{"id":252551,"date":"2024-11-21T18:41:47","date_gmt":"2024-11-21T17:41:47","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=252551"},"modified":"2024-11-22T10:50:10","modified_gmt":"2024-11-22T09:50:10","slug":"face-a-poutine-et-apres-trump-europeaniser-la-dissuasion-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/11\/21\/face-a-poutine-et-apres-trump-europeaniser-la-dissuasion-francaise\/","title":{"rendered":"Face \u00e0 Poutine et apr\u00e8s Trump, europ\u00e9aniser la dissuasion fran\u00e7aise ?"},"content":{"rendered":"\n

Si vous lisez nos longs formats et nos br\u00e8ves, chaque jour ou plusieurs fois par semaine, et que vous jugez notre travail utile, nous vous demandons de <\/em>penser \u00e0 vous abonner au Grand Continent<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n

La guerre d\u2019Ukraine, par sa dur\u00e9e et l\u2019ampleur des pertes que subissent les bellig\u00e9rants, marque le retour en Europe des conflits conjuguant ampleur et dur\u00e9e, destructions mat\u00e9rielles et pertes humaines avec, pour un des deux bellig\u00e9rants, un enjeu de survie nationale. Alors que la nation ukrainienne lutte pour son existence face \u00e0 l\u2019agression russe, la France semble doublement \u00e0 l\u2019abri d\u2019un tel risque.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019une part gr\u00e2ce \u00e0 sa situation \u00ab d\u2019\u00eele strat\u00e9gique \u00bb qui la voit en paix durable et confraternelle avec l\u2019ensemble du continent europ\u00e9en, ce qui lui conf\u00e8re une profondeur strat\u00e9gique historiquement in\u00e9dite. D\u2019autre part, gr\u00e2ce \u00e0 sa dissuasion nucl\u00e9aire nationale autonome qui la pr\u00e9munit contre tout an\u00e9antissement ou chantage nucl\u00e9aire. Pour autant, la France est profond\u00e9ment impliqu\u00e9e dans la d\u00e9fense de cet espace europ\u00e9en au sein duquel elle vit une communaut\u00e9 de valeur et de destin avec ses voisins, partenaires et alli\u00e9s. Mais dans ce contexte, la dissuasion nationale autonome n\u2019est pas une panac\u00e9e, et le contexte du retour durable d\u2019une Russie agressive et expansionniste cr\u00e9e de nouvelles situations \u00e0 risque que son mod\u00e8le de forces actuel ne permettrait pas toujours d\u2019affronter. Notamment en raison de la prolongation potentielle des crises, mais aussi d\u2019un ordre international bien moins binaire et plus \u00e9conomiquement complexe que dans les ann\u00e9es de la Guerre froide.<\/p>\n\n\n\n

Si les dirigeants fran\u00e7ais admettent volontiers \u00e0 travers leurs d\u00e9clarations depuis les ann\u00e9es 1970 qu\u2019une part des \u00ab int\u00e9r\u00eats vitaux \u00bb du pays se situe en Europe, force est de constater que la France serait bien incapable, dans le format actuel, d\u2019europ\u00e9aniser sa dissuasion de mani\u00e8re cr\u00e9dible et efficace pour s\u2019\u00e9riger en protectrice de dernier ressort de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de l\u2019espace europ\u00e9en. Surtout dans un contexte conjuguant crise conflictuelle longue, escalade lente et doutes sur l\u2019engagement am\u00e9ricain : trois hypoth\u00e8ses probables \u00e0 court ou moyen terme. La cons\u00e9quence est qu\u2019il faut sans doute admettre que les int\u00e9r\u00eats de la France en Europe ne sont pas \u00ab \u00e0 ce point vitaux \u00bb pour que celle-ci puisse offrir une garantie de s\u00e9curit\u00e9 avec son seul arsenal nucl\u00e9aire actuel \u2014 qui la verrait pr\u00eate \u00e0 \u00ab risquer Paris pour Vilnius \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Il faut donc l\u2019admettre, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un conflit conventionnel existe face \u00e0 la Russie, dont l\u2019escalade pourrait et devrait \u00eatre ma\u00eetris\u00e9e. Il faudrait ainsi pouvoir mener celle-ci dans la dur\u00e9e, en coalition, avec l\u2019appui de forces nucl\u00e9aires fran\u00e7aises \u00ab diff\u00e9rentes \u00bb pour un meilleur \u00e9paulement avec les forces conventionnelles. Un point de vue, pour l\u2019heure, r\u00e9solument h\u00e9r\u00e9tique, mais qui d\u00e9coule d\u2019une modification profonde du contexte strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n

