{"id":221897,"date":"2024-03-11T19:55:04","date_gmt":"2024-03-11T18:55:04","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=221897"},"modified":"2024-03-12T10:04:20","modified_gmt":"2024-03-12T09:04:20","slug":"espagne-les-attentats-du-11-mars-2004-vingt-ans-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/03\/11\/espagne-les-attentats-du-11-mars-2004-vingt-ans-apres\/","title":{"rendered":"Espagne, les attentats du 11 mars 2004 vingt ans apr\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n
La danse entre le pacte et la col\u00e8re d\u00e9terminera les prochaines ann\u00e9es en Espagne.<\/p>\n\n\n\n
La prospective n’\u00e9tant pas ma sp\u00e9cialit\u00e9, je n’oserais pas me lancer dans la divination. Je n’ai qu’une seule certitude : dans un avenir proche, la politique \u00e9trang\u00e8re fa\u00e7onnera de mani\u00e8re d\u00e9cisive la politique espagnole. La tension dialectique entre la politique int\u00e9rieure et la politique ext\u00e9rieure deviendra pr\u00e9gnante. Je fais r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la direction que pourrait prendre l’Union europ\u00e9enne apr\u00e8s l’\u00e9t\u00e9 2024 et \u00e0 la d\u00e9rive des \u00c9tats-Unis apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de novembre. Le retour de Donald Trump<\/a> \u00e0 la Maison-Blanche tout comme le virage conservateur de la politique europ\u00e9enne sont \u00e9galement possibles apr\u00e8s les \u00e9lections au Parlement de Strasbourg dans la premi\u00e8re semaine de juin prochain.<\/p>\n\n\n\n Il est possible que le conservatisme s’accentue encore des deux c\u00f4t\u00e9s de l’Atlantique. Un tel alignement pourrait placer l’actuel gouvernement espagnol dans une position clairement d\u00e9fensive. Il est possible qu’une partie de la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique finisse par devenir l’un des derniers bastions de la gauche r\u00e9formiste en Europe. Au Portugal, nous savons d\u00e9j\u00e0 que ce ne sera pas le cas. La gauche portugaise vient d’\u00eatre vaincue<\/a>. Il est \u00e9galement possible que la gauche espagnole ne soit pas en mesure de r\u00e9sister \u00e0 la pression<\/a> du nouveau cycle historique et qu’elle succombe avant la fin de la l\u00e9gislature actuelle, caract\u00e9ris\u00e9e par le pacte moribond pass\u00e9 avec les ind\u00e9pendantistes catalans<\/a>. Tout faux pas, toute erreur grave, tout scandale (une affaire de commissions per\u00e7ues dans la fourniture de masques m\u00e9dicaux au plus fort de l’\u00e9pid\u00e9mie vient d’\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9e) pourrait mettre fin \u00e0 l’\u00ab exception \u00bb espagnole. Le PSOE, le Parti social-d\u00e9mocrate su\u00e9dois et le Parti travailliste maltais sont les seules formations sociales-d\u00e9mocrates \u00e0 avoir r\u00e9ussi \u00e0 remporter plus de 30 % des voix lors des derni\u00e8res \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales dans leurs pays respectifs.<\/p>\n\n\n\n Tout faux pas, toute erreur grave, tout scandale pourrait mettre fin \u00e0 l’exception espagnole.<\/p>Enric Juliana<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00ab Le cadavre de l’autoritarisme est encore chaud en Espagne et au Portugal, et il y a donc des choses qui ne peuvent pas encore \u00eatre faites dans la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique. Pour l’instant, bien s\u00fbr \u00bb. Tel est le diagnostic dont mon ami portugais Gabriel Magalh\u00e3es m’a fait part apr\u00e8s avoir appris les r\u00e9sultats inattendus des derni\u00e8res \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales espagnoles<\/a>. En Italie, pays qui a retrouv\u00e9 les libert\u00e9s d\u00e9mocratiques en 1945, apr\u00e8s l’effondrement politique et militaire du r\u00e9gime fasciste, le cadavre de Benito Mussolini<\/a> est beaucoup plus froid et la vieille tradition transformiste italienne a commenc\u00e9 \u00e0 effacer les lignes de d\u00e9marcation trac\u00e9es pendant des d\u00e9cennies par l’antifascisme militant. \u00c0 cause de l’usure historique de la culture politique dominante