{"id":256140,"date":"2024-12-29T18:19:07","date_gmt":"2024-12-29T17:19:07","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=256140"},"modified":"2024-12-30T10:23:03","modified_gmt":"2024-12-30T09:23:03","slug":"la-montee-du-fascisme-aux-origines-du-realisme-la-formation-intellectuelle-de-raymond-aron","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/12\/29\/la-montee-du-fascisme-aux-origines-du-realisme-la-formation-intellectuelle-de-raymond-aron\/","title":{"rendered":"Aux origines du r\u00e9alisme : la formation intellectuelle de Raymond Aron face au fascisme"},"content":{"rendered":"\n
De l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration r\u00e9actionnaire<\/a> dans l\u2019Am\u00e9rique de Trump \u00e0 la mont\u00e9e du r\u00e9visionnisme de l\u2019AfD en Allemagne, soutenu par Elon Musk \u2014 l\u2019extr\u00eame droite progresse.<\/em> L\u2019histoire ne se r\u00e9p\u00e8te jamais, mais on gagne toujours \u00e0 l\u2019\u00e9tudier \u2014 et \u00e0 \u00e9tudier ces figures intellectuelles qui ont v\u00e9cu dans \u00ab un monde grand et terrible \u00bb (Antonio Gramsci), souvent au risque de leur vie, en construisant des \u0153uvres qui peuvent encore nous \u00e9clairer.<\/em> Pour recevoir par e-mail les nouveaux \u00e9pisodes de cette s\u00e9rie, abonnez-vous<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Oui, j’ai, comme vous le savez, v\u00e9cu en Allemagne \u2014 deux ans, deux ans et demi \u2014 entre 1931 et 1933, et j’ai \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment marqu\u00e9 par mon s\u00e9jour en Allemagne.<\/p>\n\n\n\n D’abord, j’ai \u00e9t\u00e9 lecteur \u00e0 l’Universit\u00e9 de Cologne, et puis ensuite, j’ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 la Maison acad\u00e9mique fran\u00e7aise de Berlin, et j’ai \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par mon s\u00e9jour allemand d’une mani\u00e8re souvent ignor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n J’\u00e9tais sorti de la formation intellectuelle fran\u00e7aise en bon id\u00e9aliste, en bon na\u00eff, inconscient de la politique, de ses rudes n\u00e9cessit\u00e9s \u2014 et j’ai d\u00e9couvert la politique en voyant la mont\u00e9e de l’hitl\u00e9risme, ce qui m’a donn\u00e9 ce que d’aucuns appellent mon scepticisme, d’autres mon cynisme, d’autres mon r\u00e9alisme\u2026<\/p>\n\n\n\n Pas du pessimisme \u2014 mais j’ai d\u00e9couvert que l’homme \u00e9tait capable d’atrocit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Entre 1931 et 1933, j’ai renonc\u00e9 \u00e0 mes aspirations m\u00e9taphysiques, j’ai renonc\u00e9 \u00e0 la m\u00e9ditation sur les sciences de la nature, convaincu que ma formation math\u00e9matique initiale \u00e9tait insuffisante, et je me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les sciences sociales ou plus exactement, sur la conscience que nous prenons de la r\u00e9alit\u00e9 historique et sur les conditions dans lesquelles nous en prenons conscience.<\/p>\n\n\n\n Au fond, j’ai commenc\u00e9 mon dialogue avec le marxisme \u00e0 l’\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n Je me suis dit : j’ai des opinions politiques et je suis incapable de les justifier : c’est indigne d’un intellectuel. Du moment que je m’affirme de gauche ou socialiste, je dois savoir pourquoi. Et c’est pour me rendre compte, \u00e0 moi-m\u00eame, de mes jugements politiques, que j’ai voulu faire des sciences sociales. En ce sens, la politique \u2014 ou la curiosit\u00e9, l’intention politique \u2014 se trouve \u00e0 l’origine de mes recherches scientifiques.<\/p>\n\n\n\n C’est peut-\u00eatre pourquoi elles sont impures.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, j’avais une formation \u00e9conomique et sociologique qui me permettait de r\u00e9agir aux \u00e9v\u00e9nements \u00e0 demi en sociologue ou \u00e0 demi en sp\u00e9cialiste \u2014 et non pas comme un intellectuel de gauche classique. Ce qui ne signifie pas que je n’ai pas gard\u00e9 le m\u00eame syst\u00e8me de valeur qui est typique de ce que je consid\u00e8re comme un intellectuel de gauche, c’est-\u00e0-dire la libert\u00e9 de l’esprit, la rationalit\u00e9 et, dans la mesure tol\u00e9r\u00e9e par les soci\u00e9t\u00e9s, l\u2019id\u00e9e \u00e9galitaire. Tout cela, je ne l’ai jamais abandonn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Si je vous disais que je suis parti parce que j’avais peur, je pense que je serais trop s\u00e9v\u00e8re pour moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Si je vous disais que je suis parti pour continuer la guerre, j’aurais l’air de jouer au h\u00e9ros.<\/p>\n\n\n\n Finalement, vous pouvez choisir.<\/p>\n\n\n\n Personnellement, je pensais ceci : l’Angleterre continue la guerre. Je veux \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui continuent la guerre.<\/p>\n\n\n\n Quant \u00e0 l’inconscient, chacun est libre de l’interpr\u00e9ter \u00e0 sa fa\u00e7on, et j’ai horreur, soit de m’accuser, soit de me justifier \u2014 parce que je ne sais pas comment je pourrais le faire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" \u00ab J’ai d\u00e9couvert la politique en voyant la mont\u00e9e de l’hitl\u00e9risme \u00bb. <\/p>\n Entre 1931 et 1933, un s\u00e9jour allemand va d\u00e9cider Raymond Aron, baign\u00e9 de la formation intellectuelle fran\u00e7aise, \u00e0 \u00ab renoncer \u00e0 ses aspirations m\u00e9taphysiques \u00bb pour se concentrer sur les sciences sociales. Dans le bref entretien que nous publions, Aron retourne aux origines de son engagement d\u2019intellectuel.<\/p>\nVous avez vu arriver Hitler, comme ph\u00e9nom\u00e8ne ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous \u00e9tiez \u00e0 Berlin ? <\/h3>\n\n\n\n
Votre pessimisme aussi ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous partez \u00e0 Londres parce que, comme Juif, vous ne voulez pas rester dans l’Europe domin\u00e9e par Hitler ou est-ce parce que vous voulez continuer la guerre ?<\/h3>\n\n\n\n