Une dissuasion fran\u00e7aise historiquement coh\u00e9rente<\/h2>\n\n\n\n

Les fondements de la dissuasion nucl\u00e9aire fran\u00e7aise, de la doctrine aux composantes et moyens, reposent en grande partie sur le traumatisme de juin 1940 et servirent son \u00e9dification pendant la guerre froide, comme une continuit\u00e9 de \u00ab l\u2019esprit de r\u00e9sistance \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il s\u2019agissait \u2014 et c\u2019est toujours le cas \u2014 alors d\u2019\u00e9viter le retour d\u2019une situation mena\u00e7ant la survie m\u00eame de la France en tant que nation, sans avoir \u00e0 d\u00e9pendre du bon vouloir d\u2019un alli\u00e9 anglo-saxon, ni devoir revivre les \u00e9pouvantables sacrifices humains et mat\u00e9riels des conflits mondiaux. L\u2019arme nucl\u00e9aire, de par sa puissance, apporta \u00e0 la fois la menace la plus totale et la solution la plus radicale \u00e0 l\u2019enjeu central de la d\u00e9fense nationale  : survivre en tant que nation <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La d\u00e9faite de Dien Bien Phu en 1954 et la crise de Suez en 1956 confirm\u00e8rent du point de vue de Paris le caract\u00e8re \u00e0 minima al\u00e9atoire de l\u2019alliance am\u00e9ricaine et la n\u00e9cessaire ind\u00e9pendance absolue des moyens d\u2019assurer la survie nationale <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un conflit conventionnel existe face \u00e0 la Russie.<\/p>St\u00e9phane Audrand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Avec le d\u00e9veloppement d\u2019un arsenal cr\u00e9dible, dot\u00e9 de composantes vari\u00e9es, d\u2019une capacit\u00e9 de frappe en second et d\u2019un volume suffisant pour infliger des \u00ab dommages inacceptables \u00bb \u00e0 toute puissance quelle que soit sa taille et sa profondeur strat\u00e9gique, la France se dota d\u2019une \u00ab assurance vie \u00bb autonome. Celle-ci prot\u00e8ge son territoire national et sa population d\u2019une \u00e9limination brutale, sans discontinuer depuis 1964 (premi\u00e8re prise d\u2019alerte des FAS) et de mani\u00e8re tr\u00e8s robuste depuis 1972 (premi\u00e8re patrouille de SNLE). Sur le plan doctrinal, une pens\u00e9e fran\u00e7aise riche et complexe, incarn\u00e9e par les g\u00e9n\u00e9raux Ailleret, Beaufre, Gallois et Poirier, permit de jeter les fondements d\u2019une dissuasion nucl\u00e9aire autonome, \u00ab tous azimuts \u00bb, strictement d\u00e9fensive \u2014 seule justification de l\u2019arme atomique nationale. Une dissuasion centrale dans le mod\u00e8le des forces militaires fran\u00e7aises, ce que synth\u00e9tisa pour le grand public le premier Livre blanc de 1972 <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Pour la France, depuis plus de 50 ans, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un conflit majeur en Europe est syst\u00e9matiquement li\u00e9e \u00e0 un dialogue dissuasif s\u2019appuyant sur l\u2019arme nucl\u00e9aire nationale. Face \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9venir le contournement \u00ab par le bas \u00bb de l\u2019arsenal nucl\u00e9aire, de t\u00e9moigner de la solidarit\u00e9 de la France envers ses alli\u00e9s et de pouvoir justifier, le cas \u00e9ch\u00e9ant aux yeux du monde, de l\u2019opinion fran\u00e7aise, et de l\u2019adversaire l\u2019ascension aux extr\u00eames nucl\u00e9aires, la France avait articul\u00e9 \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 son corps de bataille en Allemagne autour de l\u2019id\u00e9e que son engagement forcerait \u00ab l\u2019ennemi \u00bb (forc\u00e9ment sovi\u00e9tique mais sans le nommer) \u00e0 \u00ab d\u00e9voiler ses intentions \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il s\u2019agissait de faire face \u00e0 toutes les hypoth\u00e8ses de crise, depuis l\u2019option extr\u00eame d\u2019un assaut massif du Pacte de Varsovie sur l\u2019Europe occidentale jusqu\u2019aux hypoth\u00e8ses d\u2019attaques limit\u00e9es aux fronti\u00e8res de l\u2019OTAN (prise de gage territorial), ou d\u2019une op\u00e9ration de contournement de la lutte arm\u00e9e par l\u2019URSS qui ressemblerait au \u00ab coup de Prague \u00bb de 1968.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019engagement hors de France du corps de bataille fran\u00e7ais compos\u00e9 d\u2019appel\u00e9s du contingent \u00e9tait alors la manifestation tangible de la d\u00e9termination politique de Paris ainsi que la justification possible du recours \u00e0 l\u2019arme nucl\u00e9aire \u00ab tactique \u00bb, non dans une optique de bataille devant \u00eatre gagn\u00e9e, mais plut\u00f4t de signalement que la France, apr\u00e8s avertissement, serait pr\u00eate \u00e0 toutes les options, y compris les plus extr\u00eames. \u00c0 aucun moment il ne s\u2019agissait dans l\u2019esprit de \u00ab gagner \u00bb militairement contre le Pacte de Varsovie, ni m\u00eame de \u00ab durer \u00bb en conflit, mais plut\u00f4t de restaurer, in extremis<\/em>, un dialogue politique au bord du gouffre, en assumant le fait de contribuer si n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019escalade pour ne pas laisser s\u2019installer un conflit d\u2019usure, destructeur, qui ram\u00e8nerait les souvenirs de Verdun \u00e0 l\u2019ombre d\u2019Hiroshima. Le choc avec la superpuissance sovi\u00e9tique ne pouvant d\u00e9boucher sur une victoire conventionnelle \u00e0 un prix acceptable, seule la dissuasion apport\u00e9e par une promesse d\u2019an\u00e9antissement mutuel devait pouvoir faire reculer Moscou.<\/p>\n\n\n\n

Cet \u00e9difice national \u2014 doctrinal et capacitaire \u2014 qu\u2019est la dissuasion reste, en 2024, d\u2019une surprenante coh\u00e9rence et globalement d\u2019une saisissante validit\u00e9. Toutefois, les conditions politiques et militaires \u00ab \u00e0 l\u2019est du Rhin \u00bb ont profond\u00e9ment \u00e9volu\u00e9 depuis 1991, de m\u00eame que le mod\u00e8le des forces de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, conventionnelles et nucl\u00e9aires. La dissuasion \u00e9tait devenue apr\u00e8s la chute du mur de Berlin r\u00e9ellement \u00ab tous azimuts \u00bb dans un contexte o\u00f9 aucune puissance hostile ne mena\u00e7ait r\u00e9ellement la France et o\u00f9 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une attaque par armes de destruction massive \u00e9tait r\u00e9duite \u00e0 la lubie plus ou moins rationnelle du dirigeant d\u2019un petit \u00c9tat \u00ab voyou \u00bb ou d\u2019une organisation terroriste. Cet apaisement du contexte strat\u00e9gique, propice au d\u00e9sarmement et \u00e0 la ma\u00eetrise des armements, a contribu\u00e9 \u00e0 ramener le format de l\u2019arsenal nucl\u00e9aire fran\u00e7ais \u00e0 un \u00e9tiage, strictement suffisant pour maintenir une capacit\u00e9 cr\u00e9dible permanente et constituer une assurance vie face \u00e0 l\u2019impensable, tout en maintenant pour l\u2019avenir des savoir-faire et des capacit\u00e9s (notamment humaines) qui pourraient se perdre en un an, mais mettent trente ans \u00e0 \u00eatre (re)cr\u00e9\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

En parall\u00e8le, le succ\u00e8s du projet europ\u00e9en a fait de la France une \u00ab \u00eele strat\u00e9gique \u00bb. Alors que le corps de bataille fran\u00e7ais se justifiait par la pr\u00e9sence de milliers de chars du Pacte de Varsovie \u00e0 quelques centaines de kilom\u00e8tres des fronti\u00e8res fran\u00e7aises, l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019OTAN et \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne des anciens pays vassaux de Moscou, leur \u00e9mancipation d\u00e9mocratique et leur adh\u00e9sion \u00e0 un espace europ\u00e9en uni et \u00e9troitement intriqu\u00e9 sur le plan \u00e9conomique et culturel, a donn\u00e9 \u00e0 la France une profondeur strat\u00e9gique importante au sein d\u2019un espace pacifi\u00e9 qui ne semblait plus menac\u00e9 par la Russie. Cette \u00e9volution tr\u00e8s favorable a pleinement justifi\u00e9 les \u00ab dividendes de la paix \u00bb, la professionnalisation des forces fran\u00e7aises, la r\u00e9duction de leur format, leur transformation exp\u00e9ditionnaire, l\u2019abandon de l\u2019id\u00e9e de corps de bataille en Europe et, plus largement, de d\u00e9fense territoriale. Elle a aussi justifi\u00e9 le renoncement aux forces nucl\u00e9aires tactiques qui assuraient le \u00ab tuilage \u00bb entre l\u2019engagement du corps de bataille et l\u2019ascension au seuil thermonucl\u00e9aire. Tout cela \u00e9tait coh\u00e9rent et adapt\u00e9 au contexte, et ne remettait pas en cause les \u00e9quilibres de la dissuasion \u2014 jusqu\u2019en 2022.<\/p>\n\n\n\n

