{"id":220303,"date":"2024-02-27T08:00:12","date_gmt":"2024-02-27T07:00:12","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=220303"},"modified":"2024-02-27T10:54:09","modified_gmt":"2024-02-27T09:54:09","slug":"sortir-du-complexe-de-suez-pour-une-geopolitique-europeenne-du-monde-post-carbone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/02\/27\/sortir-du-complexe-de-suez-pour-une-geopolitique-europeenne-du-monde-post-carbone\/","title":{"rendered":"Sortir du \u00ab complexe de Suez \u00bb : pour une g\u00e9opolitique europ\u00e9enne du monde post-carbone"},"content":{"rendered":"\n
La crise \u00e9cologique change tout. Apr\u00e8s les pi\u00e8ces de doctrine d’Helen Thompson<\/a>, Adam Tooze<\/a> ou encore Bruno Latour<\/a>, nous poursuivons notre s\u00e9rie de publications sur les fractures g\u00e9opolitiques du monde post-carbone. Ce texte sera discut\u00e9 ce soir \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure \u00e0 partir de 19h30. Vous pouvez <\/em>vous inscrire ici<\/em><\/a>. <\/em>Abonnez-vous pour recevoir en temps r\u00e9el nos derni\u00e8res analyses, cartes et newsletters<\/em><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n En Europe, les pr\u00e9mices d’un futur d\u00e9carbon\u00e9 sont d\u00e9j\u00e0 visibles <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Mais malgr\u00e9 les avanc\u00e9es pr\u00e9coces de l’Union dans sa qu\u00eate de la neutralit\u00e9 carbone, le continent est confront\u00e9 \u00e0 une impasse g\u00e9opolitique dans la mise en place de cette nouvelle r\u00e9volution industrielle \u2014 rendue plus \u00e9vidente encore \u00e0 l’ombre de la guerre en Ukraine. Alors que la concurrence mondiale s’intensifie, les technologies vertes et l’\u00e9nergie propre sont l\u2019un des domaines les plus comp\u00e9titifs.<\/p>\n\n\n\n Si la d\u00e9carbonation finira par offrir \u00e0 l’Europe un certain r\u00e9pit par rapport \u00e0 la g\u00e9opolitique des chocs \u00e9nerg\u00e9tiques et du chantage aux pipelines exerc\u00e9 par des fournisseurs autoritaires \u2014 dont la Russie de Vladimir Poutine n’est que le dernier avatar \u2014 l’avenir plus prosp\u00e8re et plus s\u00fbr promis par la r\u00e9volution des \u00e9nergies vertes n’est en aucun cas garanti. La transition est elle-m\u00eame devenue une source de concurrence g\u00e9opolitique et de nouvelles d\u00e9pendances qui doivent \u00eatre g\u00e9r\u00e9es avec prudence \u2014 de l\u2019uranium aux mati\u00e8res premi\u00e8res critiques. Au plan mondial, la r\u00e9partition de la puissance s’en trouve modifi\u00e9e \u2014 et pourrait bien placer l\u2019Union dans une situation pr\u00e9caire.<\/p>\n\n\n\n La transition est elle-m\u00eame devenue une source de concurrence g\u00e9opolitique.<\/p>Ben Judah, Tim Sahay et Shahin Vall\u00e9e<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les difficult\u00e9s actuelles de l’Europe s’inscrivent dans un sch\u00e9ma plus large, d\u00e9termin\u00e9 par son exp\u00e9rience g\u00e9opolitique de l’\u00e8re du p\u00e9trole et du gaz. Il suffit de jeter un coup d’\u0153il sur la carte des mines de charbon de l’Empire britannique, qui s’\u00e9tend jusqu’\u00e0 Hong Kong, pour s’en rendre compte. Ce n’est pas un hasard si les Britanniques et les Fran\u00e7ais ont b\u00e2ti de grands empires \u00e0 l’\u00e8re du charbon, alors que les deux pays disposaient de r\u00e9serves de la taille de ceux des pays du Golfe. La transition vers l’\u00e8re du p\u00e9trole a \u00e9t\u00e9 brutale pour l’Europe. Pour dire les choses simplement, le sol et les mers des \u00c9tats europ\u00e9ens ne contiennent pas assez de p\u00e9trole et de gaz pour s’alimenter en \u00e9nergie \u2014 ce qui les a d\u00e9savantag\u00e9s de mani\u00e8re chronique.<\/p>\n\n\n\n Alors que les anciens champions du charbon ont d\u00e9clin\u00e9 au milieu du XXe<\/sup> si\u00e8cle, les champions du p\u00e9trole ont prosp\u00e9r\u00e9 : en premier lieu les \u00c9tats-Unis, la Russie et les monarchies du Golfe. Au XXIe<\/sup> si\u00e8cle, les \u00c9tats-Unis ont poursuivi leur ascension uniquement gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9volution du gaz de schiste qui en a fait un exportateur net d’hydrocarbures jusqu’aux ann\u00e9es 2010. Entre ces trois puissances \u00e9nerg\u00e9tiques, l’Europe a \u00e9t\u00e9 prise en \u00e9tau par diverses relations de d\u00e9pendance et de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Aujourd’hui encore, cette condition fondamentale sous-jacente n’a pas chang\u00e9. Nous avons choisi de baptiser cette situation \u00ab le complexe de Suez \u00bb.<\/p>\n\n\n\n En 2022, au moment de l\u2019invasion de la Russie contre l’Ukraine, tout comme en 1973 lorsqu’elle avait subi de plein fouet l’embargo p\u00e9trolier des pays arabes, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 fondamentale de l’Europe occidentale a \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9e dans le contexte d’une guerre \u00e0 sa p\u00e9riph\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n En 2022 comme en 1973, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 fondamentale de l’Europe occidentale a \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9e dans le contexte d’une guerre \u00e0 sa p\u00e9riph\u00e9rie.<\/p>Ben Judah, Tim Sahay et Shahin Vall\u00e9e<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L’histoire a montr\u00e9 que le Premier ministre britannique Anthony Eden avait eu raison de consid\u00e9rer la crise de Suez et la fin de l’h\u00e9g\u00e9monie europ\u00e9enne au Moyen-Orient comme un tournant d\u00e9cisif : depuis lors, la prosp\u00e9rit\u00e9 de l’Europe a \u00e9t\u00e9 ponctu\u00e9e par le type de chantage autoritaire qu’il craignait <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Or la transition \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne et la d\u00e9carbonation, si elles sont couronn\u00e9es de succ\u00e8s, pourraient \u00eatre des opportunit\u00e9s \u00e0 la fois pour la s\u00e9curit\u00e9 du continent et pour sa politique \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n Temporairement occult\u00e9es par la pand\u00e9mie et la guerre en Ukraine, mais beaucoup plus importants \u00e0 long terme, les plaques tectoniques d’un nouvel ordre mondial \u00e9cologique<\/em> \u2014 un ordre dans lequel l\u2019affrontement porte sur le leadership en mati\u00e8re de technologies vertes, de ressources essentielles et de prix de l’\u00e9nergie bas et stables \u2014 sont en train de s\u2019agencer. <\/p>\n\n\n\nG\u00e9opolitique de la d\u00e9carbonation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n