{"id":213453,"date":"2023-12-27T13:30:00","date_gmt":"2023-12-27T12:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=213453"},"modified":"2023-12-27T12:52:15","modified_gmt":"2023-12-27T11:52:15","slug":"1934-point-de-non-retour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/12\/27\/1934-point-de-non-retour\/","title":{"rendered":"1934, point de non-retour ?"},"content":{"rendered":"\n

Comment expliquer un tournant ? Pour y voir clair sur les macro-crises, il faut parfois augmenter l\u2019\u00e9chelle d\u2019analyse \u2014 jusqu\u2019\u00e0 celle de la fin d\u2019ann\u00e9e. Pour nous aider \u00e0 passer de 2023 \u00e0 2024, nous avons demand\u00e9 \u00e0\u00a0<\/em>Pierre Grosser<\/em><\/a>\u00a0de commissionner 10 textes, un par d\u00e9cennie, pour \u00e9tudier et mettre en contexte des tournants plus amples. Apr\u00e8s les deux premiers \u00e9pisodes sur\u00a01913-1914<\/a> et 1923-1924<\/a>, voici le troisi\u00e8me sur la bascule de 1934. <\/em><\/p>\n\n\n\n

D\u00e9couvrez nos autres s\u00e9ries de 2023 \u2014 de <\/em>Strat\u00e9gies<\/em><\/a> \u00e0 <\/em>Oppenheimer<\/em><\/a> en passant par <\/em>Kaboul<\/em><\/a> \u2014 et profitez des f\u00eates pour <\/em>vous abonner ou offrir le Grand Continent<\/em><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n

L\u2019histoire est une science humaine dont la singularit\u00e9 consiste \u00e0 qualifier les modalit\u00e9s de l\u2019inscription de l\u2019humanit\u00e9 dans le temps <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Par nature, le temps est un continuum et toute p\u00e9riode historique est donc une construction artificielle arbitrairement d\u00e9finie. Chacune d\u2019elles s\u2019intercale entre un \u00ab avant \u00bb et un \u00ab apr\u00e8s \u00bb, car ce sont bien les caract\u00e9ristiques ou les sp\u00e9cificit\u00e9s identifi\u00e9es par les historiens dans une certaine temporalit\u00e9 \u2013 le plus souvent entre deux \u00e9v\u00e9nements signifiants \u2013 qui donnent \u00e0 la p\u00e9riodisation retenue sa coh\u00e9rence et sa force. Dans ce sch\u00e9ma, la question des c\u00e9sures et des bascules chronologiques se pose avec acuit\u00e9 tant la d\u00e9finition des origines d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9pend intrins\u00e8quement de ce qu\u2019il est advenu, et tant elle confronte dans un m\u00eame mouvement le chercheur au risque de l\u2019\u00e9cueil t\u00e9l\u00e9ologique. L\u2019historien a n\u00e9anmoins pour mission premi\u00e8re de rendre intelligible et de donner du sens au pass\u00e9. Il ne peut donc faire l\u2019\u00e9conomie des tournants ou des inflexions qu\u2019il distingue, en prenant garde \u00e0 int\u00e9grer \u00e0 son analyse l\u2019horizon d\u2019attente des contemporains <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019ann\u00e9e 1934 appara\u00eet ainsi comme le moment o\u00f9 le monde commence \u00e0 s\u2019engager sur la pente glissante menant au retour d\u2019un nouvel affrontement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019examen des causes de la Seconde Guerre mondiale a occasionn\u00e9 une abondante production litt\u00e9raire. Divers \u00e9l\u00e9ments du contexte \u2014 comme le trait\u00e9 de Versailles, la crise \u00e9conomique mondiale de 1929, la personnalit\u00e9 d\u2019Hitler, le poids des id\u00e9ologies, les ambigu\u00eft\u00e9s et faiblesses des puissances alli\u00e9es, ou encore le pacifisme \u2014 ont \u00e9t\u00e9 tour \u00e0 tour questionn\u00e9s <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Sur ces r\u00e9flexions relatives aux fondements de la crise s\u2019est \u00e9galement greff\u00e9e une exploration des processus qui permettent de penser chronologiquement les \u00e9tapes et d\u2019affiner ainsi l\u2019explication du d\u00e9litement du syst\u00e8me europ\u00e9en et international cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n

