{"id":239072,"date":"2024-07-23T06:00:00","date_gmt":"2024-07-23T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=239072"},"modified":"2024-07-23T00:26:32","modified_gmt":"2024-07-22T22:26:32","slug":"les-petits-etats-peuvent-faire-ce-que-les-grands-ne-peuvent-pas-toujours-se-permettre-une-conversation-thordis-gylfadottir-ministre-des-affaires-etrangeres-dislande","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/07\/23\/les-petits-etats-peuvent-faire-ce-que-les-grands-ne-peuvent-pas-toujours-se-permettre-une-conversation-thordis-gylfadottir-ministre-des-affaires-etrangeres-dislande\/","title":{"rendered":"\u00ab Les petits \u00c9tats peuvent faire ce que les grands ne peuvent pas se permettre \u00bb, une conversation avec Th\u00f3rd\u00eds Gylfad\u00f3ttir, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res d\u2019Islande"},"content":{"rendered":"\n
Cet article est \u00e9galement disponible en anglais sur le site du Groupe d’\u00e9tudes g\u00e9opolitiques<\/a>. Si vous voulez suivre toutes nos publications cet \u00e9t\u00e9, abonnez-vous au Grand Continent<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Nous nous r\u00e9veillons dans une Europe \u00e0 la fois plus unie et plus divis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n L’accent est actuellement mis sur les questions de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense, qui constitueront les principaux d\u00e9fis et enjeux de la prochaine l\u00e9gislature. Cela implique un ajustement des priorit\u00e9s, ce qui pourrait entra\u00eener des tensions, notamment en p\u00e9riode de contraintes budg\u00e9taires. Nous devons donc adopter une approche plus r\u00e9aliste et pragmatique, en tenant compte de la r\u00e9alit\u00e9 politique qui d\u00e9passe le cadre de l’Union pour inclure \u00e9galement l’OTAN.<\/p>\n\n\n\n Pour l’Islande, qui est membre de l’OTAN mais non de l\u2019Union europ\u00e9enne, les d\u00e9fis sont similaires : il s’agit de prot\u00e9ger un syst\u00e8me bas\u00e9 sur des valeurs et des r\u00e8gles communes qui ont guid\u00e9 nos d\u00e9mocraties et notre mode de vie. L’invasion russe de l’Ukraine met ce syst\u00e8me \u00e0 l’\u00e9preuve et exerce sur lui une pression consid\u00e9rable. <\/p>\n\n\n\n En ce qui concerne les \u00e9lections europ\u00e9ennes, il est clair qu’un m\u00e9contentement social \u00e9merge au sein de certaines parties de la soci\u00e9t\u00e9 : la polarisation qui en r\u00e9sulte est pr\u00e9occupante. Notre syst\u00e8me repose sur le consensus et la compr\u00e9hension commune, d’o\u00f9 ma description d’une Europe plus unie mais aussi plus divis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n L’adaptation \u00e0 cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9 n\u00e9cessitera des efforts consid\u00e9rables, un engagement soutenu et un degr\u00e9 d’unit\u00e9 que nous avons su atteindre mais qu’il sera difficile de maintenir. Il est crucial de rappeler \u00e0 nos soci\u00e9t\u00e9s que la situation ne concerne pas uniquement la Russie et l’Ukraine, mais \u00e9galement notre propre avenir. Il est dans notre int\u00e9r\u00eat <\/strong>de d\u00e9fendre et de pr\u00e9server l’ordre fond\u00e9 sur des r\u00e8gles pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n\n\n\n L’Union a non seulement la capacit\u00e9 et mais aussi la responsabilit\u00e9 d’exercer un hard power<\/em>. Cela n\u00e9cessite du courage politique et une d\u00e9finition claire des priorit\u00e9s. Toutefois, il est crucial de noter que la question de la s\u00e9curit\u00e9 ne peut \u00eatre abord\u00e9e efficacement sans une \u00e9conomie forte et comp\u00e9titive. \u00c0 mon avis, c’est une question centrale. Pour que des d\u00e9clarations fermes soient cr\u00e9dibles, elles doivent \u00eatre soutenues par une base \u00e9conomique solide.