrines officielles du r\u00e9gime.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Diriez-vous que cela caract\u00e9rise en partie la soci\u00e9t\u00e9 iranienne&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Absolument, vous trouvez, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, un espace public extr\u00eamement contr\u00f4l\u00e9 et r\u00e9gent\u00e9. D\u2019ailleurs, c\u2019est lorsque ce contr\u00f4le est moins strict que surgissent des tensions. L\u2019affaire du voile de Mahsa Jina Amini, par exemple, est un de ces moments o\u00f9 les codes r\u00e9volutionnaires ne sont plus respect\u00e9s dans l&rsquo;espace public.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, il y a des moments dans les espaces priv\u00e9s, qui sont beaucoup plus secrets, o\u00f9 l&rsquo;on trouve une ville parall\u00e8le extr\u00eamement libre, o\u00f9 les conversations le sont tout autant. Bien que cela puisse para\u00eetre un peu paradoxal vu depuis l&rsquo;ext\u00e9rieur, la grande passion quotidienne des Iraniens, quels qu&rsquo;ils soient, est de parler politique. Il est impossible de prendre un taxi et de rencontrer des gens sans parler politique imm\u00e9diatement. Et ces discussions peuvent \u00eatre extr\u00eamement critiques vis-\u00e0-vis du r\u00e9gime.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment expliquez-vous cette situation double&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Cela peut sembler choquant pour nous car nous avons l&rsquo;impression que la dictature implique n\u00e9cessairement une forme de censure de la parole publique et politique. Mais lorsqu&rsquo;on est sur place, on d\u00e9couvre que l&rsquo;Iran est fait d&rsquo;\u00e9norm\u00e9ment de contradictions qui nous apparaissent comme telles, mais qui n&rsquo;en sont pas, car tout cela est justement le r\u00e9sultat d&rsquo;\u00e9quilibres extr\u00eamement subtils entre ce qu&rsquo;on peut dire, la fa\u00e7on de le dire, le moment choisi, ainsi qu&rsquo;une forme de vie priv\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;intervient pas \u2014 ou peu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela est tr\u00e8s variable selon les \u00e9poques et les moments o\u00f9, justement, l&rsquo;\u00c9tat va essayer d&rsquo;intervenir plus dans la soci\u00e9t\u00e9&#160;: il y aura alors plus de r\u00e9pression, surtout sur les jeunes, plus de contr\u00f4les et d&rsquo;arrestations arbitraires. Tout cela va un peu refluer pendant quelques ann\u00e9es, puis recommencer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 \u00e0 quoi ressemblait la vie quotidienne des Iraniens depuis les ann\u00e9es 1980 en sachant que les ann\u00e9es 1980-88, marqu\u00e9es par la guerre entre l&rsquo;Iran et l&rsquo;Irak, ont permis au r\u00e9gime de se renforcer \u00e9norm\u00e9ment gr\u00e2ce au nationalisme autour de la d\u00e9fense du territoire, mais aussi d&rsquo;imposer un plus grand contr\u00f4le des m\u0153urs \u00e0 la population. Cela se fonde sur le culte des martyrs, ce grand sujet collectif iranien, les martyrs historiques chiites, mais aussi ceux de la guerre qui sont tous v\u00e9n\u00e9r\u00e9s quotidiennement.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment la d\u00e9couverte de cette soci\u00e9t\u00e9 a-t-elle influenc\u00e9 votre travail d&rsquo;\u00e9criture&#160;? Peut-on d\u2019une certaine fa\u00e7on lire <em>Zone<\/em> (2008), ce monologue d\u2019une seule phrase qui s&rsquo;\u00e9tend sur environ 500 pages, comme une r\u00e9ponse formelle \u00e0 cette question&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il y a, bien s\u00fbr, une multiplicit\u00e9 de r\u00e9cits, des multiples fa\u00e7ons de les voir, d\u2019autant plus que je suis en dehors&#160;: forc\u00e9ment, mon regard est celui d&rsquo;un Fran\u00e7ais blanc qui a appris ces choses de l&rsquo;ext\u00e9rieur \u2014 m\u00eame si j&rsquo;ai pu les vivre un peu sur place. J\u2019ai, par cons\u00e9quent, une position de narrateur externe qui doit assumer cette position-l\u00e0, je ne peux pas me faire