{"id":271722,"date":"2025-04-06T16:22:06","date_gmt":"2025-04-06T14:22:06","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=271722"},"modified":"2025-04-10T16:46:33","modified_gmt":"2025-04-10T14:46:33","slug":"je-suis-comme-les-chats-je-prefere-les-heures-de-penombre-une-conversation-avec-pascal-quignard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/04\/06\/je-suis-comme-les-chats-je-prefere-les-heures-de-penombre-une-conversation-avec-pascal-quignard\/","title":{"rendered":"\u00ab Je suis comme les chats \u2014 je pr\u00e9f\u00e8re les heures de p\u00e9nombre \u00bb, une conversation avec Pascal Quignard"},"content":{"rendered":"\n

Pascal Quignard signe un nouveau roman, <\/em>Tr\u00e9sor cach\u00e9 (Albin Michel, 2025) dans lequel la protagoniste, Louise, une correctrice de manuscrit \u00e2g\u00e9e d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, perd son compagnon de toujours \u2014 son chat. En l\u2019enterrant, elle d\u00e9couvre un tr\u00e9sor dans son jardin qui va lui permettre de voyager, de changer d\u2019air \u2014 et de vie. <\/em><\/p>\n\n\n\n

Une nouvelle porte s\u2019ouvre sur l\u2019univers quignardien. Entre la Bourgogne et Capri en passant par Naples, les diff\u00e9rents narrateurs rencontr\u00e9s en cours de route proposent une fresque sur la vieillesse, l\u2019amour, la nature, le beau, la mort au rythme de descriptions po\u00e9tiques et de promenades solitaires. <\/em><\/p>\n\n\n\n

Nous le rencontrons dans son appartement parisien \u2014 \u00e0 la lisi\u00e8re d\u2019un joli jardin vert et ensoleill\u00e9, entre des milliers de livres, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son piano. <\/em><\/p>\n\n\n\n

Le titre de votre dernier roman, Tr\u00e9sor cach\u00e9<\/em>, est au singulier. Mais ne diriez-vous pas que les tr\u00e9sors cach\u00e9s sont finalement plusieurs dans le livre ? Le tr\u00e9sor que le personnage principal d\u00e9couvre d\u00e8s les premi\u00e8res pages semble \u00eatre moins une fin en soi qu\u2019un moyen vers d\u2019autres choses \u2014 vers d\u2019autres tr\u00e9sors. <\/h3>\n\n\n\n

Vous avez totalement raison. Le premier tr\u00e9sor est un tr\u00e9sor de hasard \u2014 et ce n’est pas le tr\u00e9sor ; c’est le fait qu’une mort puisse faire surgir quelque chose du fond de la terre de fa\u00e7on contingente. En r\u00e9alit\u00e9, cela lance une chasse au tr\u00e9sor, et pose la question suivante : quel est le tr\u00e9sor dans nos vies ? Quels sont les instants ? Quelles sont nos pr\u00e9f\u00e9rences ? Et on ne trouve pas. <\/p>\n\n\n\n

Il y a des tas de pistes qui peuvent se m\u00ealer, \u00e0 cause de cette chasse au tr\u00e9sor, par rapport \u00e0 ma propre vie. Lorsqu’on vieillit, il y a quelque chose aussi qui est de l’ordre de la r\u00e9capitulation. On se demande alors, qu’est-ce qui a \u00e9t\u00e9 le meilleur pour moi ? Qu’est-ce que tu quitteras avec le plus de peine ? Il y a une sorte de m\u00e9lancolie aussi. \u00c0 cet \u00e9gard, la litt\u00e9rature est tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 la m\u00e9lancolie.<\/p>\n\n\n\n

Je pense que c’est li\u00e9 d\u00e9sormais : au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9crivais ce livre, je me disais que le ou les tr\u00e9sors, \u00e9taient plut\u00f4t les virages. C\u2019est ce que je croyais. Alors qu’on a beaucoup v\u00e9cu, on se rend compte que ce qui est extraordinaire, c’est que chaque virage, chaque conversion, chaque m\u00e9tamorphose, chaque d\u00e9m\u00e9nagement, chaque divorce aussi \u2014 m\u00eame les \u00e9preuves cachent quelque chose qui se r\u00e9v\u00e8le. Ces conversions sont si belles \u2014 comme Saint Augustin quand il entend une chanson qui le prend tout \u00e0 coup. <\/p>\n\n\n\n

Le tr\u00e9sor, c\u2019est toucher la rotation d’un grand temps de saisonnier.<\/p>Pascal Quignard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous parlez au pass\u00e9. Vous avez chang\u00e9 d\u2019avis ?<\/h3>\n\n\n\n

Effectivement, je croyais que c’\u00e9tait cela. Mais maintenant que le livre est paru, je pense que \u2014 m\u00e9lancoliquement par rapport \u00e0 ceux qui sont morts jeunes \u2014 le tr\u00e9sor, c\u2019est la vieillesse. <\/p>\n\n\n\n

Je le vois aussi avec le courrier que je re\u00e7ois : c\u2019est ce qui a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u par certains lecteurs. Cela leur faisait du bien d\u2019une part que l\u2019on ne cherche pas \u00e0 \u00eatre positif et d\u2019autre part, qu’on trouve pr\u00e9cis\u00e9ment dans le fait de creuser, de savoir creuser sa souffrance, creuser ses deuils. On obtient derri\u00e8re le chagrin quelque chose qui a \u00e9t\u00e9 bon. On peut penser, bien s\u00fbr, \u00e0 la sant\u00e9 ou \u00e0 la jeunesse peut-\u00eatre, mais ce n\u2019est pas vraiment cela le tr\u00e9sor. <\/p>\n\n\n\n

L’\u00e2ge que vous avez, l’\u00e2ge o\u00f9 on est le plus beau, si j’ose dire, ce n\u2019est pas l’\u00e2ge o\u00f9 on est le plus heureux, curieusement. Ce n’est pas l’\u00e2ge le plus voluptueux non plus. C’est tr\u00e8s bien que l’on perfectionne la sant\u00e9, mais je ne crois pas qu\u2019il faille regarder dans cette direction.<\/p>\n\n\n\n

Le tr\u00e9sor, c\u2019est plut\u00f4t toucher la rotation. <\/p>\n\n\n\n

Toucher la rotation d’un grand temps de saisonnier. <\/p>\n\n\n\n

D’avoir vu beaucoup de gens mourir, c’est aussi un secret du bonheur peut-\u00eatre, d’avoir vu beaucoup de saisons passer, d’avoir vu beaucoup d’automnes, beaucoup de neige et beaucoup de printemps. C\u2019est le fait d\u2019assister \u00e0 ces cycles-l\u00e0, \u00e0 ce grand temps. <\/p>\n\n\n\n

