{"id":213696,"date":"2023-12-29T23:18:54","date_gmt":"2023-12-29T22:18:54","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=213696"},"modified":"2024-06-03T18:12:19","modified_gmt":"2024-06-03T16:12:19","slug":"elections-europeennes-lurgence-democratique-continentale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/12\/29\/elections-europeennes-lurgence-democratique-continentale\/","title":{"rendered":"\u00c9lections europ\u00e9ennes : l’urgence d\u00e9mocratique continentale"},"content":{"rendered":"\n
Soit l’Europe agit ensemble et devient une union plus profonde, une union capable de mener une politique \u00e9trang\u00e8re et de d\u00e9fense, de m\u00eame que toutes ses politiques \u00e9conomiques, soit je crains que l’Union europ\u00e9enne ne survive que sous la forme d’un march\u00e9 unique.<\/em><\/p>\n\n\n\n Mario Draghi<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n Les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es ont confirm\u00e9, s’il en \u00e9tait encore besoin, que la fin de l’histoire n’aurait pas lieu. Notre \u00ab grand continent \u00bb s’est retrouv\u00e9 pris dans le maelstr\u00f6m de cette histoire que l’on voulait r\u00e9volue et qui, au contraire, a repris avec force son influence sur les institutions, la politique, la culture, les sociabilit\u00e9s et la vie priv\u00e9e. La pand\u00e9mie et les crises internationales ont oblig\u00e9 les institutions europ\u00e9ennes \u00e0 faire des choix qui exc\u00e9daient largement le cadre rigide des trait\u00e9s, et beaucoup plus vite que ce \u00e0 quoi l’Union nous avait habitu\u00e9s jusqu’ici. <\/p>\n\n\n\n Une question reste cependant en suspens : est-il possible d’aller plus loin dans le processus d’int\u00e9gration ou une Union appel\u00e9e \u00e0 r\u00e9agir aux crises, comme une sorte de Comit\u00e9 de salut public, est-elle d\u00e9j\u00e0 suffisante ? La r\u00e9ponse n’est pas \u00e9vidente. Une chose est s\u00fbre, une Europe minimale ne semble pas en mesure d’arr\u00eater les vents du nationalisme et du populisme qui soufflent contre elle. Jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, le processus d’int\u00e9gration a \u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9 par les possibilit\u00e9s r\u00e9elles et concr\u00e8tes que les conditions pr\u00e9sentaient. Malgr\u00e9 cela, le processus d’\u00e9largissement \u00e0 d’autres pays est en cours, preuve tangible que le projet europ\u00e9en repr\u00e9sente toujours une perspective concr\u00e8te de prosp\u00e9rit\u00e9 et de libert\u00e9 pour les pays ext\u00e9rieurs. <\/p>\n\n\n\n S’il est certain que le d\u00e9fi lanc\u00e9 par les autocraties contre nos d\u00e9mocraties est r\u00e9el et concret, l’espace d\u00e9mocratique europ\u00e9en joue un r\u00f4le mondial sans pr\u00e9c\u00e9dent. Une nouvelle conscience doit investir les forces politiques europ\u00e9ennes, \u00e0 commencer par les forces progressistes. Rendre cet espace plus efficace, ses institutions plus fonctionnelles, ses processus de d\u00e9cision plus clairs et plus imm\u00e9diats, c’est d’abord la t\u00e2che de la gauche. Car ce n’est que par la participation effective des citoyens europ\u00e9ens que le processus d’int\u00e9gration pourra retrouver le rythme de l’histoire.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Union europ\u00e9enne, telle que nous la connaissons aujourd\u2019hui, est le r\u00e9sultat de d\u00e9cennies d\u2019ajustements institutionnels et fonctionnels \u00e0 des conditions nationales et internationales en constante \u00e9volution. Les quarante derni\u00e8res ann\u00e9es, au tournant des XXe et XXIe si\u00e8cles, ont radicalement modifi\u00e9 ses fronti\u00e8res et sa force<\/a>. La chute du mur de Berlin, la r\u00e9unification de l\u2019Allemagne, l\u2019\u00e9largissement \u00e0 l\u2019Est, le processus de mondialisation, l\u2019interd\u00e9pendance \u00e9conomique et l\u2019extension des cha\u00eenes de valeur, la consolidation de nouvelles puissances mondiales qui \u00e9taient auparavant marginales sur la sc\u00e8ne internationale, ainsi que les changements d\u00e9mographiques qui y sont li\u00e9s, ont contraint les dirigeants europ\u00e9ens \u00e0 revoir continuellement le processus d\u2019int\u00e9gration. <\/p>\n\n\n\n Maastricht (1992), Nice (2001), Ath\u00e8nes (2003), Lisbonne (2007), ont synchronis\u00e9 le temps des choix