passer pour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;aspect kal\u00e9idoscopique prend donc tout son sens&#160;: ce sont de petits fragments, un peu comme des tesselles, qui fabriqueraient une image nette \u00e0 la fin \u2014 ou pas, mais qui est en tout cas une image extr\u00eamement multiple, fabriqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide de petits morceaux de r\u00e9alit\u00e9 mis bout \u00e0 bout ou c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D&rsquo;ailleurs, dans <em>M\u00e9lancolie des confins<\/em>, vous parlez justement du \u00ab&#160;kal\u00e9idoscope des possibles&#160;\u00bb de la litt\u00e9rature.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est de cette fa\u00e7on que j&rsquo;envisage une forme de v\u00e9rit\u00e9 romanesque pour ainsi dire, mais qui n&rsquo;est pas de l&rsquo;ordre de la v\u00e9rit\u00e9 tout court. C&rsquo;est une image un peu pixelis\u00e9e, d\u00e9form\u00e9e et qui se transforme au fur et \u00e0 mesure de la lecture. C&rsquo;est justement aussi la force du roman que d&rsquo;arriver \u00e0 quelque chose qui ne soit pas du tout fig\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace romanesque permet de rejoindre diff\u00e9rentes fa\u00e7ons de voir un ph\u00e9nom\u00e8ne et de les juxtaposer.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Zone<\/em> avec cette longue phrase qui d\u00e9ambule comme un train \u00e0 toute allure, sans pause, pourrait-il symboliser l\u2019histoire m\u00eame du Moyen-Orient, d\u2019une r\u00e9gion qui s\u2019embrase et qui flirte de temps \u00e0 autre avec le point final et la destination de cette phrase unique du roman qui est&#160;: \u00ab&#160;la fin du monde.&#160;\u00bb&#160;? On a l\u2019impression, au fond, que seulement cela pouvait arr\u00eater, mettre un terme \u00e0 cette phrase, \u00e0 cette histoire\u2026&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, effectivement. En revanche, je n&rsquo;aime pas trop l&rsquo;id\u00e9e du symbole&#160;: je pense que c&rsquo;est plus r\u00e9el qu&rsquo;un symbole. Ce n&rsquo;est pas quelque chose qu&rsquo;on peut uniquement lire sous cet angle-l\u00e0. Cela a beaucoup d&rsquo;autres sens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, c&rsquo;est le destin dont on sait qu&rsquo;il arrivera un jour. On vous dira aussi que c&rsquo;est tr\u00e8s loin, parce que c&rsquo;est quand le soleil s&rsquo;\u00e9teindra. Il nous reste donc encore <em>a priori <\/em>quelques millions, voire milliards d&rsquo;ann\u00e9es. Mais cette fin peut avoir lieu avant, si ceci ou cela se produit\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours est-il, on sait que c&rsquo;est fini&#160;: nous sommes tous d&rsquo;accord pour dire que ce monde aura une fin. Ce n&rsquo;est donc pas aussi symbolique que cela. Il y a quand m\u00eame une forme de r\u00e9alit\u00e9 l\u00e0-dedans. Apr\u00e8s, qu&rsquo;on veuille l&rsquo;envisager ou pas, c&rsquo;est autre chose. Cependant, ce train nous y am\u00e8ne. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre \u00e9chappatoire possible&#160;: c\u2019est vers l&rsquo;infini que nous nous acheminons.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">En parlant de destin, dans <em>Zone<\/em>, on trouve \u00e0 un moment donn\u00e9 cette phrase au chapitre 5&#160;: \u00ab&#160;les Isra\u00e9liens savent que quelque chose va arriver un jour ou l\u2019autre, le tout c\u2019est de deviner o\u00f9, qui, et quand, les Isra\u00e9liens attendent la catastrophe et elle finit toujours par venir, un bus, un restaurant, un caf\u00e9&#160;\u00bb. Le fait de relire ces passages aujourd\u2019hui donne une impression d&rsquo;histoire cyclique\u2026&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Quelqu&rsquo;un qui lit un peu ou qui conna\u00eet un peu l&rsquo;histoire du Moyen-Orient ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser que c&rsquo;est toujours la m\u00eame chose qui se r\u00e9p\u00e8te \u2014 et que cela d\u00e9marre, bien souvent, de la m\u00eame fa\u00e7on.