Cela a l’air un peu nietzsch\u00e9en ce que je dis mais ce n’est pas du tout mon intention d\u2019\u00eatre \u00e0 ce point philosophique. Je n’y vois surtout pas cette id\u00e9e \u2014 que je trouve compl\u00e8tement d\u00e9sagr\u00e9able \u2014 d’un midi perp\u00e9tuel. Au contraire, je suis comme les chats \u2014 je pr\u00e9f\u00e8re les heures de p\u00e9nombre. Votre question est tr\u00e8s bonne mais je n’ai pas de r\u00e9ponse plus claire que celle que je vous donne.<\/p>\n\n\n\n

Ce que vous dites sur la jeunesse ne peut pas ne pas faire penser \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre phrase de Nizan : \u00ab j\u2019avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel \u00e2ge de la vie. \u00bb<\/h3>\n\n\n\n

Cette phrase est je crois, h\u00e9las, tr\u00e8s juste. C’est d’ailleurs l’\u00e2ge o\u00f9 on est le plus tent\u00e9 \u2014 et on le fait souvent \u2014 de se tuer. <\/p>\n\n\n\n

On se tue souvent tr\u00e8s jeune. <\/p>\n\n\n\n

J’ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s suicidaire pendant longtemps dans ma vie \u2014 jusqu’\u00e0 30, 40 ans. Je ne le suis plus du tout. C’est assez myst\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n

Mais dans le m\u00eame temps, il faut dire la v\u00e9rit\u00e9 : quand vous voyez un jeune homme ou une jeune femme de vingt ans, il n’y a pas de plus bel \u00e2ge. Et cependant, ce n’est pas l’\u00e2ge o\u00f9 le bonheur est accessible. Pourquoi faut-il toujours une exp\u00e9rience ? <\/p>\n\n\n\n

Vous allez me trouver peut-\u00eatre trop psychanalytique mais je pense qu’il faut du rena\u00eetre<\/em> pour na\u00eetre vraiment. On ne peut pas, d’entr\u00e9e du jeu, \u00eatre dans le vivant.<\/p>\n\n\n\n

Une ou deux d\u00e9pressions, un ou deux s\u00e9jours aux enfers, puis on remonte \u2014 et on remonte peut-\u00eatre plus vivant. Mais je ne suis pas un ma\u00eetre penseur, moins encore que Nizan.<\/p>\n\n\n\n

Je suis comme les chats \u2014 je pr\u00e9f\u00e8re les heures de p\u00e9nombre. <\/p>Pascal Quignard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

J\u2019ai l\u2019impression que vous \u00eates, vous aussi, entr\u00e9 dans cette chasse au tr\u00e9sor en \u00e9crivant le livre. Ob\u00e9issez-vous \u00e0 un plan ou vous vous laissez porter au fil de l\u2019\u00e9criture pour vous pr\u00eater au jeu ?<\/h3>\n\n\n\n

Il faut dire la v\u00e9rit\u00e9. Je ne suis pas un \u00e9crivain qui est en position de domination par rapport \u00e0 ce qu’il fait : il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une fa\u00e7on de vivre que j’ai depuis l’\u00e2ge de douze ou treize ans. Cela a commenc\u00e9 par la lecture, par le fait de traquer les bons pr\u00e9textes pour se retrouver en retrait, pour que personne ne vous emb\u00eate \u2014 fuir. <\/p>\n\n\n\n

Il y a de la fuite \u00e0 l’origine dans ce mouvement-l\u00e0. Et que le recoin et le silence soient respect\u00e9s. C’\u00e9tait cela le tr\u00e9sor \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0. <\/p>\n\n\n\n

Ensuite, \u00e0 force de lire, parfois les livres qu’on voudrait lire font d\u00e9faut et on les \u00e9crit. On se substitue \u00e0 ce qui manque un petit peu. L\u2019exp\u00e9rience de fond c’est la lecture. On ne voit pas toujours la passivit\u00e9 extasi\u00e9e qu’est la lecture \u2014 o\u00f9 on est vraiment passif, tandis que lorsqu’on \u00e9crit, on est actif. Pour mieux saisir cette image je pr\u00e9f\u00e8re prendre une autre exp\u00e9rience, qui est la musique. Je pense que le secret de la musique est que les vrais musiciens ne peuvent pas \u00eatre en m\u00eame temps les compositeurs et les interpr\u00e8tes. Il faut \u00eatre totalement aphone, ob\u00e9issant, passif pour \u00eatre boulevers\u00e9 par la musique.<\/p>\n\n\n\n

La lecture en moi-m\u00eame est plus profonde que le fait volontaire de se mettre \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est donc une fa\u00e7on de vivre ; n’arrivant pas \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 moi-m\u00eame illico presto<\/em>, vers 3, 4, 5 heures le matin, je lis ou j’\u00e9cris. Peu importe.<\/p>\n\n\n\n

Et puis vers 10 heures du matin, ma journ\u00e9e est finie, je suis heureux. C’est fini, je n\u2019ai plus rien \u00e0 faire. Et c’est une tr\u00e8s belle vie. En plus, maintenant, elle me permet de vivre. C’est absolument id\u00e9al. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 force de lire, parfois les livres qu’on voudrait lire font d\u00e9faut et on les \u00e9crit. On se substitue \u00e0 ce qui manque un petit peu.<\/p>Pascal Quignard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

J’aime \u00e9norm\u00e9ment retravailler ce que je fais. Au fur et \u00e0 mesure que je retransforme tous ces petits fragments, je les associe et dans ce cas-l\u00e0, ils prennent en effet un sens. Mais ce sens ne vient pas d’origine, il ne vient que dans la relecture. \u00c0 force de repasser les variations, le th\u00e8me na\u00eet. Mais le th\u00e8me n\u2019est pas initial.<\/p>\n\n\n\n

Il y a une tr\u00e8s belle description dans le deuxi\u00e8me chapitre sur l\u2019eau et l\u2019importance d\u2019un fleuve dans la cr\u00e9ation d\u2019une ville \u2014 et de la vie. On y trouve cette phrase \u00e9tonnante du personnage principal : \u00ab j\u2019ai soif d\u2019eau \u00bb. Peut-\u00eatre pourriez-vous expliquer en quoi ce pl\u00e9onasme n\u2019en est pas vraiment dans la mesure o\u00f9 il ne s\u2019agit ni d\u2019une envie de boire, ni de l\u2019eau que l\u2019on boit \u2014 ou du moins que l\u2019on boit diff\u00e9remment ?  <\/h3>\n\n\n\n

