{"id":254960,"date":"2024-12-15T16:25:46","date_gmt":"2024-12-15T15:25:46","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=254960"},"modified":"2024-12-16T17:57:37","modified_gmt":"2024-12-16T16:57:37","slug":"avec-la-chute-dassad-la-strategie-de-liran-est-en-train-de-seffondrer-une-conversation-avec-ali-vaez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/12\/15\/avec-la-chute-dassad-la-strategie-de-liran-est-en-train-de-seffondrer-une-conversation-avec-ali-vaez\/","title":{"rendered":"\u00ab Avec la chute d’Assad, la strat\u00e9gie de l’Iran est en train de s’effondrer \u00bb, une conversation avec Ali Vaez"},"content":{"rendered":"\n
C’est bient\u00f4t No\u00ebl. Si vous nous lisez et que vous voulez faire plaisir \u00e0 vos proches \u2014 ou \u00e0 vous-m\u00eames \u2014 tout en soutenant le travail d’une r\u00e9daction ind\u00e9pendante, prenez un instant pour penser \u00e0 vous abonner au Grand Continent<\/a><\/em>.<\/p>\n\n\n\n Ce mardi 17 d\u00e9cembre, \u00e0 19h30, la situation politique en Syrie sera au c\u0153ur de notre d\u00e9bat hebdomadaire \u2014\u00a0par ici pour s\u2019inscrire (gratuitement) si vous \u00eates \u00e0 Paris<\/a>. <\/em><\/p>\n\n\n\n Au Levant, la strat\u00e9gie de la R\u00e9publique islamique est en train de s’effondrer. Pendant des ann\u00e9es, l’Iran a cherch\u00e9 \u00e0 projeter sa puissance et son influence dans la r\u00e9gion en cultivant des alli\u00e9s non \u00e9tatiques. Le Hezbollah \u00e9tait le primus inter pares <\/em>de ce r\u00e9seau, et la Syrie d’Assad le principal alli\u00e9 \u00e9tatique \u2014 pour la survie duquel le r\u00e9gime de T\u00e9h\u00e9ran a d\u00e9pens\u00e9 un volume impressionnants de ressources financi\u00e8res et humaines. Apr\u00e8s l’attaque du 7 octobre du Hamas contre Isra\u00ebl et le d\u00e9but de la campagne militaire isra\u00e9lienne \u00e0 Gaza, l\u2019Iran et \u00ab l’axe de la r\u00e9sistance \u00bb d\u00e9bordaient d\u2019hybris.<\/p>\n\n\n\n Un an apr\u00e8s, le r\u00e9gime est d\u00e9pass\u00e9 strat\u00e9giquement, diplomatiquement et militairement.<\/p>\n\n\n\n On peut s’attendre \u00e0 de grands d\u00e9bats et \u00e0 des accusations au sein des Gardiens de la R\u00e9volution<\/a> et du syst\u00e8me en g\u00e9n\u00e9ral sur la mani\u00e8re dont cette d\u00e9b\u00e2cle s’est produite \u2014 et peut-\u00eatre plus important encore, sur la question de savoir s’il faut accepter les pertes ou essayer de redoubler d’efforts avec une main tr\u00e8s affaiblie.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s avoir investi autant de r\u00e9putation, de moyens et de vies humaines au cours des treize derni\u00e8res ann\u00e9es pour sauver le r\u00e9gime de Bachar el-Assad et avec lui l’orientation strat\u00e9gique de la Syrie, cet effondrement soudain de l’ordre baasiste est un revers majeur pour l’Iran. Ce sentiment domine largement le d\u00e9bat public sur la question en Iran, sans que cela ne soit dissimul\u00e9. En effet, l’Iran avait cruellement besoin de la Syrie pour fournir un soutien logistique au Hezbollah qu’il essayait de reconstruire au Liban : la chute d\u2019Assad est une question de s\u00e9curit\u00e9 nationale majeure pour T\u00e9h\u00e9ran.