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai publi\u00e9 <em>Zone<\/em> en 2008&#160;; \u00e0 partir de 2005, le Hamas et le Djihad islamique ont commenc\u00e9 \u00e0 faire des attentats suicides tr\u00e8s violents et meurtriers, dans les autobus notamment, en Isra\u00ebl m\u00eame, qui vont d\u00e9clencher une r\u00e9pression encore plus violente dans les territoires. Nous sommes dans un cycle, dans un encha\u00eenement de la violence dont aucun des protagonistes ne sait comment sortir. Il faut que l&rsquo;un ou l&rsquo;autre renonce \u00e0 la violence \u2014 mais aucun des deux n&rsquo;est pr\u00eat \u00e0 le faire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le narrateur de <em>Zone<\/em> dit au d\u00e9but du chapitre XX (p. 439)&#160;: \u00ab&#160;Parfois les armes se retournent contre soi.&#160;\u00bb Ces mots semblent bien synth\u00e9tiser ce que vous \u00eates en train de dire.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui \u2014 mais de fa\u00e7on tr\u00e8s triste. Au bout d&rsquo;un moment, la violence finit par avoir un impact m\u00eame sur celui qui la cause&#160;: celui qui tire subit lui aussi un choc en retour de cette violence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si on regarde sur le long terme, bien que dans le cas du conflit isra\u00e9lo-palestinien, la dur\u00e9e n&rsquo;est pas si longue, on voit que le processus de la violence engendre exclusivement de la violence et ne permet jamais d&rsquo;aboutir \u00e0 la paix \u2014 ni pour l&rsquo;un ni pour l&rsquo;autre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les Palestiniens diront qu&rsquo;ils sont les plus victimes, qu&rsquo;ils ont perdu leurs terres et qu&rsquo;ils ont vu des dizaines de milliers de Palestiniens mourir, ce qui est objectivement vrai. Mais de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, Isra\u00ebl n&rsquo;a jamais connu la paix. Ce sont des cycles de tr\u00e8s grande violence dont on se demande comment et quand ils pourront s&rsquo;achever.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans <em>Boussole<\/em> est cit\u00e9e la premi\u00e8re phrase de <em>La Chouette aveugle<\/em> de S\u00e2deq Hed\u00e2yat&#160;: \u00ab&#160;Dans la vie il y a des blessures qui, comme une l\u00e8pre, rongent l\u2019\u00e2me dans la solitude&#160;\u00bb. Pourrions-nous appliquer cette phrase \u00e0 l\u2019\u00e9chelle non plus d\u2019un individu mais de toute une r\u00e9gion&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019aime beaucoup cette premi\u00e8re phrase de <em>La Chouette Aveugle<\/em> \u2014 qui est un roman vraiment incroyable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 votre question&#160;: bien s\u00fbr, c\u2019est un peu l&rsquo;usage que j&rsquo;en fais. Malheureusement, il semblerait que ce soit la r\u00e9alit\u00e9. On aimerait pouvoir penser qu&rsquo;on peut trouver des solutions \u00e0 tout. Finalement, la r\u00e9alit\u00e9 nous d\u00e9trompe dans tous les cas.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La lecture de <em>Zone<\/em> donne l\u2019impression qu\u2019il y a par moments une volont\u00e9 de d\u00e9sacraliser le front, la guerre, de montrer ce qu\u2019elle est r\u00e9ellement, dans sa dimension tr\u00e8s triviale, concr\u00e8te. Un peu dans le style de l\u2019excellent <em>Hommage \u00e0 la Catalogne<\/em> d\u2019Orwell.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, la guerre est un processus si multiple, le temps y est tellement dilu\u00e9 que beaucoup de positions sont possibles, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de la guerre. C&rsquo;est ce que montre tr\u00e8s bien aussi le passage fameux de Fabrice \u00e0 Waterloo&#160;: cette impossibilit\u00e9 de trouver la bataille quand on la cherche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sauf quand elle est sur vous. C&rsquo;est une exp\u00e9rience extr\u00eamement violente et confuse. Et ensuite, tout se redilue \u00e0 nouveau \u2014 avant que cette violence r\u00e9apparaisse soudainement, l\u00e0 o\u00f9 on l&rsquo;attendait le moins.