{"id":268466,"date":"2025-03-21T15:37:20","date_gmt":"2025-03-21T14:37:20","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=268466"},"modified":"2025-03-21T15:38:00","modified_gmt":"2025-03-21T14:38:00","slug":"les-visions-de-la-nature-infusent-la-pensee-du-xixe-siecle-une-conversation-avec-thomas-le-roux-et-julien-vincent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/03\/21\/les-visions-de-la-nature-infusent-la-pensee-du-xixe-siecle-une-conversation-avec-thomas-le-roux-et-julien-vincent\/","title":{"rendered":"\u00ab&#160;Les visions de la nature infusent la pens\u00e9e du XIXe si\u00e8cle&#160;\u00bb, une conversation avec Thomas Le Roux et Julien Vincent"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Votre histoire environnementale de la France commence avec une r\u00e9flexion sur les flux de mati\u00e8re, et cette approche vous permet d\u2019op\u00e9rer un premier d\u00e9placement par rapport \u00e0 une histoire \u00e9conomique plus classique. La vision d\u2019une France perdante de la mondialisation qui a lieu au XIXe si\u00e8cle a en effet longtemps \u00e9t\u00e9 dominante, et d\u00e9fendue dans les travaux d\u2019histoire sur la p\u00e9riode. Mais en r\u00e9alit\u00e9, la France occupe une place centrale dans les \u00e9changes mondiaux et en particulier r\u00e9gionaux, et elle en est m\u00eame b\u00e9n\u00e9ficiaire si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aux flux mon\u00e9taires. Pouvez-vous revenir sur ce paradoxe&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>Oui, la France est tr\u00e8s pr\u00e9sente dans la mondialisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier constat est tout de m\u00eame que l\u2019essentiel des flux du m\u00e9tabolisme fran\u00e7ais est local, et que la France est beaucoup moins d\u00e9pendante de ce que l\u2019on appelle les \u00ab&#160;hectares fant\u00f4mes&#160;\u00bb que ne l\u2019est l&rsquo;Angleterre. Une notion clef qui sous-tend ce premier chapitre est celle de \u00ab&#160;m\u00e9tabolisme&#160;\u00bb. \u00c0 partir de cette notion, on peut comprendre \u00e0 la fois que la France reste moins ins\u00e9r\u00e9e dans les flux globaux que l\u2019Angleterre, et qu\u2019en m\u00eame temps, pour toute une s\u00e9rie de secteurs clefs de son \u00e9conomie, elle est tr\u00e8s ins\u00e9r\u00e9e dans ces \u00e9changes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir des sources douani\u00e8res, il est aussi possible de saisir la symbiose entre les activit\u00e9s qui demeurent ancr\u00e9es dans le territoire national, et celles qui d\u00e9pendent des flux globaux. On peut dire du concept de m\u00e9tabolisme qu\u2019il permet d\u2019appr\u00e9hender ensemble les flux de mati\u00e8res et les flux mon\u00e9taires, contre une tendance de l\u2018histoire \u00e9conomique qui, auparavant, se focalisait surtout sur la balance du commerce. Cette notion de m\u00e9tabolisme, qui se retrouve tout au long de l\u2019ouvrage, est en outre relativement conforme \u00e0 la fa\u00e7on dont on pense le territoire et l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise au XIXe si\u00e8cle chez les \u00e9conomistes, les statisticiens, qui ont une vision assez organiciste du territoire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le concept de m\u00e9tabolisme permet d\u2019appr\u00e9hender ensemble les flux de mati\u00e8res et les flux mon\u00e9taires, contre une tendance de l\u2018histoire \u00e9conomique qui, auparavant, se focalisait surtout sur la balance du commerce. <\/p><cite>Julien Vincent<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>Nous r\u00e9fl\u00e9chissions \u00e9galement \u00e0 plusieurs \u00e9chelles avec cette question de m\u00e9tabolisme. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les histoires \u00e9conomiques ont tendance \u00e0 raisonner sur l&rsquo;\u00c9tat-Nation. Les grandes cat\u00e9gories de \u00ab&#160;commerce int\u00e9rieur&#160;\u00bb et de \u00ab&#160;commerce ext\u00e9rieur&#160;\u00bb sont mobilis\u00e9es. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du chapitre est aussi de donner \u00e0 voir tous les \u00e9changes de flux de mati\u00e8res r\u00e9gionaux, qui d\u00e9bordent des fronti\u00e8res, mais qui se d\u00e9roulent bien \u00e0 une \u00e9chelle r\u00e9gionale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le cas du bassin minier de la Belgique en est une bonne illustration, qui permet d&rsquo;apporter un nouvel \u00e9clairage sur cette question du commerce. La France est d\u00e9pendante des importations belges, mais ce sont des capitaux fran\u00e7ais qui d\u00e9tiennent une bonne partie des mines dans le bassin de Mons. Dans ce contexte, ce n\u2019est pas <strong>\u00ab&#160;<\/strong>la France et le monde ext\u00e9rieur&#160;\u00bb, ou <strong>\u00ab&#160;<\/strong>la France et la Belgique&#160;\u00bb, ce sont des r\u00e9gions du Nord de la France et une autre r\u00e9gion du Nord, qui se situe de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re. Il y a donc un m\u00e9canisme que l\u2019on ne peut qualifier de colonisateur, mais qui est une forme d\u2019imp\u00e9rialisme \u00e9conomique. Et en arri\u00e8re-plan, sont mises en place des politiques d\u2019\u00c9tat, des strat\u00e9gies commerciales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Penser \u00e0 partir des flux de mati\u00e8re nous permet donc de r\u00e9gionaliser ces questions, ce qui n\u2019est pas n\u00e9cessairement fait dans des monographies ou des synth\u00e8ses d\u2019histoire \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Tout au long de votre ouvrage, vous cherchez \u00e0 d\u00e9montrer la centralit\u00e9 de la nature et d\u2019une \u00ab&#160;r\u00e9flexivit\u00e9 environnementale&#160;\u00bb dans les perceptions, les discours, les projets politiques, les productions intellectuelles de l\u2019\u00e9poque, loin des st\u00e9r\u00e9otypes d\u2019un XIXe si\u00e8cle \u00ab&#160;stupide&#160;\u00bb, uniquement industrialiste et destructeur. Revenons d\u2019abord sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise. L\u2019environnement, ou plut\u00f4t la nature, sont au c\u0153ur de la R\u00e9volution et des id\u00e9es qui y sont li\u00e9es. R\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, stabilit\u00e9 de la monnaie nationale, propri\u00e9t\u00e9 individuelle et nature sont \u00e9troitement li\u00e9es. Comment comprendre ce que vous d\u00e9nommez l\u2019\u00ab&#160;\u00e9cologie r\u00e9publicaine&#160;\u00bb&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;histoire environnementale fait \u00e0 l&rsquo;histoire de France, \u00e0 la fa\u00e7on dont on \u00e9crit l&rsquo;histoire de France&#160;? Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 des objets mat\u00e9riels et \u00e9conomiques, nous avons souhait\u00e9 op\u00e9rer un second d\u00e9placement, cette fois-ci \u00e0 propos de l\u2019histoire politique, en partant de ce qui repr\u00e9sente l\u2019\u00e9v\u00e9nement politique par excellence de cette p\u00e9riode, la R\u00e9volution de 1789.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9placement que nous op\u00e9rons consiste \u00e0 dire que, \u00e0 partir de 1789, la nature devient un enjeu central de la vie politique. D\u2019abord parce que de nombreux enjeux \u00ab&#160;environnementaux&#160;\u00bb, tr\u00e8s proches de ceux qui nous occupent encore aujourd\u2019hui tels que la place des communs ou le sort des zones humides, sont au centre des d\u00e9bats parlementaires de l\u2019\u00e9poque. La richesse territoriale de la France, dont Lavoisier tente une \u00e9valuation en 1791, appara\u00eet aussi comme une possible solution \u00e0 la crise financi\u00e8re qui est \u00e0 l\u2019origine de la R\u00e9volution. Mais c\u2019est aussi toute l\u2019histoire des assignats, de la r\u00e9forme fiscale et des origines du cadastre qui peut \u00eatre relue de ce point de vue.