{"id":274988,"date":"2025-04-26T16:00:00","date_gmt":"2025-04-26T14:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=274988"},"modified":"2025-04-27T17:21:15","modified_gmt":"2025-04-27T15:21:15","slug":"kafka-maia-hruska","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/04\/26\/kafka-maia-hruska\/","title":{"rendered":"Kafka et ses doubles, une conversation avec Ma\u00efa Hruska"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Si 2024 marquait les cent ans de la mort de Kafka, l\u2019ann\u00e9e 2025 c\u00e9l\u00e8bre sa renaissance. On doit \u00e0 la trahison testamentaire de Max Brod la publication de <\/em>Der Prozess <em>en 1925 \u2014<\/em> Le Proc\u00e8s <em>gr\u00e2ce \u00e0 la traduction d\u2019Alexandre Vialatte.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019\u0153uvre de Kafka pouvait na\u00eetre et circuler jusqu\u2019\u00e0 atteindre le statut qu\u2019on lui conna\u00eet aujourd&rsquo;hui.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment les premiers passeurs ou \u00ab&#160;d\u00e9couvreurs&#160;\u00bb de Kafka qui sont au c\u0153ur de l\u2019essai de Ma\u00efa Hruska publi\u00e9 chez Grasset<\/em> Dix versions de Kafka<em> (2024). Paul Celan, Primo Levi, Bruno Schulz, Alexandre Vialatte, Milena Jesensk\u00e1, Jorge Luis Borges\u2026 Dix traducteurs qui proposent chacun \u00e0 leur mani\u00e8re une lecture personnelle de l&rsquo;\u0153uvre kafka\u00efenne.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/offre-legc-x\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>Pour soutenir la revue et recevoir tous les nouveaux \u00e9pisodes de notre s\u00e9rie consacr\u00e9e \u00e0 la litt\u00e9rature, abonnez-vous<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous avez \u00e9crit un essai intitul\u00e9 <em>Dix versions de Kafka <\/em>dans lequel vous racontez comment les dix premiers traducteurs de langues diff\u00e9rentes de Kafka en sont venus \u00e0 le traduire \u2014 pourquoi et de quelle fa\u00e7on. Vous explorez aussi le rapport qui na\u00eet entre ces \u00ab&#160;d\u00e9couvreurs&#160;\u00bb et Kafka, et les liens qui rassemblent d\u2019une certaine mani\u00e8re tous ces traducteurs qui \u00e9taient loin de n\u2019\u00eatre d\u2019ailleurs que des traducteurs \u2014 et loin d\u2019\u00eatre des inconnus&#160;: Jorge Luis Borges, Paul Celan, Primo Levi, Alexandre Vialatte, etc. Cet essai vous l\u2019avez publi\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re chez Grasset au moment o\u00f9 l\u2019on comm\u00e9morait le centenaire de la mort de Kafka. Mais vous avez d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de dire que 2025, centenaire de la publication du <em>Proc\u00e8s<\/em>, vous semblait peut-\u00eatre une comm\u00e9moration encore plus importante.<\/h3>\n\n\n\n<p>Absolument. Kafka a peu publi\u00e9 de son vivant. Il a seulement autoris\u00e9 la parution d\u2019une poign\u00e9e de textes et a d\u00e9truit lui-m\u00eame le plus gros de son \u0153uvre \u2014 et quand je dis \u0153uvre, je parle de tous ses textes, litt\u00e9raires, correspondances, \u00e9crits personnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Kafka a demand\u00e9 \u00e0 Max Brod de d\u00e9truire apr\u00e8s sa mort la troisi\u00e8me partie restante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, on sait que Max Brod n\u2019a non seulement pas respect\u00e9 la demande testamentaire de Kafka, mais qu\u2019il a tri\u00e9, \u00e9dit\u00e9, mis en volume et diffus\u00e9 ces textes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Georges Perec, en parlant de ses parents qu&rsquo;il n&rsquo;a pas connus, dit \u00ab&#160;leur mort fut l&rsquo;affirmation de ma vie&#160;\u00bb. C\u2019est un peu la m\u00eame chose avec Kafka&#160;: c\u2019est d\u2019une certaine fa\u00e7on au moment de sa mort que son \u0153uvre na\u00eet et que na\u00eet le Kafka que nous connaissons. Son entourage se sent alors autoris\u00e9 \u00e0 aller piocher dans son monde \u2014 pour mettre en valeur et pour diffuser. Le patronyme Kafka peut alors s\u2019installer dans la litt\u00e9rature europ\u00e9enne, puis mondiale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pour cela que je disais qu&rsquo;il fallait certes comm\u00e9morer en 2024 le centenaire d&rsquo;une mort de Kafka, mais qu\u2019il fallait surtout c\u00e9l\u00e9brer le centenaire du d\u00e9but de l&rsquo;aventure \u00e9ditoriale de Kafka \u2014 notamment avec le centenaire de la publication du <em>Proc\u00e8s<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette trahison testamentaire et \u00e0 cette aventure \u00e9ditoriale entreprise par Max Brod, les textes de Kafka circulent, traversent les fronti\u00e8res \u2014 l\u2019oc\u00e9an m\u00eame, et arrivent jusque dans les mains des premiers traducteurs dont je parle dans le livre. Ce fut donc l&rsquo;affirmation de la vie de Kafka.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Max Brod est entr\u00e9 dans l&rsquo;\u0153uvre de Kafka comme on entre dans l&rsquo;appartement d&rsquo;un mort.<\/p><cite>Ma\u00efa Hruska<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Certains ont \u00e9t\u00e9 assez durs avec les choix ou coupes, parfois arbitraires, qu\u2019a d\u00fb faire Max Brod avec les manuscrits. Je pense \u00e0 Hannah Arendt notamment.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Il faut dire que Kafka ne lui avait pas facilit\u00e9 la t\u00e2che \u2014 ce qui est logique puisqu\u2019il ne voulait pas que les textes soient publi\u00e9s\u2026 Il n\u2019y avait aucun ordre dans les textes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u0153uvre n\u2019\u00e9tait pas seulement inachev\u00e9e. Elle \u00e9tait aussi totalement d\u00e9sordonn\u00e9e. Elle \u00e9tait r\u00e9partie dans diff\u00e9rents endroits&#160;: une partie des manuscrits se trouvaient dans ses tiroirs, une autre chez ses parents et chez certains de ses proches \u2014 comme chez Milena Jesensk\u00e1.