{"id":263004,"date":"2025-02-19T15:00:35","date_gmt":"2025-02-19T14:00:35","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=263004"},"modified":"2025-02-20T16:45:21","modified_gmt":"2025-02-20T15:45:21","slug":"larchitecture-du-developpement-a-lere-trump-pour-un-tournant-geopolitique-de-la-solidarite-europeenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2025\/02\/19\/larchitecture-du-developpement-a-lere-trump-pour-un-tournant-geopolitique-de-la-solidarite-europeenne\/","title":{"rendered":"Le pivot g\u00e9opolitique du d\u00e9veloppement"},"content":{"rendered":"\n
Cette note est disponible <\/em>en anglais sur le site du Groupe d\u2019\u00e9tudes g\u00e9opolitiques<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n D\u00e9mant\u00e8lement de USAID <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, sortie de l\u2019Accord de Paris, retrait de l\u2019OMS <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> et annonces de possibles r\u00e9ductions ou de suspension des contributions \u00e0 plusieurs agences onusiennes (UNRWA <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, UNESCO <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, UNFPA <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>), critiques envers la Banque mondiale et le Fonds mon\u00e9taire international : les premiers jours du second mandat du Pr\u00e9sident Trump sont marqu\u00e9s par un durcissement majeur de sa politique en mati\u00e8re d\u2019aide au d\u00e9veloppement, qu\u2019elle soit bilat\u00e9rale ou multilat\u00e9rale. Une seule boussole d\u00e9sormais : le soutien aux int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires des \u00c9tats-Unis<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Donald Trump est en train de faire vaciller une architecture du d\u00e9veloppement mise en place il y a 80 ans et au c\u0153ur du projet de paix et de prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019apr\u00e8s-guerre mondiale. Cette architecture, pourtant pens\u00e9e d\u00e8s son origine par les \u00c9tats-Unis comme un projet de puissance et d\u2019organisation du monde, r\u00e9siste mal \u00e0 l\u2019approche \u00ab hyperr\u00e9aliste \u00bb \u2014 priorit\u00e9 absolue aux int\u00e9r\u00eats nationaux, rejet du multilat\u00e9ralisme, vision hobbesienne des relations internationales \u2014 que Trump d\u00e9cline dans toutes les dimensions de sa politique ext\u00e9rieure \u2014 politique commerciale, gestion des conflits, etc.<\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 ce choc, la politique de solidarit\u00e9 internationale n\u2019a pas d\u2019autre choix que de se r\u00e9inventer.<\/p>\n\n\n\n Entre l\u2019approche id\u00e9aliste institutionnalis\u00e9e de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me de d\u00e9veloppement \u2014 coop\u00e9ration et rationalit\u00e9 collective, engagement autour des r\u00e8gles internationales \u2014 qui s\u2019est progressivement autonomis\u00e9 des pouvoirs politiques et l\u2019approche hyperr\u00e9aliste de maximisation les gains pouvant \u00eatre obtenus des rapports de force internationaux, il existe un chemin \u00e0 inventer : celui du gagnant-gagnant et du respect mutuel. Il en va de l\u2019acceptabilit\u00e9 de cette politique \u00e0 la fois par les contribuables des pays les plus riches et par les pays b\u00e9n\u00e9ficiaires, qui affichent une fatigue vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00ab aide au d\u00e9veloppement \u00bb, non seulement parce qu\u2019elle peut parfois relever d\u2019une attitude \u00ab en surplomb \u00bb mais aussi parce qu\u2019elle ne semble plus \u00e0 m\u00eame de pouvoir r\u00e9pondre aux enjeux, d\u00e9mographiques et climatiques notamment, des pays \u00e9mergents et en voie de d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Europe peut devenir le fer de lance d\u2019une politique de solidarit\u00e9 repolitis\u00e9e, r\u00e9aliste et ambitieuse, en ancrant, au-del\u00e0 du r\u00e9cit <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ses partenariats internationaux dans les r\u00e9alit\u00e9s strat\u00e9giques et les int\u00e9r\u00eats des pays partenaires, comme dans les siens. Cela devrait commencer par le fait d\u2019int\u00e9grer pleinement la politique de solidarit\u00e9 internationale \u00e0 la politique \u00e9conomique, la politique industrielle et la politique \u00e9trang\u00e8re europ\u00e9ennes. Un exemple embl\u00e9matique de cette approche renouvel\u00e9e serait la cr\u00e9ation d\u2019une communaut\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9o-europ\u00e9enne des renouvelables.<\/p>\n\n\n\n Le 20 janvier 1949, sous la coupole immacul\u00e9e du capitole, Harry Truman prononce son discours d\u2019investiture.