{"id":224268,"date":"2024-03-31T06:13:14","date_gmt":"2024-03-31T04:13:14","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=224268"},"modified":"2025-01-04T17:10:20","modified_gmt":"2025-01-04T16:10:20","slug":"paques-les-mots-de-la-tribu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/03\/31\/paques-les-mots-de-la-tribu\/","title":{"rendered":"P\u00e2ques : les mots de la tribu"},"content":{"rendered":"\n
P\u00e2ques : encore une grande f\u00eate commune aux Europ\u00e9ens, comme No\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n
Un embo\u00eetement entre un moment pr\u00e9cis du cycle des saisons d\u00e9termin\u00e9 par la g\u00e9ographie de notre continent et l\u2019histoire de nos traditions religieuses. Pour faire bref : la renaissance printani\u00e8re et la r\u00e9surrection du Christ ; la P\u00e2que juive de la Bible et le moment o\u00f9 les brebis agn\u00e8lent. La ponte des \u0153ufs qui repart mais dont le car\u00eame aura repouss\u00e9 la consommation. Une mani\u00e8re sp\u00e9cifique, la n\u00f4tre, d\u2019articulation entre la nature et la culture. <\/p>\n\n\n\n
Une semblance de plus au-del\u00e0 de nos diff\u00e9rences \u2014 diront les anthropologues de l\u2019Europe en qu\u00eate de signes d\u2019appartenance.<\/p>\n\n\n\n P\u00e2ques est une mani\u00e8re sp\u00e9cifique, la n\u00f4tre, d\u2019articulation entre la nature et la culture.<\/p>Pascal Lamy<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Comment f\u00eater P\u00e2ques lorsque la s\u00e9cularisation a fait son travail et qu\u2019il ne reste rien de la liturgie chr\u00e9tienne, lorsque la modernisation a quasiment \u00e9limin\u00e9 les derni\u00e8res traces du folklore local ? Quelques \u0153ufs dans le jardin, une journ\u00e9e costum\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole ? \u00c0 peine.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est la question qui se posait implicitement au sein de ma famille, qui m\u00eame si elle avait subi la d\u00e9politisation des ann\u00e9es 1980, \u00e9tait assez marqu\u00e9e par le communisme pour se montrer m\u00e9fiante \u00e0 l\u2019\u00e9gard des grands rites traditionnels.<\/p>\n\n\n\n Ce qui restait, pour nous, c\u2019\u00e9tait sans que nous le sachions une fa\u00e7on bien \u00e0 nous de f\u00eater l\u2019arriv\u00e9e du printemps. Nous sommes en Franche-Comt\u00e9, aux alentours de Vesoul. La ville, dont tout le monde conna\u00eet le nom sans presque jamais savoir la situer, s\u2019\u00e9tait auparavant d\u00e9velopp\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019industrie automobile, et l\u2019installation du centre de production des pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es de Peugeot dans les ann\u00e9es 1960. A c\u00f4t\u00e9 des immenses usines qui formaient une mer de t\u00f4le, un lac, creus\u00e9 lors de la construction de ces \u00e9quipements. Au bord de ce lac, le village o\u00f9 j\u2019habitais. Et en contre-haut de ce lac, un coteau de calcaire en partie livr\u00e9 \u00e0 la for\u00eat, pompeusement appel\u00e9 \u00ab camp de C\u00e9sar \u00bb, et sur lequel mes parents avaient achet\u00e9 un petit verger.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est la caract\u00e9ristique historique et g\u00e9ographique frappante de la r\u00e9gion : \u00e0 la fois l\u2019une des plus industrialis\u00e9es de France, c\u2019est aussi l\u2019une des plus bois\u00e9es, l\u2019une des plus sauvages. En Franche-Comt\u00e9, le partage entre nature et histoire n\u2019est pas net : la culture ouvri\u00e8re et les sorties en for\u00eat ne s\u2019opposent pas l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Enfant, je jouais autant dans les ferrailles et les engins abandonn\u00e9s que dans les bois et les marais.