<\/p>\n\n\n\n Bien que l’Islande ne soit pas membre de l’Union, nous attachons une grande importance \u00e0 sa prosp\u00e9rit\u00e9 comme membre du march\u00e9 unique par le biais de l’EEE. La stabilit\u00e9 et le succ\u00e8s de l\u2019Union sont dans notre int\u00e9r\u00eat national. <\/p>\n\n\n\n Un autre aspect crucial est l’unit\u00e9, qui devient de plus en plus difficile \u00e0 maintenir dans le contexte actuel.<\/p>\n\n\n\n Pour que des d\u00e9clarations fermes soient cr\u00e9dibles, elles doivent \u00eatre soutenues par une base \u00e9conomique solide.<\/p>Th\u00f3rd\u00eds Gylfad\u00f3ttir<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour r\u00e9ussir, nous devons pr\u00e9senter des arguments convaincants \u00e0 nos soci\u00e9t\u00e9s. <\/strong>Prenons l’exemple des d\u00e9penses de d\u00e9fense : elles repr\u00e9sentent notre meilleure assurance pour \u00eatre pr\u00eats \u00e0 affronter les d\u00e9fis actuels.<\/p>\n\n\n\n Au sein de l’OTAN, cette n\u00e9cessit\u00e9 est d\u00e9sormais bien comprise. Bien que certains alli\u00e9s n\u2019aient pas encore atteint les objectifs de d\u00e9penses fix\u00e9s \u00e0 2 %, il est \u00e9vident que l’\u00e9tat d’esprit a \u00e9volu\u00e9. Je ne pr\u00e9tends pas que cette transition soit facile ; elle n\u00e9cessitera du temps, pourra susciter des inqui\u00e9tudes et impliquera des co\u00fbts. Cependant, il est essentiel de comprendre que l’OTAN ne se limite pas \u00e0 l’achat de mat\u00e9riel militaire. Il s’agit avant tout de prot\u00e9ger le syst\u00e8me que nous souhaitons d\u00e9fendre. La Russie ne ralentira pas ses actions offensives, et nous aurons besoin d’une solide capacit\u00e9 de dissuasion. Il est crucial de continuer \u00e0 renforcer la r\u00e9silience de nos soci\u00e9t\u00e9s face \u00e0 ceux qui cherchent \u00e0 saper la d\u00e9mocratie et l’\u00c9tat de droit.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 cet \u00e9gard, je me r\u00e9jouis que Mark Rutte ait \u00e9t\u00e9 choisi comme futur Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l’OTAN. Son exp\u00e9rience, son pragmatisme et sa fiabilit\u00e9 sont des atouts pr\u00e9cieux. Je suis heureuse que le processus de sa nomination se soit d\u00e9roul\u00e9 sans heurts et j\u2019ai h\u00e2te de collaborer avec lui.<\/p>\n\n\n\n Bien que l’Islande ne soit pas membre de l’Union, nous faisons partie du march\u00e9 unique \u2014 que nous ch\u00e9rissons et sur lequel nous comptons beaucoup. Cependant, nous avons \u00e9galement nos propres accords de libre-\u00e9change. Nous avons conclu 34 accords de libre-\u00e9change avec 43 partenaires, ce qui est tr\u00e8s important pour nous. Nous avons la capacit\u00e9 de les appliquer de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, via l’AELE, tout en profitant du march\u00e9 unique. Et nous esp\u00e9rons que les d\u00e9cisions strat\u00e9giques prises par l’Union ne l\u2019affecteront pas.