{"id":279567,"date":"2025-05-18T04:00:00","date_gmt":"2025-05-18T02:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=279567"},"modified":"2025-05-17T15:14:11","modified_gmt":"2025-05-17T13:14:11","slug":"westlessness-cartographier-le-recul-de-lunion-sur-la-scene-internationale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/05\/18\/westlessness-cartographier-le-recul-de-lunion-sur-la-scene-internationale\/","title":{"rendered":"\u00ab Westlessness \u00bb : cartographier le recul de l\u2019Union sur la sc\u00e8ne internationale"},"content":{"rendered":"\n
De la chute du Mur de Berlin (1989) \u00e0 la premi\u00e8re d\u00e9cennie du XXIe, le r\u00f4le international de l\u2019Union s\u2019est consid\u00e9rablement renforc\u00e9. \u00c0 travers la succession des trait\u00e9s, de Maastricht (1992) \u00e0 Lisbonne (2006), l\u2019accumulation et l\u2019approfondissement de ses comp\u00e9tences externes ont accru les moyens de son\u00a0\u00ab action ext\u00e9rieure \u00bb, concept qui, dans le trait\u00e9 de Lisbonne, englobe l\u2019ensemble de l\u2019activit\u00e9 internationale de l’Union et va de la politique commerciale concernant les biens et services jusqu\u2019\u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 (PESC) qui inclut une politique de d\u00e9fense commune.\u00a0<\/p>\n\n\n\n
Au plan relationnel, l\u2019apr\u00e8s-1989 est aussi le temps de grands accords r\u00e9gionaux. Celui de Cotonou, en 2000, confirme les liens traditionnels avec l\u2019Afrique sub-saharienne. Depuis 1995, ce sont les liens associatifs avec la rive sud de la M\u00e9diterran\u00e9e qu\u2019approfondit le \u00ab processus de Barcelone \u00bb que prolonge en 2008 une \u00ab Union pour la M\u00e9diterran\u00e9e \u00bb de valeur ajout\u00e9e assez modeste. Ce partenariat euro-m\u00e9diterran\u00e9en sera aussi inclus \u00e0 partir de 2004 dans une vaste \u00ab politique de voisinage \u00bb comprenant \u00e9galement les pays orientaux et caucasiens rest\u00e9s \u00e0 la marge des \u00e9largissements de l\u2019Union de 2004 et 2007, comme l\u2019Ukraine, la Moldavie, la G\u00e9orgie, l\u2019Arm\u00e9nie et l\u2019Azerba\u00efdjan <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Partenariat euro-m\u00e9diterran\u00e9en et partenariat oriental sont alors con\u00e7us comme un large \u00ab ring of friends \u00bb<\/em> autour de l\u2019Union \u00e9largie.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Des relations structur\u00e9es ont aussi fait leur perc\u00e9e en Am\u00e9rique latine, avec notamment un accord d\u2019association avec le Chili et la perspective d\u2019un accord de libre-\u00e9change avec le Mercosur dont l\u2019interminable n\u00e9gociation a \u00e9t\u00e9 entam\u00e9e en 1999 <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les rapports avec l\u2019Asie viennent \u00e0 l\u2019agenda europ\u00e9en des ann\u00e9es 1990 avec le processus de dialogue ASEM (Asia-Europe Meetings<\/em>) et, plus concr\u00e8tement, la coop\u00e9ration avec la Chine et les pays de l\u2019ASEAN<\/em> (association des \u00c9tats de l\u2019Asie du Sud-Est).\u00a0<\/p>\n\n\n\n Partenariat euro-m\u00e9diterran\u00e9en et partenariat oriental sont con\u00e7us comme un large \u00ab ring of friends \u00bb<\/em> autour de l\u2019Union \u00e9largie.<\/p>Christian Franck<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Multipolarit\u00e9 et multilat\u00e9ralisme enfin compl\u00e8tent la perspective d\u2019une action europ\u00e9enne d\u2019envergure mondiale. Adopt\u00e9e par le Conseil europ\u00e9en en d\u00e9cembre 2003, la Strat\u00e9gie europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9<\/em> (SES) confirmait l\u2019importance donn\u00e9e \u00e0 un multilat\u00e9ralisme efficace o\u00f9, de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) \u00e0 l\u2019Organisation pour la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration en Europe (OSCE), en passant par les enceintes onusiennes, les positions communes de l\u2019Union peuvent peser de fa\u00e7on significative. <\/p>\n\n\n\n L\u2019accent mis dans la SES sur la place de l\u2019Union parmi les acteurs majeurs de la multipolarit\u00e9 du syst\u00e8me international \u00e9tait plus nouveau ; au travers de partenariats strat\u00e9giques <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, l\u2019Union se voyait traitant pari passu<\/em> avec les acteurs de premier plan d\u2019un monde multipolaire, tels les \u00c9tats-Unis, la Chine, le Canada, la Russie, le Japon, le Br\u00e9sil, l\u2019Inde, l\u2019Afrique du Sud.<\/p>\n\n\n\n Extension et approfondissement de relations r\u00e9gionales structur\u00e9es, engagement d\u00e9termin\u00e9 dans les activit\u00e9s multilat\u00e9rales et insertion dans la multipolarit\u00e9 des principales puissances : en une trentaine d\u2019ann\u00e9es, de 1989 \u00e0 la premi\u00e8re d\u00e9cennie du XXI\u00e8, le r\u00f4le international de l\u2019Union a connu une sorte de \u00ab grand bond en avant \u00bb, pourrait-on dire en empruntant \u00e0 la phras\u00e9ologie mao\u00efste. L\u2019essor de ce r\u00f4le international a suscit\u00e9 un narratif ambitieux.