{"id":253977,"date":"2024-12-05T14:48:04","date_gmt":"2024-12-05T13:48:04","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=253977"},"modified":"2024-12-05T16:01:07","modified_gmt":"2024-12-05T15:01:07","slug":"il-ny-a-pas-le-choix-ne-pas-agir-coute-toujours-plus-cher-que-dagir-une-conversation-avec-estelle-brachlianoff-directrice-generale-de-veolia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/12\/05\/il-ny-a-pas-le-choix-ne-pas-agir-coute-toujours-plus-cher-que-dagir-une-conversation-avec-estelle-brachlianoff-directrice-generale-de-veolia\/","title":{"rendered":"\u00ab Il n\u2019y a pas le choix : ne pas agir co\u00fbte toujours plus cher que d\u2019agir \u00bb, une conversation avec Estelle Brachlianoff, directrice g\u00e9n\u00e9rale de Veolia"},"content":{"rendered":"\n
Veolia aide les villes et les industries \u00e0 se d\u00e9carboner, \u00e0 d\u00e9polluer et \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer les ressources. Nous mettons l’innovation et la puissance d’un grand groupe pr\u00e9sent sur tous les continents au service de la conciliation de l’\u00e9conomie et de l’\u00e9cologie, avec pour objectif de maintenir des industries en Europe, voire m\u00eame de les d\u00e9velopper. Le tout en prenant en compte les limites plan\u00e9taires et les cons\u00e9quences du d\u00e9r\u00e8glement climatique. De ce point de vue, tout ce qu’il y a dans le rapport Draghi correspond \u00e0 nos convictions.<\/p>\n\n\n\n
Mais il m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre compl\u00e9t\u00e9. J’appellerais de mes v\u0153ux une page de plus, qui soulignerait que l’eau est un vecteur essentiel pour l’industrie, pour l’agriculture, pour les services essentiels \u00e0 la population. Ne l’oublions pas car cela pourrait devenir un facteur limitant si on n’y prend pas garde. La micro\u00e9lectronique a besoin d’eau. Pour investir dans des innovations en mati\u00e8re d’intelligence artificielle et de data centers, il faut de l\u2019eau. \u00c0 titre d\u2019exemple : nous avons besoin de plus de 1,5 million de litres d’eau utilis\u00e9s par tonne de lithium extraite !<\/p>\n\n\n\n
Les conflits li\u00e9s \u00e0 l’eau existent d\u00e9j\u00e0 dans certaines r\u00e9gions du monde, pas encore en Europe. Faisons en sorte que \u00e7a n’arrive pas, qu’il n’y ait pas de comp\u00e9tition entre les diff\u00e9rents usages de l\u2019eau. Pour cela il est crucial de d\u00e9velopper de nouvelles sources d’eau. Mais aussi et surtout d’\u0153uvrer \u00e0 la r\u00e9utilisation des eaux us\u00e9es, qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre d\u00e9ploy\u00e9e bien davantage en Europe qu’elle ne l\u2019est actuellement. \u00c0 terme, il se pourrait \u00e9galement que des usines de dessalement deviennent n\u00e9cessaires, lorsque toutes les autres solutions auront \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9es. Il est \u00e9galement essentiel de travailler sur la sobri\u00e9t\u00e9 et de r\u00e9duire les pertes de fluides dans les r\u00e9seaux gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intelligence artificielle, y compris l’intelligence artificielle g\u00e9n\u00e9rative. Nous pouvons \u00eatre tr\u00e8s ing\u00e9nieux pour minimiser les co\u00fbts.\u00a0<\/p>\n\n\n\n
