{"id":239415,"date":"2024-07-27T06:00:00","date_gmt":"2024-07-27T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=239415"},"modified":"2024-08-08T20:02:50","modified_gmt":"2024-08-08T18:02:50","slug":"mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/","title":{"rendered":"\u00ab Mon Paris \u00bb, Grand Tour avec Michelle Perrot"},"content":{"rendered":"\n

Notre iconique s\u00e9rie estivale Grand Tour<\/a> revient ce matin. Apr\u00e8s ce premier \u00e9pisode avec Michelle Perrot sur Paris, elle nous portera de J\u00e9rusalem \u00e0 Johannesburg en passant par plusieurs villes, vall\u00e9es et villages de Toscane, le front de mer \u00e0 Oran\u2014et bien d\u2019autres lieux encore. Pour d\u00e9couvrir les saisons pr\u00e9c\u00e9dentes, c\u2019est par ici<\/a> et par l\u00e0 pour nous soutenir<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n

\u00c0 quand remontent vos liens familiaux avec Paris ?<\/h3>\n\n\n\n

Je suis n\u00e9e \u00e0 Paris, dans le XIIe<\/sup> arrondissement, en 1928. Femme moderne, ma m\u00e8re, ne souhaitait pas accoucher chez elle mais dans un lieu s\u00e9curis\u00e9, hygi\u00e9nique, intime et f\u00e9minin. Elle a choisi les Diaconesses de la rue du sergent Bauchat. Comme nombre de Parisiens, mes parents \u00e9taient des Parisiens r\u00e9cents, mon p\u00e8re n\u2019\u00e9tant d\u2019ailleurs pas n\u00e9 \u00e0 Paris, mais en Anjou. Mon grand-p\u00e8re maternel, tourangeau, \u00e9tait venu \u00e0 Paris vers l\u2019\u00e2ge de 25 ans et s\u2019y \u00e9tait fix\u00e9, devenant ing\u00e9nieur de la ville de Paris, fou de cette ville qui l\u2019a totalement int\u00e9gr\u00e9. Il a fait l\u2019essentiel de sa carri\u00e8re \u00e0 la mairie du XIIIe<\/sup> arrondissement, o\u00f9 il avait la charge des plantations. On lui doit notamment l\u2019am\u00e9nagement de la Poterne des peupliers et de la passerelle de Rungis. \u00c9cologiste avant la lettre, il \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00e9occup\u00e9 de l\u2019importance des arbres, de la pr\u00e9servation et de l\u2019introduction de la nature dans la capitale. Il habitait en haut de l\u2019avenue des Gobelins, presque sur la Place d\u2019Italie, quartier que j\u2019ai donc beaucoup fr\u00e9quent\u00e9 durant mon enfance, notamment les week-ends que je passais souvent chez lui. Zone de migrants assez pauvres, presqu\u2019en limite de la ville, ce quartier  a \u00e9t\u00e9 important pour moi. Tous les ans, s\u2019y tenait une foire : on y installait des estrades sur lesquelles se produisaient des danseuses ; une petite danseuse en tutu, experte en pointes, m\u2019a beaucoup fait r\u00eaver. L\u2019une des voisines de mon grand-p\u00e8re, mademoiselle Misoul, une Auvergnate, se glorifiait d\u2019avoir connu L\u00e9nine.<\/p>\n\n\n\n

Veuf \u00e0 cinquante ans, mon grand-p\u00e8re a \u00e9lev\u00e9 seul ses trois enfants, avec l\u2019aide de ma m\u00e8re, seule fille entre deux gar\u00e7ons, devenue \u00e0 seize ans ma\u00eetresse de maison et responsable de son jeune fr\u00e8re, un garnement qui lui a donn\u00e9 beaucoup de soucis. R\u00e9publicain convaincu, pur produit de la \u00ab m\u00e9ritocratie r\u00e9publicaine \u00bb, mon grand-p\u00e8re tenait \u00e0 l\u2019enseignement public et la\u00efque : ses fils \u00e0 Henri IV, ma m\u00e8re \u00e0 F\u00e9nelon, l\u2019un des premiers lyc\u00e9es ouverts aux filles. Ma m\u00e8re m\u2019a transmis de nombreux souvenirs du Paris de cette \u00e9poque, de la vie quotidienne (comment prendre un bain dans un appartement sans salle de bains) et des \u00e9v\u00e9nements comme la grande crue de 1910 : il fallait prendre une barque pour aller au lyc\u00e9e. Le jour de l\u2019armistice de novembre 1918, elle avait pour mission d\u2019orner le balcon de l\u2019avenue des Gobelins de drapeaux tricolores au signal donn\u00e9 par mon grand-p\u00e8re, en face, depuis la mairie. Mon p\u00e8re, lui, n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9 \u00e0 Paris, mais dans le Saumurois. Il avait fait la Grande Guerre et ce n\u2019est qu\u2019ensuite qu\u2019il s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Paris. Cette mont\u00e9e \u00e0 la capitale a \u00e9t\u00e9 pour lui, je crois, comme une revanche sur ses quatre ann\u00e9es dans les tranch\u00e9es. Il y a rencontr\u00e9 ma m\u00e8re, avec laquelle il a form\u00e9 un couple tr\u00e8s amoureux. Ils se sont mari\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint M\u00e9dard et c\u2019est une des rares photos que j\u2019ai d\u2019eux. Ils fr\u00e9quentaient assid\u00fbment les th\u00e9\u00e2tres, adoraient Jouvet, les Pito\u00ebff, Jo Bouillon et son orchestre. Gr\u00e2ce \u00e0 eux et \u00e0 leur soif de bonheur inassouvi,  je conserve une image joyeuse et vivante du Paris de ces ann\u00e9es-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n

Outre le quartier des Gobelins, quels ont \u00e9t\u00e9 les lieux clefs de votre enfance parisienne ?<\/h3>\n\n\n\n