<\/p>\n\n\n\n Les questions que vous soulevez englobent des aspects de politique \u00e9trang\u00e8re, de politique industrielle, d’\u00e9conomie, et m\u00eame de politique int\u00e9rieure. Le rapport Letta constitue un excellent point de d\u00e9part pour y r\u00e9pondre, riche en r\u00e9flexions<\/a>, et il devrait susciter un d\u00e9bat approfondi. Les pays doivent \u00e9galement mener ce d\u00e9bat \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. Le march\u00e9 unique est d’une importance capitale mais ses contours deviennent de plus en plus flous. Nous craignons que sa fragmentation \u00e9ventuelle ne constitue une \u00e9volution n\u00e9gative pour l’Union et les pays de l’EEE. Si nous affirmons vouloir l\u2019\u00e9viter, cela implique que des pays comme l’Islande devront s’adapter \u00e0 cette \u00e9volution ou chercher \u00e0 influencer le processus de mani\u00e8re proactive.<\/p>\n\n\n\n Le march\u00e9 unique est d’une importance capitale mais ses contours deviennent de plus en plus flous.\u00a0<\/p>Th\u00f3rd\u00eds Gylfad\u00f3ttir<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Actuellement, nous faisons partie de l\u2019Espace \u00e9conomique europ\u00e9en (EEE), qui \u00e9tend le march\u00e9 unique \u00e0 l’Islande, \u00e0 la Norv\u00e8ge et au Liechtenstein. Cet accord b\u00e9n\u00e9ficie d’un soutien majoritaire en Islande. Ceux qui souhaitent adh\u00e9rer \u00e0 l’Union soutiennent l’accord sur l\u2019EEE, tout comme ceux qui ne le souhaitent pas. La majorit\u00e9 du pays est donc unie autour de cet accord. L\u2019EEE unit l’Islande parce que nous voyons tr\u00e8s clairement ce qu’il a apport\u00e9 \u00e0 notre \u00e9conomie et \u00e0 notre prosp\u00e9rit\u00e9. Nous devons pr\u00e9server cela, ce qui implique de maintenir une bonne coop\u00e9ration avec l’Union et la Commission europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 cet \u00e9gard, notre relation de travail avec Ursula von der Leyen a \u00e9t\u00e9 positive. Bien que nous ayons eu quelques divergences, notre collaboration a \u00e9t\u00e9 globalement bonne. J\u2019ai personnellement beaucoup investi dans ces liens et ces relations \u2014 et notre coop\u00e9ration s’est renforc\u00e9e depuis le d\u00e9but de la guerre en Ukraine. Nous continuerons \u00e0 soutenir fermement l’accord sur l’EEE, mais nous devons \u00e9galement nourrir le d\u00e9bat sur la mani\u00e8re dont il pourrait \u00e9voluer \u00e0 l’avenir.<\/p>\n\n\n\n Je consid\u00e8re qu\u2019il y a des valeurs qui ne peuvent \u00eatre compromises et des d\u00e9clarations qui ne peuvent \u00eatre normalis\u00e9es. Les sensibilit\u00e9s politiques varient consid\u00e9rablement d’un pays \u00e0 l’autre, et il ne serait pas judicieux de faire une d\u00e9claration g\u00e9n\u00e9rale sur cette question. Si l\u2019on prend le cas des \u00e9lections europ\u00e9ennes, ma famille politique, le PPE, a obtenu de bons r\u00e9sultats dans une \u00e9lection o\u00f9 l’on craignait que l’extr\u00eame droite ne gagne du terrain sur le centre. Comparativement aux autres, nous avons r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 cette vague. Cela montre qu’il existe un espace pour une droite pragmatique capable de s’adapter.<\/p>\n\n\n\n Le risque est parfois de se fixer des objectifs ambitieux, dont certains ont un co\u00fbt \u00e9conomique important et ne sont pas cr\u00e9dibles en termes de calendrier et de moyens pour y parvenir. Prenons l’exemple du climat : bien que je croie aux solutions climatiques, aux nouvelles technologies et \u00e0 la science, je pense aussi que nous avons besoin d’une approche r\u00e9aliste. J’esp\u00e8re que la prochaine l\u00e9gislature sera marqu\u00e9e par des solutions pragmatiques. Si nous ne le faisons pas, je crains que nous ne poussions les \u00e9lecteurs vers des politiques radicales<\/a>, ce qui serait, \u00e0 mon avis, une erreur.