{"id":285590,"date":"2025-06-27T19:42:10","date_gmt":"2025-06-27T17:42:10","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=285590"},"modified":"2025-06-28T08:26:29","modified_gmt":"2025-06-28T06:26:29","slug":"von-der-leyen-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/06\/27\/von-der-leyen-pouvoir\/","title":{"rendered":"L\u2019Europe et le vertige du pouvoir pr\u00e9sidentiel : comprendre le paradoxe von der Leyen"},"content":{"rendered":"\n
Ursula von der Leyen a un probl\u00e8me. Depuis le d\u00e9but de son mandat, elle n’a pas vraiment parl\u00e9 aux repr\u00e9sentants du pays qui occupe et pr\u00e9occupe pourtant le plus l’Union europ\u00e9enne depuis six mois : les \u00c9tats-Unis. <\/p>\n\n\n\n
Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intercession de Giorgia Meloni, elle avait enfin pu rencontrer le vice-pr\u00e9sident am\u00e9ricain J. D. Vance le 17 mai dernier.<\/p>\n\n\n\n
Le 26 avril, elle avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9chang\u00e9 quelques mots avec Donald Trump en marge des fun\u00e9railles du pape Fran\u00e7ois, apr\u00e8s plusieurs mois de messages rest\u00e9s sans r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n
Pour une personnalit\u00e9 qui a travaill\u00e9 m\u00e9thodiquement \u00e0 concentrer le pouvoir autour de sa personne, cet \u00e9pisode illustre la faiblesse de la position d\u2019une dirigeante qui semblait, au d\u00e9but de son second mandat, pr\u00eate \u00e0 incarner l\u2019Union comme aucun de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs ne l\u2019avait fait depuis Jacques Delors<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Comment expliquer ce paradoxe ?<\/p>\n\n\n\n Depuis 2019, Ursula von der Leyen a fait preuve d’un r\u00e9el savoir-faire pour assurer sa survie et soigner son image afin d\u2019appara\u00eetre comme la voix de l\u2019Europe sur tous les dossiers.<\/p>\n\n\n\n Mais cette position de force n\u2019est qu\u2019apparente.<\/p>\n\n\n\n Jusqu\u2019ici, elle n\u2019a su ni renforcer les moyens dont les institutions europ\u00e9ennes disposent, ni accro\u00eetre la coh\u00e9sion et la capacit\u00e9 d\u2019action de l\u2019Union, notamment en mati\u00e8re de politique \u00e9trang\u00e8re. De la pand\u00e9mie de Covid-19 \u00e0 la guerre en Ukraine et \u00e0 Gaza, son style discr\u00e9tionnaire et sa gestion solitaire des dossiers ont desservi sa cause en la privant d\u2019alli\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 l\u2019administration Trump, elle manque manifestement d\u2019un projet mobilisateur pour l\u2019Union. Plus inqui\u00e9tant : en s\u2019appuyant sur l\u2019extr\u00eame droite pour remettre en cause le Pacte vert, elle pourrait faire exploser la coalition sur laquelle est assis son pouvoir et paralyser le Parlement europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n Si Ursula von der Leyen semble plus puissante qu\u2019aucun de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, c\u2019est parce qu\u2019elle a largement subverti la fonction de pr\u00e9sidente de la Commission telle qu\u2019elle est pr\u00e9vue par les trait\u00e9s.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Pour comprendre cette m\u00e9tamorphose, il faut revenir aux origines de son premier mandat.<\/p>\n\n\n\n Ursula von der Leyen est arriv\u00e9e \u00e0 la t\u00eate de la Commission europ\u00e9enne un peu par accident.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s avoir gagn\u00e9 les \u00e9lections europ\u00e9ennes de 2019, le Parti populaire europ\u00e9en (PPE) pouvait selon une r\u00e8gle non \u00e9crite, pr\u00e9tendre \u00e0 la pr\u00e9sidence de l’ex\u00e9cutif. <\/p>\n\n\n\n Les chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement, qui doivent donner leur b\u00e9n\u00e9diction au choix,<\/a> voyaient toutefois d\u2019un mauvais \u0153il la candidature de l\u2019Allemand Manfred Weber, la t\u00eate de liste choisie par le PPE pour ces \u00e9lections. Membre du Parlement europ\u00e9en depuis 2004, Weber ne disposait d\u2019aucune exp\u00e9rience ex\u00e9cutive au sein d\u2019un gouvernement.