<\/p>\n\n\n\n Les Iraniens ont encourag\u00e9 le Hezbollah \u00e0 accepter le cessez-le-feu bien qu\u2019il favorise \u00e0 leurs yeux les int\u00e9r\u00eats d’Isra\u00ebl parce qu\u2019ils le consid\u00e9raient indispensable \u00e0 la reconstruction des forces du Hezbollah. Avant de pouvoir utiliser le cessez-le-feu pour aider celui-ci \u00e0 se remettre sur pied, la passerelle syrienne s’est effondr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s l’attaque du 7 octobre du Hamas contre Isra\u00ebl et le d\u00e9but de la campagne militaire isra\u00e9lienne \u00e0 Gaza, l\u2019Iran et \u00ab l’axe de la R\u00e9sistance \u00bb d\u00e9bordaient d\u2019hybris. Un an apr\u00e8s, le r\u00e9gime est d\u00e9pass\u00e9 strat\u00e9giquement, diplomatiquement et militairement.<\/p>Ali Vaez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, la discussion publique en Iran se structure autour de trois grands sujets. <\/p>\n\n\n\n Tout d\u2019abord, un d\u00e9bat porte sur l\u2019identification des responsables de la perte de la Syrie. Une partie pense que l’Iran est coupable d\u2019avoir fait confiance aux garanties de la Turquie selon lesquelles les rebelles arm\u00e9s syriens n’avaient pas l’intention de monter une op\u00e9ration majeure contre le r\u00e9gime Assad. D\u2019autres consid\u00e8rent que les Russes ont poignard\u00e9 les Iraniens dans le dos et conclu un accord avec HTC pour pr\u00e9server leurs bases navales en Syrie<\/a> en \u00e9change d’une absence d’opposition \u00e0 leur prise de contr\u00f4le des grandes villes et \u00e0 la poursuite du r\u00e9gime Assad. <\/p>\n\n\n\n Ensuite, une partie du syst\u00e8me s\u2019interroge sur les le\u00e7ons \u00e0 tirer pour l\u2019Iran. Certains, comme le guide Ali Khamenei, consid\u00e8rent que la Syrie s’est effondr\u00e9e parce que le r\u00e9gime n’avait plus la volont\u00e9 de se battre. D\u2019autres, estiment que Bachar el-Assad n\u2019avait pas suffisamment pris de mesures pour r\u00e9duire le foss\u00e9 entre l’\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9. Or de ce point de vue, les cas syrien et iranien sont comparables. En Iran, il n\u2019y a pas un groupe alaouite minoritaire qui r\u00e8gne sur la population sunnite majoritaire, mais un establishment<\/em> cl\u00e9rical minoritaire r\u00e9gnant sur une soci\u00e9t\u00e9 majoritairement la\u00efque<\/a>. Dans les deux \u00c9tats, un degr\u00e9 avanc\u00e9 de r\u00e9pression et de corruption est \u00e0 l’origine de nombreuses frustrations au sein de la soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Enfin, un groupe consid\u00e8re qu\u2019il est n\u00e9cessaire de transformer la doctrine de s\u00e9curit\u00e9 nationale de l’Iran parce que ses deux piliers \u2014 le Hezbollah et la Syrie \u2014 ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement affaiblis r\u00e9cemment. Son acc\u00e8s au Hezbollah, qui passait par la Syrie, a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 perdu. En ce sens, \u00ab l’axe de la R\u00e9sistance \u00bb tel que nous le connaissions n’existe plus, car il n’y a pas d\u2019axe sans acc\u00e8s. Dans cette situation, certains pensent que l’Iran doit se concentrer davantage sur ses capacit\u00e9s conventionnelles ; d\u2019autres qu\u2019il est n\u00e9cessaire de s’engager avec une grande puissance comme la Chine<\/a> pour qu’elle devienne garant de sa s\u00e9curit\u00e9 ; les derniers, enfin, qu\u2019il est n\u00e9cessaire de d\u00e9velopper des armes nucl\u00e9aires comme moyen de dissuasion ultime. <\/p>\n\n\n\n \u00ab L’axe de la R\u00e9sistance \u00bb tel que nous le connaissions n’existe plus, car il n’y a pas d\u2019axe sans acc\u00e8s.