{"id":218496,"date":"2024-02-15T12:56:30","date_gmt":"2024-02-15T11:56:30","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=218496"},"modified":"2024-02-15T13:55:39","modified_gmt":"2024-02-15T12:55:39","slug":"comment-reconstruire-lukraine-une-conversation-avec-odile-renaud-basso-et-jean-pisani-ferry","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2024\/02\/15\/comment-reconstruire-lukraine-une-conversation-avec-odile-renaud-basso-et-jean-pisani-ferry\/","title":{"rendered":"Reconstruction de l’Ukraine : par o\u00f9 commencer ? une conversation avec Odile Renaud-Basso et Jean Pisani-Ferry"},"content":{"rendered":"\n
Jusqu\u2019au 24 f\u00e9vrier, nous lan\u00e7ons une s\u00e9rie de publications sur l\u2019Ukraine en guerre<\/a>, deux ans apr\u00e8s la tentative d\u2019invasion \u00e0 grande \u00e9chelle de la Russie. Vous pouvez par ailleurs retrouver toutes nos publications sur cette guerre ici<\/a> et vous abonnez pour recevoir nos derni\u00e8res cartes et analyses par ici<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n Il est ind\u00e9niable que la priorit\u00e9 absolue actuellement est la reconstruction. Il est d’une importance cruciale d’investir d\u00e8s maintenant pour faire face aux destructions et r\u00e9habiliter autant que possible les infrastructures mat\u00e9rielles. Plus nous agissons rapidement, moins cela co\u00fbtera cher \u00e0 long terme, et plus nous donnons aux pays la capacit\u00e9 de continuer \u00e0 se d\u00e9fendre sur le plan militaire.<\/p>\n\n\n\n Il est essentiel de pr\u00e9venir une deuxi\u00e8me vague de migration massive et de maintenir l’\u00e9conomie en marche pour g\u00e9n\u00e9rer des revenus qui soutiendront l’\u00c9tat et l’effort de guerre. Pour cela, il est n\u00e9cessaire de garantir le bon fonctionnement des infrastructures et des transports, ainsi que la disponibilit\u00e9 de l’\u00e9lectricit\u00e9 et du chauffage. Cet effort est de la plus haute importance.<\/p>\n\n\n\n Bien entendu, il y a \u00e9galement un besoin sp\u00e9cifique d’investissement dans les r\u00e9gions qui ont \u00e9t\u00e9 reprises, comme celle de Kherson. La reconstruction de ces zones exigera des investissements consid\u00e9rables et sp\u00e9cifiques, car il s’agit en grande partie de reb\u00e2tir \u00e0 partir de z\u00e9ro.<\/p>\n\n\n\n La priorit\u00e9 absolue actuellement est la reconstruction.<\/p>Odile Renaud-Basso<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cependant, la priorit\u00e9 imm\u00e9diate devrait \u00eatre d’aider le pays \u00e0 faire face aux destructions \u00e0 mesure qu’elles surviennent. En parall\u00e8le, il est essentiel de r\u00e9aliser deux types d’investissements : l’un dans les infrastructures essentielles et l’autre dans le capital humain.<\/p>\n\n\n\n En tant qu’institution financi\u00e8re, notre collaboration se fait avec des clients du secteur priv\u00e9 qui ont un r\u00e9el besoin de soutien. Ils cherchent \u00e0 \u00eatre guid\u00e9s dans la gestion de leurs effectifs, y compris la prise en charge des personnes revenant de la guerre, notamment celles handicap\u00e9es ou ayant des besoins de sant\u00e9 mentale sp\u00e9cifiques, entre autres.<\/p>\n\n\n\n De plus, des aspects cruciaux tels que la formation et le recyclage des comp\u00e9tences sont des pr\u00e9occupations majeures. \u00c0 mon avis, il est imp\u00e9ratif de mener ces deux types d’investissements de mani\u00e8re simultan\u00e9e pour contribuer efficacement \u00e0 la reconstruction du pays.<\/p>\n\n\n\n Sur ce sujet, deux enseignements clefs se d\u00e9gagent. Tout d’abord, il est crucial de comprendre que la reconstruction est un processus continu qui doit commencer d\u00e8s que possible. Ne pas attendre la fin de la guerre pour entamer la reconstruction, en particulier des infrastructures telles que les ponts et les installations \u00e9lectriques, est essentiel pour maintenir la capacit\u00e9 \u00e9conomique du pays aussi intacte que possible. Cette approche proactive peut r\u00e9duire les perturbations \u00e9conomiques \u00e0 long terme.<\/p>\n\n\n\n La reconstruction est un processus continu qui doit commencer d\u00e8s que possible.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le deuxi\u00e8me enseignement porte sur le capital humain. L’incertitude quant \u00e0 l’\u00e9tendue des pertes humaines et aux modalit\u00e9s de ces pertes est une pr\u00e9occupation majeure, surtout pour un pays comme l’Ukraine, dont la population n’est pas tr\u00e8s importante. Les cons\u00e9quences de deux ann\u00e9es de guerre<\/a>, que ce soit la perte de vies qualifi\u00e9es, l’\u00e9migration, les blessures physiques et mentales, sont tr\u00e8s significatives.