La France pouvait sereinement maintenir un arsenal pour sa seule d\u00e9fense, r\u00e9guli\u00e8rement professer publiquement le caract\u00e8re europ\u00e9en de ses int\u00e9r\u00eats vitaux <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> et douter, \u00e0 l\u2019occasion, de la sinc\u00e9rit\u00e9 de l\u2019engagement am\u00e9ricain en Europe. Sans avoir pour autant \u00e0 s\u2019interroger r\u00e9ellement sur les sc\u00e9narios possibles qui pourraient la voir s\u2019engager concr\u00e8tement au profit de ses voisins d\u2019Europe centrale et orientale avec sa dissuasion en cas de d\u00e9faut am\u00e9ricain, ni investir dans des capacit\u00e9s conventionnelles d\u2019ampleur pour les \u00e9pauler le cas \u00e9ch\u00e9ant. La menace \u00e9tait objectivement faible et l\u2019alli\u00e9 am\u00e9ricain toujours pr\u00e9sent et en apparence fiable pour se contenter d\u2019une rh\u00e9torique th\u00e9orique. Or l\u2019agression de l\u2019Ukraine<\/a> que m\u00e8ne la Russie depuis 2014 et qu\u2019elle a choisi de transformer en conflit majeur depuis f\u00e9vrier 2022 illustre les nouvelles formes que pourrait prendre une agression russe contre une partie des alli\u00e9s et partenaires europ\u00e9ens de la France. Une agression qui pourrait prendre en d\u00e9faut un mod\u00e8le fran\u00e7ais pens\u00e9 pour des crises \u00ab courtes, fortes et proches \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Un mod\u00e8le pens\u00e9 pour les \u00ab crises courtes, fortes et proches \u00bb<\/h2>\n\n\n\n

L\u2019hypoth\u00e8se centrale commune \u00e0 tous les sc\u00e9narios de la guerre froide \u00e9tait celle d\u2019une crise courte. L\u2019id\u00e9e que le choc avec le Pacte de Varsovie ne durerait pas \u00e9tait absolument centrale. Elle se fondait sur la pr\u00e9paration des deux camps, sur l\u2019ampleur de leurs moyens militaires nucl\u00e9aires et conventionnels et sur le caract\u00e8re id\u00e9ologique de leur opposition. Pour la France, la menace \u00e9tait tr\u00e8s proche. Les plans sovi\u00e9tiques situaient la fronti\u00e8re fran\u00e7aise \u00e0 moins de dix jours de combat <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans ces conditions, en cas d\u2019attaque surprise appuy\u00e9e par des frappes nucl\u00e9aires tactiques, toute mobilisation nationale \u00e9tait illusoire et le \u00ab rouleau compresseur \u00bb sovi\u00e9tique ne pourrait que difficilement \u00eatre frein\u00e9. M\u00e9fiants envers la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019hypoth\u00e8se de repr\u00e9sailles nucl\u00e9aires am\u00e9ricaines, les Fran\u00e7ais avaient taill\u00e9 leur dispositif apr\u00e8s leur retrait du commandement int\u00e9gr\u00e9 de l\u2019OTAN pour que les forces fran\u00e7aises de bataille soient toutes enti\u00e8res d\u00e9ploy\u00e9es en Allemagne et soient \u00e0 la fois la seule unit\u00e9 de r\u00e9serve de l\u2019Alliance et le seul rempart \u00ab conventionnel \u00bb du pays, avec comme but de man\u0153uvre l\u2019ambition non de vaincre, mais de tester la d\u00e9termination de l\u2019ennemi <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019agression de l\u2019Ukraine que m\u00e8ne la Russie depuis 2014 et qu\u2019elle a choisi de transformer en conflit majeur depuis f\u00e9vrier 2022 illustre les nouvelles formes que pourrait prendre une agression russe contre une partie des alli\u00e9s et partenaires europ\u00e9ens de la France.<\/p>St\u00e9phane Audrand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Que cette force soit d\u00e9truite ou malmen\u00e9e, \u00e0 quelques centaines de kilom\u00e8tres au plus de Paris, impliquait que la France serait, tr\u00e8s rapidement, en situation de menace existentielle, sinon d\u2019an\u00e9antissement au moins d\u2019invasion sur fond de bataille nucl\u00e9aire tactique. Dans ces conditions, centrer l\u2019hypoth\u00e8se principale de la d\u00e9fense nationale sur la dissuasion thermonucl\u00e9aire au bord du gouffre faisait parfaitement sens, et l\u2019autonomie de la dissuasion fran\u00e7aise en renfor\u00e7ait encore la cr\u00e9dibilit\u00e9, face aux alli\u00e9s comme face aux adversaires. Le reste de l\u2019OTAN, pour sa part, \u00e9tait pr\u00e9occup\u00e9 par deux risques antagonistes  : d\u2019une part, l\u2019invasion en bonne et due forme de l\u2019Europe occidentale, et d\u2019autre part la prise de gages limit\u00e9s, le \u00ab Hamburg grab \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Une telle hypoth\u00e8se aurait pu voir l\u2019URSS saisir des \u00ab tranches de salami \u00bb ou des \u00ab feuilles d\u2019artichaut \u00bb selon les th\u00e9oriciens, sous la forme de gages territoriaux limit\u00e9s par une attaque surprise avant de s\u2019enterrer et de demander des n\u00e9gociations, contraignant l\u2019OTAN \u00e0 \u00ab passer pour l\u2019agresseur qui escalade \u00bb s\u2019il avait menac\u00e9 de repr\u00e9sailles ou tent\u00e9 de contre attaquer (un mod\u00e8le que Vladimir Poutine utilise sous la forme modernis\u00e9e d\u2019une sanctuarisation agressive<\/a> <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>).<\/p>\n\n\n\n