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que Max Brod est entr\u00e9 dans l&rsquo;\u0153uvre de Kafka comme on entre dans l&rsquo;appartement d&rsquo;un mort. Il faut faire des cartons, il faut choisir ce qu&rsquo;on garde, ce qu&rsquo;on laisse, ce qu\u2019on jette, ce qu&rsquo;on recycle, ce qu&rsquo;on r\u00e9pare, ce qu&rsquo;on r\u00e9nove.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous qualifiez dans votre essai les traducteurs de Kafka de \u00ab&#160;ses d\u00e9couvreurs&#160;\u00bb. Ne pourrait-on pas dire que Max Brod est aussi son premier \u00ab&#160;traducteur&#160;\u00bb d\u2019une certaine mani\u00e8re \u2014 dans le sens de passeur&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est vrai&#160;: au fond, les \u00e9diteurs sont souvent aussi des traducteurs, au sens o\u00f9 les \u00e9diteurs sont ceux qui mat\u00e9rialisent une id\u00e9e, le livre. Ils lui donnent une existence \u00e9ditoriale. Ils corrigent, ils modifient, ils coupent, ils r\u00e9organisent \u2014 surtout quand c\u2019est d\u00e9sordonn\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9diteur est donc un passeur, surtout quand c\u2019est le premier. Cela a \u00e9t\u00e9 le cas de Max Brod. Il n&rsquo;a pas fait accoucher Kafka de son vivant&#160;; Kafka accouchait de ses propres textes \u2014 la nuit, seul dans sa chambre, \u00e0 chaque fois qu&rsquo;il avait un moment calme. En revanche, pour filer la m\u00e9taphore, Brod a \u00e9lev\u00e9 ces textes \u2014 il les a \u00e9lev\u00e9s au rang de livre. Et cela a permis leur circulation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous d\u00e9fendez tr\u00e8s joliment les premi\u00e8res traductions en \u00e9voquant notamment la force des premi\u00e8res amours. Y a-t-il cependant des retraductions de Kafka que vous trouvez meilleures que les premi\u00e8res&#160;?&nbsp;&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Pour ce livre je n&rsquo;ai pas fait d&rsquo;analyse ligne \u00e0 ligne entre les premi\u00e8res versions et les derni\u00e8res. Je me suis concentr\u00e9 sur ces premi\u00e8res traductions et ces premiers traducteurs&nbsp; car ils font l\u2019objet chez moi d\u2019une v\u00e9ritable et grande tendresse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En restant dans le vocabulaire de l\u2019enfance, on est l\u00e0 face aux premiers balbutiements. Ces traductions Kafka sont balbutiantes parce qu\u2019elles n\u2019avaient pas et ne pouvaient avoir le recul qu\u2019ont eu ensuite les retraducteurs. Ensuite, on a pu s\u2019appuyer sur toute une ex\u00e9g\u00e8se, sur des commentaires et travaux universitaires, sur les erreurs des autres aussi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers traducteurs \u2014 qui souvent d\u2019ailleurs ne se consacraient pas qu\u2019\u00e0 la traduction \u2014 ne pouvaient s&rsquo;appuyer sur aucune biographie. Ils avan\u00e7aient \u00e0 t\u00e2tons et en plus, ils travaillaient dans l&rsquo;urgence. Ils sentaient qu&rsquo;il y avait l\u00e0 quelque chose dans cette \u0153uvre, quelque chose qui appelait \u00e0 une attention imm\u00e9diate \u2014 dans un monde en bouleversement perp\u00e9tuel. En un mot, ils avaient peu de recul et peu de temps devant eux.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>On traduisait Kafka non pas parce qu&rsquo;il \u00e9tait tch\u00e8que, juif ou parce qu&rsquo;il \u00e9crivait en allemand&#160;; on le traduisait parce qu&rsquo;il repr\u00e9sentait une sorte d&rsquo;agglutination de forces, de faiblesses, d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9s.<\/p><cite>Ma\u00efa Hruska<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Que peut nous dire aussi le rapport qu\u2019avaient ces traducteurs \u00e0 la langue allemande&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Il faut aussi ajouter effectivement qu\u2019aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;\u00e9tait germaniste de profession. Ils avaient tous appris l&rsquo;allemand mais avaient tous un rapport diff\u00e9rent \u00e0 la langue et un niveau diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>En Europe, \u00e0 ce moment-l\u00e0, on apprenait l&rsquo;allemand parce qu\u2019on n\u2019avait pas le choix. Si votre territoire \u00e9tait souvent pass\u00e9 sous la coupe allemande, que l&rsquo;allemand devenait une langue obligatoire \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. La langue entrait en vous, parce qu&rsquo;elle entrait d&rsquo;abord dans le territoire dans lequel vous habitiez. C&rsquo;est ainsi, par exemple, que Paul Celan et Bruno Schulz en sont venus \u00e0 parler allemand.<\/p>\n\n\n\n<p>Primo Levi avait d\u00e9j\u00e0 fait de l&rsquo;allemand \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Turin mais c\u2019est \u00e0 Auschwitz que la langue allemande est entr\u00e9e dans sa chair. Apr\u00e8s Auschwitz, il parlait donc l&rsquo;allemand mais contre son gr\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces ambigu\u00eft\u00e9s que tous ces traducteurs avaient avec la langue allemande racontent quelque chose de l&rsquo;histoire du continent europ\u00e9en \u00e0 cette \u00e9poque. Elles disent quelque chose de l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;on se faisait de l&rsquo;identit\u00e9 europ\u00e9enne. On traduisait Kafka non pas parce qu&rsquo;il \u00e9tait tch\u00e8que, juif ou parce qu&rsquo;il \u00e9crivait en allemand&#160;; on le traduisait parce qu&rsquo;il repr\u00e9sentait une sorte d&rsquo;agglutination de forces, de faiblesses, d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9s qui leur \u00e9taient tr\u00e8s famili\u00e8res. Ces ambigu\u00eft\u00e9s que Kafka ressentait aussi vis-\u00e0-vis de la langue allemande, ses traducteurs les ressentaient.