{"id":255926,"date":"2024-12-26T18:04:01","date_gmt":"2024-12-26T17:04:01","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=255926"},"modified":"2024-12-27T20:51:03","modified_gmt":"2024-12-27T19:51:03","slug":"thomas-mann-lantifasciste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/12\/26\/thomas-mann-lantifasciste\/","title":{"rendered":"Thomas Mann, l\u2019antifasciste"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"intro\">Dans ce texte, \u00e9crit en forme de recension du recueil d\u2019essai de Thomas Mann sur ses ma\u00eetres en litt\u00e9rature (<em>Leiden und Gr\u00f6\u00dfe der Meister<\/em>, 1935&#160;; traduction fran\u00e7aise&#160;: <em>Les Ma\u00eetres<\/em>, Grasset, Cahiers rouges, 1997) un an tout juste apr\u00e8s sa parution allemande, le critique marxiste hongrois Georg Luk\u00e1cs entre en discussion intellectuelle avec l\u2019auteur de <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/themes\/arts\/la-montagne-magique-de-thomas-mann-cent-ans-apres\/\"><em>La Montagne magique<\/em><\/a> tout en reconnaissant son m\u00e9rite politique contre la mont\u00e9e du fascime. Si, pour lui, leur auteur demeure un \u00ab&#160;humaniste bourgeois important&#160;\u00bb, \u00ab&#160;il n\u2019est absolument pas douteux que les essais de Thomas Mann sont antifascistes&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"intro\">L\u2019originalit\u00e9 du texte pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessous r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette convergence assum\u00e9e par Luk\u00e1cs \u2014 d\u00e8s 1936 alors que l\u2019hitl\u00e9risme est en passe de gagner l\u2019Europe \u2014 en faveur de Mann. \u00ab&#160;Ce combat pour l\u2019humanisme et contre la barbarie est sans aucun doute un probl\u00e8me id\u00e9ologique central de la lutte antifasciste, et Thomas Mann s\u2019est acquis un grand m\u00e9rite en engageant le combat pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cet endroit.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le combat pour l\u2019h\u00e9ritage culturel est une des t\u00e2ches id\u00e9ologiques les plus importantes de l\u2019antifascisme en Allemagne. Le national-socialisme utilisa la puissance gouvernementale, le monopole des publications l\u00e9gales, pour falsifier sans le moindre scrupule tout le pass\u00e9 politique et culturel de l\u2019Allemagne. De l\u2019universit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire, depuis les gros livres \u00ab&#160;savants&#160;\u00bb jusqu\u2019aux petites brochures populaires et grossi\u00e8rement d\u00e9magogiques, ce travail de falsification fut men\u00e9 syst\u00e9matiquement et \u00e0 grande \u00e9chelle. La d\u00e9magogie de la propagande de masse transforma simplement et sans aucune g\u00eane chaque grande figure du pass\u00e9 en pr\u00e9curseur du national-socialisme. L\u2019ignorance la plus criante, le go\u00fbt le plus vil pour le mensonge caract\u00e9risent ce genre de litt\u00e9rature, dont nous pouvons citer comme exemple scolaire le livre de Fabricius sur Schiller. Cette litt\u00e9rature table sur le fait que les masses, dans leur ensemble, ne connaissent pas les grandes figures du pass\u00e9 et obtemp\u00e8reront ainsi sans sourciller \u00e0 la propagande officiellement fasciste.<\/p>\n\n\n\n<p>Le type de falsification du pass\u00e9 \u00ab&#160;plus raffin\u00e9&#160;\u00bb, \u00ab&#160;scientifique&#160;\u00bb est au moins aussi dangereux. \u00c0 cette fin, le national-socialisme avait mobilis\u00e9 toute la science universitaire et la litt\u00e9rature \u00ab&#160;libre&#160;\u00bb mise au pas. Ce faisant, cette orientation trouva un nombre non n\u00e9gligeable de chefs de file r\u00e9ellement volontaires qui, d\u00e8s avant l\u2019accession au pouvoir de Hitler, avaient accompli une telle interpr\u00e9tation r\u00e9actionnaire du pass\u00e9, r\u00e9pondant aux vis\u00e9es politiques du fascisme. Il suffit d\u2019\u00e9voquer des \u00e9crivains comme Spengler, Klages, Baeumler, dont les successeurs r\u00e9alis\u00e8rent un travail quantitativement consid\u00e9rable dans le sens de la falsification plus raffin\u00e9e et plus dissimul\u00e9e du pass\u00e9. Chez de tels \u00e9crivains, il ne s\u2019agit pas d\u2019une rupture brutale avec les traditions de la litt\u00e9rature et de l\u2019histoire litt\u00e9raire des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Au contraire. Ils se rattachent consciemment aux th\u00e9oriciens connus de la p\u00e9riode imp\u00e9rialiste, \u00e0 Dilthey, \u00e0 Gundolf notamment. La falsification du pass\u00e9 allemand se travestit en r\u00e9habilitation de ce pass\u00e9 face \u00e0 sa d\u00e9pr\u00e9ciation \u00ab&#160;rationaliste&#160;\u00bb et \u00ab&#160;lib\u00e9rale&#160;\u00bb ant\u00e9rieure. Et la tendance r\u00e9actionnaire ne se manifeste ouvertement comme calomnie ou comme oubli volontaire que dans quelques cas pr\u00e9cis&#160;; dans des cas o\u00f9 il s\u2019agit de personnages si nettement r\u00e9volutionnaires qu\u2019il est impossible de les \u00ab&#160;interpr\u00e9ter&#160;\u00bb de fa\u00e7on r\u00e9actionnaire (Heine). L\u00e0 o\u00f9 les courants de l\u2019\u00e9poque, la langue, les particularit\u00e9s individuelles de certaines figures r\u00e9volutionnaires permettent, ne serait-ce que dans une faible mesure, une \u00ab&#160;interpr\u00e9tation&#160;\u00bb dans le sens contraire, la critique litt\u00e9raire fasciste oriente tr\u00e8s \u00e9nergiquement son travail vers l\u2019annexion de telles figures, vers leur incorporation \u00e0 la lign\u00e9e des anc\u00eatres du fascisme (Thomas M\u00fcnzer, H\u00f6lderlin, Georg B\u00fcchner). Dans ces conditions le livre de Thomas Mann qui traite, dans une s\u00e9rie d\u2019essais, de Goethe, Richard Wagner, Cervant\u00e8s, Platen et Storm (<em>Grandeur et souffrances des ma\u00eetres<\/em>, Berlin 1934) rev\u00eat une extr\u00eame importance. D\u2019autant plus que le livre parut en Allemagne m\u00eame, et non en \u00e9migration, de sorte que sa diffusion et son influence ne furent limit\u00e9es par aucun obstacle policier. La mati\u00e8re du livre est elle aussi de la plus br\u00fblante actualit\u00e9. Goethe et Wagner surtout sont en effet des personnages qui jouent un r\u00f4le capital dans le mythe national-socialiste de la litt\u00e9rature allemande. Une analyse ext\u00e9rieure au fascisme, une analyse antifasciste de telles figures, la r\u00e9v\u00e9lation de leur caract\u00e8re v\u00e9ritable et de leur signification v\u00e9ritable dans l\u2019histoire de la civilisation allemande ont, justement pour cette raison, une importance qui d\u00e9passe largement le domaine purement litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est absolument pas douteux que les essais de Thomas Mann sont antifascistes. (\u00c0 l\u2019exception de l\u2019\u00e9tude consacr\u00e9e \u00e0 Cervant\u00e8s, qui vit le jour en 1934, ils furent toutefois \u00e9crits avant l\u2019accession au pouvoir de Hitler, dans les ann\u00e9es 1932 et 1933.) L\u2019aspiration fondamentale de tous ces essais est antifasciste&#160;: la ligne g\u00e9n\u00e9rale de Thomas Mann est, dans ce livre \u00e9galement, la d\u00e9fense de l\u2019humanisme contre la barbarie. Les grands personnages du pass\u00e9 ne sont pas grands aux yeux de Thomas Mann principalement \u00e0 cause de leur ma\u00eetrise formelle, mais \u00e0 cause de leur prise de position large et r\u00e9solue en faveur du maintien et de la continuation des tendances humanistes, \u00e0 cause de leur combat contre toutes les tentatives de barbarisation. Thomas Mann ne fait pas la moindre concession au courant fasciste dominant qui transforme mensong\u00e8rement le troisi\u00e8me Reich en une \u00e9poque qui ne serait plus bourgeoise, qui d\u00e9couvre partout dans le pass\u00e9 de telles aspirations \u00e0 d\u00e9passer \u00ab&#160;l\u2019esprit bourgeois&#160;\u00bb (au sens du fascisme). Il fait en particulier d\u00e9couler l\u2019humanisme de Goethe de sa nature bourgeoise, de sa fa\u00e7on de vivre et de son id\u00e9ologie bourgeoises. Et aussi \u00e0 propos des grands \u00e9crivains du XIXe si\u00e8cle qu\u2019il analyse, il lutte contre le d\u00e9nigrement r\u00e9actionnaire et fasciste des importantes aspirations et r\u00e9alisations artistiques de la bourgeoisie au XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce combat pour l\u2019humanisme et contre la barbarie est sans aucun doute un probl\u00e8me id\u00e9ologique central de la lutte antifasciste, et Thomas Mann s\u2019est acquis un grand m\u00e9rite en engageant le combat pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cet endroit. L\u2019efficacit\u00e9 et la force de persuasion de son combat pour le sauvetage de l\u2019humanisme sont cependant diminu\u00e9es par la confusion tr\u00e8s profonde de sa position centrale. Thomas Mann ne voit pas le lien indissoluble entre l\u2019humanisme bourgeois et la r\u00e9volution bourgeoise.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019humanisme bourgeois a vu le jour dans la p\u00e9riode h\u00e9ro\u00efque de l\u2019\u00e9mancipation de la classe bourgeoise, et, avec l\u2019extinction de la flamme de cet enthousiasme r\u00e9volutionnaire, l\u2019humanisme bourgeois dut aussi perdre son \u00e9clat et sa chaleur. La grande importance historique des \u00e9crits en prose de Heine, de son analyse de la philosophie et de la religion en Allemagne, consiste pr\u00e9cis\u00e9ment en ceci, qu\u2019il a donn\u00e9 tr\u00e8s clairement et tr\u00e8s r\u00e9solument la place centrale \u00e0 ce lien entre l\u2019humanisme et la r\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>Il serait naturellement exag\u00e9r\u00e9 et injuste d\u2019affirmer que Thomas Mann n\u2019a rien vu de ce rapport. Mais il commet la faute funeste, et tr\u00e8s \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019id\u00e9ologie allemande, de nier ce rapport pour l\u2019Allemagne, pour la litt\u00e9rature allemande. Thomas Mann voit dans l\u2019humanisme r\u00e9volutionnaire de Schiller quelque chose de fran\u00e7ais, tandis qu\u2019il con\u00e7oit l\u2019humanisme de Goethe comme typiquement allemand. \u00c0 partir de ce point de vue, Thomas Mann trace alors un parall\u00e8le entre Goethe et Schiller qui est si important pour sa conception fondamentale, que nous devons le citer de fa\u00e7on d\u00e9taill\u00e9e. \u00ab&#160;C\u2019est le caract\u00e8re de l\u2019esprit litt\u00e9raire fran\u00e7ais qu\u2019il [Schiller] transcrit en peu de mots, ce m\u00e9lange singulier d\u2019\u00e9lan humanitaire et r\u00e9volutionnaire, de foi g\u00e9n\u00e9reuse en l\u2019humanit\u00e9 et de pessimisme tr\u00e8s profond, tr\u00e8s amer et m\u00eame tr\u00e8s sarcastique en ce qui concerne l\u2019homme pris en particulier. Il d\u00e9finit la passion abstraite, politique et humanitaire par opposition au r\u00e9alisme sensible dont les sympathies vont \u00e0 l\u2019individu. Il est le patriote de l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 l\u2019esprit humanitaire et r\u00e9volutionnaire&#8230;&#160;\u00bb Selon Thomas Mann on peut donc appeler Goethe \u00ab&#160;un non-patriote fonci\u00e8rement allemand&#160;\u00bb, Schiller \u00e9tant par contre \u00ab&#160;un patriote international&#160;\u00bb. Il repr\u00e9sente l\u2019id\u00e9e bourgeoise au sens politique, d\u00e9mocratique, tandis que Goethe la repr\u00e9sente au sens spirituel, culturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 toutes les fines remarques de d\u00e9tail que contient ce parall\u00e8le, il traduit une ligne dangereuse qui conduit par n\u00e9cessit\u00e9 objective, et souvent contre l\u2019intention de Thomas Mann, \u00e0 un jugement faux sur l\u2019\u00e9volution culturelle de l\u2019Allemagne, car \u00e0 partir de ces postulats Thomas Mann doit aboutir \u00e0 une apologie spirituelle du conservatisme de Goethe et, \u00e0 travers cela, d\u2019une certaine nuance de conservatisme en g\u00e9n\u00e9ral. Thomas Mann poursuit ainsi&#160;: \u00ab&#160;Goethe d\u00e9fendait la soci\u00e9t\u00e9 au sens conservateur qui est inh\u00e9rent \u00e0 la notion de d\u00e9fense. On ne peut pas \u00eatre apolitique, on ne peut \u00eatre qu\u2019antipolitique, c\u2019est- \u00e0-dire conservateur, alors que l\u2019esprit de la politique est humanitaire et r\u00e9volutionnaire en soi.&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-255926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/12\/26\/thomas-mann-lantifasciste\/#easy-footnote-bottom-1-255926' title='&lt;em&gt;Pr\u00e9sentation de Goethe \u00e0 la jeunesse japonaise&lt;\/em&gt;, 1932, in &lt;em&gt;Les Ma\u00eetres&lt;\/em&gt;, Grasset, cahiers rouges, Paris, 1997, page 84.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> Il y a donc dans tout cela, d\u2019une part, une sous-estimation des \u00e9l\u00e9ments progressistes dans la conception d\u2019ensemble de Goethe, que Thomas Mann souligne d\u2019ailleurs \u00e0 d\u2019autres endroits avec une incons\u00e9quence digne d\u2019\u00e9loges. D\u2019autre part Thomas Mann est contraint d\u2019apercevoir dans le conservatisme et le nationalisme allemands ult\u00e9rieurs une \u00ab&#160;excroissance&#160;\u00bb de cette tendance \u00ab&#160;fonci\u00e8rement allemande&#160;\u00bb justifi\u00e9e, de la tendance fondamentale de Goethe&#160;; il se prive donc lui-m\u00eame de la possibilit\u00e9 de critiquer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment et \u00e0 bon droit les tendances r\u00e9actionnaires de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle qu\u2019il distingue assez clairement.