europ\u00e9ens avec le temps de l\u2019histoire, dans une sym\u00e9trie fructueuse entre les aspirations politiques et la n\u00e9cessit\u00e9 du moment. On ne peut nier qu\u2019il y ait eu des erreurs, des limites, des coups de pouce imprudents, comme dans le cas de la Convention, le processus de constitutionnalisation abandonn\u00e9 \u00e0 la suite des r\u00e9f\u00e9rendums aux Pays-Bas et en France en 2005. Ceci dit, au moins jusqu\u2019\u00e0 Lisbonne, le continent a \u00e9t\u00e9 capable d\u2019interpr\u00e9ter et d\u2019apporter une certaine coh\u00e9rence aux besoins et aux opportunit\u00e9s qui se manifestaient : les aspirations \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9mocratie de grands pays contraints de subir le joug sovi\u00e9tique ; les fonctions institutionnelles appropri\u00e9es, dans les conditions donn\u00e9es, \u00e0 l\u2019\u00e9largissement ; l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique soutenue par le biais de la politique mon\u00e9taire. <\/p>\n\n\n\n La gauche europ\u00e9enne a su jouer un r\u00f4le de premier plan dans ces changements, en accompagnant de mani\u00e8re d\u00e9cisive des projets de r\u00e9forme solides. Ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini avec une dose excessive d\u2019approximation et d\u2019homologation par le terme \u00ab troisi\u00e8me voie \u00bb, a su imprimer, dans les ann\u00e9es 1990 et particuli\u00e8rement aux \u00c9tats-Unis et au Royaume-Uni, le n\u00e9cessaire d\u00e9passement des fronti\u00e8res politiques et id\u00e9ologiques d\u00e9termin\u00e9es dans les \u00c9tats-nations et a su interpr\u00e9ter, en la repr\u00e9sentant, la croissance d\u2019une classe moyenne cosmopolite, protagoniste des grandes transformations technologiques qui se produisaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque. En Europe continentale, ce processus a rencontr\u00e9 certaines r\u00e9ticences, dues en partie \u00e0 certaines sp\u00e9cificit\u00e9s nationales dans des pays moins expos\u00e9s aux changements \u00e9conomiques et financiers internationaux radicaux, tandis que leurs partis de gauche \u00e9taient issus de traditions diff\u00e9rentes, plus imperm\u00e9ables au discours de la troisi\u00e8me voie. <\/p>\n\n\n\n Jusqu\u2019au Trait\u00e9 de Lisbonne, le continent a \u00e9t\u00e9 capable d\u2019interpr\u00e9ter et d\u2019apporter une certaine coh\u00e9rence aux besoins et aux opportunit\u00e9s qui se manifestaient.<\/p>Giuseppina Picierno<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le temps permettra de porter une \u00e9valuation plus pr\u00e9cise \u2014 quoique jamais d\u00e9finitive \u2014 sur ce moment politique. Beaucoup d\u2019eau a coul\u00e9 sous les ponts et j\u2019imagine que personne ne croit raisonnablement pouvoir s\u2019accrocher \u00e0 cet id\u00e9al. Ce n\u2019est pas une question de sensibilit\u00e9 politique et culturelle, mais, plus trivialement, ces outils ne sont plus utiles pour faire face aux d\u00e9fis du monde contemporain. Je crois n\u00e9anmoins que nous pouvons tirer une le\u00e7on de la troisi\u00e8me voie. Si, d\u2019une part, celle-ci a su contribuer \u00e0 la lib\u00e9ration d\u2019\u00e9nergies, de connaissances et de libert\u00e9s inconnues dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, d\u2019autre part, ces m\u00eames \u00e9nergies, n\u2019\u00e9tant plus contenues par les cl\u00f4tures des politiques nationales de protection et de contr\u00f4le, se sont d\u00e9velopp\u00e9es contre la croissance \u00e9quilibr\u00e9e qui avait \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e, contribuant \u00e0 l\u2019augmentation des in\u00e9galit\u00e9s et \u00e0 la marginalisation de pans entiers de la soci\u00e9t\u00e9. Et lorsque la croissance n\u2019est pas \u00e9quilibr\u00e9e, les premiers \u00e0 en payer les cons\u00e9quences sont ceux qui se trouvent au \u00ab milieu \u00bb, cette m\u00eame classe moyenne qui \u00e9tait cens\u00e9e cro\u00eetre et prosp\u00e9rer. Cela provoque des inqui\u00e9tudes et de l\u2019insatisfaction dans ce segment de la soci\u00e9t\u00e9 sur lequel, en raison de sa nature plurielle et mobile, des processus de r\u00e9forme majeurs au sens d\u00e9mocratique, institutionnel et \u00e9conomique sont g\u00e9n\u00e9ralement mis en \u0153uvre. Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas seulement de la r\u00e9duction des revenus, mais de l\u2019\u00e9rosion progressive des fonctions et des statuts. <\/p>\n\n\n\n L\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne en a fait les frais et \u2014 avec elle \u2014 la gauche. Ce n\u2019est pas un hasard si, apr\u00e8s Lisbonne, au cours de la deuxi\u00e8me d\u00e9cennie du XXIe si\u00e8cle, les revers les plus importants ont \u00e9t\u00e9 subis \u00e0 la fois par la premi\u00e8re et par la seconde. La crise de la dette souveraine, la rigidit\u00e9 des politiques budg\u00e9taires, l\u2019inad\u00e9quation des instruments pour faire face aux crises impr\u00e9vues, une concurrence commerciale et productive mondiale qui a atteint son paroxysme, la volatilit\u00e9 excessive de l\u2019\u00e9conomie financi\u00e8re au d\u00e9triment de l\u2019\u00e9conomie industrielle, l\u2019attrition des revenus du travail et des professions lib\u00e9rales ont d\u00e9clench\u00e9 une temp\u00eate parfaite dont les discours souverainistes et nationalistes ont su profiter. La crise grecque et le Brexit ont \u00e9t\u00e9 des explosions caus\u00e9es par un d\u00e9tonateur pos\u00e9 loin en amont. Mais on aurait tort d\u2019en situer l\u2019origine dans la seule sph\u00e8re sociale. Les facteurs \u00e9taient multiples, complexes et les r\u00e9duire aux seules in\u00e9galit\u00e9s de revenus et de ressources serait partiel. <\/p>\n\n\n\n Quand on pense \u00e0 l\u2019Europe, la premi\u00e8re chose qui vient \u00e0 l\u2019esprit, c\u2019est probablement l\u2019euro, les pi\u00e8ces de monnaie que l\u2019on a dans la poche, du Havre \u00e0 S\u00e9ville, et de Hambourg \u00e0 Caserte. Ce n\u2019\u00e9tait pas du tout gagn\u00e9 d\u2019avance<\/a>. Que ce soit dans les phases difficiles qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 ou suivi, le climat autour de la monnaie unique et de son adoption a souvent \u00e9t\u00e9 incandescent.<\/p>\n\n\n\n De nombreuses forces politiques d\u2019inspiration populiste ont fait de l\u2019euro un bouc \u00e9missaire, la cause unique de la perte de pouvoir d\u2019achat des couches les plus pauvres. Mais ce n\u2019est pas tout. De nombreux commentateurs et universitaires, d\u2019Europe et des \u00c9tats-Unis, ont \u00e9mis plus d\u2019un doute sur la faisabilit\u00e9 et l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019une politique mon\u00e9taire commune \u00e0 des pays pr\u00e9sentant des caract\u00e9ristiques de d\u00e9veloppement aussi in\u00e9gales. Retirer aux pays europ\u00e9ens en difficult\u00e9 la \u00ab soupape de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb que constituait la d\u00e9valuation de leur monnaie n\u2019\u00e9tait pas sans risque. <\/p>\n\n\n\n Quand on pense \u00e0 l\u2019Europe, la premi\u00e8re chose qui vient \u00e0 l\u2019esprit, c\u2019est probablement l\u2019euro, les pi\u00e8ces de monnaie que l\u2019on a dans la poche, du Havre \u00e0 S\u00e9ville, et de Hambourg \u00e0 Caserte.<\/p>Giuseppina Picierno<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Certaines critiques semblaient, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, non d\u00e9nu\u00e9es de fondement. Au cours des vingt ann\u00e9es qui ont suivi l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019accord, ces inqui\u00e9tudes se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es largement infond\u00e9es. Les \u00e9conomies nationales se sont adapt\u00e9es, quoique partiellement, \u00e0 ne plus compter sur cette \u00ab soupape de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb et \u00e0 miser sur la capacit\u00e9 industrielle, le rythme du d\u00e9veloppement technologique et de la recherche productive, la qualit\u00e9 du travail et de la formation, plut\u00f4t que sur la d\u00e9valuation de la monnaie nationale, outil typique des \u00e9conomies plus retardataires.