Le Paris de mon enfance, ce fut d\u2019abord Clichy, o\u00f9 mes parents s\u2019\u00e9taient install\u00e9s. Bien qu\u2019alors tr\u00e8s jeune, je me souviens de notre appartement, du jardin public que je fr\u00e9quentais assid\u00fbment et d\u2019un troisi\u00e8me lieu qui m\u2019apparaissait plus myst\u00e9rieux : le logement de la bonne que nous employions, qui vivait tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Ma m\u00e8re ne voulait pas que j\u2019y aille et chacune de mes visites avait donc des allures de transgression. Nous avons quitt\u00e9 Clichy en 1932 (j\u2019avais quatre ans) pour nous installer rue Greneta, dans le IIe<\/sup> arrondissement. C\u2019\u00e9tait le Paris des Halles. Tout le quartier \u00e9tait litt\u00e9ralement envahi par elles. Mon p\u00e8re avait un moment song\u00e9 \u00e0 \u00eatre mandataire aux Halles, mais il s\u2019est finalement \u00e9tabli comme \u00ab marchand de cuirs et peaux \u00bb au 163 de la rue Saint-Denis. Dans une impasse, il avait  un grand entrep\u00f4t empli de \u00ab c\u00f4tes \u00bb de cuir, qu\u2019il allait s\u00e9lectionner dans les tanneries de province, \u00e0 Autun notamment, dans lesquelles il d\u00e9coupait des pi\u00e8ces pour ses clients cordonniers. Il r\u00e9gnait dans ce magasin une odeur tr\u00e8s particuli\u00e8re de cuir et de peaux. C\u2019\u00e9tait un quartier tr\u00e8s populaire : il y avait l\u00e0 les travailleurs des Halles, des petits artisans, des commer\u00e7ants\u2026 et aussi beaucoup de prostitution. Je ne me suis rendu compte de l\u2019existence de cette derni\u00e8re activit\u00e9 que bien plus tard lorsqu\u2019un jour, alors que je devais avoir seize ans, attendant ma m\u00e8re devant la boutique de mon p\u00e8re, une femme m\u2019a abord\u00e9e en me demandant : \u00ab T\u2019es nouvelle ? \u00bb. J\u2019avais v\u00e9cu dans ce milieu, vu et per\u00e7u des choses, mais comme elles n\u2019\u00e9taient ni qualifi\u00e9es ni r\u00e9prouv\u00e9es, je ne m\u2019en \u00e9tais pas vraiment rendu compte. Ce Paris aujourd\u2019hui compl\u00e8tement disparu \u00e9tait tr\u00e8s populaire et gai.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Occupation se manifestait d\u2019abord par cette omnipr\u00e9sence physique des Allemands, les affiches dans le m\u00e9tro\u2026 Mais c\u2019\u00e9tait aussi plus g\u00e9n\u00e9ralement un changement d\u2019atmosph\u00e8re.<\/p>Michelle Perrot<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous fr\u00e9quentiez l\u2019\u00e9cole de ce quartier ?<\/h3>\n\n\n\n

Mes parents souhaitaient m\u2019inscrire \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique mais ma grand-m\u00e8re paternelle, jugeant mes parents trop m\u00e9cr\u00e9ants pour mon \u00e9ducation religieuse, sugg\u00e9ra de me confier, au moins jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re communion, \u00e0 l\u2019Ordre de la Retraite d\u2019Angers, qui avait justement un cours priv\u00e9, 35 rue de Chabrol, non loin de la gare du Nord. En d\u00e9finitive, j\u2019ai fait toute ma scolarit\u00e9 au Cours Bossuet, chez les religieuses. Pour aller de la rue Greneta \u00e0 la rue de Chabrol, je traversais donc le quartier chaque jour p\u00e9destrement, et c\u2019est en l\u2019arpentant que j\u2019ai appris \u00e0 le conna\u00eetre et \u00e0 l\u2019aimer intimement. Avec la bonne qui venait me chercher apr\u00e8s les cours, nous fl\u00e2nions passage Brady. Nous nous arr\u00eations souvent au coin de la rue R\u00e9aumur et de la rue Saint-Denis pour \u00e9couter le chanteur de rue qui, pour quelques sous, vendait les feuilles des chansons, tr\u00e8s sentimentales, que le public reprenait en ch\u0153ur. Le dimanche, mon grand-p\u00e8re, missionn\u00e9 \u00e0 cet effet, m\u2019emmenait \u00e0 la messe \u2014 \u00e0 laquelle mes parents n\u2019allaient pas et lui non plus \u2014 \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint-Nicolas-des-Champs ou \u00e0 Saint-Eustache. Tr\u00e8s t\u00f4t, la contradiction s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n

Avez-vous des souvenirs des soubresauts politiques dont Paris fut le th\u00e9\u00e2tre dans les ann\u00e9es 1930 ?<\/h3>\n\n\n\n

Mon premier souvenir politique remonte \u00e0 f\u00e9vrier 1934. Je suis dans l\u2019appartement familial de la rue Greneta avec Madame Braquemont, une dame qui venait faire des travaux de couture ; ma m\u00e8re arrive, boulevers\u00e9e, disant qu\u2019une \u00e9meute a \u00e9clat\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s et qu\u2019il y a des morts. J\u2019avais six ans, mais je me souviens distinctement de cette sc\u00e8ne. Ma m\u00e8re devait \u00eatre tr\u00e8s anxieuse et cette anxi\u00e9t\u00e9 a d\u00fb m\u2019impressionner. <\/p>\n\n\n\n