<\/p>\n\n\n\n Dans le discours qu\u2019elle tient alors sur elle-m\u00eame, l\u2019Union s\u2019attribue volontiers \u00ab un r\u00f4le de premier plan, celui d\u2019une puissance \u00e0 m\u00eame de jouer un r\u00f4le stabilisateur au plan mondial \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Selon la SES <\/em>d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, elle \u00ab constitue in\u00e9vitablement un acteur mondial \u00bb disposant d\u2019un \u00ab large \u00e9ventail de moyens d\u2019action (commerce, aide au d\u00e9veloppement, politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 commune) \u00bb et nouant des \u00ab partenariats strat\u00e9giques avec une dizaine d\u2019acteurs-cl\u00e9s du syst\u00e8me multipolaire \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00ab The EU has a responsability as a major international player<\/em> \u00bb, souligne encore Javier Solana<\/a>, alors haut repr\u00e9sentant pour la politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9, dans The International Herald Tribune<\/em> <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Deux promotions honorifiques vont aussi valoriser ce r\u00f4le international de l\u2019Union. La premi\u00e8re survient en septembre 2011 \u00e0 l\u2019ouverture de la 66e Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies o\u00f9 le pr\u00e9sident du Conseil europ\u00e9en, en l\u2019occurrence Herman van Rompuy, est autoris\u00e9 \u00e0 prendre la parole au nom du groupe d\u2019\u00c9tats que constitue l’Union <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Survenant dans les premiers jours de l\u2019annuel rendez-vous des dirigeants de la plan\u00e8te, cette intervention renforce l\u2019audience politique des positions de l\u2019Union sur les enjeux de l\u2019heure <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n La seconde promotion honorifique tient \u00e0 l\u2019attribution en d\u00e9cembre 2012 du prix Nobel pour la paix. Le m\u00e9rite reconnu \u00e0 l\u2019Union est d\u2019\u00ab avoir contribu\u00e9 pendant plus de six d\u00e9cennies \u00e0 la promotion de la paix\u00a0 et la r\u00e9conciliation, la d\u00e9mocratie et les droits de l\u2019homme en Europe \u00bb.\u00a0 Bannissant la guerre entre ses \u00c9tats membres, elle a aussi diffus\u00e9 la paix autour d\u2019elle. Lors de la remise du prix \u00e0 Oslo le 10 d\u00e9cembre, le pr\u00e9sident du Conseil europ\u00e9en proclame : \u00ab Aujourd\u2019hui, la paix va de soi.\u00a0 La guerre est impensable\u2026\u00a0mais\u00a0une autre t\u00e2che historique nous incombe \u00e0 pr\u00e9sent, pr\u00e9server la paix l\u00e0 o\u00f9 elle r\u00e8gne aujourd\u2019hui \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pr\u00e9server la paix sur et autour du continent\u00a0europ\u00e9en ? Qui peut alors pr\u00e9voir qu\u2019au Sud et \u00e0 l\u2019Est, le retour de la guerre est proche, qu\u2019il va casser l\u2019\u00e9lan du \u00ab grand bond en avant \u00bb de l\u2019apr\u00e8s 1989 et ouvrir une phase r\u00e9gressive du r\u00f4le international de l\u2019Union ? Le narratif d\u00e9velopp\u00e9 au d\u00e9but du XXIe sur la port\u00e9e de l\u2019action ext\u00e9rieure \u00e9tait impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019une forte \u00ab estime de soi \u00bb. Cette self-esteem <\/em>va bient\u00f4t appara\u00eetre\u2026 surestim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Les accords de Lom\u00e9 (1975, 1980, 1985 et 1990) et Cotonou (2000) conclus avec les pays d\u2019Afrique, des Cara\u00efbes et du Pacifique (ACP) ont pu repr\u00e9senter une sorte de mod\u00e8le de la relation Nord-Sud. Sous l\u2019effet de la concurrence apport\u00e9e par la p\u00e9n\u00e9tration africaine de la Chine, de l\u2019Inde, de la Turquie, ce partenariat euro-africain a perdu de son emprise et de son exemplarit\u00e9 ; il a cess\u00e9 aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre pr\u00e9dominant sur le continent africain. L\u2019accord de Samoa (2023) le sauvegarde plus qu\u2019il ne relance. Jadis bas\u00e9e sur les liens privil\u00e9gi\u00e9s qu\u2019\u00e9voquait la notion d\u2019association, la relation euro-africaine s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans ce \u00ab multi-alignement \u00bb des pays africains qui diversifient et cumulent les diverses offres de coop\u00e9ration, l\u2019apport occidental y occupant une part plus restreinte. <\/p>\n\n\n\n Jadis bas\u00e9e sur les liens privil\u00e9gi\u00e9s qu\u2019\u00e9voquait la notion d\u2019association, la relation euro-africaine s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans ce \u00ab multi-alignement \u00bb des pays africains qui diversifient et cumulent les diverses offres de coop\u00e9ration.<\/p>Christian Franck<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019\u0153uvre en Afrique sub-saharienne, le recul de l\u2019Occident, la Westlessnes<\/em> <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>, <\/em>l\u2019est aussi sur la rive sud de la M\u00e9diterran\u00e9e. L\u2019\u00e9chec des printemps arabes et les guerres civiles qu\u2019il a d\u00e9clench\u00e9es en Syrie et en Libye \u00e0 partir de 2011 ont fait r\u00e9gresser le partenariat euro-m\u00e9diterran\u00e9en au rang d\u2019enjeu secondaire pour les pays arabes. Corollaire : la contribution de l\u2019Union \u00e0 une hypoth\u00e9tique solution du conflit isra\u00e9lo-palestinien n\u2019a cess\u00e9 de se r\u00e9duire depuis le retour du Likoud et de Benjamin Netanyahou au pouvoir et l\u2019arriv\u00e9e de Donald Trump \u00e0 la Maison-Blanche. La guerre entre Isra\u00ebl et les proxys<\/em> de l\u2019Iran suite \u00e0 l\u2019attaque terroriste du Hamas d\u2019octobre 2023 confirme la marginalit\u00e9 de l\u2019Union au Moyen-Orient.