<\/p>\n\n\n\n Angela Merkel tenait cependant \u00e0 ce que la pr\u00e9sidence de la Commission revienne \u00e0 une personnalit\u00e9 allemande, pour la premi\u00e8re fois depuis 1967. <\/p>\n\n\n\n Elle avait aussi besoin d\u2019exfiltrer l\u2019une de ses prot\u00e9g\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Ursula von der Leyen, alors ministre de la D\u00e9fense de la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale, est en train de devenir le centre d\u2019un scandale li\u00e9 \u00e0 de co\u00fbteux contrats de consultants externes <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> : \u00e0 quelques mois des \u00e9lections l\u00e9gislatives, cette affaire pr\u00e9sente un risque politique que les chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates veulent s\u2019\u00e9pargner.<\/p>\n\n\n\n L\u2019affaire est donc conclue, non sans difficult\u00e9s : le Parlement europ\u00e9en ne lui accorde sa confiance qu\u2019avec neuf voix de majorit\u00e9<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Depuis 2019, Ursula von der Leyen a fait preuve d’un r\u00e9el savoir-faire pour assurer sa survie et soigner son image afin d\u2019appara\u00eetre comme la voix de l\u2019Europe sur tous les dossiers. Mais cette position de force n\u2019est qu\u2019apparente.<\/p>Guillaume Duval<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Si l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Ursula von der Leyen \u00e0 la t\u00eate de l’ex\u00e9cutif europ\u00e9en n\u2019\u00e9tait pas \u00e9crite d\u2019avance, le monde bruxellois est loin d\u2019\u00eatre inconnu pour cette fille d\u2019un Directeur g\u00e9n\u00e9ral charg\u00e9 de la concurrence dans les d\u00e9buts de la Commission europ\u00e9enne. N\u00e9e \u00e0 Bruxelles<\/a>, elle y avait v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 ses 13 ans.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Quinze ann\u00e9es pass\u00e9es au sein du gouvernement allemand l\u2019avaient aussi amen\u00e9e \u00e0 fr\u00e9quenter r\u00e9guli\u00e8rement le Conseil.<\/p>\n\n\n\n Devenue pr\u00e9sidente de la Commission, Ursula von der Leyen emm\u00e8ne avec elle son \u00e9quipe allemande et notamment Bj\u00f6rn Seibert, son fid\u00e8le, efficace et inamovible directeur de cabinet.\u00a0<\/p>\n\n\n\n \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, les \u00c9tats membres nomment cependant de fortes personnalit\u00e9s tr\u00e8s exp\u00e9riment\u00e9es comme le n\u00e9erlandais Frans Timmermans<\/a>, en charge de la transition verte, l\u2019espagnol Josep Borrell<\/a> <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, responsable des affaires \u00e9trang\u00e8res, la danoise Margrethe Vestager<\/a>, charg\u00e9e de la concurrence ou encore le Fran\u00e7ais Thierry Breton<\/a> pour l\u2019industrie.<\/p>\n\n\n\n La pand\u00e9mie de Covid-19 \u00e9clate quelques mois \u00e0 peine apr\u00e8s son entr\u00e9e en fonction : c\u2019est cette crise qui lui permettra d\u2019asseoir son pouvoir au sein de la Commission.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 une r\u00e9ponse d\u00e9sordonn\u00e9e au d\u00e9marrage, elle met sur pied une coordination efficace \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, en proc\u00e9dant en particulier \u00e0 des achats de vaccin en commun<\/a> \u2014 une premi\u00e8re au niveau de l\u2019Union qui n\u2019a th\u00e9oriquement pas de comp\u00e9tence en mati\u00e8re de sant\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Ce projet est men\u00e9 de fa\u00e7on peu orthodoxe, en n\u00e9gociant directement avec les fabricants de vaccin, ce qui lui vaudra des ennuis judiciaires toujours en cours. <\/p>\n\n\n\n Mais la r\u00e9ussite de l\u2019op\u00e9ration du point de vue de la vaccination des Europ\u00e9ens contribue \u00e0 valider sa m\u00e9thode aux yeux du public. Cela renforcera sa propre confiance dans sa capacit\u00e9 \u00e0 centraliser les pouvoirs et \u00e0 outrepasser les comp\u00e9tences qui lui sont th\u00e9oriquement attribu\u00e9es, y compris en contournant les proc\u00e9dures pr\u00e9vues par les trait\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n En revanche, la pr\u00e9sidente de la Commission ne jouera pas un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l\u2019autre innovation majeure introduite en 2020 pour faire face \u00e0 la pand\u00e9mie : la d\u00e9cision de s\u2019endetter en commun \u00e0 hauteur de 750 milliards d\u2019euros, soit 4,8 % du PIB de l\u2019Union, avec le plan Next Generation EU<\/em>. <\/p>\n\n\n\n Sa mentor, Angela Merkel<\/a> avait manifestement compris que l\u2019attitude de son gouvernement pendant la crise de la zone euro et la crise grecque avait \u00e9t\u00e9 une grave erreur. Avant de quitter la sc\u00e8ne europ\u00e9enne, elle sut imposer cette rupture majeure des tabous europ\u00e9ens et allemands aux pays dits \u00ab frugaux \u00bb, les Pays-Bas et les pays nordiques. <\/p>\n\n\n\n La pr\u00e9sidente de la Commission se contentera de faire la promotion de cette rupture historique.