<\/p>\n\n\n\n<p>La langue allemande \u00e9tait une langue dans laquelle ils se sentaient tant\u00f4t accueillis, tant\u00f4t parfaitement \u00e9trangers. La langue allemande leur avait fait subir \u00e0 la fois des consolations et des mis\u00e8res terribles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la raison pour laquelle ils avaient une telle affinit\u00e9 avec l&rsquo;\u0153uvre de Kafka, c&rsquo;\u00e9tait parce que c&rsquo;\u00e9tait le rapport \u00e0 la langue allemande qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s longtemps la langue du droit.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous \u00e9crivez&#160;: \u00ab&#160;Notre lecture d\u2019aujourd\u2019hui est redevable \u00e0 celles des premiers regards qui se sont pos\u00e9s sur elle&#160;\u00bb. En quoi chacun de ces traducteurs va faire une lecture personnelle des textes de Kafka, en y d\u00e9celant quelque chose de diff\u00e9rent \u00e0 chaque fois&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re chose qui saute aux yeux de Vialatte, par exemple, quand il lit Kafka, c&rsquo;est l&rsquo;humour. C&rsquo;est cette nouvelle forme de comique grave et l\u00e9ger en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Or pour Borges, ce qui va la frapper et marquer en plus du reste, c&rsquo;est le rapport de Kafka \u00e0 la notion d&rsquo;infini, qui est un sujet qui alimente d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;\u0153uvre du ma\u00eetre argentin. Tout l\u2019univers borg\u00e9sien peut s\u2019engouffrer dans ces \u0153uvres inachev\u00e9es, sans fin. Il a l&rsquo;impression de rencontrer un ami. S\u2019installe une sorte de conversation que Borges va ensuite poursuivre.<\/p>\n\n\n\n<p>La figure de Kafka devient une sorte de fant\u00f4me qui guidait son propre travail, dans cet espace que Borges percevait comme fondamentalement labyrinthique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les ambigu\u00eft\u00e9s que tous les premiers traducteurs de Kafka avaient avec la langue allemande racontent quelque chose de l&rsquo;histoire du continent europ\u00e9en \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p><cite>Ma\u00efa Hruska<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous employez m\u00eame le terme \u00ab&#160;d\u2019attraction&#160;\u00bb pour d\u00e9finir ce que Borges \u00e9prouve par rapport \u00e0 Kafka.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 fait, c&rsquo;est une attraction \u2014 dans les deux sens du mot.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une attraction au sens magn\u00e9tique, c&rsquo;est-\u00e0-dire que Kafka repr\u00e9sente une sorte de champ magn\u00e9tique qui attire vers lui non seulement des lecteurs, mais aussi des traducteurs qui sont attir\u00e9s pour des raisons qui sont personnelles et tr\u00e8s diff\u00e9rentes les unes des autres. Et mon livre propose dix hypoth\u00e8ses sur les raisons de cette attraction.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, c&rsquo;est une attraction au sens du jeu, de la f\u00eate foraine. Il y a une jubilation chez Borges \u00e0 traduire Kafka. C&rsquo;est la raison pour laquelle il lui consacrera autant de temps. Il aura \u00e9t\u00e9 non seulement l\u2019un des premiers traducteurs de Kafka, mais aussi l\u2019un de ses principaux commentateurs, pr\u00e9faciers, conf\u00e9renciers.<\/p>\n\n\n\n<p>Kafka, chez Borges, n\u2019est pas qu\u2019un objet de vif int\u00e9r\u00eat, de travail, d\u2019\u00e9tude, c&rsquo;est aussi une pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">On semble trouver dans l&rsquo;\u0153uvre de Kafka une abstraction qui permet une universalit\u00e9 qui permet \u00e0 son tour une sorte d\u2019identification du lecteur aux personnages. On pense tr\u00e8s vite notamment \u00e0 Joseph K. avec cette majuscule&#160;: c\u2019est Kafka, c\u2019est tout le monde, c\u2019est personne \u2014 mais ce sont aussi les traducteurs, dites-vous, qui pourraient dire, eux aussi, comme Flaubert, \u00ab&#160;Joseph K., c\u2019est moi&#160;\u00bb.<\/h3>\n\n\n\n<p>En effet et je pense tout particuli\u00e8rement \u00e0 Paul Celan. Il fut l&rsquo;un des traducteurs de Kafka en roumain dans les ann\u00e9es 1940, apr\u00e8s la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut savoir que la biblioth\u00e8que personnelle de Paul Celan a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 entrepos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole normale sup\u00e9rieure, avant d&rsquo;\u00eatre transf\u00e9r\u00e9e pour partie en Allemagne \u00e0 Marbach \u2014 o\u00f9 sont entrepos\u00e9es \u00e9galement une partie des archives de Kafka. C&rsquo;est int\u00e9ressant de voir ces deux \u00e9crivains, qui n&rsquo;ont jamais poss\u00e9d\u00e9 le passeport allemand, avoir leurs archives entrepos\u00e9es en Allemagne \u2014 dans une ville o\u00f9 ils n&rsquo;ont jamais mis les pieds. Certains se retrouvent donc m\u00eame de fa\u00e7on posthume au m\u00eame endroit. Il ne s\u2019agit pas du m\u00eame tombeau \u2014 m\u00eame si Kundera disait que les archives sont comme des cimeti\u00e8res\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Kafka, chez Borges, n\u2019est pas qu\u2019un objet de vif int\u00e9r\u00eat, de travail, d\u2019\u00e9tude, c&rsquo;est aussi une pr\u00e9sence.<\/p><cite>Ma\u00efa Hruska<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019ai donc pu consulter les archives de Paul Celan \u00e0 Marbach, puisque j&rsquo;y \u00e9tais pour Kafka.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019avantage quand on entre dans ces archives-l\u00e0, c&rsquo;est qu\u2019une fois que vous y \u00eates, vous pouvez demander de voir ce que vous voulez. J&rsquo;ai ainsi pu consulter les \u00e9ditions de Kafka que Paul Celan poss\u00e9dait de son vivant. Celan annotait des choses dans la marge des textes de Kafka.