J\u2019ai des souvenirs plus pr\u00e9cis du Front populaire. En 1936, il y avait beaucoup de petits ateliers de couture dans le quartier du Sentier, o\u00f9 nous vivions. Les couturi\u00e8res occupaient leurs ateliers, elles avaient mis des banderoles, chantaient, il y avait des manifestations. J\u2019avais huit ans et je ne comprenais pas pourquoi mes parents avaient l\u2019air inquiet. Je trouvais pour ma part cela tr\u00e8s dr\u00f4le, le quartier \u00e9tait plus vivant que jamais. Mon p\u00e8re vendait du cuir \u00e0 des cordonniers, dont beaucoup \u00e9taient des r\u00e9fugi\u00e9s espagnols, tr\u00e8s impliqu\u00e9s dans le mouvement. Un des clients de mon p\u00e8re, un certain monsieur Arago, cherchait \u00e0 le convertir au marxisme en lui pr\u00eatant des petites brochures. Mon p\u00e8re m\u2019a dit plus tard que la premi\u00e8re fois qu\u2019il avait entendu parler de la plus-value, c\u2019\u00e9tait par ce cordonnier espagnol. Les fronti\u00e8res de classes n\u2019\u00e9taient pas totalement \u00e9tanches. Mes parents, qui appartenaient \u00e0 la moyenne bourgeoisie, \u00e9changeaient avec des ouvriers. Des \u00e9changes qui ont toutefois \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement stopp\u00e9s par la guerre, d\u2019autant que nous n\u2019avions plus de cuir \u00e0 vendre du fait des p\u00e9nuries. Il fallait des tickets. Mon p\u00e8re ne faisait plus rien et d\u00e9primait.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 l\u2019adolescence, vous avez quitt\u00e9 ce quartier parisien que vous aimiez pour aller vivre en banlieue. Comment avez-vous v\u00e9cu ce d\u00e9m\u00e9nagement et en quoi a-t-il affect\u00e9 votre rapport \u00e0 Paris ?<\/h3>\n\n\n\n

En 1939, nous avons effectivement quitt\u00e9 Paris pour nous installer en banlieue nord, \u00e0 Montmorency. Mon p\u00e8re disait qu\u2019il avait besoin d\u2019air, qu\u2019il trouvait la vie parisienne \u00e9touffante. Il a toutefois gard\u00e9 sa boutique dans le centre de Paris et j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter le Cours Bossuet. Le lien avec la capitale n\u2019\u00e9tait donc pas rompu, mais le rapport avec elle \u00e9tait d\u00e9sormais pendulaire, rythm\u00e9 par les allers-retours en train. \u00c0 Montmorency, o\u00f9 mes parents avaient lou\u00e9 une\u00a0belle demeure entour\u00e9e d\u2019un immense jardin, je me suis sentie en exil. J\u2019ai toujours regrett\u00e9 le centre de Paris, alors m\u00eame que nous \u00e9tions incontestablement beaucoup mieux log\u00e9s dans notre maison de banlieue. Pour aller \u00e0 Paris, je descendais \u00e0 pied \u00e0 la gare d\u2019Enghien d\u2019o\u00f9 je prenais le train pour la gare du Nord et, de l\u00e0, il me fallait encore marcher jusqu\u2019au Cours Bossuet. \u00c0 compter de ce moment, je n\u2019ai plus \u00e9prouv\u00e9 le sentiment de familiarit\u00e9 avec Paris que j\u2019avais durant mon enfance. Paris est devenu plus lointain, regrett\u00e9 et je ressentais une nostalgie de mon quartier.<\/p>\n\n\n\n

Mon premier souvenir politique remonte \u00e0 f\u00e9vrier 1934. Je suis dans l\u2019appartement familial de la rue Greneta avec Madame Braquemont, une dame qui venait faire des travaux de couture ; ma m\u00e8re arrive, boulevers\u00e9e, disant qu\u2019une \u00e9meute a \u00e9clat\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s<\/p>Michelle Perrot<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quels souvenirs gardez-vous de l\u2019occupation allemande de Paris ?<\/h3>\n\n\n\n

D\u2019abord celui de l\u2019exode. Nous avons fui en famille en juin 1940 et avons fait la route dans la Citro\u00ebn de mon p\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re espagnole. En septembre, nous sommes finalement revenus \u00e0 Montmorency o\u00f9 nous avons trouv\u00e9 notre maison occup\u00e9e par les Allemands. Il a donc fallu tenter de la r\u00e9cup\u00e9rer. Ma m\u00e8re, craignant les acc\u00e8s de col\u00e8re de mon p\u00e8re, s\u2019est charg\u00e9e de d\u00e9marcher les occupants ; je l\u2019accompagnais. Je me souviens, comme d\u2019une br\u00fblure, du regard condescendant et concupiscent que ces Allemands ont alors port\u00e9 sur cette belle jeune femme. Ils avaient \u00e0 cette \u00e9poque des consignes de \u00ab correction \u00bb et nous avons donc pu reprendre possession de notre domicile. Mais les Allemands n\u2019en \u00e9taient pas moins omnipr\u00e9sents. Nous les voyions tous les soirs qui passaient, faisant leurs rondes en chantant, sur l\u2019avenue de Paris, devant chez nous. Si vous aviez le malheur de laisser une lumi\u00e8re allum\u00e9e la nuit, ils d\u00e9barquaient pour vous r\u00e9primander et s\u2019assurer que vous n\u2019\u00e9tiez pas en train de faire un signal. Ce qui \u00e9tait vrai \u00e0 Montmorency l\u2019\u00e9tait plus encore \u00e0 Paris : l\u2019Occupation se manifestait d\u2019abord par cette omnipr\u00e9sence physique des Allemands, les affiches dans le m\u00e9tro\u2026 Mais c\u2019\u00e9tait aussi plus g\u00e9n\u00e9ralement un changement d\u2019atmosph\u00e8re. Le discours des religieuses du Cours Bossuet a totalement chang\u00e9. Vichy avait donn\u00e9 \u00e0 ces \u00ab s\u00e9cues \u00bb, comme on disait, le droit de remettre le costume religieux ; \u00e0 la rentr\u00e9e 1940, elles sont revenues en cornettes et converties au Mar\u00e9chal, temp\u00e9r\u00e9es cependant par l\u2019une d\u2019entre elles, qui s\u2019est av\u00e9r\u00e9e r\u00e9sistante ; nous l\u2019avons appris plus tard. Elles se sont mises \u00e0 nous tenir un discours de la culpabilit\u00e9 : si nous avions perdu la guerre, c\u2019est parce que nos parents n\u2019avaient pas fait assez d\u2019enfants et notre g\u00e9n\u00e9ration devait se sacrifier pour se racheter. J\u2019en ai con\u00e7u un tel sentiment de culpabilit\u00e9 que je ne voulais plus manger. J\u2019ai plong\u00e9 quelque temps dans l\u2019anorexie.<\/p>\n\n\n\n

