{"id":272723,"date":"2025-04-13T11:00:00","date_gmt":"2025-04-13T09:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=272723"},"modified":"2025-04-16T09:25:12","modified_gmt":"2025-04-16T07:25:12","slug":"au-liban-la-peur-de-la-guerre-civile-est-toujours-la-et-elle-nest-pas-irrationnelle-une-conversation-avec-marwan-chahine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/04\/13\/au-liban-la-peur-de-la-guerre-civile-est-toujours-la-et-elle-nest-pas-irrationnelle-une-conversation-avec-marwan-chahine\/","title":{"rendered":"\u00ab Au Liban, la peur de la guerre civile est toujours l\u00e0 \u2014 et elle n\u2019est pas irrationnelle \u00bb, une conversation avec Marwan Chahine"},"content":{"rendered":"\n
Le 13 avril 1975 est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme le point de d\u00e9part officiel de la guerre civile libanaise, tant par la majorit\u00e9 des historiens que par une grande partie de la population libanaise. Elle est devenue la date la plus symbolique du d\u00e9but du conflit, m\u00eame s\u2019il est en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s difficile de dire quand il a effectivement commenc\u00e9. <\/p>\n\n\n\n
Certains \u00e9voquent par exemple la blessure mortelle de Maarouf Saad en f\u00e9vrier 1975, \u00e0 la suite d’une manifestation de p\u00eacheurs \u00e0 Sa\u00efda. Saad, ancien d\u00e9put\u00e9 et figure importante du panarabisme sunnite libanais, soutenait activement la cause palestinienne. Cette manifestation protestait contre le monopole d’une entreprise de p\u00eache, dont Camille Chamoun, ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique (1952-1958) et figure de la droite chr\u00e9tienne, \u00e9tait un des principaux actionnaires. Lorsque Saad est bless\u00e9 \u2014 il meurt quelques jours plus tard \u2014 cela d\u00e9clenche une s\u00e9rie d’\u00e9meutes dans le sud du pays. Mettre l\u2019accent sur cet \u00e9pisode est souvent une mani\u00e8re de souligner la dimension sociale et \u00e9conomique des causes de la guerre, qui trancherait avec des lectures plus classiques, qui insistent surtout sur les causes politiques ou confessionnelles. <\/p>\n\n\n\n
Du c\u00f4t\u00e9 de la droite chr\u00e9tienne, on met g\u00e9n\u00e9ralement en avant l\u2019accord du Caire sign\u00e9 en novembre 1969. Ce texte, conclu sous l\u2019\u00e9gide de Nasser entre le chef de l\u2019arm\u00e9e libanaise \u00c9mile Boustani et Yasser Arafat, \u00e9tait cens\u00e9 fixer un cadre l\u00e9gal \u00e0 la r\u00e9sistance arm\u00e9e palestinienne sur le territoire libanais. Pour une partie de la droite chr\u00e9tienne libanaise, cet accord repr\u00e9sente une abdication de la souverainet\u00e9 nationale libanaise et l’amorce d’une d\u00e9sagr\u00e9gation de l’\u00c9tat. <\/p>\n\n\n\n
Il incarne un moment de basculement politique : un conflit de voisinage \u00e0 caract\u00e8re communautaire se transforme en point de non-retour dans la d\u00e9sint\u00e9gration du tissu \u00e9tatique libanais. <\/p>\n\n\n\n
Pour bien comprendre ce basculement, il est utile d\u2019examiner un autre moment charni\u00e8re souvent n\u00e9glig\u00e9 : l\u2019op\u00e9ration isra\u00e9lienne dans le quartier de Verdun \u00e0 Beyrouth en avril 1973, au cours de laquelle plusieurs leaders palestiniens sont assassin\u00e9s. Cet \u00e9pisode d\u00e9clenche une double dynamique : d\u2019une part, la radicalisation de certaines factions palestiniennes et l\u2019affaiblissement de l\u2019Organisation de lib\u00e9ration de la Palestine (OLP), qui pousse d\u2019autres groupes de la R\u00e9sistance palestinienne \u00e0 adopter une logique plus offensive ; d\u2019autre part, la r\u00e9action du camp chr\u00e9tien libanais, avec une mobilisation croissante des milices, en particulier les Phalanges. <\/p>\n\n\n\n
