{"id":2558,"date":"2017-08-06T00:20:24","date_gmt":"2017-08-05T22:20:24","guid":{"rendered":"http:\/\/legrandcontinent.eu\/2017\/08\/06\/nous-avons-rencontre-ryan-heath\/"},"modified":"2020-04-01T08:18:32","modified_gmt":"2020-04-01T06:18:32","slug":"nous-avons-rencontre-ryan-heath","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2017\/08\/06\/nous-avons-rencontre-ryan-heath\/","title":{"rendered":"Dans la t\u00eate de Ryan Heath, une conversation avec l’auteur de Playbook"},"content":{"rendered":"\n
Nous rencontrons Ryan Heath, l’auteur de <\/em>Playbook<\/em><\/a>, la plus influente et compl\u00e8te publication quotidienne pour suivre la politique europ\u00e9enne, dans la r\u00e9daction de Politico.eu \u00e0 Bruxelles, en une matin\u00e9e d’\u00e9t\u00e9. L’excitation qui a accompagn\u00e9e la pr\u00e9paration de cet entretien, accompagn\u00e9e par une certaine incompr\u00e9hension de nos proches est un bon marqueur de l’\u00e9tranget\u00e9 de la logique bruxelloise. Souverain presque absolu, Ryan Heath est, de fait, aussi influent et aussi peu connu aux lecteurs des m\u00e9dias nationaux que le tr\u00e8s puissant directeur de cabinet de M. Junker, Martin Selmayr, qu’il a contribu\u00e9 \u00e0 faire conna\u00eetre par sa newsletter.<\/em><\/p>\n\n\n\n Am\u00e9ricain et allemand !<\/p>\n\n\n\n En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, pour \u00eatre un bon journaliste, il faut \u00eatre \u00e0 la fois un insider<\/em> et un outsider.<\/em> Si vous n\u2019\u00eates qu\u2019un insider,<\/em> et je l\u2019ai \u00e9t\u00e9 quand je travaillais pour les institutions europ\u00e9ennes, vous manquez de perspective. Vous \u00eates enferm\u00e9 dans la bulle. Le regard ext\u00e9rieur d\u2019un outsider devient alors n\u00e9cessaire pour comprendre ce qui se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la bulle. Mais c\u2019est un \u00e9quilibre d\u00e9licat. Ceux qui se trouvent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la bulle ne peuvent pas, par d\u00e9finition, se comprendre, sinon ils emp\u00eacheraient la bulle de se constituer, en m\u00eame temps on a besoin de forces ext\u00e9rieures sinon la bulle va \u00e9clater \u2014 ce qui d\u2019ailleurs ne manque presque jamais d\u2019arriver.<\/p>\n\n\n\n Google voit l\u2019Europe comme un tout, et ne travaille \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale que quand elle y est contrainte. Son point de d\u00e9part, c\u2019est d\u2019embl\u00e9e l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne. D\u2019o\u00f9 son efficacit\u00e9. C\u2019est la m\u00eame chose pour nous \u00e0 Politico.<\/p>Ryan Heath<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Notre succ\u00e8s, tr\u00e8s probablement, vient de ce que notre compr\u00e9hension de l\u2019espace europ\u00e9en et donc notre mod\u00e8le de journalisme ne correspondait pas \u00e0 celle que d\u00e9fendaient les autres m\u00e9dias europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n Il y a une le\u00e7on qui a beaucoup compt\u00e9 pour moi. Prenez l\u2019\u00e9conomie digitale. Google, par exemple, comprend le potentiel digital du march\u00e9 unique europ\u00e9en beaucoup mieux que la plupart des Europ\u00e9ens. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une question de valeurs, tout simplement Google a un meilleur angle de vue pour exploiter le march\u00e9 unique que la plupart des entreprises europ\u00e9ennes, dont le travail d\u00e9bute toujours par des logiques nationales. Google n\u2019a jamais eu une approche nationale. Google voit l\u2019Europe comme un tout, et ne travaille \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale que quand elle y est contrainte. Son point de d\u00e9part, c\u2019est d\u2019embl\u00e9e l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne. D\u2019o\u00f9 son efficacit\u00e9. C\u2019est la m\u00eame chose pour nous \u00e0 Politico. Notre point de d\u00e9part n\u2019est pas la perspective fran\u00e7aise ou allemande sur l\u2019UE, mais un regard port\u00e9 sur l\u2019UE par rapport au reste du monde. D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019avoir cet Australien, qui est en quelque sorte un outsider<\/em> inoffensif, et qui garantit un regard europ\u00e9en du dehors.<\/p>\n\n\n\n Oui, Politico est politique. Mais on existe dans son \u00e9cosyst\u00e8me. Si nous avions \u00e0 couvrir un syst\u00e8me politique structur\u00e9 autour de deux partis, nous serions tr\u00e8s diff\u00e9rents. Nous couvrons vingt-huit int\u00e9r\u00eats nationaux, des dossiers europ\u00e9ens d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, la Commission… Il y a beaucoup de travail \u00e0 faire pour repr\u00e9senter les d\u00e9put\u00e9s europ\u00e9ens, leur comportement et notre public est \u00e0 la recherche de scandales, de gossip.<\/em> Cependant nous sommes une publication tr\u00e8s s\u00e9rieuse, et peut-\u00eatre que l\u2019image que nous pouvons avoir ne le refl\u00e8te pas tout \u00e0 fait. \u00c7a d\u00e9pend d\u2019ailleurs du type de lecteurs. J\u2019ai d\u00e9jeun\u00e9 ce week-end avec un lobbyiste qui m\u2019a dit : \u00ab J\u2019en ai marre des gens qui disent que Politico n\u2019est que du gossip<\/em>. Quand vont-ils comprendre que les lobbyistes ont besoin de ce genre d\u2019information pour faire leur travail ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n On peut penser que c\u2019est bon ou mauvais, que c\u2019est plus ou moins d\u00e9mocratique, mais l\u2019essentiel c\u2019est que l\u00e0 o\u00f9 certains voient des anecdotes futiles, d\u2019autres, qui cherchent \u00e0 influer sur le processus d\u00e9cisionnel de l\u2019Union Europ\u00e9enne, y saisiront des outils utiles dans leur travail. Le r\u00f4le des journalistes, c\u2019est de repr\u00e9senter et d\u2019analyser leur communaut\u00e9. Ce n\u2019est pas \u00e0 nous qu\u2019on doit la prolif\u00e9ration des lobbyistes, mais si nous leur apportons des informations utiles pour leur travail, alors nous avons fait notre travail.<\/p>\n\n\n\n Il est difficile de faire de la politique ici. Nous essayons de la repr\u00e9senter, de lui donner un visage. Et souvent ces m\u00eames visages se plaignent : \u00ab Pourquoi \u00e9crivez-vous sur nous ? Il n’y a rien \u00e0 voir ici \u00bb.<\/p>Ryan Heath<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mais il est difficile de faire de la politique ici. Nous essayons de la repr\u00e9senter, de lui donner un visage. Quand on critique la bulle de Bruxelles, on retient souvent le fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une bureaucratie sans visage. Nous essayons de montrer ces visages. Et fr\u00e9quemment ces m\u00eames visages se plaignent, nous disent : \u00ab Pourquoi \u00e9crivez-vous sur nous ? \u00bb ou alors \u00ab Il n\u2019y a rien \u00e0 voir ici \u00bb. Ma r\u00e9ponse \u00e0 ce genre de protestation est normalement tr\u00e8s simple. C\u2019est \u00e0 nous de d\u00e9cider s\u2019il y a quelque chose \u00e0 voir. C\u2019est \u00e0 nous de d\u00e9cider ce qui est important pour nos lecteurs qui nous sanctionneront en d\u00e9cidant de nous suivre ou pas.