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le d\u00e9placement que nous op\u00e9rons consiste \u00e0 dire que, \u00e0 partir de 1789, la nature devient un enjeu central de la vie politique.<\/p><cite>Julien Vincent<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Au c\u00f4t\u00e9 de la nature, le religieux constitue un autre enjeu politique majeur. Albert Mathiez, qui avait travaill\u00e9 sur la th\u00e9ophilanthropie il y a plus d\u2019un si\u00e8cle, avait d\u00e9j\u00e0 bien identifi\u00e9 ces ph\u00e9nom\u00e8nes. Toutefois, \u00e0 partir des questionnements d&rsquo;histoire environnementale, on peut d\u00e9placer l\u00e9g\u00e8rement le point de vue. La nature appara\u00eet \u00e0 cette p\u00e9riode comme une sorte de valeur \u00ab&#160;refuge&#160;\u00bb pour fonder une spiritualit\u00e9 nouvelle. On peut penser ici aux \u00ab&#160;arbres de la libert\u00e9&#160;\u00bb, bien s\u00fbr, ou encore au calendrier r\u00e9publicain, qui valorise les plantes saisonni\u00e8res et les travaux agricoles.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>S\u2019agissant de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, ce qui est important, c&rsquo;est que la nature est omnipr\u00e9sente dans la pens\u00e9e r\u00e9publicaine. C&rsquo;est une question de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, effectivement, comme Julien vient de le dire. Plus encore, on observe que toute la philosophie politique, toute une nouvelle dynamique intellectuelle, tente de penser conjointement \u00e9conomie politique et nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela ne signifie pas qu&rsquo;il y a une \u00e9cologie r\u00e9publicaine homog\u00e8ne, d\u00e9fendue par tous les partisans de la R\u00e9publique, mais plut\u00f4t que tous pensent la nature, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Certains en ont une vision utilitariste et \u00e9conomiste&#160;: c&rsquo;est ce qui deviendra l&rsquo;\u00e9conomie politique lib\u00e9rale ou classique du XIX\u1d49 si\u00e8cle. D&rsquo;autres essayent de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette question sous le prisme de la subsistance ou de l&rsquo;harmonie sociale. Il y a donc \u00e9videmment des clivages qui s&rsquo;op\u00e8rent, mais dans son ensemble, c&rsquo;est une p\u00e9riode politique qui peut \u00eatre r\u00e9interrog\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 cette entr\u00e9e \u00ab&#160;nature&#160;\u00bb ou \u00ab&#160;environnement&#160;\u00bb. Le mot \u00ab&#160;environnement&#160;\u00bb n\u2019est pas pr\u00e9sent \u2014 mais le mot \u00ab&#160;nature&#160;\u00bb l\u2019est, dans tous les d\u00e9bats, sur les mines, les for\u00eats, les \u00e9tangs, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre but n\u2019est pas d\u2019op\u00e9rer une r\u00e9volution historiographique, mais d&rsquo;enrichir cette p\u00e9riode sous le prisme de la nature et de l&rsquo;environnement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>C\u2019est vrai, le mot \u00ab&#160;nature&#160;\u00bb est constamment employ\u00e9 pendant la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire. D\u2019ailleurs les contemporains n\u2019ont pas manqu\u00e9 de le remarquer et de s\u2019en plaindre. Un professeur au Coll\u00e8ge de France, Pierre-Charles L\u00e9vesque, connu pour ses travaux sur l\u2019histoire de la Russie, pr\u00e9sente en 1797 un m\u00e9moire dans lequel il d\u00e9nonce les \u00ab&#160;fausses applications&#160;\u00bb de ce mot. Pour ce d\u00e9fenseur des principes de la R\u00e9volution, on a tort d\u2019opposer la nature \u00e0 la culture. Cette m\u00eame critique est reprise plus tard par Louis de Bonald, qui cherche \u00e0 en faire une id\u00e9e contre-r\u00e9volutionnaire. Selon lui, l\u2019\u00e9tat \u00ab&#160;naturel&#160;\u00bb, c\u2019est l\u2019\u00e9tat fini, et donc l\u2019\u00e9tat \u00ab&#160;civilis\u00e9&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cette vision de la nature est \u00e9galement centrale dans la fa\u00e7on de faire de la science, de la penser, et dans les tentatives pour la refonder dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. Pouvez-vous revenir sur cet aspect&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 une vision classique qui voit dans le XIXe si\u00e8cle un moment de sp\u00e9cialisation scientifique, de nombreux travaux sur la \u00ab&#160;science romantique&#160;\u00bb ont insist\u00e9 au contraire sur la volont\u00e9 de synth\u00e8se entre les savoirs. Cette forme d\u2019encyclop\u00e9disme ou de n\u00e9o-encyclop\u00e9disme est aussi une fa\u00e7on de penser la trajectoire historique fran\u00e7aise au lendemain de la R\u00e9volution.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de penser la \u00ab&#160;nature&#160;\u00bb de la France, il faut s\u2019int\u00e9resser \u00e0 sa g\u00e9ologie, \u00e0 son sol, \u00e0 sa faune et sa flore, mais aussi \u00e0 son devenir, \u00e0 ses dynamiques sociales et politiques. Bien loin de s\u00e9parer l\u2019histoire naturelle de l\u2019histoire humaine, les savants du premier XIXe si\u00e8cle vont en chercher les lois ou les dynamiques communes. Ces tentatives se retrouvent au sein de diff\u00e9rentes mouvances politiques, chez les r\u00e9publicains, les socialistes ou les conservateurs. Nombreux parmi eux consid\u00e8rent que la R\u00e9volution fran\u00e7aise est un moment o\u00f9 la nature prend conscience d\u2019elle-m\u00eame. C\u2019est une id\u00e9e que reprendra \u00e0 son compte \u00c9lis\u00e9e Reclus \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle afin de penser, non pas seulement l\u2019histoire de France, mais la modernit\u00e9 dans son ensemble. On constate qu\u2019on est ici loin du r\u00e9cit classique qui fait de la nation fran\u00e7aise le pur produit de la volont\u00e9 politique, un \u00ab&#160;pl\u00e9biscite de chaque jour&#160;\u00bb pour reprendre la c\u00e9l\u00e8bre formule d\u2019Ernest Renan de la fin du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre aspect de la science du premier XIXe si\u00e8cle est qu\u2019elle est tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 une forme de pens\u00e9e religieuse. Un tel constat rel\u00e8ve de l\u2019\u00e9vidence aux \u00c9tats-Unis ou en Angleterre, o\u00f9 l\u2019histoire environnementale accorde une grande attention au fait religieux. C\u2019est moins le cas en France. Pourtant, il y a aussi en France un tr\u00e8s grand souci d\u2019articuler les savoirs scientifiques sur la nature \u00e0 une sorte de religion naturelle, qui pourrait renouveler le christianisme, ou le remplacer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute une mobilisation de pens\u00e9es anciennes. En parall\u00e8le, ou m\u00eame simultan\u00e9ment \u00e0 un effort scientifique, \u00e0 ce que l\u2019on entend par le \u00ab&#160;progr\u00e8s&#160;\u00bb, il y a \u00e9galement un retour \u00e0 des formes anciennes de connaissances et de croyances.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cette tension que vous \u00e9voquez, cette articulation de l\u2019ancien dans le nouveau, traverse votre ouvrage, de cette tentative de fondation d\u2019une nouvelle religion r\u00e9publicaine aux formes d\u2019\u00e9nergies mobilis\u00e9es durant la majeure partie du XIXe si\u00e8cle.