<\/p>\n\n\n\n En quelques mois, Ursula von der Leyen a clairement r\u00e9ussi \u00e0 imprimer un style que plusieurs observateurs qualifient d’\u00ab autoritaire \u00bb <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> et \u00e0 faire main basse sur un processus de d\u00e9cision au sein de la Commission, que les Trait\u00e9s voulaient pourtant coll\u00e9gial, en balayant toute forme d\u2019opposition.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Pourtant, cette concentration du pouvoir ne s\u2019est pas traduite par une plus grande efficacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Au contraire.<\/p>\n\n\n\n Sur les questions clefs des moyens financiers et des r\u00e9formes internes, tout comme dans le domaine de la politique \u00e9trang\u00e8re et de la d\u00e9fense dans lequel elle a voulu s\u2019immiscer, la pr\u00e9sidente de la Commission a eu une action contre-productive, allant m\u00eame parfois \u00e0 contresens par rapport aux int\u00e9r\u00eats profonds de l\u2019Union.<\/p>\n\n\n\n Depuis cinq ans, la pr\u00e9sidente a soigneusement \u00e9vit\u00e9 d’engager la moindre bataille qui aurait permis de renforcer les moyens financiers dont dispose l\u2019Union pour mener les politiques ambitieuses qu\u2019impose d\u00e9sormais la combinaison d\u2019un environnement g\u00e9opolitique plus dangereux et de l\u2019aggravation de la crise \u00e9cologique.<\/p>\n\n\n\n Quasiment 70 ans apr\u00e8s le trait\u00e9 de Rome, les \u00c9tats membres de l\u2019Union n\u2019ont toujours mutualis\u00e9 qu\u2019un pour cent de la richesse qu\u2019ils cr\u00e9ent chaque ann\u00e9e. Cela repr\u00e9sente plus de quarante fois moins que ce qui est mis en commun au niveau national et plus de vingt fois moins que le budget f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain. Contrairement \u00e0 ses \u00c9tats membres, le budget europ\u00e9en doit par ailleurs \u00eatre strictement \u00e9quilibr\u00e9 chaque ann\u00e9e. Enfin, l\u2019Union ne dispose pas non plus de ressources sur lesquelles elle puisse agir seule directement.<\/p>\n\n\n\n L\u2019essentiel de ses moyens proviennent de transferts en provenance des \u00c9tats membres. <\/p>\n\n\n\n Souvent salu\u00e9 comme le moment hamiltonien de l\u2019Europe, le plan de relance Next Generation EU <\/em>aurait pu et d\u00fb faire basculer l\u2019Union dans une nouvelle dimension. <\/p>\n\n\n\n Mais Ursula von der Leyen n\u2019a jamais cherch\u00e9 \u00e0 transformer l\u2019essai en p\u00e9rennisant ce changement de paradigme, m\u00eame \u00e0 la suite de l\u2019invasion de l\u2019Ukraine et de la crise majeure qui a suivi.<\/p>\n\n\n\n Non seulement elle n\u2019a pas cherch\u00e9 \u00e0 relancer un nouvel emprunt commun europ\u00e9en mais elle s\u2019est activement battue contre les initiatives qui auraient pu permettre d\u2019aller en ce sens. <\/p>\n\n\n\n Quand Thierry Breton a propos\u00e9, d\u00e9but 2024, d\u2019emprunter 100 milliards d\u2019euros<\/a> pour doper l\u2019industrie de d\u00e9fense europ\u00e9enne, elle l\u2019a renvoy\u00e9 sans m\u00e9nagement \u00e0 ses ch\u00e8res \u00e9tudes. <\/p>\n\n\n\n De m\u00eame, quand Mario Draghi<\/a> a sugg\u00e9r\u00e9 discr\u00e8tement \u00e0 l\u2019automne 2024 que, pour mettre en \u0153uvre le programme d\u2019investissement colossal qu\u2019il recommandait, il serait sans doute utile de proc\u00e9der \u00e0 un nouvel emprunt europ\u00e9en cons\u00e9quent, Ursula von der Leyen a tenu \u00e0 \u00e9carter d\u2019embl\u00e9e publiquement cette id\u00e9e, d\u00e8s le jour de la remise de son rapport. Il est pourtant clair qu\u2019en l\u2019absence d\u2019une impulsion significative via<\/em> des fonds publics importants \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union, le sursaut d\u2019investissement que Mario Draghi appelle de ses v\u0153ux n\u2019a aucune chance de se produire.<\/p>\n\n\n\n Ursula von der Leyen a clairement r\u00e9ussi \u00e0 imprimer un style autoritaire et \u00e0 faire main basse sur un processus de d\u00e9cision au sein de la Commission, que les Trait\u00e9s voulaient pourtant coll\u00e9gial, en balayant toute forme d\u2019opposition.