{"id":21686,"date":"2019-03-21T13:58:55","date_gmt":"2019-03-21T12:58:55","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/?p=14198"},"modified":"2020-03-02T00:55:02","modified_gmt":"2020-03-01T23:55:02","slug":"10-points-sur-lalgerie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/03\/21\/10-points-sur-lalgerie\/","title":{"rendered":"10 points sur la crise politique en Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"\n
Le 10 f\u00e9vrier 2019, l’annonce de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle a entra\u00een\u00e9 la mobilisation populaire qui traverse l’Alg\u00e9rie depuis maintenant trois semaines. L’id\u00e9e que le pr\u00e9sident, malade et muet depuis 2013, puisse briguer un cinqui\u00e8me mandat a suscit\u00e9 une col\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, qui s’est d’abord manifest\u00e9e et propag\u00e9e sur les r\u00e9seaux sociaux.
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En effet, c’est la jeunesse urbaine et connect\u00e9e qui constitue la colonne vert\u00e9brale de cette contestation nationale. La forte capacit\u00e9 de la jeunesse \u00e0 se mobiliser massivement s’explique par le jeune \u00e2ge de la population alg\u00e9rienne : 45 % de la population a moins de 25 ans. La contestation a v\u00e9ritablement d\u00e9but\u00e9 le 16 f\u00e9vrier \u00e0 Kherrata, dans la petite Kabylie. Dans la foul\u00e9e du rassemblement de Kherrata, limit\u00e9 et localis\u00e9, plusieurs villes ont \u00e0 leur tour \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre de manifestations spontan\u00e9es qui se sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es \u00e0 l\u2019ensemble du pays le vendredi 22 f\u00e9vrier. Cette journ\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crite comme \u00ab historique \u00bb par de nombreux observateurs, a marqu\u00e9 le d\u00e9but d’une contestation populaire nationale. Si l’\u00e9picentre de la contestation se situe \u00e0 Alger, de nombreuses autres grandes et moyennes villes (Bejaia, S\u00e9tif, Oran\u2026) ont vu d\u00e9filer des cort\u00e8ges contre un cinqui\u00e8me mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Signe d\u2019une intensification de la contestation , la journ\u00e9e du 1er<\/sup> mars a \u00e9t\u00e9 encore plus suivie que celle du 22 f\u00e9vrier. Les images de cort\u00e8ges immenses arborant des pancartes contre le pr\u00e9sident Bouteflika ont donn\u00e9 un retentissement international au mouvement naissant. En France, plusieurs milliers de personnes issues de la diaspora alg\u00e9rienne ont elles aussi manifest\u00e9 \u00e0 Paris et Marseille notamment.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 les tentatives d\u2019apaisement du r\u00e9gime, la mobilisation ne faiblit pas. Les journ\u00e9es du 8 mars et du 15 mars ont affich\u00e9 une participation record. Pour la premi\u00e8re fois le chiffre d\u2019un million de manifestants a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 pour la seule ville d\u2019Alger. <\/p>\n\n\n\n Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, pr\u00e9sente un \u00e9tat de sant\u00e9 inqui\u00e9tant. Cette fragilit\u00e9 n’est pas nouvelle puisqu\u2019elle dure depuis six ans : en 2013, le pr\u00e9sident a \u00e9t\u00e9 victime d’un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral (AVC) qui a consid\u00e9rablement diminu\u00e9 sa capacit\u00e9 de mouvement et son \u00e9locution. Il a \u00e9t\u00e9 malgr\u00e9 tout d\u00e9clar\u00e9 vainqueur de l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2014 pour laquelle il n\u2019avait pas fait campagne. Il va sans dire que la sant\u00e9 du pr\u00e9sident alt\u00e8re consid\u00e9rablement la repr\u00e9sentation de l’Alg\u00e9rie sur la sc\u00e8ne internationale : en f\u00e9vrier 2017, la visite de la chanceli\u00e8re allemande Angela Merkel avait \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e en raison d’une \u00ab bronchite aigu\u00eb \u00bb contract\u00e9e par Abdelaziz Bouteflika. Par ailleurs, la d\u00e9t\u00e9rioration de l’\u00e9tat de sant\u00e9 du ra\u00efs semble s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2019. Du 24 f\u00e9vrier au 10 mars, Abdelaziz Bouteflika \u00e9tait hospitalis\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve. D’apr\u00e8s la Tribune de Gen\u00e8ve<\/em> <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> le pr\u00e9sident souffrirait m\u00eame d’une \u00ab infection pulmonaire grave \u00bb et serait \u00ab sous menace vitale permanente. \u00bb L’incapacit\u00e9 de Bouteflika \u00e0 assumer ses responsabilit\u00e9s de pr\u00e9sident est un \u00e9l\u00e9ment important de la col\u00e8re du peuple alg\u00e9rien. Des