L\u2019innovation est au c\u0153ur de notre d\u00e9marche. Elle n’est pas suffisante mais elle est absolument n\u00e9cessaire pour parvenir \u00e0 trouver des solutions aux d\u00e9fis auxquels nous sommes confront\u00e9s. Pour la moiti\u00e9 d\u2019entre eux, des solutions existent d\u00e9j\u00e0. Il faut acc\u00e9l\u00e9rer leur d\u00e9ploiement. Pour l’autre moiti\u00e9, il nous faut inventer des solutions et donc repousser les fronti\u00e8res. On sait aujourd’hui recycler des choses qu’on ne savait pas recycler hier, et on saura le faire avec plus de choses encore demain. Par exemple, nous parvenons \u00e0 recycler des batteries de v\u00e9hicules \u00e9lectriques, ce qui \u00e9tait inenvisageable il y a encore cinq ans. Nous avons la chance avec Veolia d’avoir un champion mondial de l’eau, de l’\u00e9nergie et des d\u00e9chets, aux racines fran\u00e7aises et europ\u00e9ennes. Mon m\u00e9tier consiste \u00e0 combiner ces acquis tout en continuant \u00e0 innover partout dans le monde. Et, dans un second temps, \u00e0 mettre ces innovations au service des territoires et des industries fran\u00e7aises et europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n La micro\u00e9lectronique a besoin d’eau. Pour investir dans des innovations en mati\u00e8re d’intelligence artificielle et de data centers, il faut de l\u2019eau.<\/p>\u00a0Estelle Brachlianoff<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Notre mission consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 \u00e9laborer des mod\u00e8les \u00e9conomiques et des solutions qui rendent comp\u00e9titivit\u00e9 et \u00e9cologie compatibles. Chez Veolia, nous ne d\u00e9pendons pas de subventions. Nous nous attachons donc \u00e0 cr\u00e9er un cadre dans lequel le respect des r\u00e8gles environnementales devient un v\u00e9ritable levier de comp\u00e9titivit\u00e9 et de cr\u00e9ation d\u2019emplois. <\/p>\n\n\n\n Concernant l\u2019enjeu de s\u00e9curit\u00e9, il peut prendre plusieurs sens. Il y a d\u2019abord l\u2019enjeu de la s\u00e9curit\u00e9 civile. Il suffit de voir les r\u00e9centes inondations en Espagne pour constater que ces sujets sont omnipr\u00e9sents lorsqu\u2019on parle d\u2019eau, d\u2019\u00e9nergie et de d\u00e9chets. De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019enjeu de s\u00e9curit\u00e9 est aussi li\u00e9 au renforcement de notre autonomie strat\u00e9gique qui est elle-m\u00eame li\u00e9e \u00e0 l’enjeu de la s\u00e9curisation de nos approvisionnements. Nous ne devons pas d\u00e9pendre d’autres pays pour un certain nombre de sujets. Renforcer notre autonomie strat\u00e9gique signifie donc maximiser l\u2019utilisation des ressources disponibles localement, afin de r\u00e9duire notre d\u00e9pendance aux importations. Nous disposons en Europe de gisements de mati\u00e8res premi\u00e8res, d’\u00e9nergie et d\u2019eau, qui sont partiellement ou tr\u00e8s imparfaitement utilis\u00e9s. Plut\u00f4t que de continuer \u00e0 importer certaines de ces ressources, nous avons la possibilit\u00e9 de les exploiter localement. 30 % des \u00e9nergies fossiles actuellement import\u00e9es en Europe pourraient \u00eatre remplac\u00e9es par de l’\u00e9nergie locale, c\u2019est-\u00e0-dire produite \u00e0 partir de ressources que d’autres ne veulent plus ou ne souhaitent pas exploiter : d\u00e9chets non recyclables, chaleur dite fatale, eaux us\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Le renforcement de notre autonomie strat\u00e9gique suppose aussi de d\u00e9velopper le recyclage de m\u00e9taux strat\u00e9giques. La transition \u00e9nerg\u00e9tique requiert du lithium, du cobalt et