<\/p>Ali Vaez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il s’agit avant tout d’un revers majeur pour l’arm\u00e9e et l\u2019appareil s\u00e9curitaire en Iran, qui sont les principales forces de r\u00e9sistance au changement en Iran. En effet, les militaires bl\u00e2maient les civils pour les \u00e9checs du pays sur les fronts \u00e9conomique, diplomatique et culturel. L\u2019appareil s\u00e9curitaire consid\u00e9rait pour sa part avoir bien mieux r\u00e9ussi que les autres cercles de pouvoir, malgr\u00e9 des ressources limit\u00e9es, en d\u00e9veloppant le programme nucl\u00e9aire, le programme balistique et un r\u00e9seau de mandataires dans la r\u00e9gion. Aujourd’hui, la disparition de \u00ab l\u2019axe de la R\u00e9sistance \u00bb montre que ces succ\u00e8s de l\u2019arm\u00e9e n\u2019\u00e9taient que des illusions.<\/p>\n\n\n\n Cela pourrait \u00eatre positif. Toutefois, l\u2019examen attentif des termes du d\u00e9bat ne laisse que peu de place \u00e0 l\u2019espoir. La plupart des discussions mentionn\u00e9es aboutissent \u00e0 la conclusion que l’Iran s’est d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 dans une situation similaire \u2014 en 2003. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les \u00c9tats-Unis venaient de renverser un r\u00e9gime \u00e0 l’est en Afghanistan et un \u00e0 l’ouest en Irak. Ils semblaient sur le point d\u2019envahir l\u2019Iran puisque l\u2019administration Bush avait rejet\u00e9 d’embl\u00e9e toute possibilit\u00e9 de n\u00e9gociation. Malgr\u00e9 cela, \u00e0 partir de 2006, T\u00e9h\u00e9ran a pu retourner la situation contre les \u00c9tats-Unis en Irak et reprendre l’avantage. <\/p>\n\n\n\n L’Iran pouvait se permettre de temporiser en 2003 \u2014 pas en 2025.<\/p>Ali Vaez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Beaucoup consid\u00e8rent donc que l’Iran devrait \u00e0 nouveau jouer la carte du temps et attendre soit la fragmentation des groupes d’opposition syriens, soit un exc\u00e8s de confiance d\u2019Isra\u00ebl quelque part dans la r\u00e9gion, soit l’arriv\u00e9e de l’administration Trump qui poursuit des politiques incoh\u00e9rentes \u2014 toutes les circonstances qui pourraient permettre \u00e0 l’Iran de renverser la vapeur. Ce discours omet cependant une r\u00e9alit\u00e9 fondamentale : l\u2019Iran pouvait se permettre de temporiser en 2003 \u2014 pas en 2025. Ses vuln\u00e9rabilit\u00e9s militaires sont visibles, son bouclier d\u00e9fensif dans la r\u00e9gion s’est fissur\u00e9 et ses probl\u00e8mes \u00e9conomiques sont tr\u00e8s profonds<\/a>. <\/p>\n\n\n\n Cela explique pourquoi le Guide supr\u00eame se concentre aujourd\u2019hui sur le seul public qui compte \u00e0 ses yeux pour la survie du r\u00e9gime, c’est-\u00e0-dire ses principaux \u00e9lecteurs, les 10 \u00e0 15 % de la population iranienne qui croient encore au r\u00e9gime pour des raisons id\u00e9ologiques ou financi\u00e8res, qui consid\u00e8rent que tout va bien, qu’il s’agit certes d’un revers mais qu\u2019ils vont se sortir d\u2019affaire. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 cet \u00e9gard, une analogie beaucoup plus pertinente est celle de la d\u00e9faite de l’Union sovi\u00e9tique en Afghanistan<\/a>. L\u2019humiliation suscit\u00e9e par la d\u00e9faite sovi\u00e9tique a fondamentalement min\u00e9 la cr\u00e9dibilit\u00e9 du r\u00e9gime aux yeux de ses alli\u00e9s et aux yeux de sa propre population, avant d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer son effondrement. Or la d\u00e9pendance \u00e0 l’\u00e9gard d’un segment \u00e9troit de la soci\u00e9t\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui a fait tomber le r\u00e9gime Assad. Croire que la meilleure solution est de s\u2019appuyer encore plus sur une partie minoritaire de la population et de poursuivre les politiques qui viennent d\u2019\u00eatre d\u00e9savou\u00e9es ne peut que conduire \u00e0 l\u2019\u00e9chec. <\/p>\n\n\n\n La d\u00e9pendance \u00e0 l’\u00e9gard d’un segment \u00e9troit de la soci\u00e9t\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui a fait tomber le r\u00e9gime Assad.