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi du moins que les combattants d\u00e9crivent l\u2019exp\u00e9rience de la guerre \u2014 exp\u00e9rience que je n\u2019ai pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>On ne s&rsquo;int\u00e9resse pas \u00e0 tout ce qui para\u00eet lointain.<\/p><cite>Mathias \u00c9nard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Diriez-vous, comme le narrateur de <em>Boussole<\/em>, que \u00ab&#160;l\u2019existence est un reflet douloureux, un r\u00eave d\u2019opiomane, un po\u00e8me de Rumi chant\u00e9 par Shahram Nazeri&#160;\u00bb&#160;?&nbsp;&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Pourquoi pas&#160;! En tout cas, c&rsquo;est vrai&#160;: les po\u00e8mes de Rumi sont tellement beaux. Le son est assez magique. Il y a quelque chose d&rsquo;envo\u00fbtant, une esp\u00e8ce de boucle qui fait penser, naturellement, \u00e0 la danse des derviches tourneurs \u2014 parce qu&rsquo;ils utilisaient les po\u00e8mes de Rumi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a donc dans ces po\u00e8mes quelque chose d&rsquo;incantatoire qui est fait pour rendre extatique. L&rsquo;extase est sans doute une possibilit\u00e9 du paradis sur terre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Manque-t-on aujourd\u2019hui pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019une boussole pour comprendre ce qui se passe dans la r\u00e9gion&#160;? Ou la boussole est-elle cass\u00e9e&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>On manque surtout d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Notre int\u00e9r\u00eat est tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 des moments spectaculaires comme les bombardements, les tirs de missiles, la guerre et la mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019Isra\u00ebl bombardait T\u00e9h\u00e9ran, on ne parlait plus du tout de Gaza. Une chose chasse l&rsquo;autre. Cet int\u00e9r\u00eat est donc vraiment tr\u00e8s fluctuant, selon les \u00e9pisodes les plus violents ou spectaculaires. On ne s&rsquo;int\u00e9resse pas \u00e0 tout ce qui para\u00eet lointain.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il ne resterait plus qu\u2019\u00e0 se raccrocher au dernier mot de <em>Boussole<\/em>, \u00ab&#160;au ti\u00e8de soleil de l&rsquo;esp\u00e9rance.&#160;\u00bb<\/h3>\n\n\n\n<p>Ce ne serait pas mal, en effet. L&rsquo;espoir reste toujours permis, bien s\u00fbr.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le principe esp\u00e9rance, comme dirait Bloch.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notre boussole est cass\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans son \u0153uvre, Mathias Enard a fait du voyage aux fronti\u00e8res un principe po\u00e9tique et litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Pour comprendre \u00e0 nouveau le monde par les limites, il cherche des lieux, les explore&#160;&#160;: Beyrouth, Le Caire, T\u00e9h\u00e9ran, Berlin.<\/p>\n<p>Nous le rencontrons \u00e0 l\u2019occasion de la sortie du premier volume de son nouveau cycle romanesque, <em>M\u00e9lancolie des confins<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":285990,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[4344],"tags":[],"staff":[1631],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-285987","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-litterature","staff-florent-zemmouche","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>\u00abLa fin du monde n&#039;est pas si symbolique que cela\u00bb, une conversation avec Mathias \u00c9nard | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/06\/29\/la-fin-du-monde-nest-pas-si-symbolique-que-cela-une-conversation-avec-mathias-enard\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00abLa fin du monde n&#039;est pas si symbolique que cela\u00bb, une conversation avec Mathias \u00c9nard | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Notre boussole est cass\u00e9e.  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