{"id":241595,"date":"2024-08-06T14:00:00","date_gmt":"2024-08-06T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=241595"},"modified":"2024-08-06T10:49:28","modified_gmt":"2024-08-06T08:49:28","slug":"impressions-dafrique-du-sud-grand-tour-avec-pierre-haski","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/08\/06\/impressions-dafrique-du-sud-grand-tour-avec-pierre-haski\/","title":{"rendered":"Impressions d\u2019Afrique du Sud, Grand Tour avec Pierre Haski"},"content":{"rendered":"\n

\u00c0 quand remonte votre attachement \u00e0 l\u2019Afrique du Sud ?<\/h3>\n\n\n\n

Je me suis particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019Afrique du Sud apr\u00e8s un voyage en Tanzanie. Lorsque j\u2019avais 18 ans, j’\u00e9tais all\u00e9 voir ma m\u00e8re qui y vivait. La Tanzanie \u00e9tait alors la base arri\u00e8re de l’Afrique australe : il y avait des camps de r\u00e9fugi\u00e9s sud-africains, des camps de l\u2019ANC (Congr\u00e8s national africain) et il y avait la bataille autour du chemin de fer construit par la Chine vers la Zambie afin d\u2019exporter le cuivre zambien sans passer par les ports sud-africains. C’est \u00e0 travers la d\u00e9couverte de la Tanzanie que j’ai d\u00e9couvert les probl\u00e9matiques de l’Afrique australe \u00e0 l’\u00e9poque de l’apartheid. J\u2019ai donc commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser \u00e0 l’Afrique du Sud. \u00c0 mon retour \u00e0 Paris, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter des gens qui s’int\u00e9ressaient aussi \u00e0 ce pays et j’ai rapidement eu envie d’y aller.<\/p>\n\n\n\n

Dans quel contexte foulez-vous pour la premi\u00e8re fois le sol sud-africain ?<\/h3>\n\n\n\n

Je suis all\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en Afrique du Sud en d\u00e9cembre 1975 pour Le Monde Diplomatique<\/em>, et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 pour moi un grand choc. J\u2019avais \u00e0 peine 22-23 ans et je me suis passionn\u00e9 pour ce pays, dont je d\u00e9couvrais tout \u00e0 la fois. Je voyais d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les horreurs de l’apartheid, de l\u2019autre les joies et les plaisirs du reportage et du terrain et je faisais des rencontres incroyables.<\/p>\n\n\n\n

Au moment o\u00f9 j\u2019y arrive, l’Afrique du Sud \u00e9tait en plein apartheid et le pays devenait int\u00e9ressant parce qu’il y avait un r\u00e9veil g\u00e9opolitique de l’Afrique australe. Le Mozambique et l\u2019Angola avaient pris leur ind\u00e9pendance \u00e0 la suite de la r\u00e9volution portugaise de 1974 et soudainement, l’Afrique du Sud perdait son glacis protecteur. Le pays se retrouvait en confrontation directe avec l’Afrique ind\u00e9pendante.<\/p>\n\n\n\n

Je me souviens de ma premi\u00e8re rencontre. On arrive un dimanche, avec celle qui deviendra ma femme par la suite, et on ne savait pas trop quoi faire. Nous avions l’adresse d’un centre anti-apartheid qui s’appelait le Christian Institute<\/em>, fond\u00e9 par Beyers Naud\u00e9, un pr\u00eatre calviniste afrikaner. Nous y sommes donc all\u00e9s et nous avons rencontr\u00e9 un pr\u00eatre m\u00e9thodiste britannique qui \u00e9tait aussi le r\u00e9dacteur en chef de la revue de ce centre chr\u00e9tien. Nous avons pass\u00e9 l’apr\u00e8s-midi avec lui \u00e0 discuter. Cette premi\u00e8re rencontre en Afrique du Sud fut un plongeon dans le monde parall\u00e8le des activistes anti-apartheid. Il faut imaginer \u00e0 l’\u00e9poque la force de ce r\u00e9gime d’apartheid, en place depuis 1948, et qui avait impos\u00e9 son contr\u00f4le absolu au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 en emprisonnant Nelson Mandela.<\/p>\n\n\n\n

Peu de temps apr\u00e8s ce premier s\u00e9jour, vous vous installez \u00e0 Johannesbourg.<\/h3>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019\u00e9poque de ce premier s\u00e9jour, j\u2019\u00e9tais journaliste \u00e0 l\u2019AFP et quelques jours apr\u00e8s \u00eatre rentr\u00e9 \u00e0 Paris, on me propose le poste de num\u00e9ro 2 \u00e0 Johannesburg. J\u2019accepte imm\u00e9diatement. Le 1er juin 1976, je suis de retour \u00e0 Johannesburg. Le 16 juin 1976, c\u2019est le soul\u00e8vement de Soweto. Les jeunes noirs de Soweto se r\u00e9voltent contre la d\u00e9cision d’abandonner l’anglais, langue internationale, au profit de l\u2019afrikaans, la langue des oppresseurs afrikaners, dans l\u2019enseignement. Cette mesure avait une symbolique forte : au sein de la minorit\u00e9 blanche, il y avait les afrikaners au pouvoir, et les anglophones plus \u00ab lib\u00e9raux \u00bb. Ce sont les premiers qui portent le concept de l’apartheid, un mot afrikaans qui signifie \u00ab s\u00e9paration \u00bb. Les jeunes comprennent tr\u00e8s bien qu’on les enferme dans ce monde de l’apartheid et se r\u00e9voltent. Les confrontations avec la police ont lieu le 16, 17, 18 juin et, en trois jours, 300 jeunes manifestants sont tu\u00e9s. C’est un \u00e9v\u00e9nement d’une port\u00e9e internationale consid\u00e9rable. Il marque le d\u00e9but du compte \u00e0 rebours qui m\u00e8nera quinze ans plus tard \u00e0 la lib\u00e9ration de Nelson Mandela et \u00e0 la fin de l’apartheid. C’est pour moi encore insens\u00e9 de penser que je suis arriv\u00e9 le 1er juin : je n\u2019avais m\u00eame pas encore de logement, et d\u00e9j\u00e0 j\u2019assistais \u00e0 ce moment historique et tragique.<\/p>\n\n\n\n

Au moment o\u00f9 j\u2019y arrive, l’Afrique du Sud \u00e9tait en plein apartheid et le pays devenait int\u00e9ressant parce qu’il y avait un r\u00e9veil g\u00e9opolitique de l’Afrique australe. <\/p>Pierre Haski<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quelles sont vos premi\u00e8res impressions lorsque vous vous installez en Afrique du Sud ?<\/h3>\n\n\n\n

S\u2019installer dans ce pays signifie qu\u2019on n’est plus un \u00e9tranger de passage qui observe. On devient un \u00e9l\u00e9ment de l’\u00e9quation, qu’on le veuille ou non. On est blanc et on est donc du c\u00f4t\u00e9 des puissants et des oppresseurs. On d\u00e9couvre la r\u00e9alit\u00e9 de l’apartheid, non plus seulement de mani\u00e8re th\u00e9orique, c’est-\u00e0-dire les bancs ou les bus interdits aux noirs, mais dans ses contradictions et dans son v\u00e9cu quotidien. C’\u00e9tait une grande le\u00e7on de vie. Lorsque j\u2019arrive, je n\u2019ai que 23 ans et aucune exp\u00e9rience qui puisse me pr\u00e9parer \u00e0 ce que je vais vivre en Afrique du Sud.<\/p>\n\n\n\n

J\u2019arrive \u00e0 Johannesburg et je d\u00e9couvre une soci\u00e9t\u00e9 incroyablement ordonn\u00e9e. La police est partout sans qu\u2019on la voie. Les Noirs habitent \u00e0 Soweto, l\u2019immense township<\/em> s\u00e9par\u00e9 de Johannesburg par un no man\u2019s land<\/em> ; ils travaillent la journ\u00e9e dans les quartiers blancs et rentrent chez eux le soir. La vie est extr\u00eamement confortable pour les Blancs. Le centre-ville est florissant, il y a des grands immeubles qui sont les si\u00e8ges des compagnies mini\u00e8res. On est dans un monde qui est extr\u00eamement bien organis\u00e9 et polic\u00e9. Ce syst\u00e8me para\u00eet tr\u00e8s fort. La force de l\u2019Afrique du Sud repose sur l’or, les diamants, les minerais. Le pays abrite donc des fortunes colossales. En 1975, il y a comme une certitude chez les Blancs qu\u2019ils ont gagn\u00e9 la partie, et que le monde restera comme \u00e7a pour l’\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Comment se manifeste concr\u00e8tement l\u2019apartheid ?<\/h3>\n\n\n\n