du nickel. Ce sont des m\u00e9taux qu’on trouve au Chili, en Russie, en Chine et au Congo. Mais nous disposons d\u2019une alternative, du moins partielle, en recyclant nos d\u00e9chets. Veolia va ouvrir dans quelques semaines une usine de recyclage de batteries de v\u00e9hicules \u00e9lectriques dans l\u2019Est de la France o\u00f9 on fait de l’hydrom\u00e9tallurgie pour r\u00e9cup\u00e9rer les m\u00e9taux qui pourront ensuite servir toute une partie du march\u00e9 europ\u00e9en. C’est un v\u00e9ritable enjeu de s\u00e9curit\u00e9 et d’autonomie strat\u00e9gique que d’\u00e9viter la d\u00e9pendance. Cela permet de concilier des pr\u00e9occupations \u00e9conomiques, g\u00e9ostrat\u00e9giques et environnementales.<\/p>\n\n\n\n Sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique, les Am\u00e9ricains, avec l’IRA, ont fait un choix singuli\u00e8rement diff\u00e9rent de celui fait par l’Europe avec le Green Deal. En Europe, nous avons tendance \u00e0 subventionner les consommateurs. Avec l\u2019IRA, les Am\u00e9ricains ont fait le choix de subventionner les industriels \u2013 ceux qui produisent des batteries ou des panneaux photovolta\u00efques, par exemple \u2013 et leur laissent ensuite le soin de trouver des consommateurs sur le march\u00e9 am\u00e9ricain. Cela leur permet d\u2019\u00e9viter les d\u00e9bats que nous avons ici sur l\u2019importation de produits comme les pompes \u00e0 chaleur chinoises.<\/p>\n\n\n\n Nous ne devons pas d\u00e9pendre d’autres pays pour un certain nombre de sujets. Renforcer notre autonomie strat\u00e9gique signifie donc maximiser l\u2019utilisation des ressources disponibles localement, afin de r\u00e9duire notre d\u00e9pendance aux importations.<\/p>\u00a0Estelle Brachlianoff<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019industrie reste le c\u0153ur de la bataille : r\u00e9concilier \u00e9cologie et industrie est absolument crucial. Si l\u2019Europe se d\u00e9tourne de son industrie, elle s\u2019appauvrira. R\u00eaver d\u2019une Europe sans industrie est une erreur, car sans elle, nous n\u2019aurons pas les moyens d\u2019assurer la prosp\u00e9rit\u00e9 du continent. La comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie d\u00e9carbon\u00e9e est donc un enjeu central.<\/p>\n\n\n\n Veolia est une entreprise industrielle qui occupe une position de leader mondial dans son secteur. Il faut donc croire que nous avons relev\u00e9 le d\u00e9fi de la mise en \u00e9chelle. Avec pr\u00e8s de 220 000 employ\u00e9s \u00e0 travers le monde, Veolia illustre parfaitement ce que peut accomplir une entreprise de dimension mondiale. Nous sommes pr\u00e9sents dans 45 pays et figurons syst\u00e9matiquement parmi les meilleurs op\u00e9rateurs dans chacun des march\u00e9s o\u00f9 nous intervenons. Environ 60 % de notre chiffre d’affaires est r\u00e9alis\u00e9 en Europe, tandis que les 40 % restants proviennent de nos activit\u00e9s \u00e0 l\u2019international, notamment aux \u00c9tats-Unis, en Australie, au Japon et au Moyen-Orient.