{"id":233987,"date":"2024-06-17T18:00:10","date_gmt":"2024-06-17T16:00:10","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=233987"},"modified":"2024-06-21T12:24:21","modified_gmt":"2024-06-21T10:24:21","slug":"les-elections-europeennes-vues-de-russie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/06\/17\/les-elections-europeennes-vues-de-russie\/","title":{"rendered":"Les \u00e9lections europ\u00e9ennes vues de Russie"},"content":{"rendered":"\n

Chez les \u00e9lites russes, les \u00e9lections europ\u00e9ennes ont suscit\u00e9 un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat, les experts de politique \u00e9trang\u00e8re \u00e9tant bien conscients des enjeux de court et long terme li\u00e9s au nouveau visage du Parlement europ\u00e9en. Pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais, nous vous proposons la retranscription d’une table ronde organis\u00e9e d\u00e8s le lendemain des \u00e9lections par RIA Novosti, l’agence de presse officielle russe.<\/p>\n\n\n\n

Si les pan\u00e9listes y notent la stabilit\u00e9 du PPE et du centre en g\u00e9n\u00e9ral, ils prennent \u00e9galement acte de la mont\u00e9e en puissance des forces d’extr\u00eame droite mais tendent \u00e0 relativiser celle-ci. Les droites radicales europ\u00e9ennes n\u2019auraient pas assez de pouvoir pour influencer le cours des choses ou bien seraient trop mod\u00e9r\u00e9es et partageraient le mainstream <\/em>sur de nombreux aspects. \u00c0 les lire, on ne peut donc pas parler d\u2019un soutien exalt\u00e9 aux leaders<\/em> d\u2019extr\u00eame droite \u2014 y compris \u00e0 ceux r\u00e9put\u00e9s pour partager beaucoup des positions russes.<\/p>\n\n\n\n

Car par rapport aux ann\u00e9es clefs de la \u00ab lune de miel \u00bb \u2014 lorsque les voix russes \u00e9taient dithyrambiques sur les extr\u00eames droites europ\u00e9ennes \u2014 le ton, \u00e0 Moscou, a chang\u00e9. Depuis 2022,une plus grande distance s\u2019est install\u00e9e, fond\u00e9e sur l’id\u00e9e que peu de forces en Europe auraient de fait la capacit\u00e9 r\u00e9elle \u00e0 s\u2019opposer au conflit entre l\u2019Occident et la Russie<\/a> \u2014 un motif que l\u2019on retrouve dans l\u2019expertise russe sur les \u00e9lections am\u00e9ricaines et la capacit\u00e9 jug\u00e9e limit\u00e9e de Trump \u00e0 potentiellement changer la donne. <\/p>\n\n\n\n

Les experts russes notent \u00e9galement que \u00ab l\u2019eurosceptisme \u00bb s\u2019exprime d\u00e9sormais differemment, non plus par des discours de sortie de l\u2019Union mais par un investissement dans le projet europeen sous une forme plus nationaliste et protectionniste.<\/p>\n\n\n\n

Comme le reste des \u00e9lites politiques russes, les experts pr\u00e9sents sur ce plateau n\u2019attendent pas de changements radicaux \u00e0 venir tant il est vrai que le PPE est vu comme le \u00ab parti de la guerre \u00bb \u2014 tout en reconnaissant qu\u2019il sera difficile pour l\u2019Union d\u2019aller au-del\u00e0 d\u2019un soutien financier \u00e0 l’Ukraine. Ils ne nient toutefois pas le risque d\u2019une escalade militaire engageant les pays europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, il faut noter l’int\u00e9r\u00eat port\u00e9 aux pays des Balkans et \u00e0 leur statut de candidat \u00e0 l’Union \u2014 et ce alors que la situation ukrainienne n\u2019arrive paradoxalement que dans la partie finale du d\u00e9bat avec des questions venues de la salle. Vu de Russie, les Balkans restent un enjeu crucial pour la politique europ\u00e9enne, porteur de possibles instabilit\u00e9s, et le lien fait avec la question de l\u2019accession \u00e0 l’Union de l\u2019Ukraine sont tr\u00e8s pr\u00e9sents dans les analyses russes.<\/p>\n\n\n\n