Il se trouve que mon pr\u00e9d\u00e9cesseur \u00e0 l’AFP avait des enfants, il avait donc une \u00ab nounou \u00bb noire, dont j’h\u00e9rite alors que je n’ai pas encore d’enfant. Je d\u00e9couvre qu\u2019elle doit partir car elle se trouve ill\u00e9galement \u00e0 Johannesburg. Les r\u00e8gles raciales de l’Afrique du Sud sont tr\u00e8s pr\u00e9cises, il y a des quotas ethniques pour vivre \u00e0 Johannesburg. Elle est Swazie, non pas du Swaziland, mais de l’ethnie Swazie d’Afrique du Sud, et elle n’a pas le droit d’\u00eatre \u00e0 Johannesburg parce qu\u2019elle n\u2019a pas de papiers pour y vivre. En bon fran\u00e7ais cart\u00e9sien, je suis persuad\u00e9 de pouvoir r\u00e9gler ce probl\u00e8me. Pour moi, elle a un travail, il n’y a donc pas de raison qu’on lui refuse ses papiers. Je vais avec elle au bureau qui s’occupe de cela et j\u2019ai une de mes premi\u00e8res exp\u00e9riences de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019apartheid. Je fais la queue avec d’autres employeurs blancs qui viennent pour r\u00e9gulariser des salari\u00e9s noirs. Quand j’arrive au guichet, elle donne son pass<\/em>, le passeport int\u00e9rieur qui d\u00e9termine selon votre naissance, o\u00f9 vous pouvez habiter et travailler ; si vous n’\u00eates pas dans les r\u00e8gles, vous devez rentrer dans votre r\u00e9gion natale. L’employ\u00e9 blanc derri\u00e8re le guichet le regarde, voit qu\u2019elle est hors quota, et le tamponne de \u00ab Doit partir \u00bb. Je commence \u00e0 plaider en sa faveur. J’explique en bon Fran\u00e7ais na\u00eff que \u00e7a me semble totalement injuste et ce n’est pas l’employ\u00e9 qui me r\u00e9pond, mais les autres Blancs qui attendaient dans la file d’attente. Ils comprennent que je suis \u00e9tranger, et me disent, pensant que je suis allemand, \u00ab mais c’est comme chez vous, un Turc n’a pas le droit de rester s’il n’a pas les bons papiers \u00bb. Pour eux, c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose ; ces Noirs \u00e9taient des \u00e9trangers qui venaient travailler \u00e0 Johannesburg et s’ils n’avaient pas le droit d\u2019y rester, ils devaient partir.<\/p>\n\n\n\n

On est dans un monde qui est extr\u00eamement bien organis\u00e9 et polic\u00e9.<\/p>Pierre Haski<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

J’\u00e9tais sorti r\u00e9volt\u00e9 de cet incident qui m’a fait toucher du doigt \u00e0 la fois les rigueurs de l’apartheid et la mentalit\u00e9 des Blancs d’Afrique du Sud, qui avaient compl\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9 la logique et les r\u00e8gles de l’apartheid et qui ne trouvaient rien \u00e0 redire \u00e0 ce syst\u00e8me. La r\u00e9action de mon employ\u00e9e m\u2019avait particuli\u00e8rement frapp\u00e9. Elle a pris son pass<\/em> et l\u2019a d\u00e9chir\u00e9 de rage, rendant la situation encore plus compliqu\u00e9e, puisqu\u2019elle devenait clandestine. Elle aura, par la suite, une liaison avec un policier noir de Soweto qui s’arrangera pour lui faire des faux papiers pour pouvoir rester \u00e0 Johannesburg. La vie, l\u00e0-bas quand on est un Blanc, c’\u00e9tait rentrer dans tous les rouages de ce syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 quoi ressemblait votre vie dans cette soci\u00e9t\u00e9 corset\u00e9e ? \u00c9tait-il possible de nouer des amiti\u00e9s, y compris avec des Sud-Africains noirs ?<\/h3>\n\n\n\n

C’\u00e9tait tr\u00e8s compliqu\u00e9. D\u00e9j\u00e0, parce qu’il n’y avait quasiment aucun lieu dans lequel on pouvait aller s\u2019asseoir avec un Noir. Il n’y avait qu’un seul type de lieu qui acceptait la mixit\u00e9 : les h\u00f4tels 5 \u00e9toiles, o\u00f9 descendaient les hommes d’affaires et \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme une grande concession du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n

J’avais nou\u00e9 une relation avec un journaliste noir, Thami Mazwa\u00ef, qui travaillait au journal de Soweto The World<\/em>, qui a \u00e9t\u00e9 interdit en 1976, puis recr\u00e9\u00e9 sous le nom de Sowetan<\/em>. Je l\u2019avais recrut\u00e9 comme informateur pour l’AFP. On lui donnait une pige mensuelle de 100 dollars, ce qui \u00e9tait beaucoup d’argent en Afrique du Sud, et il nous tenait au courant de tout ce qui se passait \u00e0 Soweto. Il \u00e9tait extr\u00eamement bien inform\u00e9 \u00e0 la fois parce qu’il travaillait pour le journal de Soweto et parce qu\u2019il \u00e9tait lui-m\u00eame militant et qu\u2019il \u00e9tait de temps en temps emprisonn\u00e9 pour activisme. Par cons\u00e9quent, quand quelqu’un \u00e9tait arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Soweto, nous \u00e9tions imm\u00e9diatement inform\u00e9s de son arrestation.<\/p>\n\n\n\n

Je voyais r\u00e9guli\u00e8rement Thami pour qu’il me raconte ce qui se passait \u00e0 Soweto. Au d\u00e9but, il ne voulait pas \u00eatre vu avec moi parce que ce n’\u00e9tait pas bon pour sa r\u00e9putation d’\u00eatre vu avec un blanc. Personne ne pouvait savoir que j’\u00e9tais un journaliste \u00e9tranger. On se voyait donc soit dans ces h\u00f4tels dits \u00ab internationaux \u00bb, soit dans une voiture, sur un parking, et on discutait pendant une heure. Petit \u00e0 petit, ces barri\u00e8res-l\u00e0 sont tomb\u00e9es et notre relation est devenue amicale. Thami m’a invit\u00e9 \u00e0 son mariage et je suis d\u2019ailleurs toujours en contact avec lui. C’est une amiti\u00e9 de cinquante ans qui est n\u00e9e alors que tout \u00e9tait fait pour emp\u00eacher les relations entre Noirs et Blancs.<\/p>\n\n\n\n

J’\u00e9tais aussi devenu ami avec un jeune de Soweto qui \u00e9tait membre de la coordination des lyc\u00e9ens qui se r\u00e9voltaient contre l’apartheid, le Soweto Students’ Representative Council<\/em>, le SSRC. Les jeunes qui en prenaient la t\u00eate \u00e9taient arr\u00eat\u00e9s ou s’enfuyaient, il y avait donc un renouvellement des membres assez consid\u00e9rable. Avec ma femme, on s\u2019\u00e9tait li\u00e9s d\u2019amiti\u00e9 avec un de ces jeunes qui venait r\u00e9guli\u00e8rement chez nous discr\u00e8tement. Il y avait une fascination r\u00e9ciproque. Lui nous posait des questions sur la France, l’Europe, l’histoire du monde. Tout ce qu’il ne pouvait pas apprendre \u00e0 l’\u00e9cole, il nous le demandait. Il nous avait par exemple racont\u00e9 que la R\u00e9volution fran\u00e7aise avait \u00e9t\u00e9 une grande inspiration pour eux, parce que c’\u00e9tait la seule r\u00e9volution dont on parlait en classe, parce qu’elle n’\u00e9tait pas soup\u00e7onnable d\u2019\u00eatre marxiste. Il s’\u00e9tait donc na\u00efvement dit que si les serfs fran\u00e7ais s\u2019\u00e9taient r\u00e9volt\u00e9s contre la monarchie, eux aussi pouvaient se r\u00e9volter contre leurs ma\u00eetres. De notre c\u00f4t\u00e9, nous lui posions des questions sur ce qui les avait pouss\u00e9s \u00e0 se r\u00e9volter, sur sa vie, sur sa vision de son monde.<\/p>\n\n\n\n

Un jour, il a d\u00fb s’enfuir parce qu’il avait la police aux trousses. Il m’avait \u00e9crit une lettre du Lesotho, pays ind\u00e9pendant mais enclav\u00e9 dans l’Afrique du Sud, pour me dire qu’il \u00e9tait bien arriv\u00e9, qu\u2019il avait obtenu une bourse am\u00e9ricaine pour poursuivre ses \u00e9tudes, et que tout allait bien. Puis plus rien. J’ai perdu le contact avec lui. Trois d\u00e9cennies plus tard, j\u2019ai voulu le retrouver pour savoir ce qu\u2019il \u00e9tait devenu. J’ai replong\u00e9 dans mes carnets, mais je n\u2019\u00e9crivais jamais les noms de peur qu\u2019ils ne tombent entre les mains de la police. Et, trois d\u00e9cennies apr\u00e8s, j\u2019avais oubli\u00e9 son nom. Je l’ai cherch\u00e9 partout. Je suis all\u00e9 en Afrique du Sud, au Mus\u00e9e de l’apartheid, pour consulter les archives de la lutte, mais il y avait trop de jeunes qui correspondaient \u00e0 son profil. Des lyc\u00e9ens activistes s\u2019\u00e9tant enfuis au Lesotho et \u00e9tant ensuite partis avec une bourse \u00e9tudier ailleurs, il y en avait des milliers. Je ne l’ai donc pas trouv\u00e9. Il y a deux ans, on m\u2019appelle en me disant qu\u2019un mail venait d’arriver dans la bo\u00eete contact de Reporters sans fronti\u00e8res (RSF), dont je suis pr\u00e9sident. La personne \u00e9crit qu\u2019elle me conna\u00eet de Johannesburg et veut reprendre contact. J\u2019appelle cette personne et elle me dit qu\u2019elle venait chez moi, que j\u2019\u00e9tais avec ma femme et qu\u2019elle m\u2019avait apport\u00e9 des cassettes de musique. C’\u00e9tait bien lui. Il me cherchait depuis dix ans. Il avait appel\u00e9 l\u2019AFP, pour m\u2019identifier et on lui a r\u00e9pondu que des journalistes fran\u00e7ais correspondant \u00e0 mon profil, il y en a beaucoup ;  ce qui \u00e9tait une r\u00e9ponse tr\u00e8s similaire \u00e0 celle que j\u2019avais re\u00e7ue. Un jour, j’\u00e9tais interview\u00e9 en tant que pr\u00e9sident de RSF dans un journal sud-africain et le journal pr\u00e9cisait que j’avais \u00e9t\u00e9 correspondant au moment des \u00e9v\u00e9nements de 1976. Il s’est alors dit \u00ab peut-\u00eatre que c’est lui \u00bb et a envoy\u00e9 un mot \u00e0 RSF. On ne s’est pas encore revus, mais on a promis de se revoir. C’est un type de lien qui m’\u00e9meut beaucoup. J\u2019aime avoir des relations durables avec les gens.<\/p>\n\n\n\n\n

