sans l\u2019Europe comme l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9 son principal conseiller Nikola\u00ef Patrushev<\/a>.<\/p>\n\n\n\nIl ne faut toutefois pas se leurrer : le pr\u00e9sident russe n\u2019a en t\u00eate que ses int\u00e9r\u00eats et il saisira toute solution qui lui serait avantageuse, quel qu\u2019en soit le format, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une n\u00e9gociation avec les \u00c9tats-Unis, d\u2019un accord de paix avec l\u2019Ukraine, ou de la poursuite de la guerre pendant encore un, trois, ou cinq ans.<\/p>\n\n\n\n
J\u2019ai eu l\u2019occasion de vous interroger il y a quelques jours sur les perspectives de r\u00e8glement de la situation ukrainienne et vous avez alors d\u00e9clar\u00e9 quelque chose de fondamental, qui a eu un fort retentissement puisque tout le monde en ce moment ne discute que de cela. Vous avez d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019en raison du d\u00e9cret de Zelensky interdisant les n\u00e9gociations avec la Russie, les pourparlers qui auraient lieu dans ces conditions seraient ill\u00e9gitimes. Leurs r\u00e9sultats pourraient \u00eatre d\u00e9clar\u00e9s ill\u00e9gaux \u00e0 n\u2019importe quel moment. D\u00e8s le lendemain, Zelensky s\u2019est justifi\u00e9 en disant qu\u2019il n\u2019avait pas interdit les n\u00e9gociations \u00e0 tout le monde, qu\u2019il s\u2019\u00e9tait soi-disant r\u00e9serv\u00e9 cette possibilit\u00e9. Il a expliqu\u00e9 qu\u2019il avait sign\u00e9 ce d\u00e9cret dans un contexte o\u00f9 les troupes russes \u00e9taient aux portes de Kiev, qu\u2019il fallait soi-disant lutter contre le s\u00e9paratisme et emp\u00eacher de mani\u00e8re pr\u00e9ventive d\u2019\u00e9ventuelles n\u00e9gociations secr\u00e8tes avec la Russie par diff\u00e9rents canaux. Il a conclu son discours en affirmant qu\u2019il \u00e9tait le leader des n\u00e9gociations et qu\u2019il interdisait \u00e0 tout autre acteur de n\u00e9gocier. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/h3>\n\n\n\n
En r\u00e9alit\u00e9, les n\u00e9gociations ont commenc\u00e9 imm\u00e9diatement apr\u00e8s le lancement de l\u2019op\u00e9ration militaire sp\u00e9ciale. D\u00e8s l\u2019origine, nous avons annonc\u00e9 au gouvernement ukrainien de l\u2019\u00e9poque que les populations des R\u00e9publiques populaires de Lougansk et de Donetsk ne voulaient plus faire partie de l\u2019\u00c9tat ukrainien. Nous leur avons dit : \u00ab Allez-vous-en et tout sera termin\u00e9. Il n\u2019y aura pas de combats, pas de guerre \u00bb. Ce \u00e0 quoi ils nous ont r\u00e9pondu : \u00ab Non, nous allons nous battre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n
Malgr\u00e9 tout, des n\u00e9gociations ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es aussit\u00f4t : c\u2019\u00e9tait \u00e0 la fin du mois de f\u00e9vrier 2022. Par la suite, des \u00e9changes et des r\u00e9unions ont eu lieu en Bi\u00e9lorussie et se sont poursuivis \u00e0 Istanbul. Que s\u2019est-il pass\u00e9 l\u00e0-bas ? Vers la fin mars, nous avons re\u00e7u un document de Kiev, avec la signature, soit dit en passant, du chef du groupe ukrainien de n\u00e9gociation, Monsieur Arakhamja. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces propositions ukrainiennes \u2014 je tiens \u00e0 le souligner parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un point essentiel\u00a0\u2014 qui ont servi de base au projet d\u2019accord de paix \u00e9labor\u00e9 \u00e0 Istanbul et finalis\u00e9 le 15 avril.<\/p>\n\n\n\n