<\/p>\n\n\n\n Le sujet de la mise \u00e0 l’\u00e9chelle, qui est essentiel pour b\u00e2tir des champions, repose sur deux axes majeurs. Le premier concerne les march\u00e9s de capitaux. Il est indispensable de faciliter le soutien aux champions, afin que les entreprises europ\u00e9ennes puissent acc\u00e9der aux ressources n\u00e9cessaires pour se d\u00e9velopper \u00e0 chaque \u00e9tape cl\u00e9 de leur croissance. Ces \u00e9tapes sont cruciales pour leur croissance et leur comp\u00e9titivit\u00e9. Le deuxi\u00e8me axe touche aux enjeux de concurrence. Il s’agit de permettre l\u2019\u00e9mergence et la reconnaissance de v\u00e9ritables champions europ\u00e9ens. Nous devons nous donner les moyens de b\u00e2tir ces leaders, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne et mondiale. C\u2019est ce que nous avons r\u00e9ussi \u00e0 faire avec Veolia, qui est devenu un champion europ\u00e9en, mais aussi un acteur mondial de premier plan. <\/p>\n\n\n\n Je dirais que le premier facteur cl\u00e9 de la r\u00e9ussite de Veolia, par rapport \u00e0 d’autres entreprises, r\u00e9side dans une conviction profonde : pour \u00eatre prosp\u00e8re, il faut \u00eatre utile. Cette id\u00e9e est au c\u0153ur de notre identit\u00e9. Un Veolia plus grand, plus fort, plus influent, ce n’est pas seulement une r\u00e9ussite pour nous, c’est une bonne nouvelle pour tout le monde : pour les habitants de la plan\u00e8te, pour les Europ\u00e9ens, pour nos salari\u00e9s. Cette conviction nous entra\u00eene dans un v\u00e9ritable cercle vertueux. Si vous \u00eates dans une posture \u00ab contre \u00bb et non \u00ab pour \u00bb, vous finissez t\u00f4t ou tard par vous heurter \u00e0 des obstacles majeurs. Ce n\u2019est pas une garantie absolue, mais je crois que c\u2019est ce qui fait notre force et notre utilit\u00e9. Veolia se positionne comme une ressource pour de nombreuses parties prenantes, et pas seulement pour les acteurs financiers. C\u2019est l\u2019une des cl\u00e9s de notre succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n Le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, c\u2019est que nous sommes utiles \u00e0 la bonne \u00e9chelle. Veolia est une entreprise \u00e0 la fois profond\u00e9ment mondiale et ancr\u00e9e localement. J\u2019ai la chance de diriger une organisation o\u00f9 les emplois ne sont pas d\u00e9localisables. Nous r\u00e9pondons aux besoins des territoires avec des \u00e9quipes issues de ces territoires, en privil\u00e9giant les approvisionnements et les achats locaux. Cette dualit\u00e9 est une force : notre taille nous permet d\u2019innover, d\u2019investir \u00e0 grande \u00e9chelle, tout en restant solidement ancr\u00e9s dans les r\u00e9alit\u00e9s locales.<\/p>\n\n\n\n D’une certaine fa\u00e7on, il n’y a pas le choix : ne pas agir co\u00fbte toujours plus cher que d\u2019agir. On l’a vu, lorsque des \u00e9v\u00e9nements extr\u00eames se produisent, cela g\u00e9n\u00e8re des co\u00fbts bien plus importants que si l’on avait anticip\u00e9 et r\u00e9gl\u00e9 les probl\u00e8mes \u00e0 temps. Le d\u00e9r\u00e8glement climatique est en train de se manifester. Une de ses premi\u00e8res cons\u00e9quences est d\u00e9j\u00e0 visible sur l’eau. Ce n’est pas un hasard si nous avons des inondations qui suivent des p\u00e9riodes de s\u00e9cheresse intense, et cette dynamique ne fera que s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer. La v\u00e9ritable question n\u2019est pas de savoir si l\u2019Europe peut se permettre de maintenir des objectifs climatiques dans un contexte d\u2019appauvrissement. La question est plut\u00f4t de savoir si ces objectifs ne sont pas justement la cl\u00e9 pour garantir la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 moyen terme. Ce n\u2019est pas seulement une question de d\u00e9carbonation. Il y a aussi les enjeux de pollution et de ressources en eau. Le d\u00e9fi est bien plus vaste que le seul sujet du CO2.