<\/p>\n\n\n\n En partie. C\u2019est moins vrai aujourd\u2019hui, mais au d\u00e9but de sa pr\u00e9sidence Juncker ne se comportait pas comme les pr\u00e9c\u00e9dents pr\u00e9sidents de la Commission. Martin Selmayr s\u2019est retrouv\u00e9 avec beaucoup de pouvoir alors que Juncker d\u00e9clarait vouloir une Commission plus politique. Selmayr devenait du coup quelqu\u2019un d\u2019int\u00e9ressant \u00e0 suivre, d\u2019autant plus qu\u2019il \u00e9tait difficile \u00e0 saisir, ce n\u2019\u00e9tait pas le genre de personne qui balance tout sur twitter<\/a>. Or mon travail devient pr\u00e9cieux quand je parviens \u00e0 expliquer ce qui se passe derri\u00e8re les portes ferm\u00e9es. S\u2019il n\u2019y a pas de portes ferm\u00e9es, mon travail est moins utile.<\/p>\n\n\n\n D\u00e9sormais je sais ce qui fait cliquer les gens.<\/p> <\/p>Ryan Heath<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Touch\u00e9. M\u00eame si l\u2019on ne sait pas exactement qui clique sur quoi, quand on re\u00e7oit les r\u00e9sultats des liens de Playbook, on sait que 3000 personnes ont cliqu\u00e9 sur ce lien, et 5000 sur une autre. D\u00e9sormais je sais ce qui fait cliquer les gens. Et quand certains lecteurs pr\u00e9tendent \u00eatre plus sophistiqu\u00e9s et intellectuels qu\u2019ils ne le sont vraiment, ils peuvent avoir raison individuellement, mais collectivement, il y a une contradiction.<\/p>\n\n\n\n Oui, mais dans un sens particulier. Car ce que nous essayons toujours de faire, c\u2019est de porter \u00e0 l\u2019attention du public large des grands pays les choses qui se passent dans les plus petits coins de l\u2019UE, que ce soit une petite institution de Bruxelles ou un petit pays. Si on veut critiquer la \u00ab l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00bb d\u2019une partie du contenu du site, il faut aussi reconna\u00eetre que nous sommes les seuls \u00e0 donner cette perspective sur les autres parties de l\u2019Union.<\/p>\n\n\n\n Il y a m\u00e9caniquement une surrepr\u00e9sentation quantitative. Mais en termes qualitatifs, de pouvoir effectifs les petits pays sont sous-repr\u00e9sent\u00e9s, et c\u2019est une vraie source de tensions dans des d\u00e9bats comme celui sur la migration. Une bonne partie des \u00c9tats-membres plus r\u00e9cents de l\u2019Europe centrale et orientale pensent, souvent \u00e0 raison, que leurs points de vue sont ignor\u00e9s ou ne sont pas l\u00e9gitimes dans la discussion des politiques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union Europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n Il y a m\u00e9caniquement une surrepr\u00e9sentation quantitative. Mais en termes qualitatifs, de pouvoir effectifs les petits pays sont sous-repr\u00e9sent\u00e9s, et c\u2019est une vraie source de tensions dans des d\u00e9bats comme celui sur la migration.<\/p>Ryan Heath<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Bien qu\u2019ils d\u00e9fendent parfois des positions cruelles, ils ont un argument l\u00e9gitime quand ils disent qu\u2019ils sont ignor\u00e9s ou minor\u00e9s dans le syst\u00e8me de l\u2019Union. Il s\u2019agit d\u2019un des probl\u00e8mes que Bruxelles doit affronter. L\u2019Europe actuelle est nouvelle et dispose d\u2019un nouvel ensemble d\u2019instruments politiques \u2013 sans doute pas assez nombreux et efficaces en l\u2019\u00e9tat. Au d\u00e9but de son mandat Juncker voyageait et parlait surtout au sein des six \u00c9tats fondateurs. C\u2019\u00e9tait comme s\u2019il voulait vivre une Union qui n\u2019existe plus. Je pense que nous verrons \u00e7a par Macron.