C\u2019est \u00e0 partir de ce moment, selon moi, que l\u2019on assiste \u00e0 l\u2019armement syst\u00e9matique des factions chr\u00e9tiennes. Cela marque l\u2019\u00e9mergence non pas d\u2019un \u00c9tat dans l\u2019\u00c9tat \u2014 comme le d\u00e9non\u00e7ait le camp chr\u00e9tien \u00e0 propos de l\u2019entit\u00e9 palestinienne arm\u00e9e \u2014 mais de deux \u00c9tats dans l\u2019\u00c9tat, chaque camp ayant ses structures militaires, son autonomie politique, et ses zones d\u2019influence. D\u00e8s 1973, l’homme politique de centre-droit, Raymond Edd\u00e9, s’inqui\u00e9tait de cet effondrement de l’autorit\u00e9 centrale et proph\u00e9tisait : \u00ab la prolif\u00e9ration des milices arm\u00e9es conduira \u00e0 br\u00e8ve ou longue \u00e9ch\u00e9ance \u00e0 des affrontements arm\u00e9s, non entre Libanais et Palestiniens, mais entre les Libanais eux-m\u00eames \u00bb. <\/p>\n\n\n\n
Le 13 avril 1975 cristallise pr\u00e9cis\u00e9ment cette rupture : il incarne le jour o\u00f9 l\u2019\u00c9tat libanais, d\u00e9j\u00e0 affaibli, cesse d\u00e9finitivement d\u2019exister comme entit\u00e9 souveraine unificatrice. <\/p>\n\n\n\n
Ce jour-l\u00e0, deux \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulent simultan\u00e9ment \u00e0 Beyrouth. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, dans le quartier chr\u00e9tien d\u2019Ain El Remmaneh, a lieu l\u2019inauguration d\u2019une \u00e9glise en pr\u00e9sence de Pierre Gemayel, fondateur des Phalanges libanaises. De l\u2019autre, \u00e0 l\u2019ouest de la ville, un d\u00e9fil\u00e9 militaire est organis\u00e9 par le Front du Refus en comm\u00e9moration d’un attentat suicide commis un an plus t\u00f4t \u00e0 Kyriat Schmona, en Isra\u00ebl, par un commando du FPLP Commandement-G\u00e9n\u00e9ral, dirig\u00e9 par Ahmed Jibril. Le FPLP CG est l’un des principaux mouvements du Front du Refus, une coalition de partis dissidents de l’OLP qui reprochent \u00e0 Arafat d’avoir ouvert la voie \u00e0 des n\u00e9gociations avec Isra\u00ebl. <\/p>\n\n\n\n
Ces deux \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulent \u00e0 une courte distance l\u2019un de l\u2019autre dans une ville d\u00e9j\u00e0 fragment\u00e9e, o\u00f9 les zones d\u2019influence communautaires sont devenues des lignes de tension. Pour rejoindre le lieu du d\u00e9fil\u00e9, les Palestiniens doivent traverser des quartiers chr\u00e9tiens. Ce jour-l\u00e0, une s\u00e9rie d\u2019accrochages se produit dans ces zones de contact, t\u00e9moignant de l\u2019effritement de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. La police, d\u00e9j\u00e0 largement impuissante, est incapable d\u2019imposer l\u2019ordre malgr\u00e9 de multiples avertissements et des d\u00e9marches en amont pour mettre en place un autre itin\u00e9raire. <\/p>\n\n\n\n
La peur et les rumeurs jouent un r\u00f4le central dans l\u2019escalade. Apr\u00e8s le d\u00e9part de Pierre Gemayel, il y a un \u00e9change de coups de feu entre des membres de son entourage et des militants palestiniens. Joseph Abou Assi, l\u2019un de ses gardes du corps, \u00e9galement proche de la ligne radicale du fils cadet de Gemayel, Bachir, est tu\u00e9. Pour la population chr\u00e9tienne du quartier, c\u2019est la preuve que des Palestiniens avaient projet\u00e9 une attaque contre Pierre Gemayel. Cette perception alimente un climat de parano\u00efa d\u00e9fensive : les habitants et les miliciens, convaincus qu\u2019une attaque est imminente, se pr\u00e9parent \u00e0 riposter. <\/p>\n\n\n\n
C\u2019est dans ce contexte tendu qu\u2019un bus transportant des membres du Front de Lib\u00e9ration Arabe (un parti palestinien appartenant au Front du Refus) \u2014 majoritairement des civils, mais pour la plupart en uniforme et porteurs d\u2019armes \u2014 traverse le quartier chr\u00e9tien. Le bus est pris pour cible et 22 de ses passagers sont tu\u00e9s. L\u2019attaque est men\u00e9e \u00e0 la fois par des miliciens et par des civils arm\u00e9s, signe d\u2019une militarisation d\u00e9j\u00e0 diffuse de la soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n