<\/p>\n\n\n\n Pour nous, P\u00e2ques \u00e9tait avant tout d\u00e9fini par ce rythme des saisons. <\/p>Pierre Charbonnier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Nous allions donc en famille au moment de l\u2019arriv\u00e9e du printemps pour entretenir les arbres fruitiers, bricoler les nids pour oiseaux, mettre un coup de faux sur les ronces. Pour nous, P\u00e2ques \u00e9tait avant tout d\u00e9fini par ce rythme des saisons. Il n\u2019y avait chez nous aucun attachement mythique \u00e0 l\u2019auto-subsistance, c\u2019\u00e9tait bien avant l\u2019enracinement social de l\u2019\u00e9cologisme. Il n\u2019y avait pas de contradiction, apparemment, entre ce minuscule \u00e9den du samedi et la bouffe industrielle. Depuis ce verger, le paysage mixte s\u2019\u00e9tendait devant nous : le lac et les mar\u00e9cages environnants, le village construit \u00e0 ses abords o\u00f9 cohabitaient le petit centre ancien, la zone pavillonnaire naissante o\u00f9 l\u2019on vivait, le quartier populaire d\u2019o\u00f9 mes parents avaient pu s\u2019extirper quelques ann\u00e9es auparavant, et \u00e0 peine plus loin, les usines. Apr\u00e8s le folklore et la religion, le retour \u00e0 la nature ? Pas vraiment, puisque justement on voyait mieux que nulle part ailleurs combien l\u2019artifice et la nature, loin de s\u2019opposer, se compl\u00e8tent. <\/p>\n\n\n\n\n\n Quand je repense \u00e0 mon enfance, nous allons toujours \u00e0 l’\u00e9glise. Ma famille descend vers St. Philip’s \u00e0 Tottenham. Ma m\u00e8re nous dit de nous d\u00e9p\u00eacher sinon nous serions en retard. Les visages familiers dehors, avant que nous ne nous entassions tous dans la petite \u00e9glise anglo-catholique pour chanter et prier : des Noirs et des Blancs, des visages qui viennent du monde entier. Des d\u00e9cennies plus tard, je les vois encore dans leurs habits du dimanche. <\/p>\n\n\n\n \u00c0 cette \u00e9poque de l’ann\u00e9e, lorsque ma famille commence \u00e0 se pr\u00e9parer pour P\u00e2ques, ces premiers souvenirs sont particuli\u00e8rement intenses : du myst\u00e8re du dimanche des Rameaux \u00e0 l’humilit\u00e9 pure et simple du lavement des pieds. En tant que petit gar\u00e7on, les robes et l’encens de ce jour sp\u00e9cial me fascinaient. Ma famille donnait une dimension carib\u00e9enne particuli\u00e8re \u00e0 tout cela. Nous allions ensuite au parc, o\u00f9 mes parents nous emmenaient faire voler des cerfs-volants, comme ils le faisaient en Guyana dans leur enfance. Je m’\u00e9merveillais devant les couleurs vives qui traversaient le ciel, avant de rentrer \u00e0 la maison, o\u00f9 nous mangions du poisson.<\/p>\n\n\n\n Il n’y a rien que j’aime plus que cette p\u00e9riode de l’ann\u00e9e, lorsque Pessah, le Ramadan et P\u00e2ques sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s, que mes amis m’invitent dans toutes les synagogues, mosqu\u00e9es et \u00e9glises, et que l’air est plein de r\u00e9cits, d’espoir et de renaissance. <\/p>David Lammy<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le chant et la pri\u00e8re ont toujours \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de ma vie. J’ai \u00e9t\u00e9 choriste, d’abord \u00e0 St. Philip’s, puis, lorsque je suis all\u00e9e \u00e0 l’internat, \u00e0 la cath\u00e9drale de Peterborough. Il m’arrive parfois, lorsque je si\u00e8ge au Parlement d’avoir en t\u00eate l’air et les paroles d’un spiritual afro-am\u00e9ricain, le genre de chanson chant\u00e9e par mes anc\u00eatres africains r\u00e9duits en esclavage dans les Cara\u00efbes \u2014 comme \u00ab Were You There, When They Crucified My Lord<\/em> \u00bb \u2014 me viennent soudain \u00e0 l’esprit et m’emplissent enti\u00e8rement pendant quelques secondes. <\/p>\n\n\n\n J’ai eu le privil\u00e8ge d’\u00eatre d\u00e9put\u00e9 de Tottenham, la r\u00e9gion o\u00f9 j’ai grandi, pendant pr\u00e8s de vingt-quatre ans. Au fil des saisons de ma vie, je l’ai vu changer et il n’y a rien que j’aime plus que cette p\u00e9riode de l’ann\u00e9e, lorsque Pessah, le Ramadan et P\u00e2ques sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s, que mes amis m’invitent dans toutes les synagogues, mosqu\u00e9es et \u00e9glises, et que l’air est plein de r\u00e9cits, d’espoir et de renaissance. C’est pourquoi, lorsque l’hiver commence \u00e0 dispara\u00eetre, je me surprends toujours \u00e0 fredonner de vieux hymnes et \u00e0 me r\u00e9jouir \u00e0 l’id\u00e9e de faire voler des cerfs-volants.