Si nous prenons le premier monde dans lequel nous vivons, nous ne buvons pas l\u2019eau amniotique. <\/p>\n\n\n\n

D’o\u00f9 ce myst\u00e8re tellement extraordinaire que l’on m’a expliqu\u00e9 sur les suicides \u00e0 l\u2019\u00e9tat de f\u0153tus. Le f\u0153tus pince le cordon ombilical pour ne pas \u00eatre nourri. Il en meurt. C’est vraiment une sc\u00e8ne tr\u00e8s \u00e9trange. J\u2019y pense en vous \u00e9coutant car il est pr\u00e9cis\u00e9ment dans l\u2019eau. C\u2019est son habitat. Mais, en effet, elle n\u2019est pas sa nourriture. <\/p>\n\n\n\n

Je peux vous r\u00e9pondre par ma propre vie \u2014 et par le fait que j’aurai toujours v\u00e9cu sur le bord d’une rivi\u00e8re ou le bord de la mer. J’ai besoin d’eau comme quelque chose qui est plus ancien.<\/p>\n\n\n\n

Il y a un cycle, aussi. C’est plus profond encore que les tortues qui reviennent dans leur \u00eele ou que les saumons qui parcourent des milliers de kilom\u00e8tres pour revenir au lieu d\u2019origine. Il y a ce cycle de l’eau : le nuage arrive en haut de la montagne, il se fait neige o\u00f9 glacier, il fond, ce sont les ruisseaux, les rivi\u00e8res, les fleuves, c’est la mer, alors \u00e7a se vaporise sous le soleil \u2014 puis \u00e7a repart.  <\/p>\n\n\n\n

Il y a quelque chose qui est extraordinairement hypnotique.<\/p>\n\n\n\n

Quand je me mets au bord d’une rivi\u00e8re, je m’apaise. Je pense que mon rythme cardiaque diminue.<\/p>\n\n\n\n

N’arrivant pas \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 moi-m\u00eame illico presto<\/em>, vers 3, 4, 5 heures le matin, je lis ou j’\u00e9cris. Peu importe.<\/p>Pascal Quignard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Nous venons de l’eau. Il para\u00eet que l’eau ne serait pas venue directement de la terre mais serait tomb\u00e9e d’un m\u00e9t\u00e9ore sous forme de glace pour ensuite fondre.. Enfin, ce sont des histoires de physiciens. Mais je dois dire que toutes les histoires m\u2019int\u00e9ressent.<\/p>\n\n\n\n

La premi\u00e8re cellule o\u00f9 se posent l\u2019ext\u00e9rieur et l’int\u00e9rieur, c\u2019est une goutte d’eau \u2014 une larme. Je trouve cela assez fascinant.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab On est toujours profond\u00e9ment chez soi quand on s\u2019assoit sur le bord d\u2019une rivi\u00e8re \u00bb, \u00e9crivez-vous. Dans ce joli jeu de sonorit\u00e9s, faites-vous une diff\u00e9rence entre l\u2019eau d\u2019une rivi\u00e8re, de la mer, de l\u2019oc\u00e9an \u2014 dont il question aussi dans le roman \u2014 ou l\u2019eau de pluie m\u00eame, dans l\u2019hypnose de la contemplation ?<\/h3>\n\n\n\n

Il est vrai que ce n\u2019est pas la m\u00eame chose. Quelque chose me g\u00eane. <\/p>\n\n\n\n

Il y a quelques mois, je suis all\u00e9 \u00e0 Palma parce que je voulais voir la cellule dans la chartreuse de Chopin. Et j’ai eu du mal \u00e0 trouver dans la M\u00e9diterran\u00e9e une petite crique o\u00f9 il y ait assez de vagues pour entendre leur bruit. <\/p>\n\n\n\n

J’aime l’oc\u00e9an \u2014 qui est pour moi l\u2019Atlantique. En Bretagne, il y a une sonorit\u00e9, une puissance, des estrans extraordinaires. <\/p>\n\n\n\n

Bien que je l\u2019aime \u00e9norm\u00e9ment, la M\u00e9diterran\u00e9e ne me para\u00eet pas tout \u00e0 fait une mer. J’esp\u00e8re d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment trouver un endroit o\u00f9 il y a des vagues, o\u00f9 il y a cette sonorit\u00e9 hypnotique. On reste dans son transat, on peut travailler, on peut s’endormir au rythme d\u2019un bruit extraordinairement continu.<\/p>\n\n\n\n

Je suis fascin\u00e9 par l\u2019id\u00e9e que les sons puissent avoir tout pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u2014 y compris l’espace, mais aussi les oreilles, bien s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n

Vous dites encore de l\u2019eau : \u00ab c\u2019est qu\u2019elle fut l\u00e0 avant la vie \u00bb. Pourrait-on voir dans ce passage une forme de m\u00e9taphore aussi de l\u2019\u00e9criture avec cette eau qui coule avant la composition du roman comme le fleuve qui coule avant la construction de la cit\u00e9 \u2014 une sorte de petite musique borg\u00e9sienne qui est \u00e0 la source de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire ?  <\/h3>\n\n\n\n

Cela me rappelle un tr\u00e8s beau mus\u00e9e sur l’art ancien au Japon, \u00e0 Tokyo.<\/p>\n\n\n\n

On y voit des for\u00eats de sapins, de pins, des grands pin\u00e8des et, surgir et se projeter au-dessus, des cascades. Pour les Japonais, l\u2019eau, ces cascades sont la vie. C\u2019est une belle d\u00e9finition de la vie. <\/p>\n\n\n\n

Nous, en Occident, nous estimons que l\u2019eau n\u2019est pas la vie \u2014 qu\u2019elle est apparue apr\u00e8s. C\u2019est admirable qu\u2019on ait fait de l\u2019eau quelque chose comme la vie ; surtout quand on est dans un archipel o\u00f9 il y a mille \u00eeles \u2014 entre les eaux.<\/p>\n\n\n\n

Une ou deux d\u00e9pressions, un ou deux s\u00e9jours aux enfers, puis on remonte \u2014 et on remonte peut-\u00eatre plus vivant.<\/p>Pascal Quignard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