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est une question tr\u00e8s int\u00e9ressante. Ils sont tout \u00e0 fait surrepr\u00e9sent\u00e9s parmi les jeunes de la ville. Il s\u2019agit d\u2019une simple dynamique de march\u00e9 : si vous \u00eates un jeune Bulgare, il est plus attractif de venir travailler ici, m\u00eame si vous \u00eates un stagiaire exploit\u00e9 ou vous faites de petits boulots, en effet, vous triplez votre salaire. Si vous venez du Danemark, c\u2019est tout le contraire. Or ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9conomique d\u00e9termine le flux de la migration bruxelloise.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 coup s\u00fbr, je suis un nomade. Sans aucun doute.<\/p>Ryan Heath<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n C\u2019est tr\u00e8s vrai, et c\u2019est quelque chose que j\u2019aimerais \u00e9tudier davantage. Par exemple, les personnes gays sont tout \u00e0 fait surrepr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Bruxelles. Ceci vient du fait, qu\u2019ils l\u2019admettent ou non, qu\u2019ils pensaient ne pas pouvoir \u00eatre eux-m\u00eames ou ne pas obtenir la promotion qu\u2019ils m\u00e9ritaient en \u00e9tant eux-m\u00eames chez eux. Ce n\u2019est pas vrai de tous les pays, mais l\u2019Italie, la Pologne et la Gr\u00e8ce sont des exemples \u00e9vidents.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 coup s\u00fbr, je suis un nomade. Sans aucun doute. J\u2019ai v\u00e9cu dans une quinzaine d\u2019appartements depuis que je suis ici. J\u2019ai eu douze ou treize emplois diff\u00e9rents. J\u2019ai v\u00e9cu dans quatre villes.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est difficile de dire. Je pense que tr\u00e8s peu de personnes sont contraintes d\u2019\u00eatre \u00e0 Bruxelles. C\u2019est une ville nomade au sens o\u00f9 les gens transitent fr\u00e9quemment par elle. Cependant on assiste aussi \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne int\u00e9ressant. Presque tous ceux qui arrivent viennent ici pour un poste de courte dur\u00e9e, en pensant donc partir bient\u00f4t. Or une part surprenante d\u2019entre eux demeure. Cela devient m\u00eame ennuyeux de parler aux gens qui racontent toujours la m\u00eame histoire : \u00ab Je suis venu pour deux ans ; maintenant j\u2019ai trois enfants qui sortent du lyc\u00e9e \u00bb. Ce qui est int\u00e9ressant au niveau collectif devient ennuyeux au niveau individuel.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est bien observ\u00e9. C\u2019est g\u00e9ographique \u00e0 un certain niveau. C\u2019est de l\u2019auto-s\u00e9lection sociale, qui se transforme en communaut\u00e9 g\u00e9ographique. Les gens ne vont pas au Ch\u00e2telain, le quartier de bars et restaurants o\u00f9 se retrouvent les membres de la \u00ab bulle \u00bb, parce que c\u2019est difficile d\u2019y arriver. Ils le font parce qu\u2019ils aiment sortir avec des gens qui sont aussi sortis des bonnes \u00e9coles. Donc c\u2019est une s\u00e9lection sociale plut\u00f4t que strictement g\u00e9ographique. Je pense que la distinction entre Belges et non-Belges est la vraie division. Vous avez beaucoup de choses en commun, tant que vous n\u2019\u00eates pas belge, peu importe votre milieu. \u00c0 cela s\u2019ajoute l’exp\u00e9rience collective du syst\u00e8me administratif belge, si bizarre si vous n\u2019y appartenez pas.