<\/p>\n\n\n\n Depuis l\u2019annexion de la Crim\u00e9e par la Russie en 2014 et plus encore depuis l\u2019invasion de l\u2019Ukraine en 2022, la conflictualit\u00e9 croissante entre l\u2019Union europ\u00e9enne et Moscou s\u2019est immisc\u00e9e dans le \u00ab partenariat oriental \u00bb avec les pays rest\u00e9s \u00e0 la marge des \u00e9largissements de 2004 et 2007. <\/p>\n\n\n\n Lanc\u00e9e en 2004, la \u00ab politique de voisinage \u00bb reliant les deux partenariats, le m\u00e9diterran\u00e9en et l\u2019oriental, devait entourer l\u2019Union \u00e9largie d\u2019un\u00a0\u00ab ring of friends<\/em> \u00bb allant de la Russie au Maroc. Mais le cercle des amis va devenir un \u00ab ring of fires \u00bb<\/em>. \u00c9 l\u2019est du continent comme sur la rive sud de la M\u00e9diterran\u00e9e, le retour de la guerre a chang\u00e9 la nature des enjeux et rendu illusoire la vision ir\u00e9nique d\u2019un voisinage vou\u00e9 \u00e0 une paix durable et \u00e0 la coop\u00e9ration croissante <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n L\u2019affaiblissement g\u00e9opolitique est aussi \u00e9conomique. Certes, l\u2019Union reste dans le trio des trois premi\u00e8res puissances commerciales. Mais la Chine occupe d\u00e9sormais la premi\u00e8re place avec 18,2 % des \u00e9changes mondiaux. L\u2019Union compte pour 13,7 % et les \u00c9tats-Unis pour 10,4 % <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le d\u00e9ficit \u00e9norme de l’Union \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Chine, son surplus envers les \u00c9tats-Unis (dans le commerce des biens mais pas pour les services) qui est dans le viseur de l\u2019administration trumpiste, la concurrence avec les puissances \u00e9mergentes sont pour l\u2019Union les d\u00e9fis commerciaux de l\u2019heure qu\u2019aggravent l\u2019estompement des normes de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) et une remise en cause du libre-\u00e9change tous azimuts.<\/p>\n\n\n\n Le retour de la guerre et la relance des antagonismes entre puissances ont d\u00e9valu\u00e9 les modalit\u00e9s d\u2019action coop\u00e9rative qui font la substance des partenariats de l\u2019Union. Il s\u2019ensuit une r\u00e9gression des positions internationales de l\u2019Union dont la variable explicative est \u00e0 trouver dans la mutation du syst\u00e8me international. Depuis 1989, celui-ci comportait un double plan, celui de l\u2019unipolarit\u00e9 de la supr\u00e9matie am\u00e9ricaine coexistant avec la multipolarit\u00e9 d\u2019une dizaine de puissances de premier plan o\u00f9 s\u2019ins\u00e9rait l’Union. \u00c0 cette uni\/multipolarit\u00e9 se substitue progressivement un clivage latent entre pays occidentaux r\u00e9unis autour du G7 (27 % du PIB mondial) et le reste du monde o\u00f9 s\u2019avoisinent le trio anti-occidental form\u00e9 par Moscou, Beijing et T\u00e9h\u00e9ran et les pays d\u2019un Sud global qui, dans le sillage des BRICS <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>, professent un nouveau multi-alignement. Au r\u00f4le pr\u00e9dominant que l\u2019Union d\u00e9tenait dans ses grands partenariats fait suite, sur une pluralit\u00e9 de champs, la concurrence avec la Chine et la Russie, voire la Turquie, et la diversification des liens qu\u2019op\u00e8rent les anciens partenaires traditionnels. Tel est le nouveau contexte qui am\u00e8ne le recul des positions internationales de l\u2019Union. Celui-ci est manifeste l\u00e0 o\u00f9 la pr\u00e9sence de l\u2019Union et de ses Etats membres semblait largement pr\u00e9valoir sur les autres influences externes.<\/p>\n\n\n\n Le retour de la guerre et la relance des antagonismes entre puissances ont d\u00e9valu\u00e9 les modalit\u00e9s d\u2019action coop\u00e9rative qui font la substance des partenariats de l\u2019Union.<\/p>Christian Franck<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En Afrique sub-saharienne, le partenariat eurafricain cesse d\u2019appara\u00eetre comme le mod\u00e8le de relation Nord-Sud que l\u2019on attribuait dans les ann\u00e9es 1970-80 aux conventions de Lom\u00e9. Jadis pr\u00e9dominante, l\u2019influence de l\u2019Union subit d\u00e9sormais la vive concurrence de la Chine, de la Russie mais aussi de la Turquie. Faisant suite \u00e0 la vingtaine d\u2019ann\u00e9es du r\u00e9gime Cotonou, l\u2019accord de Samoa sign\u00e9 en 2023 sauvegarde davantage qu\u2019il ne relance la relation euro-africaine.<\/p>\n\n\n\n De 1975 \u00e0 2000, les conventions de Lom\u00e9 puis celle de Cotonou avaient assur\u00e9 une sorte de primaut\u00e9 de l\u2019Europe communautaire dans la coop\u00e9ration avec l\u2019Afrique sub-Saharienne. Un ensemble de mesures comprenant un r\u00e9gime commercial pr\u00e9f\u00e9rentiel tr\u00e8s favorable, un m\u00e9canisme de stabilisation des recettes d\u2019exportation pour des produits de base non-miniers (Stabex), des subventions substantielles du Fonds europ\u00e9en de d\u00e9veloppement (FED) hors budget CE, des pr\u00eats aussi de la Banque europ\u00e9enne d\u2019investissement (BEI) faisaient du partenariat avec les pays ACP (Afrique, Cara\u00efbes, Pacifique) un \u00ab mod\u00e8le de coop\u00e9ration Nord-Sud \u00bb <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n L\u2019accord de Cotonou sign\u00e9 le 23 juin 2000 confirmait la vigueur du partenariat euro-africain et la pr\u00e9dominance de l’Union dans la coop\u00e9ration avec l\u2019Afrique. Outre un important volume d\u2019aide du Fonds europ\u00e9en de d\u00e9veloppement (FED) et une accentuation du \u00ab dialogue politique \u00bb, le nouvel accord comprend toutefois une double inflexion qui n\u2019allait pas sans ambivalences. Certes, la formalisation de la conditionnalit\u00e9 politique et le passage progressif \u00e0 un libre-\u00e9change conforme aux r\u00e8gles de l\u2019OMC pouvaient marquer un approfondissement de la relation structur\u00e9e eurafricaine ; mais ils comportaient aussi un suppl\u00e9ment des contraintes pour les partenaires ACP. <\/p>\n\n\n\n De 1975 \u00e0 2000, les conventions de Lom\u00e9 puis celle de Cotonou avaient assur\u00e9 une sorte de primaut\u00e9 de l\u2019Europe communautaire dans la coop\u00e9ration avec l\u2019Afrique sub-Saharienne.