La Lib\u00e9ration est venue rompre ce nouvel ordre.<\/h3>\n\n\n\n

Je n\u2019ai pas assist\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration de la capitale car Montmorency a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 plus tard. Les Allemands y ont livr\u00e9 une derni\u00e8re bataille qui a dur\u00e9 une quinzaine de jours. Nous vivions coup\u00e9s de la capitale, r\u00e9fugi\u00e9s dans la cave lorsque les combats se rapprochaient de notre maison. Nous entendions \u00e0 la radio les cloches qui c\u00e9l\u00e9braient la lib\u00e9ration de Paris alors que nous \u00e9tions encore occup\u00e9s. Depuis le surplomb de Montmorency, nous voyions les bombardements des usines de Saint-Denis : c\u2019\u00e9tait un incendie terrible et magnifique.<\/p>\n\n\n\n

Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s un passage par la province que vous retrouvez Paris intra-muros, dans les ann\u00e9es 1950.<\/h3>\n\n\n\n

Le propri\u00e9taire auquel mes parents louaient la maison de Montmorency ayant d\u00e9cid\u00e9 de la mettre en vente et mes parents n\u2019ayant pas les moyens ou le d\u00e9sir de l\u2019acqu\u00e9rir, ils sont retourn\u00e9s vivre \u00e0 Paris en 1951 o\u00f9 ils ont lou\u00e9 l\u2019appartement de la rue Madame, dont nous avons fait bien plus tard l\u2019acquisition, o\u00f9 je vis encore aujourd\u2019hui. Cette m\u00eame ann\u00e9e 1951, j\u2019obtiens mon agr\u00e9gation et suis nomm\u00e9e \u00e0 Caen. Ce n\u2019est qu\u2019en 1958 que j\u2019emm\u00e9nage rue Madame avec mon mari Jean-Claude Perrot, dans l\u2019appartement de mes parents. \u00c0 ce moment-l\u00e0, il y avait, d\u00e9j\u00e0, une terrible crise du logement \u00e0 Paris si bien que mes parents nous avaient propos\u00e9 de partager ce grand appartement. Ce qui ne devait \u00eatre qu\u2019une solution temporaire est devenue d\u00e9finitive \u00e0 la mort de mon p\u00e8re en 1961. Le 6e<\/sup> arrondissement constitue donc mon deuxi\u00e8me ancrage parisien.<\/p>\n\n\n\n

Dans le Paris d\u2019aujourd\u2019hui, il reste peu de traces mat\u00e9rielles du travail ouvrier d\u2019autrefois.<\/p>Michelle Perrot<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\u00c0 quoi ressemblait le 6e<\/sup> arrondissement de Paris dans les ann\u00e9es 1950 ?<\/h3>\n\n\n\n

C\u2019\u00e9tait un autre monde. L\u2019immeuble jouxtant celui o\u00f9 je r\u00e9side \u00e9tait encore occup\u00e9 par une usine, l\u2019imprimerie Lahure, qui fut un important p\u00f4le de diffusion d\u2019\u00e9crits r\u00e9volutionnaires en 1848. Il y avait donc dans ce quartier de nombreux ouvriers. Dans cet immeuble m\u00eame o\u00f9 je r\u00e9side, je me souviens d\u2019une Antillaise qui logeait au 5e<\/sup> \u00e9tage et \u00e9tait cuisini\u00e8re \u00e0 l\u2019imprimerie. L\u2019imprimerie a d\u00fb quitter le quartier car les machines \u00e9taient de plus en plus performantes\u2026 mais aussi bruyantes et nuisantes. L\u2019imprimerie a donc d\u00e9m\u00e9nag\u00e9, l\u2019usine a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9e, son tuyau d\u00e9truit (\u00e9trange spectacle que cet effondrement provoqu\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur) et on y a construit un immeuble d\u2019habitation. Outre la pr\u00e9sence ouvri\u00e8re aujourd\u2019hui r\u00e9volue, une autre caract\u00e9ristique de ce quartier dans les ann\u00e9es 1950, notamment du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Sulpice, \u00e9tait l\u2019omnipr\u00e9sence des dames pieuses que l\u2019on voyait aller \u00e0 la messe. Les ouvriers ont disparu les premiers, les petites dames en noir ensuite et d\u00e9sormais, on y croise surtout de jeunes cadres fortun\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

C\u2019\u00e9tait aussi un quartier de librairies ?<\/h3>\n\n\n\n

Jean-Claude \u00e9tait un bibliophile averti qui avait constitu\u00e9 une biblioth\u00e8que d\u2019ouvrages du XVIIIe<\/sup> si\u00e8cle, notamment d\u2019\u00e9conomie politique. Nous avions nou\u00e9 des liens avec de nombreux libraires d\u2019anciens, particuli\u00e8rement pr\u00e9sents dans le 6e<\/sup> arrondissement, dont ils ont pratiquement tous disparu aujourd\u2019hui. Nous fr\u00e9quentions notamment Lucien Scheller, install\u00e9 rue de Tournon, Jean Viardot rue de l\u2019\u00c9chaud\u00e9, Magis et Bernstein rue Gu\u00e9n\u00e9gaud\u2026 C\u2019\u00e9taient des gens formidables, tr\u00e8s cultiv\u00e9s, le plus souvent de gauche. Magis p\u00e8re, d\u2019abord libraire sur les quais, avait introduit le livre d\u2019\u00e9conomie politique ; il avait appel\u00e9 son fils Jean-Jacques. Bernstein s\u2019\u00e9tait cach\u00e9 durant toute la guerre, dans un grenier parisien,\u00a0fabriquant de faux papiers. Lucien Scheller \u00e9tait au c\u0153ur d\u2019un cercle intellectuel et litt\u00e9raire et en allant dans sa librairie, on rencontrait \u00c9luard ou Aragon. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement des boutiques, mais des lieux de discussion et d\u2019\u00e9changes. Et puis pour les livres neufs, il y avait bien s\u00fbr la librairie Maspero et celle des Puf place de la Sorbonne.<\/p>\n\n\n\n