<\/p>\n\n\n\n L\u2019enjeu global, c\u2019est de prot\u00e9ger la qualit\u00e9 de vie, le pouvoir d\u2019achat, la sant\u00e9 et notre capacit\u00e9 \u00e0 maintenir une industrie et des emplois en Europe. La d\u00e9carbonation, loin d\u2019\u00eatre une contrainte, est en r\u00e9alit\u00e9 une opportunit\u00e9 pour rendre nos industries plus comp\u00e9titives. Ce n\u2019est donc pas une opposition. Il ne faut pas mettre en balance l\u2019objectif de sauver la plan\u00e8te avec celui de pr\u00e9server la qualit\u00e9 de vie des populations qui y vivent. La v\u00e9ritable question est : comment pouvons-nous atteindre une prosp\u00e9rit\u00e9 durable et pas simplement assurer une survie, en France et en Europe, face aux nombreux d\u00e9fis auxquels nous sommes confront\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Pour financer tout cela, il faut trouver davantage de ressources. Cela inclut bien s\u00fbr le recours au priv\u00e9. Mais le priv\u00e9 n\u2019apporte pas seulement de l\u2019argent : il offre aussi de l\u2019efficacit\u00e9, de l\u2019innovation et des solutions techniques. Toutefois, ce cadre doit \u00eatre d\u00e9fini par la r\u00e9gulation, la loi, et les objectifs politiques, pas par le secteur priv\u00e9 lui-m\u00eame. Le r\u00f4le du priv\u00e9, c\u2019est de r\u00e9pondre aux objectifs fix\u00e9s. Le v\u00e9ritable enjeu n’est pas de faire payer le secteur priv\u00e9 pour compenser ce que le secteur public ne pourrait plus assumer. Il s\u2019agit plut\u00f4t de collaborer avec des acteurs comme le n\u00f4tre pour que ces investissements se fassent au meilleur rapport qualit\u00e9-prix, tout en mettant notre efficacit\u00e9 et notre capacit\u00e9 d\u2019action au service de la r\u00e9duction des co\u00fbts pour les populations.<\/p>\n\n\n\n Il n’y a pas le choix : ne pas agir co\u00fbte toujours plus cher que d\u2019agir.<\/p>\u00a0Estelle Brachlianoff<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019essentiel, c\u2019est de se concentrer sur les r\u00e9sultats, pas sur les moyens. L\u2019objectif doit \u00eatre clair : r\u00e9duire les \u00e9missions de carbone au maximum. Laissons les entreprises et l\u2019innovation trouver les meilleures solutions technologiques, m\u00eame si elles n\u2019existent pas encore aujourd\u2019hui. Ce n\u2019est pas \u00e0 Bruxelles de prescrire chaque moyen pour atteindre nos objectifs ; l\u2019innovation et la R&D peuvent nous surprendre. Pour revenir au sujet de l’eau, elle repr\u00e9sente actuellement environ 1 % du budget des m\u00e9nages, ou m\u00eame un peu moins, dans la plupart des pays europ\u00e9ens. Si nous ne faisons rien, l\u2019eau deviendra un vecteur de surco\u00fbt au fil du temps, en raison des s\u00e9cheresses et des p\u00e9nuries. Cependant, si nous exploitons l\u2019innovation, les outils num\u00e9riques et les solutions techniques, je peux vous affirmer que nous pourrons maintenir ce co\u00fbt en dessous de 1 % du budget des m\u00e9nages. Il nous faut donc \u00e0 la fois des financements publics, des investissements priv\u00e9s et des partenariats industriels pour garantir que l\u2019eau soit fournie dans les meilleures conditions possibles, tant en termes de qualit\u00e9 que de rentabilit\u00e9 \u00e9conomique, afin de prot\u00e9ger le pouvoir d\u2019achat des Europ\u00e9ens. <\/p>\n\n\n\n Votre question soul\u00e8ve aussi un enjeu