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conception erron\u00e9e de l\u2019\u00e9volution allemande au XIXe si\u00e8cle a naturellement ses racines sociales profondes. La grande \u00e9poque de floraison de la litt\u00e9rature et de la philosophie allemandes est une p\u00e9riode de pr\u00e9paration de la r\u00e9volution bourgeoise, c\u2019est-\u00e0-dire une p\u00e9riode dans laquelle les conditions objectives de la r\u00e9volution n\u2019\u00e9taient pas encore r\u00e9unies. Le subjectivisme fougueusement impatient, parfois m\u00eame aveugle et dogmatique de quelques-unes des grandes figures de cette p\u00e9riode n\u2019est donc nullement une importation de France, mais au contraire le produit n\u00e9cessaire de cette situation allemande. Et, faisant pendant \u00e0 cela, les aspirations conservatrices d\u2019autres grands personnages de cette p\u00e9riode (en premier lieu Goethe et Hegel) sont des tentatives r\u00e9p\u00e9t\u00e9es pour faire adopter par des voies non r\u00e9volutionnaires le contenu social et culturel de la r\u00e9volution bourgeoise, l\u2019humanisme de cette p\u00e9riode. En classant tout bonnement Goethe parmi les conservateurs, Thomas Mann fait une concession incons\u00e9quente et inadmissible aux id\u00e9ologies r\u00e9gnantes de son temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces id\u00e9ologies reposent sur la d\u00e9faite de la r\u00e9volution de 1848, caus\u00e9e par la trahison de classe de la bourgeoisie allemande \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa propre r\u00e9volution, ainsi que sur la solution r\u00e9actionnaire apport\u00e9e \u00e0 la question centrale de la r\u00e9volution bourgeoise en Allemagne, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9tablissement de l\u2019unit\u00e9 nationale par la Prusse de Bismarck. La bourgeoisie allemande, qui a approuv\u00e9 l\u2019\u00e9volution politique de l\u2019Allemagne apr\u00e8s 1870, devait de ce fait se cr\u00e9er une id\u00e9ologie qui se s\u00e9par\u00e2t de plus en plus fortement de l\u2019humanisme r\u00e9volutionnaire de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant 1848. Ainsi se creuse un profond foss\u00e9 dans l\u2019\u00e9volution culturelle allemande, et les repr\u00e9sentants les plus r\u00e9solus de l\u2019humanisme r\u00e9volutionnaire essaient d\u2019en tirer les cons\u00e9quences sous les formes les plus diverses. Je renvoie seulement \u00e0 un exemple, celui de Heinrich Mann, le fr\u00e8re de Thomas Mann qui, pour rester fid\u00e8le \u00e0 son radicalisme politique et culturel, a cherch\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage actuel de l\u2019Allemagne dans l\u2019\u00e9volution litt\u00e9raire de la France, en se rattachant aux traditions sociales, politiques et culturelles de l\u2019\u00e9volution allant de Voltaire \u00e0 Zola et \u00e0 Anatole France.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa critique de l\u2019id\u00e9ologie allemande r\u00e9gnante, Thomas Mann ne va jamais aussi loin que son fr\u00e8re. C\u2019est pourquoi sa position quant aux questions centrales de l\u2019\u00e9volution historique, qui d\u00e9terminent le choix et l\u2019\u00e9valuation de l\u2019h\u00e9ritage d\u00e9cisif, est \u00e9galement plus h\u00e9sitante et plus contradictoire que celle de Heinrich Mann. Cette contradiction s\u2019exprime directement en ceci que Thomas Mann consid\u00e8re le caract\u00e8re bourgeois des grands \u00e9crivains du XIXe si\u00e8cle comme le fondement de leur originalit\u00e9. Mais sa conception justifi\u00e9e et exacte souffre de ce que sa notion de caract\u00e8re bourgeois est extr\u00eamement contradictoire. C\u2019est un trait important de l\u2019humanisme de Thomas Mann qu\u2019il con\u00e7oive que la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise puisse ne pas \u00eatre la forme d\u00e9finitive de l\u2019\u00e9volution humaine. Il a \u00e9galement raison de faire ressortir chez le Goethe de la vieillesse des traits qui se rencontrent avec certaines aspirations des grands utopistes, et de mettre les efforts de Goethe pour une litt\u00e9rature universelle en rapport avec ces aspirations sociales. Lorsque nous soulignons l\u2019importance de ces conceptions de Thomas Mann, nous mettons l\u2019accent sur cette aspiration \u00e0 d\u00e9passer l\u2019horizon bourgeois et nous ne consid\u00e9rons pas si nous pouvons \u00eatre d\u2019accord avec ses analyses quant au fond et \u00e0 la m\u00e9thode. Citons \u00e0 ce propos un passage important de son livre \u00ab&#160;Dans les th\u00e9ories utopiques techniques et rationnelles, l\u2019esprit bourgeois d\u00e9bouche sur l\u2019universalisme, d\u00e9bouche, si l\u2019on veut bien prendre le terme en un sens assez large et non dogmatique, sur le communisme&#8230; Le bourgeois est perdu et perd le contact avec le monde nouveau en pleine gestation, s\u2019il ne se r\u00e9sout pas \u00e0 se s\u00e9parer des facilit\u00e9s criminelles et des id\u00e9ologies hostiles \u00e0 la vie qui le dominent encore, et \u00e0 prendre hardiment le parti de l\u2019avenir. Le monde nouveau, le monde social, le monde organis\u00e9, centralis\u00e9 et planifi\u00e9, dans lequel l\u2019humanit\u00e9 sera lib\u00e9r\u00e9e des souffrances inhumaines, inutiles et qui blessent le sens de l\u2019honneur de la raison, ce monde viendra&#8230; Il viendra, car il faut qu\u2019un ordre ext\u00e9rieur et rationnel, correspondant au niveau atteint par l\u2019esprit humain, soit cr\u00e9\u00e9 ou bien que, dans le pire des cas, il s\u2019\u00e9tablisse par un bouleversement violent, pour que les valeurs de l\u2019\u00e2me puissent alors obtenir \u00e0 nouveau le droit de vivre et une bonne conscience \u00e0 l\u2019\u00e9chelle humaine.