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\n \n \"\u00abJe\n <\/picture>\n
\u00ab Je voyais d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les horreurs de l’apartheid, de l\u2019autre les joies et les plaisirs du reportage et du terrain et je faisais des rencontres incroyables. \u00bb \u00a9 SIPA<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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\n \n \"\u00abC'est\n <\/picture>\n
\u00ab C’est dans une file d’attente de bureau que je fais ma premi\u00e8re exp\u00e9rience concr\u00e8te de l’apartheid. Pour eux, c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose ; ces Noirs \u00e9taient des \u00e9trangers qui venaient travailler \u00e0 Johannesburg et s’ils n’avaient pas le droit d\u2019y rester, ils devaient partir. \u00bb \u00a9 SIPA<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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\u00ab Je voyais d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les horreurs de l’apartheid, de l\u2019autre les joies et les plaisirs du reportage et du terrain et je faisais des rencontres incroyables. \u00bb \u00a9 SIPA<\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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\u00ab C’est dans une file d’attente de bureau que je fais ma premi\u00e8re exp\u00e9rience concr\u00e8te de l’apartheid. Pour eux, c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose ; ces Noirs \u00e9taient des \u00e9trangers qui venaient travailler \u00e0 Johannesburg et s’ils n’avaient pas le droit d\u2019y rester, ils devaient partir. \u00bb \u00a9 SIPA<\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Quelles autres rencontres vous ont marqu\u00e9es ?<\/h3>\n\n\n\n

Je vivais une exaltation permanente mais triste parce qu’il y a des gens que j’ai connus qui ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s par la suite. C\u2019est par exemple le cas de Steve Biko, une grande figure de la lutte anti-apartheid, qui aurait pu \u00eatre le successeur de Mandela. Il en avait l’\u00e9toffe, le charisme, l’intellect. Mais il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par la police en 1977. Je l’avais rencontr\u00e9 une fois. Il y avait \u00e9galement un activiste blanc qui avait fait ses \u00e9tudes en 1968 en France. Il \u00e9tait revenu transform\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience de mai 68 et avait \u00e9t\u00e9 \u00ab banni \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu’il \u00e9tait assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence et qu’il n’avait pas le droit de rencontrer plus d’une personne \u00e0 la fois. Il vivait avec une Indienne d’Afrique du Sud \u00e0 Durban, et pour qu’elle puisse vivre avec lui, elle \u00e9tait enregistr\u00e9e comme sa domestique. \u00c0 la fin de sa p\u00e9riode de bannissement, on frappe \u00e0 sa porte, il ouvre et re\u00e7oit trois balles dans la t\u00eate. Il avait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 par un \u00ab escadron de la mort \u00bb, vraisemblablement des policiers qui refusaient qu’il retrouve la libert\u00e9. Je l\u2019avais rencontr\u00e9. Il parlait fran\u00e7ais, c\u2019\u00e9tait une des personnes marquantes qui sont mortes pendant la p\u00e9riode o\u00f9 je vivais en Afrique du Sud. C’est donc un pays qui m’a laiss\u00e9 des traces profondes.<\/p>\n\n\n\n

Apr\u00e8s ces quatre ann\u00e9es en tant que correspondant en Afrique du Sud, vous partez vers d\u2019autres horizons. Que devient votre rapport \u00e0 ce pays o\u00f9 vous ne vivez d\u00e9sormais plus ?<\/h3>\n\n\n\n

Le lien est rest\u00e9 fort car durant ces quatre ann\u00e9es, il s’est pass\u00e9 beaucoup de choses. Il y a notamment eu la naissance de ma fille \u00e0 Johannesburg, ce qui cr\u00e9e un lien affectif et \u00e9motionnel avec cet endroit. Je suis parti en 1980 avec une interdiction de revenir parce que lors de ma derni\u00e8re ann\u00e9e en Afrique du Sud, on m’avait retir\u00e9 ma carte de presse sud-africaine. J’\u00e9tais alors dans une situation un peu \u00e9trange o\u00f9 j’\u00e9tais autoris\u00e9 \u00e0 rester, \u00e0 travailler, mais on me refusait toutes les autorisations officielles. Par exemple, si je t\u00e9l\u00e9phonais \u00e0 la police pour savoir combien il y avait eu de morts dans tel incident, on me demandait mon nom et on ne me r\u00e9pondait pas alors qu’on allait r\u00e9pondre \u00e0 un autre coll\u00e8gue de l’AFP. Quand je suis parti, je savais que je ne reviendrais plus avant la fin de ce r\u00e9gime. C’est ce qui s’est pass\u00e9. Je n’ai pas pu y retourner pendant les ann\u00e9es suivantes, et ce jusqu’\u00e0 la chute de l’apartheid.<\/p>\n\n\n\n

Je vivais une exaltation permanente mais triste parce qu’il y a des gens que j’ai connus qui ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s par la suite.<\/p>Pierre Haski<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quel pays red\u00e9couvrez-vous \u00e0 ce moment-l\u00e0 ?<\/h3>\n\n\n\n

Lorsque l’apartheid a finalement pris fin, je travaillais \u00e0 Lib\u00e9ration<\/em> et je me concentrais sur le Moyen-Orient. Je m\u2019appr\u00eatais \u00e0 partir pour J\u00e9rusalem. J’avoue que j’ai suivi avec beaucoup de frustration, mais aussi de fascination, toute cette p\u00e9riode de la fin de l’apartheid. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 un moment de tr\u00e8s grande joie. J’ai commenc\u00e9 \u00e0 y retourner \u00e0 ce moment-l\u00e0. \u00c0 mon retour d’Isra\u00ebl, un des premiers voyages que j’ai fait, c’\u00e9tait l’Afrique du Sud. Nous \u00e9tions fin 1996, donc dans cette p\u00e9riode un peu magique du mythe de la soci\u00e9t\u00e9 arc-en-ciel qu\u2019avait vendu Mandela : la r\u00e9conciliation, la nation multicolore, etc. Les gens mettaient beaucoup d’\u00e9nergie \u00e0 cr\u00e9er des passerelles interraciales, les barri\u00e8res r\u00e9sidentielles \u00e9taient en train de s’abattre.<\/p>\n\n\n\n

D\u00e8s 1996, il y avait une ambiance positive, mais aussi un d\u00e9but de d\u00e9senchantement. Je me souviens particuli\u00e8rement bien d\u2019une soir\u00e9e de r\u00e9veillon, en d\u00e9cembre 1996. J’avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par un de mes amis d’avant, blanc anti-apartheid. Je me retrouve dans un r\u00e9veillon o\u00f9 il n\u2019y avait que des Blancs, tous anti-apartheid, tous marxistes, tr\u00e8s engag\u00e9s, mais pas un seul Noir. J’ai essay\u00e9 prudemment et poliment d’en faire la remarque \u00e0 cet ami et il m’a expliqu\u00e9 qu’il y avait une sorte de repli. On avait fait beaucoup d’efforts, il y avait eu des incidents, il y avait eu des incompr\u00e9hensions, des malentendus et chacun, dans les moments comme \u00e7a, se repliait sur son entourage proche. J\u2019\u00e9tais boulevers\u00e9 d\u2019apprendre qu’aussi vite, on avait abandonn\u00e9 cette id\u00e9e un peu romantique de la nation arc-en-ciel. Et \u00e7a s’est confirm\u00e9 depuis.<\/p>\n\n\n\n

J’y suis retourn\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement depuis. La derni\u00e8re fois, c’\u00e9tait en 2019, juste avant la pand\u00e9mie de Covid. C’est un des pays que j’ai \u00e0 l’\u0153il en permanence, c’est-\u00e0-dire que je n’arrive pas \u00e0 m\u2019en d\u00e9tacher, m\u00eame si j’\u00e9cris peu dessus parce qu’il n’est pas au centre du monde. Il vient d’y avoir une p\u00e9riode d’\u00e9lections, de recomposition politique, j’ai lu tout ce que je pouvais lire sur le sujet et je suis parfaitement ins\u00e9r\u00e9 dans cette actualit\u00e9, alors que je n’ai pas \u00e9crit une ligne dessus. C’est plus par passion et par int\u00e9r\u00eat personnel que par n\u00e9cessit\u00e9 professionnelle, parce que celle-ci n’existe pas trop, de fait, sur l’Afrique du Sud.<\/p>\n\n\n\n