&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>Oui, tout \u00e0 fait. Au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle \u2014 et \u00e0 toutes les \u00e9poques, mais c\u2019est particuli\u00e8rement le cas ici \u2014 on retrouve syst\u00e9matiquement une capacit\u00e9 \u00e0 remobiliser l\u2019ancien au sein du nouveau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e, tr\u00e8s mise en avant au sein de ce volume, que l\u2019on ne remplace pas d\u2019anciennes sources d\u2019\u00e9nergie par d\u2019autres, d\u2019anciens proc\u00e9d\u00e9s techniques par d\u2019autres, mais que tous ces \u00e9l\u00e9ments s\u2019ajoutent et se cumulent, me semble tr\u00e8s appropri\u00e9e pour penser aussi les ph\u00e9nom\u00e8nes culturels. En histoire intellectuelle, par exemple, il y a \u00e9galement des modes de pens\u00e9e anciens qui ne disparaissent pas, qui ne sont pas remplac\u00e9s par les sciences modernes, mais qui au contraire s\u2019y int\u00e8grent. Ce qui est vrai pour les modes productifs \u2014 la modernit\u00e9 industrielle ne remplace pas la force musculaire, mais la met \u00e0 son service \u2014 est vrai aussi pour les id\u00e9es. On observe que des sch\u00e8mes \u00ab&#160;archa\u00efques&#160;\u00bb, comme les croyances analogistes dans la transmigration des \u00e2mes, par exemple, sont parfois repris et r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9s pour cr\u00e9er de la nouveaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>Tous les savants de cette \u00e9poque pensent en r\u00e9alit\u00e9 en fonction de la religion, qui n&rsquo;est donc pas du tout \u00e9vacu\u00e9e. Il n&rsquo;y a pas de division entre les pens\u00e9es qui seraient li\u00e9es \u00e0 la religion d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les pens\u00e9es scientifiques de l&rsquo;autre. Il y a une tension, qui r\u00e9side pour les penseurs de l\u2019\u00e9poque dans l\u2019interrogation quant \u00e0 ce que la religion et Dieu leur permettent de faire. Certains affirment alors qu\u2019il faut toucher le moins possible \u00e0 la nature parce qu\u2019elle est l&rsquo;\u0153uvre de Dieu, tandis que d&rsquo;autres d\u00e9clarent que Dieu a laiss\u00e9 aux hommes la possibilit\u00e9 de transformer cette nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a donc pas de s\u00e9paration entre une pens\u00e9e religieuse ou mystique, caract\u00e9ristique d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 plus primitive ou d\u2019Ancien r\u00e9gime, et d&rsquo;autres pens\u00e9es associ\u00e9es plus clairement au r\u00e9gime de la modernit\u00e9. Tous les penseurs s\u2019inscrivent en r\u00e9alit\u00e9 dans un ordre naturel qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par Dieu. Mais pour certains, Dieu a laiss\u00e9 la capacit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;homme de le transformer.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il n&rsquo;y a pas de s\u00e9paration entre une pens\u00e9e religieuse ou mystique, caract\u00e9ristique d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 plus primitive ou d\u2019Ancien r\u00e9gime, et d&rsquo;autres pens\u00e9es associ\u00e9es plus clairement au r\u00e9gime de la modernit\u00e9.<\/p><cite>Thomas Le Roux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse du \u00ab&#160;naturel&#160;\u00bb, le terme \u00ab&#160;artificiel&#160;\u00bb est \u00e9galement tr\u00e8s fr\u00e9quemment mobilis\u00e9. Qu\u2019il s\u2019agisse des produits de la chimie \u2014 comme la soude artificielle, nouveau produit de fabrication de soude min\u00e9rale plut\u00f4t que v\u00e9g\u00e9tale \u2014 ou des questions rurales et agricoles \u2014 avec les prairies artificielles o\u00f9 les herbes ne poussent plus sans \u00eatre sem\u00e9es mais o\u00f9 de nouvelles l\u00e9gumineuses sont plant\u00e9es par l&rsquo;homme \u2014 la notion d\u2019artificialit\u00e9 traverse le champ des pratiques et des savoirs. Encore une fois, l\u2019artificiel, ce n\u2019est pas contre Dieu ou contre la religion. La capacit\u00e9 \u00e0 transformer les milieux est pens\u00e9e en \u00e9troite relation avec la religion.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vous mettez justement en avant le portrait d\u2019une France o\u00f9 l\u2019utilisation du charbon certes s\u2019accro\u00eet au cours du XIXe si\u00e8cle, mais lentement, et o\u00f9 l\u2019essentiel de la force reste celle des \u00e9l\u00e9ments naturels, des animaux, des hommes, des femmes et des enfants, jusque dans les mines de charbon. Peut-on parler d\u2019une sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise, en particulier face \u00e0 une Angleterre bien plus charbonn\u00e9e et m\u00e9canis\u00e9e&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>Nous ne sommes pas les premiers \u00e0 faire ce constat. D&rsquo;autres historiens ont bien montr\u00e9 que la capacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique de la France reposait beaucoup sur l&rsquo;\u00e9nergie hydraulique et sur l&rsquo;\u00e9nergie musculaire, au moins jusqu&rsquo;en 1860. \u00c0 la fin de la p\u00e9riode que nous \u00e9tudions, vers 1860-1870, la mobilisation \u00e9nerg\u00e9tique ne vient majoritairement pas du charbon.<\/p>\n\n\n\n<p>La progression du charbon est r\u00e9elle durant le XIXe si\u00e8cle, mais elle est tr\u00e8s lente. La m\u00eame observation vaut pour les machines \u00e0 vapeur. C&rsquo;est seulement \u00e0 partir du Second Empire que les machines \u00e0 vapeur prennent une place importante dans la grosse industrie. Toutefois, m\u00eame \u00e0 cette \u00e9poque, dans l&rsquo;artisanat, \u00e9videmment dans l&rsquo;agriculture, mais aussi dans un grand nombre d&rsquo;industries, la force musculaire, la force animale et la force hydraulique restent fondamentales. Nous souhaitions mettre cela en avant pour tordre le coup \u00e0 cette id\u00e9e du XIXe si\u00e8cle comme \u00ab&#160;si\u00e8cle du charbon.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Nous souhaitions tordre le coup \u00e0 cette id\u00e9e du XIXe si\u00e8cle comme \u00ab&#160;si\u00e8cle du charbon.&#160;\u00bb<\/p><cite>Thomas Le Roux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Certes, on constate qu\u2019une trajectoire se dessine, d&rsquo;un point de vue plus qualitatif que quantitatif, avec des infrastructures, des usines, et une diversit\u00e9 d\u2019\u00e9quipements reposant de plus en plus sur le charbon. Mais si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la consommation de mati\u00e8res min\u00e9rales, pour revenir \u00e0 notre premier chapitre, elle est sans commune mesure avec ce qui se d\u00e9ploie sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique \u2014 sans parler de la consommation contemporaine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces volumes, tr\u00e8s peu importants, tranchent avec l\u2019image d&rsquo;un XIXe si\u00e8cle destructeur de la nature, o\u00f9 le \u00ab&#160;charbon roi&#160;\u00bb enfume les villes. C\u2019est vrai, les villes sont tr\u00e8s enfum\u00e9es. Mais la masse des polluants, ou la masse des mati\u00e8res \u00e9nerg\u00e9tiques, est quantitativement faible par rapport \u00e0 ce que l&rsquo;on pourrait appeler la biomasse, que ce soient les muscles, le bois ou l&rsquo;eau \u2014 l\u2019\u00e9nergie hydraulique est tr\u00e8s importante \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>Il est possible de lire l\u2019histoire \u00e9nerg\u00e9tique de cette \u00e9poque de deux mani\u00e8res. On peut y voir un m\u00e9canisme que l\u2019on trouve \u00e0 toutes les \u00e9poques et en tout lieu&#160;: la mobilisation par le capitalisme de toutes les ressources disponibles. On peut aussi la lire sous le prisme d&rsquo;une trajectoire singuli\u00e8re et propre \u00e0 la France, alternative \u00e0 la trajectoire anglaise. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une histoire du retard de la France par rapport \u00e0 l\u2019Angleterre. La voie fran\u00e7aise est plut\u00f4t celle d\u2019une intensification de l\u2019\u00e9conomie organique, du \u00ab&#160;travail de la nature&#160;\u00bb comme disait Jean-Baptiste Say, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019Angleterre op\u00e8re plus rapidement le tournant vers les \u00e9nergies fossiles.