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Par de telles fa\u00e7ons de voir, Thomas Mann repr\u00e9sente le meilleur h\u00e9ritage de l\u2019humanisme allemand. Malheureusement il ne reste pas partout fid\u00e8le \u00e0 ces fa\u00e7ons de voir. Son jugement sur l\u2019\u00e9volution d\u2019apr\u00e8s 1848 et sur les repr\u00e9sentants principaux de celle-ci le conduit \u00e0 une notion tout \u00e0 fait diff\u00e9rente de l\u2019esprit bourgeois, \u00e0 des concessions tr\u00e8s scabreuses \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie r\u00e9actionnaire de la p\u00e9riode imp\u00e9rialiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Mann aper\u00e7oit tr\u00e8s clairement bien des aspects discutables du personnage de Richard Wagner. Mais il ne se r\u00e9sout nulle part \u00e0 critiquer sans m\u00e9nagements l\u2019attitude de son h\u00e9ros apr\u00e8s 1848. Il cherche partout non seulement des excuses, mais m\u00eame des raisons de sublimer la capitulation de Richard Wagner, qui, en 1848, \u00e9tait un r\u00e9volutionnaire et participa aux combats sur les barricades de Dresde, devant le r\u00e9gime triomphant des Hohenzollern. \u00ab&#160;Wagner \u00e9tait suffisamment fin politique pour lier sa cause \u00e0 celle du Reich bismarckien&#160;: il voyait un succ\u00e8s sans pareil, il y associa le sien, et l\u2019h\u00e9g\u00e9monie europ\u00e9enne de son art est devenu l\u2019accessoire culturel de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie politique de Bismarck.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cela semble n \u2018\u00eatre pour l\u2019instant que la constatation de certains faits. Mais Thomas Mann y ajoute malheureusement une th\u00e9orie de son invention. Il dit de Wagner&#160;: \u00ab&#160;Il a suivi la voie de la bourgeoisie allemande&#160;; de la r\u00e9volution \u00e0 la d\u00e9sillusion, au pessimisme et \u00e0 une vie de l\u2019esprit r\u00e9sign\u00e9e, sous l\u2019\u00e9gide du pouvoir.&#160;\u00bb Cette \u00ab&#160;vie de l\u2019esprit sous l\u2019\u00e9gide du pouvoir&#160;\u00bb est l\u2019essai d\u2019accorder l\u2019h\u00e9ritage culturel de la p\u00e9riode ascendante de la bourgeoisie allemande avec le r\u00e9gime bismarckien, avec la capitulation devant le r\u00e9gime bismarckien et ses successeurs. A travers le mot \u00ab&#160;pouvoir&#160;\u00bb, on reconna\u00eet d\u2019une part tacitement que la forme donn\u00e9e par Bismarck \u00e0 la fondation du Reich Allemand ne r\u00e9pond ni politiquement ni socialement aux vieux id\u00e9aux de la bourgeoisie allemande&#160;; mais d\u2019autre part on fait devant cette id\u00e9ologie qui approuve sans r\u00e9serve la nouvelle \u00e8re une courbette qui n\u2019est pas que terminologique. (Id\u00e9ologie de l\u2019\u00ab&#160;\u00c9tat fort&#160;\u00bb chez Treitschke, dans l\u2019\u00e9cole de Ranke, etc.) La r\u00e9duction de l\u2019h\u00e9ritage culturel \u00e0 cette \u00ab&#160;vie de l\u2019esprit&#160;\u00bb toute int\u00e9rieure caract\u00e9rise, quant \u00e0 elle, le penchant \u00e0 conserver seulement de l\u2019h\u00e9ritage du classicisme allemand ce que l\u2019on peut accorder avec l\u2019individu isol\u00e9, retir\u00e9 de la politique, de l\u2019action sociale, et donc avec la capitulation de la bourgeoisie devant le r\u00e9gime bismarckien, avec la trahison de la bourgeoisie vis-\u00e0-vis de sa propre r\u00e9volution bourgeoise. L\u2019approbation d\u2019une telle \u00ab&#160;vie de l\u2019esprit sous l\u2019\u00e9gide du pouvoir&#160;\u00bb est le c\u00f4t\u00e9 faible de toute la conception de la culture chez Thomas Mann et cela s\u2019oppose violemment \u00e0 sa large perspective sur l\u2019\u00e9volution future que nous avons d\u00e9j\u00e0 analys\u00e9e. Une telle position ouvre la porte \u00e0 tout compromis avec le pouvoir r\u00e9gnant \u00e0 quelque \u00e9poque que ce soit, \u00e0 toute capitulation devant lui, \u00e0 un renouvellement pr\u00e9sent de la \u00ab&#160;mis\u00e8re allemande&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Naturellement, Thomas Mann a parfaitement raison quand il ne veut pas faire le proc\u00e8s de l\u2019\u00e9volution de Richard Wagner apr\u00e8s 1848 en quelques formules sarcastiques et tranchantes, comme bien des partisans fanatiques de Nietzsche ont l\u2019habitude de le faire. M\u00e9thodologiquement il ne prend cependant pas le bon chemin quand il tente d\u2019expliquer les faiblesses de l\u2019id\u00e9ologie de Wagner \u00e0 la fin de sa vie, sa capitulation devant la religion chr\u00e9tienne et devant le nationalisme des Hohenzollern, par le fait que des \u00e9l\u00e9ments de pens\u00e9e religieuse et nationaliste sont perceptibles chez Wagner m\u00eame avant 1848. Que le Wagner extr\u00e9miste en politique et disciple de Feuerbach ait encore port\u00e9 en lui, avant la R\u00e9volution de 1848, de forts \u00e9l\u00e9ments d\u2019id\u00e9ologie religieuse qu\u2019il n\u2019avait pas surmont\u00e9s, ou bien qu\u2019il ait aussi glorifi\u00e9 dans son art, en m\u00eame temps que la capitulation devant le r\u00e9gime bismarckien, la religion catholique, cela est en effet fondamentalement diff\u00e9rent. Que le r\u00e9volutionnaire Wagner, m\u00eame de fa\u00e7on tr\u00e8s impr\u00e9cise, ait parl\u00e9 avec des accents patriotiques de la question centrale de la r\u00e9volution bourgeoise en Allemagne, celle de l\u2019unit\u00e9 nationale, ou bien que ce patriotisme se soit mis apr\u00e8s 1870 au service de la monarchie des Hohenzollern, il y a l\u00e0 \u00e9galement une diff\u00e9rence de principe. Cette fa\u00e7on de d\u00e9fendre une figure historique importante mais tragiquement bris\u00e9e doit n\u00e9cessairement conduire \u00e0 des \u00e9valuations th\u00e9oriquement fausses sur l\u2019\u00e9volution historique d\u2019ensemble, d\u00e8s que la ligne d\u2019une telle d\u00e9fense est approfondie et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e th\u00e9oriquement, comme malheureusement Thomas Mann le pratique. Pour expliquer Wagner \u00e0 la fin de sa vie, il se fonde sur le fait historiquement incontestable que le th\u00e9\u00e2tre et le drame ont une origine religieuse. Mais dans son ardeur \u00e0 d\u00e9fendre Wagner, il se fonde sur le fait historiquement incontestable que le th\u00e9\u00e2tre et le drame ont une origine religieuse et retourne compl\u00e8tement le sens de l\u2019\u00e9volution. Il d\u00e9clare&#160;: \u00ab&#160;Je crois que l\u2019aspiration secr\u00e8te, l\u2019ambition derni\u00e8re de tout th\u00e9\u00e2tre est le rite, dont il est issu chez les pa\u00efens comme chez les chr\u00e9tiens. L\u2019art sc\u00e9nique, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 en soi le baroque, le catholicisme, l\u2019\u00e9glise&#160;; et un artiste qui, comme Wagner, \u00e9tait habitu\u00e9 \u00e0 manier des symboles et \u00e0 brandir des ostensoirs, devait croire finalement qu\u2019il \u00e9tait fr\u00e8re du pr\u00eatre, et m\u00eame pr\u00eatre.