Entretemps, certains dirigeants europ\u00e9ens se sont entretenus avec moi par t\u00e9l\u00e9phone pour me dire que l\u2019Ukraine ne pouvait pas accepter de signer un accord de paix \u00ab avec un pistolet sur la tempe \u00bb, selon l\u2019expression de l\u2019un de mes coll\u00e8gues dont j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 plusieurs fois \u2014 nomm\u00e9ment d\u2019ailleurs. <\/p>\n\n\n\n
J\u2019ai demand\u00e9 : \u00ab Tr\u00e8s bien, et que faut-il faire, alors ? \u00bb. On m\u2019a r\u00e9pondu : \u00ab Retirer les troupes russes de Kiev \u00bb. De notre point de vue, il \u00e9tait clair que nous devions nous attendre \u00e0 un pi\u00e8ge. Pendant des d\u00e9cennies, la Russie a \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9e, on lui a fait des promesses pour finalement agir dans un sens compl\u00e8tement oppos\u00e9. Quoi qu\u2019il en soit, et partant du postulat qu\u2019il fallait \u00e9viter \u00e0 tout prix un bain de sang, une guerre de grande ampleur, nous avons accept\u00e9. Fin mars, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 retirer nos troupes de Kiev, dans deux directions. Le 4 avril, le retrait \u00e9tait termin\u00e9. Une partie des troupes est partie vers la Bi\u00e9lorussie ; l\u2019autre s\u2019est directement repli\u00e9e sur le territoire de la F\u00e9d\u00e9ration de Russie. Le 4 avril, tout \u00e9tait fini et l\u2019accord que nous avions pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 Istanbul \u00e9tait mis en forme le 15, \u00e0 un moment, donc, o\u00f9 il n\u2019y avait plus de troupes russes \u00e0 proximit\u00e9 de Kiev. Quasiment le m\u00eame jour, et malgr\u00e9 quelques points litigieux sur lesquels le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res et d\u2019autres administrations du pays avaient attir\u00e9 l\u2019attention, j\u2019ai donn\u00e9 mon feu vert pour mettre en \u0153uvre les dispositions de ce document. D\u00e8s le 15 au soir ou le 16, nous avons inform\u00e9 Kiev que nous \u00e9tions pr\u00eats \u00e0 signer. Il n\u2019y avait presque plus rien \u00e0 retravailler : il n\u2019y avait plus qu\u2019un seul \u00e9l\u00e9ment que la partie ukrainienne avait demand\u00e9 de discuter, avant que l\u2019on puisse mettre un point final lors d\u2019une rencontre entre les deux pr\u00e9sidents. J\u2019ai \u00e9galement donn\u00e9 mon accord \u00e0 cette demande. <\/p>\n\n\n\n
Mais tout d\u2019un coup, nous avons re\u00e7u de Kiev l\u2019annonce suivante : les Ukrainiens disaient avoir besoin de consulter leurs alli\u00e9s et suspendaient le processus pour une semaine. Effectivement, on peut dire qu\u2019ils les ont consult\u00e9s ! Comme on le sait, le Premier ministre britannique Boris Johnson est arriv\u00e9 \u00e0 Kiev, probablement \u00e0 l\u2019instigation de l\u2019administration am\u00e9ricaine alors dirig\u00e9e par Joe Biden, et il a convaincu les Ukrainiens de poursuivre la guerre. Personne ne s\u2019en cache, d\u2019ailleurs : des responsables ukrainiens d\u2019assez haut rang l\u2019ont eux-m\u00eames admis, et le gouvernement britannique n\u2019en fait myst\u00e8re non plus, il le reconna\u00eet ouvertement. L\u2019Ukraine a donc refus\u00e9 cet accord et d\u00e9cid\u00e9 de poursuivre la guerre. Pour le dire franchement, le signal que nous avons alors re\u00e7u de Kiev disait en substance : \u00ab D\u00e9sormais, nous allons nous battre jusqu\u2019au dernier Ukrainien. C\u2019est vous ou nous. Quoi qu\u2019il arrive, nous allons nous battre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n