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai notamment trouv\u00e9 dans une \u00e9dition du <em>Journal<\/em> de Kafka plusieurs fois des \u00ab&#160;<em>Ich<\/em>&#160;\u00bb \u00e9crits par Celan. C\u2019est \u00ab&#160;je&#160;\u00bb, c\u2019est \u00ab&#160;moi&#160;\u00bb. J&rsquo;ai trouv\u00e9 cela bouleversant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pourriez-vous revenir \u00e9galement sur le cas de Primo Levi qui est, lui aussi mais d\u2019une autre mani\u00e8re, bouleversant&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Primo Levi a traduit <em>Le Proc\u00e8s<\/em> dans les ann\u00e9es 1980 \u00e0 la demande d&rsquo;Einaudi par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019Italo Calvino. Et c\u2019est une exp\u00e9rience qu\u2019il a regrett\u00e9e. Il dira notamment pendant la campagne de promotion que cela a \u00e9t\u00e9 la pire d\u00e9cision de sa vie car cela l&rsquo;a replong\u00e9 dans quelque chose qu\u2019il pensait avoir d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une sorte d\u2019identification s\u2019op\u00e8re entre Primo Levi \u2014 mais cette fois-ci avec Joseph K. Et si effectivement il y a identification, il n&rsquo;y a certainement pas de consolation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont deux hontes qui s&rsquo;affrontent, ou du moins qui se retrouvent. La honte de Primo Levi, la honte du survivant, rencontre celle de Joseph K. qui est la honte de ne pas savoir survivre. Ce sont deux hontes parall\u00e8les qui ne savent pas se consoler l&rsquo;une l&rsquo;autre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand vous rencontrez quelqu&rsquo;un qui vous ressemble, soit cela vous rassure, soit cela vous terrifie. C&rsquo;est ce que Freud appelait <em>Unheimliche<\/em>.<\/p>\n\n\n\n\n<div class=\"double-picture my-12 lg:my-20\" \n    data-images-sizes=\"smallsx\"\n    data-same-height=\"true\"\n    data-reference-image=\"left\"\n>    <!-- Images -->\n    <div class=\"lg:flex\">\n        <div class=\"relative lg:pr-2 mb-7 lg:mb-0 lg:w-1\/3\">\n                            <a \n                    href=\"#\"\n                    data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2025\/04\/Kafka-8.png\" \n                    class=\"gallery-item no-underline  \" \n                    data-pswp-width=\"2072\" \n                    data-pswp-height=\"2850\"\n                >\n                    <figure class=\"wp-block-image h-full -mx-2 lg:mx-0 !my-0\">\n                        <picture class=\"block h-full\">\n                            <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2025\/04\/Kafka-8.png\" alt=\"\u00abLes \u00e9diteurs sont souvent aussi des traducteurs, au sens o\u00f9 les \u00e9diteurs sont ceux qui mat\u00e9rialisent une id\u00e9e, le livre. Ils lui donnent une existence \u00e9ditoriale. Ils corrigent, ils modifient, ils coupent, ils r\u00e9organisent \u2014 surtout quand c\u2019est d\u00e9sordonn\u00e9.\u00bb\" >\n                        <\/picture>\n                        <figcaption class=\"lg:hidden pswp-caption-content\">\u00ab&#160;Les \u00e9diteurs sont souvent aussi des traducteurs, au sens o\u00f9 les \u00e9diteurs sont ceux qui mat\u00e9rialisent une id\u00e9e, le livre. Ils lui donnent une existence \u00e9ditoriale. Ils corrigent, ils modifient, ils coupent, ils r\u00e9organisent \u2014 surtout quand c\u2019est d\u00e9sordonn\u00e9.&#160;\u00bb<\/figcaption>                    <\/figure>\n                <\/a>\n                    \n        <\/div>\n        <div class=\"relative lg:pl-2 lg:w-2\/3\">\n                            <a\n                    href=\"#\"\n                    data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2025\/04\/Kafka-6.png\" \n                    class=\"gallery-item no-underline  lg:!absolute lg:h-full lg:right-0 lg:left-2 overflow-hidden\" \n                    data-pswp-width=\"2488\" \n                    data-pswp-height=\"1809\"\n                >\n                    <figure class=\"wp-block-image h-full -mx-2 lg:mx-0 !my-0\">\n                        <picture class=\"block h-full\">\n                            <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2025\/04\/Kafka-6.png\" alt=\"\u00abLes personnages sont pris au pi\u00e8ge du destin au sens tragique que lui donnaient les Grecs. Chez Kafka, c'est moins grec mais tout aussi tragique : ce ne sont plus les dieux qui punissent mais une machine.\u00bb\" class=\"lg:!h-full object-cover\">\n                        <\/picture>\n                        <figcaption class=\"lg:hidden pswp-caption-content\">\u00ab&#160;Les personnages sont pris au pi\u00e8ge du destin au sens tragique que lui donnaient les Grecs. Chez Kafka, c&rsquo;est moins grec mais tout aussi tragique&#160;: ce ne sont plus les dieux qui punissent mais une machine.&#160;\u00bb<\/figcaption>                    <\/figure>\n                <\/a>\n                    <\/div>\n    <\/div>\n    <!-- Captions -->\n    <div class=\"hidden lg:flex\">\n        <div class=\"relative lg:pr-2 mb-7 lg:mb-0 lg:w-1\/3\">\n                            <figure class=\"wp-block-image -mx-2 lg:mx-0 !my-0\">\n                    <figcaption>\u00ab&#160;Les \u00e9diteurs sont souvent aussi des traducteurs, au sens o\u00f9 les \u00e9diteurs sont ceux qui mat\u00e9rialisent une id\u00e9e, le livre. Ils lui donnent une existence \u00e9ditoriale. Ils corrigent, ils modifient, ils coupent, ils r\u00e9organisent \u2014 surtout quand c\u2019est d\u00e9sordonn\u00e9.&#160;\u00bb<\/figcaption>                <\/figure>\n                    \n        <\/div>\n        <div class=\"relative lg:pl-2 lg:w-2\/3\">\n                            <figure class=\"wp-block-image -mx-2 lg:mx-0 !my-0\">   \n                    <figcaption>\u00ab&#160;Les personnages sont pris au pi\u00e8ge du destin au sens tragique que lui donnaient les Grecs. Chez Kafka, c&rsquo;est moins grec mais tout aussi tragique&#160;: ce ne sont plus les dieux qui punissent mais une machine.