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette ligne d\u2019\u00e9volution du drame est sans doute exacte pour Wagner personnellement et pour l\u2019\u00e9volution de l\u2019Allemagne apr\u00e8s 1848 en g\u00e9n\u00e9ral (Hebbel, Hauptmann, Hofmannsthal, Paul Ernst). Mais la t\u00e2che de Thomas Mann aurait justement d\u00fb \u00eatre de d\u00e9couvrir et de d\u00e9gager les raisons particuli\u00e8res qui ont d\u00e9termin\u00e9 cette \u00e9volution en Allemagne. La g\u00e9n\u00e9ralisation peu critique de cette ligne d\u2019\u00e9volution allemande moderne le conduit \u00e0 des conclusions historiquement fausses, car les deux plus grandes \u00e9poques du th\u00e9\u00e2tre, l\u2019\u00e9poque grecque et l\u2019\u00e9poque shakespearienne, suivent pr\u00e9cis\u00e9ment la voie oppos\u00e9e. Elles vont de leurs origines religieuses et rituelles directement \u00e0 l\u2019irr\u00e9ligion et m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la lutte dramatique ouverte contre les id\u00e9es religieuses. Et cette tournure antireligieuse n\u2019appara\u00eet pas dans ces grandes \u00e9poques seulement au terme de l\u2019\u00e9volution&#160;; mais au contraire, d\u00e8s ses d\u00e9buts, le drame v\u00e9ritable contient fonci\u00e8rement de telles tendances&#160;; que l\u2019on songe seulement au Prom\u00e9th\u00e9e d\u2019Eschyle ou \u00e0 Marlowe.<\/p>\n\n\n\n<p>De telles objections critiques contre la m\u00e9thode de jugement et contre la conception de l\u2019histoire de Thomas Mann ne signifient pas que son intention d\u2019\u00e9tudier avec compr\u00e9hension et de ne pas rejeter en bloc des figures aussi importantes que Richard Wagner serait fausse. Nous r\u00e9p\u00e9tons que nous sommes d\u2019accord avec cette intention de Mann, que nous la consid\u00e9rons m\u00eame comme tr\u00e8s f\u00e9conde pour l\u2019analyse de l\u2019h\u00e9ritage culturel. Mais pour r\u00e9aliser cette intention de fa\u00e7on vraiment f\u00e9conde, il est n\u00e9cessaire de voir clairement cette situation objectivement tragique dans laquelle les \u00e9crivains importants de l\u2019Allemagne, qui v\u00e9curent la R\u00e9volution de 1848 comme g\u00e9n\u00e9ration montante, se trouv\u00e8rent apr\u00e8s sa d\u00e9faite, apr\u00e8s la trahison de la bourgeoisie allemande \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa propre r\u00e9volution. L\u2019histoire de la litt\u00e9rature allemande de cette p\u00e9riode contient toute une s\u00e9rie de trag\u00e9dies bouleversantes, de trag\u00e9dies de grands \u00e9crivains qui \u00e9chou\u00e8rent \u00e0 cause de cette \u00e9volution, qui, \u00e0 cause de cette cassure, n\u2019atteignirent jamais les hauteurs dont ils auraient \u00e9t\u00e9 capables et auxquelles ils auraient \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s si l\u2019on en croit leur talent. Outre Wagner, je renvoie \u00e0 Hebbel, \u00e0 Otto Ludwig&#160;; Heine, \u00e0 la fin de sa vie, subit aussi certaines modifications, la carri\u00e8re de Gottfried Keller s\u2019en trouve \u00e9galement modifi\u00e9e. La grandeur de ces personnages ne recevrait l\u2019\u00e9clairage exact que si la critique litt\u00e9raire \u00e9tudiait ces trag\u00e9dies, les expliquait \u00e0 partir des conditions objectives et des particularit\u00e9s subjectives de chaque \u00e9crivain, cela avec une compr\u00e9hension aussi d\u00e9licate et une p\u00e9n\u00e9tration aussi intime que celles de Thomas Mann quand il d\u00e9fend le d\u00e9clin de Wagner. La conception de la \u00ab&#160;vie de l\u2019esprit sous l\u2019\u00e9gide du pouvoir&#160;\u00bb, l\u2019id\u00e9e selon laquelle, sur la base du compromis id\u00e9ologique avec la monarchie des Hohenzollern, une grande litt\u00e9rature (ou une grande philosophie) serait possible, emp\u00eache Thomas Mann de dire ici des choses d\u00e9cisives, bien qu\u2019il distingue clairement \u00e0 travers quelques signes isol\u00e9s les tendances d\u00e9cadentes de Wagner.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences de cette conception de Thomas Mann pour le probl\u00e8me du r\u00e9alisme sont particuli\u00e8rement importantes quant au jugement sur la litt\u00e9rature elle-m\u00eame. Une fois encore, l\u2019intention est louable lorsque Thomas Mann compare constamment Wagner avec les r\u00e9alistes importants de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, surtout avec Zola et Ibsen. Il d\u00e9passe ainsi d\u2019heureuse fa\u00e7on cette simplification vulgairement sociologique du probl\u00e8me du r\u00e9alisme qui pr\u00e9sentait des dangers, en particulier, pour l\u2019appr\u00e9ciation de la litt\u00e9rature allemande, une conception qui niait tout r\u00e9alisme chez tous les personnages repr\u00e9sentant des tendances fortement irr\u00e9alistes, voire antir\u00e9alistes. (Que l\u2019on pense surtout au mot d\u2019ordre \u00ab&#160;\u00e0 bas Schiller&#160;\u00bb, aussi bien dans le naturalisme allemand qu\u2019\u00e0 une certaine \u00e9tape de l\u2019\u00e9volution th\u00e9orique en Russie.)<\/p>\n\n\n\n<p>Thomas Mann a raison quand il souligne l\u2019impossibilit\u00e9 de donner sa vraie valeur artistique \u00e0 Wagner, m\u00eame dans sa vieillesse, sans tenir compte de ces \u00e9l\u00e9ments r\u00e9alistes de sa m\u00e9thode cr\u00e9atrice. Malheureusement, la mise en \u0153uvre de cette aspiration juste devient chez lui incons\u00e9quente \u00e0 un double titre. D\u2019une part il ne s\u2019arr\u00eate pas aux conditions particuli\u00e8res de l\u2019\u00e9volution de Zola et d\u2019Ibsen et n\u00e9glige ainsi la pr\u00e9dominance plus marqu\u00e9e des tendances r\u00e9alistes chez eux en comparaison avec Wagner. Et cette pr\u00e9dominance plus marqu\u00e9e du r\u00e9alisme n\u2019est naturellement pas qu\u2019un simple surcro\u00eet quantitatif, mais signifie au contraire des m\u00e9thodes cr\u00e9atrices qualitativement diff\u00e9rentes. D\u2019autre part la comparaison de Thomas Mann s\u2019appuie sur les faiblesses, les penchants mystiques et symboliques de la m\u00e9thode cr\u00e9atrice de Zola et Ibsen. Comme il d\u00e9fend Richard Wagner et ne l\u2019analyse pas en tant que victime tragique des circonstances particuli\u00e8res \u00e0 l\u2019Allemagne, ces c\u00f4t\u00e9s faibles et incons\u00e9quents du r\u00e9alisme de Zola, par exemple, lui offrent momentan\u00e9ment des arguments efficaces, mais qui compliquent encore plus la ligne th\u00e9orique fondamentale de ses analyses et l\u2019am\u00e8nent \u00e0 tirer des cons\u00e9quences fausses.<\/p>\n\n\n\n<p>Il compare Zola et Wagner de la fa\u00e7on suivante&#160;: \u00ab&#160;Ce n\u2019est pas seulement l\u2019ambition du gigantisme, le go\u00fbt artistique pour le grandiose et le massif qui les rapproche, ce n\u2019est pas non plus seulement, au point de vue technique, le leitmotiv hom\u00e9rique, c\u2019est avant tout un naturalisme qui atteint au symbolisme et culmine dans le mythe&#160;; car qui pourrait m\u00e9conna\u00eetre dans l\u2019\u0153uvre de Zola le symbolisme et le penchant mythique qui \u00e9l\u00e8vent ses personnages au- dessus du r\u00e9el&#160;? Cette Astart\u00e9 du Second Empire appel\u00e9e Nana, n\u2019est- elle pas un symbole et un mythe&#160;? D\u2019o\u00f9 tire-t-elle son nom&#160;? C\u2019est un son originel, un balbutiement antique et voluptueux de l\u2019humanit\u00e9&#160;; Nana, c\u2019\u00e9tait un surnom de l\u2019Ishtar de Babylone. Zola l\u2019a-t-il su&#160;? Mais s\u2019il ne l\u2019a pas su, c\u2019est d\u2019autant plus remarquable et significatif.