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Malgr\u00e9 une lente adaptation \u00e0 la m\u00e9canisation, la France n\u2019est pas un pays archa\u00efque. Les for\u00eats, les cours d\u2019eau, les animaux, les hommes, les femmes, les enfants&#160;: toutes les ressources font l\u2019objet d\u2019une intensification croissante. C\u2019est bien cette m\u00eame logique, d\u00e9montrant l\u2019importance de ne pas penser exclusivement en termes d\u2019innovations et de nouveaut\u00e9s, qui s\u2019applique \u00e0 l\u2019histoire \u00e9nerg\u00e9tique fran\u00e7aise du XIXe si\u00e8cle.<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>La France a, \u00e0 cette \u00e9poque, un mod\u00e8le de technique de production de l&rsquo;utilisation \u00e9nerg\u00e9tique destin\u00e9 \u00e0 am\u00e9liorer les rendements plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 faire le choix de la puissance\u2014 ce qui correspondrait plut\u00f4t au mod\u00e8le britannique.<strong> <\/strong>Dans ce cadre-l\u00e0, il n\u2019est pas possible de tirer le constat d&rsquo;un retard ou d&rsquo;une avance, parce que ce sont des mod\u00e8les diff\u00e9rents. Cette diff\u00e9rence ne doit pas cacher un mouvement global, cette industrialisation qui touche l\u2019Europe dans son ensemble, o\u00f9 tous les pays tentent \u00e0 la fois d&rsquo;am\u00e9liorer les rendements et, quand les capitaux sont disponibles, d&rsquo;adopter la puissance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, le syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique fran\u00e7ais est plus efficace. Par la petite m\u00e9canique (notamment la manivelle) et par l&rsquo;intensification du travail domestique, la mobilisation \u00e9nerg\u00e9tique dans la production est en effet meilleure en France qu\u2019en Grande-Bretagne. Les grandes infrastructures pr\u00e9coces en Grande-Bretagne, les capitaux et la puissance d\u00e9ploy\u00e9e sont tr\u00e8s importants, mais leurs rendements ne suivent pas forc\u00e9ment. \u00c0 travers diff\u00e9rents secteurs, l\u2019\u00e9clairage par exemple, nous montrons que si la majeure partie de l\u2019\u00e9clairage parisien autour de 1870 est produite gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019usage de graisses, ou que si l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise consomme environ trois fois plus de mati\u00e8res organiques que de mati\u00e8res min\u00e9rales \u00e0 cette m\u00eame p\u00e9riode, cela ne signifie pas que la France est un pays \u00ab&#160;arri\u00e9r\u00e9&#160;\u00bb, \u00ab&#160;archa\u00efque&#160;\u00bb, en retard, dans la mesure o\u00f9 les rendements sont tr\u00e8s hauts.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>J\u2019ai l\u2019impression, \u00e0 certains \u00e9gards, que nous poursuivons dans ce livre les intuitions qui avaient \u00e9t\u00e9 celles d\u2019Arno Mayer dans son grand livre <em>La Persistance de l\u2019Ancien R\u00e9gime<\/em>. Dans cet ouvrage des ann\u00e9es 1980, il cherchait \u00e0 montrer la persistance des modes de domination ant\u00e9rieurs \u00e0 la R\u00e9volution dans l\u2019Europe du XIXe si\u00e8cle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne d\u00e9crivons toutefois pas tout \u00e0 fait une persistance de l\u2019ancien r\u00e9gime, puisque nous soulignons aussi que des changements profonds sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Ce n\u2019est pas une persistance, c\u2019est plut\u00f4t un r\u00e9agencement de l\u2019architecture d\u2019ensemble, avec un r\u00e9emploi de toutes ses anciennes composantes. Cette fa\u00e7on de relire l\u2019histoire du XIXe si\u00e8cle est l\u2019une des mani\u00e8res d\u2019envisager l\u2019unit\u00e9 de ce volume, car elle ne se limite pas \u00e0 la question \u00e9nerg\u00e9tique ou \u00e0 la sph\u00e8re de la production, mais on la retrouve dans tous les chapitres.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">En parall\u00e8le de ces persistances, il y a \u00e9galement des ruptures. La France devient la premi\u00e8re puissance dans le domaine de l\u2019industrie chimique. Y r\u00e8gne alors un \u00ab&#160;esprit industrialiste&#160;\u00bb, qui fait progressivement \u00e9voluer l\u2019ordre des priorit\u00e9s, la protection n\u00e9cessaire de l\u2019industrie et de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique se substituant \u00e0 celle des citoyens. Pouvez-vous revenir sur les grandes \u00e9tapes et sur les grands acteurs de ce profond changement&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>Notre livre s\u2019intitule <em>La nature en r\u00e9volution <\/em>car, malgr\u00e9 tout, il y a bien des ruptures. Elles ne sont pas n\u00e9cessairement quantitatives, car les processus sont tr\u00e8s lents. Mais d&rsquo;un point de vue structurel, du point de vue des gouvernements et des politiques de l&rsquo;\u00c9tat-nation, une orientation clairement industrialiste est prise \u00e0 partir du tout d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle. En faisant le lien avec l&rsquo;histoire politique, on remarque que c&rsquo;est tout \u00e0 fait en phase avec le Consulat, l&rsquo;Empire, la politique imp\u00e9riale, l&rsquo;autoritarisme d&rsquo;\u00c9tat, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc une trajectoire qui se met en place \u00e0 partir des ann\u00e9es Chaptal, qui est ministre du Consulat de 1800 \u00e0 1804, mais reste tr\u00e8s influent jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1832. On assiste \u00e0 une sorte de \u00ab&#160;chaptalisation&#160;\u00bb de l&rsquo;\u00e9conomie, qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mise en valeur par d&rsquo;autres historiens avant nous.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>D&rsquo;un point de vue structurel, une orientation clairement industrialiste est prise \u00e0 partir du tout d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p><cite>Thomas Le Roux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Plus sp\u00e9cifiquement, ce ph\u00e9nom\u00e8ne se d\u00e9ploie parfaitement en ce qui concerne les pollutions et les nuisances. \u00c0 gros traits, on observe jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution \u2014 ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment jusqu\u2019aux derni\u00e8res d\u00e9cennies de l\u2019Ancien r\u00e9gime \u2014 qu\u2019il existe une aversion assez dominante vis-\u00e0-vis de l\u2019industrie et de ses nuisances. Ce sont des formes de cosmologies locales qui consid\u00e8rent que toutes ces \u00e9manations de l&rsquo;industrie sont n\u00e9fastes \u00e0 la sant\u00e9 publique.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que cette perception est encore dominante jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, elle va \u00eatre remplac\u00e9e par \u00e0-coups progressifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00f4le des chimistes et des scientifiques en g\u00e9n\u00e9ral est central pour comprendre ce processus. Beaucoup produisent la d\u00e9monstration que ces nuisances ne sont pas forc\u00e9ment n\u00e9fastes \u00e0 la sant\u00e9 publique. Elles peuvent l&rsquo;\u00eatre, mais si elles le sont, le recours \u00e0 une forme d&rsquo;\u00e9conomie politique permet de d\u00e9clarer que des zones peuvent \u00eatre sacrifi\u00e9es pour la prosp\u00e9rit\u00e9 nationale, puis pour l\u2019\u00ab&#160;utilit\u00e9 publique&#160;\u00bb \u2014 en particulier avec les enqu\u00eates d\u2019utilit\u00e9 publique utilis\u00e9es \u00e0 partir de 1830. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9conomie politique industrialiste qui se met en place.