Au lendemain de la signature des trait\u00e9s de paix, les crispations restent en effet pr\u00e9gnantes <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C\u2019est seulement apr\u00e8s les accords de Locarno, sign\u00e9s en octobre 1925, que survient une relative accalmie. Le pacte Briand-Kellogg de renonciation \u00e0 la guerre comme instrument de politique nationale, sign\u00e9 en ao\u00fbt 1928 \u00e0 Paris, marque l\u2019acm\u00e9 de la d\u00e9tente internationale. Rapidement, toutefois, les nuages ne tardent pas \u00e0 s\u2019amonceler dans le ciel encore relativement serein de la paix. Les ann\u00e9es 1932 \u00e0 1934 apparaissent ainsi comme la p\u00e9riode au cours de laquelle la discussion entre puissances, d\u00e9j\u00e0 difficile, se grippe et lors de laquelle les d\u00e9saccords et les tensions \u00e0 nouveau se s\u00e9dimentent. Le grand historien des relations internationales, Jean-Baptiste Duroselle avait, d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1970, fix\u00e9 \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 1932 le d\u00e9but de la \u00ab d\u00e9cadence \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il a encore tout r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 suivi dans cette voie par Paul Jankowski qui voit dans l\u2019hiver 1932-1933 le moment o\u00f9 l\u2019Europe s\u2019engage sur le chemin d\u2019un nouvel affrontement <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On peut n\u00e9anmoins s\u2019interroger sur l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de certaines dynamiques identifi\u00e9es tr\u00e8s t\u00f4t dans la chronologie. Rien n\u2019\u00e9tant jamais \u00e9crit \u00e0 l\u2019avance, sans doute vaut-il mieux chercher \u00e0 fixer l\u2019\u00e9ventuel point de non-retour qui, en l\u2019esp\u00e8ce, pourrait se situer plut\u00f4t en 1934, ann\u00e9e qui valide les craintes encore jusqu\u2019ici diffuses des responsables politiques contemporains.<\/p>\n\n\n\n

Les ann\u00e9es 1932 \u00e0 1934 apparaissent comme la p\u00e9riode au cours de laquelle la discussion entre puissances, d\u00e9j\u00e0 difficile, se grippe.<\/p>Matthieu Boisdron<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quoi qu\u2019il en soit, o\u00f9 que l\u2019on fixe pr\u00e9cis\u00e9ment le curseur, il appara\u00eet que cette p\u00e9riode de deux ann\u00e9es environ \u2013 de l\u2019automne 1932 \u00e0 l\u2019automne 1934 \u2013 voit converger trois facteurs dont les effets se conjuguent : la succession des coups de canif dans les trait\u00e9s de paix, l\u2019exacerbation des nationalismes et les reculs d\u00e9mocratiques sous le poids des difficult\u00e9s \u00e9conomiques et sociales et enfin les premiers lourds \u00e9checs de la s\u00e9curit\u00e9 collective, plac\u00e9e sous l\u2019\u00e9gide de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations (SDN).<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Hitler au Buckeberg en 1934. \u00a9 Chicago Tribune\/TNS\/Sipa USA\/SIPA<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Les trait\u00e9s de paix : des chiffons de papier ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

La p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e est d\u2019abord marqu\u00e9e par une remise en cause, par petites touches successives, des principes fix\u00e9s dans les trait\u00e9s de paix, et en premier lieu de celui des r\u00e9parations financi\u00e8res dues par l\u2019Allemagne aux puissances alli\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

En vertu de l\u2019article 231 du trait\u00e9 de Versailles, l\u2019Allemagne doit endosser la responsabilit\u00e9 du d\u00e9clenchement de la guerre et pour cette raison compenser les dommages occasionn\u00e9s par le conflit. Faute d\u2019accord g\u00e9n\u00e9ral sur la question entre les puissances alli\u00e9es, le texte pr\u00e9cise seulement que la somme doit \u00eatre fix\u00e9e avant mai 1921 et que, d\u2019ici cette date, l\u2019Allemagne devra avoir vers\u00e9 un acompte de 20 milliards de marks-or, dont une partie en nature. Lors de la conf\u00e9rence de Spa (juillet 1920) qui fixe la r\u00e9partition entre les puissances b\u00e9n\u00e9ficiaires, la France sa taille part du lion et obtient 52 % du total d\u2019un montant qui reste encore \u00e0 fixer. En mai 1921, apr\u00e8s des d\u00e9bats difficiles, c\u2019est finalement la somme de 132 milliards de marks-or qui est retenue. L\u2019Allemagne, qui doit c\u00e9der \u00e0 la pression franco-britannique, s’engage \u00e0 payer deux milliards par an et \u00e0 remettre un quart environ de ses exportations. Toutefois, d\u00e8s la fin de l\u2019ann\u00e9e 1921, le gouvernement allemand demande un moratoire, arguant de son incapacit\u00e9 \u00e0 payer les indemnit\u00e9s de guerre. Le changement de gouvernement qui survient en France puis en Allemagne tend les relations.<\/a> Le pr\u00e9sident du Conseil Raymond Poincar\u00e9 entend contraindre l\u2019Allemagne \u00e0 payer alors que le chancelier Wilhelm Cuno met un terme \u00e0 la \u00ab politique de r\u00e8glement \u00bb (Erf\u00fcllungspolitik<\/em>) initi\u00e9e par son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Par cons\u00e9quent, Poincar\u00e9 d\u00e9cide d\u2019intervenir militairement et d\u2019occuper la Ruhr en janvier 1923 afin de saisir un \u00ab gage productif \u00bb pour le paiement des r\u00e9parations. Constatant l\u2019\u00e9chec de sa politique, Cuno d\u00e9missionne en ao\u00fbt 1923 et laisse la place \u00e0 Gustav Stresemann qui demande imm\u00e9diatement l\u2019ouverture de n\u00e9gociations <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Dans un contexte particuli\u00e8rement difficile pour l\u2019Allemagne, Poincar\u00e9 pense pouvoir obtenir des conditions favorables en jouant la montre.<\/p>\n\n\n\n

