{"id":273147,"date":"2025-04-17T14:30:46","date_gmt":"2025-04-17T12:30:46","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=273147"},"modified":"2025-04-17T17:37:05","modified_gmt":"2025-04-17T15:37:05","slug":"lempire-de-lombre-giuliano-da-empoli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/04\/17\/lempire-de-lombre-giuliano-da-empoli\/","title":{"rendered":"Face \u00e0 l\u2019Empire de l\u2019ombre, une conversation avec Giuliano da Empoli"},"content":{"rendered":"\n

Aujourd’hui para\u00eet en librairie le quatri\u00e8me num\u00e9ro du Grand Continent chez Gallimard<\/a>. Avec une introduction de Giuliano da Empoli et une postface par Benjam\u00edn Labatut, il rassemble les contributions de Daron Acemo\u011flu, Sam Altman, Marc Andreessen, Lorenzo Castellani, Adam Curtis, Mario Draghi, He Jiayan, Marietje Schaake, Vladislav Sourkov, Peter Thiel, Svetlana Tikhanovska\u00efa, Jianwei Xun et Curtis Yarvin.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Abonnez-vous pour vous le recevoir chez vous<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n

Partons d\u2019un point qui peut para\u00eetre anecdotique. Contrairement au sous-titre \u2014 Guerre et terre au temps de l\u2019IA<\/em> \u2014 que nous avions choisi assez t\u00f4t, le titre L\u2019Empire de l\u2019ombre <\/em>est arriv\u00e9 tardivement. Le titre initialement pr\u00e9vu \u00e9tait en effet R\u00e9volutions invisibles<\/em>. Mais \u00e0 mesure que le temps passait, nous nous sommes rendu compte qu\u2019il n\u2019y avait au fond plus grand-chose d’\u00ab invisible \u00bb\u2026 et le mot d’\u00ab empire \u00bb s’est impos\u00e9. Pourquoi ce mot ancien, qui para\u00eet d\u00e9suet, revient-il aujourd\u2019hui au centre du discours politique ?<\/h3>\n\n\n\n

Pour expliquer ce changement de titre, je pense \u00e0 la seule chose qu’ait dite Henry Kissinger<\/a> \u2014 qui restait toujours assez prudent \u2014 sur Donald Trump lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu la premi\u00e8re fois en 2016 : Trump serait l’agent, plus ou moins conscient \u2014 mais on comprenait bien que Kissinger voulait dire qu’il n’\u00e9tait pas conscient du tout \u2014 d’un basculement d’\u00e9poque, d’une v\u00e9ritable transformation. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est peut-\u00eatre l’analyse la plus pertinente que l\u2019on peut faire de ce personnage et de cette \u00e9poque, qui rev\u00eat un caract\u00e8re apocalyptique, au sens originel du terme, que les lecteurs du Grand Continent ont red\u00e9couvert sous la plume de Peter Thiel<\/a> \u2014 l\u2019\u00ab apocalypse \u00bb non pas comme la fin du monde, mais comme la r\u00e9v\u00e9lation soudaine de quelque chose qui avait d\u00e9j\u00e0 essaim\u00e9 pendant longtemps.<\/p>\n\n\n\n

Il n\u2019\u00e9tait donc plus question d\u2019une r\u00e9volution mais de la r\u00e9v\u00e9lation <\/em>d\u2019un empire de l\u2019ombre. C\u2019est le probl\u00e8me qui appara\u00eet toujours quand on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 Trump : comment trouver le juste \u00e9quilibre entre la perception du ph\u00e9nom\u00e8ne, et son interpr\u00e9tation ou sa surinterpr\u00e9tation ? <\/p>\n\n\n\n

D’un certain point de vue, le volume peut presque para\u00eetre absurde. C\u2019est une sorte de fantaisie un peu d\u00e9lirante d\u2019essayer d\u2019attribuer \u00e0 Trump toute une s\u00e9rie de r\u00e9flexions et d’\u00e9l\u00e9ments de pens\u00e9e sous-jacents qu’il n\u2019a pas du tout. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est tout le d\u00e9fi que nous avons cherch\u00e9 \u00e0 relever. <\/p>\n\n\n\n