<\/p>Christian Franck<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Selon l\u2019art. 9, le respect de l\u2019\u00c9tat de droit, de la d\u00e9mocratie et des droits de l\u2019homme constitue \u00ab un \u00e9l\u00e9ment essentiel de l\u2019accord \u00bb dont la violation peut entra\u00eener une suspension de la mise en \u0153uvre. La \u00ab bonne gouvernance \u00bb y est aussi mentionn\u00e9e \u00e0 titre d’\u00ab aspect fondamental \u00bb. Portant sur le r\u00e9gime commercial, la seconde inflexion pr\u00e9voit, sauf pour les pays les moins avanc\u00e9s (PMA), le passage progressif au libre-\u00e9change. Celui-ci serait op\u00e9r\u00e9 \u00e0 travers des accords de partenariat \u00e9conomique (APE)\u00a0avec divers groupements r\u00e9gionaux ; il doit entra\u00eener un d\u00e9sarmement tarifaire asym\u00e9trique, imm\u00e9diat du c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en, et progressif pour les pays ACP ; \u00e0 terme, ce r\u00e9gime commercial serait compatible les conditions fix\u00e9es par l\u2019art. XXIV du GATT\/OMC qui autorise les accords de libre-\u00e9change.<\/p>\n\n\n\n D\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la diffusion du libre-\u00e9change occupait une place centrale dans la doctrine de la Commission ; son introduction dans le commerce UE-ACP provenait aussi d\u2019une pression des pays d\u2019Am\u00e9rique latine et d\u2019Asie qui s\u2019estimaient discrimin\u00e9s par le traitement pr\u00e9f\u00e9rentiel accord\u00e9 par la Communaut\u00e9\/l\u2019Union aux pays ACP. M\u00eame progressive, l\u2019instauration du libre-\u00e9change suscitait pourtant de fortes r\u00e9ticences parmi ceux-ci, la suppression \u00e0 terme des droits de douane sur les importations des produits europ\u00e9ens devant les priver d \u2019une recette fiscale s\u00fbre. <\/p>\n\n\n\n Cens\u00e9es renforcer le partenariat UE-ACP, ces deux inflexions majeures \u2014 conditionnalit\u00e9 politique et d\u00e9sarmement tarifaire \u2014 en ont aussi diminu\u00e9 son attrait au moment o\u00f9 la forte p\u00e9n\u00e9tration de la Chine venait lui porter concurrence. Amorc\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la perc\u00e9e commerciale et des investissements chinois va conna\u00eetre une expansion impressionnante <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. De marginal au d\u00e9but du si\u00e8cle, le volume des \u00e9changes Chine-Afrique est pass\u00e9 \u00e0 la deuxi\u00e8me place en 2021 : 250 milliards de dollars derri\u00e8re les 300 milliards\u00a0de l’Union mais d\u00e9passe largement les 83 milliards des \u00c9tats-Unis et les modestes 18 milliards de la Russie. Il est \u00e0 noter que les \u00e9changes sino-s\u00e9n\u00e9galais d\u00e9passent d\u00e9sormais ceux de Dakar avec Paris.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Lanc\u00e9 en 2013 par le pr\u00e9sident Xi Jinping, le vaste programme de d\u00e9veloppement des infrastructures \u2014 la Belt and Road Initiative<\/em> \u2014 fait une part importante \u00e0 la connexion sino-africaine \u00e0 travers l\u2019Oc\u00e9an Indien. La Chine a construit une ligne de chemin de fer qui va de Addis Abeba \u00e0 Djibouti o\u00f9 elle a obtenu une base navale qui jouxte celles de la France et des \u00c9tats-Unis. La p\u00e9n\u00e9tration chinoise passe aussi \u00e0 travers un vaste programme d\u2019investissements dans les secteurs miniers \u2014 la moiti\u00e9 des sites de l\u2019or bleu, le cobalt, en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo sont dans des mains chinoises. La Chine est aussi un bailleur de fonds d\u00e9tenant environ 20 % de la dette publique en Afrique et dispose d\u2019un levier d\u2019influence sur ses d\u00e9biteurs (debt trap) <\/em>qui c\u00e8dent des bails sur les gisements miniers en \u00e9change de r\u00e9ductions de leur endettement.<\/p>\n\n\n\n Les \u00e9changes sino-s\u00e9n\u00e9galais d\u00e9passent d\u00e9sormais ceux de Dakar avec Paris. <\/p>Christian Franck<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Depuis 2000, un Forum on China-Africa Cooperation<\/em> (FOCAC) se tient r\u00e9guli\u00e8rement pour chapeauter au plus haut niveau politique l\u2019ensemble du processus de coop\u00e9ration politique et \u00e9conomique. \u00c0 l\u2019\u00e9gard des gouvernements africains, la Chine s\u2019en tient au principe de non-ing\u00e9rence dans les affaires int\u00e9rieures ; elle a aussi l\u2019avantage de ne pas \u00eatre concern\u00e9e par les d\u00e9bats sur les flux migratoires africains et de soutenir son implantation en terre africaine avec pr\u00e8s d\u2019un million d\u2019expatri\u00e9s chinois.\u00a0<\/p>\n\n\n\n La p\u00e9n\u00e9tration chinoise n\u2019est pas seule \u00e0 concurrencer l\u2019Union sur le continent africain. Inde et Turquie s\u2019y investissent \u00e9galement. Premier ministre depuis 2014, Narendra Modi a donn\u00e9 son essor \u00e0 une coop\u00e9ration indo-africaine qui a dynamis\u00e9 les exportations indiennes et renforc\u00e9 l\u2019influence politique de New Delhi sur la Corne de l\u2019Afrique et la c\u00f4te de l\u2019Oc\u00e9an Indien. Avec son 1,450 milliard d\u2019habitants, l\u2019Inde fait aussi valoir qu\u2019elle est la plus grande d\u00e9mocratie mondiale.