Toutefois, le r\u00e9tablissement rapide de l\u2019Allemagne sonne le glas des plans fran\u00e7ais. Parall\u00e8lement \u00e0 ces d\u00e9veloppements, le franc se trouve en difficult\u00e9 : attaqu\u00e9, son cours ne cesse de chuter depuis l\u2019automne 1922. Ayant accept\u00e9 en octobre 1923, sur proposition am\u00e9ricaine, la cr\u00e9ation d\u2019une commission d\u2019experts charg\u00e9e d\u2019\u00e9tudier de nouveau la question des r\u00e9parations, Poincar\u00e9 est contraint de faire des concessions apr\u00e8s avoir demand\u00e9, en mars 1924, le soutien d\u2019une banque am\u00e9ricaine afin de soutenir le franc. Le plan Dawes, sign\u00e9 en juillet 1924, propose un am\u00e9nagement provisoire sur cinq ans auquel est coupl\u00e9 un emprunt international pour soutenir l\u2019\u00e9conomie allemande. Les annuit\u00e9s, dont la premi\u00e8re est fix\u00e9e \u00e0 un milliard de marks-or, doivent augmenter progressivement pour atteindre 2,5 milliards de marks-or en 1928. En contrepartie, la Ruhr est graduellement \u00e9vacu\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9 1925. Si la strat\u00e9gie de la France est mise en \u00e9chec, le r\u00e8glement de la crise franco-allemande ouvre le d\u00e9but d\u2019une \u00e8re de d\u00e9tente. En septembre 1926, l\u2019Allemagne devient membre de la SDN, le jour de l\u2019entr\u00e9e en vigueur des accords de Locarno cens\u00e9s assurer la s\u00e9curit\u00e9 collective europ\u00e9enne apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec du Protocole de Gen\u00e8ve n\u00e9goci\u00e9 en 1924. Mais l\u2019apaisement des tensions cache un renversement du rapport de force europ\u00e9en. Le plan Dawes autorise en effet l\u2019entr\u00e9e massive de capitaux am\u00e9ricains en Europe, via des pr\u00eats ou des investissements. Le \u00ab triangle financier de la paix \u00bb permet \u00e0 l\u2019Allemagne de payer les r\u00e9parations aux alli\u00e9s qui peuvent \u00e0 leur tour r\u00e9gler leur dette aux \u00c9tats-Unis. Dans ce syst\u00e8me, l\u2019Allemagne est le principal b\u00e9n\u00e9ficiaire car elle re\u00e7oit beaucoup plus de capitaux (notamment sous forme d\u2019investissements) qu\u2019elle ne verse de r\u00e9parations. Pour la France, de 1924 \u00e0 1929, le solde entre r\u00e9parations allemandes et dettes interalli\u00e9es est positif mais tout juste \u00e9quilibr\u00e9 si l\u2019on ajoute la dette commerciale de guerre.<\/p>\n\n\n\n

