{"id":235339,"date":"2024-06-28T12:38:08","date_gmt":"2024-06-28T10:38:08","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=235339"},"modified":"2024-06-29T11:27:51","modified_gmt":"2024-06-29T09:27:51","slug":"cohabitation-nucleaire-le-premier-ministre-aurait-il-le-pouvoir-sur-la-bombe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/06\/28\/cohabitation-nucleaire-le-premier-ministre-aurait-il-le-pouvoir-sur-la-bombe\/","title":{"rendered":"Cohabitation nucl\u00e9aire : le Premier ministre aurait-il le pouvoir sur la bombe ?"},"content":{"rendered":"\n

Depuis 1962, la France est le seul pays dans lequel la possession de l\u2019arme nucl\u00e9aire a eu un impact sur la nature m\u00eame du r\u00e9gime politique. Mais sur quoi se fonde la l\u00e9gitimit\u00e9 du chef de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais sur la Bombe ? Au-del\u00e0 de la cha\u00eene de d\u00e9volution, pour comprendre ce qui pourrait repr\u00e9senter une hypoth\u00e8se limite, voire une confrontation entre Pr\u00e9sident et Premier ministre sur la question, il faut revenir aux sources du pouvoir nucl\u00e9aire pr\u00e9sidentiel : condition de la dissuasion, il a dans le m\u00eame temps \u00e9t\u00e9 souvent sujet de controverses juridiques. Qu’en est-il exactement ? Dans leur livre <\/em>Le Pr\u00e9sident et la Bombe (Odile Jacob, 2016)<\/em><\/a>, Jean Guisnel et Bruno Tertrais apportent des clarifications.<\/em><\/p>\n\n\n\n

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Le ma\u00eetre du feu nucl\u00e9aire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n\n\n
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En France, le pr\u00e9sident \u00ab r\u00e8gne \u00bb sur la dissuasion. Il approuve les caract\u00e9ristiques des moyens nucl\u00e9aires, qui lui sont propos\u00e9es par le directeur des applications militaires du Commissariat \u00e0 l\u2019\u00e9nergie atomique (armes) et le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral pour l\u2019armement (sous-marins, avions, missiles). Il valide les plans de frappes \u00e9labor\u00e9s par le chef d\u2019\u00e9tat-major des arm\u00e9es selon ses directives, avec la possibilit\u00e9 de les modifier \u00e0 tout moment, y compris en temps de crise. Il d\u00e9cide des niveaux d\u2019alerte. C\u2019est enfin lui qui engage les forces en personne, m\u00eame s\u2019il ne manquerait pas de consulter ses proches conseillers quant \u00e0 l\u2019opportunit\u00e9 de proc\u00e9der ainsi. Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing et Fran\u00e7ois Mitterrand en ont t\u00e9moign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019arme nucl\u00e9aire est \u00e0 la fois le symbole et la cl\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9 du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sur les institutions. Quelles que soient les crises que traverse le pays, quels que soient les al\u00e9as de sa vie publique et de l\u2019adh\u00e9sion populaire \u00e0 la personne du chef de l\u2019\u00c9tat, d\u00e9tenteur du feu nucl\u00e9aire et chef des arm\u00e9es, la pr\u00e9\u00e9minence de ce dernier demeure assur\u00e9e. M\u00eame quand l\u2019h\u00f4te de l\u2019\u00c9lys\u00e9e s\u2019est trouv\u00e9 politiquement et durablement affaibli, jamais sa pr\u00e9sence ou sa pr\u00e9\u00e9minence \u00e0 la t\u00eate de l\u2019\u00c9tat n\u2019ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement contest\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

La fonction pr\u00e9sidentielle est sacralis\u00e9e par la capacit\u00e9 \u00e0 appuyer sur le \u00ab bouton rouge \u00bb. Toute l\u2019organisation de l\u2019\u00c9tat se trouve fix\u00e9e par cette fonction exclusive. La Bombe impose le respect envers celui qui en est le ma\u00eetre. La dissuasion est le c\u0153ur m\u00eame du r\u00e9gime politique fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n

La fonction pr\u00e9sidentielle est sacralis\u00e9e par la capacit\u00e9 \u00e0 appuyer sur le \u00ab bouton rouge \u00bb.<\/p>Jean Guisnel et Bruno Tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Et, sans la Ve R\u00e9publique, pas de force nucl\u00e9aire op\u00e9rationnelle et pleinement ind\u00e9pendante. La France aurait sans doute proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un essai nucl\u00e9aire de d\u00e9monstration, sans aller plus loin (comme l\u2019Inde en 1974) faute d\u2019un consensus politique suffisamment fort. Ou, alors, en affectant cette force \u00e0 l\u2019OTAN (comme le Royaume-Uni d\u00e8s 1962)…<\/p>\n\n\n\n

Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique tire sa qualit\u00e9 de d\u00e9cideur nucl\u00e9aire supr\u00eame \u00e0 la fois de la n\u00e9cessit\u00e9, de la l\u00e9galit\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9. La n\u00e9cessit\u00e9 du d\u00e9cideur unique est peu contestable. Elle d\u00e9coule d\u2019abord de la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la dissuasion : il ne faut pas laisser croire que la d\u00e9cision pourrait \u00eatre prise \u00ab par comit\u00e9 \u00bb. Mais aussi de la rapidit\u00e9 avec laquelle il faut pouvoir prendre certaines d\u00e9cisions : ce pourrait \u00eatre une question de secondes si les forces nucl\u00e9aires ou le gouvernement se trouvaient vis\u00e9s. L\u2019argument est moins pertinent aujourd\u2019hui, mais il avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par Fran\u00e7ois Mitterrand pour justifier sa pr\u00e9\u00e9minence dans ce domaine en temps de cohabitation.<\/p>\n\n\n\n