<\/p>\n\n\n\n Non, assur\u00e9ment non. Les Belges sont formidables. J\u2019aime leur refus profond de se laisser dominer par les autres. Beaucoup d\u2019autres villes auraient laiss\u00e9 l\u2019Union Europ\u00e9enne dicter les termes de son r\u00e8gne. Bruxelles r\u00e9siste. La ville d\u00e9pend peut-\u00eatre de l\u2019argent europ\u00e9en, elle est peut-\u00eatre lentement en train d\u2019\u00eatre influenc\u00e9e par l\u2019Union \u2013 il ne serait pas tr\u00e8s facile de trouver du caf\u00e9 d\u00e9cent ici sans l\u2019UE, je peux vous le dire ! \u2013 mais les Belges sont d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 maintenir leurs traditions et leur conception du tissu social. On l\u2019a vraiment vu dans la r\u00e9action aux attentats de Bruxelles. Il n\u2019y a pas eu de r\u00e9action exag\u00e9r\u00e9e comme aux \u00c9tats-Unis. Ici on ne se saisit pas de solutions sous le pr\u00e9texte que quelque chose doit \u00eatre fait imm\u00e9diatement. Et c\u2019est vraiment l\u00e0 un produit culturel de la Belgique : ne pas accepter que des gens ext\u00e9rieurs vous disent comment il faut faire. Et aussi Bruxelles, m\u00eame si c\u2019est une grande ville, ne compte que 15 ou 20 % de la population belge. Ce n\u2019est pas comme Londres ou Paris, qui dominent vraiment le reste de leurs pays.<\/p>\n\n\n\n Le probl\u00e8me de Bruxelles c\u2019est de ne pas \u00eatre encore plus transitoire. Bruxelles se transforme en bulle pr\u00e9cis\u00e9ment parce que trop de gens restent pris dans son tourbillon. C\u2019est comme ce que vous disiez sur les r\u00e9fugi\u00e9s : les gens restent au lieu de partir. Je pense vraiment que l\u2019Union Europ\u00e9enne fonctionnerait mieux s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas aussi normal d\u2019avoir ici des postes \u00e0 vie.<\/p>Ryan Heath<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Surr\u00e9el, bizarre, l\u2019un des deux termes. Si le surr\u00e9alisme a \u00e9t\u00e9 aussi influent ici, il y a sans doute une raison. Je l\u2019ai ressenti en arrivant et je le ressens toujours.<\/p>\n\n\n\n Honn\u00eatement, je ne sais pas. Parce qu\u2019en fait le probl\u00e8me de Bruxelles c\u2019est de ne pas \u00eatre encore plus transitoire. Bruxelles se transforme en bulle pr\u00e9cis\u00e9ment parce que trop de gens restent pris dans son tourbillon. C\u2019est comme ce que vous disiez sur les r\u00e9fugi\u00e9s : les gens restent au lieu de partir. Je pense vraiment que l\u2019Union Europ\u00e9enne fonctionnerait mieux s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas aussi normal d\u2019avoir ici des postes \u00e0 vie. La meilleure illustration de l\u2019hypocrisie qui accompagne ce probl\u00e8me, c\u2019est que les personnes qui travaillent ici depuis plus de vingt ans re\u00e7oivent encore ce qu\u2019on appelle \u00ab l\u2019indemnit\u00e9 de d\u00e9paysement<\/a> \u00bb. La logique qui soutient cette mesure a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9e. Ils sont cens\u00e9s \u00eatre soutenus \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, rester deux ou trois ans et puis retourner dans leur pays d\u2019origine avec le savoir-faire, les comp\u00e9tences, la compr\u00e9hension de cette nouvelle communaut\u00e9 europ\u00e9enne, et reverser tout \u00e7a dans les administrations nationales et les entreprises nationales pour construire une meilleure Union. Or ce m\u00e9canisme n\u2019est pas en place. Le travail est lucratif, Bruxelles c\u2019est un endroit agr\u00e9able \u00e0 vivre, et de plus en plus de gens restent. Il s\u2019agissait de financer les gens pour des d\u00e9rangements temporaires, et c\u2019est devenu une vache \u00e0 lait. Et il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019argent : tout ceci cr\u00e9e de la complaisance, on devient s\u00e9dentaire dans ce syst\u00e8me europ\u00e9en cens\u00e9 \u00eatre nomade. Et comment faire apr\u00e8s pour dire \u00ab l\u2019UE doit r\u00e9duire de 25 % son budget, doit devenir plus \u00e9conome \u00bb ? Si on veut cet argument politique on ne peut l\u2019ex\u00e9cuter en payant des dizaines de millions d\u2019euros \u00e0 ceux qui sont dans ces m\u00e9canisme. Bruxelles c\u2019est offshore parce que les gens, y ont construit leurs propres racines. En fait, ils en ont fait leur propre \u00eele, ils ont mis une mer entre eux et tous les autres.