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 titre d\u2019exemple, toute une s\u00e9rie de travaux scientifiques sur les acides, au moins jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1820, les consid\u00e8rent comme des d\u00e9sinfectants, permettant de l\u00e9gitimer la naissance de l&rsquo;industrie chimique. Cela rejoint une s\u00e9rie de travaux sur la putr\u00e9faction, alors que l\u2019industrie organique manipulant les r\u00e9sidus v\u00e9g\u00e9taux et animaux est encore tr\u00e8s importante, d\u00e9montrant que les mauvaises odeurs ne sont pas, contrairement \u00e0 une croyance tr\u00e8s r\u00e9pandue, dangereuses pour la sant\u00e9. Les mauvaises odeurs ne sont plus pourvoyeuses de ces \u00ab&#160;miasmes&#160;\u00bb que l\u2019on craignait tant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les odeurs sont donc consid\u00e9r\u00e9es comme neutres, et certaines peuvent m\u00eame \u00eatre b\u00e9n\u00e9fiques pour la sant\u00e9 selon les chimistes de l\u2019\u00e9poque. Pendant l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie du chol\u00e9ra en 1832, des m\u00e9decins et des chimistes conseillent ainsi d&rsquo;aller pr\u00e8s des usines pour se soigner gr\u00e2ce aux vapeurs soufr\u00e9es du charbon&#160;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Science \u2014 en particulier chimie \u2014 int\u00e9r\u00eats industriels et \u00e9conomie politique forment donc un triptyque dont Chaptal, le Conseil de Salubrit\u00e9 de Paris et les diff\u00e9rents conseils de salubrit\u00e9 cr\u00e9\u00e9s durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, sont les exemples paradigmatiques. Ce triptyque cr\u00e9e un basculement dans l&rsquo;appr\u00e9hension des pollutions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Concr\u00e8tement, cela se traduit d\u2019abord par le d\u00e9cret imp\u00e9rial de 1810 sur les industries polluantes, qui met dans les mains de l&rsquo;administration ces affaires industrielles. Cela marginalise le r\u00f4le des riverains, des citoyens et de la justice, qui avaient des pr\u00e9rogatives encore tr\u00e8s importantes jusqu\u2019alors. Ce d\u00e9cret est un jalon d\u2019autant plus important qu\u2019il est tr\u00e8s court, et donc tr\u00e8s mall\u00e9able d&rsquo;un point de vue jurisprudentiel. Ce n\u2019est qu\u2019en 1917, avec une loi qui ne trahit pas l\u2019esprit du d\u00e9cret, que de nouveaux principes seront \u00e9dict\u00e9s. En outre, ce d\u00e9cret est v\u00e9ritablement imp\u00e9rial&#160;: tous les pays europ\u00e9ens, finalement, l&rsquo;adoptent \u00e0 la faveur de l&rsquo;expansion imp\u00e9riale apr\u00e8s les ann\u00e9es 1810. Ult\u00e9rieurement, cette loi persiste dans la plupart des pays europ\u00e9ens, en \u00e9tant \u00e9videmment adapt\u00e9e aux circonstances locales. M\u00eame la Grande-Bretagne, \u00e0 partir de 1866, en adopte les principaux aspects du point de vue des proc\u00e9dures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>L\u2019importance des chimistes dans la France du XIXe si\u00e8cle est v\u00e9ritablement cruciale. Comme le disait bien Thomas Le Roux, ils n\u2019ont pas seulement jou\u00e9 un r\u00f4le industriel, mais aussi un r\u00f4le culturel dans la repr\u00e9sentation de la nation. Les chimistes ont fait changer la perception des odeurs, de l&rsquo;environnement, tout en \u00e9tant les inspirateurs de la statistique nationale et par cons\u00e9quent, de la fa\u00e7on de concevoir ce qui est d\u00e9nombrable dans la nation, ce qui est en flux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019importance des chimistes dans la France du XIXe si\u00e8cle est v\u00e9ritablement cruciale. Ils n\u2019ont pas seulement jou\u00e9 un r\u00f4le industriel, mais aussi un r\u00f4le culturel dans la repr\u00e9sentation de la nation.<\/p><cite>Julien Vincent<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Notre volume va de Lavoisier \u00e0 Pasteur, de grandes figures de chimistes qui ont transform\u00e9 non seulement leur science, mais aussi la perception m\u00eame du territoire, de l&rsquo;environnement, de la nation, et de la vie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment s\u2019impose concr\u00e8tement cette vision&#160;? Comment peut-on \u00e9valuer l\u2019influence de ces scientifiques, \u00e0 mi-chemin entre le monde politique, la science et l\u2019industrie&#160;? Font-ils face \u00e0 des contestations&#160;?&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>L\u2019acceptation des pollutions et des nuisances n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 ni rapide, ni compl\u00e8te. En fait, pendant toute la p\u00e9riode \u2014 et ce jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours \u2014 il existe des personnes, souvent des voisins des usines, qui s&rsquo;opposent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement d\u2019une fabrique \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de chez eux. Pour contrer ce discours, pour l\u2019oblit\u00e9rer, les \u00e9lites \u00e9conomiques et administratives tiennent le discours d\u2019une assimilation entre production et prosp\u00e9rit\u00e9. C\u2019est l\u2019image de la chemin\u00e9e qui fume&#160;: la production fait la prosp\u00e9rit\u00e9 de la nation. Ce sont des arguments qui rel\u00e8vent clairement de l&rsquo;id\u00e9ologie, ou d&rsquo;une forme de propagande, et qui infusent la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette infusion n\u2019est pas compl\u00e8te. D&rsquo;une part, certains acteurs rejettent la modernit\u00e9 industrielle, en consid\u00e9rant qu\u2019elle brise les relations sociales, des formes de vie et de communaut\u00e9 qui ne sont pas en phase avec une \u00e9volution aussi rapide et abrupte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a \u00e9galement toutes celles et tous ceux qui en p\u00e2tissent concr\u00e8tement, du fait d&rsquo;int\u00e9r\u00eats particuliers ou collectifs, mais toujours localement. Ce n\u2019est pas propre au XIXe si\u00e8cle&#160;: vivre \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019une usine polluante est tr\u00e8s contraignant, sans m\u00eame parler des effets sur la sant\u00e9. Lorsque l\u2019on a l&rsquo;habitude de p\u00eacher dans une rivi\u00e8re et que l&rsquo;on constate la disparition de la ressource en poissons, ou bien lorsque l\u2019on \u00e9tend son linge dans la cour de sa maison et que le linge est recouvert de suie, ou que l\u2019on cultive un jardin et que toutes les plantations d\u00e9p\u00e9rissent, les nuisances des usines polluantes apparaissent de mani\u00e8re flagrante.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce nouveau monde industriel est g\u00eanant, incommode, parfois dangereux. Plus encore que les nuisances, une usine \u00e0 gaz peut exploser, et certaines ont effectivement explos\u00e9. Au-del\u00e0 de l\u2019id\u00e9ologie g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;adh\u00e9sion ou pas au progr\u00e8s, \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la modernit\u00e9 industrielle, il y a un autre aspect, compl\u00e9mentaire, qui est celui d\u2019\u00eatre simplement le voisin imm\u00e9diat de ces infrastructures. On peut en tirer des b\u00e9n\u00e9fices si l\u2019on y travaille, mais on peut aussi en avoir des effets tr\u00e8s concrets, qui provoquent effectivement des nuisances.