<\/p>Ali Vaez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les dirigeants de la R\u00e9publique islamique ont tendance \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la pression par l\u2019inflexibilit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur propre population et de la communaut\u00e9 internationale. Renforcer le contr\u00f4le sur la population est une mani\u00e8re pour le r\u00e9gime de montrer sa capacit\u00e9 \u00e0 conserver le pouvoir. Il faut comprendre qu\u2019il existe aujourd\u2019hui une diff\u00e9rence entre les sections les plus s\u00e9curitaires du pouvoir qui veulent mettre en \u0153uvre la nouvelle loi sur le hijab pour \u00e9touffer dans l’\u0153uf toute forme d’opposition et le gouvernement iranien qui souhaite r\u00e9duire le foss\u00e9 entre l’\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 \u2014 et retarde par cons\u00e9quent la mise en \u0153uvre de cette loi. Le gouvernement de Pezechkian<\/a> comprend en effet qu\u2019ali\u00e9ner des pans entiers de la population iranienne pourrait d\u00e9sormais repr\u00e9senter une menace existentielle pour le r\u00e9gime et m\u00eame pour l’\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n La seule fa\u00e7on pour la R\u00e9publique islamique de surmonter cette p\u00e9riode serait d\u2019inaugurer une p\u00e9riode de changements radicaux dans la politique int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure du pays \u2014 \u00e0 la mani\u00e8re de l\u2019\u00e8re Deng Xiaoping en Chine. Il semble cependant peu probable que le Guide supr\u00eame, \u00e2g\u00e9 de 86 ans, accepte d’ouvrir le syst\u00e8me politique et de mettre en \u0153uvre des r\u00e9formes au d\u00e9triment d’une grande partie d\u2019un syst\u00e8me devenu kleptocratique. <\/p>\n\n\n\n L\u2019Iran est \u2014 encore aujourd\u2019hui \u2014 un pays plus pluraliste que ne l’\u00e9tait l’Irak apr\u00e8s sa d\u00e9faite lors de la premi\u00e8re guerre du Golfe.<\/p>\n\n\n\n Le gouvernement iranien est \u00e9galement beaucoup plus pragmatique, comme le montrent d\u00e9j\u00e0 ses interactions avec la future administration Trump. Le vice-pr\u00e9sident iranien en exercice a par exemple \u00e9crit une tribune dans Foreign Affairs<\/em>, qui consiste \u00e0 inviter l\u2019administration Trump \u00e0 n\u00e9gocier avec l\u2019Iran. Exprimer publiquement un d\u00e9sir de n\u00e9gociation avec celui qui a ordonn\u00e9 la mort de Qassem Soleimani<\/a> et alors que le r\u00e9gime iranien a tent\u00e9 de venger cette mort au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es \u2014 y compris par des tentatives d\u2019assassinats de Donald Trump et de piratages de sa campagne pr\u00e9sidentielle \u2014 d\u00e9montre le degr\u00e9 de pragmatisme qui pr\u00e9vaut aujourd\u2019hui au sein du syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n La seule fa\u00e7on pour la R\u00e9publique islamique de surmonter cette p\u00e9riode serait d\u2019inaugurer une p\u00e9riode de changements radicaux dans la politique int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure du pays \u2014 \u00e0 la mani\u00e8re de l\u2019\u00e8re Deng Xiaoping en Chine.<\/p>Ali Vaez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L’Iran n’a pas fait en Syrie avec HTC ce qu\u2019il a fait en Afghanistan avec les Talibans.