Mais que signifie ce passage \u00e0 l\u2019histoire, sinon une disparition de la r\u00e9alit\u00e9 du monde ? Les changements d\u2019une ville, on les sent d\u2019abord sans les voir, on les per\u00e7oit, sans les analyser vraiment.<\/p>Michelle Perrot<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous avez donc v\u00e9cu la fin de ce Paris ouvrier auquel vous consacriez vos travaux d\u2019historienne.<\/h3>\n\n\n\n

Paris fut effectivement, notamment au XIXe<\/sup> si\u00e8cle, une ville ouvri\u00e8re et plus encore une ville de r\u00e9volutions, une ville politique. C\u2019\u00e9tait la capitale d\u2019un mouvement ouvrier qui n\u2019\u00e9tait pas encore centr\u00e9 sur l\u2019usine, mais plut\u00f4t sur les ateliers et l\u2019artisanat, sur des petites structures peupl\u00e9es d\u2019ouvriers tr\u00e8s qualifi\u00e9s et alphab\u00e9tis\u00e9s, ceux-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019ont si bien \u00e9tudi\u00e9s Jeanne Gaillard, Louis Chevalier, Jacques Rougerie et surtout Jacques Ranci\u00e8re dans La nuit des prol\u00e9taires<\/em><\/a>. C\u2019\u00e9tait un Paris ouvrier qui lisait, qui \u00e9crivait, qui r\u00e9fl\u00e9chissait beaucoup. Un Paris que j\u2019ai encore connu, o\u00f9 la classe ouvri\u00e8re n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e dans les banlieues comme elle le sera plus tard. Il en restait des traces, telles qu\u2019on peut en voir aujourd\u2019hui encore, par exemple, \u00e0 la Biblioth\u00e8que des amis de l\u2019instruction, rue de Turenne, fond\u00e9e \u00e0 la fin du Second Empire par des ouvriers d\u00e9sireux de mettre leurs ressources en commun pour acheter des livres. Autour de Jean Maitron, le fondateur du Dictionnaire biographique du<\/em> mouvement<\/em> ouvrier fran\u00e7ais, <\/em>on croisait Monatte ou Chambelland, animateurs du syndicalisme d\u2019action directe du d\u00e9but du XXe <\/sup>si\u00e8cle. Mais les traces s\u2019amenuisaient. Le pass\u00e9 devenait histoire, cette histoire qu\u2019Ernest Labrousse proposait \u00e0 ses \u00e9tudiants d\u2019\u00e9crire : \u00ab La classe ouvri\u00e8re a droit \u00e0 son histoire \u00bb, disait-il.\u00a0Mais que signifie ce passage \u00e0 l\u2019histoire, sinon une disparition de la r\u00e9alit\u00e9 du monde ? Les changements d\u2019une ville, on les sent d\u2019abord sans les voir, on les per\u00e7oit, sans les analyser vraiment. Dans le Paris d\u2019aujourd\u2019hui, il reste peu de traces mat\u00e9rielles du travail ouvrier d\u2019autrefois. Les lieux, les instruments, les gestes du travail d\u2019antan, les chansons, sont largement abolis, devenus objets de mus\u00e9es, plus tardivement que d\u2019autres parce que moins consid\u00e9r\u00e9s. Longtemps, l\u2019habitat s\u2019est mieux conserv\u00e9, mais lui aussi a \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9 par les normes d\u2019hygi\u00e8ne, les besoins de confort, une consommation urbaine de plus en plus avide.<\/p>\n\n\n\n

Votre installation dans le 6e<\/sup> arrondissement correspond \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 vous vous investissez dans la vie militante parisienne.<\/h3>\n\n\n\n

Nous \u00e9tions en effet, Jean-Claude et moi, de toutes les manifestations. En 1958, je venais de donner naissance \u00e0 ma fille et n\u2019ai donc pas pu prendre part aux manifestations contre la Ve R\u00e9publique. Mais j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 toutes celles contre la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. Et puis il y a bien s\u00fbr mai 1968. Paris est en \u00e9bullition. Je suis \u00e0 cette \u00e9poque assistante d\u2019Ernest Labrousse en Sorbonne. La Sorbonne est occup\u00e9e par des \u00e9tudiants que je connaissais tr\u00e8s bien et que je soutenais. Alain Krivine, par exemple, \u00e9tait un \u00e9tudiant de Labrousse et c\u2019est moi qui supervisais sa ma\u00eetrise. Il y avait d\u2019innombrables d\u00e9bats sur d\u2019innombrables sujets. Et des manifestations qui sillonnaient chaque jour le boulevard Saint-Michel. Je garde de 1968, comme de 1936, des souvenirs  joyeux, avec le sentiment d\u2019une coupure tr\u00e8s forte au sein de l\u2019universit\u00e9. Les assistants et ma\u00eetres assistants dont je faisais partie d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les professeurs, plus \u00e2g\u00e9s et plus r\u00e9serv\u00e9s de l\u2019autre. Les professeurs nous demandaient surtout de faire attention aux livres que du reste les occupants respectaient. La Sorbonne \u00e9tait aussi un th\u00e9\u00e2tre, une sc\u00e8ne, o\u00f9 chacun jouait son r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n

Paris fut, notamment au XIXe<\/sup> si\u00e8cle, une ville ouvri\u00e8re et plus encore une ville de r\u00e9volutions, une ville politique. <\/p>Michelle Perrot<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous avez v\u00e9cu \u00e0 la fois sur la rive droite et sur la rive gauche de la Seine. Cette distinction fait-elle sens pour vous ? Ou bien le contraste entre un ouest parisien bourgeois et un est plus ouvrier est-elle plus pertinente \u00e0 vos yeux d\u2019historienne du social ?<\/h3>\n\n\n\n