<\/p>\n\n\n\n Velykden\u2019<\/em> ou le Grand-jour, est la f\u00eate des f\u00eates en Ukraine. On y proc\u00e8de au rituel de la b\u00e9n\u00e9diction des paniers de P\u00e2ques, tr\u00e8s t\u00f4t le matin. On les compose soigneusement et on les porte \u00e0 l\u2019\u00e9glise, que l\u2019on soit croyant ou non-croyant. Aujourd\u2019hui, plus que jamais, les Ukrainiennes et les Ukrainiens tiennent \u00e0 participer \u00e0 cette \u00ab rencontre \u00bb des paniers, symboles de vie et de victoire sur les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n\n\n\n M\u00eame si, en Ukraine, le contenu des paniers de P\u00e2ques et leur symbolique diff\u00e8rent d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019autre, il y a des invariants. C\u2019est tout d\u2019abord une brioche ronde, la paska<\/em>, qui tr\u00f4ne au milieu du panier. Elle symbolise le soleil et la douceur de la vie. Autour d\u2019elle, sont dispos\u00e9s d\u2019autres aliments. En particulier, comme dans de nombreux pays, des \u0153ufs, symboles de l\u2019origine du monde ; ceux-ci sont peints et nomm\u00e9s en Ukraine les pyssanka<\/em>. Ils sont orn\u00e9s d\u2019une fine dentelle peinte ou grav\u00e9e sur leur coquille qui, au-del\u00e0 de sa fonction d\u2019ornementation, constitue un v\u00e9ritable langage. En effet, chaque \u0153uf raconte une histoire qui varie selon les r\u00e9gions. Ces \u0153ufs sont consid\u00e9r\u00e9s non seulement comme des objets ethnographiques, mais aussi comme de r\u00e9elles \u0153uvres d\u2019art, si bien qu\u2019un mus\u00e9e leur est consacr\u00e9, la Pyssanka, <\/em>qui <\/em>se trouve \u00e0 Kolomya, ville de Galicie si ch\u00e8re \u00e0 Sacher-Masoch.<\/p>\n\n\n\n M\u00eame si, en Ukraine, le contenu des paniers de P\u00e2ques et leur symbolique diff\u00e8rent d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019autre, il y a des invariants. <\/p>Galyna Dranenko<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n De retour \u00e0 la maison, on dispose sur une assiette de P\u00e2ques les aliments b\u00e9nis. On commence le repas par les \u0153ufs qu\u2019on saupoudre de racine de raifort r\u00e2p\u00e9e et de sel, \u00e9l\u00e9ments du panier qui sont cens\u00e9s chasser les mauvais esprits. Ensuite, on d\u00e9guste de la charcuterie avec des tartines de brioche beurr\u00e9es accompagn\u00e9es de pousses d\u2019ail qu\u2019on croque \u00e0 belles dents. Ces aliments symbolisent l\u2019abondance et la f\u00e9condit\u00e9. Mais ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019une entr\u00e9e du repas du Grand-jour. Car ensuite viennent des varenytchky<\/em>, des halouchetchky<\/em> de froment, des pampochetchky<\/em>, des tovtchenyky<\/em>, pour reprendre les mots d\u00e9licieux que Nicolas Gogol nous sert dans ses r\u00e9cits ukrainiens\u2026<\/p>\n\n\n\n\n\n Valcaco, l\u2019association des producteurs de cacao de Martinique a obtenu le \u00ab prix du meilleur cacao au monde \u00bb. Le verdict est tomb\u00e9 jeudi 8 f\u00e9vrier 2024 au salon du chocolat \u00e0 Amsterdam. Cela au moment o\u00f9 le cours du cacao atteint pour P\u00e2ques les 10 000 euros la tonne. Cette pr\u00e9cieuse mati\u00e8re donne en Occident le chocolat m\u00e9tamorphos\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer la r\u00e9surrection sous forme de cloches, de poissons ou d\u2019\u0153ufs. Les Cara\u00efbes, apr\u00e8s des si\u00e8cles d\u2019esclavage et de colonisation, ne sacrifient pas \u00e0 la d\u00e9mesure pascale du vieux continent o\u00f9 l\u2019agneau et la cabosse sont sacrifi\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n La f\u00eate cr\u00e9ole ench\u00e2ss\u00e9e dans le christianisme adopt\u00e9 et rigoureux inverse les codes de la P\u00e2que blanche des Europ\u00e9ens. Une r\u00e9volution silencieuse renvoyant au \u00ab Sel Noir \u00bb d\u2019\u00c9douard Glissant qui produit un r\u00e9agencement profond de l\u2019usage du sel ? Le mercredi des cendres est une charni\u00e8re entre le carnaval et le d\u00e9but du car\u00eame. Le carnaval, ce festival de la consommation de viande en Europe, dans l\u2019univers cr\u00e9ole amorce la transition vers la passion du Christ. En Guyane par exemple, l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 22 janvier 1885 stipulait : \u00ab Le mercredi des cendres, aucune personne masqu\u00e9e, d\u00e9guis\u00e9e ou travestie, ne pourra se montrer sur la voie publique apr\u00e8s sept heures du soir. \u00bb La f\u00eate de la chair a d\u00e9j\u00e0 eu lieu quand on enterre le roi Vaval. Le car\u00eame s\u2019av\u00e8re alors un temps de je\u00fbne et de restriction alimentaire mais surtout une asc\u00e8se sensuelle et sexuelle apr\u00e8s les bals, les biguines et les travestissements. Le vendredi saint est l\u2019apoth\u00e9ose de cette retraite dans la maison et la muette pri\u00e8re et, \u00e0 partir du samedi glorieux <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, les joies du tambour et du rythme l\u2019emportent.