La l\u00e9galit\u00e9 de la dissuasion est d\u2019abord assur\u00e9e par la Constitution. aux termes de l\u2019article 15 : \u00ab Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est le chef des arm\u00e9es. Il pr\u00e9side les <\/strong>conseils et les comit\u00e9s sup\u00e9rieurs de la d\u00e9fense nationale \u00bb. On peut \u00e9galement mentionner l\u2019article 5, qui fait du pr\u00e9sident le garant notamment de \u00ab l\u2019ind\u00e9pendance nationale, de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du territoire et du fonctionnement r\u00e9gulier des pouvoirs publics \u00bb. La prise en mains pr\u00e9sidentielle de la force de dissuasion r\u00e9sulte \u00e9galement d\u2019une s\u00e9rie de d\u00e9crets. Celui du 18 juillet 1962 portant sur l\u2019organisation de la d\u00e9fense nationale dessaisit, dans les faits, le Premier ministre d\u2019une partie de ses pr\u00e9rogatives constitutionnelles ant\u00e9rieures. Le pouvoir d\u2019engager les forces nucl\u00e9aires est explicitement attribu\u00e9 au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique par le d\u00e9cret du 14 janvier 1964. Les juristes en ont fait leur miel, d\u2019autant plus qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 vivement critiqu\u00e9 par l\u2019opposition. Ce d\u00e9cret mentionnait, certes, la qualit\u00e9 du chef de l\u2019\u00c9tat comme \u00ab pr\u00e9sident du Conseil de d\u00e9fense et chef des arm\u00e9es \u00bb ; mais il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pris en Conseil des ministres, comme il aurait d\u00fb l\u2019\u00eatre… Une faille juridique \u00e9tait donc ouverte. En 1992 et 1993, deux saisines du Conseil d\u2019\u00c9tat donnent l\u2019alerte : la haute juridiction rejette les pourvois au motif du manque d\u2019\u00ab int\u00e9r\u00eat \u00e0 agir \u00bb… tout en se d\u00e9clarant comp\u00e9tent d\u00e8s lors que les textes contest\u00e9s ne sont pas, dit-il, des \u00ab actes de gouvernement \u00bb. Deux ans plus tard, saisi par une organisation antinucl\u00e9aire, le m\u00eame Conseil d\u2019\u00c9tat qualifie le d\u00e9cret de 1964 d\u2019\u00ab acte administratif \u00bb (arr\u00eat Lavaurs, 8 d\u00e9cembre 1995). Il note, de plus, que ce d\u00e9cret ne concernait explicitement que les forces a\u00e9riennes strat\u00e9giques. Un nouveau d\u00e9cret, pris cette fois dans les formes en 1996, a remis d\u2019aplomb, sur le plan juridique, l\u2019exercice formel du pouvoir pr\u00e9sidentiel en mati\u00e8re de dissuasion. Il a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 jour en 2009.<\/p>\n\n\n\n

Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique tire sa qualit\u00e9 de d\u00e9cideur nucl\u00e9aire supr\u00eame \u00e0 la fois de la n\u00e9cessit\u00e9, de la l\u00e9galit\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9. <\/p>Jean Guisnel et Bruno Tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ce soubassement l\u00e9gal est-il suffisant ? Tel n\u2019est pas l\u2019avis de tous les constitutionnalistes. Certains d\u2019entre eux estiment que la loi fondamentale ne fait pas du pr\u00e9sident le d\u00e9cideur militaire supr\u00eame et qu\u2019\u00e0 la lettre ce serait plut\u00f4t le Premier ministre… C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient un troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment : la l\u00e9gitimit\u00e9. Celle-ci d\u00e9coule de la r\u00e9forme de 1962. On ne le remarque pas assez : la France est le seul grand pays occidental dans lequel un chef d\u2019\u00c9tat directement \u00e9lu par le peuple est le chef des arm\u00e9es. Aux \u00c9tats-Unis, il faut, pour \u00eatre \u00e9lu, conqu\u00e9rir des \u00c9tats, et non s\u00e9duire la majorit\u00e9 de la population. Au Royaume-Uni, ce r\u00f4le \u00e9choit au roi. En Allemagne, c\u2019est le ministre de la D\u00e9fense qui se trouve \u00e0 leur t\u00eate \u2014 sauf en cas de guerre, o\u00f9 ce pouvoir revient alors au chancelier investi par le Bundestag.<\/p>\n\n\n

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\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\tPortrait d’un monde cass\u00e9\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t
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Sous la direction de Giuliano da Empoli.<\/p>\n

Avec les contributions d\u2019Anu Bradford, Josep Borrell, Julia Cag\u00e9, Javier Cercas, Dipesh Chakrabarty, Pierre Charbonnier, Aude Darnal, Jean-Yves Dormagen, Niall Ferguson, Timothy Garton Ash, Jean-Marc Jancovici, Paul Magnette, Hugo Micheron, Branko Milanovic, Nicholas Mulder, Vladislav Sourkov, Bruno Tertrais, Isabella Weber, Lea Ypi.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t

\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> Commandez le num\u00e9ro<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> D\u00e9couvrez toutes nos offres<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t