{"id":240593,"date":"2024-07-31T13:00:00","date_gmt":"2024-07-31T11:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=240593"},"modified":"2024-08-03T06:50:51","modified_gmt":"2024-08-03T04:50:51","slug":"la-profession-de-foi-trumpiste-de-viktor-orban","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/31\/la-profession-de-foi-trumpiste-de-viktor-orban\/","title":{"rendered":"\u00a0La profession de foi trumpiste de Viktor Orb\u00e1n"},"content":{"rendered":"\n
Le camp et l\u2019universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9 de B\u00e1lv\u00e1nyos sont organis\u00e9s chaque ann\u00e9e depuis 1990. Cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s la chute des r\u00e9gimes communistes, ce camp d\u2019\u00e9t\u00e9 servait initialement de plateforme informelle pour les dirigeants politiques roumains et hongrois en Transylvanie, \u00e0 B\u00e1lv\u00e1nyos (jusqu\u2019en 1997), puis \u00e0 B\u0103ile Tu\u0219nad, o\u00f9 Viktor Orb\u00e1n a parl\u00e9 samedi dernier. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, une universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e, attirant de nombreux \u00e9tudiants. <\/p>\n\n\n\n
Depuis l’arriv\u00e9e au pouvoir de Viktor Orb\u00e1n en 2010, l’\u00e9v\u00e9nement est devenu une tribune pour promouvoir sa politique et celle de son parti, le Fidesz. Ce choix de lieu n’est pas anodin, car la Transylvanie roumaine est une revendication majeure de l’irr\u00e9dentisme hongrois<\/a> depuis le Trait\u00e9 de Trianon de 1920, d\u00e9fendu par des figures comme l’amiral Horthy, r\u00e9gent de Hongrie de 1920 \u00e0 1944, qui pr\u00f4nait la renaissance de la Grande Hongrie int\u00e9grant tous les territoires d’Europe centrale \u00e0 population magyarophone. En 2023, Viktor Orb\u00e1n avait utilis\u00e9 cette plateforme pour pousser les revendications culturelles de la minorit\u00e9 hongroise en Roumanie \u2014 ouvrant m\u00eame l\u00e9g\u00e8rement la porte \u00e0 la revendication d\u2019une Grande Hongrie \u2014 avant de faire une v\u00e9ritable profession de foi post-lib\u00e9rale<\/a>, marquant son rapprochement de l\u2019une des franges les plus innovantes de la droite radicale am\u00e9ricaine (aujourd\u2019hui incarn\u00e9e au sommet du parti r\u00e9publicain par J.D. Vance, le colistier de Donald Trump<\/a>). <\/p>\n\n\n\n Cette ann\u00e9e, Viktor Orb\u00e1n n\u2019a quasiment pas \u00e9voqu\u00e9 ses relations avec la Roumanie, se contenant de dire qu\u2019elles s\u2019\u00e9taient am\u00e9lior\u00e9es, avant de jeter quelques piques \u00e0 ses homologues. Il a surtout pris le temps de faire un tr\u00e8s long discours qui pr\u00e9sentait sa vision du monde et sa strat\u00e9gie pour la Hongrie dans les trois prochaines d\u00e9cennies. Dans l\u2019imm\u00e9diat, le Premier ministre hongrois prend clairement le pari que Trump sera \u00e9lu, ce qui aboutira \u00e0 une issue rapide du conflit ukrainien<\/a> qui devrait redistribuer les cartes en Europe centrale \u2014 en affaiblissant notamment la Pologne et en la for\u00e7ant \u00e0 collaborer \u00e0 nouveau avec ses partenaires historiques du V4.<\/p>\n\n\n\n Mais cette dimension n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 pas le c\u0153ur de son discours. Face \u00e0 une audience conquise, Viktor Orb\u00e1n a livr\u00e9 sa vision des transformations globales, empreinte d\u2019historicisme. \u00c0 ses yeux, le monde est en train de conna\u00eetre une rupture comparable \u00e0 celle qu\u2019il connut entre le XVe et le XVIe si\u00e8cle lorsque l\u2019Europe de l\u2019Ouest sut profiter d\u2019un ensemble de circonstances favorables \u2014 notamment la chute de Constantinople et le d\u00e9but de l\u2019ouverture vers l\u2019Oc\u00e9an Atlantique \u2014 pour ouvrir une phase de prosp\u00e9rit\u00e9 et de croissance sans pr\u00e9c\u00e9dent. Mais les Occidentaux, un vocable qui r\u00e9unit les Europ\u00e9ens de l\u2019Ouest et les Am\u00e9ricains dans le lexique orbanien, ont perdu la main. En sacrifiant leurs racines chr\u00e9tiennes, dans lesquelles convergeaient \u00e0 la fois les valeurs et la culture qui fondaient leur puissance, ils ont sap\u00e9 leur puissance et se sont rendus aveugles \u00e0 la mont\u00e9e de nouvelles puissances, \u00e0 commencer par la Chine. Seul dirigeant europ\u00e9en \u00e0 avoir des yeux et \u00e0 regarder, Viktor Orb\u00e1n pr\u00e9tend pouvoir naviguer cette nouvelle donne en contrebalan\u00e7ant la relative petite taille de son pays par une habilet\u00e9 tactique qui lui permettra de jouer un r\u00f4le d\u2019interface dans le chaos du monde : c\u2019est notamment comme cela qu\u2019il faudrait comprendre sa \u00ab mission de paix \u00bb \u00e0 Moscou au d\u00e9but du mois de juillet. <\/p>\n\n\n\n En r\u00e9alit\u00e9, ce discours du Premier ministre hongrois et la logique qui le sous-tend manifeste une vision proprement spengl\u00e9rienne de l\u2019histoire du monde. \u00c0 la mani\u00e8re de cette figure clef de la R\u00e9volution conservatrice allemande, Viktor Orb\u00e1n est en r\u00e9alit\u00e9 convaincu qu\u2019\u00e0 la mani\u00e8re des autres civilisations dominantes du pass\u00e9, l\u2019Occident est entr\u00e9 dans une phase de d\u00e9clin, qu\u2019il faudra savoir affronter avec habilet\u00e9. Et comme Spengler, il pense que cela passe par une transformation radicale de l\u2019exercice de la souverainet\u00e9 : la derni\u00e8re phase du mod\u00e8le pr\u00e9sent\u00e9 dans Le D\u00e9clin de l\u2019Occident<\/em> (1923), est un moment c\u00e9sariste. En Hongrie aussi, la campagne pr\u00e9sidentielle am\u00e9ricaine a commenc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Bonjour aux participants au camp d’\u00e9t\u00e9 et aux autres invit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re bonne nouvelle est que ma visite de cette ann\u00e9e n’a pas \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e du m\u00eame brouhaha que l’ann\u00e9e derni\u00e8re : cette ann\u00e9e, nous n’avons pas re\u00e7u \u2014 je n’ai pas re\u00e7u \u2014 de d\u00e9marche diplomatique de Bucarest ; ce que j’ai re\u00e7u, c’est une invitation \u00e0 une r\u00e9union avec le Premier ministre qui a eu lieu hier. L’ann\u00e9e derni\u00e8re, lorsque j’ai eu l’occasion de rencontrer le Premier ministre roumain, j’avais d\u00e9clar\u00e9 apr\u00e8s notre r\u00e9union que c’\u00e9tait \u00ab le d\u00e9but d’une belle amiti\u00e9 \u00bb ; cette ann\u00e9e, je peux dire que \u00ab nous progressons \u00bb. Si nous regardons les chiffres, nous \u00e9tablissons entre nos deux pays de nouveaux records dans les relations \u00e9conomiques et commerciales. La Roumanie est d\u00e9sormais le troisi\u00e8me partenaire \u00e9conomique de la Hongrie. Nous avons \u00e9galement discut\u00e9 avec le Premier ministre d’un train \u00e0 grande vitesse \u2014 un \u00ab TGV \u00bb \u2014 reliant Budapest \u00e0 Bucarest, ainsi que de l’adh\u00e9sion de la Roumanie \u00e0 l’espace Schengen. Je me suis engag\u00e9 \u00e0 mettre cette question \u00e0 l’ordre du jour du Conseil \u00ab Justice et affaires int\u00e9rieures \u00bb (JAI) d’octobre \u2014 ainsi qu\u2019\u00e0 celui de d\u00e9cembre si n\u00e9cessaire \u2014 et \u00e0 la faire avancer si possible.<\/p>\n\n\n\n Mesdames et Messieurs,<\/p>\n\n\n\n Nous n’avons pas re\u00e7u de geste de la part de Bucarest, mais \u2014 pour ne pas nous ennuyer \u2014 nous en avons re\u00e7u un de Bruxelles : ils ont condamn\u00e9 les efforts de la mission de paix hongroise. J’ai essay\u00e9, sans succ\u00e8s, d’expliquer que nous avons un devoir chr\u00e9tien. Cela signifie que si vous observez quelque chose de mauvais dans le monde \u2014 en particulier quelque chose de tr\u00e8s mauvais \u2014 et que vous avez des moyens pour le corriger, c’est un devoir chr\u00e9tien d’agir, sans contemplation ni r\u00e9flexion inutiles. La mission de paix hongroise concerne ce devoir. Je voudrais rappeler \u00e0 chacun d’entre nous que l’Union a un trait\u00e9 fondateur qui contient ces mots exacts : \u00ab L\u2019objectif de l’Union est de promouvoir la paix \u00bb. Bruxelles s’offusque \u00e9galement que nous d\u00e9crivions sa politique comme pro-guerre. Ils pr\u00e9tendent soutenir la guerre dans l’int\u00e9r\u00eat de la paix. <\/p>\n\n\n\n Les Europ\u00e9ens centraux que nous sommes se souviennent de Vladimir Ilitch L\u00e9nine, qui enseignait qu’avec l’av\u00e8nement du communisme, l’\u00c9tat allait mourir, mais qu\u2019il le ferait tout en se renfor\u00e7ant constamment. Bruxelles cr\u00e9e \u00e9galement la paix en soutenant constamment la guerre. Tout comme nous n’avons pas compris la th\u00e8se de L\u00e9nine lors de nos cours universitaires sur l’histoire du mouvement ouvrier, je ne comprends pas les Brusseleirs lors des r\u00e9unions du Conseil europ\u00e9en. Apr\u00e8s tout, Orwell avait peut-\u00eatre raison lorsqu’il \u00e9crivait que dans le \u00ab Newspeak \u00bb la paix est la guerre et la guerre est la paix. <\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 toutes les critiques, rappelons-nous que depuis le d\u00e9but de notre mission de paix : les ministres des Arm\u00e9es am\u00e9ricain et russe se sont parl\u00e9s ; les ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res suisse et russe se sont entretenus ; le pr\u00e9sident Zelenskiy a finalement appel\u00e9 le pr\u00e9sident Trump ; et le ministre ukrainien des Affaires \u00e9trang\u00e8res s’est rendu \u00e0 P\u00e9kin. La fermentation a donc commenc\u00e9, et nous passons lentement mais s\u00fbrement d’une politique europ\u00e9enne favorable \u00e0 la guerre \u00e0 une politique favorable \u00e0 la paix. C’est in\u00e9vitable, car le temps joue en faveur de la politique de paix. La r\u00e9alit\u00e9 s’est impos\u00e9e aux Ukrainiens, et c’est maintenant aux Europ\u00e9ens de revenir \u00e0 la raison, avant qu’il ne soit trop tard : \u00ab Trump ante portas \u00bb. Si d’ici l\u00e0 l’Europe ne passe pas \u00e0 une politique de paix, elle devra le faire apr\u00e8s la victoire de Trump en s’avouant vaincue, couverte de honte, et en reconnaissant l’enti\u00e8re responsabilit\u00e9 de sa politique.