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conception de Thomas Mann n\u2019est pas seulement tr\u00e8s importante quant \u00e0 la m\u00e9thodologie de l\u2019histoire litt\u00e9raire, ne l\u2019est pas seulement quant au jugement sur Wagner et ses contemporains, mais encore comme position de principe de Thomas Mann sur le probl\u00e8me d\u2019ensemble du r\u00e9alisme contemporain. Mann tire \u00e9galement toutes les cons\u00e9quences de cette conception en consid\u00e9rant le mythe, la cr\u00e9ation et la mise en forme de mythes contemporains, comme un principe l\u00e9gitime et actuel du r\u00e9alisme contemporain. Il combat l\u2019id\u00e9e selon laquelle le mythe et la psychologie seraient des principes incompatibles de la cr\u00e9ation r\u00e9aliste et ram\u00e8ne ainsi, sans l\u2019exprimer clairement, et m\u00eame vraisemblablement sans en \u00eatre conscient, les principes de cr\u00e9ation du r\u00e9alisme \u00e0 la psychologie. Sans esprit critique il se rallie ainsi dans ses th\u00e9ories \u00e0 cet appauvrissement du r\u00e9alisme moderne qui devint une tendance dominante dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>La propension \u00e0 unir le mythe et la psychologie le conduit \u00e0 faire, \u00e0 travers la d\u00e9fense de la synth\u00e8se wagn\u00e9rienne, de larges concessions aux pseudo-r\u00e9alistes qui dominent aujourd\u2019hui. Il d\u00e9clare \u00e0 propos de l\u2019union de la psychologie et du mythe&#160;: \u00ab&#160;On veut nier leur compatibilit\u00e9. La psychologie appara\u00eet comme quelque chose de si rationnel que l\u2019on pourrait se r\u00e9soudre \u00e0 n\u2019y voir par exemple aucun obstacle insurmontable sur le chemin du pays des mythes. Elle passe pour l\u2019oppos\u00e9 du mythe, comme elle passe pour l\u2019oppos\u00e9 de la musique, bien que pr\u00e9cis\u00e9ment ce complexe de psychologie, de mythe et de musique se pr\u00e9sente \u00e0 nos yeux aussit\u00f4t dans deux cas importants, celui de Nietzsche et de Wagner, comme r\u00e9alit\u00e9 organique.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce propos de Mann n\u2019est pas une d\u00e9claration fortuite, c\u2019est ce que l\u2019on peut constater aussi nettement dans ses consid\u00e9rations sur le nouveau cycle romanesque mythique <em>Joseph et ses fr\u00e8res<\/em>&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-255926' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/12\/26\/thomas-mann-lantifasciste\/#easy-footnote-bottom-2-255926' title='&lt;em&gt;Les Histoires de Jacob, le jeune Joseph, Joseph en \u00c9gypte, Joseph le nourricier&lt;\/em&gt;, L\u2019imaginaire Gallimard, Paris, 2001.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> que dans son activit\u00e9 de critique. Lorsqu\u2019il juge des contemporains importants, il succombe \u00e9galement \u00e0 la faiblesse que nous d\u00fbmes constater dans son appr\u00e9ciation de Wagner. Dans l\u2019article qu\u2019il \u00e9crit pour saluer le soixante-dixi\u00e8me anniversaire de Gerhart Hauptmann, Thomas Mann s\u2019aper\u00e7oit tr\u00e8s clairement que Hauptmann s\u2019est de plus en plus \u00e9loign\u00e9 de la ligne de critique sociale qu\u2019il suivit dans sa jeunesse. Mais Mann ne constate pas seulement ce fait, il le glorifie en m\u00eame temps. Il parle de \u00ab&#160;l\u2019aspect profond\u00e9ment et l\u00e9gitimement allemand et po\u00e9tique&#160;\u00bb dans la nature de Hauptmann, \u00ab&#160;qui, malgr\u00e9 tout son r\u00e9publicanisme d\u00e9clar\u00e9 et malgr\u00e9 le socialisme naturaliste des \u00ab&#160;Tisserands&#160;\u00bb et des \u00ab&#160;Rats&#160;\u00bb, est plus \u00e0 son aise dans le monde de l\u2019infini et du cosmique que dans le monde social&#8230;&#160;\u00bb C\u2019est pour cela que la critique sociale, telle que la pratiquent dans les pays latins des \u00e9crivains du rang de Hauptmann, \u00ab&#160;d\u00e9vie chez cet homme au regard quelque peu impr\u00e9cis vers la m\u00e9taphysique et le mythe.&#160;\u00bb \u00ab&#160;Mais, demande Thomas Mann, le germanisme m\u00e9taphysique et la profession de foi sociale, est-ce que cela s\u2019exclurait par hasard&#160;? Et particuli\u00e8rement chez Hauptmann&#160;?&#160;\u00bb (<em>Neue Rundschau<\/em>, novembre 1932).<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant on a pu voir clairement o\u00f9 cette \u00ab&#160;l\u00e9g\u00e8re d\u00e9viation m\u00e9taphysique&#160;\u00bb a conduit. Toutefois ce n\u2019est pas l\u2019erreur de Mann dans le cas de Hauptmann qui est ici d\u00e9terminante mais son utilisation, malheureusement cons\u00e9quente, de cette conception de l\u2019histoire qui aper\u00e7oit d\u00e9j\u00e0 dans la lutte politique passionn\u00e9e de Schiller pour la libert\u00e9 une tendance \u00ab&#160;fran\u00e7aise&#160;\u00bb, pas authentiquement allemande, et qui a approuv\u00e9 sans v\u00e9ritable critique l\u2019\u00e9volution allemande depuis 1848, la tournure mythique donn\u00e9e aux probl\u00e8mes sociaux et historiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9fendre les grandes traditions de la philosophie humaniste et du r\u00e9alisme litt\u00e9raire contre la barbarie fasciste, contre le pseudo-r\u00e9alisme et l\u2019antir\u00e9alisme d\u00e9magogiques des nationaux-socialistes, Thomas Mann se retrouve de la sorte dans une position difficile, parfois m\u00eame extr\u00eamement faible. Car le mythe, surtout sous la forme qu\u2019il re\u00e7oit chez Wagner et Nietzsche, est pr\u00e9cis\u00e9ment un des points capitaux de la justification \u00ab&#160;th\u00e9orique&#160;\u00bb du mythe par les fascistes allemands. Quels que soient la haine et le m\u00e9pris de Thomas Mann pour la fausset\u00e9 et la duplicit\u00e9, pour la barbarie d\u00e9cadente du fascisme allemand, il lui est donc impossible, \u00e0 partir de ces points de vue th\u00e9oriques, de combattre efficacement les points capitaux de la barbarie culturelle du fascisme. Pour toutes les questions politiques, culturelles et litt\u00e9raires essentielles, il s\u2019oppose r\u00e9solument au fascisme&#160;; mais sa conception de l\u2019histoire et les cons\u00e9quences de celle-ci pour sa conception des m\u00e9thodes r\u00e9alistes