<\/p>\n\n\n\n En Afghanistan, quand la victoire des Talibans a sembl\u00e9 in\u00e9vitable, T\u00e9h\u00e9ran a rouvert les canaux de communication avec eux et leur a fourni des armes et des fonds pour lutter contre l\u2019\u00c9tat islamique au Khorasan<\/a>.<\/p>\n\n\n\n En Syrie, les dirigeants iraniens ont toujours consid\u00e9r\u00e9 les membres d\u2019HTC comme de simples pions de la Turquie. Ils n\u2019ont donc jamais cr\u00e9\u00e9 de liens avec le groupe, et auront besoin d\u2019un certain temps pour exploiter l\u2019\u00e9ventuelle fragmentation de la r\u00e9bellion syrienne et nouer des relations avec des groupes en son sein. Si la Syrie sombre dans le chaos, c\u2019est ce que T\u00e9h\u00e9ran cherchera \u00e0 faire. Mais le r\u00e9gime a une autre priorit\u00e9 en ce moment : aider le Hezbollah \u00e0 se r\u00e9armer pour dissuader Isra\u00ebl<\/a> de lancer une attaque directe contre l’Iran. Il s’agit l\u00e0 d’une urgence \u00e0 court terme \u2014 et non d’une question \u00e0 moyen terme comme le d\u00e9veloppement d\u2019un r\u00e9seau d\u2019influence en Syrie.<\/p>\n\n\n\n Nous savons que m\u00eame le gouvernement irakien n’a pas ouvert ses fronti\u00e8res pour permettre aux milices irakiennes de venir en aide au r\u00e9gime d’Assad. De m\u00eame, on sait que l’Iran avait \u00e9galement averti le r\u00e9gime syrien il y a quelques mois que HTC se mobilisait et se pr\u00e9parait \u00e0 une offensive majeure, sans que le r\u00e9gime d\u2019Assad ne prenne cette information au s\u00e9rieux ou agisse en cons\u00e9quence. Une politique r\u00e9gionale fond\u00e9e sur des acteurs non \u00e9tatiques ou sur des \u00c9tats vid\u00e9s de leur substance par la domination d\u2019un seul est un v\u00e9ritable ch\u00e2teau de cartes susceptible de s’effondrer \u00e0 tout moment. <\/p>\n\n\n\n Nasrallah avait un r\u00f4le fondamental pour la structuration de \u00ab l\u2019axe de la R\u00e9sistance \u00bb en Syrie. <\/p>Ali Vaez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019autre explication du d\u00e9litement de \u00ab l\u2019axe de la R\u00e9sistance \u00bb est un certain degr\u00e9 de paralysie dans la prise de d\u00e9cision, qui r\u00e9sulte de l’\u00e9limination de tous ses acteurs clefs \u2014 que ce soit l’architecte Soleimani, \u00e9limin\u00e9 en 2020, certains des tr\u00e8s hauts responsables des services de renseignement des Gardiens et des commandants r\u00e9gionaux qu’Isra\u00ebl a \u00e9limin\u00e9s au d\u00e9but de cette ann\u00e9e, et bien entendu le cerveau strat\u00e9gique des activit\u00e9s, Hassan Nasrallah, \u00e9limin\u00e9 le 28 septembre<\/a> par Isra\u00ebl. Nous avons en effet tendance \u00e0 consid\u00e9rer \u00ab l\u2019axe de la R\u00e9sistance \u00bb comme un outil d\u2019influence de l\u2019Iran projet\u00e9 vers la Syrie et le Liban mais Nasrallah avait \u00e9galement un r\u00f4le fondamental pour la structuration de l\u2019axe en Syrie. <\/p>\n\n\n\n\n La relation entre la famille Assad et la R\u00e9publique islamique n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s chaleureuse.<\/p>\n\n\n\n Bachar el-Assad est d\u2019ailleurs aujourd\u2019hui \u00e0 Moscou plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 T\u00e9h\u00e9ran. Id\u00e9ologiquement, il y avait en effet tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9l\u00e9ments en commun entre le mouvement baasiste et la th\u00e9ocratie iranienne. Toutefois, la Syrie, plus ancien alli\u00e9 \u00e9tatique de la R\u00e9publique islamique, \u00e9tait aussi sa colonne vert\u00e9brale logistique. Si l’Iran avait pu cr\u00e9er une voie d’acc\u00e8s pour soutenir le Hezbollah sans d\u00e9pendre du r\u00e9gime syrien, il l\u2019aurait fait depuis longtemps.