D\u2019ailleurs, la vie appara\u00eet aussi apr\u00e8s cette esp\u00e8ce de r\u00e9v\u00e9lation qu\u2019exp\u00e9rimente la protagoniste du roman, Louise : \u00e0 partir de ce moment-l\u00e0, le monde autour d\u2019elle se cr\u00e9e avec une longue \u00e9num\u00e9ration d\u2019endroits dans la ville \u2014 qui apparaissent parce qu\u2019on les dit, par une sorte de parole performative, de verbe cr\u00e9ateur. <\/h3>\n\n\n\n

La cit\u00e9 appara\u00eet comme un souvenir de la beaut\u00e9 du lieu. Un souvenir de loutre \u2014 ou un souvenir d\u2019autre chose, mais pas forc\u00e9ment humain.<\/p>\n\n\n\n

J’avais fait des quatuors dans lesquels le premier violon \u00e9tait un physicien des liquides, Qu\u00e9r\u00e9, dont le p\u00e8re lui-m\u00eame \u00e9tait un physicien du Coll\u00e8ge de France. Il m\u2019avait envoy\u00e9 sa th\u00e8se \u00e0 laquelle je n’ai absolument rien compris \u2014 mais j’\u00e9tais tr\u00e8s fier qu’il me l’ait adress\u00e9e. Voici o\u00f9 je veux en venir : la question centrale de ses travaux \u00e9tait : pourquoi une goutte d’eau ne coule pas tout droit.<\/p>\n\n\n\n

Prenons la Seine \u2014 le long de laquelle j\u2019ai toujours v\u00e9cu jusqu’\u00e0 me retrouver au Havre, quand j’ai eu deux ans. M\u00eame quand je travaillais \u00e0 Paris, j’\u00e9tais au Quai des Grands Augustins. J’ai toujours \u00e9t\u00e9 li\u00e9 comme cela au lieu d’origine. Alors il est vrai qu\u2019\u00e0 force de rebondir sur un c\u00f4t\u00e9 ou sur l’autre, on produit une \u00e9volution, non pas directe mais en m\u00e9andre. L’eau a quelque chose de l’ordre de la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle creuse des falaises tout \u00e0 fait immenses et quelque peu vertigineuses \u2014 desquelles on peut se suicider facilement \u2014 et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, des criques, des endroits plus sablonneux.<\/p>\n\n\n\n

Je suis un baroque. Dans les \u0153uvres d’art, j\u2019aime le fait qu’il y ait des moments actifs et des moments passifs, qu’il y ait cette alternance sans cesse.<\/p>\n\n\n\n

Ce serait plus qu\u2019une m\u00e9taphore : il y aurait dans la construction des rives selon les fleuves quand ils s\u2019abandonnent vers la mer quelque chose de double : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les falaises ; de l\u2019autre, des endroits o\u00f9 l\u2019on construit des petites cit\u00e9s \u2014 ou des maisons, comme la mienne. <\/p>\n\n\n\n

Regardez, Mallarm\u00e9 : il est parti sur l’eau. C’est l’un de mes dieux. <\/p>\n\n\n\n

L\u2019un de ceux que j’ai connus et qui m’a le plus influenc\u00e9, Paul Celan, s\u2019est jet\u00e9 dans l’eau\u2026 Il y a donc quelque chose l\u00e0-dedans qui n\u2019est pas que personnel. <\/p>\n\n\n\n

Je suis un baroque.<\/p>Pascal Quignard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

On remarque justement \u00e0 la lecture du roman un rapport singulier entre les personnages humains et leur environnement, avec la nature. Il y a l\u2019eau, mais aussi des rosiers qui parlent, le parc de Virgile \u00e0 Naples, la m\u00e8re de la protagoniste qui s\u2019incarne \u00ab dans l\u2019air frais d\u2019avril \u00bb \u00e0 la fin du chapitre II. Quelle est la place que vous octroyez \u00e0 ces \u00e9l\u00e9ments ? Y a-t-il une hi\u00e9rarchie ou deviennent-ils des personnages qui sont sur le m\u00eame plan que les personnages humains ?<\/h3>\n\n\n\n

J’aime bien que vous ayez \u00e9t\u00e9 sensible \u00e0 cela car j’y suis moi-m\u00eame tr\u00e8s sensible.<\/p>\n\n\n\n

Non, il n’y a pas de hi\u00e9rarchie : et pr\u00e9cis\u00e9ment, s\u2019il n’y a pas de hi\u00e9rarchie, il y a donc une esp\u00e8ce d’\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

J\u2019ai eu une exp\u00e9rience \u00e0 ce sujet. C\u2019\u00e9tait au vieux monast\u00e8re de Maguelone \u2014 cette esp\u00e8ce de Mont-Saint-Michel admirable pr\u00e8s de Montpellier. Des amis psychanalystes m’avaient invit\u00e9 pour faire un colloque entre, si j’ose dire, Freud et moi-m\u00eame. Il faisait tr\u00e8s chaud. Et \u00e0 Maguelone, on est entour\u00e9s d’eucalyptus, de lauriers-roses et de pins parasols. Il y avait aussi des paons qui sautaient p\u00e9niblement dans les feuilles, dans les branches basses des arbres.<\/p>\n\n\n\n

Je voyais combien les arbres souffraient. \u00c0 ce moment-l\u00e0, j’ai vraiment eu cette sensation, en effet, d’une sorte d’\u00e9galit\u00e9. Il n\u2019y avait pas d\u2019eau, on avait envie de les aider. Depuis, j’avoue que je sais tr\u00e8s bien quand un jardin est heureux, quand il y a de la ros\u00e9e, quand tous les massifs sont contents \u2014 et puis quand ils sont malheureux.<\/p>\n\n\n\n

La nature est cr\u00e9\u00e9e par le soleil. Elle l\u2019aime bien. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est tr\u00e8s \u00e9cologique ce que je vous dis.<\/p>\n\n\n\n

Une \u00e9cologie qui passe par la po\u00e9sie. <\/h3>\n\n\n\n

Oui, c\u2019est un aller-retour.<\/p>\n\n\n\n

En parlant d\u2019aller-retour, on a l\u2019impression qu\u2019il est parfois plus simple pour les personnages de parler \u00e0 cet environnement et aux \u00e9l\u00e9ments qui le composent plut\u00f4t qu\u2019aux autres humains. Je pense notamment \u00e0 la sc\u00e8ne o\u00f9 Louise et Ludwick boivent un verre \u00e0 la fin du chapitre XVII et o\u00f9 il est dit : \u00ab chacun parle \u00e0 l\u2019air qui l\u2019entoure. \u00bb<\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est vrai. Mais il s\u2019agit moins de parler que de communiquer. Je pense qu\u2019il faudrait faire ici la diff\u00e9rence entre parler et communiquer. Je me rends compte que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 peut-\u00eatre plus influenc\u00e9 par Benveniste \u00e0 cet \u00e9gard que par L\u00e9vinas \u2014 ou d’autres.<\/p>\n\n\n\n