<\/p>\n\n\n\n Oui. Sauf si l\u2019on est d\u2019une valeur exceptionnelle, alors il n\u2019y a pas d\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019Europe \u00e0 ce que l\u2019on reste ici. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on trouve un moyen, sans mettre les gens \u00e0 la rue, de renouveler les gens dans les postes de l\u2019UE, on aura ce probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n Si les choses vont vraiment mal avec la Russie et la Cor\u00e9e du Nord, rien dans ce quartier ne vous sauvera \u2013 seulement l\u2019Otan.<\/p>Ryan Heath<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour la personne, je prends Selmayr. Pour la nation, il faut choisir l\u2019Allemagne.<\/p>\n\n\n\n Oui, mais la France a une opportunit\u00e9. Parce que l\u2019Allemagne a des faiblesses structurelles s\u00e9v\u00e8res qui sont mal appr\u00e9ci\u00e9es, par exemple la d\u00e9mographie. Et les choses qui leur ont bien servi dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes ne le feront plus d\u00e9sormais.<\/p>\n\n\n\nCommen\u00e7ons par une question de routine. Vous \u00eates n\u00e9 et avez grandi en Australie, vous \u00e9crivez pour un m\u00e9dia am\u00e9ricain\u2026<\/h3>\n\n\n\n
Vous vous situez en tout cas \u00e0 l\u2019\u00e9picentre de la bulle europ\u00e9enne \u00e0 partir d\u2019une position \u00e9tonnante. Nous voudrions essayer de comprendre si vous pensez que le succ\u00e8s de Politico<\/a> et de votre Playbook<\/a> qui malgr\u00e9 les critiques<\/a> est d\u00e9sormais \u00e9clatant, ne viendrait-il pas aussi de votre ext\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 l\u2019appartenance nationale, europ\u00e9enne ? <\/h3>\n\n\n\n
Cette logique explique-t-elle votre succ\u00e8s ? <\/h3>\n\n\n\n
Quelle est la diff\u00e9rence ?<\/h3>\n\n\n\n
L\u2019adjectif \u00ab inoffensif \u00bb est int\u00e9ressant. En admettant que cette ext\u00e9riorit\u00e9 donne une meilleure perspective, certains pensent qu\u2019elle ne semble pas vous apporter l\u2019ind\u00e9pendance n\u00e9cessaire \u00e0 votre fonction, et sont d\u00e9\u00e7us du manque de scandales r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par Politico. Donc la question doit \u00eatre : est-ce que Politico est politique ?<\/h3>\n\n\n\n
L\u2019\u00e9cosyst\u00e8me que vous d\u00e9crivez est celui d\u2019une politique qui se fait par le lobbying, s\u2019agit-il aussi de votre politique ? <\/h3>\n\n\n\n
Faut-il en conclure que si vous influencez les politiques publiques, et vous \u00eates politiques en ce qui concerne ces politiques, vous ne souhaitez pas adresser la politique dans son sens traditionnel ?<\/h3>\n\n\n\n
D\u2019o\u00f9 la focalisation<\/a> sur Martin Selmayr, l\u2019influent directeur de cabinet de Juncker ?<\/h3>\n\n\n\n
\u00ab Un roman, c\u2019est un miroir que l\u2019on prom\u00e8ne le long d\u2019un chemin. [Le] miroir montre la fange, et vous accusez le miroir ! \u00bb \u2014 ce que Stendhal pensait du roman, pourrait-il \u00eatre dit de votre newsletter<\/a> ?<\/h3>\n\n\n\n
Votre travail s\u2019inspire-t-il de ces consid\u00e9rations statistiques ?<\/h3>\n\n\n\n