<\/p>Guillaume Duval<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Lors de l\u2019adoption du cadre financier pluriannuel en 2020, aucun accord n\u2019avait \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 sur la cr\u00e9ation de nouvelles ressources propres, pourtant n\u00e9cessaires pour permettre \u00e0 l\u2019Union de rembourser, \u00e0 partir de 2028, les 750 milliards d\u2019euros d\u2019emprunt commun sans amputer son budget. Si le principe avait \u00e9t\u00e9 ent\u00e9rin\u00e9, sa mise en \u0153uvre a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e en suspens. Or, depuis cinq ans, la pr\u00e9sidente de la Commission n\u2019a engag\u00e9 aucune bataille et n\u2019a engag\u00e9 aucun capital politique pour faire avancer ce dossier.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Les effets de cette inertie se font sentir alors que s\u2019ouvriront cet \u00e9t\u00e9 les n\u00e9gociations sur le budget europ\u00e9en pour la p\u00e9riode post 2028.<\/p>\n\n\n\n Faute d\u2019avoir agi, l’Union risque de devoir faire face \u00e0 une impasse budg\u00e9taire. <\/p>\n\n\n\n Son budget annuel, actuellement d\u2019environ 180 milliards d\u2019euros, pourrait \u00eatre amput\u00e9 d\u2019une vingtaine de milliards par an \u2014 soit de l\u2019ordre de 10 % \u2014 durant la prochaine p\u00e9riode financi\u00e8re qui s\u2019ouvrira en 2028, afin de rembourser l\u2019emprunt commun. <\/p>\n\n\n\n Comme d\u2019habitude, chacun cherchera \u00e0 limiter sa contribution. Les n\u00e9gociations risquent de se conclure par des compromis \u00e0 la baisse, avec l\u2019octroi de rabais individuels, ce qui emp\u00eachera l\u2019Union de disposer d\u2019un budget \u00e0 la hauteur des ambitions affich\u00e9es et des d\u00e9fis communs. <\/p>\n\n\n\n Enfin, Ursula von der Leyen n\u2019a pas cherch\u00e9 non plus \u00e0 peser en faveur d\u2019une r\u00e9forme significative du Pacte de stabilit\u00e9 et de croissance<\/a> quand celui-ci a \u00e9t\u00e9 ren\u00e9goci\u00e9 en 2022 et 2023. <\/p>\n\n\n\n La r\u00e9forme a minima<\/em> entr\u00e9e en vigueur en 2024 continue de paralyser toujours autant les \u00c9tats membres, les emp\u00eachant de mener des politiques d\u2019investissement ambitieuses pour faire face tant au r\u00e9armement qu\u2019aux transitions \u00e9nerg\u00e9tique et num\u00e9rique. Si bien que face \u00e0 l\u2019urgence impos\u00e9e par le renversement d\u2019alliance de Donald Trump, il a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire de bricoler en catastrophe une rustine suppl\u00e9mentaire pour que les \u00c9tats puissent accro\u00eetre leurs d\u00e9penses de d\u00e9fense en d\u00e9rogeant \u00e0 ce pacte r\u00e9form\u00e9<\/a>, qui ne venait pourtant d\u2019entrer en vigueur que quelques mois plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n Le sort du Pacte vert illustre les cons\u00e9quences majeures de ce manque chronique de moyens. Faute d\u2019avoir engag\u00e9 la bataille pour augmenter le budget de l\u2019Union, ce paquet l\u00e9gislatif, embl\u00e9matique du premier mandat d\u2019Ursula von der Leyen, s\u2019est essentiellement traduit par un ensemble de normes contraignantes et une hausse du prix du carbone au sein de l\u2019Union. <\/p>\n\n\n\n En l\u2019absence d\u2019un budget adapt\u00e9, l\u2019Union s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e incapable de soutenir la transition par des subventions significatives \u2014 \u00e0 la diff\u00e9rence des \u00c9tats-Unis, avec l\u2019Inflation Reduction Act<\/a>, ou de la Chine, avec ses soutiens massifs au solaire et \u00e0 l\u2019\u00e9olien ainsi qu\u2019aux v\u00e9hicules \u00e9lectriques.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Cette approche a, sans surprise, suscit\u00e9 un rejet chez de nombreux citoyens europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 ce backlash<\/em>, au lieu de rechercher des moyens financiers suppl\u00e9mentaires pour aider les perdants du Pacte Vert, la Commission von der Leyen II ne trouve rien de mieux \u00e0 faire que de d\u00e9tricoter ce que la Commission von der Leyen I avait construit.<\/p>\n\n\n\n Certes, la pr\u00e9sidente de la Commission n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 aid\u00e9e sur le plan du renforcement des moyens de l\u2019Union par l\u2019affaiblissement politique des chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement potentiellement les plus allants.