Le dossier central du volume \u2014 et nous l\u2019avons mis au centre afin de l’\u00ab encercler \u00bb physiquement \u2014 fait ce pari en r\u00e9unissant les textes de quatre personnes clefs, d’ailleurs assez diff\u00e9rentes et souvent peu align\u00e9es : Sam Altman, Peter Thiel, Marc Andreessen et Curtis Yarvin. Concentrons-nous pour l\u2019instant sur les trois premiers. Avec eux, la Silicon Valley cesse de passer par le Bureau ovale, mais cherche \u00e0 s\u2019y \u00e9tablir de fa\u00e7on prolong\u00e9e \u2014 voire peut-\u00eatre \u00e0 s\u2019y installer pour toujours.<\/h3>\n\n\n\n

En effet. D’ailleurs \u00e0 l’\u00e9poque du premier mandat Trump, Peter Thiel \u00e9tait le seul repr\u00e9sentant de la Silicon Valley \u00e0 le soutenir explicitement.<\/p>\n\n\n\n

Il faisait d\u00e9j\u00e0 partie du comit\u00e9 de s\u00e9lection des nouveaux membres de l’administration, et il avait plac\u00e9 assez rapidement quelques personnes de son entourage \u2014 mais beaucoup moins que ce qu’il aurait esp\u00e9r\u00e9. Une rencontre avait \u00e9t\u00e9 mise en sc\u00e8ne avant l’investiture officielle de Trump, sous l’\u00e9gide de Peter Thiel, au cours de laquelle il avait rencontr\u00e9 un certain nombre de patrons de la Silicon Valley. Mais cela n’\u00e9tait pas all\u00e9 beaucoup plus loin.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui, nous assistons je crois \u00e0 quelque chose de beaucoup plus profond \u2014 et c\u2019est la chose essentielle \u00e0 comprendre : par un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9trange \u2014 que Kissinger avait d\u00e9j\u00e0 pressenti \u2014 l’av\u00e8nement de Trump co\u00efncide avec l’arriv\u00e9e \u00e0 maturit\u00e9 politique de la tech.<\/p>\n\n\n\n

Les seigneurs de la tech ont progressivement \u00e9tabli une forme d’empire, de plus en plus visible et puissant, non seulement sur la sph\u00e8re publique et sur la sph\u00e8re politique, mais aussi dans la vie de chacun d’entre nous.<\/p>Giuliano da Empoli<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

C’est ce que vous appelez l’\u00ab insurrection num\u00e9rique \u00bb.<\/h3>\n\n\n\n

Pendant longtemps, l\u2019insurrection num\u00e9rique a \u00e9t\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne que l’on n’a pas tr\u00e8s bien compris \u2014 surtout chez les politiques, l’establishment<\/em>, les vieilles classes dirigeantes \u2014 et qui aujourd’hui nous appara\u00eet finalement \u00e9vident : je veux parler de la dimension brutalement politique de la tech.<\/p>\n\n\n\n

Quand on a vu appara\u00eetre, dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1990, ces personnages en sweats \u00e0 capuche, tr\u00e8s jeunes, et totalement diff\u00e9rents des \u00e9lites \u00e9conomiques qu’on connaissait jusqu\u2019alors, ils ont \u00e9t\u00e9 accueillis avec circonspection. L’apparition de ces personnages-l\u00e0 a \u00e9t\u00e9 vue comme un d\u00e9barquement d’extraterrestres sur la terre \u2014 ou celle des Azt\u00e8ques face aux conquistadors pour reprendre une m\u00e9taphore que j\u2019emploie dans mon dernier livre.<\/p>\n\n\n\n

Leur emprise leur a permis progressivement d\u2019\u00e9tablir une forme d’empire, de plus en plus visible et puissant, non seulement sur la sph\u00e8re publique et sur la sph\u00e8re politique, mais aussi dans la vie de chacun d’entre nous.<\/p>\n\n\n

\n\t
\n\t\t
\n\t\t\t
\n\t\t\t\t
\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\tGiuliano da Empoli dans le prochain num\u00e9ro de la revue\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t
\n\t\t\t\t\t\t\t

Sous la direction de Giuliano da Empoli. Postface par Benjam\u00edn Labatut.<\/p>\n

Avec les contributions de Daron Acemo\u011flu, Sam Altman, Marc Andreessen, Lorenzo Castellani, Adam Curtis, Mario Draghi, He Jiayan, Marietje Schaake, Vladislav Sourkov, Peter Thiel, Svetlana Tikhanovska\u00efa, Jianwei Xun et Curtis Yarvin.<\/p>\n

Aujourd’hui en librairie.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t

\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> Commandez le num\u00e9ro<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> D\u00e9couvrez toutes nos offres<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t