<\/p>\n\n\n\n Oui. Et c’est pourquoi j’insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de s’adapter, d’\u00eatre flexible et pragmatique.<\/p>\n\n\n\n Pour autant, je ne crois pas que ceux qui promettent des solutions faciles \u00e0 des probl\u00e8mes complexes soient capables d\u2019articuler une meilleure r\u00e9ponse ou fassent partie de la solution. L’histoire montre que ces approches simplistes ne fonctionnent pas.<\/p>\n\n\n\n Pour moi, sa place est \u00e9vidente. Les Ukrainiens se battent pour leur vie et leur avenir au sein de l’Union. En ce qui concerne l’OTAN, comme je l’ai d\u00e9j\u00e0 dit, l\u2019Alliance n’est pas seulement une question d’armes, mais aussi de valeurs : l\u2019Ukraine a sa place au sein de l’OTAN.<\/p>\n\n\n\n Les Ukrainiens se battent pour leur vie et leur avenir au sein de l’Union et de l\u2019OTAN.<\/p>Th\u00f3rd\u00eds Gylfad\u00f3ttir<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je l’esp\u00e8re vivement.<\/p>\n\n\n\n Et cela semble r\u00e9alisable \u00e0 condition que l’Ukraine poursuive ses r\u00e9formes en cours. Toutefois, cela d\u00e9pend \u00e9galement de notre leadership politique et de notre d\u00e9termination \u00e0 aller jusqu’au bout. Si nous sommes v\u00e9ritablement engag\u00e9s, si nous croyons \u00e0 nos d\u00e9clarations, alors nous devons concevoir des solutions innovantes pour atteindre cet objectif. Lorsque nous affirmons que l’Ukraine doit r\u00e9ussir et que la Russie doit \u00e9chouer, cela me semble aller de pair avec l\u2019id\u00e9e que l’Ukraine trouve sa place au sein de l’Union et de l’OTAN. C\u2019est pourquoi j\u2019esp\u00e8re sinc\u00e8rement que notre engagement est authentique. Par ailleurs, il est essentiel de replacer cette question dans le contexte plus large de l’avenir de la coop\u00e9ration transatlantique \u2014 o\u00f9 la question ukrainienne joue un r\u00f4le central.<\/p>\n\n\n\n Historiquement, les conflits se finissent toujours avec des vainqueurs et des perdants. Dans un contexte strat\u00e9gique plus large, il est clair que Vladimir Poutine a d\u00e9j\u00e0 significativement affaibli la Russie. Ce qui importe avant tout pour nous, c’est que l’Ukraine recouvre pleinement son int\u00e9grit\u00e9 territoriale. Si la Russie se retirait imm\u00e9diatement et mettait fin \u00e0 son agression, cela signifierait la fin de la guerre. En ce sens, il ne me semble pas n\u00e9cessaire de s’alarmer outre mesure des r\u00e9percussions pour la Russie de Poutine. Nous devons concentrer nos efforts sur notre propre situation : la Russie a choisi d’envahir un pays souverain. Elle a d\u00e9j\u00e0 affront\u00e9 des d\u00e9fis politiques internes dans le pass\u00e9 et devra les g\u00e9rer \u00e0 l’avenir. Historiquement, notre influence sur ces dynamiques internes a \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e. Pourquoi serait-ce diff\u00e9rent cette fois-ci ? Nous ne devons pas nous laisser paralyser par ces pr\u00e9occupations, surtout si cela entrave notre soutien \u00e0 l’Ukraine.<\/p>\n\n\n\n Souvenons-nous de nos propres d\u00e9clarations. Depuis plus de deux ans, nous affirmons qu’il est inacceptable de modifier les fronti\u00e8res par la force. La Russie m\u00e8ne une guerre innommable contre l’Ukraine, au vu et au su du monde entier. Si une telle situation venait \u00e0 \u00eatre accept\u00e9e, cela cr\u00e9erait un pr\u00e9c\u00e9dent dangereux et contraire \u00e0 nos propres int\u00e9r\u00eats en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9. C’est pourquoi je maintiens que l’Ukraine ne se bat pas seulement pour elle-m\u00eame, mais \u00e9galement pour d\u00e9fendre un ordre international bas\u00e9 sur des r\u00e8gles<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Il ne me semble pas n\u00e9cessaire de s’alarmer outre mesure des r\u00e9percussions des actions europ\u00e9ennes pour la Russie de Poutine : elle a choisi d’envahir un pays souverain.