Ce point est essentiel : la porosit\u00e9 entre civils et combattants, entre miliciens d\u00e9clar\u00e9s et habitants arm\u00e9s, entre actes de guerre et violences de voisinage, fut au c\u0153ur de la dynamique du conflit libanais jusqu\u2019en 1990. De ce point de vue, le 13 avril ne marque pas tant le d\u00e9but de la guerre que la manifestation visible de son enracinement profond.<\/p>\n\n\n\n La peur et les rumeurs jouent un r\u00f4le central dans l\u2019escalade. <\/p>Marwan Chahine<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour \u00eatre tout \u00e0 fait honn\u00eate, il y a dans ma d\u00e9marche une part de contingence \u2014 presque d\u2019accident. Apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 en \u00c9gypte o\u00f9 j’ai couvert la p\u00e9riode post-r\u00e9volutionnaire, mon arriv\u00e9e au Liban co\u00efncidait avec les comm\u00e9morations du 40e anniversaire du 13 avril 1975, ce qui a sans doute contribu\u00e9 \u00e0 tourner mon attention vers cette date charni\u00e8re et tout particuli\u00e8rement sur le flou total qui existait autour de l\u2019encha\u00eenement des \u00e9v\u00e9nements : il y a un peu pr\u00e8s autant de versions du 13 avril que de camps politiques au Liban. <\/p>\n\n\n\n Je crois qu\u2019au-del\u00e0 de cette co\u00efncidence temporelle, c\u2019est aussi cela qui m\u2019a attir\u00e9 dans cette histoire. En tant que Franco-Libanais, je connaissais mal la guerre du Liban, ou plut\u00f4t je ne la comprenais pas pleinement. J\u2019ai ressenti le besoin de la saisir dans sa complexit\u00e9, mais aussi de trouver une mani\u00e8re de la raconter \u2014 une mani\u00e8re qui soit \u00e0 la fois fid\u00e8le aux faits et porteuse de sens \u2014 en partant de son d\u00e9clenchement. J\u2019ai mis \u00e0 contribution ce que je savais faire, c\u2019est-\u00e0-dire mon exp\u00e9rience de journaliste, mais aussi mes d\u00e9fauts : une certaine tendance \u00e0 l\u2019obsession, \u00e0 l\u2019acharnement dans l\u2019enqu\u00eate. <\/p>\n\n\n\n Au fond, ce projet s\u2019est nourri \u00e0 la fois de mes comp\u00e9tences, de mes limites, et de mes aspirations du moment \u2014 notamment un d\u00e9sir d\u2019\u00e9criture, de litt\u00e9rature. La guerre civile libanaise s\u2019est impos\u00e9e comme objet, mais cela aurait pu \u00eatre \u00e0 travers un autre \u00e9v\u00e9nement, un personnage, une autre \u00e9nigme historique. Ce que je cherchais, c\u2019\u00e9tait une forme de narration capable de restituer cette guerre avec une certaine distance, et selon un prisme encore inexplor\u00e9. Non pas pour livrer une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finitive, mais pour tenter de construire un r\u00e9cit \u00e0 la fois rigoureux et lisible d\u2019un conflit dont les m\u00e9moires sont \u00e0 la fois \u00e9clat\u00e9es et profond\u00e9ment sensibles. <\/p>\n\n\n\n Pas vraiment. Il existe, dans certaines m\u00e9moires locales ou communautaires, des dates qui rev\u00eatent une importance \u00e9quivalente, mais cela varie fortement selon les r\u00e9gions et les appartenances confessionnelles. Si l\u2019on s\u2019interroge sur les dates qui ont marqu\u00e9 la m\u00e9moire collective du conflit \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, le 13 avril 1975 s\u2019impose avant tout comme une date par d\u00e9faut. Elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 choisie parce qu\u2019elle synth\u00e9tise l\u2019ensemble du conflit ou qu\u2019elle en repr\u00e9sente le moment le plus tragique, mais parce qu\u2019il fallait bien une date, faute d\u2019un r\u00e9el travail collectif de m\u00e9moire et d\u2019historicisation. <\/p>\n\n\n\n Autrement dit, le 13 avril est moins un point de d\u00e9part que le sympt\u00f4me d\u2019une amn\u00e9sie partag\u00e9e. C\u2019est la seule date sur laquelle tout le monde finit par s\u2019accorder, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle n\u2019engage pas