<\/p>\n\n\n\n \u00ab Trump ante portas<\/em> \u00bb \u2014 Trump est \u00e0 nos portes \u2014 est une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la panique des s\u00e9nateurs romains se rendant compte qu\u2019Hannibal s\u2019approchait de Rome apr\u00e8s sa victoire \u00e0 Cannes, en Apulie (dans l\u2019actuelle r\u00e9gion des Pouilles). C\u2019est la citation du discours de Viktor Orb\u00e1n qui a trouv\u00e9 le plus large \u00e9cho depuis qu\u2019il a prononc\u00e9 son discours. C\u2019est la premi\u00e8re fois que le Premier ministre hongrois introduit le candidat r\u00e9publicain dans un discours qui insiste fortement sur l\u2019importance que celui-ci va prendre dans la d\u00e9termination du futur de l\u2019Europe. Aux Europ\u00e9ens de le comprendre s\u2019ils ne veulent pas se trouver compl\u00e8tement marginalis\u00e9s apr\u00e8s le mois de novembre lorsque Trump, dont la r\u00e9\u00e9lection ne fait pas de doutes aux yeux de Viktor Orb\u00e1n, engagera des n\u00e9gociations de paix entre l\u2019Ukraine et la Russie. C\u2019est l\u2019un des principaux points de son argumentaire plein de rouerie \u00e0 l\u2019adresse de ses partenaires : alors m\u00eame que Trump n\u2019est pas \u00e9lu, sa potentielle victoire devrait pousser les Europ\u00e9ens \u00e0 suivre les recommandations de Viktor Orb\u00e1n. <\/p>\n\n\n\n Mesdames et messieurs, le sujet de la pr\u00e9sentation d’aujourd’hui n’est toutefois pas la paix. Je vous prie de consid\u00e9rer ce que j’ai dit jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent comme une digression. En fait, pour ceux qui r\u00e9fl\u00e9chissent \u00e0 l’avenir du monde et des Hongrois, il y a trois grandes questions sur la table aujourd’hui. <\/p>\n\n\n\n La premi\u00e8re est la guerre \u2014 ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, un effet secondaire inattendu de la guerre. Il s’agit du fait que la guerre r\u00e9v\u00e8le la r\u00e9alit\u00e9 dans laquelle nous vivons. Cette r\u00e9alit\u00e9 n’\u00e9tait pas visible et ne pouvait pas \u00eatre d\u00e9crite auparavant, mais elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9clair\u00e9e par la lumi\u00e8re br\u00fblante des missiles de la guerre.<\/p>\n\n\n\n La deuxi\u00e8me grande question qui se pose est de savoir ce qui se passera apr\u00e8s la guerre. Un nouveau monde verra-t-il le jour ou l’ancien continuera-t-il \u00e0 exister ? Et si un nouveau monde est en train de na\u00eetre \u2014 et c’est notre troisi\u00e8me grande question \u2014 comment la Hongrie doit-elle se pr\u00e9parer \u00e0 ce nouveau monde ?<\/p>\n\n\n\n Le fait est que je dois parler de ces trois questions, et je dois en parler ici \u2014 tout d’abord parce que les grandes questions sont les plus \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00eatre discut\u00e9es dans ce format d’\u00ab universit\u00e9 libre \u00bb. D’un autre point de vue, nous avons besoin d’une approche pan-hongroise, car envisager ces questions uniquement du point de vue de la \u00ab petite Hongrie \u00bb serait trop restrictif. Il est donc justifi\u00e9 de parler de ces questions devant les Hongrois qui se trouvent en dehors de nos fronti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n Cher camp d’\u00e9t\u00e9,<\/p>\n\n\n\n Ce sont des questions importantes, aux interactions multiples, et \u00e9videmment, m\u00eame le public estim\u00e9 ne peut pas conna\u00eetre toutes les informations essentielles, de sorte qu\u2019il me faudra de temps en temps digresser. C’est une t\u00e2che difficile : nous avons trois sujets, une matin\u00e9e et un mod\u00e9rateur impitoyable. <\/p>\n\n\n\n J’ai choisi l’approche suivante : parler longuement de la situation r\u00e9elle du pouvoir en Europe telle que r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par la guerre ; donner ensuite quelques aper\u00e7us du nouveau monde en train de se faire ; et enfin \u00e9voquer \u2014 plut\u00f4t sous forme de liste, sans explication ni argumentation \u2014 les projets hongrois qui s\u2019y rapportent. Cette m\u00e9thode a l’avantage de fixer \u00e9galement le th\u00e8me de la pr\u00e9sentation de l’ann\u00e9e prochaine.<\/p>\n\n\n\n La mission est ambitieuse, voire courageuse. Nous devons nous demander si nous pouvons l’entreprendre et si elle ne d\u00e9passe pas nos capacit\u00e9s. Je pense qu’il s’agit d’une entreprise r\u00e9aliste, car au cours de l’ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e \u2014 ou des deux ou trois derni\u00e8res ann\u00e9es \u2014 de superbes \u00e9tudes et ouvrages ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en Hongrie et \u00e0 l’\u00e9tranger \u2014 des traducteurs les ont \u00e9galement mis \u00e0 la disposition du public hongrois. D’autre part, avec toute la modestie qui s’impose, nous devons nous rappeler que nous sommes le gouvernement le plus ancien d’Europe. Je suis moi-m\u00eame le plus ancien dirigeant europ\u00e9en \u2014 et je dois souligner que je suis aussi le dirigeant qui a pass\u00e9 le plus de temps dans l’opposition. J’ai donc vu tout ce dont je vais parler maintenant. Je parle de quelque chose que j’ai v\u00e9cu et que je continue \u00e0 vivre. Quant \u00e0 savoir si je l’ai compris, c’est une autre question ; nous le d\u00e9couvrirons \u00e0 la fin de cette pr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n Parlons donc de la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par la guerre. Chers amis, la guerre est notre pilule rouge. Pensez aux films \u00ab Matrix \u00bb. Le h\u00e9ros est confront\u00e9 \u00e0 un choix. Il a le choix entre deux pilules : s’il avale la pilule bleue, il peut rester dans le monde des apparences ; s’il avale la pilule rouge, il peut regarder et descendre dans la r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n La guerre est notre pilule rouge \u2014 c’est ce qui nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, c’est ce que nous devons avaler. Et maintenant, arm\u00e9s de nouvelles exp\u00e9riences, nous devons parler de la r\u00e9alit\u00e9. C’est un clich\u00e9 de dire que la guerre est la continuation d’une politique par d’autres moyens. Il est important d’ajouter que la guerre est la continuation de la politique dans une perspective diff\u00e9rente. Ainsi, la guerre, dans son acharnement, nous am\u00e8ne \u00e0 une nouvelle position pour voir les choses, \u00e0 un point de vue sur\u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Et de l\u00e0, elle nous donne une perspective compl\u00e8tement diff\u00e9rente, inconnue jusqu’alors. Nous nous trouvons dans un nouvel environnement et dans un nouveau champ de force rar\u00e9fi\u00e9. Dans cette r\u00e9alit\u00e9 pure, les id\u00e9ologies perdent leur pouvoir, les tours de passe-passe statistiques aussi, les distorsions des m\u00e9dias et les dissimulations tactiques des politiciens \u00e9galement. Les illusions r\u00e9pandues, voire les th\u00e9ories du complot, n’ont plus de raison d’\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n Dans le premier Matrix<\/em>, Neo se voit offrir un choix entre prendre une pilule bleue et une pilule rouge. La premi\u00e8re le ram\u00e8nerait \u00e0 sa vie monotone \u00e0 l’int\u00e9rieur de la machine connue sous le nom de \u00ab La Matrice \u00bb. Prendre la seconde, en revanche, \u00e9veillerait Neo au fait que l’humanit\u00e9 habite un monde gouvern\u00e9 par l’intelligence artificielle. Au sein de l\u2019extr\u00eame droite am\u00e9ricaine, cette r\u00e9f\u00e9rence a fini par d\u00e9signer le fait de rejeter le r\u00e9cit et les valeurs promus par les \u00e9lites lib\u00e9rales. Cette m\u00e9thode de r\u00e9cup\u00e9ration de r\u00e9f\u00e9rences issues de la culture populaire s\u2019est largement r\u00e9pandue au sein de l\u2019alt-right, notamment par l\u2019entremise des r\u00e9seaux sociaux et des forums, au cours des ann\u00e9es 2010. En l’occurrence le Premier ministre hongrois, qui cherche de plus en plus en \u00e0 lier son futur g\u00e9opolitique \u00e0 la victoire de Trump, d\u00e9montre la ma\u00eetrise des codes trumpistes.<\/p>\n\n\n\n Ce qui reste, c’est la dure et brutale r\u00e9alit\u00e9. Il est dommage que notre ami Gyula Teller ne soit plus parmi nous, car nous aurions pu entendre des choses surprenantes de sa part. Vous devrez donc vous contenter de moi. Mais je pense que les chocs ne manqueront pas pour autant. Par souci de clart\u00e9, j’ai mis sous forme de points tout ce que nous avons vu depuis que nous avons aval\u00e9 la pilule rouge \u2014 depuis le d\u00e9but de la guerre en f\u00e9vrier 2022.<\/p>\n\n\n\n Gyula Teller (1934-2023) fut souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019id\u00e9ologue en chef de Viktor Orb\u00e1n, ce que ce dernier revendiqua dans l\u2019\u00e9loge fun\u00e8bre qu\u2019il lui d\u00e9dia. Apr\u00e8s une carri\u00e8re d\u2019enseignant et de traducteur \u2014 c\u2019est notamment lui qui traduit les \u0153uvres de traduit des \u0153uvres de Jean-Marie Gustave Le Cl\u00e9zio, St\u00e9phane Mallarm\u00e9 ou Edgar Poe en hongrois \u2014, il s\u2019engage en politique dans les ann\u00e9es 1990 et rejoint tr\u00e8s vite Viktor Orb\u00e1n, devenant son conseiller politique et le chef du d\u00e9partement d\u2019analyses politiques du Fidesz. C\u2019est lui qui a contribu\u00e9 \u00e0 faire \u00e9voluer la ligne du parti, du lib\u00e9ralisme politique et \u00e9conomique vers le conservatisme chr\u00e9tien.