<\/p>\n\n\n\n Dans ses intentions, le processus de la monnaie unique par \u00e9tapes forc\u00e9es aurait agi comme un d\u00e9clencheur pour un partage large et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des politiques \u00e9conomiques et sociales et de la d\u00e9mocratie. Dans un \u00e9lan que certains ont qualifi\u00e9 de faustien, les dirigeants europ\u00e9ens se sont convaincus que \u00ab battre monnaie \u00bb \u00e9tait une condition essentielle pour d\u00e9finir un nouveau p\u00e9rim\u00e8tre de souverainet\u00e9 europ\u00e9enne, limitant de fait celle des \u00c9tats-nations. Ils n\u2019avaient qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9 raison. <\/p>\n\n\n\n Certes, il serait impossible aujourd\u2019hui de parler de tensions et de progr\u00e8s dans le processus d\u2019int\u00e9gration sans la solidit\u00e9 de ce passage. Et aujourd\u2019hui encore, apr\u00e8s des ann\u00e9es de pollution du d\u00e9bat public, personne ne fait plus r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la sortie de l\u2019euro. Tout simplement parce qu\u2019aucun citoyen europ\u00e9en ne croit raisonnable de s\u2019en passer. M\u00eame si les instruments dont dispose la BCE sont encore insuffisants par rapport \u00e0 ceux attribu\u00e9s \u00e0 des institutions similaires comme la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale, dans la dur\u00e9e et dans des conditions exceptionnelles, apr\u00e8s la crise grecque, elle s\u2019est tout de m\u00eame montr\u00e9e ad\u00e9quate, y compris dans les crises des dettes publiques nationales. Mais le vrai probl\u00e8me est ailleurs, et il est nettement plus large et plus profond : la partialit\u00e9 et l\u2019insuffisance absolue de la seule politique mon\u00e9taire. L\u2019ensemble des dimensions du pouvoir au sein duquel se d\u00e9veloppe une nouvelle souverainet\u00e9 plus accomplie est naturellement plus large.<\/p>\n\n\n\n S’il est certain que le d\u00e9fi lanc\u00e9 par les autocraties contre nos d\u00e9mocraties est r\u00e9el et concret, l’espace d\u00e9mocratique europ\u00e9en joue un r\u00f4le mondial sans pr\u00e9c\u00e9dent. <\/p>Giuseppina Picierno<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je n’utilise pas le mot souverainet\u00e9 par hasard. C’est un terme qui a \u00e9t\u00e9 satur\u00e9 par les malentendus qu’ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une lecture exclusivement nationaliste. Pour une \u00e9valuation s\u00e9rieuse de l’avenir de l’Europe, nous ne devons pas nous laisser intimider par ce mot. La dimension politique, la dimension sociale, la dimension \u00e9conomique sont les dimensions qui, ensemble, ont f\u00e9cond\u00e9 la meilleure p\u00e9riode des r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques europ\u00e9ens apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Elles ont marqu\u00e9 l’\u00e2ge d’or des \u00c9tats-nations europ\u00e9ens, marqu\u00e9 par une croissance \u00e9quilibr\u00e9e, et les avanc\u00e9es d\u00e9mocratiques et sociales les plus significatives de l’histoire de l’humanit\u00e9. Les \u00c9tats-nations ont r\u00e9solu la relation entre la souverainet\u00e9 populaire et l’\u00c9tat en faisant en sorte que l’expression de la souverainet\u00e9 populaire soit absorb\u00e9e dans les limites et les formes fournies par l’organisation de l’\u00c9tat. Son efficacit\u00e9, cependant, a profond\u00e9ment chang\u00e9 ; un monde de plus en plus interconnect\u00e9 fragilise de plus en plus ces \u00e9quilibres, \u00e0 l’int\u00e9rieur des fronti\u00e8res nationales, soumises \u00e0 des tensions globales qui sapent sa solidit\u00e9 jusque dans ses fondements. C’est pourquoi l’Europe est n\u00e9cessaire, non pas pour retirer sa souverainet\u00e9 au peuple, mais pour l’adapter au cours de l’histoire. Lorsque nous parlons de l’insuffisance de l’Europe dans les sc\u00e9narios internationaux, dans les conflits, dans les crises \u00e9conomiques et sociales, nous ne parlons pas d’une organisation internationale neutre, mais d’une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9mocratique qui doit exprimer pleinement son pouvoir, \u00e0 l’int\u00e9rieur et \u00e0 l’ext\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res. Elle doit \u00eatre en mesure d’exprimer sa souverainet\u00e9 par la volont\u00e9 du peuple, l’une soutenant l’autre. <\/p>\n\n\n\n [<\/em>Lire plus : pensez l\u2019Europe qui s\u2019\u00e9largit avec nous<\/strong><\/em><\/a>]<\/em><\/p>\n\n\n\n La souverainet\u00e9 nationale, \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, trouvait sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans la souverainet\u00e9 populaire. Celle-ci s’exprimait \u00e0 travers les formes et limites \u00e9tablies dans les pactes constitutionnels, majoritairement r\u00e9dig\u00e9s dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Le suffrage universel, les droits politiques et sociaux, les libert\u00e9s individuelles sont autant de valeurs universelles qui se concr\u00e9tisaient et prenaient sens au sein des identit\u00e9s nationales. Le demos<\/em> national \u00e9tait une synth\u00e8se de ces \u00e9l\u00e9ments, consolid\u00e9e par les grands partis populaires et les grandes organisations sociales.