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Avec l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019extr\u00eame droite au pouvoir en Italie, l’affaiblissement d\u2019Emmanuel Macron en France comme en Europe, et en Allemagne, un Olaf Scholz falot et tenu par les int\u00e9gristes aust\u00e9ritaires du FDP, le contexte n\u2019\u00e9tait certes gu\u00e8re favorable. Ursula von der Leyen aurait peut-\u00eatre \u00e9chou\u00e9 \u00e0 d\u00e9gager des moyens suppl\u00e9mentaires pour l\u2019Union, mais ce qu\u2019on peut lui reprocher surtout c\u2019est de n\u2019avoir pas m\u00eame essay\u00e9 de les renforcer.<\/p>\n\n\n\n Il y a lieu de douter que l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Friedrich Merz en Allemagne change r\u00e9ellement la donne \u2014 au contraire \u2014 sur ce terrain. <\/p>\n\n\n\n Certes la rupture de l\u2019Allemagne de Merz avec le consensus aust\u00e9ritaire des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es est spectaculaire<\/a>, mais l\u2019effort massif d\u2019investissement que la nouvelle coalition a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019engager au niveau national va en r\u00e9alit\u00e9 rendre l\u2019Allemagne encore plus r\u00e9ticente que d\u2019habitude vis-\u00e0-vis d\u2019un \u00e9ventuel emprunt communautaire ou d\u2019une hausse sensible du budget europ\u00e9en. <\/p>\n\n\n\n La pr\u00e9sidente a soigneusement \u00e9vit\u00e9 depuis cinq ans d\u2019engager la moindre bataille qui aurait permis de renforcer les moyens financiers dont dispose l\u2019Union.<\/p>Guillaume Duval<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour masquer ce manque persistant de moyens et l\u2019absence de volont\u00e9 de se battre pour les accro\u00eetre, la Pr\u00e9sidente de la Commission a multipli\u00e9 les effets d\u2019annonce, notamment dans le cadre de ses discours sur l\u2019\u00e9tat de l\u2019Union abondamment comment\u00e9s chaque ann\u00e9e<\/a>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Sa fa\u00e7on de pr\u00e9senter r\u00e9guli\u00e8rement des plans nouveaux, aux noms clinquants, affichant des montants colossaux alors qu\u2019ils ne mobilisent en r\u00e9alit\u00e9 aucuns moyens suppl\u00e9mentaires est devenue la signature de l\u2019action d\u2019Ursula von der Leyen.<\/p>\n\n\n\n Le plan RePower EU<\/a> de 2022 pour faire face \u00e0 la crise \u00e9nerg\u00e9tique d\u00e9clench\u00e9e par l\u2019agression russe ne consistait ainsi d\u00e9j\u00e0 qu\u2019en un recyclage de fonds d\u00e9j\u00e0 existants. Cette crise a \u00e9t\u00e9 surmont\u00e9e parce que les \u00c9tats membres se sont boug\u00e9s tous azimuts pour se procurer du Gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 (GNL) <\/a>et construire \u00e0 marche forc\u00e9e des terminaux pour le recevoir mais l\u2019Union en tant que telle a jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s secondaire alors que cela aurait pu, et d\u00fb, \u00eatre l\u2019occasion de faire progresser une v\u00e9ritable Europe de l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n\n\n\n Ce sera \u00e9galement le cas en 2023 avec l\u2019initiative Global Gateway<\/em><\/a>, le plan de 300 milliards d\u2019euros cens\u00e9 devenir la r\u00e9ponse europ\u00e9enne \u00e0 la Belt and Road Initiative<\/em> chinoise<\/a>. Il n\u2019y avait en r\u00e9alit\u00e9 quasiment aucun financement suppl\u00e9mentaire et il s\u2019agissait essentiellement de l\u2019habillage de projets d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s : un plan Potemkine. Nos partenaires \u00e9trangers l’ont rapidement remarqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Derni\u00e8rement, le plan ReArm Europe<\/a><\/em> de 800 milliards d\u2019euros pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019urgence cr\u00e9\u00e9e par le renversement d\u2019alliance de Donald Trump, a suivi la m\u00eame logique que les pr\u00e9c\u00e9dents : l\u2019essentiel du montant affich\u00e9 ne repose que sur de putatifs efforts nationaux. Il n\u2019y a une fois de plus que peu de moyens nouveaux mobilis\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Avec le programme SAFE de 150 milliards d\u2019euros<\/a> tout juste adopt\u00e9, l\u2019Union vient certes de se d\u00e9cider enfin \u00e0 emprunter de nouveau pour renforcer sa d\u00e9fense. Mais contrairement \u00e0 Next Generation EU<\/em>, ce plan ne pr\u00e9voit que des pr\u00eats qui devront \u00eatre rembours\u00e9s par les \u00c9tats. <\/p>\n\n\n\n Autrement dit, son seul v\u00e9ritable apport r\u00e9side dans la diff\u00e9rence entre le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat auquel l\u2019Union peut emprunter avec ceux auxquels les \u00c9tats le font. Or dans la plupart des cas, cet \u00e9cart est minime. La capacit\u00e9 de ce programme \u00e0 doper r\u00e9ellement les investissements dans la d\u00e9fense en Europe risque donc d\u2019\u00eatre tr\u00e8s limit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Depuis 2019, Ursula von der Leyen procrastine \u00e9galement sur un autre dossier clef : les r\u00e9formes institutionnelles.