<\/p>\n\n\n\n Tout d’abord, la guerre a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des pertes brutales \u2014 des centaines de milliers de personnes \u2014 dans les deux camps. Je les ai rencontr\u00e9s r\u00e9cemment et je peux dire avec certitude qu’ils ne veulent pas se r\u00e9concilier. Comment cela se fait-il ? Il y a deux raisons. La premi\u00e8re est que chacun d’entre eux pense pouvoir gagner et veut se battre jusqu’\u00e0 la victoire. La seconde est qu’ils sont tous deux aliment\u00e9s par leur propre v\u00e9rit\u00e9, r\u00e9elle ou per\u00e7ue. <\/p>\n\n\n\n Les Ukrainiens pensent qu’il s’agit d’une invasion russe, d’une violation du droit international et de la souverainet\u00e9 territoriale, et qu’ils m\u00e8nent une guerre d’autod\u00e9fense pour leur ind\u00e9pendance. Les Russes pensent qu’il y a eu de s\u00e9rieux d\u00e9veloppements militaires de l’OTAN en Ukraine, que l’Ukraine s’est vu promettre l’adh\u00e9sion \u00e0 l’organisation et qu’ils ne veulent pas voir de troupes ou d’armes de l’OTAN \u00e0 la fronti\u00e8re russo-ukrainienne. Ils affirment donc que la Russie a le droit de se d\u00e9fendre et qu’en r\u00e9alit\u00e9, cette guerre a \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e. Ainsi, tout le monde d\u00e9tient une sorte de v\u00e9rit\u00e9, per\u00e7ue ou r\u00e9elle, et n’abandonnera pas la guerre. C’est une voie qui m\u00e8ne directement \u00e0 l’escalade ; si elle d\u00e9pend de ces deux parties, il n’y aura pas de paix. La paix ne peut \u00eatre apport\u00e9e que de l’ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n Deuxi\u00e8mement, au cours des ann\u00e9es pass\u00e9es, nous nous \u00e9tions habitu\u00e9s \u00e0 ce que les \u00c9tats-Unis d\u00e9clarent que leur principal adversaire \u00e9tait la Chine ; or, aujourd’hui, nous les voyons mener une guerre par procuration contre la Russie. Et la Chine est constamment accus\u00e9e de soutenir secr\u00e8tement la Russie. Si tel est le cas, nous devons r\u00e9pondre \u00e0 la question de savoir pourquoi il est judicieux de rassembler deux pays aussi importants dans un camp hostile. Cette question n’a pas encore re\u00e7u de r\u00e9ponse significative.<\/p>\n\n\n\n Le pacifisme de Viktor Orb\u00e1n, seul dirigeant europ\u00e9en \u00e0 d\u00e9fendre un accommodement avec la Russie, trouverait donc ses racines dans une lecture r\u00e9aliste de la situation : le soutien de l\u2019Union europ\u00e9enne et des \u00c9tats-Unis \u00e0 l\u2019Ukraine risquerait de consolider un axe Moscou-P\u00e9kin qui constituerait une menace trop puissante.<\/p>\n\n\n\n Troisi\u00e8mement, la force et la r\u00e9sistance de l’Ukraine ont d\u00e9pass\u00e9 toutes les attentes. Apr\u00e8s tout, depuis 1991, onze millions de personnes ont quitt\u00e9 le pays, qui \u00e9tait dirig\u00e9 par des oligarques, o\u00f9 la corruption atteignait des sommets et o\u00f9 l’\u00c9tat avait pratiquement cess\u00e9 de fonctionner. Et pourtant, nous assistons aujourd’hui \u00e0 une r\u00e9sistance sans pr\u00e9c\u00e9dent. Malgr\u00e9 les conditions d\u00e9crites ici, l’Ukraine est en fait un pays fort. <\/p>\n\n\n\n La question est de savoir quelle est la source de cette force. Au-del\u00e0 de son pass\u00e9 militaire et de l’h\u00e9ro\u00efsme personnel de ses habitants, il y a quelque chose qui m\u00e9rite d’\u00eatre compris : l’Ukraine a trouv\u00e9 un but plus \u00e9lev\u00e9, elle a d\u00e9couvert un nouveau sens \u00e0 son existence. En effet, jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, l’Ukraine se consid\u00e9rait comme une zone tampon. \u00catre une zone tampon est psychologiquement d\u00e9bilitant \u2014 il y a un sentiment d’impuissance, le sentiment que son destin n’est pas entre ses mains. C’est la cons\u00e9quence d’une position doublement expos\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n Un th\u00e8me travaille ce discours : la nation \u2014 sa constitution et sa pr\u00e9servation. Alors m\u00eame que le Premier ministre hongrois est peu suspect de sympathie pour l\u2019Ukraine, comme le rappelle sa d\u00e9claration sur la corruption des dirigeants ukrainiens, il prend n\u00e9anmoins cet exemple pour illustrer comment se constitue une nation : dans l\u2019adversit\u00e9. Le cas ukrainien lui permet \u00e9galement de souligner que le fait national n\u2019est pas mort comme les dirigeants d\u2019Europe de l\u2019Ouest voudraient le croire (dans son sch\u00e9ma). <\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, cependant, la perspective d’appartenir \u00e0 l’Occident se dessine. La nouvelle mission que s’est donn\u00e9e l’Ukraine est d’\u00eatre la r\u00e9gion frontali\u00e8re militaire orientale de l’Occident. La signification et l’importance de son existence ont augment\u00e9 \u00e0 ses propres yeux et aux yeux du monde entier. Cela l’a amen\u00e9 \u00e0 un \u00e9tat d’activit\u00e9 et d’action que nous, non-Ukrainiens, consid\u00e9rons comme une insistance agressive \u2014 et il est ind\u00e9niable qu’elle le soit. En fait, les Ukrainiens exigent que leur objectif sup\u00e9rieur soit officiellement reconnu au niveau international. C’est ce qui leur donne la force qui les rend capables d’une r\u00e9sistance sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n Quatri\u00e8mement, la Russie n’est pas ce que nous avons vu jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, et elle n’est pas ce que nous avons \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 voir jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent. La viabilit\u00e9 \u00e9conomique du pays est exceptionnelle. Je me souviens avoir assist\u00e9 \u00e0 des r\u00e9unions du Conseil europ\u00e9en \u2014 les sommets des Premiers ministres \u2014 lorsque, avec toutes sortes de gestes, les grands dirigeants europ\u00e9ens ont pr\u00e9tendu de mani\u00e8re plut\u00f4t arrogante que les sanctions contre la Russie et son exclusion du syst\u00e8me SWIFT \u2014 le syst\u00e8me international de compensation financi\u00e8re \u2014 mettraient le pays \u00e0 genoux, son \u00e9conomie et par l\u00e0 m\u00eame son \u00e9lite politique. <\/p>\n\n\n\n En regardant les \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9rouler, je me souviens de la sagesse de Mike Tyson, qui a dit un jour : \u00ab Tout le monde a un plan, jusqu’\u00e0 ce qu’il re\u00e7oive un coup de poing dans la m\u00e2choire \u00bb. Car la r\u00e9alit\u00e9 est que les Russes ont tir\u00e9 les le\u00e7ons des sanctions impos\u00e9es apr\u00e8s l’invasion de la Crim\u00e9e en 2014 \u2014 et non seulement ils ont tir\u00e9 ces le\u00e7ons, mais ils les ont traduites en actions. Ils ont mis en \u0153uvre les am\u00e9liorations informatiques et bancaires n\u00e9cessaires. Le syst\u00e8me financier russe n’est donc pas en train de s’effondrer. Ils ont d\u00e9velopp\u00e9 une capacit\u00e9 d’adaptation et, apr\u00e8s 2014, nous en avons \u00e9t\u00e9 victimes, car nous avions l’habitude d’exporter une part importante des produits alimentaires hongrois vers la Russie. Nous n’avons pas pu continuer \u00e0 le faire \u00e0 cause des sanctions. <\/p>\n\n\n\n Les Russes ont quant \u00e0 eux modernis\u00e9 leur agriculture et aujourd’hui nous parlons de l’un des plus grands march\u00e9s d’exportation de produits alimentaires au monde alors que le pays avait l’habitude de d\u00e9pendre des importations. La description que l’on nous fait de la Russie \u2014 une autocratie n\u00e9o-stalinienne rigide \u2014 est donc fausse. En r\u00e9alit\u00e9, nous parlons d’un pays qui fait preuve de r\u00e9silience technique et \u00e9conomique \u2014 et peut-\u00eatre aussi de r\u00e9silience soci\u00e9tale, mais nous verrons bien.<\/p>\n\n\n\n La cinqui\u00e8me le\u00e7on importante tir\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 est que l’\u00e9laboration des politiques europ\u00e9ennes s’est effondr\u00e9e. L’Europe a renonc\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre ses propres int\u00e9r\u00eats : tout ce qu’elle fait aujourd’hui, c’est suivre inconditionnellement la ligne de politique \u00e9trang\u00e8re des d\u00e9mocrates am\u00e9ricains, m\u00eame au prix de sa propre autodestruction. Les sanctions que nous avons impos\u00e9es portent atteinte \u00e0 des int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens fondamentaux : elles font grimper les prix de l’\u00e9nergie et rendent l’\u00e9conomie europ\u00e9enne non comp\u00e9titive. Nous avons laiss\u00e9 faire l’explosion du gazoduc NordStream sans r\u00e9agir ; l’Allemagne elle-m\u00eame a laiss\u00e9 faire un acte de terrorisme contre sa propre propri\u00e9t\u00e9 \u2014 qui a manifestement \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9 sous la direction des \u00c9tats-Unis \u2014 sans r\u00e9agir, et nous n’en disons pas un mot, nous n’enqu\u00eatons pas, nous ne voulons pas clarifier la situation, nous ne voulons pas la soulever dans un contexte juridique. De m\u00eame, nous n’avons pas fait ce qu’il fallait dans l’affaire des \u00e9coutes t\u00e9l\u00e9phoniques d’Angela Merkel, r\u00e9alis\u00e9es avec l’aide du Danemark. Il s’agit donc d’un acte de soumission. Le contexte est complexe, j’essaierai toutefois de vous en donner un aper\u00e7u simplifi\u00e9 mais complet. <\/p>\n\n\n\n L’\u00e9laboration des politiques europ\u00e9ennes s’est \u00e9galement effondr\u00e9e depuis le d\u00e9but de la guerre russo-ukrainienne parce que le c\u0153ur incontournable du syst\u00e8me de pouvoir europ\u00e9en \u00e9tait l’axe Paris-Berlin : c’\u00e9tait le c\u0153ur et l’axe. Depuis que la guerre a \u00e9clat\u00e9, un autre centre et un autre axe de pouvoir ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis. L’axe Berlin-Paris n’existe plus \u2014 ou s’il existe, il est devenu sans objet et susceptible d’\u00eatre contourn\u00e9. Le nouveau centre et axe de pouvoir comprend Londres, Varsovie, Kiev, les pays baltes et les Scandinaves. Lorsque, \u00e0 la stup\u00e9faction des Hongrois, le chancelier allemand annonce qu’il n’enverra que des casques \u00e0 la guerre, et qu’une semaine plus tard, il d\u00e9clare qu’il fournira en fait des armes \u2014 il ne faut pas croire que cet homme a perdu la t\u00eate. <\/p>\n\n\n\n Lorsque le m\u00eame chancelier allemand annonce qu’il peut y avoir des sanctions, mais qu’elles ne doivent pas porter sur l’\u00e9nergie, et que deux semaines plus tard il est lui-m\u00eame \u00e0 la t\u00eate de la politique de sanctions \u2014 il ne faut pas croire que cet homme a perdu la t\u00eate. <\/p>\n\n\n\n\n\n Au contraire, il est tout \u00e0 fait dans son \u00e9tat d’esprit. Il sait tr\u00e8s bien que les Am\u00e9ricains et les relais d’opinion lib\u00e9raux qu’ils influencent \u2014 universit\u00e9s, think tanks, instituts de recherche, m\u00e9dias \u2014 utilisent l’opinion publique pour sanctionner la politique franco-allemande qui n’est pas conforme aux int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains. D’o\u00f9 le ph\u00e9nom\u00e8ne dont j’ai parl\u00e9 et les maladresses idiosyncrasiques de la chanceli\u00e8re allemande. Changer le centre du pouvoir en Europe et contourner l’axe franco-allemand n’est pas une id\u00e9e nouvelle \u2014 elle a simplement \u00e9t\u00e9 rendue possible par la guerre. <\/p>\n\n\n\n L’id\u00e9e existait d\u00e9j\u00e0 auparavant ; il s’agissait d’un vieux projet polonais visant \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la Pologne, coinc\u00e9e entre un immense \u00c9tat allemand et un immense \u00c9tat russe, en faisant du pays la premi\u00e8re base am\u00e9ricaine en Europe. Je pourrais dire qu’il s’agissait d’inviter les Am\u00e9ricains \u00e0 s’installer entre les Allemands et les Russes. <\/p>\n\n\n\n Cinq pour cent du PIB de la Pologne sont d\u00e9sormais consacr\u00e9s aux d\u00e9penses militaires, et l’arm\u00e9e polonaise est la deuxi\u00e8me d’Europe apr\u00e8s celle de la France \u2014 nous parlons de centaines de milliers de soldats. Il s’agit d’un vieux plan, qui vise \u00e0 affaiblir la Russie et \u00e0 devancer l’Allemagne. \u00c0 premi\u00e8re vue, d\u00e9passer les Allemands semble \u00eatre une id\u00e9e fantaisiste. Mais si l’on observe la dynamique de d\u00e9veloppement de l’Allemagne et de l’Europe centrale \u2014 de la Pologne \u2014, cela ne semble plus si impossible \u2014 surtout si, dans le m\u00eame temps, l’Allemagne d\u00e9mant\u00e8le sa propre industrie de classe mondiale. <\/p>\n\n\n\n Cette strat\u00e9gie a conduit la Pologne \u00e0 renoncer \u00e0 la coop\u00e9ration avec le Visegr\u00e1d 4 (V4). Le V4 signifiait autre chose. Il portait l\u2019id\u00e9e de reconna\u00eetre qu’il y ait une Allemagne forte et une Russie forte, et de cr\u00e9er, en collaboration avec les \u00c9tats d’Europe centrale, une troisi\u00e8me entit\u00e9 entre les deux. <\/p>\n\n\n\n Les Polonais ont fait marche arri\u00e8re et, au lieu de la strat\u00e9gie du V4 acceptant l’axe franco-allemand, ils se sont lanc\u00e9s dans la strat\u00e9gie alternative consistant \u00e0 l\u2019\u00e9liminer. En parlant de nos fr\u00e8res et s\u0153urs polonais, mentionnons-les ici en passant. Puisqu’ils nous ont maintenant bott\u00e9 le derri\u00e8re, peut-\u00eatre pouvons-nous nous permettre de dire quelques v\u00e9rit\u00e9s sinc\u00e8res et fraternelles \u00e0 leur sujet. <\/p>\n\n\n\n Eh bien, les Polonais m\u00e8nent la politique la plus moralisatrice et la plus hypocrite de toute l’Europe. Ils nous font la morale, nous critiquent pour nos relations \u00e9conomiques avec la Russie, et en m\u00eame temps, ils font all\u00e8grement des affaires avec les Russes, ach\u00e8tent leur p\u00e9trole \u2014 m\u00eame si c’est par des voies indirectes \u2014 et font tourner l’\u00e9conomie polonaise avec. <\/p>\n\n\n\n Les Fran\u00e7ais font mieux que cela : le mois dernier, d’ailleurs, ils nous ont d\u00e9pass\u00e9s en termes d’achats de gaz \u00e0 la Russie \u2014 mais au moins, ils ne nous font pas de le\u00e7ons moralisatrices. <\/p>\n\n\n\n Les Polonais font des affaires tout en nous faisant la le\u00e7on. Je n’ai jamais vu une politique aussi hypocrite en Europe au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es. L’ampleur de ce changement \u2014 le contournement de l’axe franco-allemand \u2014 peut vraiment \u00eatre saisie par les personnes plus \u00e2g\u00e9es si elles se reportent vingt ans en arri\u00e8re, lorsque les Am\u00e9ricains ont attaqu\u00e9 l’Irak et ont appel\u00e9 les pays europ\u00e9ens \u00e0 se joindre \u00e0 eux. C’est ainsi que nous nous sommes joints \u00e0 eux en tant que membres de l’OTAN. \u00c0 l’\u00e9poque, Schr\u00f6der, le chancelier allemand, et Chirac, le pr\u00e9sident fran\u00e7ais, ont \u00e9t\u00e9 rejoints par le pr\u00e9sident russe Poutine lors d’une conf\u00e9rence de presse commune organis\u00e9e pour s’opposer \u00e0 la guerre en Irak. \u00c0 l’\u00e9poque, il existait encore une logique franco-allemande ind\u00e9pendante dans l’approche des int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9f\u00e9rence au groupe de Visegr\u00e1d lui permet de multiplier les attaques contre la Pologne, qui \u00e9maillent la suite du discours. Jusqu\u2019en 2022, Pologne et Hongrie \u00e9taient relativement align\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, les deux pays \u00e9tant dirig\u00e9s par des gouvernements nationalistes conservateurs qui affichaient le m\u00eame d\u00e9dain pour les r\u00e8gles europ\u00e9ennes en mati\u00e8re d\u2019\u00c9tat de droit. Mais l\u2019agression \u00e0 grande \u00e9chelle de la Russie contre l\u2019Ukraine en f\u00e9vrier 2022, puis la d\u00e9faite \u00e9lectorale du PiS \u00e0 l\u2019automne 2023, ont rejet\u00e9 les deux pays dans des camps oppos\u00e9s. En effet, apr\u00e8s avoir alert\u00e9 pendant longtemps ses partenaires sur le danger que posait la Russie, la Pologne a trouv\u00e9 une position centrale dans le d\u00e9bat g\u00e9opolitique euro-am\u00e9ricain \u2014 tandis que l\u2019indulgence de Viktor Orb\u00e1n quant \u00e0 la Russie le marginalisait, et notamment en Europe centrale et orientale. Le pari actuel de Viktor Orb\u00e1n repose donc sur une victoire de Donald Trump qui se traduirait par la fin de la guerre en Ukraine. Dans ces conditions, la Pologne perdrait en influence, d\u2019autant que le pays n\u2019aurait pas les moyens de soutenir ses nouvelles ambitions diplomatiques. \u00c0 ce moment-l\u00e0, Pologne et Hongrie pourraient renouer des relations. <\/p>\n\n\n\n Mesdames et Messieurs,<\/p>\n\n\n\n La mission de paix ne consiste pas seulement \u00e0 rechercher la paix, mais aussi \u00e0 inciter l’Europe \u00e0 enfin mener une politique ind\u00e9pendante. <\/p>\n\n\n\n La sixi\u00e8me pilule rouge est la solitude spirituelle de l’Occident. Jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, l’Occident a pens\u00e9 et s’est comport\u00e9 comme s’il se consid\u00e9rait comme un point de r\u00e9f\u00e9rence, une sorte d’\u00e9talon pour le monde. Il a fourni les valeurs que le monde a d\u00fb accepter \u2014 par exemple, la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale ou la transition verte. Mais la plupart des pays du monde l’ont remarqu\u00e9 et, depuis deux ans, on assiste \u00e0 un virage \u00e0 180 degr\u00e9s. Une fois de plus, l’Occident s’attendait \u00e0 ce que le monde prenne une position morale contre la Russie et pour l’Occident \u2014 et l\u2019enjoignait de le faire. <\/p>\n\n\n\n En revanche, la r\u00e9alit\u00e9 est que, pas \u00e0 pas, tout le monde se range du c\u00f4t\u00e9 de la Russie. Que la Chine et la Cor\u00e9e du Nord le fassent n’est peut-\u00eatre pas une surprise. Que l’Iran fasse de m\u00eame \u2014 compte tenu de son histoire et de ses relations avec la Russie \u2014 est peu surprenant. Mais le fait que l’Inde, que le monde occidental consid\u00e8re comme la d\u00e9mocratie la plus peupl\u00e9e, soit \u00e9galement du c\u00f4t\u00e9 des Russes est \u00e9tonnant. Le fait que la Turquie refuse d’accepter les exigences morales de l’Occident, bien qu’elle soit membre de l’OTAN, est vraiment surprenant. Et le fait que le monde musulman consid\u00e8re la Russie non pas comme un ennemi mais comme un partenaire est tout \u00e0 fait inattendu.<\/p>\n\n\n\n Septi\u00e8mement, la guerre a mis en \u00e9vidence le fait que le plus grand probl\u00e8me auquel le monde est confront\u00e9 aujourd’hui est la faiblesse et la d\u00e9sint\u00e9gration de l’Occident. Bien s\u00fbr, ce n’est pas ce que disent les m\u00e9dias occidentaux : en Occident, on pr\u00e9tend que le plus grand danger et le plus grand probl\u00e8me du monde est la Russie et la menace qu’elle repr\u00e9sente. C’est faux ! La Russie est trop grande pour sa population et est dirig\u00e9e de mani\u00e8re hyper rationnelle \u2014 c’est m\u00eame un pays qui a des dirigeants. Ce qu’elle fait n’a rien de myst\u00e9rieux : ses actions d\u00e9coulent logiquement de ses int\u00e9r\u00eats et sont donc compr\u00e9hensibles et pr\u00e9visibles. <\/p>\n\n\n\n En revanche, le comportement de l’Occident \u2014 comme il ressort de ce que j’ai dit jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent \u2014 n’est ni compr\u00e9hensible ni pr\u00e9visible. L’Occident n’est pas dirig\u00e9, son comportement n’est pas rationnel et il ne peut pas faire face \u00e0 la situation que j’ai d\u00e9crite dans ma pr\u00e9sentation ici l’ann\u00e9e derni\u00e8re : le fait que deux soleils sont apparus dans le ciel. C’est le d\u00e9fi lanc\u00e9 \u00e0 l’Occident par la mont\u00e9e en puissance de la Chine et de l’Asie. Nous devrions pouvoir y faire face, mais nous n’y parvenons pas.<\/p>\n\n\n\n Contre un discours souvent entendu dans les pays occidentaux qui pr\u00e9senterait la Russie comme une puissance impr\u00e9visible parce que capable de franchir toutes les limites, Viktor Orb\u00e1n pr\u00e9sente l\u2019Occident comme l\u2019acteur le plus illisible des relations internationales contemporaines car il ne saurait pas introduire de hi\u00e9rarchie entre ses valeurs et ses int\u00e9r\u00eats pour d\u00e9terminer ses orientations g\u00e9opolitiques. La suite de son discours laisse entendre que l\u2019Occident dont il parle est limit\u00e9 \u00e0 l\u2019Europe de l\u2019Ouest et aux \u00c9tats-Unis (lorsqu\u2019ils sont dirig\u00e9s par les d\u00e9mocrates). Inversement, l\u2019Europe centrale \u2014 inform\u00e9e par son histoire \u2014 serait beaucoup plus conscient des fragilit\u00e9s de la position occidentale. \u00ab Incompr\u00e9hensible et impr\u00e9visible \u00bb, l\u2019Occident serait en train de cr\u00e9er les conditions de son propre d\u00e9clin car il ne saurait pas affronter le d\u00e9fi que constitue la Chine.