entre 1945 et 2000, de l\u2019anti-politique scrupuleusement men\u00e9e par Silvio Berlusconi<\/a> et ses cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision, et apr\u00e8s les ravages de la derni\u00e8re crise \u00e9conomique, les petits-enfants de Mussolini qui se sont r\u00e9fugi\u00e9s dans la mythologie du Seigneur des Anneaux ont r\u00e9ussi \u00e0 prendre le contr\u00f4le du troisi\u00e8me pays le plus peupl\u00e9 de l’Union europ\u00e9enne. L’Italie n’est pas dirig\u00e9e par des fascistes en chemise noire. Elle est dirig\u00e9e par des conservateurs<\/a> qui admirent Donald Trump, qui instrumentalisent J.R.R. Tolkien et qui refusent de se dire antifascistes. Lorsque la m\u00e9moire se refroidit et que la pr\u00e9carit\u00e9 s’installe dans une soci\u00e9t\u00e9 qui a touch\u00e9 du doigt la prosp\u00e9rit\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980, de tels retournements de situation sont possibles. Nous verrons ce qui se passera en France dans quelques ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n\n\n En Espagne, de telles pirouettes ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre tent\u00e9es dans certaines communaut\u00e9s autonomes, mais elles n’ont pas pu aboutir lors des derni\u00e8res \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales<\/a>. Le vote des femmes<\/a>, qui craignent une r\u00e9gression de leurs droits en cas d’arriv\u00e9e au pouvoir de l’extr\u00eame droite, et des Catalans, majoritairement hostiles ou r\u00e9fractaires au nationalisme espagnol, les en a emp\u00each\u00e9s. Lors des prochaines \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, le Parti Populaire sera particuli\u00e8rement attentif \u00e0 l\u2019\u00e9lectorat f\u00e9minin. En revanche, on ne sait toujours pas ce qu’il fera avec la Catalogne.<\/p>\n\n\n\n Le PP pourrait tenter de surmonter le vote-sanction catalan par une mobilisation nationale qui rassemblerait autour de lui plus de la moiti\u00e9 des \u00e9lecteurs de Vox, qui semble \u00eatre entr\u00e9 dans une phase de faiblesse organique. Ce grand rassemblement espagnol<\/a> a pour but de mettre fin au cycle de la gauche et \u00e0 ses alliances territoriales. Le principal dirigeant de Vox, Santiago Abascal, a plus que de bonnes raisons de craindre une enqu\u00eate sur l’utilisation des fonds collect\u00e9s par son parti et ne sait pas quand l’\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s s’abattra. Le PP am\u00e9liorera ses relations avec le Parti nationaliste basque et pourrait \u00e9galement \u00e9largir ses canaux de communication naissants avec Junts per Catalunya<\/em> (formation ind\u00e9pendantiste d\u2019orientation droitisante sociale, tr\u00e8s radicalis\u00e9e sur la question nationale catalane), afin d’\u00e9viter que la droite ind\u00e9pendantiste catalane ne vote \u00e0 nouveau pour le PSOE au Congr\u00e8s des d\u00e9put\u00e9s lors d’une nouvelle l\u00e9gislature, dans quatre ans, ou peut-\u00eatre plus t\u00f4t en fonction de l’\u00e9volution du cours des choses. La droite espagnole tentera probablement de mener deux strat\u00e9gies en m\u00eame temps : attaquer le camp adverse et y chercher des alliances. La col\u00e8re et le pacte. La droite espagnole \u2014 on ne sait sous quelle direction<\/a>, tentera probablement de mener deux strat\u00e9gies en m\u00eame temps : attaquer et chercher des alliances dans le camp adverse. La col\u00e8re et le pacte. Elle d\u00e9fendra une ligne nationaliste espagnole capable de d\u00e9border le vote catalan d\u00e9fensif et, en m\u00eame temps, elle cherchera \u00e0 pactiser discr\u00e8tement avec les h\u00e9ritiers de Convergencia (la formation nationaliste catalane fond\u00e9e en 1974 par Jordi Pujol) qui auront bient\u00f4t comme priorit\u00e9 le durcissement de la politique vis-\u00e0-vis de l\u2019immigration plut\u00f4t qu\u2019une nouvelle et folklorique proclamation d’ind\u00e9pendance. On leur promettra s\u00fbrement un pardon progressif et discret pour les affaires criminelles qui auraient \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9es dans la loi d’amnistie et on leur offrira des opportunit\u00e9s dans les politiques \u00e9conomiques et sociales.