majeur : le march\u00e9 des capitaux. En Europe, nos entreprises disposent d\u2019une puissance financi\u00e8re bien inf\u00e9rieure \u00e0 celle des entreprises am\u00e9ricaines. Si nous voulons promouvoir et prot\u00e9ger nos champions industriels, cela passe n\u00e9cessairement par une r\u00e9forme du march\u00e9 des capitaux. <\/p>\n\n\n\n Je pourrais vous r\u00e9pondre en tant que citoyenne sur les sujets politiques li\u00e9s aux \u00e9lections, mais je vais plut\u00f4t r\u00e9pondre en tant que chef d’entreprise de Veolia. Globalement, beaucoup de ce que nous faisons ne sera pas directement impact\u00e9. D\u2019abord, nous ne signons pas de contrat avec le gouvernement am\u00e9ricain ni avec les gouvernements des diff\u00e9rents pays. Nous signons des contrats en Californie, au New Jersey. Et c’est \u00e0 cette \u00e9chelle-l\u00e0 qu’on travaille. Beaucoup de choses se passent \u00e0 ce niveau-l\u00e0. Et je ne vois pas la Californie arr\u00eater d’avoir de l’ambition sur les sujets \u00e9cologiques.<\/p>\n\n\n\n Par ailleurs, que vous ayez vot\u00e9 Trump ou Harris, quand vous ouvrez votre robinet, vous ne voulez pas que l’eau soit pollu\u00e9e. Il y a une multitude de sujets li\u00e9s \u00e0 la sant\u00e9 et \u00e0 l\u2019environnement pour lesquels l\u2019enjeu n\u2019est pas fondamentalement politique. La pollution, notamment de l\u2019air, est un probl\u00e8me qui, dans une large mesure, est reconnu comme crucial, quelle que soit les couleurs politiques. Le v\u00e9ritable sujet n\u2019est donc pas de savoir si un pays est ou non dans l\u2019accord de Paris. Pour ouvrir une usine ou une mine, il vous faut de l\u2019eau et vous devez respecter des normes environnementales.<\/p>\n\n\n\n Je ne dis pas que l\u2019\u00e9lection de Trump n\u2019a pas d\u2019impact, mais il y a de nombreuses choses qui transcendent ces enjeux politiques. Par exemple, nous avons mis en place des barom\u00e8tres aupr\u00e8s des populations dans 26 pays \u00e0 travers le monde, couvrant pr\u00e8s de 30 000 personnes, y compris dans des pays europ\u00e9ens, mais aussi aux \u00c9tats-Unis, en Arabie Saoudite, en Inde ou en Australie. Les r\u00e9sultats sont tr\u00e8s clairs : les populations, quel que soit leur vote, comprennent bien que ne pas agir maintenant co\u00fbtera bien plus cher \u00e0 l\u2019avenir. Elles reconnaissent \u00e9galement que la sant\u00e9 est un sujet fondamental. Cela montre bien que la d\u00e9carbonation est une question de rythme et d\u2019urgence. Bien que l\u2019\u00e9lection de Trump ait un impact, il reste beaucoup de sujets qui, malgr\u00e9 tout, demeurent cruciaux, et ce sont les m\u00eames enjeux que nous rencontrons aussi en Europe.<\/p>\n\n\n\n On a constat\u00e9 une absence quasi totale des questions \u00e9cologiques lors des \u00e9lections europ\u00e9ennes et am\u00e9ricaines, de m\u00eame qu\u2019aux l\u00e9gislatives fran\u00e7aises. Est-ce que cela veut dire que ces sujets n’existent plus ? La r\u00e9ponse est non. On ne peut pas prioriser les enjeux parce qu\u2019ils sont en fait li\u00e9s. Ne pas r\u00e9gler le sujet de l’eau, des mati\u00e8res premi\u00e8res, de l’\u00e9nergie, c’est nous placer en situation de d\u00e9pendance. On rejoint donc les enjeux g\u00e9ostrat\u00e9giques. On pourrait dire la m\u00eame chose \u00e0 propos de l\u2019immigration ou de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et sanitaire. Tous ces enjeux sont connect\u00e9s. \u00c0 