Vous qui avez \u00e9t\u00e9 correspondant en Afrique du Sud au temps de l\u2019apartheid, puis au Proche-Orient, trouvez-vous pertinent de d\u00e9crire comme un \u00ab apartheid \u00bb le traitement des Palestiniens par l\u2019\u00c9tat isra\u00e9lien ?<\/h3>\n\n\n\n

En 1929, Albert Londres, le p\u00e8re du journalisme fran\u00e7ais, \u00e9tait \u00e0 H\u00e9bron, o\u00f9 s\u2019\u00e9taient d\u00e9roul\u00e9s les premiers incidents sanglants entre Juifs et Arabes en Palestine britannique. Albert Londres raconte cette ville en 1929. Lorsque j’\u00e9tais correspondant l\u00e0-bas, en 1994, il y a eu le massacre d’H\u00e9bron, premier acte violent contre les accords Rabin-Arafat d’Oslo, de la part de ceux qui voulaient saboter le processus de paix. Un colon juif, Baruch Goldstein, avait tu\u00e9 des dizaines de fid\u00e8les musulmans en pri\u00e8re. J\u2019ai pass\u00e9 la journ\u00e9e du massacre \u00e0 H\u00e9bron, dans cette ville en folie o\u00f9 il y a eu des dizaines de morts dans la journ\u00e9e. J\u2019y suis retourn\u00e9 en 2019 et j\u2019ai eu un choc : c’\u00e9tait pire que l’apartheid d’Afrique du Sud.<\/p>\n\n\n\n

D\u00e8s 1996, il y avait une ambiance positive,  mais aussi un d\u00e9but de d\u00e9senchantement.<\/p>Pierre Haski<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Je n\u2019y \u00e9tais pas retourn\u00e9 depuis mon d\u00e9part en 1995. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il y avait une rue \u00e0 l’int\u00e9rieur de la ville qui \u00e9tait occup\u00e9e par les colons et entour\u00e9e par des soldats qui les prot\u00e9geaient, et il y avait une grosse colonie \u00e0 l’ext\u00e9rieur d’H\u00e9bron : Kiryat Arba. Trente ans apr\u00e8s, un tiers de la ville a \u00e9t\u00e9 vid\u00e9 de ses habitants palestiniens et r\u00e9serv\u00e9 aux colons isra\u00e9liens. Les gens ne peuvent pas traverser ce quartier, ils sont oblig\u00e9s de le contourner. Les voitures palestiniennes ne peuvent pas circuler, les pi\u00e9tons palestiniens ne peuvent pas passer dans certaines rues. Les gens qui ont leur maison qui donne sur le quartier colonis\u00e9 n’ont pas le droit de sortir de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, m\u00eame si la porte d’entr\u00e9e et de sortie y est ; ils doivent passer de l’autre c\u00f4t\u00e9 avec une \u00e9chelle pour descendre de chez eux dans la ville palestinienne. L\u00e0, on est dans l’apartheid r\u00e9sidentiel et physique, qui se double de la privation de tout droit et de toute possibilit\u00e9 de participer \u00e0 la vie politique ou sociale. Donc oui, dans les territoires occup\u00e9s et uniquement l\u00e0, il y a une situation d’apartheid. La situation va m\u00eame au-del\u00e0 de ce que l’Afrique du Sud avait con\u00e7u et pens\u00e9. En Afrique du Sud, il y avait une s\u00e9gr\u00e9gation r\u00e9sidentielle, mais il n’y avait pas de rue interdite aux Noirs. H\u00e9bron est all\u00e9 plus loin. Isra\u00ebl, en Cisjordanie, est all\u00e9 plus loin<\/a>. Donc oui, le mot \u00ab apartheid \u00bb ne me semble pas du tout usurp\u00e9 s’agissant des territoires occup\u00e9s<\/a>. Il n\u2019est en revanche pas appropri\u00e9 pour l\u2019Isra\u00ebl de 1948 o\u00f9 il y a des citoyens isra\u00e9liens qui sont les \u00ab Palestiniens de 1948 \u00bb, comme on les appelle, qui sont rest\u00e9s apr\u00e8s la cr\u00e9ation de l’\u00c9tat h\u00e9breu, et qui ont des droits quasiment identiques \u2014 m\u00eame s’il y a des nuances.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
\u00ab  Nous \u00e9tions fin 1996, donc dans cette p\u00e9riode un peu magique du mythe de la soci\u00e9t\u00e9 arc-en-ciel qu\u2019avait vendu Mandela  : la r\u00e9conciliation, la nation multicolore, etc. Les gens mettaient beaucoup d’\u00e9nergie \u00e0 cr\u00e9er des passerelles interraciales, les barri\u00e8res r\u00e9sidentielles \u00e9taient en train de s’abattre.  \u00bb \u00a9 AP Photo<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Revenons en Afrique du Sud. Vous nous avez surtout parl\u00e9 de Johannesburg. Quels sont les autres lieux qui vous ont marqu\u00e9 dans ce pays ?<\/h3>\n\n\n\n

Une autre grande ville d’Afrique du Sud qu’il faut mentionner, c’est le Cap, qui est une merveille absolue, situ\u00e9e dans un site naturel absolument extraordinaire, mais qui \u00e9tait aussi fa\u00e7onn\u00e9 par l’apartheid. La montagne isole le centre-ville historique du reste de la ville, et elle cr\u00e9ait une barri\u00e8re entre la ville blanche et la ville de couleur. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, le Cap \u00e9tait la seule ville o\u00f9 les Noirs \u00e9taient en minorit\u00e9. Le groupe racial le plus important dans la r\u00e9gion du Cap \u00e9tait les M\u00e9tis. Il y avait donc cette incroyable barri\u00e8re naturelle de la montagne, derri\u00e8re la montagne, vous aviez les quartiers m\u00e9tis et, de l’autre c\u00f4t\u00e9 de la montagne, vers la mer, il y avait la ville blanche. Le quartier m\u00e9tis qui \u00e9tait \u00e0 l’int\u00e9rieur de la ville blanche avait \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 et il avait \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 de l’autre c\u00f4t\u00e9 de la montagne. Donc cette ville \u00e9tait \u00e0 la fois magnifique et terrifiante par sa g\u00e9ographie raciale model\u00e9e par le syst\u00e8me de l’apartheid. Mais c’est l’autre ville importante ; c’est l\u00e0 que si\u00e8ge le Parlement. On y allait donc r\u00e9guli\u00e8rement et c’est aussi une ville tr\u00e8s politique et sociale.<\/p>\n\n\n\n

Ce qui m’a toujours fascin\u00e9 en Afrique du Sud, c’est l’histoire, la force de cette histoire unique.<\/p>Pierre Haski<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

J’aimais aussi beaucoup la campagne. Il y a en Afrique du Sud une diversit\u00e9 de paysages, de situations, de climats, tout \u00e0 fait exceptionnelle. C’est un monde entier en un seul pays. Au Cap, on est dans un climat quasi-m\u00e9diterran\u00e9en et dans le nord du Transvaal, vers le Zimbabwe ou le Mozambique, on est dans la brousse africaine la plus traditionnelle. Entre les deux, il y a le d\u00e9sert du Karoo avec des paysages semi-d\u00e9sertiques qu’on retrouve dans des films ou dans des romans sud-africains. Quand on va vers le Natal, on trouve les populations indiennes. Gandhi a v\u00e9cu vingt ans en Afrique du Sud. C’est d\u2019ailleurs l\u00e0 qu’il a cr\u00e9\u00e9 le parti du Congr\u00e8s. Le Congr\u00e8s National Africain, donc le parti de Mandela, s’appelle ainsi parce qu\u2019il s\u2019est directement inspir\u00e9 de Gandhi et du Congr\u00e8s Indien.<\/p>\n\n\n\n

Ce qui m’a toujours fascin\u00e9 en Afrique du Sud, et on le retrouve dans la g\u00e9ographie, c’est l’histoire, la force de cette histoire unique. On vit sur 350 ans d’histoire, de brassages de populations, de ph\u00e9nom\u00e8nes mythiques incroyables. <\/strong>Il y avait, par exemple, un jour que je ne ratais jamais : le 16 d\u00e9cembre. C’est le jour de la bataille de Blood River qui a eu lieu entre les Afrikaners, que l\u2019on appelait les Boers \u00e0 l’\u00e9poque, et les Zoulous. Les Boers \u00e9taient encercl\u00e9s par les Zoulous. Ils avaient fait ce qu’on appelle \u00ab le Kraal \u00bb, c’est-\u00e0-dire qu\u2019ils avaient mis leurs chariots en cercle pour se d\u00e9fendre contre les Zoulous, qui arrivaient avec des arcs et des fl\u00e8ches alors que les Boers avaient des fusils. Ils avaient d\u00e9cid\u00e9, au matin de cette bataille fatidique, que s’ils gagnaient, ce serait gr\u00e2ce \u00e0 l’intervention divine, que Dieu l\u2019aurait voulu. \u00c9videmment, ils gagnent et concluent qu’ils sont le peuple \u00e9lu par Dieu. Le 16 d\u00e9cembre est donc une journ\u00e9e de r\u00e9affirmation du serment afrikaner vis-\u00e0-vis de Dieu.<\/p>\n\n\n\n

