{"id":27747,"date":"2019-04-07T04:05:53","date_gmt":"2019-04-07T02:05:53","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=27747"},"modified":"2024-04-05T14:48:43","modified_gmt":"2024-04-05T12:48:43","slug":"un-silence-de-mots-conversation-avec-gael-faye","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/04\/07\/un-silence-de-mots-conversation-avec-gael-faye\/","title":{"rendered":"Un silence de mots, conversation avec Ga\u00ebl Faye"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">\u00c9crivain et rappeur, franco-rwandais, Ga\u00ebl Faye vit entre la France et le Rwanda, entre l\u2019Europe et l\u2019Afrique. Dans un entretien que nous avions r\u00e9alis\u00e9 il y a deux ans, il nous avait parl\u00e9 de l\u2019id\u00e9e d\u2019Europe et de ce que repr\u00e9sente le \u00ab&#160;sol europ\u00e9en&#160;\u00bb \u00e9voqu\u00e9 dans son roman <em>Petit pays <\/em>(Grasset, 2016). Aujourd\u2019hui, avant de s\u2019envoler pour Kigali \u00e0 l\u2019occasion des comm\u00e9morations du g\u00e9nocide des Tutsis, il nous livre son exp\u00e9rience des limites de la litt\u00e9rature et des difficult\u00e9s de l\u2019\u00e9crivain face au g\u00e9nocide.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous vivez en partie au Rwanda. Quand arrive ce \u00ab&#160;maudit mois d\u2019avril&#160;\u00bb (<em>Petit Pays<\/em>), qui ouvre la p\u00e9riode de comm\u00e9moration du g\u00e9nocide, que se passe-t-il dans la population&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est vrai que le mois d\u2019avril change l\u2019atmosph\u00e8re du pays, comme si une chape de plomb tombait sur tout le monde. Il y a une recrudescence des absences au travail, des gens qui ont des ulc\u00e8res \u00e0 l\u2019estomac et qui somatisent \u00e9norm\u00e9ment. Certains rescap\u00e9s quittent le pays \u00e0 ce moment-l\u00e0, ceux qui ne veulent pas participer aux comm\u00e9morations et qui, pour certains, sont agac\u00e9s par leur c\u00f4t\u00e9 officiel, agac\u00e9s d\u2019entendre la parole du chef d\u2019\u00c9tat, au d\u00e9triment peut-\u00eatre d\u2019un silence et d\u2019une \u00e9coute des survivants. Il y a aussi toute la population Hutu pour qui le probl\u00e8me est plus difficile \u00e0 soulever. Il y a des gens qui \u00e9teignent la radio o\u00f9 l\u2019on entend des comm\u00e9morations, des chants de souvenir, o\u00f9 on \u00e9gr\u00e8ne les noms des disparus. Certaines personnes n\u2019ont pas envie d\u2019entendre parler de \u00e7a. Parfois, certaines personnes tiennent des discours qui disent qu\u2019il \u00ab&#160;faut aller de l\u2019avant&#160;\u00bb, \u00ab&#160;passer \u00e0 autre chose&#160;\u00bb &#8211; m\u00eame pour des personnes touch\u00e9es tr\u00e8s intimement par le g\u00e9nocide. Il y a aussi les jeunes, n\u00e9s apr\u00e8s 1994, une g\u00e9n\u00e9ration qui a maintenant d\u00e9pass\u00e9 la vingtaine, qui se sentent entrav\u00e9s par cette m\u00e9moire \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Cette p\u00e9riode est longue, et dure quand m\u00eame trois mois.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une saison enti\u00e8re\u2026<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a aussi forc\u00e9ment des gens pour qui c\u2019est important. L\u2019une de mes tantes survivantes me disait que plus le temps passe et plus les comm\u00e9morations sont difficiles, et en m\u00eame temps plus elles sont importantes. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D\u2019o\u00f9 vient cette plus grande difficult\u00e9&#160;? <\/h3>\n\n\n\n<p>Comm\u00e9morer est difficile parce que les rescap\u00e9s ne sont plus dans la m\u00eame urgence. Tout de suite apr\u00e8s le g\u00e9nocide il n\u2019y avait pas d\u2019eau, pas d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, il fallait s\u2019occuper des enfants et des vieux. Aujourd\u2019hui, les enfants ont grandi, les gens se sont install\u00e9s, la vie a repris un cours normal. Ainsi, c\u2019est comme si les barri\u00e8res de s\u00e9curit\u00e9 que l\u2019on avait \u00e9rig\u00e9es pour se reconstruire \u00e9taient plus fragiles, comme si l\u2019on \u00e9tait plus facilement impact\u00e9. Je suis moi-m\u00eame tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9 d\u2019entendre ce discours selon lequel les comm\u00e9morations sont de plus en plus difficiles avec le temps. On a toujours tendance \u00e0 dire que le temps va soigner, mais non. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment la m\u00e9moire est-elle construite, en comparaison, par exemple, avec la m\u00e9moire de la Seconde guerre mondiale en Europe&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas pareil qu\u2019en Europe. Bien s\u00fbr, l\u2019Europe a connu des traumatismes, mais la diff\u00e9rence est que les violences n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 commises directement par des voisins, des personnes du m\u00eame quartier, que l\u2019on c\u00f4toyait tout les jours. Le g\u00e9nocide est v\u00e9ritablement entr\u00e9 dans l\u2019intimit\u00e9 de tous les Rwandais. L\u2019histoire du Rwanda est particuli\u00e8re. C\u2019est un pays enclav\u00e9, un petit territoire o\u00f9 tout le monde est condamn\u00e9 \u00e0 vivre avec tout le monde.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">On ne peut donc pas donner une vision globale de la mani\u00e8re dont les comm\u00e9morations sont v\u00e9cues&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est une diversit\u00e9 de comportements, en fonction de chacun, de son histoire, selon que l\u2019on est issu d\u2019une famille de rescap\u00e9s ou d\u2019une famille de bourreaux, que l\u2019on est Tutsi ou Hutu, que l\u2019on vit en ville ou \u00e0 la campagne, que l\u2019on est n\u00e9 avant ou apr\u00e8s le g\u00e9nocide.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le discours officiel doit pourtant s\u2019adresser \u00e0 toute la soci\u00e9t\u00e9 \u2014 comment est-il form\u00e9&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Le discours officiel est sur une cr\u00eate. Le pouvoir, pris en tenaille, doit avoir un discours qui propulse la soci\u00e9t\u00e9 dans l\u2019avenir, dans la reconstruction, dans le monde de demain, dans la jeunesse, sans oublier d\u2019o\u00f9 vient le pays, sans oublier les survivants.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, il y a un discours officiel, mais il y a aussi le discours des survivants. Partout, pendant trois mois, dans tous les endroits du pays, il y a des veill\u00e9es, des chansons, des survivants qui prennent la parole, des officiels, bien s\u00fbr, mais pas que\u2026 Tous s\u2019emparent de la question. Il n\u2019y a pas un organe d\u00e9di\u00e9, gouvernemental, qui cr\u00e9erait une nouvelle id\u00e9ologie. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quel est le rapport du pouvoir en place au g\u00e9nocide&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Il faut comprendre que le pouvoir actuel au Rwanda tire aussi une forme de l\u00e9gitimit\u00e9 du g\u00e9nocide, vu comme une ann\u00e9e z\u00e9ro. Le FPR&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-27747' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/04\/07\/un-silence-de-mots-conversation-avec-gael-faye\/#easy-footnote-bottom-1-27747' title='Front patriotique Rwandais'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, parti au pouvoir aujourd\u2019hui, et sa branche arm\u00e9e ont stopp\u00e9 le g\u00e9nocide. Lorsque Kagame a stopp\u00e9 le g\u00e9nocide, il n\u2019avait que 34 ans, il \u00e9tait plus jeune que moi aujourd\u2019hui. C\u2019est un groupe d\u2019homme qui a eu affaire \u00e0 une situation absolument exceptionnelle, alors qu\u2019ils \u00e9taient des gamins, et pas des militaires de carri\u00e8re. Ils ont d\u00fb faire avec le peu d\u2019exp\u00e9rience qu\u2019ils avaient de la vie devant l\u2019in\u00e9dit de la situation. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour les survivants, ce sont \u00ab&#160;&nbsp;ceux qui nous ont sauv\u00e9&nbsp;&#160;\u00bb, l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils leur doivent leur vie est tr\u00e8s pr\u00e9sente. Des rescap\u00e9s disent que c\u2019est ce pr\u00e9sident, cette arm\u00e9e, qui leur a redonn\u00e9 leur dignit\u00e9 et leur fiert\u00e9. Ainsi, lorsque je discute avec des amis survivants, certains prennent tr\u00e8s mal toutes les attaques qui peuvent exister contre le pouvoir en place, notamment celle qui peuvent \u00eatre faite en Occident. C\u2019est comme si on les attaquait eux. Lorsqu\u2019on se demande en Occident, de fa\u00e7on tr\u00e8s hautaine, o\u00f9 en est la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise sur la libert\u00e9 d\u2019expression, sur la d\u00e9mocratie et sur la r\u00e9conciliation, cela peut \u00eatre tr\u00e8s violent pour un Rwandais qui a v\u00e9cu cette histoire face \u00e0 une communaut\u00e9 internationale qui a compl\u00e8tement ferm\u00e9 les yeux pendant trois mois, et qui vient apr\u00e8s pour constater ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 et donner des le\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il y a donc une forte adh\u00e9sion au pouvoir, que, vu d\u2019Europe, nous avons du mal \u00e0 comprendre&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019essaie de sortir de ma fa\u00e7on de voir \u00e0 la fran\u00e7aise. En France, on a une facilit\u00e9 \u00e0 critiquer le pouvoir, c\u2019est m\u00eame ancr\u00e9 dans la culture. La figure du rebelle, du r\u00e9volutionnaire, est quelque chose qui est mis en avant. La soci\u00e9t\u00e9 rwandaise fonctionne diff\u00e9remment et pour essayer de la comprendre et d\u2019entrer dans sa complexit\u00e9 il faut aussi accepter l\u2019existence de ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019adh\u00e9sion d\u2019une grande partie de la population au pouvoir. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 du pays que je constate en \u00e9tant la-bas, m\u00eame dans des discussions intimes que j\u2019ai avec les uns et les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>En regardant d\u2019Europe, on a du mal \u00e0 se le repr\u00e9senter, on se dit qu\u2019il y a une anomalie, que les gens doivent vivre avec une arme sur la tempe. Pourtant, ces choses-l\u00e0 sont intrins\u00e8ques \u00e0 la culture rwandaise et elles ne sont pas li\u00e9es au pouvoir en place. L\u2019adh\u00e9sion qu\u2019il y a eu pour le g\u00e9nocide peut \u00eatre autant questionn\u00e9e que l\u2019adh\u00e9sion qui existe actuellement pour le pouvoir en place. On ne peut faire une analyse politique \u00e0 partir de crit\u00e8res occidentaux. De l\u00e0 vient la difficult\u00e9 que j\u2019ai souvent \u00e0 parler avec des journalistes ou m\u00eame \u00e0 des ONG sur place. On \u00e9volue avec d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences, d\u2019autres normes et une autre histoire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans votre pr\u00e9c\u00e9dent entretien vous nous expliquiez que l\u2019Europe avait l\u2019image d\u2019un lieu de paix et de s\u00e9curit\u00e9\u2026<\/h3>\n\n\n\n<p>La guerre ne semble pas appartenir \u00e0 l\u2019Europe, \u00e0 l\u2019id\u00e9e et au fantasme que l\u2019on s\u2019en fait. C\u2019est pour cela que je d\u00e9crivais ce que j\u2019avais ressenti face au conflit en Yougoslavie&#160;: la guerre civile a fait sortir cette r\u00e9gion de \u00ab&#160;l\u2019Europe&#160;\u00bb telle qu\u2019on se la repr\u00e9sente de l\u2019ext\u00e9rieur. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cette image est-elle toujours d\u2019actualit\u00e9&#160;? <\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, en deux ans mon constat n\u2019a pas chang\u00e9. Certes on observe la mont\u00e9e des extr\u00eames, mais l\u2019Europe reste un territoire qui est synonyme de stabilit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Je suis arriv\u00e9 \u00e0 cette image parce que j\u2019avais d\u00e9crit l\u2019Europe du point de vue de ma situation africaine. C\u2019est l\u2019image que je me faisais de l\u2019Europe depuis mon Burundi natal qui me permet d\u2019\u00e9noncer ce que l\u2019Europe repr\u00e9sentait pour moi. Si j\u2019\u00e9tais n\u00e9 ici, je n\u2019aurais pas eu ce sentiment. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous d\u00e9crivez cette image de l\u2019Europe vue de l\u2019ext\u00e9rieur et vous \u00eates aussi europ\u00e9en. D\u2019o\u00f9 vient l\u2019absence d\u2019un sentiment europ\u00e9en alors que de l\u2019ext\u00e9rieur la coh\u00e9rence de l\u2019entit\u00e9 \u00ab&#160;Europe&#160;\u00bb semble une \u00e9vidence&#160;? <\/h3>\n\n\n\n<p>Je pense qu\u2019il est encore plus difficile d\u2019avoir un sentiment europ\u00e9en lorsqu\u2019on est fran\u00e7ais. Il y a des pays en Europe qui sont oblig\u00e9es de vivre avec leurs voisins. Mes amis qui sont des artistes belges ne consid\u00e8rent jamais que leur espace d\u2019expression peut se limiter \u00e0 la Belgique. Ils sont toujours ouverts sur l\u2019Est et l\u2019Ouest, sur la France et les pays nordiques. Ils se vivent donc comme un carrefour. <\/p>\n\n\n\n<p>En France, on est un pays o\u00f9 l\u2019on a ce fantasme qu\u2019on est une nation qui s\u2019est construite d\u2019elle-m\u00eame, qui est fortifi\u00e9e et qui existe depuis longtemps. Je crois que la France &#8211; un peu comme les Etats-Unis &#8211; est un pays o\u00f9 beaucoup de citoyens arrivent \u00e0 se suffir \u00e0 eux-m\u00eames, \u00e0 se limiter \u00e0 leurs propres fronti\u00e8res, en se disant qu\u2019ils sont les h\u00e9ritiers d\u2019une grande culture, multis\u00e9culaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense aussi que pour se sentir europ\u00e9ens, il faut d\u00e9j\u00e0 que les Fran\u00e7ais fassent ce travail de d\u00e9centrement sur leur propre histoire. Comprendre que la France est un lieu de carrefour. J\u2019\u00e9tais au mus\u00e9e d\u2019Orsay, pour voir l\u2019exposition sur le mod\u00e8le noir dans la peinture fran\u00e7aise&#160;: \u00e0 travers ces tableaux du XIXe si\u00e8cle, on voit que la France est d\u00e9j\u00e0 un carrefour. Il y a dans l\u2019art quelque chose d\u2019act\u00e9, de pr\u00e9sent, qu\u2019il n\u2019y a m\u00eame pas \u00e0 questionner&#160;: il peut montrer la soci\u00e9t\u00e9 telle quelle. Il faut affronter cet impens\u00e9, pour ensuite s\u2019ouvrir plus loin que nos propres fronti\u00e8res. Parce que l\u2019Europe n\u2019est pas l\u2019Europe blanche et de culture chr\u00e9tienne. Pour moi, ce n\u2019est pas possible de la r\u00e9duire \u00e0 cela. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous dites que \u00ab&#160;Si j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire, je pense, c\u2019est que je n\u2019ai rien compris \u00e0 la premi\u00e8re partie de ma vie&#160;\u00bb. Qu\u2019est-ce que cela vous a appris, sur vous, mais aussi sur la pertinence de la recherche d\u2019un identit\u00e9&#160;? Cela a-t-il \u00e9t\u00e9 concluant&#160;? <\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 concluant. Cela m\u2019a surtout appris qu\u2019on ne doit pas se d\u00e9finir dans l\u2019oeil de l\u2019autre. Chacun doit avoir la libert\u00e9 de s\u2019autod\u00e9finir. L\u2019\u00e9criture, la cr\u00e9ation, est un acte d\u2019autod\u00e9finition. Un journal burundais m\u2019a un jour demand\u00e9 ce qu\u2019\u00e9tait l\u2019ind\u00e9pendance&#160;: je pense que c\u2019est devenir soi. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la premi\u00e8re partie de notre vie, on arrive dans un monde qu\u2019on a pas choisi, dans lequel on nous impose des valeurs, une culture. La cr\u00e9ation m\u2019a permis d\u2019interroger tout ce qu\u2019on m\u2019a impos\u00e9 comme sp\u00e9cificit\u00e9s, sans me le demander. Et de faire l\u2019inventaire de ce que j\u2019accepte et de ce que je n\u2019accepte pas d\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cette recherche d\u2019identit\u00e9, de sp\u00e9cificit\u00e9, peut-on la g\u00e9n\u00e9raliser \u00e0 une \u00e9chelle plus large, \u00e0 des pays ou des groupes&#160;? Beaucoup se demandent quelle est l\u2019identit\u00e9 de l\u2019Europe, ou encore de la France, de la Hongrie\u2026<\/h3>\n\n\n\n<p>Non, car en essayant de faire cela on ne fait qu\u2019essentialiser. Ce qui cr\u00e9e le racisme et les guerres, c\u2019est de penser qu\u2019on peut cr\u00e9er une entit\u00e9 comportant un certain nombre d\u2019individus contre d\u2019autres. A l\u2019\u00e9poque du grand d\u00e9bat sur \u00ab&#160;l\u2019identit\u00e9 nationale&#160;\u00bb en France, j\u2019avais des discussions enflamm\u00e9es avec des amis&#160;: pour moi d\u00e9finir ce qu\u2019est un Fran\u00e7ais, c\u2019est l&rsquo;enfermer.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dans votre texte \u00ab&#160;C\u2019est la nuit \u00e0 Kigali&#160;\u00bb, vous \u00e9voquez la question du g\u00e9nocide et de la m\u00e9moire des disparus&#160;: \u00ab&#160;L\u2019Histoire oui&#160;! Mais leurs histoires o\u00f9 sont elles&#160;?&#160;\u00bb \u00ab&#160;N\u2019attendons plus les apocalypses de fin de si\u00e8cle pour nous r\u00e9v\u00e9ler.&#160;\u00bb, pour \u00ab&#160;redonner un visage humain \u00e0 chaque disparu&#160;\u00bb. Au contraire d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire, qui d\u00e9clarait \u00ab&#160;Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n\u2019ont point de bouche&#160;\u00bb, vous \u00eates un \u00e9crivain qui appelle \u00e0 tout un chacun \u00e0 \u00ab&#160;se raconter&#160;\u00bb, avec \u00ab&#160;leurs mots&#160;\u00bb\u2026<\/h3>\n\n\n\n<p>Il faut verbaliser, utiliser les mots pour dire qui l\u2019on est. C\u2019est par la parole qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 peut retrouver la libert\u00e9, un \u00e9quilibre, cr\u00e9er du lien. On ressent moins cela en France, parce qu\u2019on est tr\u00e8s t\u00f4t confront\u00e9s \u00e0 des livres, des biblioth\u00e8ques enti\u00e8res. Mais quand on est un jeune burundais ou un jeune rwandais, on n\u2019a pas acc\u00e8s aux vies de nos voisins, \u00e0 la g\u00e9n\u00e9alogie et \u00e0 l\u2019histoire de nos familles. <\/p>\n\n\n\n<p>Le XXe si\u00e8cle a liquid\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment de nos histoires. Au moment des comm\u00e9morations d\u2019avril au Rwanda, il y a un jour particulier o\u00f9 l\u2019on comm\u00e9more les familles qui n\u2019existent plus du tout, o\u00f9 il ne reste plus personne. Ce sont des choses qui, quand j\u2019y pense, me donnent le vertige. Je ne conna\u00eetrai jamais la vie de deux g\u00e9n\u00e9rations au-dessus de moi, de mon grand-p\u00e8re par exemple, alors qu\u2019ici j\u2019ai des amis qui peuvent remonter \u00e0 vingt g\u00e9n\u00e9rations. Sur ce point, il y a un d\u00e9s\u00e9quilibre tr\u00e8s grand, qui est li\u00e9 \u00e0 la prise de parole et \u00e0 l\u2019introspection. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">C\u2019est donc un appel \u00e0 constituer un patrimoine\u2026<\/h3>\n\n\n\n<p>Pour moi, c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on fait l\u2019Histoire. Il faut passer par l\u2019accumulation de toutes ces histoires, de tous ces faits apparemment d\u00e9risoires. Je l\u2019ai vu quand j\u2019ai voulu \u00e9crire mon roman, sur cette p\u00e9riode particuli\u00e8re du Burundi, de 1993 \u00e0 1995. J\u2019ai cherch\u00e9 et je me disais qu\u2019il devait exister des \u00e9crits, des gens qui ont simplement racont\u00e9 ce que c\u2019\u00e9tait que la vie dans une ville \u00e0 cette \u00e9poque. Je n\u2019ai rien trouv\u00e9. C\u2019est aussi pour \u00e7a que ce roman a eu beaucoup de succ\u00e8s chez les Burundais et les Rwandais&#160;: certains m\u2019ont dit que j\u2019avais ramen\u00e9 \u00e0 leur souvenir des choses qu\u2019ils avaient oubli\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019absence d\u2019\u00e9crits est quelque chose de dramatique. Aujourd\u2019hui, il existe une litt\u00e9rature sur le g\u00e9nocide. Mais il ne faut pas qu\u2019on s\u2019arr\u00eate l\u00e0&#160;: il ne faut pas attendre des \u00e9v\u00e9nements de cette gravit\u00e9 pour \u00e9crire. Ecrivons tout le temps. C\u2019est en \u00e9crivant qu\u2019on peut questionner la soci\u00e9t\u00e9 et constituer une m\u00e9moire. Il en va de m\u00eame pour la musique&#160;: on ne peut pas avoir que des chants de comm\u00e9morations. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous passez \u00e9galement par la musique pour faire \u00ab&#160;Irruption&#160;\u00bb. Ce morceau est un v\u00e9ritable appel, presque r\u00e9volutionnaire&#160;: \u00ab&#160;On devient arrogants, on veut rimer comme des canifs&#160;\u00bb. Ce sont ces mots forts, litt\u00e9ralement incisifs, ce que vous adressez \u00e0 celles et ceux qui vous entendent&#160;: osez parler, osez \u00eatre \u00ab&#160;arrogants&#160;\u00bb, talentueux, pour qu\u2019on ne parle plus \u00e0 votre place&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Oser \u00e9crire, c\u2019est oser s\u2019affirmer. Je crois que les mots sont les vraies armes de notre \u00e9poque. Le discours articul\u00e9. Tout citoyen &#8211; comme tout artiste &#8211; doit oser lorsqu\u2019il prend la parole. Il est extraordinaire qu\u2019il y ait aujourd\u2019hui des mouvements de jeunesse, des jeunes qui prennent la parole, par exemple pour le climat, mais l\u2019esprit critique doit continuer de travailler. Ce que l\u2019on dit a \u00e9t\u00e9 dit \u00e0 d\u2019autres moment, sous d\u2019\u00eatres formes, parfois de fa\u00e7on plus intelligente. Il faut encourager les mouvements et les contestations, mais les encourager aussi \u00e0 se rattacher \u00e0 ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait. Je rappe aujourd\u2019hui, dans l\u2019irruption, avec qui je suis. Mais j\u2019ai lu, j\u2019ai lu mes p\u00e8res. C\u2019est la m\u00eame chose quand je parle du Rwanda. On ne comprendra pas qui l\u2019on n\u2019est uniquement \u00e0 l\u2019aune du g\u00e9nocide et de la violence. Il faut aussi partir du pass\u00e9, de notre histoire, de nos histoires familiales, de nos histoires d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous avez aussi soulign\u00e9 un paradoxe, \u00e0 travers votre po\u00e8me \u00ab&#160;Un silence de mots&#160;\u00bb, avec une autre exhortation&#160;: \u00ab&#160;B\u00e2illonnez les po\u00e8mes&#160;\u00bb, \u00ab&#160;Qu\u2019ils se taisent qu\u2019ils se taisent, qu\u2019ils se taisent, afin qu\u2019il ne reste qu\u2019un silence de mots&#160;\u00bb. Pouvez-vous revenir sur cet autre appel&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans ce po\u00e8me, il est question du g\u00e9nocide en tant que tel, du \u00ab&#160;\u00e7a&#160;\u00bb que l\u2019on