Ce que vous nous dites sur les pays plus petits est tr\u00e8s int\u00e9ressant parce que, quand il s\u2019agit de la bulle europ\u00e9enne, celle-ci fait r\u00e9f\u00e9rence, territorialement, \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00eele.<\/a> Est-ce qu\u2019il y a, selon vous, une repr\u00e9sentation ad\u00e9quate, une surrepr\u00e9sentation ou une sous-repr\u00e9sentation des plus petits pays dans cette bulle ?<\/h3>\n\n\n\n
Cette analyse fonctionne au niveau des institutions de l\u2019UE, mais qu\u2019en est-il de la ville de Bruxelles ? Quand vous avez dit qu\u2019on avait une \u00ab surrepr\u00e9sentation quantitative \u00bb, est-ce que vous diriez que m\u00eame en termes urbains, les petits pays sont surrepr\u00e9sent\u00e9s ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous avez dit au Guardian<\/a> que \u00ab Bruxelles est comme le camp de r\u00e9fugi\u00e9s le plus hupp\u00e9 du monde \u00bb. Est-ce que vous pensez que les gens finissent dans la bulle parce que dans leur pays l\u2019\u00e9lite progressive est trop petite ou p\u00e9rim\u00e9e ?<\/h3>\n\n\n\n
Nous cherchons \u00e0 envisager le politique \u00e0 partir des vieilles cat\u00e9gories g\u00e9opolitiques du nomade et du s\u00e9dentaire. J\u2019aimerais vous demander \u00e0 laquelle de ces cat\u00e9gories vous pensez appartenir ?<\/h3>\n\n\n\n
Quel type de fronti\u00e8re \u2013 fronti\u00e8res sociales, ethniques, \u00e9conomiques \u2013 est la plus importante \u00e0 Bruxelles ?<\/h3>\n\n\n\n
C\u2019est frappant \u00e0 quel point le vocabulaire que vous utilisez en parlant de \u00ab transit \u00bb est le m\u00eame qu\u2019on utilise pour les r\u00e9fugi\u00e9s. On est en transit, mais finalement on reste pour le long terme, pris dans les tourbillons du lieu : c\u2019est aussi une trajectoire classique de l\u2019immigration. Alors peut-on dire qu\u2019il y a deux p\u00f4les dans ce champ magn\u00e9tique : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les parcs d\u2019Ixelles, les quartier au sud-ouest o\u00f9 habite une bonne partie de la \u00ab bulle \u00bb et de l\u2019autre le parc Maximilien, le parc de r\u00e9fugi\u00e9s au nord-est ?<\/h3>\n\n\n\n
Est-ce que Bruxelles est une ville belge ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous avez parl\u00e9 du \u00ab bizarre \u00bb belge : j\u2019allais vous demander quel mot vous utiliseriez pour d\u00e9crire l\u2019organisation de la ville. Vous parleriez encore de \u00ab bizarre \u00ab ?<\/h3>\n\n\n\n
En ce qui concerne les politiques nationales et l\u2019Europe, et particuli\u00e8rement en ce qui concerne ce qu\u2019on a appel\u00e9 l\u2019\u00e9veil du nationalisme ou du \u00ab populisme \u00bb, les commentateurs parlent de plus en plus d\u2019un \u00ab retour du refoul\u00e9 \u00bb, en termes psychanalytiques. On a vu que Bruxelles \u00e9tait un centre politique offshore. S\u2019agissant de la perception de ce Bruxelles \u00ab hors sol \u00bb dont nous avons parl\u00e9, pensez-vous que nous assistons un \u00ab retour du territoire \u00bb ?<\/h3>\n\n\n\n
Donc, selon vous, c\u2019est plus dialectique : c\u2019est parce que les gens restent et font des racines que \u00e7a devient une \u00eele, pas parce qu\u2019ils sont d\u2019embl\u00e9e \u00ab hors sol \u00bb.<\/h3>\n\n\n\n
Nous approchons de la fin de cet entretien. Une question simple. S\u2019il vous fallait r\u00e9sumer en une personne, une nation, une organisation, un m\u00e9dia, qui d\u00e9cide \u00e0 Bruxelles ?<\/h3>\n\n\n\n
Selmayr est allemand, \u00e7a fait donc deux fois l\u2019Allemagne.<\/h3>\n\n\n\n
Oui, mais votre r\u00e9ponse montre comment l\u2019Allemagne reste tr\u00e8s puissante, au niveau politique et tactique, dans les institutions elles-m\u00eames, comme le Parlement.<\/h3>\n\n\n\n