\u00a0<\/p>\n\n\n\n La p\u00e9n\u00e9tration turque est \u00e9galement r\u00e9cente. Elle correspond \u00e0 l\u2019ambition d\u2019Ankara d\u2019\u00e9largir son influence et son commerce au-del\u00e0 de la M\u00e9diterran\u00e9e et de la Mer Noire. Depuis son implantation de 2020 en Libye tripolitaine, la Turquie de Recep Erdogan d\u00e9veloppe un r\u00e9seau d\u2019infrastructures qui, traversant le sud alg\u00e9rien et le Mali, d\u00e9bouche \u00e0 Dakar sur la c\u00f4te atlantique. De fa\u00e7on sym\u00e9trique, une voie vers l\u2019Oc\u00e9an Indien parcourt la Libye, le Soudan, l\u2019Ethiopie et d\u00e9bouche en Somalie au port de Mogadiscio <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n Amorc\u00e9 au tournant des ann\u00e9es 2020, le retour de la Russie en Afrique n\u2019a pas l\u2019ampleur g\u00e9o-\u00e9conomique de la p\u00e9n\u00e9tration chinoise. Mais elle a un profil politique beaucoup plus tranch\u00e9 qui vise \u00e0 contraster et \u00e0 \u00e9liminer la pr\u00e9sence occidentale, en l\u2019occurrence fran\u00e7aise et europ\u00e9enne dans les pays du Sahel. Faite d\u2019exportation d\u2019armes, d\u2019envoi de milices priv\u00e9es (la Wagner<\/em> devenue Africa Corps<\/em>), de diffusion propagandiste activant la fois l\u2019anti-colonialisme et la d\u00e9fense des valeurs traditionnelles qui seraient bafou\u00e9es en Occident, la coop\u00e9ration russe ne concurrence pas le partenariat euro-africain : elle vise \u00e0 son rejet. <\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s la p\u00e9n\u00e9tration en Centre-Afrique, le soutien russe aux militaires putschistes<\/em> du Mali (2020), du Burkina-Faso (2022) et du Niger (2023)\u00a0a provoqu\u00e9 le retrait du Sahel de la pr\u00e9sence militaire fran\u00e7aise mais aussi celle des missions civiles et militaires de l\u2019Union europ\u00e9enne EUCAP et EUTM <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span> ; il faut noter qu\u2019il a aussi entra\u00een\u00e9 le d\u00e9part du Niger du contingent militaire am\u00e9ricain. En septembre 2023, le Haut repr\u00e9sentant de l\u2019Union, Josep Borrell, avait reconnu que malgr\u00e9 les 600 millions d\u2019euros d\u00e9pens\u00e9s pendant une dizaine ann\u00e9es pour ces missions, l\u2019Union avait \u00e9chou\u00e9 \u00e0 renforcer la d\u00e9mocratie dans une r\u00e9gion victime de coups d\u2019Etat multiples <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En mai 2024, le Conseil UE a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019y mettre fin, estimant qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient plus en phase avec l\u2019attitude pro-russe des nouveaux dirigeants de ces pays.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Amorc\u00e9 au tournant des ann\u00e9es 2020, le retour de la Russie en Afrique n\u2019a pas l\u2019ampleur g\u00e9o-\u00e9conomique de la p\u00e9n\u00e9tration chinoise, mais a un profil politique beaucoup plus tranch\u00e9 qui vise \u00e0 contraster et \u00e0 \u00e9liminer la pr\u00e9sence occidentale. <\/p>Christian Franck<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Fin 2024, la d\u00e9cision du S\u00e9n\u00e9gal puis celle du Tchad de remettre \u00e9galement en cause leur coop\u00e9ration militaire avec la France et de se tourner vers de nouveaux partenaires tels la Russie et la Turquie <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span> confirmaient \u00e0 la fois le distanciement d\u2019avec l\u2019ancienne puissance coloniale et le rel\u00e2chement des liens entre pays africains et Union europ\u00e9enne. L\u2019id\u00e9e \u00e9voqu\u00e9e ici ou l\u00e0 que l\u2019action europ\u00e9enne pourrait compenser le recul de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise est sans doute illusoire. C\u2019est l\u2019attractivit\u00e9 du partenariat euro-africain, et \u00e0 travers lui un lien privil\u00e9gi\u00e9 avec le monde occidental, qui est en cause. Cette \u00e9volution est-elle r\u00e9versible ? Il ne semble pas que l\u2019accord de Samoa doive inverser la tendance. Au mieux et au moins, il peut en limiter la r\u00e9gression. <\/p>\n\n\n\n Sign\u00e9 le 15 novembre 2023, entr\u00e9 en application provisoire au 1er janvier 2024, l\u2019accord de Samoa prolonge pour une nouvelle vingtaine d\u2019ann\u00e9e le partenariat entre l\u2019Union et ses Etats membres, d\u2019une part, et les 79 membres de l\u2019Organisation des Etats d\u2019Afrique, des Cara\u00efbes et du Pacifique (OEACP), de l\u2019autre <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il comprend un ensemble des dispositions formant un socle commun et trois protocoles r\u00e9gionaux adapt\u00e9s aux trois composantes des ACP. L\u2019on y retrouve des \u00e9l\u00e9ments majeurs de l\u2019accord de Cotonou, tels une conditionnalit\u00e9 politique bas\u00e9e sur les \u00ab droits de l\u2019homme, la d\u00e9mocratie et la gouvernance \u00bb, et un r\u00e9gime commercial dont les accords de partenariat \u00e9conomique (APE) conformes aux r\u00e8gles de l\u2019OMC restent l\u2019instrument privil\u00e9gi\u00e9. <\/p>\n\n\n\n En consonance avec celles qui inspirent aujourd\u2019hui les politiques de l\u2019Union, on y trouve aussi des th\u00e9matiques nouvelles telles l\u2019\u00ab \u00e9galit\u00e9 des genres \u00bb, les \u00ab soci\u00e9t\u00e9s inclusives et pluralistes \u00bb, un \u00ab d\u00e9veloppement \u00e9conomique inclusif et durable \u00bb, \u00ab la durabilit\u00e9 environnementale et le changement climatique \u00bb, l\u2019importance de\u00a0\u00ab l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique \u00bb\u00a0 et le d\u00e9veloppement de la \u00ab connectivit\u00e9 \u00bb. \u00c0 l\u2019instar de la Road and Belt Initiative<\/em> chinoise, <\/em>l\u2019Union a lanc\u00e9 en 2021 un vaste programme de d\u00e9veloppement des infrastructures centr\u00e9 sur les connectivit\u00e9s du num\u00e9rique, des transports, de la sant\u00e9 et du climat, intitul\u00e9 Global Gateway <\/em>(Passerelle globale), dont une bonne part \u2014 150 milliards d’euros \u2014 concerne le continent africain. Ces fonds proviennent d\u00e9sormais de l\u2019instrument de voisinage, de coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement et de coop\u00e9ration internationale (IVCDCI) qui rel\u00e8ve du budget de l\u2019Union et non plus du FED <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n En 2004, alors qu\u2019elle s\u2019\u00e9largit \u00e0 dix nouveaux membres, l\u2019Union lance une politique de \u00ab voisinage \u00bb qui devait marquer l\u2019\u00e9troitesse de ses liens avec les pays d\u2019Europe orientale, du Caucase et de la rive sud de la m\u00e9diterran\u00e9e. L\u2019ambition \u00e9tait d\u2019entourer l\u2019Union d\u2019un \u00ab ring of friends \u00bb <\/em>allant <\/em>de la Russie au Maroc. Une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, avec l\u2019amorce du conflit russo-ukrainien et l\u2019\u00e9chec des printemps arabes, le cercle des amis se mue en\u00a0\u00ab ring of fires \u00bb <\/em>qui renvoie la vision ir\u00e9nique du \u00ab voisinage \u00bb au rayon des illusions<\/a>. \u00a0 <\/em>\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n Avec le sud de la M\u00e9diterran\u00e9e, le\u00a0\u00ab processus de Barcelone \u00bb, en 1995, avait jet\u00e9 les bases d\u2019un partenariat qui se d\u00e9velopperait sur deux plans, celui des relations bilat\u00e9rales comportant un \u00ab accord euro-m\u00e9diterran\u00e9en d\u2019association \u00bb avec chacun des riverains du Sud, et celui d\u2019un forum multilat\u00e9ral r\u00e9unissant tous les \u00c9tats du Mare Nostrum. <\/em>L\u2019association comportait <\/em>un dialogue politique, l\u2019instauration progressive du libre-\u00e9change (avec des restrictions dans le domaine agricole) et une assistance financi\u00e8re et technique. Quant au volet multilat\u00e9ral, il se donnait pour but d\u2019instaurer une sorte d\u2019\u00e9quivalent pour la M\u00e9diterran\u00e9e de l\u2019Organisation sur la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration en Europe (OSCE) qui avait pris le relai des accords d\u2019Helsinki de 1977. Un avantage collat\u00e9ral de ce forum \u00e9tait d\u2019amener Isra\u00e9liens et Palestiniens \u00e0 s\u2019asseoir \u00e0 la table commune.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir de 2004, l\u2019inclusion des pays sud-m\u00e9diterran\u00e9ens dans la politique de voisinage va \u00e9toffer les relations bilat\u00e9rales \u00e0 travers des \u00ab plans d\u2019action \u00bb adapt\u00e9s \u00e0 chaque pays et financ\u00e9s par un nouvel instrument financier sp\u00e9cifique propre au \u00ab voisinage \u00bb. Lanc\u00e9 en 2008 \u00e0 l\u2019initiative du pr\u00e9sident Sarkozy, le projet d\u2019\u00ab Union pour la M\u00e9diterran\u00e9e \u00bb aura pour effet de relancer des coop\u00e9rations multilat\u00e9rales fonctionnelles dans des domaines comme l\u2019\u00e9nergie solaire, les routes de navigation, la protection civile\u2026 sans apporter de valeur ajout\u00e9e significative. Mais l\u2019ensemble du couplage \u00ab processus de Barcelone-union pour la M\u00e9diterran\u00e9e \u00bb va s\u2019\u00e9tioler.<\/p>\n\n\n\n En 2011, l\u2019Union s\u2019efforce de soutenir les printemps arabes avec un programme \u00ab more for more<\/em> \u00bb : plus d\u2019aide si plus de d\u00e9mocratie ; mais leur \u00e9chec et les guerres civiles qui s\u2019ensuivent en Libye et Syrie enrayent la coop\u00e9ration et marginalisent son influence politique. \u00c0 Berlin en janvier 2020, il y a sept Europ\u00e9ens autour de la table pour parler de la situation en Libye (Charles Michel, Ursula von der Leyen, Angela Merkel, Emmanuel Macron, Boris Johnson et Enrico Letta), mais ils p\u00e8sent moins tous ensemble dans la discussion qu’Erdogan, Al-Sissi et Poutine pris s\u00e9par\u00e9ment\u2026L\u2019Union est aussi tenue \u00e0 l’\u00e9cart de la guerre civile en Syrie o\u00f9 les influences successives de la Russie, puis tout r\u00e9cemment de la Turquie sont d\u00e9cisives.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Cette marginalisation politique s\u2019est confirm\u00e9e \u00e0 propos du conflit isra\u00e9lo-palestinien o\u00f9 l\u2019Union tient un r\u00f4le de payer, <\/em>finan\u00e7ant notamment les infrastructures palestiniennes de Cisjordanie, mais non plus de player <\/em>exer\u00e7ant une m\u00e9diation entre les parties en cause. Dans <\/em>l\u2019implacable guerre entre Isra\u00ebl et les Proxys<\/em> de l\u2019Iran (Hamas, Hezbollah et Houtis) qui \u00e0 Gaza et au Sud Liban a suivi l\u2019attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023, la r\u00e9action de l\u2019Union a m\u00eame manqu\u00e9 de coh\u00e9rence : la pr\u00e9sidente de la Commission a exprim\u00e9 un soutien sans r\u00e9serve \u00e0 Isra\u00ebl tandis que le pr\u00e9sident du Conseil europ\u00e9en et le haut repr\u00e9sentant pour la PESC invitaient l\u2019Etat h\u00e9breu \u00e0 tenir compte du droit humanitaire international dans la calibrage de sa riposte militaire <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n La marginalisation politique de l\u2019Union s\u2019est confirm\u00e9e \u00e0 propos du conflit isra\u00e9lo-palestinien o\u00f9 elle tient un r\u00f4le de payer \u2014 <\/em>finan\u00e7ant notamment les infrastructures palestiniennes de Cisjordanie \u2014 mais non plus de player \u2014 <\/em>exer\u00e7ant une m\u00e9diation entre les parties en cause.