Si le risque d\u2019invasion de grande ampleur plaidait pour un dispositif \u00e9tal\u00e9 dans la profondeur, celui de la prise de gages limit\u00e9e, associ\u00e9 aux inqui\u00e9tudes ouest-allemandes de n\u2019\u00eatre qu\u2019un champ de bataille sacrificiel, plaidait pour une d\u00e9fense de l\u2019avant, avec le positionnement permanent de toutes les forces de bataille au plus pr\u00e8s de la fronti\u00e8re, ne laissant que les forces fran\u00e7aises (qui refusaient la bataille de l\u2019avant) comme seules r\u00e9serves <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Am\u00e9ricains comme Sovi\u00e9tiques, peu d\u00e9sireux d\u2019avoir \u00e0 engager un \u00e9change nucl\u00e9aire tactique pouvant d\u00e9boucher sur une escalade incontr\u00f4lable, s\u2019employ\u00e8rent \u00e0 trouver, tout au long de la guerre froide, les moyens de retarder le seuil nucl\u00e9aire le plus longtemps possible, voire de pouvoir l\u2019emporter, au moins dans la bataille d\u2019Europe, par les seules forces conventionnelles.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019une position centrale d\u2019usage initial dans les ann\u00e9es 1950, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des \u00ab repr\u00e9sailles massives \u00bb, les armes nucl\u00e9aires ne firent que reculer dans l\u2019esprit des bellig\u00e9rants potentiels, pour ne plus \u00eatre qu\u2019une forme de garantie contre la d\u00e9faite en rase campagne pour l\u2019OTAN comme le Pacte de Varsovie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le point commun entre les conceptions de l\u2019OTAN et celles de la France restaient l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une crise courte. Il \u00e9tait alors peu concevable qu\u2019un conflit en Europe dure plus de quelques semaines. La d\u00e9cision devait \u00eatre emport\u00e9e par les forces pr\u00e9-positionn\u00e9es et par l\u2019afflux rapide des forces de second \u00e9chelon (venant d\u2019URSS ou d\u2019Am\u00e9rique du Nord), sans passer par une mobilisation pluriannuelle. Qu\u2019il s\u2019agisse de contrer une attaque mena\u00e7ant directement ses fronti\u00e8res ou de se porter en soutien de ses alli\u00e9s, la dissuasion fran\u00e7aise demeurait la cl\u00e9 de vo\u00fbte de la strat\u00e9gie de la France en cas de conflit, capable de neutraliser rapidement toute agression sovi\u00e9tique par une ascension aux extr\u00eames qui semblait in\u00e9luctable si l\u2019adversaire semblait vouloir s\u2019engager de mani\u00e8re r\u00e9solue, au-del\u00e0 d\u2019un gage territorial. Une crise \u00ab courte, forte et proche \u00bb en somme.<\/p>\n\n\n\n

La d\u00e9fense de l\u2019espace europ\u00e9en apr\u00e8s 2025  : des crises \u00ab longues, lointaines, \u00e0 l\u2019escalade lente \u00bb<\/h2>\n\n\n\n

L\u2019agression russe de l\u2019Ukraine s\u2019inscrit dans une strat\u00e9gie pluriannuelle de contournement de la lutte arm\u00e9e <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span> qui a \u00e9chou\u00e9 et s\u2019est transform\u00e9e, malgr\u00e9 la volont\u00e9 des strat\u00e8ges russes, en un conflit ouvert et prolong\u00e9. Elle constitue malheureusement sans doute le mod\u00e8le des conflits d\u2019agression que la Russie pourrait mener \u00e0 l\u2019avenir face \u00e0 l\u2019espace europ\u00e9en. Menant initialement une strat\u00e9gie de d\u00e9stabilisation par un m\u00e9lange d\u2019influence, de propagande et d\u2019actions clandestines cibl\u00e9es (sabotages, assassinats, cyber attaques), la Russie entreprend le \u00ab modelage \u00bb de sa cible tout en soufflant le chaud et le froid<\/a> de mani\u00e8re officielle. Il s\u2019agit d\u2019isoler son adversaire, de semer le doute chez ses soutiens \u00e9ventuels et au sein de son opinion tout en se cr\u00e9ant des points d\u2019appui. Le m\u00eame sch\u00e9ma s\u2019est d\u00e9gag\u00e9 en G\u00e9orgie ou en Ukraine hier et pourrait se retrouver en Moldavie, en Finlande ou dans les pays Baltes demain.<\/p>\n\n\n\n

Selon une m\u00e9canique r\u00f4d\u00e9, la Russie utiliserait ensuite les opportunit\u00e9s que lui offriraient des crises survenant de mani\u00e8re \u00e9pisodique ( \u00e9conomiques, migratoires, tensions sociales et ethniques, voire crises climatiques) pour accro\u00eetre la pression de ses attaques hybrides tout en commen\u00e7ant des op\u00e9rations arm\u00e9es sous faux drapeau (milices, mercenaires, \u00ab petits hommes verts \u00bb), notamment pour \u00ab prot\u00e9ger \u00bb les pr\u00e9tendues minorit\u00e9s russes (ou au moins russophones). Face \u00e0 des \u00c9tats b\u00e9n\u00e9ficiant de garanties explicites de s\u00e9curit\u00e9 de la part des \u00c9tats-Unis, la Russie tentera de les faire passer pour les agresseurs, recherchera la conciliation \u00e9ventuelle d\u2019une administration am\u00e9ricaine isolationniste ou occup\u00e9e en Asie ou au Proche-Orient ou reculera de mani\u00e8re provisoire en patronnant des accords de cessez-le-feu tout en professant son d\u00e9sir de paix et en additionnant les demandes plus larges et sans lien direct avec la crise. Si la crise survient dans un espace \u00ab interm\u00e9diaire \u00bb tel que la Bi\u00e9lorussie (\u00e0 la faveur d\u2019une r\u00e9volte) ou la Moldavie, l\u2019engagement russe pourrait \u00eatre plus direct, surtout si les forces ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es apr\u00e8s une pause ou un arr\u00eat du conflit avec l\u2019Ukraine. Bien entendu, tout au long de la crise, la Russie agiterait la menace nucl\u00e9aire<\/a> pour peser sur les opinions (et d\u2019abord la sienne), mais sans signalement strat\u00e9gique particulier vis-\u00e0-vis des trois puissances nucl\u00e9aires occidentales pour ne pas donner aux sp\u00e9cialistes le sentiment qu\u2019elle sort de la \u00ab grammaire nucl\u00e9aire \u00bb. Il s\u2019agit de maintenir une forme de \u00ab sanctuarisation strat\u00e9gique agressive \u00bb par la parole, \u00e0 l\u2019ombre de laquelle la Russie a les mains libres sur le plan conventionnel, en comptant sur le fait que la peur du nucl\u00e9aire des d\u00e9mocraties occidentales tend, \u00e0 l\u2019heure des r\u00e9seaux sociaux, \u00e0 transformer la dissuasion en une th\u00e9ologie de l\u2019inaction des d\u00e9cideurs politiques.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019agression russe de l\u2019Ukraine s\u2019inscrit dans une strat\u00e9gie pluriannuelle de contournement de la lutte arm\u00e9e qui a \u00e9chou\u00e9 et s\u2019est transform\u00e9e, malgr\u00e9 la volont\u00e9 des strat\u00e8ges russes, en un conflit ouvert et prolong\u00e9.<\/p>St\u00e9phane Audrand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La crise se prolongeant, elle pourrait d\u00e9boucher sur des combats ouverts entre les forces d\u2019un pays de l\u2019Union europ\u00e9enne et des unit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e russe, avec ou sans intervention am\u00e9ricaine, qui pourraient durer des mois entre d\u00e9ni plausible de la Russie, blocage turc<\/a> ou hongrois de l\u2019OTAN, pol\u00e9mique sur les r\u00e9seaux sociaux et atermoiements bruxellois. Pendant le d\u00e9roul\u00e9 de cette crise, \u00e0 aucun moment il ne serait opportun pour la France de faire valoir que l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du ou des pays menac\u00e9s constitue un \u00ab int\u00e9r\u00eat vital \u00bb pour Paris. Ni l\u2019opinion, ni nos autres alli\u00e9s, ni la Russie ne jugeraient cr\u00e9dible une menace nucl\u00e9aire de la part de Paris, qui s\u2019attirerait en outre un feu nourri de critiques en provenance d\u2019une communaut\u00e9 internationale \u00ab hors zone OCDE \u00bb assez sensible \u00e0 la question de la retenue dans l\u2019usage, m\u00eame rh\u00e9torique, de l\u2019arme nucl\u00e9aire.<\/p>\n\n\n\n