pancartes au ton ironique ont par exemple surnomm\u00e9 \u00ab Pr\u00e9sident Casper \u00bb le pr\u00e9sident hospitalis\u00e9 ! <\/p>\n\n\n\n La maladie du pr\u00e9sident Bouteflika suscite un certain nombre de questions sur la r\u00e9partition du pouvoir alg\u00e9rien. Force est de constater que la politique du pays est men\u00e9e par un clan qui entoure la personne de Bouteflika. Le cercle des d\u00e9positaires du pouvoir se restreint \u00e0 une poign\u00e9e d’acteurs politiques, militaires et \u00e9conomiques qui gouvernent dans une opacit\u00e9 totale. Mais c’est bel et bien Sa\u00efd Bouteflika, le fr\u00e8re d’Abdelaziz, la pi\u00e8ce ma\u00eetresse du r\u00e9gime. Il est l’interm\u00e9diaire indispensable pour quiconque souhaite s’entretenir avec le pr\u00e9sident. Le journal alg\u00e9rien Le Matin<\/em> va jusqu’\u00e0 lui pr\u00eater la signature de d\u00e9crets pr\u00e9sidentiels pourtant r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 son fr\u00e8re Abdelaziz. Cet homme de l’ombre est conspu\u00e9 par la rue alg\u00e9rienne, qui le nomme le \u00ab vice-roi \u00bb d\u2019Alg\u00e9rie. \u00ab Monsieur le fr\u00e8re du roi \u00bb b\u00e9n\u00e9ficie d’un r\u00e9el soutien de l’arm\u00e9e. Le \u00ab r\u00e8gne \u00bb d\u2019Abdelaziz Bouteflika a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 d’une mise \u00e0 distance progressive des g\u00e9n\u00e9raux devenus puissants \u00e0 l\u2019issue de la guerre civile. Des purges, comme celle de l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, gr\u00e2ce auxquelles le pr\u00e9sident a pu s’associer le soutien de l’institution militaire, en pla\u00e7ant notamment \u00e0 sa t\u00eate le g\u00e9n\u00e9ral Ahmed Ga\u00efd Salah, fid\u00e8le soutien du r\u00e9gime, qui occupe depuis 2004 la fonction de chef d’\u00c9tat-Major de l’Arm\u00e9e nationale populaire (ANP). \u00c0 79 ans, il se pr\u00e9sente comme l’homme qui prot\u00e8ge l’Alg\u00e9rie d’une nouvelle d\u00e9cennie noire. C’est dans un discours aux accents complotistes qu’il a d\u2019ailleurs renouvel\u00e9 son soutien (et le soutien de toute l\u2019institution militaire) au pr\u00e9sident Bouteflika \u00e0 la suite des grandes manifestations du 1er<\/sup> mars. L’alliance forte entre les pouvoirs politiques et militaires est un obstacle \u00e0 la r\u00e9alisation des revendications populaires. <\/p>\n\n\n\n L’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u00e9sormais report\u00e9e mais initialement pr\u00e9vue pour le jeudi 18 avril 2019 a suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat extr\u00eamement faible au sein de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. Les principaux candidats de l’opposition pr\u00e9sentaient tous des faiblesses importantes. Le g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la retraite Ali Ghediri s’est d\u00e9clar\u00e9 candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle sans avoir au pr\u00e9alable un programme politique claire. Ce candidat qui milite pour la \u00ab rupture \u00bb peine \u00e0 proposer des mesures concr\u00e8tes de changement. Une partie de l’opposition le suspectait m\u00eame d’\u00eatre un candidat au service du pouvoir. Par ailleurs, le candidat le plus populaire, Rachid Nekkaz, n’a pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9senter \u00e0 l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Cet homme d’affaire franco-alg\u00e9rien, connu en France pour son soutien financier aux femmes condamn\u00e9es \u00e0 payer des amendes pour port de burqa, n’est pas \u00e9ligible \u00e0 l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle en raison de sa double nationalit\u00e9. Ce candidat aussi fantasque que populaire avait donc d\u00e9pos\u00e9 son dossier candidature par le biais de son cousin qui porte le m\u00eame nom que lui\u2026 Rachid Nekkaz. Dans le cas o\u00f9 son cousin avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu, l\u2019homme d\u2019affaire, Rachid Nekkaz (qui aurait alors le poste de vice-pr\u00e9sident) se serait vu confi\u00e9 les r\u00eanes du pouvoir apr\u00e8s d\u00e9mission de son cousin. Le fiasco suscit\u00e9 par la candidature de Rachid Nekkaz a discr\u00e9dit\u00e9 encore plus cette \u00e9lection aux yeux des \u00e9lecteurs. La soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne porte une confiance extr\u00eamement limit\u00e9e dans les institutions cens\u00e9es assurer des \u00e9lections d\u00e9mocratiques. La distanciation de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne avec les processus pr\u00e9tendument d\u00e9mocratiques propos\u00e9s par le pouvoir n’est pas nouvelle. En 2014, seulement 51,7 % des citoyens avaient particip\u00e9 \u00e0 l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. D’apr\u00e8s les r\u00e9sultats officiels, Abdelaziz Bouteflika aurait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de plus de 80 % des suffrages. C’est dans ce climat de d\u00e9fiance \u00e0 l’\u00e9gard des institutions que le principal parti islamiste, le Mouvement de la soci\u00e9t\u00e9 pour la paix, avait annonc\u00e9 son boycott de l’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. <\/p>\n\n\n\n La contestation populaire exprim\u00e9e par les manifestations urbaines est l\u2019expression d\u2019un rejet des institutions qui sont aux mains du pouvoir. En effet, la jeunesse alg\u00e9rienne, loin d\u2019\u00eatre d\u00e9politis\u00e9e, ne fait que se d\u00e9tourner des formes conventionnelles de politisation. La paralysie politique du pouvoir converge avec une crise \u00e9conomique de plus en plus \u00e9minente pour l’\u00e9conomie alg\u00e9rienne. Le centre d’analyse International Crisis Group met en garde contre une \u00ab crise \u00e9conomique qui pourrait frapper le pays d\u00e8s 2019. \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> Cette conjoncture d\u00e9favorable s’explique notamment par une tr\u00e8s faible diversification \u00e9conomique qui va de pair avec une forte d\u00e9pendance \u00e0 l’\u00e9gard de l’or noir. La chute et la fluctuation du prix du baril de p\u00e9trole a port\u00e9 un coup s\u00e9rieux \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique du pays. Si en 2013 le prix du baril d\u00e9passait les 100 dollars, d\u00e8s 2015 sa valeur diminue de moiti\u00e9 et atteint les 50 dollars. Le cours du p\u00e9trole Brent peine aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9passer la barre des 70 dollars.<\/p>\n\n\n\n La politique sociale de l’\u00c9tat alg\u00e9rien (historiquement socialiste) est de moins en moins soutenable. Qui plus est, cela intervient dans un contexte de saturation du march\u00e9 du travail. En 2018, le taux de ch\u00f4mage des 16-24 ans \u00e9tait de 26,4 % <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/span> Ce ch\u00f4mage quasi-structurel s’explique par la difficult\u00e9 de l’Alg\u00e9rie \u00e0 attirer les investissements priv\u00e9s. Le protectionnisme \u00e9conomique et la corruption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e d\u00e9gradent le climat des affaires pourtant si important pour l’investissement et la diversification \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n Une grande partie des slogans des manifestants s\u2019adresse directement \u00e0 la personne de Bouteflika. Il pourrait donc \u00eatre tentant de restreindre cette mobilisation \u00e0 une protestation contre le pr\u00e9sident malade. Mais, en r\u00e9alit\u00e9, la contestation populaire, loin de protester seulement contre un cinqui\u00e8me mandat de Bouteflika, critique le pouvoir dans sa globalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Des corps de m\u00e9tiers entiers s\u2019organisent pour mener la lutte depuis leur champ professionnel. Le 25 f\u00e9vrier, un sit-in d\u2019avocats alg\u00e9rois s\u2019est mobilis\u00e9 pour condamner les \u00ab arrestations arbitraires \u00bb du r\u00e9gime et pr\u00f4ne le respect de la Constitution et de l\u2019\u00c9tat de droit. Le 27 f\u00e9vrier, c\u2019est au tour d\u2019une centaine de journalistes d\u2019\u00e9mettre leurs revendications, protestant contre la censure impos\u00e9e par le r\u00e9gime Bouteflika. Un certain nombre de grands noms du journalisme alg\u00e9rien ont d\u00e9nonc\u00e9 le traitement partial des manifestations populaires. Une lettre adress\u00e9e au directeur de la radio nationale met ainsi en \u00e9vidence \u00ab le traitement exceptionnel d\u00e9rogatoire impos\u00e9 par la hi\u00e9rarchie au profit du pr\u00e9sident et restrictif quand il s\u2019agit de l\u2019opposition \u00bb<\/em> <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/span><\/p>\n\n\n\n2 – Un pr\u00e9sident malade et invisible<\/strong>
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<\/p>\n\n\n\n3 – Le \u00ab pouvoir \u00bb : un r\u00e9gime opaque appuy\u00e9 par l’arm\u00e9e.<\/strong>
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<\/p>\n\n\n\n4 – Une \u00e9lection jou\u00e9e d\u2019avance<\/strong>
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<\/p>\n\n\n\n5 – Un mod\u00e8le \u00e9conomique insoutenable <\/strong>
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<\/p>\n\n\n\n6- Derri\u00e8re l\u2019anti-bouteflikisme se cache la volont\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un syst\u00e8me d\u00e9mocratique nouveau. <\/strong>
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