Au milieu des ann\u00e9es 1920, l\u2019apaisement des tensions cache un renversement du rapport de force europ\u00e9en.<\/p>Matthieu Boisdron<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dans ces conditions, la poursuite de la r\u00e9\u00e9valuation des r\u00e9parations ouvre la porte \u00e0 une plus compl\u00e8te remise \u00e0 plat de certaines des conditions de la paix. L\u2019arriv\u00e9e \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance du plan Dawes laisse la place au plan Young. Le solde de la dette allemande \u2014 compte-tenu des versements d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9s \u2014 est fix\u00e9 \u00e0 109,6 milliards de marks-or. Les paiements sont \u00e9tal\u00e9s jusqu\u2019en 1988. Mais 22,6 milliards seulement restent inconditionnellement dus. Le paiement des 87 milliards restants est soumis au maintien par les \u00c9tats-Unis de l\u2019exigence des cr\u00e9ances dues par ses alli\u00e9s. Un lien formel entre dettes interalli\u00e9es et r\u00e9parations de guerre, demande r\u00e9it\u00e9r\u00e9e de la France, est implicitement reconnu mais les \u00c9tats-Unis refusent toutefois d\u2019admettre la suspension du remboursement des dettes en cas de d\u00e9faillance de l\u2019Allemagne. En ao\u00fbt 1929, le plan Young est adopt\u00e9 lors de la conf\u00e9rence de La Haye au cours de laquelle les puissances alli\u00e9es s\u2019engagent \u00e0 \u00e9vacuer la Rh\u00e9nanie avant fin juin 1930, c\u2019est-\u00e0-dire cinq ann\u00e9es avant l\u2019\u00e9ch\u00e9ance pr\u00e9vue par le trait\u00e9 de Versailles. La crise \u00e9conomique qui frappe le monde au d\u00e9but des ann\u00e9es trente met n\u00e9anmoins imm\u00e9diatement \u00e0 bas ce syst\u00e8me. Confront\u00e9 au renversement brutal de la situation \u00e9conomique, l\u2019Allemagne, incapable d\u2019honorer ses dettes, demande un moratoire. Accept\u00e9e par les grandes puissances europ\u00e9ennes, la question de la suspension des paiements allemands devait \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e lors de la conf\u00e9rence de Lausanne (juin-juillet 1932). Londres et Rome ayant admis le principe de la suppression des r\u00e9parations, un dernier paiement forfaitaire de 3 milliards de marks-or est demand\u00e9 par Paris \u00e0 Berlin pour solde de tout compte (ainsi que l\u2019abandon concomitant des dettes de guerre par les \u00c9tats-Unis <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>). Ainsi, sur les 132 milliards de marks-or exig\u00e9s de Berlin, on estime que seuls 23 milliards (dont 9,5 milliards \u00e0 la France) ont effectivement \u00e9t\u00e9 vers\u00e9s <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En cons\u00e9quence, la Chambre des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7aise met un terme au remboursement des dettes de guerre au mois de d\u00e9cembre 1932. Le non r\u00e8glement des dettes interalli\u00e9es mais surtout des r\u00e9parations, qui en est la cause, \u00e9branle ind\u00e9niablement la solidit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 amoindrie d\u2019un trait\u00e9 de Versailles dont les dispositions r\u00e9sistent ainsi tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la conjoncture internationale. Lib\u00e9r\u00e9e du poids de cette lourde dette, l\u2019Allemagne peut d\u00e8s 1934 engager son r\u00e9armement dans des conditions facilit\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 ces questions financi\u00e8res s\u2019ajoutent des difficult\u00e9s plus proprement politiques. \u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1932, outre l\u2019abandon des r\u00e9parations, l\u2019Allemagne demande la reconnaissance de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits en mati\u00e8re d\u2019armement (Gleichberechtigung<\/em>), consid\u00e9rant que le d\u00e9sarmement qui lui avait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 \u00e0 Versailles devait \u00eatre la premi\u00e8re \u00e9tape \u00e0 un d\u00e9sarmement g\u00e9n\u00e9ral et qu\u2019en l\u2019absence de celui-ci elle \u00e9tait en droit de se sentir d\u00e9gag\u00e9e de ses obligations. Ses propositions d\u2019entente directe avec la France sur la question des r\u00e9parations et celle du d\u00e9sarmement ayant \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es par Paris, Berlin quitte la conf\u00e9rence du d\u00e9sarmement qui s\u2019est ouverte \u00e0 Gen\u00e8ve en f\u00e9vrier 1932 tant que cette exigence n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 satisfaite. Celle-ci lui est donc accord\u00e9e en d\u00e9cembre par les puissances, en \u00e9change d\u2019un peu contraignant engagement en faveur de la mise sur pied d\u2019un syst\u00e8me garantissant la s\u00e9curit\u00e9 de tous les pays europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n\n\n