La crise continuant, en cas de mise en p\u00e9ril de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale d\u2019un \u00c9tat de l\u2019Alliance, la question de l\u2019engagement au sol \u00e0 son profit se poserait. Qu\u2019il se fasse \u00ab avec l\u2019OTAN \u00bb et sous la justification de l\u2019article 5 du trait\u00e9 de l\u2019Atlantique nord serait le cas le plus favorable, celui que la Russie souhaite \u00e9viter  : b\u00e9n\u00e9ficiant du soutien des forces am\u00e9ricaines, de leurs capacit\u00e9s cl\u00e9 de vo\u00fbte (espace, cyber, C3, dissuasion, guerre \u00e9lectronique), la victoire conventionnelle d\u00e9fensive serait sans doute possible. Encore faudrait-il, pour qu\u2019elle y prenne sa part et tienne ses engagements, que la France soit en capacit\u00e9 de projeter une division de combat, avec ses soutiens, pour de longs mois. L\u2019hypoth\u00e8se serait alors celle d\u2019une crise qui \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre proche, serait encore \u00ab courte et forte \u00bb, un conflit dont le risque d\u2019ascension aux extr\u00eames \u2014 s\u2019il ne peut jamais \u00eatre totalement \u00e9cart\u00e9 \u2014 pourrait n\u00e9anmoins \u00eatre contenu, les dirigeants russes devant comprendre rapidement qu\u2019ils devraient se retirer sous peine de ne pas pouvoir cacher \u00e0 leur opinion leur d\u00e9faite face au potentiel de l\u2019Alliance qui leur est tr\u00e8s sup\u00e9rieur. Mais ce sc\u00e9nario \u00ab OTAN uni \u00bb n\u2019est plus (h\u00e9las) le seul \u00e0 consid\u00e9rer. Il est parfaitement possible, au vu de l\u2019\u00e9volution de la politique am\u00e9ricaine<\/a>, que les craintes fran\u00e7aises exprim\u00e9es depuis plus de 70 ans soient finalement fond\u00e9es, pla\u00e7ant Paris dans une situation de \u00ab victoire morale \u00bb, mais aussi au pied du mur. Apr\u00e8s avoir plaid\u00e9 pour une d\u00e9fense europ\u00e9enne plus autonome en cas de d\u00e9faut am\u00e9ricain, la France devrait \u00ab assumer \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une Europe qui assume seule la tentative de mise en \u00e9chec d\u2019une agression russe d\u2019une partie de son espace dans le cadre d\u2019une crise hybride prolong\u00e9e est un v\u00e9ritable casse-t\u00eate. Outre l\u2019aspect diplomatique qui consisterait en la cr\u00e9ation et surtout au maintien dans la dur\u00e9e d\u2019une coalition de bonnes volont\u00e9s tr\u00e8s d\u00e9pendantes de l\u2019\u00c9tat, toujours fluctuant, des forces politiques en Europe, il faudrait surtout parvenir sur le plan militaire \u00e0 assumer un combat potentiellement durable, surtout si la Russie, voyant l\u2019\u00e9chec (encore) de son contournement de la lutte arm\u00e9e, se d\u00e9cidait \u00e0 assumer une posture offensive plus transparente apr\u00e8s s\u2019\u00eatre assur\u00e9e d\u2019un nihil obstat<\/em> am\u00e9ricain. D\u2019un engagement initial de quelques bataillons, la France se retrouverait avec une brigade au bout de quelques semaines, puis une division au bout de quelques mois, au sein d\u2019une coalition h\u00e9t\u00e9roclite pouvant rassembler Britanniques, Belges, Baltes, Polonais, Tch\u00e8ques, Scandinaves, Canadiens\u2026 Mais sans doute sans l\u2019Allemagne, de mani\u00e8re directe, ni la plupart des pays d\u2019Europe occidentale.<\/p>\n\n\n\n

Les premiers cercueils des militaires fran\u00e7ais passant le pont de l\u2019Alma susciteraient une \u00e9motion intense, mais on ne va pas au seuil nucl\u00e9aire pour 10 morts. Ni pour 100. Et pour 1 000 ? Mille morts militaires \u2014 professionnels et non conscrits \u2014 pour la France serait \u00e0 la fois immense, mais bien peu au regard de l\u2019histoire ou des hypoth\u00e8ses de la guerre froide, surtout si ce chiffre est atteint au bout de six mois ou un an d\u2019engagement purement conventionnel qui, apr\u00e8s quelques mois, n\u2019occuperait plus le devant d\u2019une sc\u00e8ne m\u00e9diatique volatile. Outre le fait que l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise serait, au bout de cette ann\u00e9e, \u00e0 la peine pour r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer un dispositif qui aurait perdu environ 4 000 hommes (avec un ratio de trois bless\u00e9s pour un tu\u00e9) et des centaines de v\u00e9hicules, sa dissuasion p\u00e8serait peu dans le conflit  : elle se pr\u00e9munirait contre toute menace nucl\u00e9aire sur notre territoire national, se sanctuariserait sans doute aussi contre des frappes conventionnelles massives sur la m\u00e9tropole, mais serait peu cr\u00e9dible pour contraindre Moscou\u2026 \u00c0 quoi d\u2019ailleurs  ? \u00ab D\u00e9voiler ses intentions \u00bb  ?<\/p>\n\n\n\n

Aucun pr\u00e9sident fran\u00e7ais<\/a> ne serait cr\u00e9dible en annon\u00e7ant \u00e0 ses adversaires, ses alli\u00e9s ou le monde qu\u2019il fait de la survie de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire estonien une question d\u2019int\u00e9r\u00eat vital justifiant un \u00ab ultime avertissement \u00bb sous la forme du tir d\u2019une ou plusieurs armes de 300 kilotonnes, rompant un tabou nucl\u00e9aire vieux de plus de 80 ans. La Russie, en revanche, aurait beau jeu de rappeler, surtout si elle est en situation de d\u00e9faite sur le champ de bataille, qu\u2019elle dispose de moyens nucl\u00e9aires tactiques qu\u2019elle pourrait d\u00e9cider d\u2019employer, y compris sur son propre territoire, pour oblit\u00e9rer bases ou forces adverses de la coalition europ\u00e9enne, tout en maintenant qu\u2019une guerre nucl\u00e9aire demeure impossible \u00e0 gagner et doit \u00eatre \u00e9vit\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n