une lecture trop clivante du conflit. Elle marque un seuil : \u00e0 partir de l\u00e0, le r\u00e9cit national s\u2019interrompt. Le paradoxe, c\u2019est qu\u2019on continue de s\u2019arr\u00eater, dans les manuels scolaires libanais, sur des \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s \u00e0 la fondation du pays \u2014 comme le d\u00e9part du dernier soldat de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise en 1946 \u2014 tout en occultant tout ce qui vient apr\u00e8s. On s\u2019arr\u00eate \u00e0 la naissance du Liban, mais on ne raconte pas ce qu\u2019il advient ensuite. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 structurante du Liban contemporain : la guerre civile n\u2019est pas enseign\u00e9e. Ce qui circule, ce sont des r\u00e9cits fragmentaires, souvent informels, m\u00ealant m\u00e9moire familiale, souvenirs communautaires et r\u00e9cits partiels. Il ne s\u2019agit pas de m\u00e9moire clinique \u2014 le terme ne serait pas juste \u2014 mais plut\u00f4t d\u2019une m\u00e9moire morcel\u00e9e, tributaire de l\u2019exp\u00e9rience intime ou communautaire, sans mise en perspective nationale ou historique rigoureuse. <\/p>\n\n\n\n C\u2019\u00e9tait, pour \u00eatre honn\u00eate, l\u2019une de mes intuitions de d\u00e9part. J\u2019\u00e9tais convaincu qu\u2019il fallait absolument construire une m\u00e9moire commune de la guerre civile libanaise. Je ne savais pas encore tr\u00e8s bien pourquoi, mais c\u2019\u00e9tait une id\u00e9e presque \u00ab inculqu\u00e9e \u00bb \u2014 sans doute parce que j\u2019ai grandi en France, dans une culture o\u00f9 l\u2019histoire nationale s\u2019\u00e9crit autour de r\u00e9cits partag\u00e9s, d\u2019\u00e9v\u00e9nements balis\u00e9s, de lieux de m\u00e9moire. En arrivant au Liban, je m\u2019attendais, par exemple, \u00e0 voir une plaque indiquant le lieu du d\u00e9clenchement de la guerre, comme cela aurait exist\u00e9 ailleurs. Et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par cette absence de mise \u00e0 distance, cette absence de signalisation, comme si rien ne s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 ou que cela ne m\u00e9ritait pas d\u2019\u00eatre nomm\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Cette impression a nourri mon envie d\u2019\u00e9crire \u00ab une bonne fois pour toutes \u00bb cette histoire. M\u00eame si, en r\u00e9alit\u00e9, cette id\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas encore tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9e dans mon esprit. En explorant plus profond\u00e9ment la question de la m\u00e9moire de la guerre, j\u2019en suis venu \u00e0 la conclusion qu\u2019elle est \u00e0 la fois trop pr\u00e9sente et trop absente. Trop pr\u00e9sente parce qu\u2019il existe une multitude de r\u00e9cits \u2014 souvent non v\u00e9rifi\u00e9s, subjectifs, fragmentaires \u2014 issus de m\u00e9moires familiales, communautaires, individuelles. Mais ces r\u00e9cits ne forment jamais un tout. Ils ne se rencontrent pas. Et en r\u00e9action \u00e0 cette cacophonie, il y a aussi une amn\u00e9sie organis\u00e9e, une forme de d\u00e9ni collectif, qui consiste \u00e0 dire : \u00ab De toute fa\u00e7on, on ne saura jamais. Chacun a sa v\u00e9rit\u00e9. \u00bb <\/p>\n\n\n\n Cette attitude r\u00e9sulte largement de la loi d’amnistie qui, loin de panser les blessures, a permis aux seigneurs de guerre de rester au c\u0153ur du jeu politique et ainsi d’institutionnaliser l’amn\u00e9sie. D\u00e8s lors, deux dynamiques m\u00e9morielles coexistent : une m\u00e9moire \u00e9clat\u00e9e, prolif\u00e9rante, mais sans socle commun \u2014 et, en miroir, une amn\u00e9sie volontaire, un refus de regarder en face ce pass\u00e9 douloureux. <\/p>\n\n\n\n En 2015, au moment o\u00f9 je me suis vraiment lanc\u00e9 dans ce travail, le Liban connaissait une p\u00e9riode de relative stabilit\u00e9. Depuis 2006, mis \u00e0 part les \u00e9v\u00e9nements de 2008 et