<\/p>\n\n\n\n Il est imp\u00e9ratif de soutenir ceux qui sont partis, d’accueillir ceux qui reviennent, et de les encourager \u00e0 r\u00e9investir dans leur pays s’ils le souhaitent, ce qui contribuera \u00e0 la reconstruction de l’\u00e9conomie et de la soci\u00e9t\u00e9. Cependant, cela pr\u00e9sente des d\u00e9fis consid\u00e9rables, notamment au niveau politique et parlementaire. La gestion de ces aspects complexes du capital humain n\u00e9cessitera des efforts et une planification minutieuse \u00e0 long terme.<\/p>\n\n\n\n\n\n La situation fiscale de l’Ukraine a \u00e9t\u00e9 fortement impact\u00e9e par la r\u00e9cession majeure qu’elle a travers\u00e9e. Bien que l’\u00e9conomie se soit stabilis\u00e9e, la perte de 30 % du PIB a eu un impact significatif sur la capacit\u00e9 du pays \u00e0 mobiliser des recettes int\u00e9rieures. Cette situation a \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9e par les mesures de soutien \u00e9conomique mises en place par le gouvernement, telles que la r\u00e9duction de la TVA et les all\u00e8gements fiscaux. Progressivement, dans le cadre du programme du FMI, l’Ukraine est en train de revenir sur ces mesures pour renforcer sa propre capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser des ressources fiscales.<\/p>\n\n\n\n Un autre d\u00e9fi r\u00e9side dans les d\u00e9penses publiques, qui ont augment\u00e9 en raison du co\u00fbt de la guerre et des d\u00e9penses militaires. Le d\u00e9ficit budg\u00e9taire atteint d\u00e9sormais 20 % du PIB, ce qui repr\u00e9sente une situation tr\u00e8s difficile. Cependant, le gouvernement comprend l’importance de r\u00e9duire sa d\u00e9pendance au financement ext\u00e9rieur, m\u00eame si dans les contextes de guerre, un soutien ext\u00e9rieur ou un financement mon\u00e9taire sont souvent in\u00e9vitables. Le financement mon\u00e9taire comporte toutefois le risque d’hyperinflation et d’effets n\u00e9fastes sur l’\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n Progressivement, dans le cadre du programme du FMI, l’Ukraine est en train de renforcer sa propre capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser des ressources fiscales.<\/p>Odile Renaud-Basso<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il est donc probable qu’un besoin significatif de financement ext\u00e9rieur subsiste, \u00e9tant donn\u00e9 l’importance du soutien militaire et les enjeux g\u00e9opolitiques li\u00e9s \u00e0 la guerre. Soutenir l’Ukraine sur le plan \u00e9conomique reste une priorit\u00e9, malgr\u00e9 les incertitudes actuelles concernant le soutien am\u00e9ricain et la capacit\u00e9 de l’Europe \u00e0 maintenir son engagement. Cependant, il est crucial de maintenir ce soutien sur le long terme, surtout compte tenu de la perspective et de l’engagement dans les n\u00e9gociations pour l’adh\u00e9sion \u00e0 l’Union europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n Il serait contre-productif de donner un signal de soutien sans offrir un appui \u00e9conomique solide, risquant ainsi de plonger l’Ukraine dans une situation encore plus pr\u00e9caire. Malgr\u00e9 ces incertitudes, l’engagement des actionnaires \u00e0 augmenter le capital de l’institution financi\u00e8re internationale permettra de maintenir le soutien \u00e0 l’Ukraine sur le long terme. Cela constitue un pas positif vers la stabilisation \u00e9conomique et la reconstruction du pays.<\/p>\n\n\n\nQuelles sont les priorit\u00e9s de la reconstruction ? Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, comment distinguer la dimension physique de la reconstruction, englobant les investissements et les services publics, ainsi que l’ensemble des grands projets d’investissement n\u00e9cessaires en r\u00e9ponse directe aux destructions caus\u00e9es par la guerre, de sa dimension plus immat\u00e9rielle de la reconstruction \u2014 touchant la soci\u00e9t\u00e9 civile et la capacit\u00e9 de l’Ukraine \u00e0 se soutenir de mani\u00e8re autonome sur le long terme ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Odile Renaud-Basso<\/strong><\/h4>\n\n\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Jean Pisani-Ferry<\/strong><\/h4>\n\n\n\n\n\n
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\r\n <\/picture>\r\n \n D’un point de vue plus global, avec le contexte macro\u00e9conomique et financier actuel, y compris la remont\u00e9e des taux d’int\u00e9r\u00eat et les questions li\u00e9es \u00e0 l’espace budg\u00e9taire dans plusieurs pays en Europe et aux \u00c9tats-Unis, se pose la question de savoir si cela pourrait influencer la capacit\u00e9 du reste du monde \u00e0 soutenir financi\u00e8rement la reconstruction de l’Ukraine. Ou bien, est-ce que la priorit\u00e9 politique demeure le principal facteur limitant, plut\u00f4t que les consid\u00e9rations financi\u00e8res et fiscales ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Odile Renaud-Basso<\/strong><\/h4>\n\n\n\n