Les premiers cercueils des militaires fran\u00e7ais passant le pont de l\u2019Alma susciteraient une \u00e9motion intense, mais on ne va pas au seuil nucl\u00e9aire pour 10 morts. Ni pour 100. Et pour 1000 ?<\/p>St\u00e9phane Audrand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Mais m\u00eame en cas de violation du tabou nucl\u00e9aire par la Russie sur un champ de bataille qui entra\u00eenerait la mort de quelques milliers de militaires europ\u00e9ens, serait-il cr\u00e9dible, l\u00e0 encore, d\u2019engager le c\u0153ur de la dissuasion dans son format actuel pour contrer cette menace  ? La r\u00e9ponse assez candide d\u2019Emmanuel Macron quant \u00e0 l\u2019absence de r\u00e9ponse nucl\u00e9aire fran\u00e7aise \u00e0 une hypoth\u00e9tique frappe nucl\u00e9aire russe sur l\u2019Ukraine en 2022 permet au moins d\u2019en douter et, en mati\u00e8re de dissuasion, la volont\u00e9 du dirigeant est au moins aussi importante que la cr\u00e9dibilit\u00e9 de son arsenal. Une des raisons principales de cette difficult\u00e9 est que la dissuasion fran\u00e7aise n\u2019a pas vraiment de \u00ab gradation \u00bb dans son concept d\u2019emploi et son arsenal. Depuis la disparition de la composante terrestre et de la Force a\u00e9rienne tactique, son \u00e9chelle manque de barreaux pour affronter des crises majeures mais non existentielles, trop s\u00e9rieuses pour qu\u2019on les ignore mais trop lointaines pour qu\u2019on puisse envisager d\u2019assumer la menace radicale d\u2019une destruction mutuelle assur\u00e9e. Certes, les Forces A\u00e9riennes Strat\u00e9giques conservent, avec le missile ASMP-A, un moyen a\u00e9rien permettant des frappes plus \u00ab dos\u00e9es \u00bb que les SNLE, mais leur r\u00f4le est, comme leur nom le sugg\u00e8re, \u00e9minemment strat\u00e9gique et leur engagement serait porteur d\u2019un signal clair  : la France envoie son avertissement nucl\u00e9aire, elle est pr\u00eate \u00e0 monter aux extr\u00eames, ce qui ne serait pas forc\u00e9ment le cas, loin de l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n

Europ\u00e9aniser la dissuasion fran\u00e7aise  : \u00ab r\u00e9ponse flexible \u00bb, \u00ab dissuasion int\u00e9gr\u00e9e \u00bb, \u00ab arsenal bis<\/em> \u00bb<\/h2>\n\n\n\n

Le destin de la dissuasion nucl\u00e9aire fran\u00e7aise est sans doute, comme certains l\u2019ont \u00e9crit avec \u00e0-propos, de ne plus \u00eatre \u00e0 l\u2019avenir \u00ab chimiquement pure <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb, \u00e0 la fois dans l\u2019isolement de l\u2019arme nucl\u00e9aire par rapport aux affrontements conventionnels, mais aussi par l\u2019id\u00e9e que cette arme ne serait qu\u2019un objet dissuasif en toutes circonstances. Le concept fran\u00e7ais, on l\u2019a vu, \u00e9tait pertinent lorsque la menace \u00e9tait forte, proche et devait se concr\u00e9tiser de mani\u00e8re brutale et existentielle. Dans ces conditions, il y avait une vraie logique \u00e0 refuser le principe m\u00eame d\u2019une guerre conventionnelle (au-del\u00e0 d\u2019un choc court) et \u00e0 s\u2019en remettre \u00e0 la promesse d\u2019an\u00e9antissement mutuel pour stopper l\u2019agression au bord du gouffre. Les d\u00e9clarations fran\u00e7aises qui concernant son \u00e9tranger frontalier proche (la R\u00e9publique F\u00e9d\u00e9rale d\u2019Allemagne) pouvaient \u00eatre cr\u00e9dibles, car l\u00e0 encore tr\u00e8s proches du territoire national et impliquant un corps de bataille de conscrits. Mais l\u2019extension d\u2019un \u00ab parapluie \u00bb nucl\u00e9aire fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019Europe centrale et orientale, \u00e0 notre profondeur strat\u00e9gique, ne peut pas se faire avec la m\u00eame doctrine ni le m\u00eame arsenal.<\/p>\n\n\n\n

Il ne s\u2019agit pas d\u2019ailleurs seulement d\u2019une question de nombre d\u2019armes ou de format des composantes actuelles, mais plut\u00f4t de revoir le c\u0153ur de la conception de l\u2019arme nucl\u00e9aire fran\u00e7aise. L\u2019exemple am\u00e9ricain des garanties \u00e0 l\u2019Europe est ici \u00e9clairant  : pass\u00e9es les toutes premi\u00e8res ann\u00e9es de la guerre froide et d\u00e8s qu\u2019exista le risque d\u2019an\u00e9antissement mutuel, il \u00e9tait devenu \u00e9vident que les \u00c9tats-Unis ne seraient pas forc\u00e9ment pr\u00eats \u00e0 risquer leur survie s\u2019ils pouvaient esp\u00e9rer, sans d\u00e9savouer leurs alli\u00e9s, contenir un conflit au continent europ\u00e9en. La cons\u00e9quence fut d\u2019une part que les forces conventionnelles prirent une importance croissante et, d\u2019autre part, que les \u00c9tats-Unis, pour pr\u00e9venir tout d\u00e9couplage en cas d\u2019attaque nucl\u00e9aire sovi\u00e9tique limit\u00e9e au continent europ\u00e9en, se dot\u00e8rent de moyens \u00e0 port\u00e9e limit\u00e9e pour offrir une garantie cr\u00e9dible de riposte nucl\u00e9aire depuis l\u2019Europe qui n\u2019engagerait pas le c\u0153ur de la triade prot\u00e9geant l\u2019Am\u00e9rique du Nord. Cet exemple peut servir de guide pour penser l\u2019avenir d\u2019une forme de dissuasion nucl\u00e9aire fran\u00e7aise au profit de l\u2019espace europ\u00e9en. <\/p>\n\n\n\n

Cela supposerait bien entendu de commencer par admettre que Berlin, Varsovie ou Tallin ne seront jamais Paris. Il n\u2019y a d\u2019ailleurs ni m\u00e9pris ni abandon dans cette remarque, simplement le constat lucide que l\u2019organisation actuelle de l\u2019Europe en \u00c9tats nations repose sur une r\u00e9alit\u00e9 de communaut\u00e9s nationales qui, si elles peuvent \u00eatre proches, solidaires et confraternelles, ne sont n\u00e9anmoins ni fongibles ni vou\u00e9es \u00e0 se sacrifier les unes au d\u00e9triment des autres. Mais elles peuvent partager leur d\u00e9fense, et le font d\u00e9j\u00e0 pour la plupart au sein de l\u2019OTAN. Pour qu\u2019elle soit cr\u00e9dible, une garantie nucl\u00e9aire fran\u00e7aise doit respecter cette r\u00e9alit\u00e9, tout en respectant aussi l\u2019ordre nucl\u00e9aire mondial et sa cl\u00e9 de vo\u00fbte, le Trait\u00e9 de non prolif\u00e9ration. Il est donc exclu \u00e0 la fois de transf\u00e9rer des armes nucl\u00e9aires \u00ab \u00e0 l\u2019Europe \u00bb, mais aussi d\u2019encourager une prolif\u00e9ration nationale d\u2019autres pays europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n