Oksana Bouriak<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Il semblerait que les r\u00e9sultats des \u00e9lections sont plus importants pour la politique nationale des \u00c9tats membres de l’Union que pour la politique europ\u00e9enne en g\u00e9n\u00e9ral. Alexei Kuznetsov, quelle est votre analyse de ces \u00e9lections et quels aspects vous semblent les plus pertinents \u00e0 retenir ?<\/p>\n\n\n\n

Alexe\u00ef Kouznetsov <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/h4>\n\n\n\n

Historiquement, les \u00e9lections parlementaires au niveau paneurop\u00e9en ont toujours servi de r\u00e9f\u00e9rendum dans les pays o\u00f9 les \u00e9lections nationales n’ont pas eu lieu depuis longtemps \u2014 en termes de confiance ou de d\u00e9fiance \u00e0 l’\u00e9gard du gouvernement en place. Mais \u00e0 chaque nouveau cycle \u00e9lectoral, les \u00e9lections au Parlement europ\u00e9en prennent de plus en plus l’allure d’\u00e9lections parlementaires europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n

Un autre point notable est que nous constatons qu’en France, cela a d\u00e9j\u00e0 conduit \u00e0 des changements au niveau national<\/a>. La situation en Hongrie est \u00e9galement int\u00e9ressante : bien que le parti au pouvoir ait remport\u00e9 les \u00e9lections, il a perdu des voix. Cette perte de voix ne provient pas de son opposition traditionnelle, mais d’une autre direction<\/a>.<\/p>\n\n\n\n

Une situation tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9able s’est produite en Allemagne, ind\u00e9pendamment de la r\u00e9partition des si\u00e8ges. Les journaux allemands ont d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 aujourd’hui des cartes qui montrent clairement la r\u00e9partition entre les villes et les L\u00e4nder : en d\u00e9pit de leurs \u00e9checs, les Verts ont remport\u00e9 Berlin et Hambourg, et les sociaux-d\u00e9mocrates ont gagn\u00e9 \u00e0 Br\u00eame. Cependant, pour la premi\u00e8re fois depuis la r\u00e9unification, nous observons une division tr\u00e8s nette entre l’Allemagne de l’Ouest et l’ex-RDA. Dans tous les \u00c9tats f\u00e9d\u00e9raux de l’ex-RDA, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a remport\u00e9 la majorit\u00e9 des voix<\/a>. Si l\u2019on examine les cartes des circonscriptions \u00e9lectorales plut\u00f4t que des r\u00e9gions, on constate qu’il y a seulement 3 ou 4 circonscriptions avec une majorit\u00e9 relative pour la CDU : dans l’ensemble, elles sont toutes domin\u00e9es par l’AfD.<\/p>\n\n\n\n

Il y a aussi d’autres dynamiques en jeu. Une histoire int\u00e9ressante concerne la scission du parti de gauche. Ce dernier r\u00e9ussit \u00e0 entrer au Parlement europ\u00e9en, en partie gr\u00e2ce \u00e0 des r\u00e8gles de passage diff\u00e9rentes de celles du Bundestag. Bien que la gauche ait l\u00e9g\u00e8rement augment\u00e9 sa cote, on observe globalement un renforcement de la CDU-CSU au niveau f\u00e9d\u00e9ral. Il est donc tr\u00e8s probable que le prochain gouvernement f\u00e9d\u00e9ral soit \u00e0 nouveau form\u00e9 par les chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates.<\/p>\n\n\n\n

Oksana Bouriak<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Selon vous, Scholz d\u00e9missionnera-t-il ou tentera-t-il de rester en poste malgr\u00e9 la situation instable ?<\/p>\n\n\n\n