&#160;\u00bb<\/figcaption>                <\/figure>\n                    <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">N\u2019est-ce pas aussi, au fond, ce que le lecteur peut \u00e9prouver \u00e0 la lecture de Kafka, ce rapport ambivalent entre le malaise et le plaisir&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, mais le rapport est diff\u00e9rent. Un lecteur peut toujours reposer le livre et le reprendre pour plus tard. Quand un \u00e9crivain s&rsquo;engage \u00e0 le traduire, je dirais qu\u2019on est au-del\u00e0 du malaise. En tout cas, le traducteur doit n\u00e9cessairement d\u00e9passer le malaise.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une traduction est un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate \u2014 un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate qui se prolonge \u00e0 chaque fois plusieurs mois, voire parfois plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Diriez-vous d\u2019ailleurs que le narrateur kafk\u00e9en est flaubertien, pr\u00e9sent partout et visible nulle part, qui ne laisse pas le lecteur respirer tout en lui offrant toujours plusieurs dimensions, couches de lecture&#160;? Au-del\u00e0 de la filiation, Kafka ne va-t-il m\u00eame pas plus loin dans la fa\u00e7on par laquelle il fait exister le narrateur&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une tr\u00e8s bonne question, je n\u2019y avais jamais pens\u00e9. L\u2019univers narratif que cr\u00e9e Kafka est tr\u00e8s complexe avec ce narrateur qui est effectivement omnipr\u00e9sent, que l\u2019on sent mais que l\u2019on ne voit pas.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pr\u00e9sence un peu anonyme, si j\u2019ose dire, me fait penser \u00e0 l\u2019anonymat que Kafka aime souvent attribuer \u00e0 ses personnages. En glissant un peu plus dans les interpr\u00e9tations mystiques ou mythologiques qui ont pu \u00eatre faites des textes de Kafka, on se rend compte qu\u2019il y a en permanence la recherche de la clef de l&rsquo;histoire. Cela m\u2019int\u00e9resse beaucoup, cette qu\u00eate des clefs et des portes. En un mot, je pense que les personnages de Kafka adoreraient rencontrer leur narrateur \u2014 et qu\u2019ils n&rsquo;y arrivent pas.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Une traduction est un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate \u2014 un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate qui se prolonge \u00e0 chaque fois plusieurs mois, voire parfois plusieurs ann\u00e9es.&nbsp;<\/p><cite>Ma\u00efa Hruska<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Gershom Scholem dirait que les personnages de Kafka sont \u00e0 la recherche d&rsquo;une r\u00e9v\u00e9lation ou d&rsquo;une r\u00e9demption, mais toujours \u00e0 la recherche d&rsquo;une clef \u2014 de la loi, de l&rsquo;histoire ou de leur identit\u00e9. Il y a toujours cette recherche. Face \u00e0 cela, les personnages de Kafka se heurtent \u00e0 des portes, \u00e0 des murs. Ces obstacles qui paraissent infranchissable sont en plus frustrants dans la mesure o\u00f9 ils disent qu\u2019il y a peut-\u00eatre une explication \u00e0 tout ce qui arrive, mais qu\u2019elle ne sera pas d\u00e9voil\u00e9e pour autant.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame que les personnages de Pirandello sont en qu\u00eate d&rsquo;auteurs, les personnages de Kafka sont en qu\u00eate de narrateur. Ce m\u00eame narrateur qui les fait exister et avec lequel ils ont donc envie de r\u00e9gler leur compte de leur fait subir toutes ces aventures.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les personnages et le lecteur sont en cela quasiment au m\u00eame niveau.<\/h3>\n\n\n\n<p>Absolument, le lecteur n&rsquo;en sait jamais plus que le personnage. Personne n&rsquo;a un coup d&rsquo;avance. C\u2019est aussi l\u2019une des raisons pour laquelle on lit jusqu&rsquo;au bout <em>Le Proc\u00e8s<\/em>&#160;: on s&rsquo;attend \u00e0 quelque chose, qui n\u2019arrive jamais. Le malaise vient aussi de l\u00e0, de ce rendez-vous sans cesse report\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette qu\u00eate fait qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais fini de lire Kafka, on n&rsquo;a jamais fini de le traduire, on n&rsquo;a jamais fini de le comprendre. En ce sens, les lectures sociologiques qui en ont \u00e9t\u00e9 faites disent que le grand narrateur de Kafka, c&rsquo;est la machine, c&rsquo;est l&rsquo;administration, c&rsquo;est l&rsquo;\u00c9tat. Kafka a lui-m\u00eame fr\u00e9quent\u00e9 les fr\u00e8res Weber qui fa\u00e7onnaient \u00e0 ce moment-l\u00e0 cette nouvelle discipline qui s&rsquo;appelait la sociologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnages sont donc pris au pi\u00e8ge du destin au sens tragique que lui donnaient les Grecs. Chez Kafka, c&rsquo;est moins grec mais tout aussi tragique&#160;: ce ne sont plus les dieux qui punissent mais une machine. C&rsquo;est une machine que vous ne voyez pas, c&rsquo;est une machine qui n&rsquo;a pas de nom, c&rsquo;est une machine qui n&rsquo;a pas de lois \u2014 ou des lois que vous ignorez, que l\u2019on vous cache.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc faire de Kafka un penseur des m\u00e9canismes. Il s&rsquo;int\u00e9ressait beaucoup d&rsquo;ailleurs \u00e0 la technique et a beaucoup \u00e9crit sur les machines. Il aimait par exemple observer les d\u00e9collages et les atterrissages des avions, leurs m\u00e9canismes.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de son voyage \u00e0 Paris, il observe le m\u00e9canisme des avions, par exemple. Il regarde la fa\u00e7on dont les premiers avions d\u00e9collent, atterrissent, etc. Et il se pose tout un tas de questions sur leur minutie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>De m\u00eame que les personnages de Pirandello sont en qu\u00eate d&rsquo;auteurs, les personnages de Kafka sont en qu\u00eate de narrateur.