titre d\u2019exemple, sur le sujet de la crise \u00e9nerg\u00e9tique, nous d\u00e9sintoxiquer de l’import de gaz russe ou de carburant fossile de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, c’est aussi une fa\u00e7on de rendre l’Europe plus autonome en \u00e9nergie, donc plus ind\u00e9pendante et moins vuln\u00e9rable \u00e0 d’\u00e9ventuelles guerres. <\/p>\n\n\n\n Il y a une esp\u00e8ce de petite musique, qui me semble totalement erron\u00e9e, qui laisse entendre qu’il faudrait choisir entre les diff\u00e9rents enjeux comme s’il y en avait certains qui \u00e9taient plus s\u00e9rieux ou plus importants que d’autres. Certains disent que la s\u00e9curit\u00e9 civile est l\u2019enjeu prioritaire. D\u2019autres que c\u2019est le sujet du pouvoir d’achat, de la qualit\u00e9 de vie au quotidien des gens. L’\u00e9cologie serait consid\u00e9r\u00e9e par les politiques comme un enjeu auquel r\u00e9pondre apr\u00e8s les autres, si on en a le temps et les moyens. Cette comp\u00e9tition des enjeux est une contre-v\u00e9rit\u00e9 absolue. <\/p>\n\n\n\n Le r\u00e9cit politique actuel semble opposer deux extr\u00eames. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, une forme d\u2019immobilisme incarn\u00e9e par ceux qui affirment que l\u2019\u00e9cologie n\u2019est pas leur probl\u00e8me, ou que cela rel\u00e8ve d\u2019instances comme l\u2019ONU. De l\u2019autre, un fatalisme radical, persuad\u00e9 qu\u2019il est trop tard, qu\u2019aucune solution ne suffira et que toute r\u00e9ponse est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Ces deux postures, bien que diff\u00e9rentes, aboutissent \u00e0 la m\u00eame issue : l\u2019inaction. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que nous devons \u00e9viter. Mon obsession, c\u2019est d\u2019agir, et vite. Nous devons donc trouver une troisi\u00e8me voie.<\/p>\n\n\n\n On a constat\u00e9 une absence quasi totale des questions \u00e9cologiques lors des \u00e9lections europ\u00e9ennes et am\u00e9ricaines, de m\u00eame qu\u2019aux l\u00e9gislatives fran\u00e7aises. Est-ce que cela veut dire que ces sujets n’existent plus ? La r\u00e9ponse est non.<\/p>\u00a0Estelle Brachlianoff<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Plut\u00f4t que de chercher des responsabilit\u00e9s, trouvons comment rassembler une coalition pour avancer sur ce sujet. Construire une coh\u00e9sion autour de solutions concr\u00e8tes, voil\u00e0 ce qui importe. Veolia essaie de faire l\u2019\u00e9cologie des classes moyennes. Il ne faut pas dire que les \u00e9lecteurs de Donald Trump n\u2019ont rien compris. Ils nous disent quelque chose et il faut les \u00e9couter. Pour avancer, il ne sert \u00e0 rien de m\u00e9priser ceux qui votent diff\u00e9remment ou de s\u2019enfermer dans la recherche de responsabilit\u00e9s. \u00c9coutons les pr\u00e9occupations de tous, y compris celles exprim\u00e9es par des \u00e9lecteurs de Trump, et d\u00e9ployons les solutions d\u00e9j\u00e0 \u00e0 notre port\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n La bonne nouvelle c’est qu’il existe des solutions pour r\u00e9pondre \u00e0 nombre des d\u00e9fis auxquels nous sommes confront\u00e9s. Quand on parle d’\u00e9nergie locale, on r\u00e9sout un probl\u00e8me \u00e9cologique mais aussi d’autonomie strat\u00e9gique. Quand on parle de recyclage, on r\u00e9sout un probl\u00e8me d’\u00e9cologie mais aussi d’\u00e9conomie, d’ind\u00e9pendance et d’autonomie. Je