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>La R\u00e9volution et l&rsquo;Empire consacrent le mod\u00e8le du citoyen propri\u00e9taire avec le Code civil de 1804. Mais dans le rapport avec la nature, on constate que ce mod\u00e8le ne peut pas parfaitement fonctionner. Au-del\u00e0 des nuisances, tous les conflits sociaux autour des choses naturelles en sont un indicateur. L\u2019absence de Code rural rend ces probl\u00e8mes particuli\u00e8rement vifs. Alors qu\u2019un Code rural devait, comme le Code forestier adopt\u00e9 en 1827<strong>, <\/strong>compl\u00e9ter le Code civil, cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 le cas, entra\u00eenant des conflits multiples \u2014 autour des cours d\u2019eau, autour de l\u2019usage des for\u00eats comme communs o\u00f9 l\u2019on va faire pa\u00eetre son b\u00e9tail et r\u00e9colter du bois \u2026<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il faut attendre les ann\u00e9es 1850 pour qu\u2019une \u00ab&#160;rupture m\u00e9tabolique&#160;\u00bb entre villes et campagnes s\u2019enclenche v\u00e9ritablement et que les engrais min\u00e9raux, import\u00e9s puis artificiels, commencent \u00e0 \u00eatre largement recherch\u00e9s et utilis\u00e9s. Tout au long de la p\u00e9riode, les petites exploitations demeurent importantes. Et pourtant, cela ne signifie pas que la France est ce pays des \u00ab&#160;pratiques archa\u00efques&#160;\u00bb, de l\u2019agriculture vivri\u00e8re, du faible rendement. Pouvez-vous revenir sur ce paradoxe apparent&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>Il faut d\u2019abord pr\u00e9ciser qu\u2019en mati\u00e8re agricole, dans la gestion des sols, l\u2019inertie prime, et ce malgr\u00e9 la r\u00e9volution, le morcellement des propri\u00e9t\u00e9s, les nouvelles modes culturales, les rendements et l&rsquo;adoption de nouvelles cultures. Il y a beaucoup d&rsquo;exp\u00e9rimentations, mais en r\u00e9alit\u00e9, si l\u2019on consid\u00e8re la totalit\u00e9 des hectares cultiv\u00e9s, il y a une grande permanence des cultures et de leur rendement jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1870. Donc, effectivement, la rupture m\u00e9tabolique appara\u00eet tardivement.<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019a dit, on peut noter une progression des rendements et des \u00e9changes intra r\u00e9gionaux notamment, ce qui est aussi permis par la r\u00e9volution dans les modes de transports. L\u2019inertie qui prime, ce n\u2019est pas forc\u00e9ment celle des pratiques ou des modes de pens\u00e9e, c\u2019est dans la fa\u00e7on m\u00eame de cultiver la terre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>La notion de rupture m\u00e9tabolique n\u2019est peut-\u00eatre pas la plus \u00e9clairante, car trop surplombante. Si l\u2019on observe bien l&rsquo;intensification des modes productifs et de toute une s\u00e9rie de savoirs, de techniques et de dispositifs pour am\u00e9liorer le sol et les cultures, certaines pratiques restent centrales. Les mara\u00eechers, que nous \u00e9tudions dans le livre, constituent un objet tr\u00e8s peu connu dans l\u2019histoire du XIXe si\u00e8cle, alors qu\u2019ils y sont pourtant essentiels. \u00c0 grande proximit\u00e9 des villes, ils cultivent des produits importants pour les consommateurs urbains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire environnementale permet aussi cela&#160;: en op\u00e9rant des d\u00e9placements, elle identifie des objets n\u00e9glig\u00e9s, qui pourront faire l\u2019objet de recherches futures.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tudie en ce moment le cas de la production laiti\u00e8re. Le lait n&rsquo;\u00e9tait pas un produit d&rsquo;alimentation urbain jusqu\u2019au dernier tiers du XVIIIe si\u00e8cle, en dehors du beurre et du fromage. On observe alors l\u2019av\u00e8nement du lait en tant que boisson. Ce lait est produit en ville, parce qu\u2019il est tr\u00e8s p\u00e9rissable, entra\u00eenant donc l&rsquo;irruption des \u00e9tables urbaines.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L\u2019histoire environnementale permet aussi cela&#160;: en op\u00e9rant des d\u00e9placements, elle identifie des objets n\u00e9glig\u00e9s, qui pourront faire l\u2019objet de recherches futures.<\/p><cite>Julien Vincent<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien l\u2019un de ces objets n\u00e9glig\u00e9s jusqu\u2019alors, que Julien Vincent vient d\u2019\u00e9voquer. Les mara\u00eechers, qui forment une premi\u00e8re couronne p\u00e9riurbaine, profitent r\u00e9ellement d\u2019un engrais produit en ville, notamment par les chevaux, que nous \u00e9tudions dans le livre, mais \u00e9galement par les milliers de vaches pr\u00e9sentes dans le tissu urbain, de Paris et plus largement, de toutes les grandes villes. Cela contribue \u00e0 la forte productivit\u00e9 d&rsquo;une agriculture vivri\u00e8re de proximit\u00e9, qui permet de relativiser cette \u00ab&#160;rupture m\u00e9tabolique&#160;\u00bb, cette rupture des \u00e9changes organiques entre ville et campagne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>Nous parlions des chimistes, mais il faut \u00e9galement souligner le r\u00f4le des v\u00e9t\u00e9rinaires dans l&rsquo;am\u00e9lioration du rendement des mati\u00e8res animales, du cro\u00eet animal ainsi que la cr\u00e9ation, avec la zootechnie, de nouvelles races r\u00e9gionalis\u00e9es et sp\u00e9cialis\u00e9es dans la production de certaines mati\u00e8res animales. Le lait, mais aussi la viande et d&rsquo;autres mati\u00e8res animales font l\u2019objet d\u2019un travail scientifique sur les animaux eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit la notion de \u00ab&#160;rupture m\u00e9tabolique&#160;\u00bb est \u00e9clairante mais elle ne doit pas faire oublier la richesse des techniques mobilis\u00e9es pour intensifier l&rsquo;\u00e9conomie organique, ici des formes d\u2019agriculture que l\u2019on aurait pu penser archa\u00efques, qui semble l\u2019emporter sur un quelconque ph\u00e9nom\u00e8ne de rupture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est plut\u00f4t \u00e0 la fin de la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e que des engrais ext\u00e9rieurs \u00e0 ces \u00e9changes locaux de mati\u00e8res sont import\u00e9s en nombre. C&rsquo;est le cas du guano, import\u00e9 du P\u00e9rou, ou du nitrate de potasse, qui permettent pendant quelques dizaines d&rsquo;ann\u00e9es d\u2019accro\u00eetre la fertilit\u00e9 des sols \u2014 avant que d&rsquo;autres r\u00e9volutions, ult\u00e9rieures n\u2019adviennent dans le domaine des engrais artificiels notamment. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que l\u2019on pourra parler de \u00ab&#160;rupture m\u00e9tabolique&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne remet \u00e9videmment pas en cause l&rsquo;id\u00e9e que dans les ann\u00e9es 1860-1880, quelque chose d\u2019important se passe dans les \u00e9changes ville-campagne. La transformation n\u2019est pas brutale, mais voit les \u00e9changes de mati\u00e8res entre villes et campagnes diminuer. C\u2019est la fin de la p\u00e9riode que l\u2019on a \u00e9tudi\u00e9e dans ce premier volume, et c\u2019est un des sens de la c\u00e9sure entre le volume un et le volume deux, qui s\u2019int\u00e9ressera \u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La France s\u2019am\u00e9nage tout au long du XIXe si\u00e8cle&#160;: voies navigables, routes, villes, voies ferr\u00e9es\u2026 Ce qui est frappant, ce sont les continuit\u00e9s qui semblent se dessiner entre les diff\u00e9rents r\u00e9gimes de l\u2019\u00e9poque. Quelles sont donc les grandes transformations de l\u2019\u00e9poque, et les projets politiques et commerciaux qui s\u2019y dessinent&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>Dans le grand projet d\u2019am\u00e9nagement et de transformation des modes de transport, on retrouve certains des acteurs d\u00e9j\u00e0 \u00e9tudi\u00e9s dans les autres chapitres. Ce sont ces ing\u00e9nieurs, polytechniciens, saint-simoniens, formant une diversit\u00e9 d\u2019acteurs qui envisagent la nation comme un organisme travers\u00e9 de flux. Les transports apparaissent alors comme une mani\u00e8re de rationaliser, d&rsquo;am\u00e9liorer le rendement, d&rsquo;optimiser tous ces flux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce mode de pens\u00e9e s&rsquo;applique aussi bien \u00e0 des modes de transport \u00ab&#160;traditionnels&#160;\u00bb, \u00ab&#160;archa\u00efques&#160;\u00bb, mais qui n&rsquo;ont jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre renouvel\u00e9s, qu\u2019\u00e0 de nouveaux modes de transport, en particulier le train. Une avant-garde intellectuelle, les plus grands ing\u00e9nieurs fran\u00e7ais, issus des Ponts et Chauss\u00e9es, \u00e0 l\u2019instar d\u2019un Dupuy, vont ainsi r\u00e9nover et transformer les voies fluviales et les routes. Il y a une symbiose entre ces modes de transport anciens, et les nouveaux, comme le train.