Une des choses qui m’a le plus impressionn\u00e9 dans l’\u0153uvre du linguiste, c’est qu\u2019il y a quelque chose dans la naissance du dialogue, du langage \u2014 dans la mesure o\u00f9 les personnes grammaticales se substituent \u2014 qui est profond\u00e9ment agressif. C\u2019est tr\u00e8s anti-philosophe. Il y a une page magnifique de Montaigne l\u00e0-dessus qui dit qu\u2019il n\u2019aime qu\u2019une seule \u0153uvre de Platon, le Ph\u00e9don<\/em>, car c\u2019est un r\u00e9cit. Il ne lit aucun des dialogues, il ne supporte pas ces altercations interminables. Il n\u2019aime pas l\u2019opposition. <\/p>\n\n\n\n

Il vaut mieux parler avec des bouquets de fleurs, avec des cadeaux. Portez \u00e0 vos amis des bouteilles de vin plut\u00f4t que des discours. C\u2019est donc vrai : dans la sc\u00e8ne que vous \u00e9voquez, il vaut mieux que les personnages partagent effectivement l’air qu’ils respirent.<\/p>\n\n\n\n

On ne se parle pas, on ne se tue pas. Voil\u00e0 la solution que j’ai trouv\u00e9e.<\/p>Pascal Quignard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Il y a pourtant des dialogues assez durs dans le livre. Pr\u00e9f\u00e9rez-vous, vous aussi, le r\u00e9cit au dialogue ?<\/h3>\n\n\n\n

En vieillissant, je ravale ce que je veux dire. Il vaut bien mieux avoir une relation bien silencieuse, qui\u00e8te et agr\u00e9able plut\u00f4t que d’essayer \u00e0 tout prix de discutailler. <\/p>\n\n\n\n

Je viens de lire une nouvelle traduction de L\u2019Iliade<\/em> qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e r\u00e9cemment et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 extraordinairement fascin\u00e9 par la construction de ce livre o\u00f9 les h\u00e9ros arrivent, se lancent dans des dialogues d’insultes totales \u2014 et ensuite se tuent. Puis on passe \u00e0 une autre sc\u00e8ne identique, et ainsi de suite.<\/p>\n\n\n\n

Mieux vaut donc \u00e9viter cette violence : on ne se parle pas, on ne se tue pas. Voil\u00e0 la solution que j’ai trouv\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n

Trouvez-vous qu\u2019un dialogue est toujours techniquement difficile \u00e0 \u00e9crire ?<\/h3>\n\n\n\n

Je dois dire que je suis assez fier, techniquement, des dialogues de ce roman. <\/p>\n\n\n\n

Ils ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us ainsi \u00e0 dessein.<\/p>\n\n\n\n

Akutagawa s’est tu\u00e9 en 1927. Mais il a \u00e9crit pr\u00e9alablement un texte tr\u00e8s d\u00e9routant, de tr\u00e8s peu de pages, dont le titre n’est pas extraordinaire en fran\u00e7ais \u2014 La Vie d’un idiot<\/em>. Dans ce texte, il a tout m\u00eal\u00e9 : tous les pronominaux, le vrai, le faux, les excuses, la honte de se tuer, des fictions, des mensonges \u2014 et \u00e7a passe. <\/p>\n\n\n\n

Je me suis dit que j\u2019allais me lancer dans cette aventure en mettant \u00e9vidence dans le texte les pronominaux \u2014 lui ou elle, eux, je, tu, il\u2026 <\/p>\n\n\n\n

Chaque position rh\u00e9torique a sa r\u00eaverie. Il faut les utiliser toutes \u2014 et cela n’est pas une difficult\u00e9 de lecture pour autant. Il faut simplement faire en sorte que vous sachiez de qui il est question. Le principal est qu’on puisse faire tourner toutes les positions pronominales. <\/p>\n\n\n\n

Le roman est le seul genre litt\u00e9raire qui permet cela. La po\u00e9sie est plus invocatrice. <\/p>\n\n\n\n

Vous vous souvenez qu\u2019en ce qui concerne le discours philosophique, on nous interdisait d\u2019employer le pronom \u00ab je \u00bb dans la dissertation. Dans le roman, on peut mettre en place la rotation totale et cela permet des \u00e9motions diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n

Donc oui. Je r\u00e9ponds oui \u00e0 votre question.<\/p>\n\n\n\n

Chaque position rh\u00e9torique a sa r\u00eaverie. Il faut les utiliser toutes.<\/p>Pascal Quignard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Je voulais justement parler de la structure du roman avec cette alternance entre un narrateur qui raconte \u00e0 la troisi\u00e8me personne et un narrateur \u2014 parfois narratrice \u2014 qui se confond avec la protagoniste pour raconter \u00e0 la premi\u00e8re personne selon les chapitres. Il y a m\u00eame un \u00ab nous \u00bb qui appara\u00eet \u00e0 un moment.<\/h3>\n\n\n\n

Ce \u00ab nous \u00bb est rare. Benveniste disait que \u00ab nous \u00bb n\u2019\u00e9tait pas une vraie personne en expliquant que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pluriel du \u00ab je \u00bb. Il ne croyait pas \u00e0 la collectivit\u00e9, il ne croyait pas \u00e0 la solidarit\u00e9 du \u00ab nous \u00bb \u2014 ce qui est curieux pour un h\u00e9g\u00e9lien comme il \u00e9tait. <\/p>\n\n\n\n

C’est que je me suis l\u00e2ch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Au d\u00e9but, je faisais attention pour ne pas perdre le lecteur ; ce n\u2019\u00e9tait pas ma volont\u00e9. Puis une fois que c’est parti, c’est parti. Les gens comprennent. Mais ce n’est pas \u00e9vident car il y a quand m\u00eame un manque de personnes. <\/p>\n\n\n\n