<\/p>\n\n\n\n Alors que la saga Orb\u00e1n montrait l\u2019urgence absolue d’agir, elle a renonc\u00e9 \u00e0 s\u2019attaquer au chantier des changements indispensables pour isoler la Hongrie, au lieu de devoir r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9compenser son chantage.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Que ce soit par une r\u00e9forme des trait\u00e9s \u00e0 proprement parler ou par une \u00e9volution des pratiques en utilisant toutes les marges de man\u0153uvre et d\u2019interpr\u00e9tation offertes par le cadre institutionnel actuel, prendre des mesures semble aujourd\u2019hui indispensable \u00e0 l\u2019Union.<\/p>\n\n\n\n Si l’on ne met pas un terme \u00e0 la possibilit\u00e9 de chantage de la part d\u2019un ou deux \u00c9tats en mati\u00e8re de politique ext\u00e9rieure et de d\u00e9fense, l\u2019Union ne pourra r\u00e9ussir sa n\u00e9cessaire transition g\u00e9opolitique ni se doter d\u2019une politique de d\u00e9fense digne de ce nom.<\/p>\n\n\n\n On le constate d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 aujourd\u2019hui : les seules r\u00e9ponses europ\u00e9ennes \u00e0 la nouvelle donne cr\u00e9\u00e9e par le retour de Donald Trump \u00e0 la Maison Blanche et son renversement d\u2019alliance sur le dossier ukrainien sont en train de se construire dans le cadre de coalitions de pays volontaires, rassemblant certains membres de l\u2019Union et d\u2019autres qui ne le sont pas.<\/p>\n\n\n\n Ursula von der Leyen avait tenu \u00e0 nommer un Commissaire \u00e0 la D\u00e9fense au sein de la nouvelle Commission entr\u00e9e en fonction en d\u00e9cembre dernier bien que la Commission n\u2019ait th\u00e9oriquement aucune comp\u00e9tence dans ce domaine. Mais en l\u2019absence de r\u00e9forme institutionnelle et de budget additionnel, c\u2019est en dehors du cadre communautaire que se construit la d\u00e9fense commune de l\u2019Europe. <\/p>\n\n\n\n Il ne fait aucun doute que la question institutionnelle est encore plus sensible et complexe que celle des ressources financi\u00e8res de l\u2019Union. Mais la pr\u00e9sidente n\u2019a ni tent\u00e9 d\u2019explorer les voies possibles, ni cherch\u00e9 \u00e0 initier le d\u00e9bat \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n Ursula von der Leyen avait choisi en 2019 de placer son premier mandat sous le signe d\u2019une \u00ab Commission g\u00e9opolitique \u00bb<\/a>, annon\u00e7ant ainsi sa volont\u00e9 d\u2019incarner l\u2019Union non seulement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res, mais aussi d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur : elle entendait bien n\u00e9gocier directement avec les \u00ab grands de ce monde \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Elle s\u2019inscrivait alors \u00e0 rebours de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, qui avaient toujours concentr\u00e9 l\u2019essentiel de leurs efforts sur l\u2019approfondissement de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne \u2014 comme le pr\u00e9voient au demeurant les Trait\u00e9s, qui n\u2019accordent aucunes comp\u00e9tences \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la Commission en mati\u00e8re de politique ext\u00e9rieure et de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Les affaires \u00e9trang\u00e8res et la d\u00e9fense figurent en effet parmi les rares domaines qui restent de la comp\u00e9tence exclusive des \u00c9tats membres.<\/p>\n\n\n\n Leur coordination au niveau de l\u2019Union, soumise \u00e0 la contrainte de l\u2019unanimit\u00e9, est assur\u00e9e par le Conseil europ\u00e9en et son pr\u00e9sident, \u00e9paul\u00e9 par le Haut Repr\u00e9sentant de l\u2019Union pour les affaires \u00e9trang\u00e8res et la politique de s\u00e9curit\u00e9. En tant que Vice-Pr\u00e9sident de la Commission europ\u00e9enne, c\u2019est ce dernier qui est charg\u00e9 d\u2019assurer la coordination de la politique ext\u00e9rieure de l\u2019Union avec les actions de la Commission dans ses champs de comp\u00e9tence.