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 partir du samedi glorieux, les joies du tambour et du rythme l\u2019emportent. <\/p>Olivier Vall\u00e9e<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Chasse au Matoutou<\/em><\/p>\n\n\n\n Dimanche ou lundi de P\u00e2ques, la rupture symbolique d\u2019avec l\u2019\u00e9preuve des 40 jours, passe par le \u00ab matoutou \u00bb. Difficile \u00e0 traduire. Mais l\u2019origine plonge dans les racines cara\u00efbes. D\u2019abord Mat\u00e9t\u00e9, pour les premiers habitants Cara\u00efbes, on d\u00e9signe ainsi un plat de farine de manioc m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 du sirop. De nos jours ce terme est employ\u00e9 pour un plat cr\u00e9ole de riz cuit avec des crabes de terre. Convertis de force au catholicisme <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, les esclaves subissaient durant le car\u00eame un r\u00e9gime encore plus rigoureux que leur ordinaire. Interdits de poss\u00e9der tout b\u00e9tail, ils devaient, durant le jeune pascal, pour les prot\u00e9ines, se nourrir de crabes de terre <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ceux-ci conserv\u00e9s dans de la vase humide pouvaient \u00eatre absorb\u00e9s le jour de P\u00e2ques dans une sorte de potlach. Le souvenir de cette histoire de r\u00e9sistance subsiste et le matoutou n\u2019est pas encore \u00e9vinc\u00e9 par l\u2019agneau import\u00e9 ou le chocolat industriel des g\u00e9ants agroalimentaires. Les crabes sont bross\u00e9s, nettoy\u00e9s, purifi\u00e9s. Ils ont peu de chair, que l\u2019on appelle l\u00e0-bas \u00ab graisse \u00bb. La cueillette des ingr\u00e9dients essentiels se fait \u00e0 pr\u00e9sent au march\u00e9. Rentrent dans la mac\u00e9ration et la pr\u00e9paration : d\u00e9licieux citrons verts encore moelleux quand on les presse, bois d\u2019inde, poivre, piment, farine de manioc, poudre de Colombo, etc.<\/p>\n\n\n\n\n\n Apr\u00e8s la marinade des crabes qui peut durer une nuit, selon les pratiques des marmites, ils sont bris\u00e9s pour \u00eatre cuits dans un court bouillon o\u00f9 l\u2019on retrouve les \u00e9l\u00e9ments de la mac\u00e9ration. Selon les \u00e9coles, les crabes cuisant avec le riz vont l\u2019infuser. C\u2019est un bonheur car les malhabiles face au crustac\u00e9e carapa\u00e7onn\u00e9 pourront manger quelque chose, surtout s\u2019ils ont sacrifi\u00e9 aux d\u00e9collages pr\u00e9alables (verre de rhum avec du citron vert et du sucre). D\u2019autres veulent un riz blanc servi \u00e0 part du matoutou lui-m\u00eame, qu\u2019ils vont d\u00e9piauter pour extraire la chair dissimul\u00e9e dans les pinces. Il faut de la dext\u00e9rit\u00e9 et de la mesure d\u2019autant plus que la c\u00e9l\u00e9bration de ce plat \u00e0 la plage, en bord de rivi\u00e8re ou au camping.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s la marinade des crabes qui peut durer une nuit, selon les pratiques des marmites, ils sont bris\u00e9s pour \u00eatre cuits dans un court bouillon o\u00f9 l\u2019on retrouve les \u00e9l\u00e9ments de la mac\u00e9ration. <\/p>Olivier Vall\u00e9e<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Du crabe au cancer <\/em><\/p>\n\n\n\n Le matoutou semble une tra\u00een\u00e9e de l\u2019histoire g\u00e9mellaire de la religion et de la ressource alimentaire. Il participe de l\u2019art de la mangrove <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, ce monde o\u00f9 terre et mer s\u2019\u00e9treignent, lisi\u00e8re qui \u00e9chappe \u00e0 la fronti\u00e8re, lieu \u00e9l\u00e9mentaire et interm\u00e9diaire. Les ravages de l\u2019insecticide Chlord\u00e9cone