<\/p>Th\u00f3rd\u00eds Gylfad\u00f3ttir<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n D’autres acteurs surveillent la situation de pr\u00e8s. Les \u00c9tats-Unis en sont conscients et r\u00e9fl\u00e9chissent \u00e0 ces enjeux. Une fois de plus, si nous sommes v\u00e9ritablement engag\u00e9s \u00e0 garantir qu’une paix durable pour l’Ukraine soit \u00e9galement une paix juste, notre priorit\u00e9 doit \u00eatre de fournir \u00e0 Kiev les moyens n\u00e9cessaires pour atteindre cet objectif. Les discussions politiques et le processus de n\u00e9gociation pourront avoir lieu en temps voulu \u2014 mais avant d’atteindre cette \u00e9tape, il est crucial que l\u2019Ukraine soit assur\u00e9e de sa capacit\u00e9 \u00e0 prendre ses propres d\u00e9cisions. Il est toujours possible d\u2019envisager de nombreuses hypoth\u00e8ses sur la fin du conflit mais, \u00e0 mon avis, il est essentiel de rester fid\u00e8le \u00e0 nos principes fondamentaux : un pays souverain a le droit de se d\u00e9fendre et de d\u00e9terminer son avenir.<\/p>\n\n\n\n Il \u00e9tait crucial pour moi d\u2019\u00eatre sur place, de recueillir des informations de premi\u00e8re main et d\u2019\u00e9couter directement les personnes concern\u00e9es. Nous avons rencontr\u00e9 le pr\u00e9sident du Parlement, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, des membres de l\u2019opposition, ainsi que des ONG. Ces \u00e9changes ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s pr\u00e9cieux. Ce voyage, organis\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te dans le cadre d’une initiative nordique et balte, visait \u00e0 manifester notre solidarit\u00e9 en tant qu’amis de la G\u00e9orgie, ce pays ind\u00e9pendant et souverain \u2014 ce qu\u2019il est important de le reconna\u00eetre clairement. Notre intention n\u2019\u00e9tait nullement d’interf\u00e9rer. Mais lorsque l\u2019on constate que 80 % de la population aspire \u00e0 rejoindre l’Union et manifeste pacifiquement en grand nombre, il est de notre devoir de les soutenir. Ignorer une telle dynamique ne serait pas appropri\u00e9, et, si c\u2019\u00e9tait \u00e0 refaire, je le ferais \u00e0 nouveau sans h\u00e9sitation.<\/p>\n\n\n\n Lorsque les pays baltes \u00e9taient en train de recouvrer leur ind\u00e9pendance, l’Islande fut le premier pays \u00e0 reconna\u00eetre leur statut d’\u00c9tats ind\u00e9pendants vis-\u00e0-vis de l’Union sovi\u00e9tique. \u00c0 l’\u00e9poque, la situation n’\u00e9tait pas clairement d\u00e9finie et certains ont sugg\u00e9r\u00e9 que cette reconnaissance pourrait ne pas \u00eatre opportune ou qu’elle pourrait provoquer une r\u00e9action de l’Union sovi\u00e9tique. Malgr\u00e9 ces inqui\u00e9tudes, nous avons pris cette d\u00e9cision. Les pays baltes s\u2019en souviennent et appr\u00e9cient cet acte de solidarit\u00e9. Notre ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de l’\u00e9poque s’\u00e9tait rendu \u00e0 Vilnius en un moment crucial. Avec le recul, il est \u00e9vident que cette d\u00e9cision \u00e9tait la bonne, et les Lituaniens en gardent un souvenir vivace. Dans les p\u00e9riodes de crise, il est essentiel de pouvoir compter sur le soutien de ses amis.