<\/p>\n\n\n\n Le pacte et la col\u00e8re savent aussi valser quand il le faut. C\u2019est pourquoi le r\u00e9sultat des prochaines \u00e9lections au Parlement catalan sera tr\u00e8s important pour l’issue de l’actuelle l\u00e9gislature espagnole. Une fois de plus, la Catalogne d\u00e9termine les dynamiques politiques de l’Espagne<\/a>. Cela a \u00e9t\u00e9 le cas \u00e0 plusieurs reprises depuis 1868, lorsque le g\u00e9n\u00e9ral Juan Prim Prats a envoy\u00e9 Isabelle II en exil et a offert le tr\u00f4ne \u00e0 Am\u00e9d\u00e9e de Savoie, \u00e0 la suite de n\u00e9gociations europ\u00e9ennes. Je n’ose faire de pr\u00e9dictions, mais peu apr\u00e8s les derni\u00e8res \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, j’ai dit \u00e0 Pablo Iglesias<\/a>, \u2014 avec qui j’entretiens toujours une relation cordiale malgr\u00e9 nos divergences \u2014 : \u00ab Les moments catalans dans la politique espagnole sont g\u00e9n\u00e9ralement int\u00e9ressants. Ils se terminent souvent mal, mais ils valent la peine d’\u00eatre v\u00e9cus \u00bb. La Catalogne sous tensions est donc la cl\u00e9 de vo\u00fbte de la s\u00e9quence actuelle. Le PSC (parti socialiste catalan f\u00e9d\u00e9r\u00e9 au PSOE) est bien plac\u00e9 pour redevenir le parti le plus populaire lors des prochaines \u00e9lections l\u00e9gislatives. La bataille se jouera sur le terrain des politiques concr\u00e8tes, car les probl\u00e8mes ignor\u00e9s pendant dix ans par l’utopie ind\u00e9pendantiste refont surface d’un seul coup, de la s\u00e9cheresse \u00e0 la d\u00e9gradation du syst\u00e8me scolaire. Il ne faut pas exclure l’\u00e9mergence d’un parti d’extr\u00eame droite catalanophone, combinant une rh\u00e9torique ind\u00e9pendantiste radicale et une attitude agressive \u00e0 l’\u00e9gard des immigr\u00e9s \u2014 en bref, la Ligue du Nord catalane, dont certains d’entre nous s\u2019inqui\u00e8tent depuis un certain temps d\u00e9j\u00e0. L’esprit de la Ligue du Nord \u00e9tait implicite dans le mouvement ind\u00e9pendantiste sous le couvert de la radicalit\u00e9 d\u00e9mocratique, \u00e0 cause de l’\u00e9motion intense g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par tout mouvement social dont la devise est \u00ab recommencer \u00e0 z\u00e9ro \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Les moments catalans dans la politique espagnole sont g\u00e9n\u00e9ralement int\u00e9ressants. Ils se terminent souvent mal, mais ils valent la peine d’\u00eatre v\u00e9cus.<\/p>Enric Juliana<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les leaders ind\u00e9pendantistes n’avaient pas l’intention de tout d\u00e9truire pour mettre en \u0153uvre leur s\u00e9cession. Il me semble que les faits le prouvent. Ils \u00e9taient en comp\u00e9tition les uns avec les autres, ils se d\u00e9testaient et ils pensaient que la tenue du r\u00e9f\u00e9rendum du 1er octobre 2017 pouvait ouvrir la voie \u00e0 des n\u00e9gociations avec l’\u00c9tat espagnol, sous l’\u00e9gide de la Commission europ\u00e9enne. Parce que cette n\u00e9gociation leur a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e, ils se sont sentis oblig\u00e9s de faire une proclamation d’ind\u00e9pendance \u2014 sans doute la plus triste proclamation d’ind\u00e9pendance de l’histoire \u2014 et, dans les heures qui ont suivi, ils n’ont rien fait pour la mettre en \u0153uvre. Ils n’ont pas voulu risquer davantage et n’ont pas voulu placer leurs partisans dans une situation objective de danger. Sur ce point, ils ont agi en responsabilit\u00e9. Ils n’ont ni abaiss\u00e9 les drapeaux, ni publi\u00e9 la d\u00e9claration d’ind\u00e9pendance dans le bulletin officiel de la Generalitat<\/em>. Une partie de leurs partisans a compris ce qui se jouait, une autre non. Cette derni\u00e8re, peut-\u00eatre la moins politis\u00e9e avant le d\u00e9but du proc\u00e9s<\/em>, se sent aujourd’hui profond\u00e9ment tromp\u00e9e et d\u00e9sillusionn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n De cette d\u00e9sillusion