quelques assassinats politiques, le pays n\u2019avait pas connu de nouveau conflit majeur. L\u2019id\u00e9e que \u00ab \u00e7a allait mieux \u00bb circulait. Et cette p\u00e9riode a vu \u00e9merger, notamment dans la soci\u00e9t\u00e9 civile, des mouvements int\u00e9ress\u00e9s par les questions de m\u00e9moire, de disparition, de reconnaissance des victimes. J\u2019ai eu le sentiment, \u00e0 ce moment-l\u00e0, que la m\u00e9moire avait le vent en poupe, et que ma d\u00e9marche s\u2019inscrivait spontan\u00e9ment dans ce courant. <\/p>\n\n\n\n Elle m\u2019a aussi sembl\u00e9 per\u00e7ue comme inoffensive. D\u2019abord parce que le contexte n\u2019\u00e9tait pas celui d\u2019une crise aigu\u00eb, avec son lot de crispations identitaires. Ensuite, parce que ma position personnelle \u2014 Franco-Libanais, journaliste, ext\u00e9rieur aux grandes appartenances partisanes \u2014 me permettait d\u2019entrer en contact avec des interlocuteurs de tous bords sans susciter de m\u00e9fiance. Aux yeux des uns, j\u2019\u00e9tais fran\u00e7ais ; pour d\u2019autres, de gauche ; pour certains, chr\u00e9tien\u2026 Cette position de relative neutralit\u00e9, ou plut\u00f4t de fluidit\u00e9 identitaire, a sans doute contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un climat de confiance. <\/p>\n\n\n\n Enfin \u2014 et c\u2019est un point essentiel \u2014 j\u2019ai senti chez beaucoup de mes interlocuteurs un immense d\u00e9sir de parler. Cette amn\u00e9sie nationale a fait d\u2019eux les grands oubli\u00e9s de l\u2019histoire. Or chacun avait gard\u00e9 en lui une m\u00e9moire h\u00e9ro\u00efque de sa propre exp\u00e9rience de la guerre, souvent partag\u00e9e seulement dans un cercle restreint. Ils se percevaient comme des acteurs de premier plan, mais dont personne ne reconnaissait le r\u00f4le. Pouvoir raconter leur histoire \u00e0 un tiers ext\u00e9rieur, c\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de faire revivre ce pass\u00e9 glorieux, au moins symboliquement. C\u2019\u00e9tait aussi l\u2019espoir d\u2019\u00eatre, enfin, valoris\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n J\u2019ai senti chez beaucoup de mes interlocuteurs un immense d\u00e9sir de parler.<\/p>Marwan Chahine<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je crois que ma d\u00e9marche s\u2019est nourrie de toutes ces dimensions \u2014 personnelles, culturelles, politiques, affectives. Et m\u00eame si je ne pr\u00e9tends pas avoir apport\u00e9 une r\u00e9ponse d\u00e9finitive, je suis convaincu que r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une m\u00e9moire partag\u00e9e reste une \u00e9tape n\u00e9cessaire dans tout projet de reconstruction politique et symbolique du Liban. <\/p>\n\n\n\n Effectivement, ce que r\u00e9v\u00e8le cette journ\u00e9e du 13 avril, c\u2019est que la guerre n\u2019est pas un surgissement brutal, mais l\u2019aboutissement d\u2019un processus d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9. Ce jour-l\u00e0, des armes sont confi\u00e9es \u00e0 des hommes que l\u2019on pourrait qualifier de voyous. Lorsque l\u2019on d\u00e9l\u00e8gue la gestion de l\u2019ordre \u2014 ou du d\u00e9sordre \u2014 \u00e0 ce type de figures, le conflit devient presque in\u00e9vitable. C\u2019est \u00e0 ce moment pr\u00e9cis que l\u2019on mesure la d\u00e9liquescence de l\u2019\u00c9tat, incapable d\u2019assurer sa souverainet\u00e9 autrement que par des relais para\u00e9tatiques. <\/p>\n\n\n\n Joseph Abou Assi, du c\u00f4t\u00e9 chr\u00e9tien, et son meurtrier pr\u00e9sum\u00e9, du c\u00f4t\u00e9 palestinien, incarnent tous deux cette dynamique. Tous deux sont gardes du corps. Ce sont des figures interm\u00e9diaires, des hommes de main. \u00c0 un moment, je plaisante en disant que c\u2019\u00e9tait une \u00e9poque o\u00f9 il y avait d\u00e9cid\u00e9ment beaucoup de corps \u00e0 garder \u2014 une mani\u00e8re de souligner la prolif\u00e9ration des petits chefs