prononce en disant \u00ab&#160;plus jamais \u00e7a&#160;\u00bb. Je parle de mon incapacit\u00e9 \u00e0 \u00e9crire le g\u00e9nocide. Je ne sais pas comment on fait. <\/p>\n\n\n\n<p>On a parl\u00e9 de mon roman comme d\u2019un roman sur le g\u00e9nocide, ce qu\u2019il n\u2019est pas du tout. Il parle d\u2019un enfant \u00e0 Bujumbura, un paradis perdu. Sa m\u00e8re revient du Rwanda, mais elle ne fait qu\u2019\u00e9voquer le g\u00e9nocide, elle ne l\u2019a pas v\u00e9cu en tant que tel. Quand il est question du g\u00e9nocide, le personnage principal, Gabriel, dit cette phrase&#160;: \u00ab&#160;Nous avons v\u00e9cu le g\u00e9nocide entre quatre murs derri\u00e8re un t\u00e9l\u00e9phone et un poste de radio&#160;\u00bb. Il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0. De plus, les sc\u00e8nes de violence qui y sont d\u00e9crites sont les sc\u00e8nes de la guerre au Burundi. Il n\u2019est pas question des massacres au Rwanda.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le g\u00e9nocide repr\u00e9sente donc un cas limite pour l\u2019\u00e9criture&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Comment faire de la litt\u00e9rature avec \u00e7a&#160;? C\u2019est de l\u00e0 que vient la contradiction pr\u00e9sente dans le po\u00e8me, et qui \u00e9tait importante pour moi. Je me tais, je ne peux rien dire, et en m\u00eame temps j\u2019\u00e9cris dans ce po\u00e8me que si je devais parler, je parlais de cela&#160;: \u00ab&#160;&nbsp;les b\u00e9b\u00e9s pil\u00e9s au mortier&nbsp;&#160;\u00bb, \u00ab&#160;&nbsp;les pieux enfonc\u00e9s dans les femmes&nbsp;&#160;\u00bb, \u00ab&#160;&nbsp;les vieillards \u00e9cartel\u00e9s&nbsp;&#160;\u00bb\u2026 \u00c7a ne s\u2019\u00e9crit pas. \u00c7a se dit dans la bouche d\u2019un survivant, mais un po\u00e8te, un \u00e9crivain, qui est cens\u00e9 faire du style, travailler, comment fait-il&#160;? Parfois je suis tr\u00e8s choqu\u00e9 par des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre auxquelles j\u2019assiste, ou des \u00e9crits, qui la plupart du temps ne sont pas faites par des Rwandais&#160;: c\u2019est comme s\u2019il y avait une forme de complaisance inconsciente, \u00e0 raconter cela. <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D\u2019o\u00f9 vient cette difficult\u00e9&#160;? <\/h3>\n\n\n\n<p>Je crois que voir la violence de fa\u00e7on trop brute est quelque chose qui annihile l\u2019esprit critique. Le r\u00e9cit des survivants est important, il faudrait que tous puissent t\u00e9moigner car c\u2019est une m\u00e9moire qui va dispara\u00eetre. Mais le r\u00e9cit du survivant ne permet pas de faire comprendre au grand public ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 un g\u00e9nocide. La premi\u00e8re r\u00e9action est de ne pas se sentir concern\u00e9 par cette violence tellement elle est vertigineuse. Le travail du po\u00e8te, de l\u2019\u00e9crivain, de la litt\u00e9rature, est de r\u00e9ussir \u00e0 faire entrer dans ce monde, sans pour autant imposer une distance avec le lecteur.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous esp\u00e9rez un jour trouver comment \u00e9crire cette violence&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Il faut travailler une forme, un angle. C\u2019est mon boulot. Parler du g\u00e9nocide directement, je ne peux pas le faire et, pour ma part, ce n\u2019est jamais frontal. J\u2019ai un projet de longue haleine et je ne sais pas si j\u2019y arriverai un jour&#160;: j\u2019aimerais faire un roman sur le g\u00e9nocide, mais je n\u2019ai pas encore trouv\u00e9 l\u2019angle qui me permettra de l\u2019aborder.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9crivain et rappeur franco-rwandais nous offre la parole de l&rsquo;artiste face au 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