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En M\u00e9diterran\u00e9e, l\u2019Union ne perd pas seulement de son influence politique, elle recule aussi au plan commercial. Comme en Afrique sub-saharienne, la concurrence de la Chine surtout et aussi de la Turquie et de la Russie se fait sentir et supplante la premi\u00e8re place que l\u2019Union occupait dans les \u00e9changes commerciaux avec la zone. La pr\u00e9dominance de la Chine sur la France au Maroc et celle de la Russie en Alg\u00e9rie illustrent cette \u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n Au recul de la politique de voisinage avec le Sud s\u2019ajoute la conflictualit\u00e9 euro-russe qui affecte le \u00ab Partenariat oriental \u00bb. Lanc\u00e9 en 2008 \u00e0 l\u2019initiative de la Pologne et de la Su\u00e8de celui-ci devait renforcer les liens de \u00ab voisinage \u00bb avec les pays d\u2019Europe orientale et du Caucase (Ukraine, Moldavie, G\u00e9orgie, Arm\u00e9nie, Azerba\u00efdjan) auquel il \u00e9tait propos\u00e9 des accords d\u2019association et de voisinage plus avantageux que les accords de partenariat et de coop\u00e9ration ant\u00e9rieurs. <\/p>\n\n\n\n On sait que le Kremlin s\u2019\u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 la signature en d\u00e9cembre 2013 de l\u2019accord d\u2019association avec l\u2019Ukraine qui va d\u00e9clencher la crise entre Moscou et Kiev et conduire en 2014 \u00e0 l\u2019annexion de la Crim\u00e9e et \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration militaire camoufl\u00e9e dans le Donbass. En f\u00e9vrier 2015, la m\u00e9diation europ\u00e9enne men\u00e9e \u00e0 Minsk par Angela Merkel et Fran\u00e7ois Hollande aura peu d\u2019effets sur la r\u00e9solution du conflit <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span> qui va s\u2019aggraver jusqu\u2019\u00e0 la rupture provoqu\u00e9e par l\u2019invasion russe du 24 f\u00e9vrier 2022. Le \u00ab ring of friends<\/em> \u00bb qui devait avoisiner l\u2019Union \u00e9largie est devenu ce \u00ab ring of fires<\/em> \u00bb qui r\u00e9introduit la guerre sur le continent europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9gression des positions europ\u00e9ennes en Afrique sub-saharienne, dans le voisinage m\u00e9diterran\u00e9en et euro-oriental a-t-elle \u00e9t\u00e9 compens\u00e9e par des avanc\u00e9es en Am\u00e9rique latine et en Asie o\u00f9 l\u2019influence de l\u2019Union n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 pr\u00e9pond\u00e9rante ? La relation avec le Mercosur <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span> en est l\u2019enjeu majeur. Lanc\u00e9e en 1999, la n\u00e9gociation d\u2019un vaste accord global impliquant le libre-\u00e9change au plan commercial a finalement abouti le 6 d\u00e9cembre 2024, mais le texte qui a \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9 par la Commission doit encore \u00eatre approuv\u00e9 par le Conseil et le Parlement europ\u00e9en. Les vives r\u00e9ticences que suscitent le volet agricole font penser que l\u2019entr\u00e9e en vigueur prendra encore du temps <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span> et qu\u2019un nouveau retard dans la conclusion formelle de l\u2019accord pourrait provoquer l\u2019\u00e9loignement des deux continents\u2026 Il faut d\u2019ailleurs rappeler que la Commission avait d\u00e9j\u00e0 obtenu un r\u00e9sultat analogue en juin 2019 mais que la conclusion formelle fut d\u00e9j\u00e0 report\u00e9e dans l\u2019attente de modifications demand\u00e9es par plusieurs Etats membres\u2026<\/p>\n\n\n\n Avec l\u2019Asie, aux liens tiss\u00e9s par la coop\u00e9ration avec l\u2019ASEAN et au travers des ASEM (Asia-Europe Meetings<\/em>) s\u2019ajoutent l\u2019accord de libre-\u00e9change avec la Cor\u00e9e du Sud (2010) et l\u2019accord global (Comprehensive Agreement<\/em>) avec le Japon (2019). Mais c\u2019est avec l\u2019Inde et la Chine que se jouent les relations bilat\u00e9rales les plus substantielles. L\u2019Union est le premier partenaire commercial de l\u2019Inde et le deuxi\u00e8me destinataire de ses exportations. La mise en place d\u2019un futur Conseil du commerce et des technologies et la reprise en 2022 de la n\u00e9gociation d\u2019un accord sur le commerce et les investissements t\u00e9moignent de la dynamique des tractations entre l’Union et New Delhi sous l\u2019\u00e8re du premier ministre Narendra Modi. La visite en Inde fin f\u00e9vrier 2025 de la pr\u00e9sidente de la Commission a sans doute donn\u00e9 une nouvelle impulsion \u00e0 la relation UE-Inde qui va au-del\u00e0 des enjeux commerciaux (n\u00e9gociation d\u2019un accord de libre-\u00e9change) et couvre aussi des aspects de s\u00e9curit\u00e9 et d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n Avec la Chine, qui est consid\u00e9r\u00e9e tout \u00e0 la fois comme un partenaire, un concurrent et un rival syst\u00e9mique, la partie est plus difficile. Favoris\u00e9 par la surproduction subventionn\u00e9e de biens comme les panneaux solaires, les \u00e9oliennes et les voitures \u00e9lectriques, P\u00e9kin b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un \u00e9norme surplus commercial dans ses \u00e9changes avec l’Union. \u00c0 quoi s\u2019ajoute la concurrence sur les march\u00e9s tiers\u00a0et l\u2019accaparement des terres rares et des minerais strat\u00e9giques pour les technologies du futur ; sans reprendre le mot d\u2019ordre du \u00ab decoupling<\/em> \u00bb envisag\u00e9 par Washington, l\u2019Union opte pour une conduite de \u00ab derisking<\/em> \u00bb qui recourt notamment \u00e0 des mesures anti-dumping contre certaines exportations chinoises.