La premi\u00e8re cr\u00e9dibilit\u00e9 de la dissuasion nucl\u00e9aire fran\u00e7aise au profit d\u2019une Europe qui serait au moins en partie \u00ab abandonn\u00e9e \u00bb par l\u2019alli\u00e9 am\u00e9ricain passe donc par le renforcement des forces conventionnelles fran\u00e7aises. Pas pour recr\u00e9er un corps de bataille sacrificiel de conscrits, mais pour mettre \u00e0 disposition de l\u2019Alliance, comme Paris s\u2019y est engag\u00e9e, des forces de combat terrestre d\u2019un volume suffisant (une division avec l\u2019arme a\u00e9rienne et le soutien naval associ\u00e9s), pouvant \u00eatre soutenue et relev\u00e9e dans la dur\u00e9e, malgr\u00e9 des pertes lourdes<\/em>. Cela suppose un effort capacitaire et industriel, mais aussi humain. Pas sous la forme d\u2019un service national, mais plut\u00f4t d\u2019un accroissement volum\u00e9trique de la r\u00e9serve op\u00e9rationnelle, en nombre mais aussi en jours d\u2019activit\u00e9 annuels. Si, comme le soulignait le chef d\u2019\u00c9tat major de l\u2019arm\u00e9e de terre, avant de penser volume il faut penser coh\u00e9rence, on ne peut pas faire l\u2019\u00e9conomie de penser le nombre et les pertes. Cet effort est compl\u00e9mentaire du renforcement de la d\u00e9fense antia\u00e9rienne et antimissiles ou de l\u2019acquisition de capacit\u00e9s de frappes conventionnelles dans la profondeur, qui donneraient l\u00e0 encore plus de flexibilit\u00e9 pour g\u00e9rer une escalade avec la Russie.<\/p>\n\n\n\n

Ajoutons qu\u2019il faut aussi \u00eatre pr\u00eats \u00e0 faire cet effort dans le temps long. Si un \u00e9ventuel conflit entre la Russie et l\u2019espace europ\u00e9en serait sans doute bien moins violent que les hypoth\u00e8ses de 1964-1991, il serait sans doute plus long et p\u00e8serait sur des forces plus petites qui doivent gagner autant en profondeur temporelle qu\u2019en coh\u00e9rence et en masse. Pouvoir non pas dire, mais montrer \u00e0 nos alli\u00e9s et nos adversaires que \u00ab nous serons l\u00e0, en nombre, dans la dur\u00e9e \u00bb est la premi\u00e8re condition pour \u00eatre cr\u00e9dibles et dissuasifs. Et pouvoir envisager de mettre en \u00e9chec une agression russe par des moyens purement conventionnels est \u00e0 la fois devenu possible et tout \u00e0 fait souhaitable. Dans l\u2019\u00c9tat actuel des choses, tant que dure au moins la garantie nucl\u00e9aire am\u00e9ricaine au profit de l\u2019Europe, il est possible d\u2019en rester l\u00e0  : europ\u00e9aniser la dissuasion fran\u00e7aise tant que Washington demeure fiable aux yeux de nos alli\u00e9s n\u2019est sans doute pas envisageable. Or, les \u00c9tats-Unis pourraient vouloir \u00e0 la fois se retirer ou s\u2019abstenir en cas de crise sur le plan conventionnel, mais maintenir une forme de garantie nucl\u00e9aire en dernier ressort.<\/p>\n\n\n\n

Et si les \u00c9tats-Unis \u00ab partaient \u00bb ou que certains pays d\u2019Europe admettaient, \u00e0 l\u2019image de la France, que leur garantie nucl\u00e9aire pourrait \u00eatre incertaine  ? Bruno Tertrais \u00e9voquait la premi\u00e8re possibilit\u00e9 dans ces pages<\/a> en parlant d\u2019un \u00ab sc\u00e9nario Trump \u00bb, qui se traduirait par un lien transatlantique nucl\u00e9aire d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment cass\u00e9 par le pr\u00e9sident-\u00e9lu am\u00e9ricain. Alors, la seconde \u00e9tape de la cr\u00e9dibilit\u00e9 serait de disposer, \u00e0 l\u2019image des Euromissiles, d\u2019une forme d\u2019arsenal \u00ab bis \u00bb, s\u00e9par\u00e9 du c\u0153ur de la dissuasion nationale qui reposerait toujours sur le tandem FAS-FOST. Centr\u00e9 sur une composante terrestre (missiles balistiques et de croisi\u00e8re sur transport \u00e9recteur lanceur), cet arsenal de quelques dizaines d\u2019armes pourrait \u00eatre bas\u00e9 en totalit\u00e9 hors de France, dans des pays partenaires volontaires, via des accords bilat\u00e9raux avec Paris, \u00e0 l\u2019image des accords permettant aujourd\u2019hui l\u2019implantation d\u2019armes nucl\u00e9aires am\u00e9ricaines en Europe. La dualit\u00e9 des vecteurs serait assum\u00e9e, ce qui est moins probl\u00e9matique pour des forces non strat\u00e9giques (apr\u00e8s tout, un Rafale est d\u00e9j\u00e0 un \u00ab vecteur dual \u00bb), et ces forces pourraient \u00e0 la fois contribuer aux frappes conventionnelles dans la profondeur et permettre d\u2019assumer une escalade nucl\u00e9aire \u00ab non strat\u00e9gique \u00bb si la Russie souhaitait s\u2019engager sur ce terrain. Cet arsenal \u00ab bis \u00bb, qui demeurerait la propri\u00e9t\u00e9 de la France sous son contr\u00f4le exclusif pour \u00eatre en conformit\u00e9 avec le TNP, offrirait, en cas de crise, une pr\u00e9cieuse r\u00e9assurance collective et une \u00e9tape interm\u00e9diaire dans le dialogue nucl\u00e9aire, susceptible de r\u00e9pondre aux armes nucl\u00e9aires tactiques russes engag\u00e9es contre les forces fran\u00e7aises ou le territoire de ses alli\u00e9s sans que ses options se limitent \u00e0 \u00ab le M51 ou rien \u00bb. Bien entendu, le co\u00fbt de cette restauration de la composante terrestre ne serait pas n\u00e9gligeable et il serait souhaitable que les pays qui en b\u00e9n\u00e9ficient puissent contribuer d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre \u00e0 la prise en charge de ce fardeau commun, l\u00e0 encore sans violer le cadre de la non-prolif\u00e9ration. La s\u00e9paration de cet arsenal du reste des forces de dissuasion rendrait la d\u00e9marche budg\u00e9taire plus facile.<\/p>\n\n\n\n