Je vous r\u00e9pondrai en normande que mon Paris est celui du centre. L\u2019ouest parisien bourgeois, j\u2019y vais peu, je l\u2019appr\u00e9cie mod\u00e9r\u00e9ment, m\u00eame si j\u2019en red\u00e9couvre les charmes \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre de Proust ou d\u2019Aragon. J\u2019aime le Paris de la litt\u00e9rature autant que son espace physique. Mais je ne fr\u00e9quente pas tellement non plus l\u2019est. De la rue Greneta \u00e0 la rue Madame, de la R\u00e9publique \u00e0 Denfert et \u00e0 la place d\u2019Italie, je suis au fond rest\u00e9e attach\u00e9e \u00e0 cet axe d\u2019un Paris central, qui traverse et r\u00e9unit les deux rives. Mes petits-enfants habitent rive droite, le 2e et le 10e. La constitution de cet axe correspond sans doute \u00e0 des mutations plus profondes, d\u00e9mographiques et \u00e9conomiques. La \u00ab gentrification \u00bb de Paris est surtout celle des classes moyennes, li\u00e9es au tertiaire, aux m\u00e9tiers, fluctuants et bourgeonnants, de l\u2019audiovisuel, des communications, de l\u2019informatique, des r\u00e9seaux sociaux, etc.. Une population n\u00e9cessairement instruite, r\u00e9solument urbaine, \u00e9prise de campagne mais surtout dans ses \u00ab r\u00e9sidences secondaires \u00bb<\/em>. Une bourgeoisie intellectuelle, consciente de ses privil\u00e8ges, soucieuse de les \u00ab payer \u00bb en votant plut\u00f4t \u00e0 gauche, assumant ainsi, du moins symboliquement, le r\u00f4le traditionnel du Paris contestataire. Le r\u00e9sultat des derni\u00e8res \u00e9lections l\u00e9gislatives (juillet 2024) est \u00e0 cet \u00e9gard significatif et requiert analyse.<\/p>\n\n\n\n

Quel regard la f\u00e9ministe que vous \u00eates porte-t-elle sur la place des femmes dans l\u2019histoire et la g\u00e9ographie parisiennes ?<\/h3>\n\n\n\n

Il faut distinguer les images et les r\u00e9alit\u00e9s. Les images f\u00e9minines submergent la ville, incarnant les vertus, les lieux, les fleuves, les arts, les figures mythologiques, historiques ou politiques. Les femmes s\u2019immiscent dans Paris d\u2019abord par les images (les statues), la s\u00e9duction (la mode, la prostitution), autrement dit par le statut de femmes objets. De m\u00eame que les femmes, qui ne votent pas, repr\u00e9sentent Marianne, la R\u00e9publique (cf. les travaux de Maurice Agulhon). Les femmes, muses et madones, exclues du pouvoir et de la cr\u00e9ation, accompagnent et couronnent les acteurs masculins.<\/p>\n\n\n\n

Paris est une ville du masculin par excellence. Car c\u2019est une ville de pouvoir politique, mais aussi de cr\u00e9ation intellectuelle et scientifique, tous domaines longtemps consid\u00e9r\u00e9s comme apanage de la virilit\u00e9. Il y a eu Marie Curie certes, mais cela reste exceptionnel, du moins exceptionnellement visible, tant les femmes cr\u00e9atrices sont oubli\u00e9es, effac\u00e9es dans l\u2019espace comme dans l\u2019histoire. On pourrait d\u00e9nombrer et cartographier les lieux de pouvoir, \u00c9lys\u00e9e, assembl\u00e9es, acad\u00e9mies, Instituts, etc.., tous masculins. Les lieux m\u00e9moriels : le Panth\u00e9on, vou\u00e9 aux \u00ab Grands Hommes \u00bb, les noms de rues, f\u00e9minins \u00e0 seulement 10 %, etc.. Situation qui change aujourd\u2019hui, mais exprime le long pass\u00e9 de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 m\u00e9morielle.<\/p>\n\n\n\n

Paris est une ville du masculin par excellence. Car c\u2019est une ville de pouvoir politique, mais aussi de cr\u00e9ation intellectuelle et scientifique, tous domaines longtemps consid\u00e9r\u00e9s comme apanage de la virilit\u00e9.<\/p>Michelle Perrot<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

L\u2019histoire du quotidien r\u00e9serverait plus de surprises, comme l\u2019ont montr\u00e9 par exemple les travaux d\u2019Arlette Farge pour le XVIIIe<\/sup> si\u00e8cle. Mille incidents, relat\u00e9s par la police, manifestent \u2014 dans le conflit, la s\u00e9duction, l\u2019amour, l\u2019abandon \u2014 une rencontre, voire une imbrication des sexes, qui d\u00e9jouent l\u2019ordre qu\u2019on aurait voulu imposer. Surtout au XIXe<\/sup> si\u00e8cle, qui, principalement pour des raisons morales, a cherch\u00e9 \u00e0 s\u00e9parer les sexes et \u00e0 organiser la mixit\u00e9, en Angleterre comme en France. Les pubs <\/em>et les inns<\/em> anglais, les caf\u00e9s fran\u00e7ais, hauts-lieux de sociabilit\u00e9 populaire, sont r\u00e9serv\u00e9s aux hommes. Une femme seule y est ind\u00e9sirable et suspecte de galanterie. Vou\u00e9es au priv\u00e9, \u00e0 la maison, les femmes ont des difficult\u00e9s \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 l\u2019espace public, et par cons\u00e9quent \u00e0 circuler dans la ville, surtout la nuit. Certes, il est normal, voire indispensable, qu\u2019elles fassent les courses, qu\u2019elles aillent laver leur linge ; elles appr\u00e9cient ces lieux de rencontre et de parole avec d\u2019autres femmes ; au lavoir, on dit ses secrets, on qu\u00eate une adresse pour se d\u00e9barrasser d\u2019un fruit d\u00e9fendu. Lieux autoris\u00e9s : l\u2019\u00e9glise, le salon de th\u00e9, la p\u00e2tisserie, le Grand magasin ou\u00a0\u00ab le bonheur des dames \u00bb d\u00e9crit par Zola. Il y a un genre de la ville et un genre dans la ville. Paris est travers\u00e9 par le rapport des sexes, que souvent les grands \u00e9v\u00e9nements, politiques ou sociaux, rapprochent dans le sentiment du commun.<\/p>\n\n\n\n