Avec ce \u00ab nous \u00bb on assiste m\u00eame \u00e0 la naissance de deux personnes \u2014 ou deux personnes en une seule. C\u2019est dans le chapitre VIII, o\u00f9 l\u2019on passe de la narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne du singulier \u00e0 la premi\u00e8re du pluriel pour raconter le moment o\u00f9 les deux personnages s\u2019embrassent pour la premi\u00e8re fois : \u00ab C’est dans le silence de l’\u00e9glise de Santa Menna, l\u00e0, dans la p\u00e9nombre de la petite chapelle lat\u00e9rale, sous la fresque d\u00e9teinte, deux jours apr\u00e8s nous \u00eatre revus, que dans la matin\u00e9e nous nous pr\u00eemes les mains. Que nous nous enla\u00e7\u00e2mes. \u00bb<\/h3>\n\n\n\n

La p\u00e9nombre permet le \u00ab nous \u00bb\u2026 <\/p>\n\n\n\n

Louise, \u00e0 un moment donn\u00e9, pense \u00e0 son chat mort mais peine \u00e0 se rem\u00e9morer son visage. Comment expliquez-vous ce ph\u00e9nom\u00e8ne assez frustrant qui arrive quand on pense \u00e0 un \u00eatre cher et que les traits de son visage disparaissent dans notre m\u00e9moire ? <\/h3>\n\n\n\n

Je pensais exactement cela en \u00e9crivant ce passage. Cela n\u2019arrive pas qu’avec un chat, bien s\u00fbr, mais aussi avec des personnes. C\u2019est une trahison. Et puis \u00e7a revient.<\/p>\n\n\n\n

Vous savez, c’est extraordinaire parce que je me suis pos\u00e9 la question. Vous pouvez me faire cr\u00e9dit d’\u00eatre sinc\u00e8re \u2014 enfin, c’est peut-\u00eatre moi qui hallucine des choses en vous parlant. Cela arrive surtout avec des gens et c’est peut-\u00eatre plus frappant en vieillissant.<\/p>\n\n\n\n

Par exemple, mon arri\u00e8re-grand-m\u00e8re \u2014 elle \u00e9tait \u00e0 l’enterrement de Victor Hugo donc ce sont quand m\u00eame de vieilles histoires \u2014 lorsqu\u2019elle vient en r\u00eave, je la vois \u00e0 l’\u00e2ge o\u00f9 je l’ai connue. Ce que je veux dire par l\u00e0 \u2014 et qui est tr\u00e8s curieux \u2014 c’est qu\u2019en dormant vous pouvez m\u00eame voir vos parents jeunes \u2014 alors que vous ne les avez pas connus jeunes. Je ne sais pas d’o\u00f9 vient ce rajeunissement dans le r\u00eave. Et puis, parfois, \u00e7a vous fuit compl\u00e8tement. On ne voit plus rien du tout.<\/p>\n\n\n\n

On n’entend plus la voix du tout non plus. La frustration de la voix existe aussi. La voix, c’est plus difficile \u00e0 retenir. Mais parfois, en r\u00eave, \u00e7a revient. C’est un vrai myst\u00e8re. Vous avez raison, cette frustration existe. C’est \u00e0 cela que je faisais allusion. Louise est malheureuse de cela \u2014 et on l\u2019est soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n

Mon grand-p\u00e8re \u00e9tait professeur \u00e0 la Sorbonne. Un jour, je participais \u00e0 une \u00e9mission \u00e0 France Culture et pour me faire plaisir, ils m\u2019ont fait entendre par surprise un enregistrement de mon grand-p\u00e8re qui \u00e9changeait sur l’\u00e9tymologie des mots avec son ton, avec cette sur-articulation de l’\u00e9poque. J\u2019\u00e9tais dans un \u00e9tat de fr\u00e9missement, d’\u00e9motion \u2014  j’aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 fuir le studio.<\/p>\n\n\n\n

La voix toute nue est tr\u00e8s effrayante. C’est peut-\u00eatre pire que l’image.<\/p>\n\n\n\n

N\u2019y a-t-il pas aussi l\u2019imagination qui vient par moments empi\u00e9ter sur la m\u00e9moire et complexifier les choses ?<\/h3>\n\n\n\n

Oui, c\u2019est tr\u00e8s difficile de dissocier l\u2019un de l\u2019autre. J\u2019aime beaucoup le fait que le mot mensonge vienne de mens<\/em>, l’esprit, et que le fonctionnement de l’esprit soit le mensonge. Freud dit bien que la pens\u00e9e est une hallucination.<\/p>\n\n\n\n

L\u00e0, je suis plus sur mon terrain favorable \u2014 j’ai quitt\u00e9 la philosophie, je suis dans la tradition psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n

Je crois que le r\u00eave restaure du souvenir l\u00e0 o\u00f9 le souvenir manque. On revient au cycle de l\u2019eau.<\/p>Pascal Quignard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Tout \u00e0 l’heure, vous avez employ\u00e9 le mot \u00ab trahison \u00bb.<\/h3>\n\n\n\n

Qu\u2019on ne puisse plus susciter l\u2019apparence de ce qu\u2019on a le plus aim\u00e9 est une trahison de notre part. C’est destructeur. C’est nous-m\u00eames qui refusons et tuons quelque chose.<\/p>\n\n\n\n

Mais, Dieu merci, \u00e7a revient. <\/p>\n\n\n\n

Je pense que les r\u00eaves sont peut-\u00eatre faits pour corriger cela. Loin de penser, comme le disent souvent les biologistes, que le circuit se revisiterait la nuit et viderait l’appareil pour pouvoir recommencer \u00e0 z\u00e9ro le matin, je crois que le r\u00eave restaure du souvenir l\u00e0 o\u00f9 le souvenir manque. On revient au cycle de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n

Pourrait-on dire que l’involontaire entre aussi en jeu dans ce processus ? <\/h3>\n\n\n\n

Par rapport \u00e0 la philosophie, dans ma vie, ce que j’\u00e9cris, la musique, toutes ces exp\u00e9riences que j\u2019aies un peu extasi\u00e9es, un peu \u00e9tranges, mes \u00e9motions, etc. \u2014 j\u2019aurai vraiment tr\u00e8s peu connu de moment o\u00f9 la volont\u00e9 pouvait se dire volontaire.\u00a0<\/p>\n\n\n\n

Il y a bien des philosophies enti\u00e8res de la volont\u00e9, comme celle de Descartes, mais je n’y crois pas beaucoup. <\/p>\n\n\n\n

On note dans le roman une importance des couleurs : le bleu est tr\u00e8s pr\u00e9sent, notamment dans le passage \u00e0 Capri. Vouliez-vous mettre cette couleur en particulier en \u00e9vidence ?  <\/h3>\n\n\n\n