<\/p>\n\n\n\n En voulant se mettre \u00e0 jouer dans cette cour, et pour y prendre le premier r\u00f4le, Ursula von der Leyen se pla\u00e7ait d\u2019embl\u00e9e sur une trajectoire de collision avec le Conseil d\u2019une part, pr\u00e9sid\u00e9 alors par Charles Michel<\/a>, et avec le Haut repr\u00e9sentant de l\u2019Union d\u2019autre part, Josep Borrell<\/a>, dont c\u2019\u00e9tait th\u00e9oriquement la charge.<\/p>\n\n\n\n En ne respectant pas la r\u00e9partition des r\u00f4les pr\u00e9vue par le Trait\u00e9, elle a compliqu\u00e9 fatalement les relations de l\u2019Union avec ses partenaires \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n Ceux-ci ne savent de nouveau plus \u00e0 quel saint se vouer quand ils s\u2019adressent \u00e0 l\u2019Union \u2014 probl\u00e8me que le Trait\u00e9 de Lisbonne avait cherch\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre en instituant pr\u00e9cis\u00e9ment un pr\u00e9sident permanent du Conseil et un Haut repr\u00e9sentant pour les affaires \u00e9trang\u00e8res. Cette ambigu\u00eft\u00e9 a pu \u00eatre exploit\u00e9e par des adversaires, en aboutissant \u00e0 des incidents qui ont caus\u00e9 du tort \u00e0 l\u2019Union, comme lors du fameux Sofagate en 2021<\/a> \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une rencontre avec le pr\u00e9sident turc Recep Tayyip Erdogan.<\/p>\n\n\n\n Ursula von der Leyen est toutefois une nouvelle fois parvenue \u00e0 ses fins.<\/p>\n\n\n\n Elle a profit\u00e9 d\u2019un agenda g\u00e9opolitique charg\u00e9 entre la pand\u00e9mie de Covid-19, la guerre d\u2019agression de la Russie de Poutine contre l\u2019Ukraine, la guerre de Gaza et la r\u00e9\u00e9lection de Trump ainsi que de la faiblesse du Pr\u00e9sident du Conseil Charles Michel qui n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019imposer parmi ses pairs. <\/p>\n\n\n\n Elle y est parvenue aussi et surtout parce que, si la Commission n\u2019a pas de comp\u00e9tences en mati\u00e8re de politique ext\u00e9rieure, elle d\u00e9tient toutefois les cordons de la bourse et g\u00e8re des dossiers clefs dans ce domaine, comme l\u2019\u00e9largissement, le voisinage, l\u2019aide au d\u00e9veloppement, les relations commerciales ou encore les migrations.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est surtout vis-\u00e0-vis des pays du Sud que la politique d\u2019Ursula von der Leyen a \u00e9t\u00e9 la plus d\u00e9sastreuse jusqu\u2019ici.<\/p>Guillaume Duval<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La coordination des diff\u00e9rents commissaires charg\u00e9s de ces sujets et la garantie de la coh\u00e9rence de la politique de l\u2019Union sont th\u00e9oriquement les missions du Haut Repr\u00e9sentant.<\/p>\n\n\n\n Avec Jean-Claude Juncker<\/a>, ce mode de fonctionnement hi\u00e9rarchis\u00e9 et cette division du travail au sein de la Commission semblaient convenir. Mais Ursula von der Leyen a refus\u00e9 d’y jouer. Elle n\u2019entend rien d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 personne et g\u00e8re tous les dossiers en direct avec chacun des commissaires, individuellement.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est d\u2019ailleurs ce refus de toute d\u00e9l\u00e9gation et de tout fonctionnement coll\u00e9gial, pourtant lui aussi pr\u00e9vu par les trait\u00e9s, qui am\u00e8nera un vice-pr\u00e9sident de la Commission, le socialiste n\u00e9erlandais Frans Timmermans, \u00e0 quitter pr\u00e9matur\u00e9ment son poste, de guerre lasse. <\/p>\n\n\n\n Cette centralisation du pouvoir autour d\u2019Ursula von der Leyen et de son cabinet a cr\u00e9\u00e9 de facto une dualit\u00e9 dans la politique \u00e9trang\u00e8re de l\u2019Union : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, celle men\u00e9e par le pr\u00e9sident du Conseil et le Haut Repr\u00e9sentant ; de l\u2019autre, celle impuls\u00e9e par la pr\u00e9sidente de la Commission en s\u2019appuyant sur sa ma\u00eetrise du budget et des directions g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n\n\n\n Men\u00e9e ainsi hors du cadre pr\u00e9vu par les trait\u00e9s, la politique \u00e9trang\u00e8re de la pr\u00e9sidente de la Commission a-t-elle au moins contribu\u00e9 \u00e0 renforcer la position de l\u2019Union dans le monde ? <\/p>\n\n\n\n Il y a lieu d\u2019en douter.