Le dernier \u00e9l\u00e9ment de cr\u00e9dibilit\u00e9, celui qui en fait fonde les autres, serait une \u00e9volution de la doctrine fran\u00e7aise et de sa pens\u00e9e strat\u00e9gique, pour la mettre en coh\u00e9rence avec les enjeux europ\u00e9ens et le niveau de la menace. Encore une fois, il s\u2019agit de d\u00e9fendre de mani\u00e8re cr\u00e9dible une profondeur strat\u00e9gique qui n\u2019est pas nationale, sans pr\u00e9tendre de mani\u00e8re fallacieuse que son int\u00e9grit\u00e9 est \u00ab vitale \u00bb pour nous. La prise en compte de l\u2019arsenal \u00ab bis \u00bb impliquerait de construire une doctrine qui serait toujours dissuasive et d\u00e9fensive. La France peut et doit continuer de refuser le principe de la \u00ab bataille \u00bb nucl\u00e9aire strat\u00e9gique. Mais elle peut aussi admettre que certaines armes nucl\u00e9aires de faible puissance pourraient avoir leur utilit\u00e9, s\u00e9par\u00e9ment des forces strat\u00e9giques, pour contrer le risque d\u2019usage de telles armes par la Russie, notamment si elle voyait ses forces conventionnelles s\u2019effondrer face \u00e0 l\u2019Alliance et qu\u2019elle souhaitait pour des raisons de politique int\u00e9rieure notamment, renverser la table pour \u00e9viter la d\u00e9faite en combinant usage militaire du nucl\u00e9aire tactique et sanctuarisation agressive par menace nucl\u00e9aire strat\u00e9gique. La r\u00e9ponse \u00ab flexible \u00bb de l\u2019arsenal \u00ab bis \u00bb fran\u00e7ais dans le cadre d\u2019une dissuasion europ\u00e9enne \u00ab int\u00e9gr\u00e9e \u00bb, cohabitant avec sa propre sanctuarisation strat\u00e9gique, mettrait ainsi en \u00e9chec cette option russe \u2014 la dissuaderait \u2014 et pr\u00e9serverait ce qui resterait le c\u0153ur de la r\u00e9ponse alli\u00e9e, une action d\u00e9fensive conventionnelle. In fine<\/em>, la France aurait pr\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la fois ses alli\u00e9s et sa propre libert\u00e9 d\u2019action, ce qui est un des b\u00e9n\u00e9fices les plus pr\u00e9cieux de la dissuasion.<\/p>\n\n\n\n

La France peut et doit continuer de refuser le principe de la \u00ab bataille \u00bb nucl\u00e9aire strat\u00e9gique. Mais elle peut aussi admettre que certaines armes nucl\u00e9aires de faible puissance pourraient avoir leur utilit\u00e9, s\u00e9par\u00e9ment des forces strat\u00e9giques, pour contrer le risque d\u2019usage de telles armes par la Russie<\/p>St\u00e9phane Audrand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Admettons-le, ces r\u00e9flexions reposent sur des hypoth\u00e8ses qui peuvent sembler lointaines ou impensables, h\u00e9t\u00e9rodoxes, voire h\u00e9r\u00e9tiques pour certains. La plus insupportable pour la plupart de nos alli\u00e9s \u00e9tant le retrait de la garantie am\u00e9ricaine ou son affaiblissement terminal. Pourtant, en 2024, ce risque n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9 depuis 1947 et la situation de la conflictualit\u00e9 en Europe n\u2019a jamais connu un tel emballement depuis la fin des ann\u00e9es 1970. Si nous voulons parvenir \u00e0 \u00e9viter \u00e0 la fois la guerre et la soumission, comme nous y sommes parvenus face \u00e0 l\u2019URSS, il faut \u00e9laborer une nouvelle posture d\u00e9fensive coh\u00e9rente et cr\u00e9dible. La dissuasion fran\u00e7aise a admirablement rempli ce r\u00f4le ambigu au sein de l\u2019Alliance jusqu\u2019\u00e0 la chute du mur de Berlin, lorsque la menace \u00e9tait \u00e0 300km de ses fronti\u00e8res. Maintenant qu\u2019elle est \u00e0 1 500 kilom\u00e8tres, il faut repenser la totalit\u00e9 de notre mod\u00e8le de forces et de notre doctrine dissuasive, pour retrouver d\u2019abord une capacit\u00e9 conventionnelle cr\u00e9dible qui sera suffisante tant que la protection am\u00e9ricaine sur l\u2019Europe sera cr\u00e9dible, et commencer \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au format et \u00e0 la doctrine qui pourraient permettre d\u2019offrir une forme de garantie de s\u00e9curit\u00e9 nucl\u00e9aire \u00e9largie \u00e0 l\u2019Europe qui soit cr\u00e9dible. Ne pas le faire pourrait contribuer \u00e0 encourager certains pays d\u2019Europe \u00e0 rechercher, de mani\u00e8re autonome, leur propre dissuasion, relan\u00e7ant les risques de prolif\u00e9ration au c\u0153ur du continent. Bien entendu, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la France traverse des difficult\u00e9s budg\u00e9taires durables, ce d\u00e9bat impose des choix et, sans doute, des renoncements qui doivent \u00eatre affront\u00e9s en conscience, non par les arm\u00e9es ou la technostructure, mais bien par la classe politique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

La guerre d\u2019Ukraine a ouvert un nouveau contexte strat\u00e9gique et \u00e9tabli un nouveau mod\u00e8le pour les conflits d\u2019agression que la Russie pourrait mener \u00e0 l\u2019avenir face \u00e0 l\u2019espace europ\u00e9en.<\/p>\n

Alors que l\u2019Europe se pr\u00e9pare \u00e0 entrer dans la deuxi\u00e8me \u00e8re Trump, la France doit trouver les moyens d\u2019\u00e9viter \u00e0 la fois la guerre et la soumission.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":252580,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1732],"tags":[],"staff":[3718],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-252551","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-guerre","staff-stephane-audrand","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\nFace \u00e0 Poutine et apr\u00e8s Trump, europ\u00e9aniser la dissuasion fran\u00e7aise ? | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/11\/21\/face-a-poutine-et-apres-trump-europeaniser-la-dissuasion-francaise\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Face \u00e0 Poutine et apr\u00e8s Trump, europ\u00e9aniser la dissuasion fran\u00e7aise ? | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La guerre d\u2019Ukraine a ouvert un nouveau contexte strat\u00e9gique et \u00e9tabli un nouveau mod\u00e8le pour les conflits d\u2019agression que la Russie pourrait mener \u00e0 l\u2019avenir face \u00e0 l\u2019espace europ\u00e9en. 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