On pourrait penser que l\u2019on revient \u00e0 l\u2019eau, \u00e0 la mer. J’ai beaucoup lu sur le sujet et un peu comme pour la diff\u00e9rence entre r\u00e9el, symbolique et imaginaire chez Lacan, je n\u2019ai jamais tr\u00e8s bien compris qu\u2019est-ce qui se refl\u00e9tait dans quoi \u2014 de l\u2019atmosph\u00e8re sur la mer, ou de l\u2019eau sur le ciel. D’o\u00f9 proc\u00e8de le bleu ?<\/p>\n\n\n\n

Je ne suis pas assez dou\u00e9 pour pouvoir r\u00e9pondre. <\/p>\n\n\n\n

Mais je dois dire que je trouve tr\u00e8s belles les miniatures du Moyen \u00c2ge, tout comme les fresques romantiques. Elles me frappent beaucoup. Elles sont plus belles les unes que les autres. La nuit est bleue… Elle n\u2019est devenue noire qu’avec le romantisme.<\/p>\n\n\n\n

J\u2019aurais vraiment tr\u00e8s peu connu de moment o\u00f9 la volont\u00e9 pouvait se dire volontaire.<\/p>Pascal Quignard<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pour r\u00e9pondre \u00e0 votre question, les occurrences que vous avez remarqu\u00e9es sont involontaires. Je n’ai aucune th\u00e9orie des couleurs. Mais le bleu italien, dans les peintures de la Renaissance, qu\u2019est-ce que c\u2019est beau.<\/p>\n\n\n\n

Cependant, la mer est rarement bleue. J’ai comme l’impression que ce sont les nuages qui se r\u00e9fl\u00e9chissent sur elle. Quand le ciel est bleu, je pense que la mer est bleue.<\/p>\n\n\n\n

Je pense aux mers blanches, \u00e0 l\u2019oc\u00e9an gris. C’est magnifique. <\/p>\n\n\n\n

Diriez-vous que c’est aussi un roman sur la mort \u2014 du chat, du p\u00e8re de la protagoniste ; et que le roman est la recherche du tr\u00e9sor cach\u00e9 dans l\u2019\u00e9preuve de la mort, du vide \u2014 dont il est question aussi, le vide laiss\u00e9 par la mer ?<\/h3>\n\n\n\n

Vous avez raison, mais je pense que ce sera plut\u00f4t dans un autre livre que je m’approcherai vraiment de cela. Ce livre porte quand m\u00eame plus sur la vieillesse, sur l’incroyable enrichissement superpos\u00e9 des \u00e2ges \u2014 et ce n\u2019est pas la peur qui les oriente. <\/p>\n\n\n\n

Cela m’a pouss\u00e9 \u00e0 me rendre compte que je n’avais pas du tout, par rapport \u00e0 beaucoup de philosophes \u2014 par rapport \u00e0 la psychanalyse aussi, la m\u00eame conception de la mort comme chose \u00e0 imaginer. Je ne pense pas que ce soit une chose, ni un monde \u00e0 imaginer, ni m\u00eame une exp\u00e9rience \u00e0 imaginer. Donc l\u00e0 o\u00f9 vous avez raison, c\u2019est que cela me travaille.<\/p>\n\n\n\n

Je crois vraiment que le vieillissement est une dur\u00e9e de l’exp\u00e9rience de la vie \u2014 pas de l’exp\u00e9rience de la mort. C’est une exp\u00e9rience enrichissante de la vie. J’ai vu des gens mourir jeunes, je trouve tr\u00e8s frustrant et malheureux qu’ils aient disparu si t\u00f4t, sans conna\u00eetre tout \u2014 avec tout juste le malheur des vingt ans par lesquels nous avons commenc\u00e9 notre conversation.<\/p>\n\n\n\n

Il me semble que la question de la mort est en tout cas tr\u00e8s mal pos\u00e9e en psychanalyse et en philosophie. Le fait d\u2019accorder trop de vie \u00e0 la mort me g\u00eane. Dans la psychanalyse, m\u00ealer l\u2019instinct de vie et l\u2019instinct de mort me d\u00e9range, c\u2019est rapprocher le meurtre et la disparition \u2014 alors que ce n\u2019est pas pareil. Je ne suis pas s\u00fbr que l\u2019exp\u00e9rience de la suppression de l\u2019exp\u00e9rience soit aussi pertinente que l\u2019on croit.<\/p>\n\n\n\n

Vous avez raison de me poser cette question, mais je n\u2019en suis pas encore l\u00e0. La plage ne s\u2019est pas encore d\u00e9couverte ; l’estran n’est pas encore l\u00e0. Cela m\u2019int\u00e9resse, la grande mar\u00e9e finira par arriver.<\/p>\n\n\n\n

Cette vieillesse que vous d\u00e9crivez est-elle une sorte de marche vers la solitude, vers une heureuse solitude ?<\/h3>\n\n\n\n

Il y a quelque chose de l\u2019ordre de l’extase. D\u2019ailleurs, les formes de mystiques sont des choses tout \u00e0 fait incompr\u00e9hensibles dans nos soci\u00e9t\u00e9s actuelles.<\/p>\n\n\n\n

Prenez, par exemple, la d\u00e9cision de Bruno de Cologne, \u00e0 l’an 1000, de quitter Reims pour fonder des chartreuses \u2014 la grande Chartreuse dans les Alpes \u2014 avec interdiction d’ouvrir \u00e0 l’\u00e9tranger et aux mendiants, parce que l’exp\u00e9rience peut \u00eatre solitaire. Le rapport vertical, l’extase vers Dieu \u2014 la fa\u00e7on d’augmenter Dieu de sa propre extase, c\u2019est magnifique. <\/p>\n\n\n\n

Dans le m\u00eame temps, une sorte de communaut\u00e9 d’ermites sans rencontre, c’est tr\u00e8s \u00e9trange. <\/p>\n\n\n\n

En ce moment, je travaille sur un projet autour de Jean de la Croix avec mon ami le merveilleux \u00e9crivain espagnol Ram\u00f3n Andr\u00e9s \u2014 qui est extraordinairement borg\u00e9sien. Ram\u00f3n pr\u00e9tend qu’il est mon disciple, mais ce n’est pas vrai ; il est disciple de Borges.<\/p>\n\n\n\n