<\/p>\n\n\n\n Oui, il ne s\u2019agit d\u2019une loi mais plus largement de la perspective europ\u00e9enne et des aspirations d’une majorit\u00e9 de la population g\u00e9orgienne, qui souhaite se rapprocher de l’Europe et partager les valeurs europ\u00e9ennes. Bien que l’Islande ne soit pas membre de l’Union et que je ne sois pas impliqu\u00e9e dans les discussions concernant l’\u00e9largissement ou la voie \u00e0 suivre pour l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l’Union, ce n’est pas le point central ici. Ce qui est en jeu, c\u2019est la place de la G\u00e9orgie dans le monde et sa position en termes de valeurs. L\u2019\u00e9volution de la situation politique l\u00e0-bas aura quoi qu\u2019il en soit des r\u00e9percussions significatives.<\/p>\n\n\n\n De Vilnius \u00e0 Tbilissi, dans les p\u00e9riodes de crise, il est essentiel de pouvoir compter sur le soutien de ses amis.<\/p>Th\u00f3rd\u00eds Gylfad\u00f3ttir<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je comprends pourquoi certains de nos partenaires expriment ces pr\u00e9occupations. Il serait malavis\u00e9 de les ignorer. Mais pour ma part, je suis fondamentalement en d\u00e9saccord avec l’id\u00e9e que la crise \u00e0 Gaza et la guerre en Ukraine seraient comparables : elles pr\u00e9sentent des contextes et des dynamiques tr\u00e8s diff\u00e9rents. Peu de choses dans l’histoire sont aussi claires que ce qu\u2019il se passe entre l’Ukraine et la Russie : si Moscou d\u00e9cidait de d\u00e9poser les armes et de se retirer d’Ukraine, le conflit se terminerait imm\u00e9diatement. En revanche, il est incertain que le simple retrait des armes par Isra\u00ebl, en r\u00e9ponse \u00e0 un conflit d\u00e9clench\u00e9 par un terrible attentat terroriste, ne r\u00e9soudrait pas le conflit \u2014 car le c\u0153ur de la question reste la coexistence pacifique et s\u00e9curis\u00e9e de deux peuples.<\/p>\n\n\n\nQuelle est votre lecture des r\u00e9sultats des \u00e9lections europ\u00e9ennes et du nouveau cycle politique europ\u00e9en qui s’ouvre ? Comment d\u00e9cririez-vous l’\u00e9tat d’esprit politique en Europe ?<\/h3>\n\n\n\n
L’Europe est-elle capable d’exercer un hard power<\/em> ? Avec deux conflits \u00e0 ses fronti\u00e8res et le retour des grandes puissances militaires, le sc\u00e9nario est tr\u00e8s diff\u00e9rent du soft power<\/em> que l’Union a privil\u00e9gi\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, ax\u00e9 sur le commerce et les partenariats \u00e9conomiques.<\/h3>\n\n\n\n
Le renforcement des capacit\u00e9s de d\u00e9fense et de la comp\u00e9titivit\u00e9 de l’Europe n\u00e9cessite des investissements massifs\u2026 O\u00f9 les trouver ?<\/h3>\n\n\n\n
Comme vous l’avez mentionn\u00e9, la puissance \u00e9conomique est une condition pr\u00e9alable au hard power<\/em>. L’Union pourrait envisager d’adopter de nouveaux tarifs douaniers contre la Chine, comme les \u00c9tats-Unis l’ont d\u00e9j\u00e0 fait. Mais P\u00e9kin pourrait alors r\u00e9agir par des mesures de r\u00e9torsion, et une guerre commerciale semble se profiler \u00e0 l’horizon politique. Des pays comme le v\u00f4tre risquent de se retrouver pris au pi\u00e8ge de la guerre des capitalismes politiques<\/a>. Comment vous y pr\u00e9parez-vous ?<\/h3>\n\n\n\n
Que se passera-t-il si le march\u00e9 unique devient plus politique pour servir \u00e0 mettre en \u0153uvre une partie de l’agenda strat\u00e9gique de l’Union ? Cela aura-t-il un impact sur votre pays ?<\/h3>\n\n\n\n