Quel auteur incarne selon vous le mieux Paris ?<\/h3>\n\n\n\n

Paris est un h\u00e9ros et un th\u00e9\u00e2tre de romans. Eug\u00e8ne Sue raconte les Myst\u00e8res de Paris, <\/em>Zola d\u00e9crit les fastes de la semaine du \u00ab Blanc \u00bb, les drames de l\u2019assommoir, les malheurs de Gervaise affront\u00e9e \u00e0 l\u2019alcoolisme et \u00e0 la trahison des hommes. Mais le plus grand romancier de Paris est Victor Hugo. Notre-Dame de Paris<\/em> et Les Mis\u00e9rables<\/em> sont des monuments sur Paris. Hugo aimait Paris et s\u2019est appropri\u00e9 cette ville, qui le lui a bien rendu. Son enterrement en 1885 donne lieu \u00e0 un rassemblement populaire d\u2019une ampleur incroyable. Hubertine Auclert, \u00e0 la t\u00eate de son groupe suffragiste \u00ab Le suffrage des femmes \u00bb, \u00e9tait de ce cort\u00e8ge. Parties de l\u2019Arc de Triomphe \u00e0 neuf heures du matin, les manifestantes n\u2019arriv\u00e8rent au P\u00e8re Lachaise qu\u2019\u00e0 six heures du soir tant la foule \u00e9tait dense. On n\u2019a plus jamais vu un tel enterrement dans les rues de la capitale, famili\u00e8re de ces c\u00e9r\u00e9monies fun\u00e8bres.   <\/p>\n\n\n\n

Il y a un genre de la ville et un genre dans la ville. Paris est travers\u00e9 par le rapport des sexes, que souvent les grands \u00e9v\u00e9nements, politiques ou sociaux, rapprochent dans le sentiment du commun.<\/p>Michelle Perrot<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quand vous comparez le Paris de votre enfance \u00e0 celui d\u2019aujourd\u2019hui, quelles \u00e9volutions vous frappent le plus ?<\/h3>\n\n\n\n

Ce qui a beaucoup chang\u00e9, c\u2019est la couleur de Paris. Le Paris de mon enfance \u00e9tait noir. Un noir auquel on \u00e9tait habitu\u00e9, si bien que quand on a commenc\u00e9 \u00e0 nettoyer Paris, j\u2019en ai \u00e9t\u00e9 presque triste. Certes, Paris est objectivement plus beau maintenant. Mais j\u2019ai perdu le mien,\u00a0un autre Paris, plus sombre, aux rues plus \u00e9troites, o\u00f9 les r\u00e9clames rouges et criardes mettaient une fulgurance que la blanche \u00e9lectricit\u00e9 a effac\u00e9e. Un autre univers sensoriel dont l\u2019hygi\u00e9nisme a dissip\u00e9 les odeurs. L\u2019autre grande \u00e9volution est sociale. Paris s\u2019est embourgeois\u00e9e et les 2e<\/sup> et 6e<\/sup> arrondissements en sont de bons exemples : ces quartiers que j\u2019ai connus populaires ne le sont plus. L\u2019envol\u00e9e des prix de l\u2019immobilier t\u00e9moigne de cette \u00e9volution, l\u2019expliquent et la signifient.<\/p>\n\n\n\n

Pourriez-vous \u00e9voquer pour nous un lieu parisien qui vous est particuli\u00e8rement cher ?<\/h3>\n\n\n\n

J\u2019en citerai plusieurs, qui composent pour moi un paysage sensible et m\u00e9moriel. La gare du Nord d\u2019abord, si souvent emprunt\u00e9e, son escalier int\u00e9rieur monumental, sa foule bigarr\u00e9e, affair\u00e9e, ses couples amoureux en qu\u00eate d\u2019angles protecteurs, l\u2019entr\u00e9e dans un autre univers, dans une journ\u00e9e en projet, le d\u00e9but d\u2019une aventure sans cesse recommenc\u00e9e. La gare du Nord a rythm\u00e9 ma vie de 1940 \u00e0 1945. Malheureusement, je ne la reconnais plus aujourd\u2019hui ; je m\u2019y perds : les grandes lignes ont refoul\u00e9 les destinations banlieusardes. Aller \u00e0 Enghien-les-Bains para\u00eet mesquin, voire ridicule. De quels bains s\u2019agit-il ? Dans la ville, les gares paraissent presque incongrues. Pourtant, c\u2019est pr\u00e9cieux de les garder au centre.<\/p>\n\n\n\n

La Fontaine Saint-Michel, lieu de premiers rendez-vous amoureux, me touche vivement, je ne puis la croiser sans fr\u00e9mir. Notre-Dame est proche ; Saint-Julien le Pauvre, po\u00e9tique et exotique, m\u2019attend, et les bouquinistes, si souvent fr\u00e9quent\u00e9s en qu\u00eate de l\u2019occasion, du livre recherch\u00e9. C\u2019est moins la beaut\u00e9 monumentale qui me retient que les souvenirs des rencontres, moins l\u2019esth\u00e9tique que l\u2019existentiel, l\u2019\u00e9v\u00e8nementiel. J\u2019aime la familiarit\u00e9 des lieux souvent visit\u00e9s, leur usage, leur pratique quotidienne. <\/p>\n\n\n\n