<\/p>\n\n\n\n Huiti\u00e8me point. \u00c0 partir de l\u00e0, le v\u00e9ritable d\u00e9fi pour nous est d’essayer \u00e0 nouveau de comprendre l’Occident \u00e0 la lumi\u00e8re de la guerre. Car nous, Europ\u00e9ens centraux, consid\u00e9rons l’Occident comme irrationnel. Mais, chers amis, que se passe-t-il s’il se comporte de mani\u00e8re logique, mais que nous ne comprenons pas sa logique ? S’il est logique dans sa fa\u00e7on de penser et d’agir, nous devons nous demander pourquoi nous ne le comprenons pas. Et si nous pouvions trouver la r\u00e9ponse \u00e0 cette question, nous comprendrions \u00e9galement pourquoi la Hongrie se heurte r\u00e9guli\u00e8rement aux pays occidentaux de l’Union europ\u00e9enne sur des questions g\u00e9opolitiques et de politique \u00e9trang\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n Ma r\u00e9ponse est la suivante. Imaginons que notre vision du monde, \u00e0 nous Europ\u00e9ens centraux, repose sur les \u00c9tats-nations. Pendant ce temps, l’Occident pense que les \u00c9tats-nations n’existent plus ; c’est inimaginable pour nous, mais c’est tout de m\u00eame ce qu’il pense. Le syst\u00e8me de coordonn\u00e9es dans lequel nous, Europ\u00e9ens centraux, pensons n’a donc aucune importance. <\/p>\n\n\n\n Dans notre conception, le monde est compos\u00e9 d’\u00c9tats-nations qui exercent un monopole national sur l’utilisation de la force, cr\u00e9ant ainsi une condition de paix g\u00e9n\u00e9rale. Dans ses relations avec les autres \u00c9tats, l’\u00c9tat-nation est souverain \u2014 en d’autres termes, il a la capacit\u00e9 de d\u00e9terminer de mani\u00e8re ind\u00e9pendante sa politique \u00e9trang\u00e8re et int\u00e9rieure. Dans notre conception, l’\u00c9tat-nation n’est pas une abstraction juridique, ni une construction juridique : il est enracin\u00e9 dans une culture particuli\u00e8re. Il poss\u00e8de un ensemble de valeurs partag\u00e9es, une profondeur anthropologique et historique. C’est de l\u00e0 que naissent des imp\u00e9ratifs moraux partag\u00e9s, fond\u00e9s sur un consensus commun. C’est ce que nous consid\u00e9rons comme l’\u00c9tat-nation. <\/p>\n\n\n\n De plus, nous ne le consid\u00e9rons pas comme un ph\u00e9nom\u00e8ne qui s’est d\u00e9velopp\u00e9 au 19e si\u00e8cle : nous pensons que les \u00c9tats-nations ont un fondement biblique, puisqu’ils appartiennent \u00e0 l’ordre de la cr\u00e9ation. En effet, l’\u00c9criture nous apprend qu’\u00e0 la fin des temps, il y aura un jugement non seulement des individus, mais aussi des nations. Par cons\u00e9quent, dans notre conception, les nations ne sont pas des formations provisoires. <\/p>\n\n\n\n En revanche, les Occidentaux pensent que les \u00c9tats-nations n’existent plus. Ils nient donc l’existence d’une culture commune et d’une morale commune qui en d\u00e9coule. Ils n’ont pas de morale commune ; si vous avez regard\u00e9 la c\u00e9r\u00e9monie d’ouverture des Jeux olympiques hier, c’est ce que vous avez vu. C’est pourquoi ils pensent diff\u00e9remment \u00e0 propos de l’immigration. Ils pensent que la migration n’est pas une menace ou un probl\u00e8me, mais en fait un moyen d’\u00e9chapper \u00e0 l’homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ethnique qui est la base d’une nation. <\/p>\n\n\n\n Cela est l’essence m\u00eame de la conception progressiste lib\u00e9rale internationaliste de l’espace. C’est pourquoi ils sont inconscients de l’absurdit\u00e9 \u2014 ou ils ne la consid\u00e8rent pas comme telle \u2014 du fait que, tandis que dans la moiti\u00e9 orientale de l’Europe, des centaines de milliers de chr\u00e9tiens s’entretuent, \u00e0 l’ouest de l’Europe, nous accueillons des centaines de milliers de personnes issues de civilisations \u00e9trang\u00e8res. Du point de vue de l’Europe centrale, c’est la d\u00e9finition m\u00eame de l’absurdit\u00e9. Cette id\u00e9e n’est m\u00eame pas con\u00e7ue \u00e0 l’Ouest. <\/p>\n\n\n\n Entre parenth\u00e8ses, je note que les \u00c9tats europ\u00e9ens ont perdu au total quelque cinquante-sept millions d’Europ\u00e9ens autochtones au cours de la Premi\u00e8re et de la Seconde Guerre mondiale. Si ces personnes, leurs enfants et leurs petits-enfants avaient v\u00e9cu, l’Europe n’aurait aujourd’hui aucun probl\u00e8me d\u00e9mographique. L’Union europ\u00e9enne ne se contente pas de penser de la mani\u00e8re que je viens de d\u00e9crire, elle le revendique. <\/p>\n\n\n\n Si nous lisons attentivement les documents europ\u00e9ens, il est clair que l’objectif est de supplanter la nation. Il est vrai qu’ils ont une \u00e9trange fa\u00e7on de l’\u00e9crire et de le dire, en affirmant que les \u00c9tats-nations doivent \u00eatre supplant\u00e9s, tout en conservant une petite trace d’eux. Mais le fait est qu’apr\u00e8s tout, les pouvoirs et la souverainet\u00e9 doivent \u00eatre transf\u00e9r\u00e9s des \u00c9tats-nations \u00e0 Bruxelles. C’est la logique qui sous-tend toutes les grandes mesures. Dans leur esprit, la nation est une cr\u00e9ation historique ou transitoire, n\u00e9e aux 18e et 19e si\u00e8cles \u2014 et comme elle est arriv\u00e9e, elle peut partir. <\/p>\n\n\n\n Pour eux, la moiti\u00e9 occidentale de l’Europe est d\u00e9j\u00e0 post-nationale. Il ne s’agit pas seulement d’une situation politiquement diff\u00e9rente, mais ce que j’essaie de dire ici, c’est qu’il s’agit d’un nouvel espace mental. Si vous ne regardez pas le monde du point de vue des \u00c9tats-nations, une r\u00e9alit\u00e9 compl\u00e8tement diff\u00e9rente s’ouvre \u00e0 vous. C’est l\u00e0 que r\u00e9side le probl\u00e8me, la raison pour laquelle les pays de l’ouest et de l’est de l’Europe ne se comprennent pas, la raison pour laquelle nous ne pouvons pas nous unir.<\/p>\n\n\n\n Dans cette partie du discours, Viktor Orb\u00e1n insiste sur la p\u00e9rennit\u00e9 de la nation. Contre les Europ\u00e9ens de l\u2019Ouest qui consid\u00e8rent que celle-ci serait d\u00e9pass\u00e9e, il insiste au contraire sur sa foi dans l\u2019id\u00e9e nationale. Celle-ci trouverait en effet ses racines dans la Bible \u2014 et notamment dans l\u2019Apocalypse<\/em>, qui parle autant du jugement des individus que des nations. Si l\u2019on sent ici l\u2019influence du nationalisme chr\u00e9tien, promu notamment par les post-lib\u00e9raux am\u00e9ricains, Viktor Orb\u00e1n d\u00e9finit notamment ce qui constitue une nation : une culture et une morale partag\u00e9es. Se faisant l\u2019\u00e9cho des d\u00e9clarations hostiles \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture des Jeux Olympiques de Paris, nombreuses sur les chambres d\u2019\u00e9cho que constituent les r\u00e9seaux sociaux pour les groupes politiques les plus radicaux, il a pris cet exemple pour montrer que l\u2019Occident ne serait plus capable de faire nation, trois groupes s\u2019affrontant : des \u00e9lites minoritaires et pr\u00eates \u00e0 tout pour conserver le pouvoir, des populations natives qui chercheraient \u00e0 d\u00e9fendre une forme de coh\u00e9sion culturelle et des populations immigr\u00e9es, qui poseraient une menace existentielle \u00e0 l\u2019Occident. <\/p>\n\n\n\n Si nous projetons tout cela sur les \u00c9tats-Unis, voil\u00e0 la v\u00e9ritable bataille qui se joue l\u00e0-bas. Que doivent \u00eatre les \u00c9tats-Unis ? Doivent-ils redevenir un \u00c9tat-nation ou poursuivre leur marche vers un \u00c9tat post-national ? L’objectif pr\u00e9cis du pr\u00e9sident Donald Trump est de ramener le peuple am\u00e9ricain de l’\u00c9tat lib\u00e9ral post-national, de le tirer, de le forcer \u00e0 revenir, et de l’\u00e9lever au rang d’\u00c9tat-nation. C’est pourquoi les enjeux de l’\u00e9lection am\u00e9ricaine sont si \u00e9normes et nous voyons des choses que nous n’avons jamais vues auparavant. C’est pourquoi ils veulent emp\u00eacher Donald Trump de se pr\u00e9senter \u00e0 l’\u00e9lection. C’est pourquoi ils veulent le mettre en prison etretirer ses biens. Et si cela ne marche pas, c’est pour cela qu’ils veulent le tuer. Et il ne fait aucun doute que ce qui s’est pass\u00e9 n’est peut-\u00eatre pas la derni\u00e8re tentative de cette campagne.<\/p>\n\n\n\n Entre parenth\u00e8ses, j’ai parl\u00e9 au pr\u00e9sident hier et il m’a demand\u00e9 comment j’allais. J’ai r\u00e9pondu que j’allais tr\u00e8s bien, parce que je suis ici dans une entit\u00e9 g\u00e9ographique appel\u00e9e Transylvanie. Expliquer cela n’est pas si facile, surtout en anglais, et surtout au pr\u00e9sident Trump. Mais j’ai dit que j’\u00e9tais ici en Transylvanie, dans une universit\u00e9 libre o\u00f9 j’allais faire une pr\u00e9sentation sur l’\u00e9tat du monde. Et il m’a dit que je devais transmettre ses salutations personnelles les plus sinc\u00e8res aux participants du camp et \u00e0 ceux de l’universit\u00e9 libre.