<\/p>\n\n\n\n Politique \u00e9conomique et sociale, politique internationale : tout est assez convenu, jusqu\u2019au point 4, qui interpelle son audience de l\u2019\u00e9poque. Il y introduit le concept d\u2019aide au d\u00e9veloppement en d\u00e9clarant : \u00ab il nous faut lancer un nouveau programme qui soit audacieux et qui mette les avantages de notre avance scientifique et de notre progr\u00e8s industriel au service de l\u2019am\u00e9lioration et de la croissance des r\u00e9gions sous-d\u00e9velopp\u00e9es \u00bb. Ce discours conduira, un an plus tard, \u00e0 la signature de l\u2019Act for international development<\/em> (Programme pour le d\u00e9veloppement international).<\/p>\n\n\n\n La d\u00e9cision de soutenir les pays que le Pr\u00e9sident Truman appelle alors \u00ab sous-d\u00e9velopp\u00e9s \u00bb \u2014 d\u00e9cision qui s\u2019inscrit dans le contexte du d\u00e9but de la guerre froide et du processus de d\u00e9colonisation \u2014 est clairement sous-tendue par un double objectif de stabilisation de l\u2019ordre mondial et d\u2019influence vis-\u00e0-vis de l\u2019Union sovi\u00e9tique dans les pays r\u00e9cemment d\u00e9colonis\u00e9s. Le Plan Marshall, mis en place quelques ann\u00e9es auparavant pour reconstruire l’Europe, sert de mod\u00e8le \u00e0 cette approche : en finan\u00e7ant des projets d’infrastructure, d’\u00e9ducation, et de modernisation agricole, les \u00c9tats-Unis esp\u00e8rent non seulement stimuler la croissance, mais aussi assurer la loyaut\u00e9 politique des pays b\u00e9n\u00e9ficiaires.<\/p>\n\n\n\n Mais comment r\u00e9ussir ce pari ? Comment favoriser la croissance des pays en d\u00e9veloppement ? Comment participer \u00e0 la stabilit\u00e9 d\u2019un pays ? Se pencher sur l\u2019histoire de l\u2019aide au d\u00e9veloppement, c\u2019est revisiter pr\u00e8s de 75 ans de croyances collectives, de rapport \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 et \u00ab d\u2019agenciarisation \u00bb des politiques publiques.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 grands traits, on peut distinguer quatre grandes p\u00e9riodes.<\/p>\n\n\n\n Dans les ann\u00e9es 1960-1970, l\u2019action des institutions de d\u00e9veloppement est ax\u00e9e sur la croissance \u00e9conomique \u2014 grands projets industriels, infrastructures, agriculture \u2014, avant qu\u2019elles n\u2019embrassent, dans les ann\u00e9es 1980, les principes du \u00ab consensus de Washington \u00bb : ouverture des march\u00e9s, privatisations et r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques. Rapidement critiqu\u00e9e pour ses effets sociaux, cette approche laisse place \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990 \u00e0 un discours des bailleurs internationaux centr\u00e9 sur la lutte contre la pauvret\u00e9, avec des financements orient\u00e9s vers les secteurs de l\u2019\u00e9ducation, de la sant\u00e9 et de l\u2019emploi. Cette p\u00e9riode est aussi l\u2019essor des initiatives en faveur de l\u2019entrepreneuriat.<\/p>\n\n\n\n Si les priorit\u00e9s ont \u00e9volu\u00e9 au fil du temps, les actions des diff\u00e9rents acteurs ont plut\u00f4t eu tendance \u00e0 se s\u00e9dimenter plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 se substituer les unes aux autres.<\/p>Alexandre Pointier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Constatant l\u2019\u00e9chec de certains programmes, les institutions de d\u00e9veloppement effectuent un nouveau virage au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 et commencent \u00e0 mettre davantage l’accent sur la gouvernance et les institutions. Les investissements sont alors orient\u00e9s vers la promotion de la transparence, de la responsabilit\u00e9 et de la participation citoyenne. La part belle est faite alors \u00e0 l\u2019urgence climatique et au financement de projets d\u2019att\u00e9nuation (\u00e9nergies renouvelables, efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, etc.) et d\u2019adaptation (r\u00e9silience des \u00e9cosyst\u00e8mes et des communaut\u00e9s).<\/p>\n\n\n\n Si les priorit\u00e9s ont \u00e9volu\u00e9 au fil du temps, les actions des diff\u00e9rents acteurs ont plut\u00f4t eu tendance \u00e0 se s\u00e9dimenter plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 se substituer les unes aux autres. Ainsi, la plupart des bailleurs interviennent d\u00e9sormais dans toutes les politiques publiques, qu\u2019elles soient \u00e9conomiques, sociales, de gouvernance ou climatiques, et nous assistons, au gr\u00e9 des sommets internationaux, \u00e0 une prolif\u00e9ration d\u2019agences, de programmes et d\u2019organisations de d\u00e9veloppement (banques r\u00e9gionales, fonds sp\u00e9cialis\u00e9s comme le Fonds vert pour le climat, agence sectorielle comme Gavi l\u2019alliance pour les vaccins, etc. \u2014 cf. graphique infra<\/em>) <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\nD’une logique de stabilisation et d’influence \u00e0 une autonomisation bureaucratique<\/h2>\n\n\n\n