Dans le sc\u00e9nario le plus extr\u00eame, cela pourrait signifier imposer un choix sur l’adh\u00e9sion \u00e0 l’Union. Nous avons vu qu’un \u00ab non \u00bb peut devenir un \u00ab oui \u00bb lorsque les conditions appropri\u00e9es sont r\u00e9unies \u2014 comme en t\u00e9moignent les d\u00e9cisions de la Su\u00e8de et de la Finlande d’adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019OTAN. Envisagez-vous un tel sc\u00e9nario ?<\/h3>\n\n\n\n
L’un des principaux d\u00e9fis de la politique europ\u00e9enne est de d\u00e9terminer la mani\u00e8re de g\u00e9rer la mont\u00e9e de la droite radicale. Comment envisagez-vous l’\u00e9volution de cet espace politique ?<\/h3>\n\n\n\n
Pensez-vous qu\u2019il y ait eu une attitude paternaliste envers les \u00e9lecteurs sur les grandes questions politiques et que la col\u00e8re dans les urnes puisse s\u2019expliquer par la condescendance de certains hommes politiques ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous avez mentionn\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir l’unit\u00e9 pour que l’Europe r\u00e9ussisse. En ce qui concerne l\u2019Ukraine, l\u2019Union europ\u00e9enne, ainsi que des pays non membres de l’Union comme le v\u00f4tre, ont pris des mesures sans pr\u00e9c\u00e9dent pour int\u00e9grer l’Ukraine dans un discours commun \u2014 des sanctions \u00e0 la livraison d\u2019armes. Alors que la guerre se poursuit, quel avenir voyez-vous pour l’Ukraine ?<\/h3>\n\n\n\n
L\u2019Ukraine pourrait-elle devenir un membre \u00e0 part enti\u00e8re de l’Union et de l’OTAN dans dix ou vingt ans ?<\/h3>\n\n\n\n
Vous soulevez un point tr\u00e8s d\u00e9licat et particuli\u00e8rement frustrant pour les Ukrainiens : la contradiction apparente entre les d\u00e9clarations de soutien de l’Occident et de l’OTAN en faveur de la victoire de Kiev et leurs pr\u00e9occupations quant aux implications d’une Russie vaincue. Cette question est souvent esquiv\u00e9e\u2026<\/h3>\n\n\n\n
Un autre sc\u00e9nario envisageable est celui de la partition de facto <\/em>de l’Ukraine et d’un conflit gel\u00e9. Dans cette hypoth\u00e8se, m\u00eame si les combats cessaient, la menace persisterait. Que se passerait-il si l’Ukraine \u00e9tait contrainte de conclure un accord contre son gr\u00e9 ?<\/h3>\n\n\n\n
Mais envisagez-vous tout de m\u00eame ce sc\u00e9nario \u00e0 l’approche des \u00e9lections am\u00e9ricaines ?<\/h3>\n\n\n\n
Le monde suit \u00e9galement de pr\u00e8s la situation en G\u00e9orgie, un pays confront\u00e9 \u00e0 une situation analogue. Vous vous \u00eates r\u00e9cemment rendue \u00e0 Tbilissi alors que la population manifestait contre la loi sur les agents de l\u2019\u00e9tranger. Une vid\u00e9o de vous, accompagn\u00e9e des ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res des pays baltes, est devenue virale sur les r\u00e9seaux sociaux. L\u2019on sait que la politique est parfois une affaire de symboles : pourquoi \u00e9tait-il important pour vous d\u2019\u00eatre pr\u00e9sente ?<\/h3>\n\n\n\n
Vouliez-vous marquer le coup avec une image forte ?<\/h3>\n\n\n\n
Pour en revenir \u00e0 la G\u00e9orgie, le probl\u00e8me exc\u00e8de-t-il le cadre d\u2019une loi en particulier \u2014 celle sur les agents de l\u2019\u00e9tranger qui a suscit\u00e9 le vaste mouvement de protestation ?<\/h3>\n\n\n\n
La situation \u00e0 Gaza soul\u00e8ve \u00e9galement des pr\u00e9occupations. R\u00e9cemment, le chef de la diplomatie europ\u00e9enne Josep Borrell a exprim\u00e9 sa crainte que l\u2019Uninon ne soit per\u00e7ue comme pratiquant le \u00ab deux poids, deux mesures \u00bb entre deux guerres<\/a> \u2014 l\u2019Ukraine et Gaza. Cette pr\u00e9occupation vous interpelle-t-elle \u00e9galement ?<\/h3>\n\n\n\n