Alexe\u00ef Kouznetsov<\/strong><\/h4>\n\n\n\n

Vous savez, en Allemagne, il n’est pas courant de dissoudre de mani\u00e8re impulsive. Si vous vous souvenez bien, sous Merkel, peu importe comment les gens votaient, elle finissait toujours par gagner. Il y a eu une fois l’id\u00e9e de provoquer de nouvelles \u00e9lections pour clarifier les choses, mais cela n’a pas \u00e9t\u00e9 fait. Pour l’Allemagne, les \u00e9lections au Parlement europ\u00e9en s\u2019inscrivent dans la s\u00e9rie des \u00e9lections territoriales ordinaires qui se tiennent \u00e0 diff\u00e9rents moments. La coalition au pouvoir et l’opposition s’orientent en fonction de ces \u00e9lections et ajustent leur trajectoire en cons\u00e9quence. Il est m\u00eame arriv\u00e9 qu’au cours de la p\u00e9riode entre les \u00e9lections au niveau national, un parti progresse significativement en termes de soutien, puis r\u00e9gresse au niveau de l’opposition. Par cons\u00e9quent, je pense que les sociaux-d\u00e9mocrates vont essayer de retarder le moment d\u00e9cisif, car leur d\u00e9faite peut prendre diff\u00e9rentes formes : soit un \u00e9chec \u00e9crasant, soit un simple glissement comme partenaire minoritaire de la coalition ou comme partenaire principal de l’opposition. C’est une distinction tr\u00e8s importante pour eux en ce moment.<\/p>\n\n\n\n

Je pense que les sociaux-d\u00e9mocrates vont essayer de retarder le moment d\u00e9cisif, car leur d\u00e9faite peut prendre diff\u00e9rentes formes.<\/p>Alexe\u00ef Kouznetsov<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Oksana Bouriak<\/h4>\n\n\n\n

Vladimir Chveitser, vous avez pr\u00e9dit dans l\u2019un de vos livres la situation \u00e0 laquelle nous sommes confront\u00e9s aujourd’hui. Comment \u00e9valuez-vous les r\u00e9sultats des \u00e9lections, et quelles nuances devons-nous prendre en compte ?<\/p>\n\n\n\n

Vladimir Chveitser <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/h4>\n\n\n\n

Mon travail se concentre essentiellement sur l\u2019\u00e9volution du syst\u00e8me des partis depuis 60 ans. D’abord en Autriche, puis dans des espaces plus vastes : aujourd\u2019hui, je m’int\u00e9resse \u00e0 l’ensemble de l’Europe. <\/p>\n\n\n\n

Ce qui est frappant, c’est la crise des \u00e9lites politiques \u2014 qui n’ont pas \u00e9t\u00e9 bien form\u00e9es. Cette crise concerne les personnes, les programmes et les soci\u00e9t\u00e9s \u2014 et elle touche l’\u00e9lectorat. Elle r\u00e9v\u00e8le l’instabilit\u00e9 de la structure de l’Union europ\u00e9enne, qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour unir, renforcer, \u00e9viter les conflits et permettre des accords pacifiques. Or cela n’a pas fonctionn\u00e9. Et cela a \u00e9chou\u00e9 pour des raisons objectives, car il est impossible de pr\u00e9dire les \u00e9v\u00e9nements dans le monde actuel.<\/p>\n\n\n\n

Personne n’aurait pu pr\u00e9voir les actions militaires actuelles en Europe. Qui aurait pu dire que les choses se passeraient ainsi ? Qui aurait pu imaginer qu’une v\u00e9ritable guerre \u00e9claterait \u00e0 proximit\u00e9 de l’Europe, au Moyen-Orient, et qu’elle ferait encore plus de victimes ? On aurait pu croire que la crise de 1956 autour du canal de Suez ou la guerre du Yom Kippour de 1973 seraient les derni\u00e8res. Non, ce n’est pas fini. Et maintenant, l’incertitude totale de l’autre c\u00f4t\u00e9 de l’Atlantique produit les r\u00e9sultats que nous voyons aux \u00e9lections, car l’\u00e9lecteur ne sait parfois pas sur quoi se concentrer. Sur ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9chou\u00e9 ?<\/p>\n\n\n

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\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\tPortrait d’un monde cass\u00e9\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t
\n\t\t\t\t\t\t\t

Sous la direction de Giuliano da Empoli.<\/p>\n

Avec les contributions d\u2019Anu Bradford, Josep Borrell, Julia Cag\u00e9, Javier Cercas, Dipesh Chakrabarty, Pierre Charbonnier, Aude Darnal, Jean-Yves Dormagen, Niall Ferguson, Timothy Garton Ash, Jean-Marc Jancovici, Paul Magnette, Hugo Micheron, Branko Milanovic, Nicholas Mulder, Vladislav Sourkov, Bruno Tertrais, Isabella Weber, Lea Ypi.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t

\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> Commandez le num\u00e9ro<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\u2192<\/span> D\u00e9couvrez toutes nos offres<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t