<\/p>\n\n\n\n La strat\u00e9gie iranienne s’est av\u00e9r\u00e9e \u00eatre une coquille vide parce que l’Iran s’est toujours concentr\u00e9 sur l\u2019utilisation des griefs pour mobiliser les groupes id\u00e9ologiquement align\u00e9s avec lui dans leur opposition aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 Isra\u00ebl et renforcer des acteurs non \u00e9tatiques forts au d\u00e9triment des institutions \u00e9tatiques. Une telle politique peut fonctionner un certain temps. Mais sans r\u00e9pondre aux besoins de la population, sans contrat social, sans prosp\u00e9rit\u00e9, sans adh\u00e9sion au processus politique, les entit\u00e9s politiques sur lesquelles s\u2019appuient l\u2019Iran \u00e9taient structurellement instables.<\/p>\n\n\n\n Alors que le Hezbollah s\u2019entra\u00eenait \u00e0 mener \u00e0 nouveau la guerre du pass\u00e9, Isra\u00ebl s\u2019est projet\u00e9 dans la guerre du futur, qu\u2019il m\u00e8ne depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 contre l\u2019Iran et son \u00ab axe de la R\u00e9sistance \u00bb.<\/p>Ali Vaez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Par exemple, l’Iran a aid\u00e9 l’Irak \u00e0 repousser les \u00c9tats-Unis, mais n’a pas aid\u00e9 l’Irak \u00e0 renforcer ses institutions. Au contraire, l\u2019Iran a soutenu le premier ministre Maliki, qui a men\u00e9 une politique sectaire et entra\u00een\u00e9 l\u2019Irak dans l’ab\u00eeme, qui a conduit \u00e0 l’\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat islamique. Au Liban, l’Iran a aid\u00e9 le Hezbollah \u00e0 prendre le dessus politiquement et militairement, mais n’a pas encourag\u00e9 le gouvernement libanais \u00e0 trouver un premier ministre et un pr\u00e9sident au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es pour tenter de redresser la situation \u00e9conomique. Tous ces \u00e9l\u00e9ments ont cr\u00e9\u00e9 un r\u00e9seau fort en apparence, mais faible si l\u2019on creuse sous la surface. <\/p>\n\n\n\n En parall\u00e8le, pendant toutes ces ann\u00e9es, Isra\u00ebl n’a pas utilis\u00e9 son avantage militaire qualitatif pour entreprendre des actions audacieuses contre \u00ab l\u2019axe \u00bb. Il s’en est suivi une certaine inertie en termes d’\u00e9quilibre de la dissuasion pour l’Iran et ses alli\u00e9s. Alors que le Hezbollah s\u2019entra\u00eenait \u00e0 mener \u00e0 nouveau la guerre du pass\u00e9, Isra\u00ebl s\u2019est projet\u00e9 dans la guerre du futur, qu\u2019il m\u00e8ne depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 contre l\u2019Iran et son \u00ab axe de la R\u00e9sistance \u00bb. La faiblesse en profondeur de \u00ab l\u2019axe \u00bb et une riposte militaire isra\u00e9lienne beaucoup plus audacieuse ont abouti \u00e0 renverser la situation. <\/p>\n\n\n\n Certes, les ingr\u00e9dients utilis\u00e9s par l\u2019Iran pour constituer ce r\u00e9seau \u2014 le sentiment de haine \u00e0 l’\u00e9gard de la politique isra\u00e9lienne et de frustration \u00e0 l’\u00e9gard des desseins occidentaux pour cette partie du monde \u2014 n\u2019ont pas disparu. L’Iran essaiera donc toujours de cr\u00e9er et de recruter de nouveaux groupes pour poursuivre une politique similaire. Cependant, T\u00e9h\u00e9ran ne dispose ni du temps, ni des ressources financi\u00e8res, ni m\u00eame du capital humain n\u00e9cessaire pour reproduire cette politique. <\/p>\n\n\n\n Pour beaucoup, la chute d\u2019Assad est une occasion en or de pousser le r\u00e9gime iranien au bord du gouffre.