dans une soci\u00e9t\u00e9 en voie de militarisation. <\/p>\n\n\n\n Mais ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9passe le simple cadre de la guerre civile : ces figures s\u2019inscrivent dans une dynamique sociale plus ancienne, issue d\u2019un h\u00e9ritage f\u00e9odal tr\u00e8s enracin\u00e9. Le Liban, malgr\u00e9 ses pr\u00e9tentions \u00e9tatiques, n\u2019est jamais tout \u00e0 fait sorti de l\u2019ordre pr\u00e9\u00e9tatique. Abou Assi est ainsi \u00e0 la fois un milicien pr\u00e9-guerre et une r\u00e9manence du abadoye<\/em> ottoman, cet homme de main agissant pour le compte d\u2019un seigneur local. Il est l\u2019h\u00e9ritier d\u2019une culture politique qui repose moins sur les institutions que sur les loyaut\u00e9s personnelles, les r\u00e9seaux et les client\u00e9lismes. <\/p>\n\n\n\n Ce qui m\u2019a frapp\u00e9, c\u2019est que ces figures ne sont pas seulement le fruit de trajectoires individuelles : elles produisent un effet d\u2019entra\u00eenement dans la soci\u00e9t\u00e9. Elles deviennent des mod\u00e8les \u00e0 imiter. L’homme qui a probablement ouvert le feu sur l’autobus palestinien ce 13 avril, \u00e9tait moins un ex\u00e9cutant qu’un jeune un peu paum\u00e9 qui jalousait Joseph Abou Assi et r\u00eavait de prendre sa place et d’incarner cette autorit\u00e9 virile, enracin\u00e9e dans le quartier. Cela dit beaucoup de la logique de surench\u00e8re qui s\u2019installe ensuite dans la guerre : les plus jeunes veulent surpasser les a\u00een\u00e9s, dans une spirale de violence et d\u2019imitation. <\/p>\n\n\n\n On retrouve l\u00e0 une forme de mim\u00e9tisme milicien, nourri par la fragmentation du tissu politique et par l\u2019absence d\u2019un v\u00e9ritable \u00c9tat r\u00e9gulateur. Ce n\u2019est pas seulement une guerre entre partis ou factions, c\u2019est une guerre o\u00f9 chacun joue un r\u00f4le, souvent fantasm\u00e9, dans une pi\u00e8ce sans metteur en sc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est vrai. Et c\u2019est peut-\u00eatre, je dois l\u2019admettre, un parti pris de mon r\u00e9cit. Mais c\u2019est aussi, \u00e0 mes yeux, une limite inh\u00e9rente \u00e0 la mani\u00e8re dont on a souvent racont\u00e9 cet \u00e9v\u00e9nement : en l\u2019attribuant \u00e0 une cha\u00eene de d\u00e9cisions verticales, o\u00f9 des chefs auraient voulu la guerre et des ex\u00e9cutants se seraient content\u00e9s d\u2019ob\u00e9ir. Or, mon exp\u00e9rience \u2014 \u00e0 la fois comme enqu\u00eateur, mais aussi simplement comme \u00eatre humain \u2014 m\u2019a appris que les choses sont rarement aussi lin\u00e9aires. Il y a des intentions, certes, mais elles \u00e9chappent presque toujours \u00e0 leurs auteurs. Il y a du chaos, de l\u2019improvisation, de l\u2019accident. Et la guerre, dans ses premi\u00e8res heures, ressemble souvent moins \u00e0 une op\u00e9ration planifi\u00e9e qu\u2019\u00e0 une s\u00e9rie d\u2019encha\u00eenements chaotiques. <\/p>\n\n\n\n Un ancien officier ayant servi en Bosnie (et sans lien avec le Liban) m’a confi\u00e9 apr\u00e8s avoir lu le livre : \u00ab La guerre, c\u2019est \u00e7a. Ce ne sont pas les g\u00e9n\u00e9raux, ce sont les sergents qui d\u00e9cident. \u00bb Ce renversement du regard, je crois, est essentiel pour comprendre ce qui s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9 ce 13 avril. <\/p>\n\n\n\n Cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y avait pas de responsabilit\u00e9s des partis. Le fait, par exemple, que Joseph Abou Assi, un homme connu pour sa violence, pour ses ant\u00e9c\u00e9dents \u2014 quatre ans plus t\u00f4t il avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 de la prison pour avoir tir\u00e9 dans l\u2019\u0153il d\u2019un policier \u2014 ait \u00e9t\u00e9 promu garde du corps de Pierre Gemayel, n\u2019a rien d\u2019anodin. Faire de lui une figure quasi institutionnelle du parti phalangiste est un choix \u00e9minemment politique. Et ce choix en dit long sur les dynamiques internes du mouvement.