de cr\u00e9ation r\u00e9duisent \u00e9norm\u00e9ment la force de sa pol\u00e9mique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela s\u2019exprima clairement dans les discussions sur <em>Joseph et ses fr\u00e8res<\/em>, le roman de Thomas Mann qualifi\u00e9 de mystique. La critique fasciste flaira avec un instinct s\u00fbr les contradictions du fond et tenta de rabaisser autant que possible la nouvelle \u0153uvre de Thomas Mann. Cependant, les d\u00e9fenseurs de Mann se retrouv\u00e8rent par force dans une position th\u00e9oriquement fausse, car ils furent contraints d\u2019opposer le \u00ab&#160;mythe&#160;\u00bb de Mann aux mythes fascistes, au lieu de d\u00e9masquer sans m\u00e9nagements le caract\u00e8re mensonger de toute la conception fasciste du mythe. Un de ces critiques, E.H Gast, souligne ainsi que les critiques des fascistes montrent \u00ab&#160;\u00e0 quel point la rencontre avec le vieux mythe d\u00e9range les inventeurs du nouveau, du \u00ab&#160;mythe du vingti\u00e8me si\u00e8cle&#160;\u00bb.&#160;\u00bb Et il conclut dans sa comparaison du mythe de Mann avec celui des fascistes, \u00ab&#160;qu\u2019il y a entre eux les m\u00eames rapports qu\u2019entre la mentalit\u00e9 ou \u00ab&#160;l\u2019opinion&#160;\u00bb et l\u2019inspiration, qu\u2019entre ce qui est fabriqu\u00e9 et ce qui est cr\u00e9\u00e9&#160;\u00bb. (<em>Die Sammlung<\/em>, Amsterdam, janvier 1934.) Gast oppose donc d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s \u00e9clectique au \u00ab&#160;bon&#160;\u00bb mythe de Mann le \u00ab&#160;mauvais&#160;\u00bb mythe de Rosenberg.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette position th\u00e9oriquement faible de ses d\u00e9fenseurs, la responsabilit\u00e9 de Thomas Mann lui-m\u00eame n\u2019est pas enti\u00e8rement nulle. La ligne d\u2019\u00e9volution de la litt\u00e9rature allemande, qu\u2019il trace dans ce livre, va de Goethe \u00e0 Wagner et Nietzsche en passant par Schopenhauer. Et Nietzsche devient ainsi pour Thomas Mann, malgr\u00e9 les critiques de d\u00e9tail, le th\u00e9oricien principal de l\u2019\u00e9volution r\u00e9cente. Tant qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une constatation des faits jalonnant l\u2019\u00e9volution de la litt\u00e9rature et de la philosophie bourgeoises en Allemagne, Thomas Mann a raison. Nietzsche est effectivement le penseur et l\u2019\u00e9crivain le plus influent des derni\u00e8res d\u00e9cennies en Allemagne. La question est alors de savoir dans quelle direction l\u2019influence de Nietzsche se fait sentir, qui sont les continuateurs cons\u00e9quents et l\u00e9gitimes de son \u0153uvre. Il n\u2019est pas question ici du niveau intellectuel ou des capacit\u00e9s stylistiques de Nietzsche. Que l\u2019on ne peut r\u00e9gler le cas de Nietzsche d\u2019un geste de la main ou bien en quelques phrases, c\u2019est ce que j\u2019ai moi-m\u00eame essay\u00e9 de montrer (<em>Nietzsche comme pr\u00e9curseur de l\u2019esth\u00e9tique fasciste<\/em>, contribution \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019esth\u00e9tique, \u00e9dit\u00e9 par Aufbau-Verlag). Mais j\u2019ai \u00e9galement montr\u00e9 que le point central de la philosophie nietzsch\u00e9enne est la justification philosophique de cette barbarisation qui devint, \u00e0 l\u2019\u00e9poque du fascisme, une terrible r\u00e9alit\u00e9 politique et culturelle. La possession de l\u2019h\u00e9ritage classique par Nietzsche ne lui servit qu\u2019\u00e0 barbariser cet h\u00e9ritage gr\u00e2ce \u00e0 de puissants moyens intellectuels, qu\u2019\u00e0 couper radicalement les ponts entre l\u2019humanisme r\u00e9volutionnaire de la p\u00e9riode classique de l\u2019\u00e9volution humaine et l\u2019id\u00e9ologie imp\u00e9rialiste. Lorsque Thomas Mann cherche chez Nietzsche un support th\u00e9orique pour ses aspirations humanistes, pour sa lutte contre la barbarie fasciste, il se tourne donc vers une source o\u00f9 il ne pourra trouver rien d\u2019efficace pour les buts qu\u2019il poursuit. Quant \u00e0 l\u2019esprit, \u00e0 la culture, au talent, au discernement et \u00e0 l\u2019honn\u00eatet\u00e9, Thomas Mann est \u00e0 cent pieds au-dessus de toute id\u00e9ologie fasciste, mais de Nietzsche on pourra toujours tirer plus logiquement des cons\u00e9quences fascistes qu\u2019antifascistes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un trait particulier int\u00e9ressant et significatif de Thomas Mann que son \u00e9volution s\u2019accomplisse sans \u00e0-coups sous la forme d\u2019une croissance organique. Nous devons \u00e0 cette particularit\u00e9 ses \u0153uvres r\u00e9alistes importantes. Mais une fois d\u00e9j\u00e0 cette particularit\u00e9 l\u2019a entra\u00een\u00e9 id\u00e9ologiquement dans une situation dangereuse lorsque, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la guerre mondiale, cette lente croissance organique ne put suivre le rythme de l\u2019\u00e9volution tumultueuse de l\u2019histoire, et que Thomas Mann ne retrouva le contact avec les courants d\u00e9mocratiques de son temps qu\u2019avec un certain retard. Il nous semble que l\u2019\u00e9volution de Thomas Mann est, aujourd\u2019hui encore, menac\u00e9e par un danger semblable. Le d\u00e9passement de ces \u00e9l\u00e9ments d\u2019exp\u00e9rience et de connaissance, qui proviennent d\u2019un pass\u00e9 plus ancien, s\u2019accomplit chez lui tr\u00e8s lentement, parfois \u00e0 un rythme organique pratiquement v\u00e9g\u00e9tal. Il tire les cons\u00e9quences de la nouvelle situation mondiale beaucoup plus lentement sur le plan id\u00e9ologique et critique que dans le domaine politique et dans celui de la cr\u00e9ation. Des signes d\u2019une telle transformation, d\u2019une telle refonte, sont certes \u00e9galement contenus dans ce livre. Nous avons cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment le passage int\u00e9ressant sur le d\u00e9veloppement de l\u2019humanisme bourgeois au- del\u00e0 des m\u0153urs bourgeoises. Et dans son essai sur Cervant\u00e8s, \u00e9crit apr\u00e8s l\u2019accession au pouvoir de Hitler, nous trouvons d\u00e9j\u00e0 un indice que Thomas Mann commence \u00e0 prendre, en particulier \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Nietzsche, une position plus critique qu\u2019il ne l\u2019avait fait jusque-l\u00e0. A la fin de l\u2019essai, il compare Nietzsche \u00e0 Don Quichotte, et cette comparaison pourrait \u00e0 l\u2019occasion conduire Thomas Mann \u00e0 r\u00e9viser toute son attitude vis-\u00e0- vis de Nietzsche et, en rapporte avec cela, vis-\u00e0-vis des probl\u00e8mes de l\u2019\u00e9volution allemande au XIX si\u00e8cle. Dans l\u2019essai lui-m\u00eame, cette