d\u00e9vers\u00e9 dans l\u2019eau avec l\u2019accord de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais d\u00e9couragent beaucoup de cette consommation ancestrale du crabe. En d\u00e9pit d’une interdiction aux Etats-Unis d\u00e8s 1977, le Chlord\u00e9cone, pesticide organochlor\u00e9 de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, est autoris\u00e9 en France jusqu’en 1993, par d\u00e9rogation pour les seules Antilles, afin de lutter contre le charan\u00e7on du bananier. Sa persistance et son accumulation dans l’organisme (comme dans les sols) seraient plus n\u00e9fastes pour l’\u00eatre humain que le Glyphosate…Aujourd’hui, plus de 9 Antillais sur 10 pr\u00e9sentent des traces de Chlord\u00e9cone dans le sang et c’est en Martinique que l’on constate le taux le plus \u00e9lev\u00e9 au monde de cancers de la prostate\u2026<\/p>\n\n\n\n Ma grand-m\u00e8re maternelle, qui \u00e9tait musulmane pratiquante, avait l’habitude de dire : \u00ab Dieu est Un mais il parle toutes les langues \u00bb. Lorsqu’elle rendait visite \u00e0 sa fille dans un petit village du nord de l’Italie, elle allait prier Allah \u00e0 l’\u00e9glise et s’\u00e9tait li\u00e9e d’amiti\u00e9 avec le pr\u00eatre local. <\/p>\n\n\n\n Nos f\u00eates de P\u00e2ques en famille ont un peu le m\u00eame esprit. <\/p>\n\n\n\n La date co\u00efncide en g\u00e9n\u00e9ral avec les vacances scolaires des enfants et la fa\u00e7on dont nous c\u00e9l\u00e9brons d\u00e9pend de l\u2019endroit o\u00f9 nous nous trouvons. Si nous sommes chez ma m\u00e8re en Albanie, et que cela co\u00efncide avec le Ramadan, nous prendrons l’iftar avec ma famille et nous attendrons avec impatience l’ashure<\/em> ou l’hasude<\/em> \u2014 des desserts que je n’ai pas encore pu trouver \u00e0 Londres. Si nous sommes \u00e0 Londres, avec la grand-m\u00e8re galloise, nous prendrons g\u00e9n\u00e9ralement un d\u00e9jeuner typiquement britannique : agneau r\u00f4ti, sauce \u00e0 la menthe et l\u00e9gumes \u2014 suivi de jeux de soci\u00e9t\u00e9. Si nous sommes ailleurs \u2014 comme cette ann\u00e9e en Autriche \u2014 nous allons g\u00e9n\u00e9ralement au restaurant. Et nous mangeons tout ce qui est propos\u00e9.<\/p>\n\n\n\n La seule exigence universelle, non n\u00e9gociable et culturellement inflexible est de consommer beaucoup, beaucoup de chocolat ! <\/p>Lea Ypi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le principe g\u00e9n\u00e9ral est donc cujus regio, ejus Pascha<\/em>. Mais nous emportons toujours du chocolat avec nous et nous commen\u00e7ons la journ\u00e9e par une chasse aux \u0153ufs. Cela signifie que la seule exigence universelle, non n\u00e9gociable et culturellement inflexible est de consommer beaucoup, beaucoup de chocolat !<\/p>\n\n\n\n\n\n En Sardaigne, P\u00e2ques s’appelle Pasqua Grande<\/em> (Pasca Manna<\/em>), une f\u00eate plus importante que No\u00ebl, qui est plut\u00f4t une petite P\u00e2ques (Paschixedda<\/em>). Le moins que l’on puisse dire, c’est que notre tradition de la f\u00eate n’est pas v\u00e9gane. En g\u00e9n\u00e9ral, pour la Pasca Manna, nous mangeons des ch\u00e8vres, mais cette ann\u00e9e, nous pr\u00e9parerons un porcelet, su porceddu<\/em>, un symbole identitaire et une ic\u00f4ne du marketing sarde, auquel le s\u00e9miologue Franciscu Sedda a consacr\u00e9 un livre s\u00e9minal intitul\u00e9 Su Porceddu : Storia di un piatto, racconto di un popolo<\/em>.<\/p>\n\n\n\n Pour les Sardes, le porcelet doit toujours avoir une origine. Non pas un tampon bureaucratique ou un label gastronomique, dont nous ne nous soucions absolument pas : le point essentiel est que la b\u00eate doit provenir d’un village d\u00e9termin\u00e9, et de personnes en qui nous avons pleine confiance.<\/p>\n\n\n\n Donc, soit vous le savez parce que vous l’avez nourri, soit vous devez conna\u00eetre les personnes qui l’ont nourri. Le porcelet que nous allons manger cette ann\u00e9e est une femelle \u2013 les anciens recommandent que le porceddu<\/em> soit toujours une femelle \u2013 qui a grandi et v\u00e9cu \u00e0 Genuri dans un village d’un peu moins de 300 habitants.<\/p>\n\n\n\n Pour les Sardes, le porcelet (u porceddu<\/em>) doit toujours avoir une origine.