Il y a dans les environs de Pretoria un m\u00e9morial d\u00e9di\u00e9 \u00e0 cette bataille, dans lequel se trouve le tombeau du \u00ab soldat Boer inconnu \u00bb. Il y a un tout petit orifice dans le toit du m\u00e9morial et le 16 d\u00e9cembre \u00e0 midi, un rayon de soleil passe par ce trou et frappe le tombeau du Boer inconnu. \u00c0 cet instant, vous avez toute la communaut\u00e9 \u2014 et tous ses dirigeants, qui sont l\u00e0, avec des enfants habill\u00e9s comme au XIXe si\u00e8cle \u2014 qui se met \u00e0 chanter en afrikaans, et on est dans la cons\u00e9cration absolue du lien entre le peuple afrikaner et Dieu. Durant les 4 ans que j’ai pass\u00e9s l\u00e0-bas, je m\u2019y rendais tous les 16 d\u00e9cembre parce que c’\u00e9tait un moment o\u00f9 on pouvait comprendre ce qui se passait dans ce pays, la construction mythologique de ce pouvoir blanc qui reposait sur des moments comme celui-l\u00e0. Ce sont des choses qui restent grav\u00e9es dans mon esprit m\u00eame si, aujourd’hui, tout cela a \u00e9t\u00e9 balay\u00e9 par l’histoire.<\/p>\n\n\n\n

Vous vous int\u00e9ressiez au sport, notamment au rugby ?<\/h3>\n\n\n\n

Je ne regardais le sport que par l’angle politique \u2014 je ne suis pas un grand amateur de rugby ou de foot. Mais c’\u00e9tait un sujet tr\u00e8s important parce que le sport occupe une place sociale tr\u00e8s importante en Afrique du Sud : le rugby \u00e9tait le sport des Blancs et le foot, le sport des Noirs. Le boycott sportif de l’Afrique du Sud a \u00e9t\u00e9 un facteur essentiel dans le sentiment d’isolement qu’ont eu les Sud-Africains. On a du mal \u00e0 l’imaginer aujourd’hui. C’\u00e9tait peut-\u00eatre encore plus important que le boycott \u00e9conomique, parce qu’\u00eatre priv\u00e9 d’acc\u00e8s aux Jeux olympiques, \u00eatre priv\u00e9 d’acc\u00e8s aux grandes comp\u00e9titions internationales, c’\u00e9tait pour les Sud-Africains blancs une v\u00e9ritable punition. L’Afrique du Sud est vraiment tr\u00e8s loin de tout. Loin de l’Europe et de ses d\u00e9bats, de ses anath\u00e8mes, etc. En revanche, vous sentiez tout cela de mani\u00e8re pr\u00e9cise lors du boycott sportif, parce que le monde entier \u00e9tait aux Jeux olympiques, le monde entier \u00e9tait aux championnats d’athl\u00e9tisme ou autre, et vous, vous n’y \u00e9tiez pas, vous \u00e9tiez exclus des grandes comp\u00e9titions de rugby, de cricket, et d\u2019autres sports importants l\u00e0-bas. Et cela, les Sud-Africains blancs le vivaient tr\u00e8s mal. La vraie punition \u00e9tait l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n

Quels sont les auteurs sud-africains que vous avez lus ou fr\u00e9quent\u00e9s ?<\/h3>\n\n\n\n

J\u2019ai une r\u00e8gle absolue qui est de lire la litt\u00e9rature des pays que je visite. J\u2019enseigne depuis peu \u00e0 l’\u00e9cole de journalisme de Lille, je dis \u00e0 mes \u00e9tudiants : quand vous partez dans un pays que vous ne connaissez pas, la meilleure porte d’acc\u00e8s est d\u2019emmener un roman du pays. L\u2019Afrique du Sud, de ce point de vue-l\u00e0, est et reste extr\u00eamement riche. J’ai connu les \u00e9crivains des ann\u00e9es 1970 comme Nadine Gordimer \u2014 prix Nobel de litt\u00e9rature \u2014, Andr\u00e9 Brink \u2014 qui a fait ses \u00e9tudes en France en 1968, et dont les romans ont particip\u00e9 \u00e0 la prise de conscience internationale de l’apartheid \u2014, ou Breyten Breytenbach qui venait d\u2019\u00eatre emprisonn\u00e9 lorsque j’ai commenc\u00e9 \u00e0 m’int\u00e9resser \u00e0 l’Afrique du Sud.<\/p>\n\n\n\n

Breyten Breytenbach \u00e9tait un po\u00e8te afrikaner, venu en France en 1968, qui \u00e9tait tomb\u00e9 amoureux d’une jeune fran\u00e7aise d’origine vietnamienne \u2014 transgression absolue de la barri\u00e8re raciale r\u00e9gul\u00e9e par la loi \u00ab sur la moralit\u00e9 \u00bb qui interdisait les relations sexuelles interraciales. Il \u00e9pouse Yolande \u2014 cette jeune Eurasienne \u2014 et se retrouve alors dans l\u2019impossibilit\u00e9 de retourner en Afrique du Sud. C\u2019\u00e9tait un po\u00e8te afrikaner qui devait chanter le lyrisme de son peuple \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. En exil, il se radicalise et cr\u00e9\u00e9 une organisation clandestine de lutte contre l’apartheid. Avec un faux passeport, une fausse moustache et une perruque, Breyten Breytenbach se rend clandestinement en Afrique du Sud afin de nouer des contacts. Mais il est attrap\u00e9 par les autorit\u00e9s sud-africaines et est condamn\u00e9 \u00e0 une peine de prison. Je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l’Afrique du Sud au moment o\u00f9 il \u00e9tait en prison, il devenait le symbole de ces quelques blancs qui soutenaient la lutte contre l’apartheid. Pendant toutes ses ann\u00e9es de captivit\u00e9, sa femme \u00e9tait autoris\u00e9e \u00e0 venir en Afrique du Sud une fois par an pour le voir en prison.<\/p>\n\n\n\n

On ne comprend pas l’Afrique du Sud de cette \u00e9poque si on ne lit pas Nadine Gordimer, une autrice anglophone, qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s engag\u00e9e aux c\u00f4t\u00e9s de l’ANC dans la clandestinit\u00e9, et qui est une excellente romanci\u00e8re. Le monde de l’\u00e9poque et la mentalit\u00e9 blanche de l’apartheid sont dans sa litt\u00e9rature. Il y a Andr\u00e9 Brink \u00e9galement, qui a eu un \u00e9cho international formidable. Breytenbach, le po\u00e8te maudit, emprisonn\u00e9 pendant 7 ou 8 ans, alors m\u00eame qu’il vient d’une grande famille afrikaans. Son fr\u00e8re \u00e9tait un des chefs de l’arm\u00e9e sud-africaine. Je les ai tous connus parce qu\u2019ils \u00e9taient les gens qu’on fr\u00e9quentait, et je suis rest\u00e9 en contact avec eux jusqu’au bout. Breytenbach est le seul qui soit encore en vie. Les autres ont disparu. Il y avait peu d’auteurs noirs qui passaient la rampe \u00e0 l’\u00e9poque. C’\u00e9tait tr\u00e8s difficile pour les auteurs noirs de se faire publier, ou alors en exil. Cependant, la litt\u00e9rature dont je parle \u00e9tait \u00e9videmment anti-apartheid.<\/p>\n\n\n\n

Vous avez \u00e9galement fr\u00e9quent\u00e9 des artistes.<\/h3>\n\n\n\n

Je connaissais pas mal le monde des artistes. Quand j’habitais en Afrique du Sud, mes meilleurs amis appartenaient \u00e0 un petit groupe de jeunes blancs \u00e9tudiant \u00e0 l’universit\u00e9 du Witwatersrand, \u00e0 Johannesburg. Ils habitaient en communaut\u00e9 et  avaient form\u00e9 une troupe de th\u00e9\u00e2tre : la Junction Avenue Company<\/em>. L\u2019un d\u2019eux est devenu tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre : William Kentridge, l’artiste contemporain et dramaturge sud-africain num\u00e9ro 1. Il est d’ailleurs r\u00e9guli\u00e8rement en France pour des expos et des op\u00e9ras. Il y \u00e9tait cet \u00e9t\u00e9 encore. C\u2019est quelqu\u2019un qui a un talent fou, mais que j\u2019ai connu quand il avait 20 ans. Lui aussi, il avait une histoire. Son p\u00e8re, Sidney Kentridge, a jou\u00e9 un r\u00f4le crucial dans une sorte de r\u00e9sistance morale et juridique \u00e0 l’apartheid. Il appartenait \u00e0 cette minorit\u00e9 de blancs qui n’ont jamais accept\u00e9 de flancher. Et son fils est quelqu’un avec qui je suis encore en contact. Tout comme avec deux autres personnes : Ari Sitas, qui est un po\u00e8te et activiste, et sa femme, Astrid von Kotze. Ils habitent encore au Cap et ils appartenaient aussi \u00e0 cette troupe de th\u00e9\u00e2tre d\u2019activistes, on pourrait dire gauchistes, de l\u2019\u00e9poque. Encore aujourd\u2019hui, ce sont des acteurs sociaux et culturels extr\u00eamement importants en Afrique du Sud. Par exemple pour William Kentridge, il n\u2019y a pas un projet culturel en Afrique du Sud auquel il n’a pas contribu\u00e9 financi\u00e8rement. Il a une fondation, il a r\u00e9habilit\u00e9 tout un quartier de Johannesburg. Il joue aussi un r\u00f4le tr\u00e8s important sur le plan international.<\/p>\n\n\n\n