<\/p>\n\n\n\n Cependant, il est essentiel de clarifier un point souvent mal compris : le d\u00e9ficit d\u00e9mocratique que nous ressentons, m\u00eame en excluant les exag\u00e9rations d’un d\u00e9bat public souvent irr\u00e9aliste, ne prend pas racine dans le cadre europ\u00e9en. La crise des \u00c9tats-nations, et donc de la d\u00e9mocratie telle que nous la connaissons, est un ph\u00e9nom\u00e8ne universel, affectant toutes les d\u00e9mocraties, y compris hors d’Europe. Allons plus loin, l’\u00c9tat-nation est en crise m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 les m\u00e9thodes de contr\u00f4le sont clairement non d\u00e9mocratiques : \u00e0 ce propos, il serait trompeur de confondre la gestion autoritaire de certains r\u00e9gimes avec la force autrefois exerc\u00e9e par les \u00c9tats-nations. Mais c\u2019est un autre sujet. <\/p>\n\n\n\n Au c\u0153ur de la question se trouve le r\u00f4le de l’Europe, qui ne doit pas \u00eatre per\u00e7ue uniquement comme une puissance qui viendrait se substituer \u00e0 des \u00c9tats devenus trop faibles. L\u2019Union repr\u00e9sente plut\u00f4t la plus grande exp\u00e9rimentation d\u00e9mocratique, capable de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes pos\u00e9s par notre monde contemporain globalis\u00e9. Ce second aspect, \u00e9troitement li\u00e9 au premier, semble malheureusement n\u00e9glig\u00e9 aujourd\u2019hui. Dans une vision utilitaire, qui a pr\u00e9valu, pour des raisons \u00e9videntes, lors de la crise pand\u00e9mique, l’Europe peut apporter des solutions partielles aux nombreuses questions de d\u00e9veloppement et d’in\u00e9galit\u00e9, mais elle ne parviendra pas \u00e0 \u00e9tablir sa dimension politique.<\/p>\n\n\n\n Jamais personne n\u2019a imagin\u00e9 pour l\u2019Europe l\u2019\u00e9chelle d\u2019un super-\u00c9tat et le d\u00e9passement des \u00c9tats-nations par d\u00e9cret. De m\u00eame, il est difficile d\u2019imaginer une super-souverainet\u00e9 : quantit\u00e9 et qualit\u00e9 se conditionnent l\u2019une l\u2019autre, et les changements quantitatifs, m\u00eame s\u2019ils ne sont que purement quantitatifs, entra\u00eenent des changements qualitatifs. Mais l\u2019insuffisance des \u00c9tats-nations ne peut pas \u00eatre r\u00e9solue dans une dimension post-d\u00e9mocratique. Et si auparavant nous pouvions consid\u00e9rer que des exp\u00e9dients graduels d\u2019ing\u00e9nierie institutionnelle \u00e9taient suffisants, maintenant ce processus a besoin d\u2019un moment de r\u00e9formes globales, \u00e0 la fois intelligentes et d\u00e9cisives. Celles-ci devront doter l\u2019Union d\u2019instruments appropri\u00e9s, qui renforcent la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique et populaire de leur utilisation. Il n\u2019y a pas de dimension \u00e9conomique sans politique fiscale, par exemple. Sans elle, aucune forme de redistribution, aucune aide aux entreprises, aucune fourniture de services de base, \u00e0 commencer par la sant\u00e9 et l\u2019\u00e9ducation, n\u2019est imaginable.<\/p>\n\n\n\n La diversit\u00e9 des 27 r\u00e9gimes fiscaux au sein de l’Union engendre des d\u00e9s\u00e9quilibres pr\u00e9judiciables dans un contexte de comp\u00e9tition mondiale. L’absence d’une politique fiscale harmonis\u00e9e affaiblit \u00e9galement la Politique de Coh\u00e9sion. Bien qu’un r\u00e9gime fiscal unique pour toute l’Europe semble irr\u00e9alisable \u00e0 court terme, des formes graduelles d’harmonisation, notamment ax\u00e9es sur la production et le travail, sont envisageables et d\u00e9j\u00e0 compatibles. Il est difficile, voire impossible, d’imaginer une Europe sociale sans une politique fiscale commune. De m\u00eame, il est difficile d’imaginer l’Union sans une politique \u00e9trang\u00e8re et de d\u00e9fense commune robuste, incluant potentiellement la cr\u00e9ation d’une arm\u00e9e commune. Il s\u2019agit d\u2019un besoin connu et manifeste. Mais ce besoin est devenu encore plus urgent \u00e0 la suite de l’agression russe contre l’Ukraine et de l’attaque terroriste subie par Isra\u00ebl le 7 