Mais tout le monde est disciple de Borges, non ?<\/h3>\n\n\n\n

Moi je ne suis pas assez suisse pour cela ! <\/p>\n\n\n\n

Toujours est-il que Ram\u00f3n Andr\u00e9s me dit qu\u2019on trouve chez Saint Jean de la Croix le plus bel espagnol qui ait jamais exist\u00e9. <\/p>\n\n\n\n

la m\u00fasica callada,<\/em>
la soledad sonora<\/em><\/p>\n\n\n\n

Ces vers et cette solitude sont sublimes. <\/p>\n\n\n\n

C\u2019est assez proche de ce que j\u2019ai essay\u00e9 de faire dans ce livre. Tout devient ravissement.<\/p>\n\n\n\n

Nous parlions tout \u00e0 l\u2019heure des r\u00eaves et de la m\u00e9moire. J\u2019aimerais revenir sur la phrase qui cl\u00f4t le chapitre V : \u00ab M\u00eame une enfance horrible est un paradis perdu. \u00bb Comment analysez-vous ce processus : est-ce qu\u2019on se rend compte a posteriori<\/em>, par les effets du temps, que ce n\u2019\u00e9tait pas si \u00ab horrible \u00bb ou est-ce que la m\u00e9moire enjolive, adoucit un peu les choses, m\u00eame les pires ?<\/h3>\n\n\n\n

Non, il n’y a pas d’enjolivement. C\u2019est l’enfance. C’\u00e9tait le fait d’\u00eatre submerg\u00e9, comme l’\u00e9motion peut l’\u00eatre dans l’enfance. Il y a une qualit\u00e9 d’exp\u00e9rience infinie.<\/p>\n\n\n\n

Si vous songez \u00e0 la premi\u00e8re d\u00e9pression nerveuse, la crise d’angoisse, la panique que l\u2019on a \u2014 je ne vous souhaite rien de tout cela, naturellement \u2014 \u00e7a devient parfaitement infini. On se dit que cela ne va cesser d\u2019augmenter et qu’on ne pourra absolument pas s’en sortir. Bon, il est vrai que la dixi\u00e8me d\u00e9pression nerveuse, si on a la chance d’en avoir fait dix, on sait que cela s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n

Quand je dis cette phrase-l\u00e0 que vous citez, je veux simplement dire que la violence de l’exp\u00e9rience, de toute exp\u00e9rience, prend des proportions absolument immenses qu’on ne peut que regretter ensuite.<\/p>\n\n\n\n

Diriez-vous que ce roman s\u2019inscrit dans une lign\u00e9e un peu romantique dans son rapport au malheur presque comme condition pour avoir acc\u00e8s au beau ? Dans le livre on trouve par exemple des phrases comme \u00ab le chagrin illumine \u00e9trangement le monde \u00bb ou encore \u00ab la m\u00e9lancolie embellit le pr\u00e9sent \u00bb. <\/h3>\n\n\n\n

Peut-\u00eatre. Mais l\u00e0 o\u00f9 le romantisme m\u2019est extr\u00eamement \u00e9tranger c’est dans la subjectivit\u00e9. Ce roman n’est pas une exp\u00e9rience subjective. Il n\u2019y a pas de g\u00e9nie romantique. Il n’y a pas de position d\u2019ego ; c’est le contraire, c’est l’ego qui se d\u00e9fait.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est pour cela que si j\u2019\u00e9tais li\u00e9 \u00e0 Michaux et Blanchot, l\u2019un et l’autre m\u2019\u00e9nervaient aussi. Je n\u2019ai jamais voulu m\u2019h\u00e9ro\u00efser. Cela ne m’a jamais int\u00e9ress\u00e9. J’ai toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 avoir une attitude distante mais totalement modeste \u2014 pas d\u2019effet. <\/p>\n\n\n\n

Ce livre n\u2019est pas romantique, bien que l’exp\u00e9rience soit profonde.<\/p>\n\n\n\n

On l\u2019impression que la protagoniste, Louise, est correctrice de manuscrits mais qu\u2019elle aurait totalement pu \u00eatre \u00e9crivaine, romanci\u00e8re ou po\u00e8te dans ce que nous d\u00e9voile son rapport au monde, son attention aux choses, aux sons, au beau. Pourquoi est-elle correctrice plut\u00f4t qu\u2019autrice ?<\/h3>\n\n\n\n

Pr\u00e9cis\u00e9ment parce que cela aurait fait d\u2019elle une h\u00e9ro\u00efne trop h\u00e9ro\u00efque. <\/p>\n\n\n\n

Lorsque j’ai quitt\u00e9 l’Universit\u00e9 de Vincennes et que j’ai arr\u00eat\u00e9 l’enseignement, je suis moi-m\u00eame devenu correcteur de grec aux \u00e9ditions Belin. J’\u00e9tais tr\u00e8s fier de cela. Je peux vous assurer que c\u2019est un travail tr\u00e8s fastidieux, notamment \u00e0 cause des accents.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est sans doute \u00e0 cause de cela. C\u2019\u00e9tait pour ne pas la mettre en valeur mais pour qu’elle ait assez d’argent pour vivre et qu’elle ait une possibilit\u00e9 de bouger absolument partout. C’est cela qui me paraissait int\u00e9ressant. Il ne fallait pas qu\u2019elle soit en position d\u2019ego. Si elle avait \u00e9t\u00e9 musicienne, elle aurait \u00e9t\u00e9 interpr\u00e8te \u2014 et non compositrice.<\/p>\n\n\n\n

Et puis, peut-\u00eatre que le petit-fils de grammairien a voulu se prolonger \u2014 qui sait ? <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Chez Pascal Quignard, on ne vieillit pas  : on entre dans le \u00ab  grand temps  \u00bb.<\/p>\n

Avec lui, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 comprendre pourquoi les r\u00eaves peuvent parfois restaurer des souvenirs perdus \u2014 et pourquoi il faut toujours vivre deux fois pour vivre vraiment. <\/p>\n

Un grand entretien \u00e0 lire absolument \u00e0 l\u2019occasion de la sortie de son dernier roman \u00ab  Tr\u00e9sor cach\u00e9  \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":271723,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[4344],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-271722","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-litterature","staff-florent-zemmouche","geo-europe"],"acf":[],"yoast_head":"\n\u00abJe suis comme les chats \u2014 je pr\u00e9f\u00e8re les heures de p\u00e9nombre\u00bb, une conversation avec Pascal Quignard | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/04\/06\/je-suis-comme-les-chats-je-prefere-les-heures-de-penombre-une-conversation-avec-pascal-quignard\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00abJe suis comme les chats \u2014 je pr\u00e9f\u00e8re les heures de p\u00e9nombre\u00bb, une conversation avec Pascal Quignard | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Chez Pascal Quignard, on ne vieillit pas : on entre dans le \u00ab grand temps \u00bb. 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