L’histoire de l’Afrique du Sud, depuis trente ans, est celle d\u2019un projet inabouti.<\/p>Pierre Haski<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le lien que vous avez nou\u00e9 avec l\u2019Afrique du Sud s\u2019inscrit dans une histoire complexe et pluris\u00e9culaire de relations franco-sud-africaines. Pouvez-vous revenir sur l\u2019histoire et l\u2019\u00e9volution du rapport entre ces deux pays ?<\/h3>\n\n\n\n

On retrouve effectivement beaucoup de noms fran\u00e7ais en Afrique du Sud : Du Plessis ou Du Toit par exemple. Ce sont des descendants de Huguenots qui ont fui la France au moment des guerres de religion. Ils se sont retrouv\u00e9s aux Pays-Bas et de l\u00e0 sont partis en Afrique du Sud. Le probl\u00e8me, c’est qu’ils sont devenus des Afrikaners. Ils n’ont plus aucun lien r\u00e9el avec la France. Quand on croisait quelqu’un qui avait un nom fran\u00e7ais, on lui demandait toujours s’il avait un lien quelconque avec sa culture, sa langue ou son pays d’origine : jamais. Pas un seul n’a r\u00e9pondu positivement, d’abord en raison de l’\u00e9loignement, et de la n\u00e9cessit\u00e9 de se fondre dans un nouveau peuple. Les Afrikaners se sont fond\u00e9s sur le rejet des Anglais. La compagnie n\u00e9erlandaise des Indes avait fond\u00e9 le Cap mais les Anglais en ont pris le contr\u00f4le et ont commenc\u00e9 \u00e0 imposer aux Afrikaners de ne plus avoir d’esclaves. Les Afrikaners se r\u00e9voltent et commencent le Grand Trek ; ils partent du Cap et vont conqu\u00e9rir les terres \u00e0 l’int\u00e9rieur pour \u00e9chapper aux Anglais. Ils cr\u00e9ent deux r\u00e9publiques ind\u00e9pendantes des Anglais : le Transvaal et l’\u00c9tat libre d’Orange. On d\u00e9couvre ensuite de l’or et des diamants. Les Anglais arrivent donc, ce qui provoque la guerre des Boers \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et les Anglais prennent le contr\u00f4le de l’ensemble.<\/p>\n\n\n\n

Lorsqu’ils ont voulu sauver leur mode de vie bas\u00e9 sur l’esclavage, la Bible, etc., les N\u00e9erlandais ont d\u00e9velopp\u00e9 cette nouvelle identit\u00e9 : l\u2019un d\u2019eux a dit \u00ab Je suis un Afrikaner \u00bb, ce qui signifie \u00ab Je suis de cette terre \u00bb \u2014 sous-entendu : contrairement \u00e0 vous, les colons britanniques. Les Fran\u00e7ais se fondent dans ce nouvel ensemble que sont les Afrikaners. Donc tous ceux qui parlent n\u00e9erlandais, qui devient l\u2019Afrikaans, se transforment en une sorte de tribu africaine, qui va faire ce Grand Trek, gagner des batailles contre les Zoulous et s’imposer dans le Transvaal et l\u2019\u00c9tat libre d’Orange.<\/p>\n\n\n\n\n

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\n \n \"\u00abLes\n <\/picture>\n
\u00ab Les jeunes comprennent tr\u00e8s bien qu’on les enferme dans ce monde de l’apartheid et se r\u00e9voltent. \u00bb \u00a9 SIPA<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n \n <\/div>\n
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\n \n \"\u00abOn\n <\/picture>\n
\u00ab On d\u00e9couvre la r\u00e9alit\u00e9 de l’apartheid, non plus seulement de mani\u00e8re th\u00e9orique, c’est-\u00e0-dire les bancs ou les bus interdits aux noirs, mais dans ses contradictions et dans son v\u00e9cu quotidien. \u00bb \u00a9 SIPA<\/figcaption> <\/figure>\n <\/a>\n <\/div>\n <\/div>\n \n
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\u00ab Les jeunes comprennent tr\u00e8s bien qu’on les enferme dans ce monde de l’apartheid et se r\u00e9voltent. \u00bb \u00a9 SIPA<\/figcaption> <\/figure>\n \n <\/div>\n
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\u00ab On d\u00e9couvre la r\u00e9alit\u00e9 de l’apartheid, non plus seulement de mani\u00e8re th\u00e9orique, c’est-\u00e0-dire les bancs ou les bus interdits aux noirs, mais dans ses contradictions et dans son v\u00e9cu quotidien. \u00bb \u00a9 SIPA<\/figcaption> <\/figure>\n <\/div>\n <\/div>\n<\/div>\n\n\n\n

Quand j’habitais en Afrique du Sud, il y avait tr\u00e8s peu de liens avec la France, surtout des liens \u00e9conomiques et militaires. Paris avait vendu des Mirages \u00e0 l’Afrique du Sud. Par la suite, elle a construit une centrale nucl\u00e9aire qui est la seule d’Afrique du Sud, mais il n’y avait pas de lien historique visible. Aujourd’hui c’est un peu diff\u00e9rent parce que le monde est plus ouvert. Des gens comme William Kentridge ont incarn\u00e9 des passerelles entre les deux mondes. En France, il y a eu beaucoup d’\u00e9v\u00e9nements culturels li\u00e9s \u00e0 l’Afrique du Sud, il y a eu des saisons sud-africaines. La litt\u00e9rature sud-africaine est tr\u00e8s connue en France. Quelqu’un comme Andr\u00e9 Brink \u00e9tait aussi un personnage tr\u00e8s pr\u00e9sent sur la sc\u00e8ne fran\u00e7aise, il venait r\u00e9guli\u00e8rement et parlait fran\u00e7ais. Peut-\u00eatre que le lien le plus fort c’est celui avec cette g\u00e9n\u00e9ration de gens qui ont fait leurs \u00e9tudes en 1968, en France, et qui sont retourn\u00e9s en Afrique du Sud et ont \u00e9t\u00e9 des vecteurs de libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Vous l\u2019avez dit, les Afrikaners s\u2019auto-d\u00e9signent comme Africains. Diriez-vous pour autant que l’Afrique du Sud est un pays africain comme les autres ?<\/h3>\n\n\n\n

C’est incontestablement un pays diff\u00e9rent du reste des pays africains. D’abord parce que la pr\u00e9sence europ\u00e9enne y est beaucoup plus longue qu’ailleurs. On parle de trois si\u00e8cles, l\u00e0 o\u00f9, ailleurs, c’est quelques d\u00e9cennies. L’interaction est beaucoup plus ancienne. Deuxi\u00e8mement, la puissance mini\u00e8re de l’Afrique du Sud a fait qu’il y a eu une urbanisation bien ant\u00e9rieure au reste de l’Afrique. Quand on voit les photos du Johannesburg de l’apr\u00e8s-guerre, du d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, on est plus proche de Chicago que de Dakar ou de Nairobi, on est dans une civilisation urbaine. Nelson Mandela dans ses photos des ann\u00e9es 1950, lorsqu\u2019il devient avocat, est en costume crois\u00e9 avec un chapeau. Il pourrait \u00eatre dans un film avec Humphrey Bogart et \u00e7a ne d\u00e9noterait pas. Il y a donc cette culture urbaine tr\u00e8s forte qui fait que l’Afrique du Sud, c’est \u00e0 la fois, non pas l’Europe et l’Afrique, mais le premier monde et le tiers-monde. Il y a les deux mondes qui cohabitent, et cela reste le cas aujourd’hui.<\/p>\n\n\n\n

Quand on est \u00e0 Johannesburg ou au Cap, on est dans des m\u00e9tropoles globalis\u00e9es, connect\u00e9es \u00e0 toutes les grandes m\u00e9tropoles du monde, que ce soit sur le plan culturel, technologique ou \u00e9conomique. Il y a des pans entiers de l’Afrique du Sud qui restent dans un monde en d\u00e9veloppement rural et traditionnel. Cette dichotomie-l\u00e0 est tr\u00e8s pr\u00e9sente et elle l\u2019a \u00e9t\u00e9 tout au long de l’histoire. C’est un des traits frappant de ce pays, et c’est une grande diff\u00e9rence entre l’Afrique du Sud et le reste du continent. Cela pose probl\u00e8me, parce que les Sud-Africains ont toujours eu un complexe de sup\u00e9riorit\u00e9 qui est tr\u00e8s mal v\u00e9cu par le reste de l’Afrique. Ils consid\u00e8rent que les Sud-Africains sont arrogants et pr\u00e9tentieux.<\/p>\n\n\n\n

