{"id":227658,"date":"2024-04-27T06:00:00","date_gmt":"2024-04-27T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=227658"},"modified":"2024-04-27T11:57:11","modified_gmt":"2024-04-27T09:57:11","slug":"poutine-et-la-guerre-nucleaire-apres-la-dissuasion-lintimidation-active","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/04\/27\/poutine-et-la-guerre-nucleaire-apres-la-dissuasion-lintimidation-active\/","title":{"rendered":"Poutine et la guerre nucl\u00e9aire : apr\u00e8s la \u00ab dissuasion \u00bb \u00ab l’intimidation active \u00bb"},"content":{"rendered":"\n
Depuis plus de deux ans, les \u00e9lites russes ont r\u00e9guli\u00e8rement jou\u00e9 la carte de la menace nucl\u00e9aire dans l\u2019espoir de ralentir le soutien occidental \u00e0 l\u2019Ukraine, sans toutefois \u2014 heureusement \u2014 qu\u2019une quelconque mise en pr\u00e9paration concr\u00e8te de l\u2019arsenal nucl\u00e9aire n\u2019ait accompagn\u00e9 ces d\u00e9clarations.<\/p>\n\n\n\n
Vladimir Poutine a mentionn\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises que la Russie n\u2019h\u00e9siterait pas \u00e0 se servir de ses armes nucl\u00e9aires pour prot\u00e9ger sa souverainet\u00e9 et son int\u00e9grit\u00e9 territoriale \u2014 dont on peut facilement imaginer qu\u2019elle inclut les territoires ukrainiens conquis en 2014 puis 2022. Le pr\u00e9sident envoie des signaux partag\u00e9s, r\u00e9p\u00e9tant que la Russie n\u2019utiliserait l\u2019arm\u00e9e nucl\u00e9aire qu\u2019en repr\u00e9sailles \u00e0 une frappe ennemie, puis \u00e9voquant la possibilit\u00e9 de repenser la strat\u00e9gie nationale de fa\u00e7on \u00e0 ce qu\u2019une \u00ab frappe d\u00e9sarmante \u00bb soit autoris\u00e9e. Il y a donc une ambigu\u00eft\u00e9 strat\u00e9gique bien calcul\u00e9e entre la formule de repr\u00e9sailles classique et la possibilit\u00e9 de frapper en premier face \u00e0 une menace \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale du pays.<\/p>\n\n\n\n
Comme l\u2019analysait Bruno Tertrais dans ces pages<\/a>, la \u00ab parole nucl\u00e9aire \u00bb de Moscou reste coh\u00e9rente depuis le 24 f\u00e9vrier 2022 : \u00ab premi\u00e8rement, elle est auto-coh\u00e9rente, c\u2019est-\u00e0-dire que le langage est toujours \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame. Deuxi\u00e8mement, elle est coh\u00e9rente avec la doctrine affich\u00e9e. Troisi\u00e8mement, elle est coh\u00e9rente avec l\u2019absence de gestes provocateurs que pourraient \u00eatre la mise en alerte haute de l\u2019ensemble du syst\u00e8me nucl\u00e9aire ou la tenue visible d\u2019exercices nucl\u00e9aires rompant avec la pratique habituelle. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Si les tweets<\/em> enflamm\u00e9s de Dmitri Medvedev jouent un r\u00f4le sp\u00e9cifique dans l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me politique russe et ne doivent pas \u00eatre lus au premier degr\u00e9, des experts bien plus s\u00e9rieux comme Sergue\u00ef Karaganov<\/a> ont r\u00e9guli\u00e8rement mentionn\u00e9 la possibilit\u00e9 pour Moscou d\u2019utiliser des armes nucl\u00e9aires tactiques de mani\u00e8re pr\u00e9emptive. Dans la m\u00eame veine, une autre figure de taille, Dmitri Trenin, s\u2019est joint \u00e0 cette discussion.<\/p>\n\n\n\n Trenin est une voix importante et respect\u00e9e de l\u2019expertise russe : ancien colonel du renseignement militaire, il avait rejoint le Carnegie Center de Moscou juste apr\u00e8s sa cr\u00e9ation en 1994 et en avait pris la direction en 2008. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019invasion militaire de l\u2019Ukraine de 2022, sa direction du Carnegie a permis \u00e0 l\u2019institution am\u00e9ricaine de rester pr\u00e9sente en Russie et \u00e0 des experts russes critiques du pouvoir de se faire entendre dans un contexte de plus en plus tendu. Trenin est membre du Conseil de politique \u00e9trang\u00e8re et de d\u00e9fense russe dirig\u00e9 par Karaganov<\/a>. S\u2019il est proche des milieux militaires et de renseignement, il a longtemps repr\u00e9sent\u00e9 une voix plus nuanc\u00e9e, favorable au partenariat avec l\u2019Occident, que celle de Karaganov, bien que ces nuances se soient effac\u00e9es graduellement et dans le contexte de la guerre.<\/p>\n\n\n\n Dans le texte que nous proposons ici, Dmitri Trenin explique pourquoi la dissuasion nucl\u00e9aire que Moscou consid\u00e9rait comme acquise depuis les d\u00e9cennies de guerre froide serait caduque et pourquoi une escalade serait n\u00e9cessaire afin de retrouver un m\u00e9canisme de dissuasion qui fonctionne pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques russes.<\/p>\n\n\n\n La stabilit\u00e9 strat\u00e9gique se d\u00e9finit g\u00e9n\u00e9ralement comme l’absence d’incitations pour une puissance dot\u00e9e d’armes nucl\u00e9aires \u00e0 lancer une premi\u00e8re frappe massive. Traditionnellement, elle se concentre principalement sur les aspects militaro-techniques, sans n\u00e9cessairement prendre en compte les motifs qui pourraient pousser \u00e0 une attaque. <\/p>\n\n\n\n Ce concept a \u00e9merg\u00e9 au milieu du si\u00e8cle dernier, lorsque l’URSS avait atteint la parit\u00e9 militaro-strat\u00e9gique avec les \u00c9tats-Unis et que la guerre froide avait atteint une phase \u00ab mature \u00bb caract\u00e9ris\u00e9e par une confrontation limit\u00e9e et une certaine pr\u00e9visibilit\u00e9. \u00c0 cette \u00e9poque, la solution apparente au probl\u00e8me de la stabilit\u00e9 strat\u00e9gique r\u00e9sidait dans le maintien constant de contacts entre les dirigeants politiques des deux superpuissances, ainsi que dans la ma\u00eetrise des armements et dans la transparence quant \u00e0 la composition de leurs arsenaux respectifs.<\/p>\n\n\nRepenser la stabilit\u00e9 strat\u00e9gique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n