<\/p>\n\n\n\n Car le parti phalangiste lui-m\u00eame est alors travers\u00e9 par des courants contradictoires, qui s\u2019incarnent dans les deux fils de Pierre Gemayel. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le p\u00e8re, notable conservateur, attire autour de lui une \u00e9lite bourgeoise \u2014 avocats, m\u00e9decins \u2014 soucieuse de d\u00e9fendre la souverainet\u00e9 libanaise face \u00e0 la pr\u00e9sence palestinienne, mais sans sombrer dans la violence aveugle. Le fils a\u00een\u00e9, Amine Gemayel, son h\u00e9ritier politique d\u00e9sign\u00e9, est un avocat brillant, orateur habile, qui incarne une ligne mod\u00e9r\u00e9e. Mais de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, autour de Bachir Gemayel, le plus jeune fils, se constitue un autre noyau : une bande plus radicale, plus violente, dont faisait partie Joseph Abou Assi. Un cadre phalangiste de l\u2019\u00e9poque m\u2019a confi\u00e9 cette phrase r\u00e9v\u00e9latrice : \u00ab Bachir et sa bande, ils voulaient casser du Palestinien. \u00bb Ce sont ces hommes-l\u00e0, ces jeunes radicaux, qui prennent le dessus ce 13 avril. Leurs adversaires, du c\u00f4t\u00e9 palestinien, ne sont pas tr\u00e8s diff\u00e9rents dans leur d\u00e9sir d\u2019en d\u00e9coudre : l\u00e0 aussi, des lignes coexistent. Il y a des mod\u00e9r\u00e9s, mais ils sont progressivement marginalis\u00e9s, tandis que des groupes plus radicaux \u2014 comme le FPLP-Commandement g\u00e9n\u00e9ral \u2014 occupent le devant de la sc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n Le fait que ce groupe ait pu organiser, ce jour-l\u00e0, un d\u00e9fil\u00e9 militaire en plein Beyrouth-Ouest, avec armes lourdes, en dit long sur l\u2019\u00e9tat de fragmentation du territoire et de l\u2019autorit\u00e9. Au cours des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, le parti s’\u00e9tait distingu\u00e9 par sa ligne jusqu’au-boutiste et ses actions militaires spectaculaires et d’une grande brutalit\u00e9, n’h\u00e9sitant pas \u00e0 s’en prendre \u00e0 des civils ou \u00e0 commettre des attentats-suicides. <\/p>\n\n\n\n Le 13 avril n\u2019est pas le fruit d\u2019un ordre venu d\u2019en haut, mais le sympt\u00f4me d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 min\u00e9e par la radicalisation, la perte de contr\u00f4le des \u00e9lites sur leurs bases, et la mont\u00e9e en puissance de figures interm\u00e9diaires, issues de la rue, des quartiers, des milices. C\u2019est une guerre qui commence par le bas. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est vrai, et ce n\u2019est pas un oubli. C\u2019est un choix, ou du moins une limite assum\u00e9e. Bien s\u00fbr, Bachir Gemayel plane en arri\u00e8re-plan de plusieurs \u00e9pisodes que je d\u00e9cris, et notamment de celui du 13 avril. Joseph Abou Assi \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des proches de Bachir, un membre de son cercle. Sa premi\u00e8re apparition dans l\u2019espace public est li\u00e9e \u00e0 une op\u00e9ration muscl\u00e9e sur le campus de l\u2019Universit\u00e9 am\u00e9ricaine de Beyrouth, o\u00f9 des miliciens tent\u00e8rent de faire pression pour faire expulser des militants de gauche \u2014 c’est au cours de cet incident qu’un policier a perdu un oeil. L\u2019op\u00e9ration a \u00e9t\u00e9 conduite sous l\u2019influence directe de Bachir Gemayel qui \u00e9tait lui-m\u00eame encore \u00e9tudiant. <\/p>\n\n\n\n De la m\u00eame mani\u00e8re, la question du degr\u00e9 d\u2019intentionnalit\u00e9 dans les \u00e9v\u00e9nements du 13 avril reste ouverte. Certains, \u00e0 juste titre, se sont interrog\u00e9s : Abou Assi a-t-il vraiment agi seul ? A-t-il d\u00e9cid\u00e9 de rester sur place apr\u00e8s le d\u00e9part de Pierre Gemayel de sa propre initiative ? A-t-il pris les armes et organis\u00e9 un quadrillage du quartier sans en r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 personne ? Rien ne permet de trancher avec certitude. Mais on sent bien que l\u2019ombre de Bachir, m\u00eame indirecte, n\u2019est jamais loin. Ce que l\u2019on peut affirmer, en revanche, c\u2019est que le cercle de jeunes radicaux autour de Bachir, dont Abou Assi faisait partie, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 actifs et influents. Et c\u2019est peut-\u00eatre cette constellation \u2014 plus que Bachir lui-m\u00eame \u2014 qui a agi en cette journ\u00e9e inaugurale.