<\/p>\n\n\n\n\n\n Viktor Orb\u00e1n introduit clairement l\u2019id\u00e9e d\u2019un axe qui le lierait \u00e0 Donald Trump. Au c\u0153ur de ce pact, le refus de l\u2019\u00c9tat lib\u00e9ral et post-national. Que d\u00e9fendent-ils \u00e0 la place ? Sans doute quelque chose que l\u2019on pourrait appeler l\u2019\u00c9tat-nation post-lib\u00e9ral<\/a>. \u00c0 ses yeux, il est temps de d\u00e9passer l\u2019individualisme, le lib\u00e9ralisme politique et, dans une certaine mesure, le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique qui menaceraient la coh\u00e9sion des nations occidentales et, surtout, de l\u2019Occident tout entier. De ce point de vue, les nations d\u2019Europe centrale qui auraient fait l\u2019exp\u00e9rience du joug de l\u2019Empire sovi\u00e9tique<\/a> seraient beaucoup plus \u00e0 m\u00eame de comprendre comment et pourquoi se d\u00e9fendre d\u2019une subjugation de leurs valeurs par les d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00c9tat lib\u00e9ral et post-national. <\/p>\n\n\n\n Si nous essayons de comprendre comment cette pens\u00e9e occidentale \u2014 que nous devrions appeler par soucis de simplicit\u00e9 pens\u00e9e et condition \u00ab post-nationales \u00bb \u2014 est apparue, nous devons remonter \u00e0 la grande illusion des ann\u00e9es 1960. La grande illusion a pris deux formes : la premi\u00e8re \u00e9tait la r\u00e9volution sexuelle et la seconde \u00e9tait la r\u00e9bellion \u00e9tudiante. En fait, elle \u00e9tait l’expression de la croyance que l’individu serait plus libre et plus grand s’il s’affranchissait de toute forme de collectivit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Plus de soixante ans plus tard, il est devenu \u00e9vident qu’au contraire, l’individu ne peut devenir grand que par et dans une communaut\u00e9, que seul, il ne peut jamais \u00eatre libre, mais toujours condamn\u00e9 au r\u00e9tr\u00e9cissement. En Occident, les liens ont \u00e9t\u00e9 successivement \u00e9cart\u00e9s : les liens m\u00e9taphysiques que sont Dieu, les liens nationaux que sont la patrie et les liens familiaux. Je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 nouveau \u00e0 l’ouverture des Jeux olympiques de Paris. Maintenant qu’ils ont r\u00e9ussi \u00e0 se d\u00e9barrasser de tout cela, s’attendant \u00e0 ce que l’individu devienne plus grand, ils se rendent compte qu’ils ressentent un sentiment de vide. Ils ne sont pas devenus grands, mais petits. En effet, en Occident, ils n’aspirent plus \u00e0 de grands id\u00e9aux ni \u00e0 de grands objectifs communs inspirants.<\/p>\n\n\n\n C’est ici que nous devons parler du secret de la grandeur. Quel est-il ? Le secret de la grandeur est d\u2019\u00eatre capable de servir quelque chose de plus grand que soi. Pour ce faire, il faut d’abord reconna\u00eetre qu’il existe dans le monde quelque chose ou des choses qui sont plus grandes que soi, puis se consacrer \u00e0 leur service. Il n’y en a pas beaucoup. Vous avez votre Dieu, votre pays et votre famille. Mais si vous ne le faites pas, mais que vous vous concentrez sur votre propre grandeur, en pensant que vous \u00eates plus intelligent, plus beau, plus talentueux que la plupart des gens, si vous d\u00e9pensez votre \u00e9nergie \u00e0 cela, \u00e0 communiquer tout cela aux autres, alors ce que vous obtenez, ce n’est pas la grandeur, mais la grandiosit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Et c’est pourquoi aujourd’hui, lorsque nous discutons avec des Europ\u00e9ens de l’Ouest, nous ressentons dans chacun de nos gestes de la grandiosit\u00e9 plut\u00f4t que de la grandeur. Je dois dire qu’il s’est cr\u00e9\u00e9 une situation que l’on peut appeler le vide, et le sentiment de superflu qui l’accompagne donne naissance \u00e0 l’agressivit\u00e9. D’o\u00f9 l’\u00e9mergence du \u00ab nain agressif \u00bb comme nouveau type de personne.<\/p>\n\n\n\n En r\u00e9sum\u00e9, ce que je veux vous dire, c’est que lorsque nous parlons d’Europe centrale et d’Europe occidentale, il ne s’agit pas de divergences d’opinion, mais de deux visions du monde diff\u00e9rentes, de deux mentalit\u00e9s, de deux instincts, et donc de deux arguments oppos\u00e9s. Nous avons un \u00c9tat-nation, qui nous oblige \u00e0 un r\u00e9alisme strat\u00e9gique. Ils ont des r\u00eaves post-nationalistes qui sont inertes par rapport \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale, ne reconnaissent pas la grandeur nationale et n’ont pas d’objectifs nationaux partag\u00e9s. Telle est la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle nous devons faire face.<\/p>\n\n\n\n H\u00e9ritier de la pens\u00e9e des anti-Lumi\u00e8res, Viktor Orb\u00e1n est tr\u00e8s profond\u00e9ment travaill\u00e9 par la question du d\u00e9clin. Face \u00e0 l\u2019individualisme et au rationalisme qui constituent certaines des valeurs fondamentales de la modernit\u00e9 politique occidental, il d\u00e9fend la vision d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle les individus se soumettraient volontairement \u00e0 Dieu, \u00e0 leur pays et \u00e0 leur famille. Autrement, la d\u00e9cadence, d\u00e9j\u00e0 visible en Europe de l\u2019Ouest, pourrait s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019Europe centrale. Il a cette obsession en partage avec des proches de Donald Trump et de JD Vance, comme le s\u00e9nateur Josh Hawley, figure du nouveau nationalisme chr\u00e9tien et post-lib\u00e9ral qui se d\u00e9veloppe aujourd\u2019hui aux \u00c9tats-Unis. Dans un long discours \u2014 traduit et comment\u00e9 par le Grand Continent<\/em>, celui-ci s\u2019attardait longuement sur les causes de l\u2019effondrement de l\u2019empire romain : \u00ab le probl\u00e8me de Rome est qu\u2019elle aimait de mauvaises choses<\/a> \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Enfin, le dernier \u00e9l\u00e9ment de la r\u00e9alit\u00e9 est que cette condition post-nationale que nous observons en Occident a une cons\u00e9quence politique s\u00e9rieuse \u2014 et je dirais m\u00eame dramatique \u2014 qui bouleverse la d\u00e9mocratie. En effet, au sein des soci\u00e9t\u00e9s, il existe une r\u00e9sistance croissante \u00e0 la migration, au genre, \u00e0 la guerre et au mondialisme. Cela cr\u00e9e le probl\u00e8me politique de l’\u00e9lite et du peuple, de l’\u00e9litisme et du populisme.<\/p>\n\n\n\n C’est le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9terminant de la politique occidentale aujourd’hui. Si vous lisez les textes, vous n’avez pas besoin de les comprendre et, de toute fa\u00e7on, ils n’ont pas toujours de sens ; mais si vous lisez les mots, voici les expressions que vous trouverez le plus souvent. Elles indiquent que les \u00e9lites condamnent le peuple pour sa d\u00e9rive vers la droite. Les sentiments et les id\u00e9es du peuple sont qualifi\u00e9s de x\u00e9nophobie, d’homophobie et de nationalisme. <\/p>\n\n\n\n En r\u00e9ponse, le peuple accuse l’\u00e9lite de ne pas se soucier de ce qui est important pour lui, mais de sombrer dans une sorte de globalisme d\u00e9rang\u00e9. Par cons\u00e9quent, les \u00e9lites et le peuple ne peuvent s’entendre sur la question de la coop\u00e9ration. Je pourrais citer de nombreux pays. Mais si le peuple et les \u00e9lites ne peuvent pas se mettre d’accord sur la coop\u00e9ration, comment cela peut-il produire une d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative ? Parce que nous avons une \u00e9lite qui ne veut pas repr\u00e9senter le peuple, et qui en est fi\u00e8re ; et nous avons le peuple, qui n’est pas repr\u00e9sent\u00e9. En fait, dans le monde occidental, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 une situation dans laquelle les masses de personnes qui obtiennent des dipl\u00f4mes universitaires ne repr\u00e9sentent plus moins de 10 % de la population, mais 30 \u00e0 40 %. <\/p>\n\n\n\n En raison de leurs opinions, ces personnes ne respectent pas les moins \u00e9duqu\u00e9es, qui sont g\u00e9n\u00e9ralement des travailleurs qui vivent de leur travail. Pour les \u00e9lites, seules les valeurs des dipl\u00f4m\u00e9s sont acceptables, seules elles sont l\u00e9gitimes. C’est de ce point de vue que l’on peut comprendre les r\u00e9sultats des \u00e9lections au Parlement europ\u00e9en. Le Parti populaire europ\u00e9en a recueilli les voix de la \u00ab pl\u00e8be \u00bb de droite qui voulait du changement, puis a report\u00e9 ces voix sur la gauche et a conclu un accord avec les \u00e9lites de gauche qui ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 maintenir le statu quo. <\/p>\n\n\n\n Cela a des cons\u00e9quences pour l’Union europ\u00e9enne. Bruxelles reste sous l’occupation d’une oligarchie lib\u00e9rale. Cette oligarchie la tient sous son emprise. Cette \u00e9lite de gauche organise en fait une \u00e9lite transatlantique : non pas europ\u00e9enne, mais mondiale ; non pas bas\u00e9e sur l’\u00c9tat-nation, mais f\u00e9d\u00e9rale ; et non pas d\u00e9mocratique, mais oligarchique. Cela a \u00e9galement des cons\u00e9quences pour nous, car \u00e0 Bruxelles, les \u00ab 3 P \u00bb sont de retour : \u00ab interdit, autoris\u00e9 et promu \u00bb \u2014 \u00ab prohibited, permitted and promoted<\/em> \u00bb. Nous appartenons \u00e0 la cat\u00e9gorie des interdits. Les Patriotes pour l’Europe se sont donc vus interdire tout poste. Nous vivons dans le monde de la communaut\u00e9 politique autoris\u00e9e. Pendant ce temps, nos adversaires nationaux \u2014 en particulier les nouveaux venus au sein du Parti populaire europ\u00e9en \u2014 se trouvent dans la cat\u00e9gorie \u00ab fortement promue \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Cette attaque tr\u00e8s frontale contre le Parti populaire europ\u00e9en doit \u00eatre comprise dans le contexte de la r\u00e9organisation des extr\u00eames droites europ\u00e9ennes. Alors que le groupe des Conservateurs et r\u00e9formistes europ\u00e9ens, auquel appartiennent notamment Fratelli d\u2019Italia et le PiS polonais, a d\u00e9j\u00e0 laiss\u00e9 entendre qu\u2019il pourrait ponctuellement travailler avec le Parti populaire europ\u00e9en, Viktor Orb\u00e1n laisse clairement entendre que Patriotes pour l\u2019Europe, le groupe que le Fidesz vient de rejoindre, et qui compte notamment le Rassemblement national dans ses rangs, incarnerait une opposition beaucoup plus r\u00e9solue aux partis centraux. <\/p>\n\n\n\n Un dernier point, peut-\u00eatre le dixi\u00e8me, concerne la fa\u00e7on dont les valeurs occidentales \u2014 qui \u00e9taient l’essence de ce que l’on appelle le \u00ab soft power<\/em> \u00bb \u2014 sont devenues un boomerang. Il s’est av\u00e9r\u00e9 que ces valeurs occidentales, que l’on croyait universelles, sont manifestement inacceptables et rejet\u00e9es dans un nombre croissant de pays \u00e0 travers le monde. Il s’est av\u00e9r\u00e9 que la modernit\u00e9 n’est pas occidental, ou du moins pas exclusivement \u2014 car la Chine est moderne, l’Inde le devient de plus en plus, et les Arabes et les Turcs se modernisent ; et ils ne deviennent pas du tout un monde moderne sur la base des valeurs occidentales. <\/p>\n\n\n\n Entre-temps, le soft power<\/em> occidental a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par le soft power<\/em> russe, car la cl\u00e9 de la propagation des valeurs occidentales est d\u00e9sormais LGBTQ. Quiconque ne l’accepte pas fait d\u00e9sormais partie de la cat\u00e9gorie des \u00ab arri\u00e9r\u00e9s \u00bb en ce qui concerne le monde occidental. Je ne sais pas si vous avez suivi l’actualit\u00e9, mais je trouve remarquable qu’au cours des six derniers mois, des lois pro-LGBTQ aient \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es par des pays tels que l’Ukraine, Ta\u00efwan et le Japon. Mais le monde n’est pas d’accord. Par cons\u00e9quent, aujourd’hui, l’arme tactique la plus puissante de Poutine est l\u2019opposition et la r\u00e9sistance \u00e0 l’imposition par l’Occident des LGBTQ. C’est devenu la plus forte attraction internationale de la Russie ; ainsi, ce qui \u00e9tait le soft power<\/em> occidental s’est transform\u00e9 en soft power<\/em> russe \u2014 comme un boomerang.