Ce qui a beaucoup chang\u00e9, c\u2019est la couleur de Paris. Le Paris de mon enfance \u00e9tait noir. Un noir auquel on \u00e9tait habitu\u00e9, si bien que quand on a commenc\u00e9 \u00e0 nettoyer Paris, j\u2019en ai \u00e9t\u00e9 presque triste.<\/p>Michelle Perrot<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Aller \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, l\u2019ancienne, rue de Richelieu, fut un plaisir de mon existence d\u2019\u00e9tudiante et de chercheuse. Retrouver les livres r\u00e9serv\u00e9s, recevoir les nouveaux volumes demand\u00e9s que des appariteurs vous apportaient si vite, lire sous les lampes vertes de la salle Labrouste, retrouver les amis ou coll\u00e8gues dans les bistrots du coin (il y avait alors plus de caf\u00e9s qu\u2019aujourd\u2019hui), converser \u00e0 n\u2019en plus finir, avoir la vie devant soi. Le bonheur en somme. La biblioth\u00e8que Mitterrand, pratique, fonctionnelle, imposante, ne saurait avoir pour moi le m\u00eame charme et elle n\u2019y est pour rien.<\/p>\n\n\n\n

Le jardin du Luxembourg enfin, t\u00e9moin de ma vie et des miens, m\u00e9riterait plus que quelques lignes. De cet \u00e9minent et po\u00e9tique voisin, je ne me suis jamais lass\u00e9e et je le quitterai \u00e0 regrets.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

\u00ab  Les changements d\u2019une ville, on les sent d\u2019abord sans les voir, on les per\u00e7oit, sans les analyser vraiment.  \u00bb<\/p>\n

Une vie dans la ville\u2014de l’Occupation aux JO. Comment pouvait-on rouvrir la saison de notre s\u00e9rie d’\u00e9t\u00e9 Grand Tour ailleurs qu’\u00e0 Paris cette ann\u00e9e  ?<\/p>\n

Pour ce premier \u00e9pisode, nous avons demand\u00e9 \u00e0 l’historienne Michelle Perrot de remonter le temps.<\/p>\n","protected":false},"author":23898,"featured_media":239623,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2984],"tags":[],"staff":[2508],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[1917],"class_list":["post-239415","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-grand-tour","staff-florian-louis","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\n\u00abMon Paris\u00bb, Grand Tour avec Michelle Perrot | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00abMon Paris\u00bb, Grand Tour avec Michelle Perrot | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"\u00ab Les changements d\u2019une ville, on les sent d\u2019abord sans les voir, on les per\u00e7oit, sans les analyser vraiment. \u00bb Une vie dans la ville\u2014de l'Occupation aux JO. Comment pouvait-on rouvrir la saison de notre s\u00e9rie d'\u00e9t\u00e9 Grand Tour ailleurs qu'\u00e0 Paris cette ann\u00e9e ? Pour ce premier \u00e9pisode, nous avons demand\u00e9 \u00e0 l'historienne Michelle Perrot de remonter le temps.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2024-07-27T04:00:00+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-08-08T18:02:50+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/07\/gc-perrot-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1440\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"henrigasquet\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/07\/gc-perrot-scaled.jpg\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"henrigasquet\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"1 minute\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/\",\"name\":\"\u00abMon Paris\u00bb, Grand Tour avec Michelle Perrot | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/07\/SIPA_00645669_000004-scaled.jpg\",\"datePublished\":\"2024-07-27T04:00:00+00:00\",\"dateModified\":\"2024-08-08T18:02:50+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/cea98f71417d384cddb305ab1a85dab6\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/07\/SIPA_00645669_000004-scaled.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/07\/SIPA_00645669_000004-scaled.jpg\",\"width\":2560,\"height\":1708,\"caption\":\"\u00a9 Bernard Bisson\/JDD\/SIPA\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"\u00ab Mon Paris \u00bb, Grand Tour avec Michelle Perrot\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L'\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/cea98f71417d384cddb305ab1a85dab6\",\"name\":\"henrigasquet\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/97f9b27bc3f12eaf1f8edbc4f508ca6d?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/97f9b27bc3f12eaf1f8edbc4f508ca6d?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"henrigasquet\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"\u00abMon Paris\u00bb, Grand Tour avec Michelle Perrot | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"\u00abMon Paris\u00bb, Grand Tour avec Michelle Perrot | Le Grand Continent","og_description":"\u00ab Les changements d\u2019une ville, on les sent d\u2019abord sans les voir, on les per\u00e7oit, sans les analyser vraiment. \u00bb Une vie dans la ville\u2014de l'Occupation aux JO. Comment pouvait-on rouvrir la saison de notre s\u00e9rie d'\u00e9t\u00e9 Grand Tour ailleurs qu'\u00e0 Paris cette ann\u00e9e ? Pour ce premier \u00e9pisode, nous avons demand\u00e9 \u00e0 l'historienne Michelle Perrot de remonter le temps.","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_published_time":"2024-07-27T04:00:00+00:00","article_modified_time":"2024-08-08T18:02:50+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1440,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/07\/gc-perrot-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"henrigasquet","twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/07\/gc-perrot-scaled.jpg","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"henrigasquet","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"1 minute"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/","name":"\u00abMon Paris\u00bb, Grand Tour avec Michelle Perrot | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/07\/SIPA_00645669_000004-scaled.jpg","datePublished":"2024-07-27T04:00:00+00:00","dateModified":"2024-08-08T18:02:50+00:00","author":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/cea98f71417d384cddb305ab1a85dab6"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/07\/SIPA_00645669_000004-scaled.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2024\/07\/SIPA_00645669_000004-scaled.jpg","width":2560,"height":1708,"caption":"\u00a9 Bernard Bisson\/JDD\/SIPA"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/27\/mon-paris-est-celui-du-centre-une-conversation-avec-michelle-perrot\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"\u00ab Mon Paris \u00bb, Grand Tour avec Michelle Perrot"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L'\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/cea98f71417d384cddb305ab1a85dab6","name":"henrigasquet","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/97f9b27bc3f12eaf1f8edbc4f508ca6d?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/97f9b27bc3f12eaf1f8edbc4f508ca6d?s=96&d=mm&r=g","caption":"henrigasquet"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/239415","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/23898"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=239415"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/239415\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/239623"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=239415"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=239415"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=239415"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=239415"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=239415"},{"taxonomy":"serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/serie?post=239415"},{"taxonomy":"audience","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/audience?post=239415"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=239415"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}