<\/p><cite>Ma\u00efa Hruska<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cette qu\u00eate sans fin dont vous parlez pourrait-elle aussi s\u2019expliquer par le fait que les \u0153uvres en question sont g\u00e9n\u00e9ralement inachev\u00e9es&#160;? Auraient-elles d\u2019ailleurs pu avoir une fin&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>On ne sait pas vraiment pourquoi elles sont inachev\u00e9es, on ne sait pas si Kafka voulait laisser ainsi&#160;: si c\u2019est parce qu&rsquo;il est mort trop t\u00f4t, ou parce qu&rsquo;il \u00e9tait m\u00e9content de son travail. En tout cas, cette incompl\u00e9tude fait partie de la richesse de l&rsquo;\u0153uvre en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment de plus \u00e0 explorer \u2014 et \u00e0 tenter d\u2019expliquer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il suffit de voir le nombre de disciplines qui continuent \u00e0 \u00e9tudier son \u0153uvre \u2014 les psychanalystes, les sociologues, les juristes, les talmudistes&#160;: tous pensent avoir la clef.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous avez dit tout \u00e0 l&rsquo;heure \u2014 et vous l&rsquo;\u00e9crivez aussi dans le livre \u2014 que nous sommes dans l\u2019attente d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation qui ne vient jamais. La r\u00e9v\u00e9lation ne serait-elle pas finalement dans cette attente qui n\u2019en finit pas&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Freud disait que la psychanalyse, c&rsquo;\u00e9tait interminable&#160;; interminable parce qu\u2019inachev\u00e9&#160;; et inachev\u00e9 parce que le mat\u00e9riau, l&rsquo;inconscient, \u00e9tait insondable.<\/p>\n\n\n\n<p>Et parce que c&rsquo;est insondable, on ne cesse de le sonder. Il me semble qu\u2019il en va de m\u00eame avec l&rsquo;\u0153uvre de Kafka, notamment dans le rapport qu\u2019\u00e9tablit la traduction. Elle est interminable&#160;: par son inach\u00e8vement, par son style \u00e0 la fois limpide et myst\u00e9rieux, par les sentiments tr\u00e8s contradictoires qu&rsquo;elle inspire \u00e0 ses lecteurs et \u00e0 ses traducteurs, elle est intraduisible au sens o\u00f9 l&rsquo;entend <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/p\/barbara-cassin\/\">Barbara Cassin<\/a> \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire l&rsquo;intraduisible notamment comme ce que l&rsquo;on ne cesse pas de traduire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les psychanalystes, les sociologues, les juristes, les talmudistes&#160;: tous pensent avoir la clef.<\/p><cite>Ma\u00efa Hruska<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019aimerais r\u00e9pondre \u00e0 votre question par le truchement Kundera qui, d\u2019une certaine fa\u00e7on, a construit toute son \u0153uvre par opposition \u00e0 celle de Kafka.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019explique&#160;: Kundera \u00e9tait un immense lecteur de Kafka. Je pense notamment \u00e0 son magnifique <em>Les Testaments trahis<\/em>. Kundera \u00e9tait compl\u00e8tement horrifi\u00e9 par ce qui avait \u00e9t\u00e9 fait aux \u0153uvres de Kafka&#160;: non seulement son testament n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 \u2014 bien que Kundera reconnaissait lui-m\u00eame que s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 la place de Max Brod il aurait peut-\u00eatre fait la m\u00eame chose \u2014 mais son seul espace, son seul territoire avait \u00e9t\u00e9 pi\u00e9tin\u00e9 par son entourage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a toute une r\u00e9flexion sur le rapport de Kafka \u00e0 l\u2019espace, \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 \u2014 que j\u2019\u00e9voque aussi dans mon livre. Au fond, le seul espace vraiment <em>\u00e0<\/em> Kafka \u00e9tait l\u2019\u00e9criture, ses textes. Au bureau, il n&rsquo;avait jamais un m\u00e8tre carr\u00e9 \u00e0 lui, il y avait du bruit, des gens qui le d\u00e9rangeaient sans cesse. Et quand il vivait chez ses parents, c&rsquo;\u00e9tait plus ou moins la m\u00eame chose. De m\u00eame quand il essayait de vivre avec ses compagnes. Ajoutons \u00e0 cela un empire austro-hongrois en pleine d\u00e9composition, o\u00f9 les territoires bougeaient sans cesse, les fronti\u00e8res \u00e9taient redessin\u00e9es, les identit\u00e9s redistribu\u00e9es et o\u00f9 la notion de souverainet\u00e9, notamment quand on appartenait \u00e0 une famille juive, \u00e9tait flottante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le seul espace o\u00f9 Kafka se sentait v\u00e9ritablement souverain c\u2019est l\u2019\u00e9criture. Sa seule propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait intellectuelle. Kundera souligne ainsi que Kafka a \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 du seul espace qui fut le sien, \u00e0 savoir son \u0153uvre. \u00c0 cet \u00e9gard, Kundera est aussi tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re avec les diff\u00e9rents traducteurs de Kafka qu&rsquo;il accuse de s&rsquo;\u00eatre accapar\u00e9 ce territoire, de l\u2019avoir empi\u00e9t\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Kundera va donc tenter d\u2019immuniser son \u0153uvre pour qu\u2019elle ne souffre pas le m\u00eame sort que l&rsquo;espace kafk\u00e9en.<\/h3>\n\n\n\n<p>En constatant cette d\u00e9possession compl\u00e8te d&rsquo;une \u0153uvre, Kundera structure sa propre \u0153uvre en opposition \u00e0 celle de Kafka. Soyons clairs&#160;: il n\u2019est pas question ici de d\u00e9saccords. Ce que va faire Kundera c\u2019est \u00e9crire son \u0153uvre comme un testament, la construire comme son propre commentaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Kundera anticipe les incompr\u00e9hensions, les analyses un peu bancales qui pourraient \u00eatre faites de son \u0153uvre apr\u00e8s sa mort \u2014 il les d\u00e9samorce de son vivant. Il voulait \u00e9viter le destin de l\u2019espace kafk\u00e9en qui est celui de devenir une sorte de b\u00eate qui se fait d\u00e9pecer ou autopsier \u00e0 chaque nouveau colloque de sociologie, de psychanalyse, de droit, etc. Kundera est donc tr\u00e8s clair, il pr\u00e9pare ses futurs lecteurs en disant ce qu\u2019il a voulu \u2014 ou n\u2019a pas voulu \u2014 montrer. En ce sens, d\u00e8s les premi\u00e8res pages de son \u00e9dition en Pl\u00e9iade, Kundera \u00e9crit qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de son \u0153uvre <em>d\u00e9finitive<\/em>. Il cherche \u00e0 avoir une ma\u00eetrise sur ses textes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le seul espace o\u00f9 Kafka se sentait v\u00e9ritablement souverain c\u2019est l\u2019\u00e9criture. Sa seule propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait intellectuelle.