<\/p>\n\n\n\n Au fil des ann\u00e9es, la question des droits ouverts en Europe de l\u2019Ouest (et dans certains \u00e9tats am\u00e9ricains) \u00e0 la communaut\u00e9 LGBTQIA+ s\u2019est impos\u00e9e comme un obsession de la rh\u00e9torique de Viktor Orb\u00e1n, qui en fait l\u2019un des sympt\u00f4mes les plus visibles de l\u2019effondrement des nations occidentales. En cela, il se rapproche de Vladimir Poutine, pour qui les droits des LGBTQIA+ ont tr\u00e8s vite constitu\u00e9 un moyen de pr\u00e9senter l\u2019opposition entre la Russie et l\u2019Occident comme une lutte civilisationnelle et existentielle. <\/p>\n\n\n\n Dans l’ensemble, je peux dire que la guerre nous a aid\u00e9s \u00e0 comprendre l’\u00e9tat r\u00e9el du pouvoir dans le monde. Elle est le signe que, dans sa mission, l’Occident s’est tir\u00e9 une balle dans le pied et qu’il acc\u00e9l\u00e8re ainsi les changements qui sont en train de transformer le monde. Ma premi\u00e8re pr\u00e9sentation est termin\u00e9e. Voici maintenant la deuxi\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n Qu’est-ce qui va suivre ? Elle doit \u00eatre plus courte, dit Zsolt N\u00e9meth. Le deuxi\u00e8me expos\u00e9 porte donc sur ce qui en d\u00e9coule. Tout d’abord, il faut faire preuve de courage intellectuel. Il faut donc travailler \u00e0 grands traits, car je suis convaincu que le destin des Hongrois d\u00e9pend de leur capacit\u00e9 \u00e0 comprendre ce qui se passe dans le monde, et de notre capacit\u00e9 \u00e0 comprendre ce que sera le monde apr\u00e8s la guerre. \u00c0 mon avis, un monde nouveau est en train de na\u00eetre. On ne peut pas nous accuser d’avoir une imagination \u00e9troite ou de faire preuve d’inertie intellectuelle, mais m\u00eame nous \u2014 et moi personnellement, lorsque j’ai pris la parole ici ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u2014 avons sous-estim\u00e9 l’ampleur du changement qui est en train de se produire et que nous sommes en train de vivre.<\/p>\n\n\n\n Chers amis, cher camp d’\u00e9t\u00e9,<\/p>\n\n\n\n Nous vivons un changement, un changement \u00e0 venir, qui n’a pas \u00e9t\u00e9 vu depuis cinq cents ans. Nous ne nous en sommes pas rendu compte parce qu’au cours des 150 derni\u00e8res ann\u00e9es, de grands changements se sont produits en nous et autour de nous, mais dans ces changements, la puissance mondiale dominante a toujours \u00e9t\u00e9 l’Occident. Nous partons donc du principe que les changements auxquels nous assistons aujourd’hui sont susceptibles de suivre cette logique occidentale. <\/p>\n\n\n\n Pourtant nous sommes confront\u00e9s \u00e0 une situation nouvelle. Dans le pass\u00e9, le changement \u00e9tait occidental : les Habsbourg se sont \u00e9lev\u00e9s puis sont tomb\u00e9s ; l’Espagne s’est \u00e9lev\u00e9e et est devenue le centre du pouvoir avant de tomber ; et les Anglais se sont \u00e9lev\u00e9s ; la Premi\u00e8re Guerre mondiale a mis fin aux monarchies ; les Britanniques ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par les Am\u00e9ricains en tant que leaders mondiaux ; puis la guerre froide russo-am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 remport\u00e9e par les Am\u00e9ricains. Mais toutes ces \u00e9volutions sont rest\u00e9es dans le cadre de notre logique occidentale.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et c’est ce \u00e0 quoi nous devons faire face, car le monde occidental n’est pas remis en question de l’int\u00e9rieur, et la logique du changement a donc \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9e. Ce dont je parle, et ce \u00e0 quoi nous sommes confront\u00e9s, est en fait un changement de syst\u00e8me global. Et c’est un processus qui vient d’Asie. Pour dire les choses succinctement et primitivement, au cours des prochaines d\u00e9cennies \u2014 ou peut-\u00eatre des prochains si\u00e8cles, car le syst\u00e8me mondial pr\u00e9c\u00e9dent a \u00e9t\u00e9 en place pendant cinq cents ans \u2014 le centre dominant du monde sera l’Asie : La Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Indon\u00e9sie, et j’en passe. Ils ont d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9 leurs formes et leurs plateformes. Il y a cette formation des BRICS dans laquelle ils sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents. Il y a aussi l’Organisation de coop\u00e9ration de Shanghai, au sein de laquelle ces pays construisent la nouvelle \u00e9conomie mondiale. <\/p>\n\n\n\n Je pense qu’il s’agit d’un processus in\u00e9vitable, car l’Asie poss\u00e8de l’avantage d\u00e9mographique, l’avantage technologique dans un nombre croissant de domaines, l’avantage en termes de capitaux, et elle est en train d’\u00e9quilibrer sa puissance militaire avec celle de l’Occident. L’Asie aura \u2014 ou a peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 \u2014 le plus d’argent, les plus grands fonds financiers, les plus grandes entreprises du monde, les meilleures universit\u00e9s, les meilleurs instituts de recherche et les plus grandes bourses financi\u00e8res. Elle aura \u2014 ou a d\u00e9j\u00e0 \u2014 la recherche spatiale la plus avanc\u00e9e et la science m\u00e9dicale la plus avanc\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n En outre, nous, Occidentaux \u2014 et m\u00eame les Russes \u2014, avons \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s passivement dans cette nouvelle entit\u00e9 qui prend forme. La question est de savoir si le processus est r\u00e9versible ou non \u2014 et s\u2019il ne l\u2019est pas, quand il est devenu irr\u00e9versible. Je pense que cela s’est produit en 2001, lorsque l’Occident a d\u00e9cid\u00e9 d’inviter la Chine \u00e0 rejoindre l’Organisation mondiale du commerce, mieux connue sous le nom d’OMC. Depuis lors, ce processus est presque inarr\u00eatable et irr\u00e9versible.<\/p>\n\n\n\n On est ici au c\u0153ur du discours du Premier ministre hongrois. Pour lui, l\u2019histoire du monde se trouve \u00e0 un tournant : la s\u00e9quence ouverte par la chute de Constantinople et le d\u00e9but de l\u2019ouverture de l\u2019Europe de l\u2019Ouest \u00e0 l\u2019Oc\u00e9an Atlantique toucherait \u00e0 sa fin. Dans ce cadre, les conditions de la prosp\u00e9rit\u00e9 colossale du monde occidentale serait fragilis\u00e9e, ouvrant une p\u00e9riode de crise mais aussi de nouvelles opportunit\u00e9s pour les pays capables de lire la nouvelle donne. <\/p>\n\n\n\n Le pr\u00e9sident Trump s’efforce de trouver la r\u00e9ponse am\u00e9ricaine \u00e0 cette situation. En fait, la tentative de Donald Trump est probablement la derni\u00e8re chance pour les \u00c9tats-Unis de conserver leur supr\u00e9matie mondiale. Nous pourrions dire que quatre ans ne suffisent pas, mais si vous regardez le vice-pr\u00e9sident qu\u2019il a choisi, un homme jeune et tr\u00e8s fort, si Donald Trump gagne maintenant, dans quatre ans son vice-pr\u00e9sident se pr\u00e9sentera. Il pourra effectuer deux mandats, ce qui fera un total de douze ans. Et en douze ans, une strat\u00e9gie nationale pourra \u00eatre mise en \u0153uvre. Je suis convaincu que beaucoup de gens pensent que si Donald Trump revient \u00e0 la Maison Blanche, les Am\u00e9ricains voudront conserver leur supr\u00e9matie mondiale en maintenant leur position dans le monde. <\/p>\n\n\n\n Je pense que c’est une erreur. Bien s\u00fbr, personne ne renonce \u00e0 ses positions de son propre chef, mais ce ne sera pas l’objectif le plus important. Au contraire, la priorit\u00e9 sera de reconstruire et de renforcer l’Am\u00e9rique du Nord. Il s’agit non seulement des \u00c9tats-Unis, mais aussi du Canada et du Mexique, car ils forment ensemble un espace \u00e9conomique. La place de l’Am\u00e9rique dans le monde sera moins importante. Il faut prendre au s\u00e9rieux ce que dit le pr\u00e9sident : \u00ab L’Am\u00e9rique d’abord, tout ce qui est ici, tout reviendra \u00e0 la maison ! \u00bb. C’est pourquoi une capacit\u00e9 \u00e0 lever des capitaux de partout est en train de se d\u00e9velopper. <\/p>\n\n\n\n Nous en souffrons d\u00e9j\u00e0 : les grandes entreprises europ\u00e9ennes n’investissent pas en Europe, mais en Am\u00e9rique, parce que la capacit\u00e9 d’attirer des capitaux semble se profiler \u00e0 l’horizon. Elles vont \u00e9craser le prix de tout pour tout le monde. Je ne sais pas si vous avez lu ce que le pr\u00e9sident a dit. Par exemple, ils ne sont pas une compagnie d’assurance, et si Ta\u00efwan veut de la s\u00e9curit\u00e9, elle doit payer. Ils feront payer le prix de la s\u00e9curit\u00e9 aux Europ\u00e9ens, \u00e0 l’OTAN et \u00e0 la Chine ; ils parviendront \u00e9galement \u00e0 un \u00e9quilibre commercial avec la Chine par le biais de n\u00e9gociations et le modifieront en faveur des \u00c9tats-Unis. Ils d\u00e9clencheront un d\u00e9veloppement massif des infrastructures, de la recherche militaire et de l’innovation aux \u00c9tats-Unis. Ils atteindront \u2014 ou auront peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 atteint \u2014 l’autosuffisance \u00e9nerg\u00e9tique et en mati\u00e8res premi\u00e8res ; enfin, ils s’am\u00e9lioreront sur le plan id\u00e9ologique, en renon\u00e7ant \u00e0 l’exportation de la d\u00e9mocratie. L’Am\u00e9rique d’abord. L’exportation de la d\u00e9mocratie est termin\u00e9e. Telle est l’essence de l’exp\u00e9rience men\u00e9e par l’Am\u00e9rique en r\u00e9ponse \u00e0 la situation d\u00e9crite ici.