octobre dernier. <\/p>\n\n\n\n La M\u00e9diterran\u00e9e et nos fronti\u00e8res orientales ne se limitent pas \u00e0 des enjeux r\u00e9gionaux, mais repr\u00e9sentent des carrefours cruciaux des dynamiques du monde contemporain globalis\u00e9. Ces r\u00e9gions sont au c\u0153ur de ph\u00e9nom\u00e8nes migratoires, qui ne sont pas simplement des questions de politique int\u00e9rieure ou de s\u00e9curit\u00e9, mais rev\u00eatent un caract\u00e8re fondamentalement diplomatique. Elles sont \u00e9galement le th\u00e9\u00e2tre de conflits qui menacent le multilat\u00e9ralisme, l’autonomie, l’int\u00e9grit\u00e9 territoriale et la libert\u00e9 des nations. En outre, elles sont confront\u00e9es \u00e0 des probl\u00e9matiques environnementales et alimentaires particuli\u00e8rement aigu\u00ebs. <\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte de r\u00e9formes urgentes, une n\u00e9cessit\u00e9 se d\u00e9gage avec clart\u00e9 : celle de r\u00e9tablir les hi\u00e9rarchies au sein des diff\u00e9rentes institutions de l\u2019Union en confiant \u00e0 celle parlementaire, la seule issue de l\u2019expression d\u00e9mocratique directe, le r\u00f4le qui revient \u00e0 toute assembl\u00e9e, l\u2019initiative l\u00e9gislative. De m\u00eame, le principe de l’unanimit\u00e9, qui permet \u00e0 un seul chef d\u2019\u00c9tat ou de gouvernement, repr\u00e9sentant l’un des vingt-sept \u00c9tats membres, d’avoir une influence \u00e9gale \u00e0 celle des vingt-six autres, doit \u00eatre profond\u00e9ment r\u00e9vis\u00e9. C\u2019est un \u00e9norme d\u00e9s\u00e9quilibre d\u00e9mocratique, qui constitue \u00e9galement un frein \u00e9vident \u00e0 la capacit\u00e9 de d\u00e9cision. <\/p>\n\n\n\n La M\u00e9diterran\u00e9e et nos fronti\u00e8res orientales ne se limitent pas \u00e0 des enjeux r\u00e9gionaux, mais repr\u00e9sentent des carrefours cruciaux des dynamiques du monde contemporain globalis\u00e9.<\/p>Giuseppina Picierno<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les r\u00e9formes minimales n\u00e9cessaires sont connues depuis longtemps. Elles ne sont pas obscur\u00e9ment techniques ou inutilement complexes et elles sont un sujet de d\u00e9bat public europ\u00e9en depuis plus de vingt ans. \u00c0 cet \u00e9gard, un conseil remonte du pass\u00e9, de la g\u00e9n\u00e9ration qui, apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, a initi\u00e9 le processus d’int\u00e9gration europ\u00e9enne. En 1951, Alcide De Gasperi s’exprimait ainsi \u00e0 l’Assembl\u00e9e du Conseil de l’Europe : \u00ab La construction d’outils et de moyens techniques, les solutions administratives sont indubitablement n\u00e9cessaires et nous devons \u00eatre reconnaissants \u00e0 ceux qui en assument la t\u00e2che. Ces constructions forment l’armature : elles repr\u00e9sentent ce que le squelette repr\u00e9sente pour le corps humain. Mais ne risquons-nous pas qu’elles se d\u00e9sint\u00e8grent si un souffle vital ne les anime pas d\u00e8s aujourd’hui ? \u00bb Comment interpr\u00e9ter aujourd’hui cette r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab souffle vital \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n Les \u00e9checs des r\u00e9f\u00e9rendums en France et aux Pays-Bas en 2005 sur le trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en, la crise grecque, la mont\u00e9e des partis nationalistes et populistes, le Brexit, nous ont convaincus que l’int\u00e9gration europ\u00e9enne devait \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e de l’expression de la volont\u00e9 populaire. La crainte d’exposer le processus aux fluctuations continuelles de l’opinion n’\u00e9tait pas injustifi\u00e9e : il faut convenir que l’Europe n’a pas encore la solidit\u00e9 n\u00e9cessaire pour recourir constamment \u00e0 l’expression \u00e9lectorale ou r\u00e9f\u00e9rendaire sur le destin de son int\u00e9gration et de ses institutions. Mais nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 un point o\u00f9 nous devons nous affranchir de ces craintes et r\u00e9soudre ce dilemme avec les outils de la politique, de la d\u00e9mocratie et du consensus.