na\u00eetront les votes pour la Ligue du Nord catalane, qui parlera comme Vox sur de nombreux sujets. L’\u00e9mergence de ce nouveau courant pourrait \u00e0 nouveau bouleverser le syst\u00e8me des partis catalan. L’avenir de Junts per Catalunya<\/em> est la principale inconnue et la stabilit\u00e9 de l’actuelle l\u00e9gislature espagnole d\u00e9pend des sept d\u00e9put\u00e9s de Junts<\/em>. Il sera tr\u00e8s int\u00e9ressant d’observer comment l’\u00e9mergence d’une extr\u00eame droite ind\u00e9pendantiste se combinera avec les messages en morse que Junts<\/em> et le Parti Populaire continueront \u00e0 s’envoyer. Les \u00e9lections catalanes d\u00e9termineront si le PSC pourra continuer \u00e0 jouer le r\u00f4le d’amortisseur dans la situation politique complexe que conna\u00eet l\u2019Espagne.<\/p>\n\n\n\n\n\n La question est de savoir quelle sera la marge de man\u0153uvre r\u00e9elle du gouvernement PSOE-Sumar au cours des deux prochaines ann\u00e9es. Il pourrait devenir le seul gouvernement de gauche de toute l’Union europ\u00e9enne. Rien ne lui sera facile. Tout le pays le sait apr\u00e8s les trois premiers votes importants de la nouvelle l\u00e9gislature. L’Espagne est neutralis\u00e9e par le bas et pourrait \u00eatre bloqu\u00e9e par le haut, tandis que l’Europe se d\u00e9place vers la droite et que le ph\u00e9nom\u00e8ne MAGA lutte pour revenir \u00e0 la pr\u00e9sidence des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n Il ne faut pas exclure l’\u00e9mergence d’un parti d’extr\u00eame droite catalanophone, combinant une rh\u00e9torique ind\u00e9pendantiste radicale et une attitude agressive \u00e0 l’\u00e9gard des immigr\u00e9s.<\/p>Enric Juliana<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Malgr\u00e9 la fragilit\u00e9 de sa majorit\u00e9 parlementaire, le gouvernement espagnol peut stabiliser son mandat s’il parvient \u00e0 adopter d\u00e9finitivement la loi d’amnistie. D\u2019un point de vue macro\u00e9conomique, l’\u00e9conomie r\u00e9siste mieux que pr\u00e9vu. De nombreux gouvernements europ\u00e9ens se r\u00e9jouiraient d’une croissance du PIB de 2,5 % en 2023. Il n’y a pas eu de r\u00e9cession et il ne semble pas qu’il y en aura dans un avenir proche. La coalition de gauche dispose des fonds et des id\u00e9es n\u00e9cessaires pour mener une politique mod\u00e9r\u00e9ment sociale-d\u00e9mocrate qui respecte la pluralit\u00e9 culturelle et linguistique du pays, une politique que l’on pourrait qualifier de plurinationale. <\/em><\/p>\n\n\n\n Une telle Espagne est possible, mais elle manque cruellement de signaux populaires. Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 une cr\u00e9ation d\u2019id\u00e9es volontaristes qui, certains matins, nous ram\u00e8ne aux effervescences de la Premi\u00e8re R\u00e9publique (1871-1873), aussi int\u00e9ressantes que stigmatis\u00e9es. Le discours le plus convaincant des plurinationaux <\/em>est celui de la recherche d’une coexistence espagnole provoqu\u00e9e par le bas plut\u00f4t qu’impos\u00e9e par le haut. Il vise l\u2019am\u00e9lioration des services publics, du droit du travail, une augmentation des contributions pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale et une certaine tranquillit\u00e9 civile, par opposition aux cris furieux que la droite ne parvient pas \u00e0 canaliser correctement. Le pacte l’emporte sur la col\u00e8re. Voil\u00e0 l’id\u00e9e. Un fantasme, peut-\u00eatre. Mais c\u2019est un fantasme qui n’a rien \u00e0 voir avec l’\u00e9tablissement d’une future R\u00e9publique conf\u00e9d\u00e9rale. Croire que l’Espagne va dans cette direction est v\u00e9ritablement absurde.