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Affrontements violents pendant une gr\u00e8ve \u00e0 Minneapolis en juin 1934. \u00a9 Wikimedia Commons<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Mais c\u2019est sans doute le projet de r\u00e9vision des trait\u00e9s de paix dit du \u00ab Pacte \u00e0 Quatre \u00bb, n\u00e9goci\u00e9 \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019Italie avec la France, le Royaume-Uni et l\u2019Allemagne qui a les plus importantes cons\u00e9quences sur le climat g\u00e9n\u00e9ral de la s\u00e9curit\u00e9 du continent. Dans son discours de Turin d\u2019octobre 1932, Mussolini ouvre en effet la porte \u00e0 une entente directe entre les quatre puissances europ\u00e9ennes afin de fixer une politique commune sur le continent et en mati\u00e8re coloniale, et notamment la possibilit\u00e9 de r\u00e9viser les fronti\u00e8res issues des trait\u00e9s de paix, notamment en Europe centrale et orientale. L\u2019objectif du Duce, en reconstituant une forme de concert europ\u00e9en, est de rendre \u00e0 l\u2019Italie une influence au c\u0153ur de l\u2019Europe danubienne en s\u2019appuyant notamment sur les pays r\u00e9visionnistes \u2014 l\u2019Autriche, la Hongrie et la Bulgarie \u2014 tout en \u00e9loignant de la zone l\u2019influence allemande, et accessoirement fran\u00e7aise. Si le Pacte \u00e0 Quatre, sign\u00e9 en juillet 1933, a finalement \u00e9t\u00e9 vid\u00e9 de sa substance par la France, sous la pression de ses proches alli\u00e9s que sont la Pologne, la Roumanie, la Tch\u00e9coslovaquie et la Yougoslavie \u2014 ces trois derniers pays formant la Petite Entente <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span> <\/sup>\u2014, sa n\u00e9gociation laisse des traces profondes et entame durablement la confiance, bien qu\u2019il ne soit finalement jamais entr\u00e9 en vigueur car non ratifi\u00e9 par tous ses signataires <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Pour la France, de 1924 \u00e0 1929, le solde entre r\u00e9parations allemandes et dettes interalli\u00e9es est positif mais tout juste \u00e9quilibr\u00e9 si l\u2019on ajoute la dette commerciale de guerre.<\/p>Matthieu Boisdron<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

En somme, les concessions faites, selon la terminologie du trait\u00e9 de Versailles, par les \u00ab principales puissances alli\u00e9es et associ\u00e9es \u00bb sont consid\u00e9r\u00e9es par les puissances dites \u00ab r\u00e9visionnistes \u00bb comme des pr\u00e9alables plut\u00f4t que comme des ouvertures ou des gages de bonne volont\u00e9. Elles n\u2019entravent en rien la croissance des forces nationalistes et tendent m\u00eame au contraire \u00e0 valider leur r\u00e9cit, tant le durcissement du rapport de force semble en mesure de produire \u00e0 leur avantage des r\u00e9sultats.<\/p>\n\n\n\n

[<\/em>Lire plus : les autres \u00e9pisodes de notre s\u00e9rie sur le XXe si\u00e8cle en dix fins d\u2019ann\u00e9e<\/em><\/a>]<\/em>.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019exacerbation des nationalismes et les reculs d\u00e9mocratiques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Ces \u00e9volutions s\u2019inscrivent en effet dans un contexte plus g\u00e9n\u00e9ral de recul des d\u00e9mocraties et d\u2019affirmation de r\u00e9gimes autoritaires, dont plusieurs d\u2019entre eux sont inspir\u00e9s par la modernit\u00e9 que constitue le fascisme<\/a>.<\/p>\n\n\n\n

Si des r\u00e9gimes autoritaires s\u2019installent en Europe d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration est nette \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1930<\/a>. La Hongrie, apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience du r\u00e9gime communiste de la r\u00e9publique des Conseils, voit le r\u00e9tablissement, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1919, d\u2019une monarchie de fa\u00e7ade o\u00f9 le pouvoir ex\u00e9cutif est concentr\u00e9 entre les mains d\u2019un r\u00e9gent, l\u2019amiral Mikl\u00f3s Horthy, d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 cette fonction en mars 1920. En octobre 1922, Benito Mussolini est d\u00e9sign\u00e9 pr\u00e9sident du Conseil et installe en quelques mois une dictature fasciste en Italie. En mai 1926, le mar\u00e9chal polonais J\u00f3zef Pi\u0142sudski fomente un coup d\u2019\u00c9tat et installe \u00e0 Varsovie un r\u00e9gime personnel aux accents autoritaires. Le m\u00eame mois, le Portugal bascule dans la dictature militaire avant qu\u2019Ant\u00f3nio de Oliveira Salazar ne fonde le r\u00e9gime conservateur et corporatiste de l\u2019Estado Novo en mars 1933<\/a>. En d\u00e9cembre 1926, la jeune r\u00e9publique lituanienne tombe aux mains de l\u2019ancien chef d\u2019\u00c9tat et figure nationaliste Antanas Smetona, qui installe un r\u00e9gime personnel. En septembre 1928, celui qui est depuis janvier 1925 \u00e0 la fois le chef du gouvernement et le pr\u00e9sident de la r\u00e9publique albanaise, Ahmet Zogu, renverse le r\u00e9gime et se fait proclamer roi sous le nom de Zog Ier<\/sup>. En janvier 1929, le souverain du royaume des Serbes, Croates et Slov\u00e8nes, Alexandre Ier<\/sup>, installe une dictature et rebaptise le pays sous le nom de Yougoslavie. En mars 1933, Engelbert Dollfuss en Autriche et Adolf Hitler en Allemagne prennent les pleins pouvoirs. Suivent ensuite l\u2019Estonie de Konstantin P\u00e4ts en janvier 1934, la Lettonie de K\u0101rlis Ulmanis en mai 1934, la Bulgarie de Boris III en janvier 1935, la Gr\u00e8ce de Io\u00e1nnis Metax\u00e1s en ao\u00fbt 1936, la Roumanie de Carol II en f\u00e9vrier 1938 et enfin l\u2019Espagne sur laquelle Francisco Franco met d\u00e9finitivement la main en avril 1939. Dans ce mouvement de bascule \u2014 que l\u2019installation de ces dictatures soit venue du bas ou qu\u2019elles aient \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es par le sommet du pouvoir \u2014 on rel\u00e8ve que l\u2019ann\u00e9e 1933\/1934 constitue une sorte de point m\u00e9dian.<\/p>\n\n\n\n