<\/p>\n\n\n\n Au cours de son premier mandat, l\u2019unique boussole de la pr\u00e9sidente de la Commission, tr\u00e8s atlantiste, a consist\u00e9 en permanence \u00e0 s\u2019assurer que la position de l\u2019Union \u00e9tait align\u00e9e sur celle des \u00c9tats-Unis de Joe Biden. Cette attitude constante n\u2019a pas du tout pr\u00e9par\u00e9 l\u2019Europe au choc du retour de Donald Trump, ni commenc\u00e9 \u00e0 renforcer son autonomie strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n Au contraire.<\/p>\n\n\n\n En 2022, l\u2019administration Biden avait adopt\u00e9 l\u2019Inflation Reduction Act, une politique de subvention massive au Made in America<\/em><\/a> d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s agressive vis-\u00e0-vis de l\u2019industrie europ\u00e9enne. La r\u00e9action tr\u00e8s molle, pour ne pas dire inexistante, de l\u2019Union a probablement achev\u00e9 de convaincre Donald Trump qu\u2019il pouvait s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019Europe sans prendre de risque.<\/p>\n\n\n\n Avec la nouvelle administration r\u00e9publicaine, le logiciel de base d\u2019Ursula von der Leyen pour comprendre le monde et positionner l\u2019Union a perdu toute pertinence. De plus, son soutien constant \u00e0 l\u2019administration Biden sur tous les dossiers pendant quatre ans en fait aujourd\u2019hui une persona non grata<\/em> \u00e0 Washington.<\/p>\n\n\n\n Cette volont\u00e9 d\u2019alignement \u00e0 tout prix sur les \u00c9tats-Unis avait par ailleurs perturb\u00e9 l’\u00e9quilibre d\u00e9licat des relations avec P\u00e9kin. Sachant que les Europ\u00e9ens ne partageaient pas tous la ligne atlantiste d\u2019Ursula von der Leyen sur la Chine \u2014 \u00e0 commencer par l\u2019Allemagne d\u2019Olaf Scholz \u2014, Xi Jinping avait d’ailleurs eu l’audace de l’humilier publiquement lors de son d\u00e9placement en R\u00e9publique populaire en avril 2023<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Mais c\u2019est surtout vis-\u00e0-vis des pays du Sud que la politique d\u2019Ursula von der Leyen a \u00e9t\u00e9 la plus d\u00e9sastreuse jusqu\u2019ici. <\/p>\n\n\n\n Si la vaccination contre le Covid-19 a \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s en Europe, nous avons monopolis\u00e9 les vaccins en en donnant peu, et surtout tr\u00e8s tardivement, \u00e0 nos partenaires du Sud.<\/p>\n\n\n\n Au moment de la crise \u00e9nerg\u00e9tique, la course au GNL a fait monter les prix et priv\u00e9 plusieurs pays en d\u00e9veloppement de gaz <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> sans que la Commission ne prenne la mesure des frustrations engendr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Enfin, le manque de s\u00e9rieux des \u00ab grands projets \u00bb du Global Gateway a nui \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019Union. Il aurait sans doute mieux valu s\u2019abstenir que de faire aussi peu de cas de ses ambitions plan\u00e9taires en claironnant aussi fort.<\/p>\n\n\n\n En choisissant de s\u2019aligner sur l\u2019agenda \u00ab forteresse Europe \u00bb de l\u2019extr\u00eame droite europ\u00e9enne en mati\u00e8re de migrations, Ursula von der Leyen a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 nous ali\u00e9ner les peuples de l\u2019autre rive de la M\u00e9diterran\u00e9e. L\u2019Union en a lourdement pay\u00e9 les cons\u00e9quences dans toute l\u2019Afrique, et en particulier au Sahel <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\nTh\u00e9orie et pratique du pouvoir ex\u00e9cutif dans l\u2019Union : comment Ursula von der Leyen a transform\u00e9 la nature de sa fonction<\/h2>\n\n\n\n
Saisir son moment : une pr\u00e9sidente par accident<\/h3>\n\n\n\n
La pr\u00e9sidente et la pand\u00e9mie : prodromes d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie<\/h3>\n\n\n\n
Une verticale dangereuse : les \u00e9checs politiques de la pr\u00e9sidentialisation<\/h2>\n\n\n\n
L\u2019inaction sur la question des ressources de l\u2019Union : une catastrophe annonc\u00e9e<\/h3>\n\n\n\n
Spin Commission : l’efficacit\u00e9 marketing des plans Potemkine<\/h3>\n\n\n\n
L\u2019insuffisance de r\u00e9formes internes<\/h3>\n\n\n\n
Von der Leyen et la politique \u00e9trang\u00e8re de la \u00ab Commission g\u00e9opolitique \u00bb : l\u2019invention d\u2019une comp\u00e9tence <\/h2>\n\n\n\n
Entre \u00e9checs et frustration : la fragilisation de l\u2019Union \u00e0 l\u2019\u00e9tranger<\/h3>\n\n\n\n