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien l\u2019intensification de deux modes d&rsquo;infrastructures qui existaient d\u00e9j\u00e0 que l\u2019on observe. On pense notamment aux chemins vicinaux, qui font l\u2019objet d\u2019investissements cons\u00e9quents et d\u2019am\u00e9liorations tr\u00e8s importantes sur ces derniers maillons de l&rsquo;irrigation routi\u00e8re du territoire, permettant un d\u00e9senclavement des villages ou des petits bourgs. Tout cela se fait en amont, mais aussi en parall\u00e8le du d\u00e9veloppement des chemins de fer, qui apportent des moyens d&rsquo;\u00e9change suppl\u00e9mentaires. En r\u00e9alit\u00e9, le maillage routier ou des canaux fluviaux a bien plus progress\u00e9 au XIXe si\u00e8cle que le r\u00e9seau ferroviaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme pour la machine \u00e0 vapeur, l\u2019essentiel des transformations ou ruptures se fait apr\u00e8s les ann\u00e9es 1860. On voit advenir un maillage territorial qui permet la mise en place d\u2019\u00e9changes interr\u00e9gionaux assez efficaces parce que, en dessous d&rsquo;un certain seuil, les quelques liaisons dont on dispose ne permettent pas de redistribuer les cartes du commerce. Ce sont les routes qui ont assur\u00e9 cette redistribution aux \u00e9chelles r\u00e9gionales jusqu\u2019\u00e0 la fin de la p\u00e9riode que nous avons \u00e9tudi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>En r\u00e9alit\u00e9, le maillage routier ou des canaux fluviaux a bien plus progress\u00e9 au XIXe si\u00e8cle que le r\u00e9seau ferroviaire.<\/p><cite>Thomas Le Roux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas de nier ou minimiser le r\u00f4le du chemin de fer. Il y a une importante mobilisation de capitaux, des d\u00e9bats vifs quant aux expropriations des habitants se situant sur les plans des lignes de chemin de fer. N\u00e9anmoins, si un bien plus grand nombre de marchandises sont \u00e9chang\u00e9es durant la p\u00e9riode, c\u2019est surtout du fait du d\u00e9veloppement des voies de terre et des voies fluviales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">C\u2019est donc un changement dans la vision du monde qui s\u2019op\u00e8re&#160;: les distances sont r\u00e9tr\u00e9cies, les communications de longue distance avec la t\u00e9l\u00e9graphie deviennent possibles, la cartographie permet de se repr\u00e9senter et de s\u2019approprier le territoire national mais aussi les territoires colonis\u00e9s. Quels en sont les effets sur les citoyens, leurs pratiques, leur quotidien et leur vision du monde&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>C\u2019est un sujet auquel nous avons constamment pens\u00e9. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on pourrait appeler, non pas <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2020\/10\/08\/francois-hartog\/\">les r\u00e9gimes d&rsquo;historicit\u00e9, selon l\u2019expression de Fran\u00e7ois Hartog<\/a>, mais les r\u00e9gimes de temporalit\u00e9, et le rapport entre les temps v\u00e9cus des diff\u00e9rents acteurs sociaux et leur fa\u00e7on de penser les rapports entre le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir. M\u00eame si nous n\u2019y avons pas accord\u00e9 un chapitre entier, ce questionnement revient dans tous nos chapitres. Pour ce qui est des transports, on passe de 6,1 millions de voyageurs par le chemin de fer en 1841, \u00e0 20 millions en 1851, et 100 millions en 1867. Il fallait une dizaine de jours pour aller de Paris \u00e0 Lyon \u00e0 pied au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, et environ quatre jours en diligence&#160;; en 1870, cela ne prend plus que neuf heures par le train, au rythme de 54 km\/h environ. Ce sont des exemples concrets d\u2019un sentiment d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration qui touche in\u00e9galement la population, mais qui traverse tout de m\u00eame l\u2019ensemble du corps social.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La fin du XVIIIe si\u00e8cle et le XIXe si\u00e8cle sont des moments de domestication des paysages&#160;: on les reproduit pour mieux les ma\u00eetriser, on s\u2019int\u00e9resse aux animaux en les empaillant ou en les mettant en cage, tandis que dans les espaces ruraux, toute forme de paysage non productiviste peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab&#160;nuisible&#160;\u00bb. Progr\u00e8s scientifique et progr\u00e8s de l\u2019exploitation des territoires semblent alors aller de pair, dans un mouvement de s\u00e9paration entre nature et culture. Pouvez-vous revenir sur ce lien, et cette approche du paysage&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>Faire un chapitre sur les paysages nous a paru important car la notion inclut des formes de repr\u00e9sentation de l\u2019environnement. Cela permet de r\u00e9introduire un peu de transdisciplinarit\u00e9, sachant que le paysage est originellement une notion plut\u00f4t culturelle et artistique. Le mot \u00ab&#160;paysage&#160;\u00bb est mobilis\u00e9 \u00e0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, voire un peu avant, \u00e0 propos de la repr\u00e9sentation de la nature, du panorama, de tout ce qui peut \u00eatre per\u00e7u par un regard et retranscrit en peinture.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une fa\u00e7on de r\u00e9introduire de l\u2019histoire culturelle et institutionnelle dans les mutations du paysage, d\u2019en d\u00e9crire certains aspects, et de traiter \u00e9galement le rapport des soci\u00e9t\u00e9s humaines \u00e0 ce paysage v\u00e9cu, \u00e0 ce qui les environne. \u00c0 travers ce regard, ce rapport, on peut \u00e9galement \u00e9tudier ces processus de domestication, de ma\u00eetrise et de contr\u00f4le de ce qui environne les soci\u00e9t\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des formes d&rsquo;interventionnisme de plus en plus importantes, des paysages sont massivement fa\u00e7onn\u00e9s, certains sont alt\u00e9r\u00e9s. Face \u00e0 ces changements d\u2019ampleur, les d\u00e9nonciations se font aussi jour, de m\u00eame que des initiatives de restauration et de protection. C&rsquo;est la p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019on observe l\u2019\u00e9mergence de mouvements intellectuels ou de mobilisation citoyenne pour la d\u00e9fense de certains paysages. On peut penser au mouvement de d\u00e9fense de la for\u00eat de Fontainebleau par exemple, avec des grands intellectuels, des artistes, r\u00e9unis dans ce qui a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 l\u2019\u00c9cole de Barbizon \u2014 appellation remise en cause maintenant \u2014 avec des peintres comme Th\u00e9odore Rousseau, Charles-Fran\u00e7ois Daubigny, Gustave Courbet ou Jean-Fran\u00e7ois Mille. Ce sont les communaut\u00e9s d\u2019usage, comme nous le disons dans le livre, les forestiers, les chasseurs et les p\u00eacheurs, les protecteurs des animaux, les \u00ab&#160;esth\u00e8tes&#160;\u00bb ou les naturalistes, qui per\u00e7oivent ces changements et se structurent pour d\u00e9noncer des transformations et alt\u00e9rations de ces paysages.