<\/p>\n\n\n\n Quelle est la r\u00e9ponse europ\u00e9enne au changement du syst\u00e8me mondial ? Deux options s’offrent \u00e0 nous. La premi\u00e8re est ce que nous appelons \u00ab le mus\u00e9e \u00e0 ciel ouvert \u00bb. C’est ce que nous avons aujourd’hui. Nous nous dirigeons vers cette option. L’Europe, absorb\u00e9e par les \u00c9tats-Unis, restera dans un r\u00f4le sous-d\u00e9velopp\u00e9. Ce sera un continent qui \u00e9merveille le monde, mais qui n’a plus en lui la dynamique du d\u00e9veloppement. La deuxi\u00e8me option, annonc\u00e9e par le Pr\u00e9sident Macron, est l’autonomie strat\u00e9gique. En d’autres termes, nous devons entrer dans la comp\u00e9tition du changement de syst\u00e8me global. Apr\u00e8s tout, c’est ce que font les \u00c9tats-Unis, selon leur propre logique. Et nous parlons bien de 400 millions de personnes. Il est possible de recr\u00e9er la capacit\u00e9 de l’Europe \u00e0 attirer des capitaux, et il est possible de ramener des capitaux d’Am\u00e9rique. Il est possible de r\u00e9aliser de grands d\u00e9veloppements d’infrastructures, notamment en Europe centrale \u2014 le TGV Budapest-Bucarest et le TGV Varsovie-Budapest, pour ne citer que ceux dans lesquels nous sommes engag\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n Nous avons besoin d’une alliance militaire europ\u00e9enne avec une industrie de d\u00e9fense europ\u00e9enne forte, de la recherche et de l’innovation. Nous avons besoin de l’autosuffisance \u00e9nerg\u00e9tique de l’Europe, qui ne sera pas possible sans l’\u00e9nergie nucl\u00e9aire. Et apr\u00e8s la guerre, nous avons besoin d’une nouvelle r\u00e9conciliation avec la Russie. Cela signifie que l’Union europ\u00e9enne doit renoncer \u00e0 ses ambitions en tant que projet politique, qu’elle doit se renforcer en tant que projet \u00e9conomique et qu’elle doit se cr\u00e9er en tant que projet de d\u00e9fense. Dans les deux cas \u2014 le mus\u00e9e \u00e0 ciel ouvert ou si nous rejoignons la comp\u00e9tition \u2014, nous devons nous pr\u00e9parer au fait que l’Ukraine ne sera pas membre de l’OTAN ou de l’Union europ\u00e9enne, parce que nous, Europ\u00e9ens, n’avons pas assez d’argent pour cela. <\/p>\n\n\n\n L’Ukraine redeviendra un \u00c9tat tampon. Si elle a de la chance, cela s’accompagnera de garanties de s\u00e9curit\u00e9 internationales, qui seront inscrites dans un accord entre les \u00c9tats-Unis et la Russie, auquel nous, Europ\u00e9ens, pourrons peut-\u00eatre participer. L’exp\u00e9rience polonaise \u00e9chouera, parce qu’ils n’en ont pas les moyens : ils devront retourner en Europe centrale et dans le V4. Attendons donc le retour des fr\u00e8res et s\u0153urs polonais. La deuxi\u00e8me pr\u00e9sentation est termin\u00e9e. Il n’en reste plus qu’une. Il s’agit de la Hongrie.<\/p>\n\n\n\n Que doit faire la Hongrie dans cette situation ? Tout d’abord, rappelons le triste fait qu’il y a cinq cents ans, lors du dernier changement de syst\u00e8me mondial, l’Europe \u00e9tait la gagnante et la Hongrie la perdante. C’\u00e9tait une \u00e9poque o\u00f9, gr\u00e2ce aux d\u00e9couvertes g\u00e9ographiques, un nouvel espace \u00e9conomique s’est ouvert dans la moiti\u00e9 occidentale de l’Europe \u2014 un espace auquel nous n’avons absolument pas pu participer. Malheureusement pour nous, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, un conflit civilisationnel a \u00e9galement frapp\u00e9 \u00e0 notre porte, avec l’arriv\u00e9e de la conqu\u00eate islamique en Hongrie, qui a fait de notre pays une zone de guerre pendant de nombreuses ann\u00e9es. Cette situation a entra\u00een\u00e9 une \u00e9norme perte de population, ce qui a conduit \u00e0 une r\u00e9installation \u2014 dont nous pouvons constater les cons\u00e9quences aujourd’hui. Malheureusement, nous n’avons pas eu la capacit\u00e9 de sortir de cette situation par nos propres moyens. Nous n’avons pas pu nous lib\u00e9rer, et c’est ainsi que pendant plusieurs si\u00e8cles, nous avons \u00e9t\u00e9 annex\u00e9s au monde germanique des Habsbourg.<\/p>\n\n\n\n Rappelons-nous \u00e9galement qu’il y a cinq cents ans, l’\u00e9lite hongroise comprenait parfaitement ce qui se passait. Elle comprenait la nature du changement, mais ne disposait pas des moyens qui lui auraient permis de pr\u00e9parer le pays \u00e0 ce changement. C’est la raison pour laquelle les tentatives d’\u00e9largir l’espace \u2014 l’espace politique, \u00e9conomique et militaire \u2014, d’\u00e9viter les probl\u00e8mes et de se sortir de cette situation ont \u00e9chou\u00e9. C’est ce qu’a tent\u00e9 de faire le roi Matthias, qui, suivant l’exemple de Sigismond, a cherch\u00e9 \u00e0 devenir empereur du Saint-Empire romain germanique et \u00e0 impliquer ainsi la Hongrie dans le changement du syst\u00e8me mondial. Cette tentative a \u00e9chou\u00e9. Mais j’inclurais \u00e9galement ici la tentative de faire nommer Tam\u00e1s Bak\u00f3cz comme Pape, ce qui nous aurait donn\u00e9 une autre opportunit\u00e9 de devenir un gagnant dans ce changement de syst\u00e8me global. Mais ces tentatives n’ont pas abouti. C’est pourquoi le symbole hongrois de cette \u00e9poque, le symbole de l’\u00e9chec hongrois, est [la d\u00e9faite militaire \u00e0] Moh\u00e1cs. En d’autres termes, le d\u00e9but de la domination de l’Occident sur le monde a co\u00efncid\u00e9 avec le d\u00e9clin de la Hongrie.<\/p>\n\n\n\n C’est important, car nous devons maintenant clarifier notre relation avec le nouveau changement de syst\u00e8me mondial. Deux possibilit\u00e9s s’offrent \u00e0 nous : S’agit-il d’une menace ou d’une opportunit\u00e9 pour la Hongrie ? S’il s’agit d’une menace, nous devons poursuivre une politique de protection du statu quo : nous devons nager avec les \u00c9tats-Unis et l’Union europ\u00e9enne, et nous devons identifier nos int\u00e9r\u00eats nationaux avec l’une ou les deux branches de l’Occident. Si nous ne voyons pas cela comme une menace mais comme une opportunit\u00e9, nous devons tracer notre propre voie de d\u00e9veloppement, op\u00e9rer des changements et prendre l’initiative. <\/p>\n\n\n\n En d’autres termes, il vaudra la peine de poursuivre une politique orient\u00e9e vers le pays. Je crois en cette derni\u00e8re, j’appartiens \u00e0 cette \u00e9cole : le changement actuel du syst\u00e8me mondial n’est pas une menace \u2014 pas principalement \u2014, mais plut\u00f4t une opportunit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Alors que la fin du XVe si\u00e8cle avait ouvert une phase de d\u00e9clin pour le peuple hongrois, enferm\u00e9 dans un territoire trop petit, menac\u00e9 par la pouss\u00e9e ottomane et trop \u00e9loign\u00e9 du formidable d\u00e9veloppement de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, cette histoire doit aujourd\u2019hui \u00eatre \u00e9rig\u00e9e en feuille de route g\u00e9opolitique. Dans ces conditions, il faut tout faire pour que la Hongrie ne se retrouve pas \u00e0 nouveau \u00e0 subir la pression imp\u00e9riale. Les exemples de Matthias Corvin (1443-1490) et du cardinal Tam\u00e1s Bak\u00f3cz (1442-1521), qui fut un candidat s\u00e9rieux au conclave de 1513, sont l\u00e0 pour rappeler les occasions manqu\u00e9es par la Hongrie au moment o\u00f9 l\u2019Europe de l\u2019Ouest s\u2019appr\u00eatait \u00e0 entrer dans une p\u00e9riode de croissance sans pr\u00e9c\u00e9dent. <\/p>\n\n\n\n Le Premier ministre hongrois entend faire mieux, et obtenir une place \u00e0 la table o\u00f9 s\u2019\u00e9laborera le futur. Cela passe notamment par un usage astucieux des institutions existantes pour servir les ambitions de son pays. On touche ici \u00e0 l\u2019ADN strat\u00e9gique de Viktor Orb\u00e1n. Contrairement \u00e0 d\u2019autres dirigeants nationalistes en Europe, celui-ci a par exemple toujours consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il fallait rester membre de l\u2019Union pour pouvoir effectivement peser sur les orientations g\u00e9n\u00e9rales du continent.<\/p>\n\n\n\n Si nous voulons toutefois mener une politique nationale ind\u00e9pendante, la question est de savoir si nous disposons des conditions minimales n\u00e9cessaires. En d’autres termes, risquons-nous de nous faire marcher dessus \u2014 ou plut\u00f4t d’\u00eatre pi\u00e9tin\u00e9s ? La question est donc de savoir si nous disposons ou non des conditions n\u00e9cessaires pour tracer notre propre voie dans nos relations avec les \u00c9tats-Unis, l’Union europ\u00e9enne et l’Asie.<\/p>\n\n\n\n En r\u00e9sum\u00e9, je ne peux que constater que l’\u00e9volution aux \u00c9tats-Unis nous est favorable. Je ne pense pas que nous recevrons des \u00c9tats-Unis une offre \u00e9conomique et politique qui nous offrira une meilleure opportunit\u00e9 que l’adh\u00e9sion \u00e0 l’Union europ\u00e9enne. Si nous en recevons une, nous devrions la prendre en consid\u00e9ration. Bien s\u00fbr, il faut \u00e9viter le pi\u00e8ge polonais : ils ont beaucoup mis\u00e9 sur une carte, mais il y avait un gouvernement d\u00e9mocrate en Am\u00e9rique ; ils ont \u00e9t\u00e9 aid\u00e9s dans leurs objectifs strat\u00e9giques nationaux, mais ils sont soumis \u00e0 l’imposition d’une politique d’exportation de la d\u00e9mocratie, de LGBTQ, de migration et de transformation sociale interne qui risque en fait de leur faire perdre leur identit\u00e9 nationale. Par cons\u00e9quent, si l’Am\u00e9rique nous fait une offre, nous devons l’examiner attentivement.<\/p>\n\n\n\n
C\u2019est ce coup de force de l\u2019ex\u00e9cutif qu\u2019appelle Viktor Orb\u00e1n de ses v\u0153ux, en Hongrie, bien s\u00fbr, o\u00f9 ce processus est bien enclench\u00e9, mais aussi en Europe de l\u2019Ouest et surtout aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 la paire Trump\/Vance serait la derni\u00e8re chance des \u00c9tats-Unis de contrer son d\u00e9clin.<\/p>\n\n\n\n
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