Lorsque l’Afrique du Sud post-apartheid a commenc\u00e9 \u00e0 avoir des difficult\u00e9s, le reste de l’Afrique s\u2019est moqu\u00e9. Les Noirs d’Afrique du Sud, m\u00eame \u00e0 l’\u00e9poque de l’apartheid, alors  qu\u2019ils \u00e9taient en \u00e9tat d’inf\u00e9riorit\u00e9 dans leurs propres pays, se sentaient sup\u00e9rieurs au reste de l’Afrique. Par exemple, lorsque l’ANC se trouvait en exil \u00e0 Lusaka ou \u00e0 Dar Es Salaam, il y avait des frictions avec les dirigeants ou avec les populations locales parce que les Sud-Africains exil\u00e9s se sentaient sup\u00e9rieurs aux locaux.<\/p>\n\n\n\n

Parlons de ces \u00ab probl\u00e8mes \u00bb que vous \u00e9voquez. Pourquoi l\u2019Afrique du Sud post-apartheid n\u2019a-t-elle pas tenu toutes ses promesses ?<\/h3>\n\n\n\n

L’histoire de l’Afrique du Sud, depuis trente ans, est celle d\u2019un projet inabouti. Mandela n’a fait qu’un mandat ; il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e2g\u00e9 et il avait dit publiquement qu\u2019il voulait assurer la transition entre l\u2019apartheid et l\u2019Afrique du Sud libre et non-raciale, et qu\u2019il laisserait aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes le soin de construire le pays. Il a tenu parole, c\u2019est \u00e0 signaler, et est donc parti au bout de cinq ans. Il faut le dire : ses successeurs n’ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de la t\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n

Il y a d’abord eu Thabo Mbeki qui avait pourtant toutes les qualit\u00e9s d\u2019un bon chef. C’\u00e9tait un \u00ab aristocrate \u00bb r\u00e9volutionnaire ; son p\u00e8re, Govan Mbeki \u00e9tait \u00e0 Robben Island avec Mandela, condamn\u00e9 en m\u00eame temps que lui. Thabo Mbeki est alors parti en exil et a dirig\u00e9 la branche internationale de l’ANC \u2014 je l\u2019avais rencontr\u00e9 plusieurs fois, \u00e0 Paris ou Lusaka \u2014 il a ensuite fait ses \u00e9tudes au Royaume-Uni. Il avait une excellente compr\u00e9hension du monde et des enjeux \u00e9conomiques. Il a cependant \u00e9chou\u00e9, \u00e0 mon avis parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 aveugl\u00e9 par la mondialisation. Il est arriv\u00e9 au pouvoir, dans les ann\u00e9es 1990, \u00e0 un moment o\u00f9 la mondialisation \u00e9conomique \u00e9tait triomphante et o\u00f9 l’Afrique du Sud apparaissait comme son enfant ch\u00e9ri. C’\u00e9tait le grand pays du Sud qui s’ouvrait, qui avait toutes les richesses de la terre. \u00c0 Davos, on d\u00e9roulait \u00e0 Mbeki le tapis rouge et, je pense qu\u2019il est tomb\u00e9 dans le pi\u00e8ge ; il a cru \u00e0 toute l’id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale de Davos et il a entra\u00een\u00e9 l’Afrique du Sud sur une mauvaise voie. Mais surtout, il a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 \u00e0 l’int\u00e9rieur de l’ANC par Jacob Zuma qui a \u00e9t\u00e9 un d\u00e9sastre absolu. Zuma a ouvert les portes de la corruption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Afrique du Sud fait face \u00e0 un d\u00e9fi consid\u00e9rable : corriger le tir par rapport aux rat\u00e9s de l’apr\u00e8s-apartheid.<\/p>Pierre Haski<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Jacob Zuma \u00e9tait en prison avec Mandela. Il a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 et s\u2019est enfui en exil, d\u2019o\u00f9 il est devenu le chef des services de renseignement de l’ANC clandestin. Il y a un roman de Sisonke Msimang, une jeune autrice, fille de militants de l\u2019ANC exil\u00e9. Elle raconte dans son roman Always Another Country, <\/em>comment la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019enfants d\u2019exil\u00e9s revient en Afrique du Sud apr\u00e8s la victoire de l\u2019ANC. Ils ont 20 ans, ne connaissent pas le pays, mais ils arrivent en conqu\u00e9rants parce que leurs parents ont \u00e9t\u00e9 des combattants de la libert\u00e9. Ils n\u2019ont pourtant rien fait, ne se sont pas battus ; c\u2019\u00e9taient des enfants dans des camps. Cependant, leurs parents \u00e9taient des h\u00e9ros, ce sont donc des h\u00e9ros par filiation. Ils pensent que tout leur est d\u00fb parce qu’ils ont souffert en exil et ils deviennent la g\u00e9n\u00e9ration des profiteurs. Jacob Zuma laisse s’installer et profite d\u2019une corruption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, notamment avec un clan indien bas\u00e9 \u00e0 Duba\u00ef, les fr\u00e8res Gupta. Ce fut une catastrophe ; le pays s’est quasiment effondr\u00e9 et il ne s’en est toujours pas remis.<\/p>\n\n\n\n

Le successeur de Zuma, Cyril Ramaphosa, qui est l’actuel pr\u00e9sident, n’a pas pu compl\u00e8tement redresser la barre. Il vient de perdre la majorit\u00e9 aux \u00e9lections et doit maintenant composer avec un gouvernement de coalition.<\/p>\n\n\n\n

Ces diff\u00e9rents gouvernements forment la toile de fond de l’Afrique du Sud depuis 30 ans. Il y a un \u00e9chec politique, \u00e9conomique et social. L’Afrique du Sud \u00e9tait le grand espoir de l’Afrique. Le pays allait \u00eatre la locomotive du continent. N’\u00e9tant pas capable de jouer ce r\u00f4le, elle a \u00e9norm\u00e9ment d\u00e9\u00e7u. Elle s’est repli\u00e9e progressivement sur elle-m\u00eame, parce que c’est un pays\/continent d’une certaine mani\u00e8re ; les probl\u00e8mes y sont trop grands.<\/p>\n\n\n\n

Comment voyez-vous le r\u00f4le actuel que joue, ou que cherche \u00e0 jouer, l’Afrique du Sud sur la sc\u00e8ne internationale ?<\/h3>\n\n\n\n

La seule chose qui reste du grand r\u00eave d’une Afrique du Sud superpuissance sauvant le continent et entra\u00eenant un nouveau mod\u00e8le, c’est le rayonnement international du pays. L\u2019Afrique du Sud a \u00e9t\u00e9 admise dans les BRICS de mani\u00e8re un peu usurp\u00e9e, alors qu’elle n’\u00e9tait pas dans la position \u00e9conomique d’un pays \u00e9mergent. Il fallait un pays africain, et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 l’Afrique du Sud. Cette adh\u00e9sion lui a permis d\u2019\u00eatre un des phares du Sud global, l’h\u00e9ritage de ce r\u00eave initial de l’apr\u00e8s-Apartheid.<\/p>\n\n\n\n

Pour la premi\u00e8re fois par exemple, un pays du Sud joue un r\u00f4le dans un conflit dont il n’est pas partie prenante. L’Afrique du Sud n’a rien \u00e0 voir avec le conflit isra\u00e9lo-palestinien. Par ses actions, elle exprime donc uniquement une solidarit\u00e9 de non-align\u00e9, et une r\u00e9miniscence de mouvements de lib\u00e9ration. La l\u00e9gitimit\u00e9 de l’ANC et du pouvoir sud-africain dans ce d\u00e9bat, c’est d’\u00eatre les h\u00e9ritiers d’une d\u00e9cennie de combats, d’un mouvement de lib\u00e9ration, et cela joue \u00e9norm\u00e9ment. Ils s’identifient aux peuples qui luttent comme le font les Palestiniens. C’est de ce point de vue-l\u00e0 que l’Afrique du Sud joue un r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n

Je pense que c’est important parce que \u00e7a ancre la notion de Sud Global, qui est tr\u00e8s contestable et tr\u00e8s discut\u00e9e, mais qui incarne aussi une certaine r\u00e9alit\u00e9. Il y a aujourd’hui des puissances moyennes dans le Sud qui entendent jouer un r\u00f4le sur la sc\u00e8ne internationale et qui n’entendent pas s’aligner sur les superpuissances ou simplement subir le jeu des plus gros. L’Afrique du Sud a le potentiel d’\u00eatre l’une de ces puissances, avec le Br\u00e9sil, l’Inde, voire l’Iran si le pays \u00e9tait plus fr\u00e9quentable. De ce point de vue-l\u00e0, c’est donc extr\u00eamement significatif que l’Afrique du Sud ait pu incarner ce r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n

Comment voyez-vous l’avenir de l\u2019Afrique du Sud, tant d\u2019un point de vue int\u00e9rieur que sur la sc\u00e8ne internationale ?<\/h3>\n\n\n\n