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>La perception des paysages change au XIX\u1d49 si\u00e8cle, c&rsquo;est une \u00e9vidence. On a en t\u00eate la question du paysage romantique \u2014 Rousseau et <em>Les R\u00eaveries du promeneur solitaire <\/em>ou <em>La Nouvelle H\u00e9lo\u00efse <\/em>\u2014 ou les sublimations d\u2019une nature sauvage, les r\u00e9cits d\u2019exp\u00e9ditions scientifiques \u2014 comme celle d\u2019Alexander von Humboldt et d\u2019Aim\u00e9 Bonpland, qui racontent leur exp\u00e9dition en Am\u00e9rique du Sud entre 1799 et 1804 dans <em>Le<\/em> <em>Voyage aux r\u00e9gions \u00e9quinoxiales du Nouveau Continent<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Par rapport \u00e0 cette histoire classique, gr\u00e2ce aux outils de l\u2019histoire environnementale, il nous est possible de mettre en lumi\u00e8re d&rsquo;autres dynamiques&#160;: ces logiques de stabilisation, de pr\u00e9servation, de conservation. On peut penser ici \u00e0 la distinction que font les Anglais entre le paysage \u00ab&#160;<em>landscape<\/em>&#160;\u00bb et le \u00ab&#160;<em>timescape<\/em>&#160;\u00bb \u2014 c&rsquo;est \u00e0 dire que le paysage, c&rsquo;est le lieu o\u00f9 on peut observer diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s qui coexistent et qui sont en m\u00eame temps diff\u00e9rents usages de la nature qui s\u2019articulent.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Il y a tout de m\u00eame des inqui\u00e9tudes qui surgissent, notamment \u00e0 propos de la d\u00e9forestation, et m\u00eame la naissance d\u2019une \u00ab&#160;pr\u00e9-\u00e9cologie&#160;\u00bb. Quels en sont les acteurs, les objectifs, la port\u00e9e&#160;? Ce mouvement a-t-il eu une influence pour les mouvements futurs&#160;?<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, la p\u00e9riode est celle de la naissance du concept d\u2019 \u00ab&#160;\u00e9cologie&#160;\u00bb, en 1866 en Allemagne. La fin de la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e est aussi le moment o\u00f9 des intellectuels commencent \u00e0 faire l\u2019apprentissage des transformations tr\u00e8s rapides des environnements, \u00e0 l\u2019instar d\u2019\u00c9lis\u00e9e Reclus, que nous citons dans la conclusion de l\u2019ouvrage. \u00c0 la fin de sa grande synth\u00e8se intitul\u00e9e <em>La Terre<\/em>, il \u00e9crit que les hommes sont \u00ab&#160;devenus, par la force de l\u2019association, de v\u00e9ritables agents g\u00e9ologiques, ils ont transform\u00e9 de diverses mani\u00e8res la surface des continents, chang\u00e9 l\u2019\u00e9conomie des eaux courantes, modifi\u00e9 les climats eux-m\u00eames, d\u00e9plac\u00e9 les faunes et les flores.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Nous donnons donc un aper\u00e7u, sans l\u2019\u00e9tudier trop longuement, de quelques formes de proto-\u00e9cologie, ou de proto-histoire du mouvement \u00e9cologiste. Il n&rsquo;y a cependant pas encore vraiment d&rsquo;associations de d\u00e9fense du paysage, mais il y a des acteurs qui, sans doute en d\u00e9phasage par rapport \u00e0 la modernit\u00e9 productiviste, souhaitent ralentir le mouvement ou prot\u00e9ger certaines zones. Les \u00e9l\u00e9ments de cette histoire sont encore un peu \u00e9pars. En particulier si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 certaines grandes transformations, tel que l&rsquo;am\u00e9nagement forestier, notamment dans le d\u00e9partement des Landes, avec toutes ces plantations, ces dynamiques d\u2019assainissement, ces transformations tr\u00e8s profondes, il y aurait sans doute beaucoup de choses \u00e0 dire sur l&rsquo;\u00e9volution locale, les r\u00e9actions, les associations et mouvements qui peuvent se d\u00e9velopper en r\u00e9action \u00e0 ces dynamiques.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Nos recherches donnent un aper\u00e7u de quelques formes de proto-\u00e9cologie, ou de proto-histoire du mouvement \u00e9cologiste.\u00a0<\/p><cite>Thomas Le Roux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Julien Vincent<\/h4>\n\n\n\n<p>Le parti pris de notre ouvrage est moins de chercher les origines d&rsquo;un mouvement \u00e9cologiste que de pr\u00e9supposer une \u00e9cologie pr\u00e9sente un peu partout, sous diff\u00e9rentes formes, concurrentes, rivales. Ce qui, \u00e0 partir d&rsquo;un certain moment, va \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab&#160;mouvement \u00e9cologiste&#160;\u00bb ou de \u00ab&#160;pens\u00e9e \u00e9cologiste&#160;\u00bb n\u2019est finalement que la recomposition d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui \u00e9taient pr\u00e9sents dans diff\u00e9rents courants ant\u00e9rieurs, qui ont r\u00e9organis\u00e9 la grande diversit\u00e9 des \u00e9cologies, qui est bien plus centrale pour notre livre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thomas Le Roux<\/h4>\n\n\n\n<p>Pour illustrer cette diversit\u00e9, on peut penser \u00e0 diff\u00e9rents acteurs, comme l\u2019agronome Jean-Baptiste Rougier, baron de la Bergerie, qui critique les agronomes et ing\u00e9nieurs faisant la \u00ab&#160;guerre \u00e0 la jach\u00e8re&#160;\u00bb par d\u00e9sir d\u2019intensifier l\u2019usage et la productivit\u00e9 des terres \u2014 quand la pratique de la jach\u00e8re cherche au contraire \u00e0 prot\u00e9ger des sols dont les agriculteurs sont tr\u00e8s d\u00e9pendants. Rougier a pourtant \u00e9t\u00e9 un modernisateur jusqu\u2019\u00e0 la fin de l&rsquo;Empire et se situe plut\u00f4t dans une cosmologie conservatrice rurale ou agraire. Il d\u00e9fend apr\u00e8s 1815 une certaine vision de la nature contre les d\u00e9frichements, contre l&rsquo;ass\u00e8chement des marais, contre l&rsquo;industrialisation de l&rsquo;\u00e9levage.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut croiser \u00e9galement des pens\u00e9es plus socialisantes, fouri\u00e9ristes, sur des formes d&rsquo;autonomie locales de gestion des ressources et non plus capitalistes ou productivistes \u00e0 grande \u00e9chelle. Nous avons parl\u00e9 d\u2019\u00c9lis\u00e9e Reclus, mais avant lui d\u2019autres acteurs d\u00e9fendent des visions presque anarchistes, comme Fran\u00e7ois-Vincent Raspail, qui s&rsquo;insurge \u00e0 la fois contre l&rsquo;exploitation de la nature, et contre le capitalisme, d\u00e9non\u00e7ant de 1845 \u00e0 sa mort en 1878 les poisons industriels et les \u00ab&#160;maudites usines&#160;\u00bb, contre l\u2019acad\u00e9misme des savants.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes donc face \u00e0 des cosmologies, \u00e0 des pens\u00e9es politiques et \u00e0 des acteurs aux parcours tr\u00e8s diff\u00e9rents, mais comme dans le reste de l\u2019ouvrage, ce qu\u2019il faut remarquer c\u2019est \u00e0 quel point les visions de la nature infusent la pens\u00e9e du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le XIXe si\u00e8cle fran\u00e7ais est traditionnellement celui de l\u2019industrie, des r\u00e9volutions, du prom\u00e9th\u00e9isme, de l\u2019innovation. <\/p>\n<p>Dans <em>La nature en r\u00e9volution<\/em>, des chercheurs en histoire environnementale montrent en quoi c&rsquo;est aussi, pour une large part, celui de la nature.<\/p>\n<p>Entretien avec deux auteurs de cette synth\u00e8se incontournable.<\/p>\n","protected":false},"author":36974,"featured_media":268478,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1730],"tags":[],"staff":[3045],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-268466","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-energie-et-environnement","staff-clement-fontanarava","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>\u00abLes visions de la nature infusent la pens\u00e9e du XIXe si\u00e8cle\u00bb, une conversation avec Thomas Le Roux et Julien Vincent | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/03\/21\/les-visions-de-la-nature-infusent-la-pensee-du-xixe-siecle-une-conversation-avec-thomas-le-roux-et-julien-vincent\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00abLes visions de la nature infusent la pens\u00e9e du XIXe si\u00e8cle\u00bb, une conversation avec Thomas Le Roux et Julien Vincent | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Le XIXe si\u00e8cle fran\u00e7ais est traditionnellement celui de l\u2019industrie, des r\u00e9volutions, du prom\u00e9th\u00e9isme, de l\u2019innovation.   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