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est une guerre qui commence par le bas. <\/p>Marwan Chahine<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Quoi qu\u2019il en soit, j\u2019ai fait le choix de ne pas pousser plus loin la piste de l\u2019implication de Bachir Gemayel. D\u2019abord parce que je ne disposais pas des \u00e9l\u00e9ments suffisants pour l\u2019affirmer avec rigueur. Ensuite parce que je voulais \u00e9viter de faire un livre \u00e0 charge, un livre de r\u00e9v\u00e9lations ou de pol\u00e9miques, ce qui aurait peu de sens dans un pays o\u00f9 l’on sait d’avance qu’il n’y aura pas d’issue judiciaire. Mon intention \u00e9tait diff\u00e9rente : produire un r\u00e9cit r\u00e9flexif, qui permette de penser le Liban de l\u2019\u00e9poque, dans sa complexit\u00e9, plut\u00f4t que de d\u00e9signer des coupables ou d\u2019alimenter un imaginaire de la conspiration. <\/p>\n\n\n\n On trouve de nombreuses analyses g\u00e9opolitiques de la guerre du Liban – pour certaines excellentes. Il y a bien \u00e9videmment un contexte r\u00e9gional qui pr\u00e9side au conflit et une responsabilit\u00e9 directe d’un certain nombre de puissances \u00e9trang\u00e8res, en particulier d’Isra\u00ebl. Pour autant, j’avais envie de raconter la guerre d’une autre mani\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n Ce qui m\u2019a frapp\u00e9, dans les r\u00e9cits que j\u2019ai pu collecter, c\u2019est \u00e0 quel point elle se joue aussi \u00e0 l\u2019\u00e9chelle micro-locale : celle de quelques quartiers, de quelques rues, parfois m\u00eame de quelques immeubles. C\u2019est une guerre extr\u00eamement topographique. Et l\u2019une des choses les plus fortes qui se d\u00e9gage, c\u2019est cette dimension de voisinage, au sens le plus concret du terme. <\/p>\n\n\n\nVous avez consacr\u00e9 neuf ans de votre vie pour en proposer un r\u00e9cit lin\u00e9aire et coh\u00e9rent. Pourquoi s\u2019y consacrer avec une telle intensit\u00e9 ? <\/h3>\n\n\n\n
Existe-t-il d\u2019autres dates aussi importantes dans l\u2019histoire de la guerre civile ? <\/h3>\n\n\n\n
Pensez-vous que la reconstruction de l’\u00c9tat libanais passera n\u00e9cessairement par l’\u00e9laboration d’une m\u00e9moire commune ?<\/h3>\n\n\n\n
Il ne doit pas \u00eatre \u00e9vident de commencer une enqu\u00eate face \u00e0 cette amn\u00e9sie organis\u00e9e. <\/h3>\n\n\n\n
L\u2019une des forces de votre ouvrage est de resituer ce d\u00e9but de guerre civile \u00e0 hauteur d\u2019homme, et notamment de milicien. Ce faisant, vous faites \u00e9merger un arch\u00e9type de petit chef, que l\u2019on retrouve des deux c\u00f4t\u00e9s, et qui est notamment incarn\u00e9 par Joseph Abou Assi, le garde du corps de Pierre Gemayel qui meurt au d\u00e9but de la journ\u00e9e. <\/h3>\n\n\n\n
Dans le r\u00e9cit du 13 avril, on se rend compte que les chefs de clan sont assez absents de cette premi\u00e8re journ\u00e9e…<\/h3>\n\n\n\n
Alors m\u00eame que Bachir Gemayel est l\u2019une des figures les plus connues de la guerre civile libanaise, il est assez absent de votre enqu\u00eate. Pourquoi ? <\/h3>\n\n\n\n
Dans ce r\u00e9cit du premier jour de la guerre, vous vous tenez aussi assez loin du contexte international qui p\u00e8se sur le Liban de 1975. De ce point de vue, vous vous inscrivez dans une historiographie de la guerre civile qui est avant tout attentive aux logiques de voisinages meurtriers. <\/h3>\n\n\n\n