<\/p><cite>Ma\u00efa Hruska<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mais n\u2019est-ce pas l\u00e0 aussi un d\u00e9sir testamentaire impossible de Kundera et, comme pour Kafka, une volont\u00e9 qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e&#160;? N\u2019est-ce pas aussi le propre de ces textes dont l\u2019appropriation de la part des lecteurs est infinie \u2014 \u00e0 commencer par celle des diff\u00e9rents traducteurs&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Pour reprendre une expression kund\u00e9rienne, les premiers traducteurs de Kafka n&rsquo;avaient entre leurs mains que l&rsquo;\u0153uvre et rien d\u2019autre. Et Vialatte ajoutait qu\u2019ils ont d\u00fb se faire ce qu\u2019il appelle une id\u00e9e fausse mais qui leur \u00e9tait n\u00e9cessaire de l&rsquo;\u0153uvre de Kafka.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette expression est magnifique&#160;: ils avaient besoin d&rsquo;un \u00e9cart. Il fallait s\u2019en faire une id\u00e9e fausse pour trouver cette esp\u00e8ce d&rsquo;\u00e9cart vital n\u00e9cessaire pour ne pas compl\u00e8tement sombrer dans le m\u00eame destin que les personnages de Kafka.<\/p>\n\n\n\n<p>Vialatte \u00e9tait proche du peintre Dubuffet \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 ce dernier peignait ce qu&rsquo;il appelait les portraits \u00e0 ressemblance \u00e9vit\u00e9e. Sa th\u00e9orie g\u00e9niale consistait \u00e0 dire que si l\u2019on voulait repr\u00e9senter quelqu&rsquo;un de fa\u00e7on fid\u00e8le, il fallait faire un portrait qui ne lui ressemblait <em>a priori <\/em>pas du tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Je trouve qu&rsquo;il y a quelque chose de similaire dans la traduction.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon certains traducteurs, la traduction de Kafka sera d&rsquo;autant plus fid\u00e8le qu&rsquo;ils s&rsquo;en seront fait une id\u00e9e tr\u00e8s personnelle \u2014 donc fausse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que j\u2019essaye de d\u00e9montrer dans mon livre c&rsquo;est que m\u00eame si les premi\u00e8res traductions \u00e9taient balbutiantes, imparfaites, pleines de contre-sens, un peu h\u00e2tives, ces d\u00e9fauts font leur charme. Et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 elles que Kafka se fait conna\u00eetre et nous parvient. Aujourd&rsquo;hui, par exemple, il existe une trentaine de traductions de Kafka en fran\u00e7ais. Si vous multipliez cela par le nombre de langues et de dialectes, on a une petite id\u00e9e de l&rsquo;univers tr\u00e8s borg\u00e9sien, justement, dans lequel nous sommes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">On pourrait peut-\u00eatre dire que ces premiers traducteurs op\u00e8rent comme des doubles.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Je crois beaucoup \u00e0 cela. Au d\u00e9but, mon livre devait s&rsquo;appeler \u00ab&#160;Kafka et ses doubles&#160;\u00bb. Il y a une sorte de d\u00e9doublement qui a lieu lors d&rsquo;une traduction.<\/p>\n\n\n\n<p>Le traducteur devient le porte-voix d&rsquo;un \u00e9crivain le temps d&rsquo;une traduction. Dans le cas de Vialatte, ce fut le temps d&rsquo;une vie \u2014 comme Borges d\u2019ailleurs. Si on utilise le vocabulaire du XIXe si\u00e8cle, le double en allemand se dit <em>doppelg\u00e4nger<\/em>. Et le <em>Doppelg\u00e4nger<\/em>, c&rsquo;est une figure de la litt\u00e9rature fantastique du XIXe. C&rsquo;est Dr. Jekyll et Mr. Hyde, c&rsquo;est la personne qui se glisse dans vos pas. <em>Doppel<\/em>, c&rsquo;est le double \u2014 <em>g\u00e4nger<\/em>, c&rsquo;est celui qui vous suit.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Selon certains traducteurs, la traduction de Kafka sera d&rsquo;autant plus fid\u00e8le qu&rsquo;ils s&rsquo;en seront fait une id\u00e9e tr\u00e8s personnelle \u2014 donc fausse.<\/p><cite>Ma\u00efa Hruska<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans tous les romans du XIXe qui int\u00e8grent cette notion de double, tout se passe tr\u00e8s bien dans la vie de ces personnages doubles, personne ne se doute de rien, jusqu\u2019au moment o\u00f9 un d\u00e9tail va les trahir, ils vont commettre une petite erreur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est la m\u00eame chose avec la traduction. Il y a toujours un moment o\u00f9 un d\u00e9tail va r\u00e9v\u00e9ler que nous sommes en pr\u00e9sence non pas de Kafka, mais de Kafka traduit par Borges, par Schulz ou par Vialatte.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous \u00e9crivez \u00e0 un moment&#160;: \u00ab&#160;Kafka et Borges s\u2019accordaient sur leur incapacit\u00e9 \u00e0 tol\u00e9rer le monde ext\u00e9rieur tel qu\u2019il \u00e9tait. La litt\u00e9rature \u00e9tait leur seule qui\u00e9tude&#160;\u00bb. Diriez-vous que tous deux ont le m\u00eame rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture&#160;? On sent peut-\u00eatre chez Borges qu\u2019il trouve effectivement la qui\u00e9tude&#160;; chez Kafka, en revanche, on sent plus le processus, la volont\u00e9 de la trouver, la qu\u00eate. On le voit notamment dans le style, dans cette \u00e9criture ronde et harmonieuse chez Borges, plus tendue et press\u00e9e chez Kafka.