Les d\u00e9mocraties parlementaires sont donc bouscul\u00e9es dans leurs fondements, y compris les plus anciennes et les plus solides. Parmi elles, la France est particuli\u00e8rement concern\u00e9e. L\u2019\u00e9meute sanglante du 6 f\u00e9vrier 1934<\/a>, sans pour autant rev\u00eatir \u2014 comme les communistes et les socialistes ont imm\u00e9diatement cherch\u00e9 \u00e0 l\u2019en affubler \u2014, les atours d\u2019une tentative de coup de force fasciste, r\u00e9v\u00e8le tout de m\u00eame, par sa violence et en raison de l\u2019importance de ses cons\u00e9quences politiques, l\u2019essoufflement des institutions d\u00e9mocratiques de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La polarisation de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise que traduit l\u2019\u00e9v\u00e9nement s\u2019accompagne d\u2019une progression sensible du niveau de la violence politique. L\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 en pr\u00e9venir les effets contribue \u00e0 l\u2019affaiblissement international du pays, notamment quand cette violence s\u2019exerce directement contre lui et ses repr\u00e9sentants. L\u2019assassinat du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Paul Doumer le 6 mai 1932 par un immigr\u00e9 nationaliste russe ou, plus grave encore, l\u2019assassinat \u00e0 Marseille du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Louis Barthou et du roi de Yougoslavie Alexandre Ier<\/sup> le 9 octobre 1934, par un nationaliste bulgare membre de l’Organisation r\u00e9volutionnaire int\u00e9rieure mac\u00e9donienne (ORIM), \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une visite officielle du second, ab\u00eement durablement l\u2019image de la France chez ses proches alli\u00e9s <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On ne peut s\u2019emp\u00eacher de consid\u00e9rer qu\u2019une forme d\u2019abattement saisit alors son opinion publique, et accessoirement ses dirigeants politiques. Comme l\u2019explique l\u2019historien Maurice Va\u00efsse, le pacifisme inconditionnel est longtemps minoritaire dans la France de l\u2019entre-deux-guerres tant le pays craint la revanche possible de l\u2019Allemagne. On le retrouve surtout \u00e0 la gauche du spectre politique, et encore avec d\u2019importantes nuances. C\u2019est seulement \u00e0 partir de 1934, sous l\u2019effet de la d\u00e9t\u00e9rioration de la situation internationale, \u00ab que le pacifisme devient profond et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00bb, commence \u00e0 transcender le clivage droite\/gauche, et finit par \u00ab paralyse[r] la politique ext\u00e9rieure fran\u00e7aise \u00bb <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Si des r\u00e9gimes autoritaires s\u2019installent en Europe d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration est nette \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1930.<\/p>Matthieu Boisdron<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Bien que moins \u00e9branl\u00e9 que son alli\u00e9 fran\u00e7ais, le Royaume-Uni n\u2019\u00e9chappe pas lui non plus \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Pour autant, si la crise \u00e9conomique et sociale \u2014 profonde \u2014 n\u2019entame pas r\u00e9ellement la stabilit\u00e9 politique du pays qui conserve tout au long de la d\u00e9cennie une majorit\u00e9 conservatrice solide, Londres, avant m\u00eame Paris, s\u2019engage \u2014 en partie par anticommunisme \u2014 dans une politique d\u2019apaisement (appeasement<\/em>) et de conciliation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Allemagne. Soucieux d\u2019\u00e9viter toute h\u00e9g\u00e9monie fran\u00e7aise sur le continent europ\u00e9en, le gouvernement britannique se montre d\u2019abord sensible aux arguments allemands et appuie son redressement \u00e9conomique dans les ann\u00e9es 1920. Par la suite, dans le contexte des n\u00e9gociations relatives au d\u00e9sarmement qui commencent \u00e0 Gen\u00e8ve dans la seconde moiti\u00e9 de la d\u00e9cennie, l\u2019Allemagne trouve aupr\u00e8s du Royaume-Uni une oreille bienveillante. Alors que la France, isol\u00e9e dans le concert des grandes puissances sur cette question, cherche des garanties de s\u00e9curit\u00e9, Londres conteste publiquement les orientations de sa politique ext\u00e9rieure. Elle d\u00e9sapprouve le rapprochement qui survient \u00e0 partir de 1932 avec l\u2019Union sovi\u00e9tique et, en 1934, le projet de \u00ab pacte oriental \u00bb que tente de mettre sur pied, contre l\u2019Allemagne, le ministre fran\u00e7ais des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Louis Barthou <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Londres, surtout, en concluant unilat\u00e9ralement, en juin 1935, un accord naval bilat\u00e9ral autorisant Berlin \u00e0 disposer d\u2019une flotte de guerre \u00e9quivalente \u00e0 35 % du tonnage de la Royal Navy, torpille imm\u00e9diatement le \u00ab front de Stresa \u00bb p\u00e9niblement b\u00e2ti, \u00e0 peine deux mois plus t\u00f4t, en avril, avec la France et l\u2019Italie pour entraver l\u2019Allemagne qui venait tout juste de r\u00e9tablir la conscription et qui ne fait d\u00e9j\u00e0 que peu myst\u00e8re de ses vis\u00e9es sur l\u2019Autriche. Le sursaut, tardif, n\u2019intervient qu\u2019en mars 1939 ; la s\u00e9cession de la Slovaquie de la Tch\u00e9coslovaquie, suivie imm\u00e9diatement de l\u2019annexion par Berlin de la Boh\u00eame-Moravie, constituant en effet une violation des accords de Munich conclus seulement six mois et demi auparavant \u00e0 l\u2019initiative du Premier ministre britannique Neville Chamberlain.<\/p>\n\n\n\n