<\/p>Alessandro Aresu<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En grandissant, j’ai appris \u00e0 embrocher et \u00e0 pr\u00e9parer le porceddu<\/em> tout seul : c’est une aventure qui demande plusieurs heures pendant lesquelles on se laisse porter par un flux de pens\u00e9es o\u00f9 les semiconducteurs d\u2019ASML, la guerre des capitalismes politiques et les choses de la vie s’enchev\u00eatrent, tout en alimentant le feu et en transpirant, surtout en \u00e9t\u00e9, devant le feu. Mon p\u00e8re, \u00e2g\u00e9 de quatre-vingts ans, reste \u00e9videmment bien plus comp\u00e9tent que moi : il a des centaines de b\u00eates d’exp\u00e9rience. Peut-\u00eatre m\u00eame des milliers. La cuisson du porceddu<\/em>, comme le veut la tradition, s’ach\u00e8ve par un stiddiando<\/em>, c’est-\u00e0-dire une coul\u00e9e de lard pur et br\u00fblant sur sa surface, pour la rendre plus croustillante de mani\u00e8re uniforme. La notion d’innovation, du moins dans ces instants, n’existe pas et n’existera jamais, jusqu’\u00e0 ce que le dernier porcelet laboure la terre sarde.<\/p>\n\n\n\n Contrairement \u00e0 ce qui se passe dans beaucoup d\u2019autres pays d\u2019Europe occidentale, P\u00e2ques est en Roumanie une f\u00eate religieuse plus importante que No\u00ebl, r\u00e9sistant encore en partie \u00e0 la force de la s\u00e9cularisation.<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00c9glise orthodoxe roumaine est autoc\u00e9phale (ce qui signifie qu\u2019elle jouit d’une ind\u00e9pendance totale), riche (elle ne paye presque pas d\u2019imp\u00f4t) et particuli\u00e8rement puissante : elle se situe juste apr\u00e8s l\u2019\u00c9glise russe par le nombre de fid\u00e8les. Peut-\u00eatre m\u00eame plus qu\u2019en Russie, elle a prosp\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s l\u2019effondrement du communisme. Selon plusieurs \u00e9tudes, on compterait plus de pr\u00eatres, moines et salari\u00e9s de l\u2019\u00c9glise que de personnel hospitalier en Roumanie.<\/p>\n\n\n\n Les orthodoxes se pr\u00e9parent en je\u00fbnant pendant six semaines. Souvent d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s stricte : pas de viande ou de graisse animale, pas de lait, pas d’\u0153uf. Le grand car\u00eame (Postul Mare<\/em>) est un moment d\u2019an\u00e9mie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Le choc des prot\u00e9ines ne doit pas \u00eatre sous-estim\u00e9. Apr\u00e8s avoir je\u00fbn\u00e9 pendant six semaines, il ne peut y avoir de P\u00e2ques orthodoxe en Roumanie sans avaler des dizaines, parfois des centaines d’\u0153ufs en seulement quelques jours. <\/p>Eugeniu Popescu<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Des millions de Roumains assistent \u00e0 la messe entre le samedi et le dimanche de P\u00e2ques qui se d\u00e9roule cette ann\u00e9e le 5 mai. Juste avant minuit toutes les lumi\u00e8res de l’\u00e9glise sont \u00e9teintes. \u00c0 minuit, le pope sort de l’autel par les Saintes Portes. Il tient une bougie allum\u00e9e et \u00ab partage la lumi\u00e8re \u00bb avec l\u2019assembl\u00e9e <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Chaque membre allume alors la bougie de la personne suivante, jusqu’\u00e0 ce que toutes les bougies br\u00fblent intens\u00e9ment. Ce symbole de la r\u00e9surrection o\u00f9 la lumi\u00e8re dissipe les t\u00e9n\u00e8bres de la mort est particuli\u00e8rement marquant. Son aspect myst\u00e9rieux et initiatique avait frapp\u00e9 le plus grand et bizarre intellectuel roumain du XXe si\u00e8cle, Mircea Eliade<\/a>. Tenant leurs cierges, l\u2019assembl\u00e9e sort de l\u2019\u00e9glise et fait trois fois le tour, en suivant le pope.