<\/p>\n\n\n\n Si, comme je l’ai expos\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, une composante essentielle du demos<\/em> national est l’identit\u00e9 et les diff\u00e9rentes dimensions de la souverainet\u00e9, nous ne pouvons pas imaginer aujourd’hui une d\u00e9mocratie sans demos<\/em>, qui se pr\u00e9occuperait seulement du second facteur, le kratos<\/em>. Je suis convaincue de l’existence du demos<\/em> europ\u00e9en, qui se fonde sur la citoyennet\u00e9, ses droits et ses valeurs universels. La durabilit\u00e9 environnementale et sociale de la production et de la consommation, les droits et libert\u00e9s civiles, la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s de genre, la libert\u00e9 de mouvement, d’information et de formation, les principes de subsidiarit\u00e9 et de solidarit\u00e9, l’ouverture \u00e0 l’accueil et \u00e0 l’int\u00e9gration, la promotion et la protection des droits de l’homme constituent d\u00e9j\u00e0 l\u2019essence de la citoyennet\u00e9. L\u00e0 est le demos<\/em>. Tout cela n’est qu\u2019apparemment contradictoire avec les identit\u00e9s nationales et les principes de souverainet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Si la g\u00e9n\u00e9ration du premier europ\u00e9isme s’est \u00e9teinte et que la suivante est en d\u00e9clin, la prochaine est celle du nouvel europ\u00e9isme, pour laquelle le cadre d\u2019expression des activit\u00e9s humaines et de la formation culturelle est d\u00e9j\u00e0 europ\u00e9en et global. Aucune g\u00e9n\u00e9ration ne parle d\u2019une seule voix. Mais dans un moment d\u2019inqui\u00e9tude et d\u2019incertitude profondes, il est indiscutable que la g\u00e9n\u00e9ration actuelle fait sienne l\u2019id\u00e9e d\u2019une citoyennet\u00e9 europ\u00e9enne. <\/p>\n\n\n\n Si les termes et les espaces de la d\u00e9mocratie et de la souverainet\u00e9 changent, la politique, celle des grands sujets organis\u00e9s, doit changer avec eux, en interpr\u00e9tant et en accompagnant cette nouvelle \u00e8re. Elle doit l’anticiper, compte tenu des conditions actuelles. Le d\u00e9calage temporel dans l’\u00e9volution du r\u00f4le et des fonctions des institutions europ\u00e9ennes et des acteurs politiques participe du d\u00e9ficit d\u00e9mocratique. L’affaiblissement progressif du r\u00f4le des partis et des organisations sociales repr\u00e9sentatives est \u00e9galement d\u00fb \u2014 sans que cela ne soit la seule raison \u2014 \u00e0 leur manque d’adaptation \u00e0 l’espace nouveau ouvert par l’int\u00e9gration europ\u00e9enne et aux embryons de souverainet\u00e9 nouvelle exprim\u00e9e par l’Europe. Logiquement, si le nombre de citoyens concern\u00e9s par les d\u00e9cisions d’une institution augmente, la repr\u00e9sentation des int\u00e9r\u00eats doit \u00e9galement s’accro\u00eetre, ce qui n\u00e9cessite un changement dans la qualit\u00e9 de cette repr\u00e9sentation. Jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, cela ne s’est produit que de mani\u00e8re tr\u00e8s limit\u00e9e, rappelant certaines dynamiques jacobines de cercles restreints plut\u00f4t que des mouvements et des initiatives populaires. Ceux-ci doivent \u00eatre diversifi\u00e9s : l’ancienne formation des \u00e9lites dirigeantes, qui encourage l’uniformit\u00e9 et le conformisme, est aujourd\u2019hui inad\u00e9quate.<\/p>\n\n\n\n Les facteurs de pluralisme en Europe se sont renforc\u00e9s \u00e0 tous les niveaux, qu\u2019ils soient sociaux, \u00e9conomiques, culturels, nationaux, id\u00e9ologiques ou religieux. La soci\u00e9t\u00e9 ouverte est une grande conqu\u00eate, et la repr\u00e9senter dans ses aspirations g\u00e9n\u00e9rales implique n\u00e9cessairement une ouverture. Les partis transnationaux doivent \u00eatre ouverts et pluriels, non seulement dans leurs caract\u00e9ristiques organisationnelles, mais aussi dans leurs orientations politiques et leurs valeurs. Cela vaut pour tous les courants politiques europ\u00e9ens, et encore plus pour la gauche. Elle doit \u00eatre transnationale ou elle se contentera de ressasser l’empreinte de son glorieux pass\u00e9 social-d\u00e9mocrate. Il est n\u00e9cessaire de retrouver la raison sociale de la gauche en Europe, de l’autre, mais elle ne remplira pas pleinement sa fonction et restera impuissante si elle ne transforme pas son rapport au f\u00e9d\u00e9ralisme et \u00e0 la participation. C’est seulement ainsi qu’elle retrouvera sa fonction populaire et sociale.<\/p>\n\n\n\n L\u2019ancienne formation des \u00e9lites dirigeantes, qui encourage l’uniformit\u00e9 et le conformisme, est aujourd\u2019hui inad\u00e9quate.