&nbsp;&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Vous avez raison. Kafka et Borges vivent tous deux dans un labyrinthe. Ils en ont tous les deux conscience, sauf que chez l&rsquo;un, cela procure une jubilation&#160;; et chez l&rsquo;autre, cela provoque une angoisse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9criture borg\u00e9sienne est beaucoup plus ronde et tortillante que celle de Kafka qui peut \u00eatre tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9e, tr\u00e8s sobre. Borges est un peu le Minotaure. Il est tr\u00e8s heureux d&rsquo;\u00eatre au milieu de son labyrinthe, de sa biblioth\u00e8que. Il pourrait y rester tout seul \u2014 il y est d\u2019ailleurs rest\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On revient \u00e0 la question de l\u2019espace. C\u2019est quelque chose que j\u2019essaye d\u2019aborder dans chacun des chapitres&#160;: le rapport \u00e0 l&rsquo;espace de Kafka et de ses traducteurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cette diff\u00e9rence entre Kafka et Borges est-elle li\u00e9e aussi \u00e0 la question de la blessure chez le premier&#160;? Je pense notamment au titre du chapitre sur Celan&#160;: \u00ab&#160;Kafka et Paul Celan&#160;: le baume et la blessure&#160;\u00bb.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>La blessure c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le rapport \u00e0 la langue \u2014 \u00e0 la langue allemande. Kafka et certains de ses premiers traducteurs sont des \u00e9crivains qui ont un rapport douloureux \u00e0 la langue.<\/p>\n\n\n\n<p>Kafka meurt en 1924. Il ne va donc pas \u00eatre t\u00e9moin de l\u2019horreur \u00e0 laquelle vont assister ses premiers traducteurs \u2014 mais qu\u2019il avait pressenti. C\u2019est d\u2019ailleurs pour cela qu\u2019on pourrait dire que son \u0153uvre s\u2019inscrit dans ce qui a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 le \u00ab&#160;r\u00e9alisme lointain&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La langue ou la topographie de la langue, telle que j&rsquo;en parle dans le livre, ce sont les mots, un usage, mais c&rsquo;est d&rsquo;abord et surtout un organe. La langue part du corps et elle y revient. Ainsi, quand on blesse la langue allemande, comme l\u2019a \u00e9tudi\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s rigoureuse Klemperer, par exemple, on inflige des blessures \u00e0 un lexique, \u00e0 une culture mais on blesse aussi le corps. Il y a un effet boomerang, une sorte de boomerang linguistique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Kafka et Borges vivent tous deux dans un labyrinthe. Ils en ont tous les deux conscience, sauf que chez l&rsquo;un, cela procure une jubilation&#160;; et chez l&rsquo;autre, cela provoque une angoisse.<\/p><cite>Ma\u00efa Hruska<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pourquoi dans le titre du chapitre sur Celan avoir mis les termes dans cet ordre&#160;: d\u2019abord le baume, puis la blessure&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans le cas de Celan, la langue allemande faisait d\u00e9j\u00e0 partie de sa vie, c\u2019\u00e9tait litt\u00e9ralement sa langue maternelle, la langue de sa m\u00e8re. Pour lui, la langue allemande est donc une langue douce qui est synonyme de tendresse. Mais c&rsquo;est aussi la langue qui va d\u00e9cr\u00e9ter ensuite la mise \u00e0 mort de sa m\u00e8re. La m\u00eame langue dans laquelle il a aim\u00e9 sa m\u00e8re va \u00eatre employ\u00e9e pour la mettre \u00e0 mort. La langue allemande est pour Celan mise en vie puis mise \u00e0 mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame esprit, Zweig \u2014 qui ne fait pas partie de mon corpus bien que je le mentionne par moments \u2014 explique tr\u00e8s bien dans <em>Le Monde d&rsquo;hier<\/em> ce que c&rsquo;est que de se faire mettre \u00e0 la porte de chez soi par sa propre langue. C\u2019est un d\u00e9chirement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Kafka a aussi un rapport particulier avec l\u2019allemand. Il emploie la langue allemande faute de mieux, par d\u00e9faut. Il dira que la langue allemande ne semble pas coller compl\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il se fait de sa situation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Milena Jesensk\u00e1, l\u2019une de ses traductrices qui figure dans mon essai et avec qui il eut une relation amoureuse tr\u00e8s intense, lui demande s\u2019il veut qu\u2019ils s\u2019\u00e9crivent en allemand ou en tch\u00e8que, Kafka r\u00e9pond qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re que ce soit en tch\u00e8que\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il va r\u00e9ussir \u00e0 faire de la litt\u00e9rature avec ou \u00e0 partir de la langue allemande \u2014 dite de proc\u00e8s-verbal, en la sortant hors de tous mouvements artistiques ou politiques. C\u2019est aussi l\u2019une des marques de son g\u00e9nie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment traduire Kafka pour la premi\u00e8re fois&#160;&#160;?<\/p>\n<p>De Borges \u00e0 Celan en passant par Vialatte et Primo Levi, Ma\u00efa Hruska a travaill\u00e9 sur les \u00ab&#160;&#160;d\u00e9couvreurs&#160;&#160;\u00bb d\u2019une \u0153uvre fragment\u00e9e \u2014 qui sont aussi ses \u00ab&#160;&#160;doubles&#160;&#160;\u00bb.<\/p>\n<p>Entretien alors qu\u2019on comm\u00e9more aujourd&rsquo;hui m\u00eame le centenaire de la publication du <em>Proc\u00e8s<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":275496,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[4456],"tags":[],"staff":[1631],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-274988","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kafka-le-proces-100-ans-apres","staff-florent-zemmouche","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Kafka et ses doubles, une conversation avec Ma\u00efa Hruska | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/04\/26\/kafka-maia-hruska\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Kafka et ses doubles, une conversation avec Ma\u00efa Hruska | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Comment traduire Kafka pour la premi\u00e8re fois&#160;?  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