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s la messe de minuit, une tradition extr\u00eamement diffuse veut que l’on frappe des \u0153ufs durs \u00e0 P\u00e2ques. Dans la semaine qui pr\u00e9c\u00e8de P\u00e2ques, beaucoup de Roumains peignent et d\u00e9corent des \u0153ufs durs. Pendant que les deux \u0153ufs sont frapp\u00e9s l’un contre l’autre, une personne dit \u00ab le Christ est ressuscit\u00e9 \u00bb (Hristos a \u00cenviat !), ce \u00e0 quoi l’autre personne r\u00e9pond \u00ab en effet, il est ressuscit\u00e9 \u00bb (Adevarat a \u00cenviat !). La personne qui r\u00e9ussit \u00e0 casser l’\u0153uf de l’autre personne des deux c\u00f4t\u00e9s est consid\u00e9r\u00e9e comme gagnante. <\/p>\n\n\n\n Le choc des prot\u00e9ines ne doit pas \u00eatre sous-estim\u00e9. Apr\u00e8s avoir je\u00fbn\u00e9 pendant six semaines, il ne peut y avoir de P\u00e2ques orthodoxe en Roumanie sans avaler des dizaines, parfois des centaines d’\u0153ufs en seulement quelques jours. <\/p>\n\n\n\n\n\n Pasqua, P\u00e2ques, Semana Santa : trois pays, trois langues et trois traditions qui m’accompagnent dans cette f\u00eate de la renaissance. <\/p>\n\n\n\n De l’Italie, mon pays natal, je me souviens des cloches festives des dimanches de printemps, d’une beaut\u00e9 qui semblait exag\u00e9r\u00e9e lorsque j’y vivais et qui, maintenant que je suis loin, me semble touchante. <\/p>\n\n\n\n Je me souviens de la premi\u00e8re baignade de l’ann\u00e9e, le lundi de P\u00e2ques, du vent et de la pluie, conform\u00e9ment au dicton selon lequel il pleut toujours \u00e0 P\u00e2ques en Italie. <\/p>\n\n\n\n Je me souviens surtout de mon enfance, des pique-niques improvis\u00e9s avec mes parents, de la colombe sur la table et des \u0153ufs durs peints \u00e0 la main dans une f\u00eate qui ressemblait \u00e0 une promesse tenue \u2014 celle de l’\u00e9t\u00e9 \u00e0 venir. <\/p>\n\n\n\n Pour les P\u00e2ques fran\u00e7aises, dans mon pays d’\u00e9lection, je c\u00e9l\u00e8bre d’abord le ciel de Paris \u2014 enfin bleu ou presque apr\u00e8s des mois de froid et de grisaille. <\/p>\n\n\n\n Trois pays, trois langues et trois traditions qui m’accompagnent dans cette f\u00eate de la renaissance.<\/p>Andrea Marcolongo<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Si par le pass\u00e9 la Bretagne \u00e9tait la r\u00e9gion dont je choyais et choisissais les horizons, depuis cette ann\u00e9e, cette f\u00eate, la premi\u00e8re avec ma fille, est \u00e0 r\u00e9inventer. Je n’ai pr\u00e9par\u00e9 qu’un \u0153uf en chocolat \u00e0 cacher, une colombe italienne, la madeleine de mes origines, un livre (La Langue Maternelle de Vassilis Alexakis) \u00e0 relire pour ce que j’esp\u00e8re \u00eatre avant tout un jour de paix et de silence dans la ville. <\/p>\n\n\n\n Enfin, la Semana Santa, ce paroxysme de couleurs, de fleurs, de foi et de passions propre au pays de mon mari, l’Espagne. Bien que je sois moi aussi originaire d’un pays catholique, les processions espagnoles m’ont surprise par leur intensit\u00e9, leur affluence et la pr\u00e9sence du pass\u00e9 en leur sein. \u00c0 Paris, la P\u00e2que espagnole aura pour nous la saveur des torrijas, un g\u00e2teau typique de la Semaine sainte semblable au pain perdu, que nous pr\u00e9parerons \u00e0 la maison avec une baguette qui aura le go\u00fbt de l’Andalousie. <\/p>\n\n\n\n En Espagne, P\u00e2ques n’est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 que dans certaines r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes (Catalogne, Valence, Bal\u00e9ares…), o\u00f9 les traditions culinaires sont nombreuses et o\u00f9, contrairement au reste du pays, le lundi de P\u00e2ques est un jour f\u00e9ri\u00e9. <\/p>\n\n\n\n De mon enfance \u00e0 Madrid, je me souviens donc des processions de P\u00e2ques (au cours desquelles il \u00e9tait de coutume de manger du chocolat avec des churros)… mais rien qui ne soit li\u00e9 \u00e0 P\u00e2ques.<\/p>\n\n\n\n La coutume (d’origine andalouse) de manger des torrijas<\/em> pendant toute la semaine sainte, y compris le lundi de P\u00e2ques, s’est r\u00e9pandue dans toute l’Espagne.<\/p>Cristina Narbona<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 partir de l’\u00e2ge de douze ans, j’ai v\u00e9cu en Italie, o\u00f9 j’ai d\u00e9couvert que P\u00e2ques \u00e9tait une f\u00eate importante, o\u00f9 l’on s’envoyait des v\u0153ux comme \u00e0 No\u00ebl, o\u00f9 l’on mangeait de gros \u0153ufs en chocolat avec des surprises \u00e0 l’int\u00e9rieur, et la d\u00e9licieuse \u00ab colombe \u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, la coutume (d’origine andalouse) de manger des torrijas<\/em> pendant toute la semaine sainte, y compris le lundi de P\u00e2ques, s’est r\u00e9pandue dans toute l’Espagne. La torrija<\/em> est une tranche de pain tremp\u00e9e pendant plusieurs heures dans du lait (ou du vin blanc), puis tremp\u00e9e dans un \u0153uf et frite dans de l’huile d’olive tr\u00e8s chaude ; on y ajoute du sucre ou du miel, et c’est d\u00e9licieux !