<\/p>Giuseppina Picierno<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Repr\u00e9senter les aspirations du demos<\/em> europ\u00e9en ; d\u00e9fendre et renforcer la classe moyenne dans la transition \u00e9cologique et num\u00e9rique ; r\u00e9duire les marginalit\u00e9s in\u00e9vitablement produites par les grands progr\u00e8s technologiques ; promouvoir la connaissance, la formation et l’emploi qualifi\u00e9 pour r\u00e9pondre \u00e0 la tentation pass\u00e9iste ; soutenir les valeurs de libert\u00e9 et de justice sur lesquelles repose la raison d’\u00eatre de l’Europe dans le monde : voil\u00e0 les pi\u00e8ces du puzzle que la gauche est appel\u00e9e \u00e0 assembler pour affirmer la possibilit\u00e9 que la citoyennet\u00e9 europ\u00e9enne int\u00e8gre les identit\u00e9s nationales et le besoin de souverainet\u00e9, non pas en les absorbant, mais en les harmonisant. Si le demos<\/em> de la citoyennet\u00e9 europ\u00e9enne n’\u00e9merge pas comme solution \u00e0 la crise d\u00e9mocratique des d\u00e9cennies de fer et de feu que nous avons v\u00e9cues, ni la gauche ni l’Europe n’auront plus d’avenir, puisque celle-ci serait r\u00e9duite \u00e0 un contrat entre nations. <\/p>\n\n\n\n Au contraire, il faut retrouver le sentiment que nos destins sont crois\u00e9s, non pas par fatalit\u00e9, ni seulement par n\u00e9cessit\u00e9, mais par ambition partag\u00e9e et choix g\u00e9n\u00e9rationnel. Plus qu’un processus, il s\u2019agit d\u2019une vision o\u00f9 les objectifs sont clairs et l’horizon d\u00e9fini. Ce sera le terrain des prochaines \u00e9lections europ\u00e9ennes. Pour la droite des nations et des nationalismes, cela est clair. Si le d\u00e9bat public se replie sur les affaires nationales, les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux seront variables, pays par pays, mais non d\u00e9cisifs. Si la gauche parvient \u00e0 soutenir et \u00e0 rassembler le consensus et la vitalit\u00e9 autour de cette vision, en unissant les partis politiques issus de la tradition socialiste et social-d\u00e9mocrate mais en \u00e9largissant les alliances \u00e0 tous ceux qui croient que cette vision est fondatrice d’une nouvelle politique, elle jouera son r\u00f4le pour toute l’Europe, en faveur d\u2019une d\u00e9mocratie plus solide, pour une souverainet\u00e9 plus efficace, afin de r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s. Pour cela, il faudra renouveler les partis, leurs structures, leurs initiatives, pour restaurer la confiance plac\u00e9e en eux, dans la participation politique, dans l’avenir. C\u2019est la condition d\u2019une politique qui sait regarder au-del\u00e0 du temps de la g\u00e9n\u00e9ration qui la promeut, assumant le temps de la responsabilit\u00e9 envers la prochaine g\u00e9n\u00e9ration \u2014 celle-l\u00e0 m\u00eame que cible le plan NextGenerationEU<\/em><\/a>. Et si cela signifie renoncer \u00e0 une partie de sa propre identit\u00e9 et histoire nationale, ce ne sera pas pour la survie d’un vieux parti, mais pour la naissance d’un parti nouveau, plus grand, f\u00e9d\u00e9ral et contemporain. C\u2019est le souffle vital dont parlait Alcide de Gasperi. Jamais les temps n\u2019ont exig\u00e9 autant de courage. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Les d\u00e9mocraties du continent sont en crise. Ce ne sont pas les seules, mais c’est en Europe que tout peut basculer. Pour l\u2019eurod\u00e9put\u00e9e Pina Picierno, l\u2019espace d\u00e9mocratique unique que constitue l\u2019Union doit nous aider \u00e0 construire un nouveau mod\u00e8le \u00e9tatique \u2014 \u00e0 six mois des \u00e9lections de juin prochain, le risque est grand de perdre \u00e0 la fois l’\u00c9tat et la d\u00e9mocratie si nous n’y parvenons pas.<\/p>\n","protected":false},"author":8153,"featured_media":213834,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[3609,3810],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-213696","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-elargissement","category-elections-europeennes-2024","staff-giuseppina-picierno","geo-europe"],"acf":[],"yoast_head":"\nUne histoire <\/strong>heurt\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n
Les dimensions de la souverainet\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Les r\u00e9formes et le souffle vital<\/strong> <\/h2>\n\n\n\n
L\u2019avenir des progressistes et d\u00e9mocrates europ\u00e9ens<\/strong><\/h2>\n\n\n\n