La paralysie, mais aussi la complicit\u00e9 des d\u00e9mocraties \u00e0 l\u2019\u00e9gard des remises en cause successives du syst\u00e8me international institu\u00e9 dans les ann\u00e9es qui ont suivi la Premi\u00e8re Guerre mondiale, ont ainsi accompagn\u00e9, voire pr\u00e9par\u00e9, l\u2019\u00e9chec de la s\u00e9curit\u00e9 collective.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Les manifestants se rassemblent place de la Madeleine, le 6 f\u00e9vrier 1934. \u00a9 Wikimedia Commons<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Les lourds \u00e9checs de la s\u00e9curit\u00e9 collective<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Si, dans les ann\u00e9es 1920, la SDN remplit son r\u00f4le et parvient \u00e0 emp\u00eacher l\u2019\u00e9clatement de conflits potentiellement destructeurs \u2014 dans les Balkans notamment \u2014 la tendance se retourne \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1930.<\/p>\n\n\n\n

La premi\u00e8re phase du conflit sino-japonais qui \u00e9clate en septembre 1931 par l\u2019agression japonaise de la Chine et trouve son issue par le d\u00e9part du Japon de l\u2019organisation internationale au printemps 1933 constitue la premi\u00e8re alerte s\u00e9rieuse. En 1932, l\u2019\u00e9clatement d\u2019une courte guerre de neuf mois entre la Colombie et le P\u00e9rou puis celui d\u2019un conflit bien plus long, de pr\u00e8s de trois ann\u00e9es, entre la Bolivie et le Paraguay (la guerre du Chaco) accentuent l\u2019impression d\u2019impuissance de l\u2019institution. N\u00e9anmoins, dans un monde encore largement polaris\u00e9 par l\u2019Europe, ces affrontements p\u00e9riph\u00e9riques ne suscitent pas d\u2019inqui\u00e9tudes imm\u00e9diates. Ils sont pourtant annonciateurs de nouvelles difficult\u00e9s qui se cristallisent \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1933 et au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1934.<\/p>\n\n\n\n