<\/p>\n\n\n\n J’ai grandi en ville, dans une famille qui n’est pas fid\u00e8le aux coutumes catholiques. Mais plusieurs traditions de P\u00e2ques restent importantes et donnent \u00e0 cette p\u00e9riode son caract\u00e8re festif. La f\u00eate est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e \u00e0 la maison, autour d’une table familiale partag\u00e9e \u2014 la vaisselle y a donc naturellement son importance. On pr\u00e9pare d’abord un panier festif en osier, qui doit \u00eatre consacr\u00e9 \u00e0 l’\u00e9glise le samedi de P\u00e2ques. Il est d\u00e9cor\u00e9 de branches vertes de myrte ou de buis, garni d’une serviette en lin, sur laquelle sont plac\u00e9s un agneau en sucre, un g\u00e2teau de f\u00eate \u00e0 la levure, du sel, du raifort, des saucisses et des \u0153ufs, qu\u2019on a peint sp\u00e9cialement pour l’occasion.<\/p>\n\n\n\n Le repas le plus important est le petit-d\u00e9jeuner du dimanche de P\u00e2ques, qui commence par le partage d’un \u0153uf \u00e0 la coque avec tous les membres de la famille en disant \u00ab Christ est ressuscit\u00e9 \u00bb (Chrystus zmartwychwsta\u0142<\/em>) et en se souhaitant bonne chance. Les plats sont peu nombreux, l’\u0153uf r\u00e8gne en ma\u00eetre avec la salade de l\u00e9gumes \u00e0 la mayonnaise, que nous pr\u00e9parons tous la veille dans la cuisine. J’attends avec impatience les bettes \u00e0 carde au raifort et les harengs vari\u00e9s \u2014 je me souviens aussi de la gel\u00e9e de pattes de mon enfance, mais ce plat n’a pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l’\u00e9preuve du temps. Les enfants aiment les g\u00e2teaux et les desserts : mazurka (g\u00e2teau de P\u00e2ques) et g\u00e2teau au fromage froid. Pour \u00eatre honn\u00eate, ce sont les harengs et ce dernier dessert que j’attends avec le plus d’impatience.<\/p>\n\n\n\n J’attends avec impatience les bettes \u00e0 carde au raifort et les harengs vari\u00e9s \u2014 je me souviens aussi de la gel\u00e9e de pattes de mon enfance, mais ce plat n’a pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l’\u00e9preuve du temps.<\/p>Tomasz Rozycki<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le lundi de P\u00e2ques, la coutume veut qu\u2019on se jette de l’eau les uns sur les autres (\u00ab \u015amigus- dyngus \u00bb). Lorsque j\u2019\u00e9tais enfant, tout le quartier me semblait dans un \u00e9tat de pure folie. Aujourd’hui g\u00e9n\u00e9ralement, c\u2019est l’occasion de faire une farce \u00e0 ses proches.<\/p>\n\n\n\n\n\nPierre Charbonnier, Le retour du s\u00e9culaire<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n David Lammy, Le Gospel et les cerfs-volants : \u00ab <\/strong>Were You There, When They Crucified My Lord \u00bb<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
Galyna Dranenko, En Ukraine, la rencontre des paniers de P\u00e2ques<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Olivier Vall\u00e9e, Matoutou : la P\u00e2ques noire est amphibie<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Lea Ypi, En Albanie, \u00e0 Londres ou \u00e0 Vienne : <\/strong>cujus regio, ejus Pascha<\/em><\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Alessandro Aresu, <\/strong>Su Porceddu<\/em><\/strong> \u00e0 la broche en Sardaigne<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
Eugeniu Popescu, Des centaines d’\u0153ufs durs en Roumanie : \u00ab Hristos a \u00cenviat \u00bb !<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Andrea Marcolongo, Les trois P\u00e2ques et la premi\u00e8re baignade de l\u2019ann\u00e9e<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
Cristina Narbona, Torrijas<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
Tomasz Rozycki (<\/strong>laur\u00e9at du Prix Grand Continent 2023<\/strong><\/a>), En Pologne, l\u2019\u0153uf r\u00e8gne en ma\u00eetre<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Yves Le Pestipon, \u00c0 Toulouse, la P\u00e2ques des Passages <\/strong><\/h4>\n\n\n\n