suis \u00e0 la recherche d’une \u00e9cologie qui prot\u00e8ge, y compris le pouvoir d’achat. Les solutions \u00e9cologiques doivent permettre de faire rimer \u00e9cologie avec d\u00e9sirabilit\u00e9. J’insiste mais je ne mets pas de c\u00f4t\u00e9 l’enjeu \u00e9conomique. Je pense que ce serait une erreur. Une entreprise est l\u00e0 aussi pour livrer les r\u00e9sultats au meilleur rapport qualit\u00e9 prix et donc pour mettre toute notre puissance d’innovation, de savoir-faire au service des consommateurs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Les cons\u00e9quences de l\u2019inaction climatique transcendent les clivages partisans. Que l\u2019on vote \u00e0 gauche ou \u00e0 droite, la d\u00e9gradation voire la disparition des ressources naturelles d\u00e9passe le seul enjeu politique. Afin de garantir la prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Europe \u00e0 long terme, des ressources consid\u00e9rables et une strat\u00e9gie sont n\u00e9cessaires \u2013 le rapport Draghi en offre une feuille de route.<\/p>\n","protected":false},"author":2622,"featured_media":254013,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[4028],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-253977","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-rapport-draghi-un-debat-europeen","staff-gilles-gressani","staff-ramona-bloj","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\nEt qu\u2019en est-il des deux autres axes du rapport Draghi : la comp\u00e9titivit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
Mais ces enjeux ne sont pas toujours concordants. Comment par exemple, compte-tenu de l\u2019avance de la Chine dans un certain nombre de domaines-cl\u00e9s de l\u2019\u00e9conomie d\u00e9carbon\u00e9e comme le photovolta\u00efque ou l\u2019automobile, concilier la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019op\u00e9rer une transition \u00e9cologique rapide et celle de pr\u00e9server et d\u00e9velopper le tissu industriel europ\u00e9en ?<\/h3>\n\n\n\n
Le rapport Draghi souligne que les entreprises europ\u00e9ennes ont beaucoup de mal \u00e0 passer \u00e0 l’\u00e9chelle pour \u00eatre comp\u00e9titives au niveau mondial. Est-ce une difficult\u00e9 que vous constatez dans votre secteur ?<\/h3>\n\n\n\n
Concr\u00e8tement, comment Veolia est-il parvenu \u00e0 surmonter les difficult\u00e9s qui emp\u00eachent tant de groupes europ\u00e9ens de s\u2019imposer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale ?<\/h3>\n\n\n\n
Mario Draghi a estim\u00e9 que 800 milliards d\u2019euros par an d\u2019ici 2030 seraient n\u00e9cessaires pour atteindre les objectifs climatiques que s\u2019assigne l\u2019Union europ\u00e9enne. Pensez-vous que ce montant est r\u00e9aliste ?<\/h3>\n\n\n\n
Des investissements colossaux sont donc n\u00e9cessaires, mais comment les financer ?<\/h3>\n\n\n\n
Veolia est tr\u00e8s pr\u00e9sent aux \u00c9tats-Unis. L’\u00e9lection de Donald Trump ne remet-elle pas en cause les objectifs environnementaux qui sont au c\u0153ur de votre activit\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
Mais la victoire de Trump n\u2019est-elle pas aussi le sympt\u00f4me d’un retour de b\u00e2ton anti-\u00e9cologique beaucoup plus structur\u00e9 et profond ?<\/h3>\n\n\n\n
Le probl\u00e8me ne se situe-t-il pas aussi au niveau du r\u00e9cit ? Nous savons \u00e9tudier et structurer le monde qui vient, mais beaucoup moins l’imaginer.<\/h3>\n\n\n\n