L\u2019Afrique du Sud fait face \u00e0 un d\u00e9fi consid\u00e9rable : celui de corriger le tir par rapport aux rat\u00e9s de l’apr\u00e8s-apartheid. Dans les ann\u00e9es 1990, lorsqu\u2019il y a eu la transition, il y avait une attente colossale face aux in\u00e9galit\u00e9s h\u00e9rit\u00e9es de l’apartheid : in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9sidentielles, d’acc\u00e8s aux services publics, \u00e0 l’emploi\u2026 dans tous les domaines. Il y a eu un d\u00e9but de correction, puis \u00e7a s’est arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

Aujourd’hui, quand on va en Afrique du Sud, la moiti\u00e9 de la population attend toujours que le foss\u00e9 soit combl\u00e9. Une partie de la population a \u00e9t\u00e9 coopt\u00e9e et vit comme l’Afrique du Sud le permet, c’est-\u00e0-dire tr\u00e8s bien. Aujourd\u2019hui, \u00e0 Johannesburg, il y a des quartiers entiers mixtes. Il y a des bourgeois noirs, il y a des industriels noirs. Cependant, le reste du pays attend toujours son heure, et ce dans des conditions de vie qui se d\u00e9gradent. Les coupures d’\u00e9lectricit\u00e9, par exemple, sont tr\u00e8s courantes. Sous la pr\u00e9sidence de Zuma, les finances publiques ont \u00e9t\u00e9 pomp\u00e9es et l\u2019\u00c9tat n’a plus \u00e9t\u00e9 capable de construire des centrales. Aujourd’hui, il n’y a donc plus assez de production d’\u00e9lectricit\u00e9 pour assurer une couverture 24 heures sur 24. Ce sont des r\u00e9gressions de ce type-l\u00e0 qui sont terribles. La criminalit\u00e9 est aussi tr\u00e8s importante. L’ordre social est ravag\u00e9, avec un nombre de viols et de meurtres record pour un pays de cette taille. Ce sentiment d’\u00e9chec a \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9 dans les urnes.<\/p>\n\n\n\n

Cependant, la constitution de la fin de l’apartheid a tenu bon. Elle reste une constitution d\u00e9mocratique qui pr\u00e9serve les libert\u00e9s \u2014 de la presse, d’organisation, de manifestation, syndicale. Elles perdurent en Afrique du Sud, ce qui est exceptionnel et exemplaire. C\u2019est aussi le premier pays d’Afrique ayant reconnu le mariage pour tous. Il y a donc un grand nombre d’avanc\u00e9es soci\u00e9tales sud-africaines qui sont ancr\u00e9es et qui r\u00e9sistent.<\/p>\n\n\n\n

L’Afrique du Sud n’a rien \u00e0 voir avec le conflit isra\u00e9lo-palestinien. Par ses actions, elle exprime donc uniquement une solidarit\u00e9 de non-align\u00e9, et une r\u00e9miniscence de mouvements de lib\u00e9ration. <\/p>Pierre Haski<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Lorsque l’ANC a perdu la majorit\u00e9, il avait le choix entre deux directions. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, deux partis issus de scissions. L’un, qui s’appelle l’Economic Freedom Fighters<\/em>, est dirig\u00e9 par Julius Malema, un ancien dirigeant de la jeunesse de l’ANC. C\u2019est un \u00ab M\u00e9lenchon sud-africain \u00bb, la gauche radicale qui veut nationaliser l’industrie et les mines, qui veut redistribuer les terres sans compensation, etc. Le deuxi\u00e8me, c’est Jacob Zuma, qui a quitt\u00e9 l’ANC, et qui a cr\u00e9\u00e9 son propre parti \u00e0 base partiellement ethnique, il est issu des Zulus, premier groupe ethnique d’Afrique du Sud.<\/p>\n\n\n\n

De l’autre c\u00f4t\u00e9, il y a une opposition plus traditionnelle, plus lib\u00e9rale, on pourrait dire du centre droit. C\u2019est un parti multiracial : l\u2019Alliance d\u00e9mocratique (DA). Il regroupe des anciens partis politiques de l\u2019\u00e9poque de l’apartheid transform\u00e9s et inspir\u00e9s par une vision lib\u00e9rale : la DA a longtemps eu \u00e0 sa t\u00eate H\u00e9l\u00e8ne Zille, une ancienne journaliste, courageuse, au parcours exemplaire. Elle \u00e9tait reporter politique pour le Rand Daily Mail<\/em>, le grand journal lib\u00e9ral de l’\u00e9poque de l’apartheid. Le journal appartenait \u00e0 Harry Oppenheimer, le patron de l’Anglo-American Corporation<\/em> qui regroupait les mines d’or et de diamants. C\u2019\u00e9tait donc un m\u00e9lange assez \u00e9tonnant, puisque l’homme le plus riche d’Afrique du Sud poss\u00e9dait le journal le plus anti-Apartheid. Le Rand Daily Mail<\/em> a fini par dispara\u00eetre, mais c\u2019\u00e9tait un grand journal. Apr\u00e8s l’apartheid, Hel\u00e8ne Zille se lance en politique. Elle devient la dirigeante qui arrive \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer cette partie blanche post-raciale qui s’ouvre \u00e0 une partie de la population noire. Ce sont eux qui sont \u00e9lus et l’Alliance d\u00e9mocratique prend le contr\u00f4le de la ville et de la r\u00e9gion du Cap.<\/p>\n\n\n\n

L’ANC a alors d\u00fb choisir entre ces deux tendances. N\u2019ayant plus la majorit\u00e9, le parti \u00e9tait oblig\u00e9 de faire une coalition. Soit il allait vers la droite, vers les lib\u00e9raux de l’Alliance d\u00e9mocratique, avec le risque de s\u2019allier \u00e0 des gens qui ne plaisent pas \u00e0 leur base, li\u00e9s \u00e0 l’ancien monde et avec des id\u00e9es plus lib\u00e9rales qu’eux ; soit d’aller vers l’extr\u00eame gauche, ce qui compliquerait le redressement \u00e9conomique du pays en influen\u00e7ant sur les investissements, sur la confiance du monde \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019ANC a choisi de s’allier avec l’Alliance d\u00e9mocratique. Cette alliance marque le d\u00e9but d’une nouvelle \u00e8re en Afrique du Sud, o\u00f9 l’ANC n’est plus aussi puissante qu’avant. Il doit composer avec d\u2019autres et a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019allier \u00e0 la partie plus mod\u00e9r\u00e9e de l’\u00e9chiquier politique.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019ANC est \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Cette alliance doit r\u00e9ussir \u00e0 cr\u00e9er une administration respect\u00e9e et efficace, avec un sentiment de justice sociale. Elle doit cr\u00e9er une Afrique du Sud qui fonctionne, c’est-\u00e0-dire qui arrive \u00e0 produire de l’\u00e9lectricit\u00e9, \u00e0 cr\u00e9er des \u00e9coles o\u00f9 les gens ont envie d’aller, \u00e0 cr\u00e9er des h\u00f4pitaux, \u00e0 construire des logements… Si cette alliance arrive \u00e0 cr\u00e9er cela dans les mois et les ann\u00e9es qui viennent, l’Afrique du Sud a toutes les chances de retrouver le chemin vers l\u2019\u00e9clat qu’elle a bri\u00e8vement eu \u00e0 la sortie de l’apartheid, et qu’elle a tr\u00e8s vite perdu. Je m’accroche \u00e0 cet espoir-l\u00e0. L’Afrique du Sud a en son sein un potentiel colossal : elle a une soci\u00e9t\u00e9 civile d’une grande vitalit\u00e9,  des richesses naturelles, des terres, une situation g\u00e9opolitique qui est porteuse, mais elle a g\u00e2ch\u00e9 ses atouts jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent. Est-elle aujourd’hui capable de r\u00e9unir ces \u00e9l\u00e9ments et d’en faire une force ? C’est la seule question, et j’ai suffisamment d’affection pour ce pays pour esp\u00e9rer qu’il le fasse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

\u00ab  L\u2019histoire de l\u2019Afrique du Sud, depuis trente ans, est celle d\u2019un projet inabouti.  \u00bb<\/p>\n

1975, un jeune journaliste d\u00e9couvre \u00e0 22 ans la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019Afrique du Sud en plein apartheid. Depuis cette date, une relation intime et personnelle lie Pierre Haski \u00e0 cette terre et \u00e0 la ville de Johannesburg. Pour ce quatri\u00e8me \u00e9pisode de notre s\u00e9rie estivale Grand Tour, il nous replonge dans une histoire de luttes, d\u2019espoirs et parfois de frustrations \u2014 dans les br\u00e8ches du pays aux extr\u00eames.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":241603,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2984],"tags":[],"staff":[2508],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[522],"class_list":["post-241595","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-grand-tour","staff-florian-louis","geo-afriques-subsahariennes"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\nImpressions d\u2019Afrique du Sud, Grand Tour avec Pierre Haski | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/08\/06\/impressions-dafrique-du-sud-grand-tour-avec-pierre-haski\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Impressions d\u2019Afrique du Sud, Grand Tour avec Pierre Haski | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"\u00ab L\u2019histoire de l\u2019Afrique du Sud, depuis trente ans, est celle d\u2019un projet inabouti. \u00bb 1975, un jeune journaliste d\u00e9couvre \u00e0 22 ans la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019Afrique du Sud en plein apartheid. 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