<\/p>\n\n\n\n\n\n Il n’est pas facile de poser des perspectives pour les ann\u00e9es \u00e0 venir dans un monde satur\u00e9 de mauvais pr\u00e9sages. Plus de guerres, plus de d\u00e9penses militaires, plus de peur, plus de nationalisme, plus de d\u00e9mant\u00e8lement de l’\u00c9tat social, plus d’in\u00e9galit\u00e9s, plus de d\u00e9mocraties faibles, plus de tentations autoritaires, plus de cons\u00e9quences du changement climatique<\/a>, plus de luttes pour l’approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique<\/a>, plus de luttes pour l’eau, plus de luttes pour les m\u00e9taux strat\u00e9giques<\/a>, plus de luttes pour les implantations industrielles<\/a>, plus d’affrontements territoriaux, plus de questions sur le d\u00e9ploiement rapide de l’intelligence artificielle<\/a> ; plus d’opportunit\u00e9s et plus d’incertitudes, plus de pauvret\u00e9. Deux mondes qui s’\u00e9loignent l’un de l’autre, ouvrant entre eux un grand gouffre de d\u00e9sespoir et de ranc\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n Bien qu’elles vivent l’une des p\u00e9riodes les plus pacifiques de l’histoire espagnole, de nombreuses personnes aujourd’hui ont peur de l’avenir et de l’actualit\u00e9. C’est tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible. Nombreux sont ceux qui d\u00e9cident de se d\u00e9connecter pour vivre plus sereinement. La nouvelle normalit\u00e9 repose sur un pessimisme flou au sein duquel une partie de la population vit tr\u00e8s bien, parfois mieux que jamais, et l\u2019autre, de plus en plus nombreuse, vit dans une pr\u00e9carit\u00e9 croissante ou dans une d\u00e9primante sensation de fragilit\u00e9. Peut-\u00eatre serons-nous surpris ; peut-\u00eatre les pays du sud de l’Europe, plus habitu\u00e9s aux p\u00e9nuries et \u00e0 l’instabilit\u00e9, seront-ils plus r\u00e9sistants que ceux du nord organis\u00e9. Peut-\u00eatre nos fondements d\u00e9mocratiques sont-ils plus solides que nous ne le pensons, et nos capacit\u00e9s plus fortes que nous ne l’imaginons.<\/p>\n\n\n\n Peut-\u00eatre serons-nous surpris ; peut-\u00eatre les pays du sud de l’Europe, plus habitu\u00e9s aux p\u00e9nuries et \u00e0 l’instabilit\u00e9, seront-ils plus r\u00e9sistants que ceux du nord organis\u00e9.<\/p>Enric Juliana<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le pacte et la col\u00e8re danseront \u00e9troitement ensemble dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, form\u00e9es \u00e0 l’\u00e9cole de la d\u00e9mocratie, donneront le rythme de cette danse. Cette \u00e9poque leur appartient et je ne crois pas que nous, les anciens, qui avons v\u00e9cu et b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l’apr\u00e8s-guerre europ\u00e9en, ayons aujourd’hui le droit de nous faire les h\u00e9rauts du malheur et les propagandistes du mal-\u00eatre. Pour ma part, je continuerai \u00e0 approfondir mes \u00e9tudes dans ma discipline pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, celle qui fait danser la g\u00e9ographie et la politique. Les d\u00e9troits lointains m’int\u00e9ressent et j’aimerais les conna\u00eetre. Je sens que le monde se jouera l\u00e0-bas, dans les d\u00e9troits, et je suis attir\u00e9e par cette cartographie. Malacca m’attend.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Vingt ans apr\u00e8s les attentats du 11 mars 2004 et l\u2019ouverture d\u2019un nouveau cycle politique \u00e0 Madrid, un point sur le moment politique espagnol semble s\u2019imposer. Le journaliste espagnol Enric Juliana (Espa\u00f1a : el pacto y la furia<\/em>, Arpa, 2024) propose une grille de lecture efficace pour mieux comprendre la s\u00e9quence et l\u2019horizon qui attendent le gouvernement S\u00e1nchez \u2014 la danse dialectique de l\u2019attaque et des alliances.\u00a0\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":1366,"featured_media":221880,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-221897","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","staff-enric-juliana","geo-europe"],"acf":[],"yoast_head":"\n\u00ab Le cadavre de l’autoritarisme est encore chaud en Espagne \u00bb<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n La strat\u00e9gie d\u2019un Parti populaire \u00e0 l’aff\u00fbt<\/h2>\n\n\n\n
<\/p>\n\n\n\n
<\/p>Enric Juliana<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nLa Catalogne au c\u0153ur du moment politique espagnol<\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n L’horizon du gouvernement espagnol <\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Naviguer entre les fractures<\/h2>\n\n\n\n