<\/p>Ali Vaez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cette comparaison est int\u00e9ressante \u2014 avec deux diff\u00e9rences fondamentales toutefois. D\u2019une part, les \u00c9tats-Unis essayaient de construire en Afghanistan un \u00c9tat dans un contexte qu’ils ne comprenaient pas vraiment, alors que les dirigeants iraniens ont une connaissance et une profonde familiarit\u00e9 avec des pays comme l’Irak, le Liban et la Syrie. D\u2019autre part, l’Afghanistan n’\u00e9tait pas essentiel \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale des \u00c9tats-Unis, tandis que la stabilit\u00e9 en Irak et en Syrie est essentielle \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de l’Iran. Souvenons-nous que la faillite de l\u2019\u00c9tat irakien a abouti \u00e0 l’\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat islamique \u2014 \u00e0 cinquante kilom\u00e8tres des fronti\u00e8res de l’Iran.<\/p>\n\n\n\n Pour beaucoup, il s\u2019agit d\u2019une occasion en or de pousser le r\u00e9gime iranien au bord du gouffre en consid\u00e9rant qu\u2019avec une combinaison de pression militaire isra\u00e9lienne, de pression \u00e9conomique am\u00e9ricaine et de pression diplomatique europ\u00e9enne, le r\u00e9gime ne serait pas en mesure de se remettre sur pied. Un certain nombre de d\u00e9cideurs de l\u2019administration Trump pensent qu\u2019en 2025, l\u2019Occident sera en mesure non seulement d\u2019obtenir des concessions sur le plan nucl\u00e9aire, mais aussi d\u2019obliger l\u2019Iran \u00e0 att\u00e9nuer voire \u00e0 abandonner son soutien aux acteurs non \u00e9tatiques au Moyen-Orient, \u00e0 cesser de transf\u00e9rer des drones et des missiles \u00e0 la Russie et \u00e0 transformer compl\u00e8tement le comportement du r\u00e9gime \u2014 voire le r\u00e9gime lui-m\u00eame. <\/p>\n\n\n\n Cependant, si le r\u00e9gime est faible dans la r\u00e9gion en ce moment, il est encore assez fort chez lui.<\/p>\n\n\n\n En Syrie, il y avait une opposition organis\u00e9e et arm\u00e9e l\u00e0 o\u00f9, en Iran, il n\u2019y a pas d\u2019alternative viable au r\u00e9gime \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ou \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du pays. Le r\u00e9gime n\u2019est donc toujours pas \u00e0 court d\u2019options. Nombreux sont ceux qui envisagent d\u00e9sormais une ru\u00e9e vers les armes nucl\u00e9aires comme alternative \u00e0 la perte de la dissuasion r\u00e9gionale. L\u2019Iran a maintenant, en r\u00e9ponse \u00e0 une r\u00e9solution que les Europ\u00e9ens ont fait voter lors de la derni\u00e8re r\u00e9union du conseil des gouverneurs de l\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie atomique<\/a>, augment\u00e9 le taux d\u2019enrichissement \u00e0 60 % dans son installation de Fordow, au point que le temps n\u00e9cessaire pour enrichir suffisamment de mati\u00e8re fissile pour quatre \u00e0 cinq armes nucl\u00e9aires est pass\u00e9 de trois \u00e0 quatre semaines \u00e0 quelques jours seulement.<\/p>\n\n\n\n Nombreux sont ceux qui envisagent d\u00e9sormais une ru\u00e9e vers les armes nucl\u00e9aires comme alternative \u00e0 la perte de la dissuasion r\u00e9gionale.