{"id":251110,"date":"2024-11-06T15:55:04","date_gmt":"2024-11-06T14:55:04","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=251110"},"modified":"2024-11-07T11:51:05","modified_gmt":"2024-11-07T10:51:05","slug":"lelection-de-trump-vue-de-russie-le-pari-risque-de-poutine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/11\/06\/lelection-de-trump-vue-de-russie-le-pari-risque-de-poutine\/","title":{"rendered":"Que pense Poutine de la victoire de Trump ?"},"content":{"rendered":"\n
\u00c0 l\u2019article 56 de la \u00ab D\u00e9claration de Kazan \u00bb rendue publique le 23 octobre dernier et traduite dans ces pages<\/a>, la Russie s\u2019inqui\u00e9tait, de concert avec les repr\u00e9sentants des BRICS invit\u00e9s dans la capitale tatare, \u00ab de la croissance exponentielle et la prolif\u00e9ration de d\u00e9sinformation \u00bb, ainsi que de discours haineux favorisant la radicalisation des conflits. Il est pourtant de notori\u00e9t\u00e9 publique que la Russie, en sus de son ing\u00e9rence dans les processus \u00e9lectoraux de nombreux pays de son espace proche \u2014 comme, r\u00e9cemment encore, en G\u00e9orgie et en Moldavie<\/a> \u2014 ou lointain \u2014 des \u00c9tats-Unis \u00e0 la Centrafrique \u2014, pratique une propagande m\u00e9diatique de masse, tendant autant \u00e0 redorer sa propre image \u00e0 l\u2019international qu\u2019\u00e0 saper les fondements des r\u00e9gimes qui lui sont \u2014 ou qui lui semblent \u2014 hostiles. <\/p>\n\n\n\n Pour n\u2019\u00e9voquer que le cas de la France, on se souvient de ces mains rouges peintes sur le \u00ab Mur des Justes \u00bb du M\u00e9morial de la Shoah en mai dernier, rapidement identifi\u00e9es comme une op\u00e9ration de d\u00e9stabilisation russe. La piste d\u2019une intervention du Kremlin avait aussi \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion du sabotage des chemins de fer qui pr\u00e9c\u00e9da l\u2019ouverture des Jeux Olympiques, avant que le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur ne s\u2019engouffre dans l\u2019exploration d\u2019une hypoth\u00e8se l\u2019attribuant \u00e0 l\u2019ultra-gauche. On n\u2019a plus reparl\u00e9, par ailleurs, de ce terroriste du Donbass interpell\u00e9 en juin dernier \u00e0 proximit\u00e9 de l\u2019a\u00e9roport de Roissy, alors qu\u2019il pr\u00e9parait un engin explosif artisanal. Politiquement, l\u2019influence du Kremlin s\u2019est manifest\u00e9e par son soutien formel et financier aux campagnes du Rassemblement national, dont il est av\u00e9r\u00e9 qu\u2019il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de plusieurs millions de pr\u00eats venus de la F\u00e9d\u00e9ration Russie. Enfin, ce que beaucoup suspectaient a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par l\u2019enqu\u00eate de David Chavalarias, du CNRS : le surinvestissement m\u00e9diatique de la question de la Palestine, au moins dans les premiers mois de la r\u00e9plique meurtri\u00e8re isra\u00e9lienne, a \u00e9t\u00e9 en partie d\u00fb aux efforts du Kremlin pour promouvoir sur X (ex-Twitter) des contenus anxiog\u00e8nes, propres \u00e0 amplifier les affects et d\u00e9chirer encore davantage qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait l\u2019opinion publique fran\u00e7aise<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Aussi le monde politique et journalistique a-t-il eu depuis de nombreux mois les yeux riv\u00e9s sur la mani\u00e8re dont la Russie entendait influencer les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles \u00e9tats-uniennes, d\u2019autant plus qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 parfaitement \u00e9tabli que des cyberattaques, campagnes de d\u00e9sinformation et op\u00e9rations de propagande avaient cherch\u00e9, en 2020 comme en 2016, \u00e0 polariser l\u2019\u00e9lectorat \u00e9tats-unien et mettre en doute l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du processus \u00e9lectoral lui-m\u00eame. Cependant, on se leurrerait sur la mani\u00e8re dont la Russie per\u00e7oit ses int\u00e9r\u00eats politiques et g\u00e9opolitiques en consid\u00e9rant d\u2019embl\u00e9e qu\u2019elle a employ\u00e9 tous les moyens \u00e0 sa disposition pour faire gagner Donald Trump.<\/p>\n\n\n\n Les \u00e9lections de 2024 ont en fait relev\u00e9 d\u2019un v\u00e9ritable casse-t\u00eate pour la Russie. Les ambitions politiques de Vladimir Poutine et de Donald Trump sont manifestement en accord sur un certain nombre de points : la remise en cause de la d\u00e9mocratie, l\u2019assujettissement de l\u2019ensemble des m\u00e9canismes politiques et administratifs aux volont\u00e9s d\u2019un pr\u00e9sident pl\u00e9nipotentiaire, le r\u00e8gne des valeurs traditionnelles<\/a> et jusqu\u2019\u00e0 la chasse aux migrants \u2014 puisqu\u2019on assiste depuis peu, en Russie, \u00e0 un durcissement raciste de la politique migratoire, qui va jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9tourner les flux d\u2019Asie centrale vers l\u2019Europe et d\u2019autres pays d\u2019Asie. Cependant, la vision de Vladimir Poutine est moins id\u00e9ologique que strat\u00e9gique. Personne au Kremlin n\u2019a oubli\u00e9, comme le rappelait son porte-parole Dmitri Peskov, que l\u2019aggravation des sanctions visant la Russie et l\u2019armement de l\u2019Ukraine ont bien eu lieu sous l\u2019administration Trump. Par ailleurs, les experts du Kremlin et l\u2019espace m\u00e9diatique russophone s\u2019interrogent sur le contenu concret du potentiel plan de sortie de la guerre en Ukraine que Donald Trump aurait \u00e0 l\u2019esprit : aussi accordent-ils une importance toute particuli\u00e8re aux \u00e9l\u00e9ments de ce programme r\u00e9cemment avanc\u00e9s \u2014 bien qu\u2019\u00e0 titre d\u2019hypoth\u00e8se \u2014 par Mike Pompeo, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de 2018 \u00e0 2021.<\/p>\n\n\n\n