comparaison n\u2019est qu\u2019un aper\u00e7u. Mais pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019\u00e9volution organique de Thomas Mann peut donner au lecteur l\u2019espoir qu\u2019il n\u2019en restera pas \u00e0 cet aper\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est compr\u00e9hensible, et m\u00eame presque in\u00e9vitable, que le combat antifasciste des humanistes bourgeois importants se soit d\u2019abord presque toujours limit\u00e9 \u00e0 une attaque contre l\u2019activit\u00e9 politique imm\u00e9diate des nationaux-socialistes. La barbarie hitl\u00e9rienne \u00e9tait si inou\u00efe, qu\u2019en comparaison avec elle toute \u00e9tape pass\u00e9e de l\u2019\u00e9volution allemande apparaissait comme une \u00e9poque hautement civilis\u00e9e, que l\u2019on croyait pouvoir d\u00e9celer dans le fascisme la rupture radicale avec tout pass\u00e9 allemand. Mais un jour ou l\u2019autre les penseurs importants du mouvement antifasciste ne se contentent plus de s\u2019arr\u00eater \u00e0 la surface imm\u00e9diate des manifestations du fascisme. Cette derni\u00e8re attitude n\u2019est en effet qu\u2019une adaptation culturelle de la conception qui voit dans le Troisi\u00e8me Reich la domination sur la bourgeoisie et les travailleurs d\u2019une couche barbare et brutale de petits-bourgeois entr\u00e9e en fureur Mais d\u00e8s que le caract\u00e8re capitaliste et monopoliste du national-socialisme se r\u00e9v\u00e8le aux antifascistes honn\u00eates et clairvoyants, alors s\u2019ouvre pour eux aussi sur le plan culturel la voie permettant de se faire une id\u00e9e exacte des rapports entre le fascisme et les tendances r\u00e9actionnaires du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce processus a d\u00e9but\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. C\u2019est pourquoi le grand mouvement antifasciste international commence \u00e0 se lancer dans la critique de la culture capitaliste en g\u00e9n\u00e9ral, de la culture de la p\u00e9riode imp\u00e9rialiste en particulier. Ce faisant, on prend d\u00e9j\u00e0 parfois une position plus critique justement \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces penseurs que l\u2019on r\u00e9v\u00e9ra autrefois aveugl\u00e9ment, chez lesquels on commence maintenant \u00e0 apercevoir les tendances r\u00e9actionnaires et celles conduisant au fascisme. D\u00e9sormais les repr\u00e9sentants les plus \u00e9minents du front antifasciste se soumettent \u00e0 ce processus difficile et compliqu\u00e9 de la r\u00e9vision de leur propre bagage id\u00e9ologique. Parmi eux, Thomas Mann. Que chez lui aussi la position tranch\u00e9e quant aux questions directement politiques pr\u00e9c\u00e8de la r\u00e9vision du pass\u00e9 au point de vue philosophique et historique, voil\u00e0 qui ne doit pas surprendre. On doit au contraire y voir une saine possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9volution. Car seule la position cr\u00e9atrice juste vis-\u00e0-vis du pr\u00e9sent peut permettre de comprendre \u00e9galement de fa\u00e7on juste les tenants et aboutissants du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9crits de Thomas Mann comment\u00e9s ici doivent eux aussi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme produits d\u2019une telle transition. Lorsque nous comparons leur m\u00e9thode et leurs r\u00e9sultats aux d\u00e9clarations politiques isol\u00e9es et beaucoup plus avanc\u00e9es de leur auteur, nous n\u2019en oublions pas pour autant que la plus grande partie de ces essais f\u00fbt \u00e9crite avant la prise du pouvoir par Hitler et que Thomas Mann a parcouru depuis un long chemin. Nous souhaitons seulement, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019efficacit\u00e9 du combat antifasciste, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la culture allemande, que Thomas Mann puisse lui aussi prendre de plus en plus conscience de ce d\u00e9calage, que cette coh\u00e9sion organique si belle de toutes les id\u00e9es, qui est la sienne, puisse se parfaire en s\u2019alignant sur ses points de vue les plus avanc\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est un passage \u2014 critique, litt\u00e9raire, historique \u2014 et la tentative de comprendre une transition.<\/p>\n<p>En republiant le brillant hommage de Georg Luk\u00e1cs \u00e0 l\u2019engagement intellectuel de Thomas Mann contre le fascisme, nous ouvrons notre s\u00e9rie de No\u00ebl sur le centenaire de La Montagne magique \u00e0 un nouveau cycle de parutions de fin d\u2019ann\u00e9e qui seront un viatique vers 2025&#160;&#160;: <a href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/themes\/politique\/leurope-face-au-fascisme\/\">L&rsquo;Europe face au fascisme \u2014\u00a01\/9<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":255929,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-speeches.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[4187,4186],"tags":[],"staff":[1780],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-255926","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-leurope-face-au-fascisme","category-la-montagne-magique-de-thomas-mann-cent-ans-apres","staff-le-grand-continent","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Thomas Mann, l\u2019antifasciste | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/12\/26\/thomas-mann-lantifasciste\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Thomas Mann, l\u2019antifasciste | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Ce texte est un passage \u2014 critique, litt\u00e9raire, historique \u2014 et la tentative de comprendre une transition.  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En republiant le brillant hommage de Georg Luk\u00e1cs \u00e0 l\u2019engagement intellectuel de Thomas Mann contre le fascisme, nous ouvrons notre s\u00e9rie de No\u00ebl sur le centenaire de La Montagne magique \u00e0 un nouveau cycle de parutions de fin d\u2019ann\u00e9e qui seront un viatique vers 2025&#160;: L'Europe face au fascisme \u2014\u00a01\/9","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/12\/26\/thomas-mann-lantifasciste\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_published_time":"2024-12-26T17:04:01+00:00","article_modified_time":"2024-12-27T19:51:03+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1438,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/12\/gc-mannantif-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Matheo Malik","twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/12\/gc-mannantif-scaled.jpg","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Matheo Malik","Dur\u00e9e de 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