<\/p>Ali Vaez<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Enfin, le probl\u00e8me d\u2019une approche qui repose exclusivement sur la pression et vise \u00e0 provoquer une implosion du r\u00e9gime davantage qu\u2019\u00e0 n\u00e9gocier, est qu’elle ne fournit pas les portes de sortie n\u00e9cessaires pour emp\u00eacher une confrontation qui serait d\u00e9sastreuse. Un r\u00e9gime coinc\u00e9 pourrait consid\u00e9rer une confrontation comme sa meilleure chance de survie, car cela cr\u00e9erait un sentiment d\u2019union nationale qui n’existe plus du tout par ailleurs. 2025 va \u00eatre une ann\u00e9e extr\u00eamement dangereuse pour les relations entre l’Iran et l’Occident. Il y a plus de risques d’erreurs de calcul que de chances que l’Iran et Trump parviennent miraculeusement \u00e0 un nouvel accord.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Parmi les victimes collat\u00e9rales de la conqu\u00eate-\u00e9clair d\u2019al-Joulani en Syrie, l\u2019Iran est sans doute le plus impact\u00e9.<\/p>\n Un peu plus d\u2019un an apr\u00e8s le 7-octobre, \u00ab l\u2019axe de la R\u00e9sistance \u00bb semble vaincu \u2014 d\u00e9pass\u00e9 \u00e0 la fois strat\u00e9giquement, diplomatiquement et militairement. Pour les ennemis de T\u00e9h\u00e9ran, la chute d\u2019Assad est une occasion en or de pousser le r\u00e9gime iranien vieillissant dans l’ab\u00eeme.<\/p>\n Point de situation et perspectives avec Ali Vaez.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":255092,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[4177],"tags":[],"geo":[530],"class_list":["post-254960","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-htc-al-joulani-la-syrie-apres-assad","staff-pierre-ramond","geo-asie-intermediaire"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\nQu\u2019est ce que la chute du r\u00e9gime de Bachar el-Assad<\/a> signifie pour la R\u00e9publique islamique d\u2019Iran ? <\/h3>\n\n\n\n
Les causes et les le\u00e7ons \u00e0 tirer de la chute de Bachar el-Assad font-elles l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat en Iran ?<\/h3>\n\n\n\n
Ces diff\u00e9rents d\u00e9bats cr\u00e9ent-ils des divisions au sein de la structure politique du r\u00e9gime iranien ?<\/h3>\n\n\n\n
Le d\u00e9saveu des militaires en Iran peut-il expliquer l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des politiques identitaires, comme la loi qui renforce l\u2019obligation de se voiler pour les femmes qui devrait \u00eatre mise en \u0153uvre dans les prochains jours ?<\/h3>\n\n\n\n
\u00c0 la suite du discours d\u2019Ali Khamenei de mercredi, on a vu surgir des comparaisons entre son refus d\u2019admettre une d\u00e9faite strat\u00e9gique et le discours que Saddam Hussein avait prononc\u00e9 \u00e0 la suite du retrait des troupes irakiens du Kowe\u00eft. Comment analysez-vous ces diff\u00e9rentes formes d’aveuglement ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment l\u2019Iran s\u2019est-il positionn\u00e9 vis-\u00e0-vis d\u2019HTC, le mouvement de rebelles islamistes qui a renvers\u00e9 le r\u00e9gime de Bachar el-Assad<\/a> ? <\/h3>\n\n\n\n
Comment expliquer que l\u2019Iran n\u2019ait pas davantage essay\u00e9 de soutenir le r\u00e9gime syrien ? <\/h3>\n\n\n\n
\n <\/picture>\n
\n <\/picture>\n Quels sont les \u00e9l\u00e9ments concrets du pouvoir iranien dans la r\u00e9gion qui dispara\u00eetront avec la chute de Bachar el-Assad ?<\/h3>\n\n\n\n
Pourrait-on dire que, de m\u00eame que l\u2019op\u00e9ration am\u00e9ricaine en Afghanistan a finalement \u00e9chou\u00e9 parce que l\u2019\u00c9tat afghan \u00e9tait une coquille vide, la strat\u00e9gie d\u2019influence iranienne en Syrie a \u00e9chou\u00e9 parce que l\u2019\u00c9tat syrien \u00e9tait en fait un \u00c9tat failli ?<\/h3>\n\n\n\n
Comment la future administration Trump per\u00e7oit-elle la situation ? <\/h3>\n\n\n\n