Ils ont donc choisi de ne pas signer cet accord de paix alors que, je le r\u00e9p\u00e8te encore une fois, il n\u2019y avait d\u00e9j\u00e0 plus de troupes russes aux abords de Kiev le 4 avril 2022, et que l\u2019accord avait \u00e9t\u00e9 finalis\u00e9 le 15 avril. Quant au d\u00e9cret sur les n\u00e9gociations, il n\u2019a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 que fin septembre et est entr\u00e9 en vigueur le 4 octobre, soit six mois apr\u00e8s que l\u2019accord de paix a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9. C\u2019est pourquoi affirmer que l\u2019interdiction des n\u00e9gociations a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e lorsque les troupes russes stationnaient aux portes de Kiev est totalement incorrect. Il est a minima<\/em> incorrect de pr\u00e9tendre tromper \u00e0 la fois sa propre soci\u00e9t\u00e9 et la communaut\u00e9 internationale sur des questions aussi importantes. Cela ne fait que confirmer une fois de plus la nature des interlocuteurs auxquels nous avons affaire.<\/p>\n\n\n\nEt si Zelensky laissait maintenant entendre qu\u2019il est possible de n\u00e9gocier avec lui, faudrait-il le faire ? qu\u2019en pensez-vous ?<\/h3>\n\n\n\n
En r\u00e9alit\u00e9, des n\u00e9gociations peuvent \u00eatre men\u00e9es avec n\u2019importe qui. En raison de son ill\u00e9gitimit\u00e9, Zelensky n\u2019est pas en position de signer quoi que ce soit, mais s\u2019il souhaite prendre part \u00e0 des n\u00e9gociations, je peux parfaitement d\u00e9signer des gens pour les mener.<\/p>\n\n\n\n
La signature d\u2019un accord d\u00e9finitif est une question cruciale, puisqu\u2019il s\u2019agit de garantir la s\u00e9curit\u00e9 et de l\u2019Ukraine, et de la Russie, dans une perspective historique de long terme. Aucune erreur, aucune ambigu\u00eft\u00e9 ne peut \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e en cette mati\u00e8re : les choses doivent \u00eatre nettes.<\/p>\n\n\n\n
Or d\u2019apr\u00e8s la Constitution ukrainienne, le pr\u00e9sident ne peut prolonger son mandat, m\u00eame en temps de guerre. Seul l\u2019organe repr\u00e9sentatif, le Parlement du pays, la Rada, a le pouvoir de d\u00e9cider d\u2019une prolongation, mais le mandat du pr\u00e9sident dure l\u00e9galement cinq ans, pas davantage, apr\u00e8s quoi son pouvoir passe au pr\u00e9sident de la Rada.<\/p>\n\n\n\n
Si quelqu\u2019un veut cependant n\u00e9gocier avec nous et trouver des solutions de compromis, qu\u2019il le fasse. Que n\u2019importe qui se pr\u00e9sente pour n\u00e9gocier et, de notre c\u00f4t\u00e9, nous d\u00e9fendrons naturellement notre position, nos int\u00e9r\u00eats. Mais pour ce qui concerne la signature d\u2019un accord, tout doit \u00eatre con\u00e7u de mani\u00e8re \u00e0 ce que la l\u00e9gitimit\u00e9 des personnes d\u00e9sign\u00e9es par l\u2019\u00c9tat ukrainien puisse \u00eatre confirm\u00e9e par des experts juridiques.<\/p>\n\n\n\n
Et le d\u00e9cret interdisant les n\u00e9gociations doit-il \u00eatre annul\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
Oui, puisqu\u2019il rendrait ill\u00e9gitimes toute n\u00e9gociation que nous entamerions aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n
Toutefois, et c\u2019est l\u00e0 un point dont je n\u2019ai pas encore parl\u00e9, mais dont je vais toucher un mot maintenant, il reste un probl\u00e8me. Pourquoi ? Parce que lorsque l\u2019actuel chef du r\u00e9gime \u2014 on ne peut pas l\u2019appeler autrement \u00e0 pr\u00e9sent \u2014 a sign\u00e9 ce d\u00e9cret, il \u00e9tait encore un pr\u00e9sident relativement l\u00e9gitime, tandis qu\u2019aujourd\u2019hui, il ne peut plus l\u2019annuler, puisqu\u2019il est devenu ill\u00e9gitime ! Voil\u00e0 o\u00f9 est le truc, l\u2019embrouille, vous comprenez ? Voil\u00e0 o\u00f9 est le pi\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n