<\/p>\n\n\n\n Pour l\u2019Union, l\u2019Asie est aussi au centre de sa r\u00e9cente strat\u00e9gie pour l\u2019Indo-Pacifique, immense espace s\u2019\u00e9tendant de la c\u00f4te est de l\u2019Afrique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Australie \u2014 incluant donc Inde, Chine, Cor\u00e9e du Sud et Japon \u2014 et qui assure 60 % du PIB mondial. En avril 2021, le Conseil a adopt\u00e9 un document portant sur une \u00ab Strat\u00e9gie de l’Union pour la coop\u00e9ration dans la r\u00e9gion Indo-Pacifique \u00bb ; le th\u00e8me a aussi fait l\u2019objet le 16 septembre suivant d\u2019une \u00ab Communication conjointe de la Commission et du haut repr\u00e9sentant pour la politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 sur la coop\u00e9ration avec la r\u00e9gion Indo-Pacifique \u00bb. Outre l\u2019importance des relations sp\u00e9cifiques avec les pays de la zone, au premier rang desquels figurent Chine, Japon, Inde et Australie, la \u00ab strat\u00e9gie \u00bb \u00e9voque aussi les questions d\u2019int\u00e9r\u00eat communs que sont la s\u00e9curit\u00e9 des mers, la libert\u00e9 de navigation, la gouvernance des oc\u00e9ans et y ins\u00e8re le recours au Global Gateway <\/em>pour y promouvoir la connectivit\u00e9. N\u2019ayant pas de positionnements g\u00e9opolitiques naturels dans l\u2019Indo-Pacifique, l\u2019Union ne semble pas pouvoir y jouer un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant. Mais elle se doit de prendre en consid\u00e9ration le vaste environnement oc\u00e9anique qui enveloppe ses divers partenaires asiatiques. <\/p>\n\n\n\n Par ailleurs, le d\u00e9clin du multilat\u00e9ralisme prive l\u2019Union de la marge d\u2019influence que les positions communes de ses membres lui permettaient d\u2019exercer dans les enceintes internationales. En juin 1992, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU Boutros Boutros Ghali pr\u00e9sentait au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU son \u00ab Agenda pour la paix \u00bb qui pr\u00e9conisait une diplomatie pr\u00e9ventive et le recours \u00e0 des forces des Nations unies pour le r\u00e9tablissement de la paix. Le contraste est saisissant avec la situation de l\u2019actuel SG Antonio Guterres qui est menac\u00e9 par des drones russes lors de sa visite \u00e0 Kiev en avril 2022 et qui est d\u00e9clar\u00e9 aujourd\u2019hui persona non grata <\/em>en Isra\u00ebl <\/em>pour sa condamnation des bombardements sur Gaza\u2026 Au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 ONU, l\u2019usage du veto syst\u00e9matique qui n\u2019avait plus cours dans les ann\u00e9es 1990-2010 a fait sa r\u00e9apparition.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Le d\u00e9clin du multilat\u00e9ralisme prive l\u2019Union de la marge d\u2019influence que les positions communes de ses membres lui permettaient d\u2019exercer dans les enceintes internationales.<\/p>Christian Franck<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n De son c\u00f4t\u00e9, depuis l\u2019\u00ab op\u00e9ration sp\u00e9ciale \u00bb d\u00e9clench\u00e9e par Moscou en Ukraine, l\u2019Organisation pour la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration en Europe (OSCE) est r\u00e9duite \u00e0 une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 s\u2019\u00e9changent les accusations r\u00e9ciproques entre le ministre russe des affaires \u00e9trang\u00e8res Sergue\u00ef Lavrov et ses coll\u00e8gues de l’Union. Autre forum paralys\u00e9, l\u2019Organisation mondiale du commerce n\u2019est plus le lieu ni des rounds <\/em>de lib\u00e9ralisation <\/em>des \u00e9changes <\/em>ni de r\u00e8glements proc\u00e9duraux des disputes commerciales qui \u00e0 l\u2019\u00e8re \u00ab trumpienne \u00bb font l\u2019objet de tractations directes hors r\u00e9gulations multilat\u00e9rales.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n En d\u00e9finitive, ce sont les mutations du syst\u00e8me international qui forment la variable explicative des r\u00e9gressions europ\u00e9ennes. Deux ph\u00e9nom\u00e8nes majeurs\u00a0conjuguent leurs effets \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale pour restreindre l\u2019influence de la sph\u00e8re occidentale. A la superposition de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine et d\u2019une multipolarit\u00e9 de puissances de premier rang qui a pr\u00e9domin\u00e9 au tournant du XXIe se substitue dans les ann\u00e9es 2020 un clivage \u00ab the\u00a0Rest against the West \u00bb. <\/em>D\u2019une part, la triade Russie, Chine et Iran constitue le fer de lance d\u2019une confrontation frontale avec le camp occidental. De l\u2019autre, le multi-alignement profess\u00e9 par un large groupe de pays formant, dans le sillage des BRICS, une sorte de Sud global entra\u00eene une diversification des partenariats qui, sans \u00eatre anti-occidentale dans son principe, contribue \u00e0 la Westlessnes<\/em> du monde.<\/em><\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte, contrairement \u00e0 la vision de la SES <\/em>de 2003, l\u2019Union figure moins parmi les acteurs majeurs d\u2019un monde multipolaire <\/em>que <\/em>comme une c<\/em>omposante <\/em>de la sph\u00e8re occidentale o\u00f9 elle se trouve englob\u00e9e avec les \u00c9tats-Unis et les autres membres du G7. Ce positionnement estompe la sp\u00e9cificit\u00e9 de son profil international. Selon Josep Borrell, son haut repr\u00e9sentant pour la politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9, la guerre en Ukraine et \u00e0 Gaza a accentu\u00e9 la collocation de l’Union dans un camp occidental et son distanciement d\u2019avec les pays du Sud global :\u00a0\u00ab No doubt that the war in Ukraine and in Gaza has increased tremendously the political space of the Global South vis-\u00e0-vis us. And we have to avoid the rest against the West<\/em> \u00bb Grand bond en avant et narratif ambitieux<\/h2>\n\n\n\n
Les reculs<\/h2>\n\n\n\n
De Cotonou \u00e0 Samoa <\/h2>\n\n\n\n
L\u2019illusion du \u00ab voisinage \u00bb <\/h2>\n\n\n\n
Conflictualit\u00e9 euro-russe et partenariat oriental<\/h2>\n\n\n\n
L\u2019Am\u00e9rique latine et l\u2019Asie ?<\/h2>\n\n\n\n
Le d\u00e9clin du multilat\u00e9ralisme<\/h2>\n\n\n\n
The Rest against the West<\/em><\/h2>\n\n\n\n