La conf\u00e9rence du d\u00e9sarmement, qui s\u2019ouvre \u00e0 Gen\u00e8ve en f\u00e9vrier 1932, s\u2019enlise tr\u00e8s rapidement. Paralys\u00e9es pendant de longues s\u00e9ances par les d\u00e9saccords, les discussions deviennent impossibles une fois Hitler parvenu \u00e0 la t\u00eate du gouvernement allemand en janvier 1933. En octobre, Berlin se retire de la conf\u00e9rence du d\u00e9sarmement et de la SDN elle-m\u00eame. En avril 1934, la France annonce qu\u2019elle refuse de discuter de ces questions de mani\u00e8re bilat\u00e9rale avec l\u2019Allemagne \u2014 qui r\u00e9arme d\u2019ailleurs en secret \u2014 et qu\u2019elle assurera d\u00e9sormais sa s\u00e9curit\u00e9 par ses propres moyens. Ces vell\u00e9it\u00e9s de r\u00e9sistance sont toutefois suivies de peu d\u2019effets. Le pacte oriental voulu par Louis Barthou se heurte \u00e0 la fois au manque de soutien des Britanniques et aux ferments de division qui commencent \u00e0 na\u00eetre parmi les alli\u00e9s orientaux de la France. En janvier 1934, d\u2019abord, la Pologne signe avec l\u2019Allemagne un pacte de non-agression, fissurant le syst\u00e8me des alliances de revers p\u00e9niblement \u00e9tabli par la France dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1920 <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les nazis, ensuite, montrent leur d\u00e9termination en assassinant en juillet 1934 le chancelier autrichien Dollfuss qui, pour \u00eatre un dirigeant autoritaire, \u00e9tait \u00e9galement un f\u00e9roce opposant \u00e0 toute perspective d\u2019Anschlu\u00df avec l\u2019Allemagne. La mort du roi de Yougoslavie en octobre 1934 permet enfin l\u2019accession \u00e0 la t\u00eate du gouvernement, en juin 1935, de Milan Stojadinovi\u0107 qui renverse progressivement les alliances de son pays pour op\u00e9rer un rapprochement avec l\u2019Allemagne, affaiblissant durablement la force de la Petite Entente.<\/p>\n\n\n\n

En 1934, le non-interventionnisme s\u2019affirme davantage aux \u00c9tats-Unis.\u00a0<\/p>Matthieu Boisdron<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quant aux deux grandes puissances qui restent encore en marge du syst\u00e8me international \u2014 les \u00c9tats-Unis et l\u2019URSS \u2014 leur changement de posture accentue cette tendance d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Sans \u00eatre jamais officiellement entr\u00e9s \u00e0 la SDN, les \u00c9tats-Unis, demeur\u00e9s isolationnistes, y avaient n\u00e9anmoins jou\u00e9 un r\u00f4le discret, mais parfois d\u00e9terminant <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En 1934 commencent les auditions du S\u00e9nat am\u00e9ricain men\u00e9e par la commission Nye sur les raisons de l\u2019engagement des \u00c9tats-Unis dans la Premi\u00e8re Guerre mondiale, dans un pays concentr\u00e9 sur son rel\u00e8vement \u00e9conomique. Le non-interventionnisme s\u2019affirme davantage : trois lois de neutralit\u00e9s sont ainsi adopt\u00e9es en 1935, 1936 et 1937 <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Quant \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique, qui avait d\u2019abord trouv\u00e9 dans la conclusion d\u2019un trait\u00e9 sign\u00e9 \u00e0 Rapallo en avril 1922 avec l\u2019Allemagne de Weimar un moyen de rompre son isolement, elle engage entre 1925 et 1932 une normalisation de ses relations avec une majorit\u00e9 de ses voisins (Finlande, pays baltes, Pologne, Turquie) ainsi qu\u2019avec la France et \u00e0 jouer le jeu de la s\u00e9curit\u00e9 collective en travaillant par exemple \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une convention de d\u00e9finition de l\u2019agression adopt\u00e9e en juillet 1933 <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de Hitler au pouvoir, les relations germano-sovi\u00e9tiques \u2014\u00a0qui avaient d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9grader sous la R\u00e9publique de Weimar \u2014 prennent un tour plus difficile. Staline op\u00e8re \u00e0 partir de 1934 une r\u00e9\u00e9valuation strat\u00e9gique qui conduit l\u2019URSS \u00e0 mettre un terme \u00e0 la strat\u00e9gie \u00ab classe contre classe \u00bb adopt\u00e9e en 1928 et \u00e0 se prononcer en faveur d\u2019un soutien \u00e0 la constitution de \u00ab fronts populaires \u00bb avec d\u2019autres forces de gauche non-communistes. Malgr\u00e9 la signature d\u2019un pacte franco-sovi\u00e9tique en mai 1935, cette politique d\u2019ouverture ne rencontre n\u00e9anmoins pas tout le succ\u00e8s escompt\u00e9. Les puissances b\u00e9n\u00e9ficiaires des trait\u00e9s de paix \u2014 et le Royaume-Uni au premier chef \u2014 restent m\u00e9fiantes et, par anticommunisme, globalement hostiles \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique. Moscou est rapidement d\u00e9\u00e7ue par la politique d\u2019apaisement men\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Allemagne et en tire d\u00e9finitivement toutes les cons\u00e9quences en ao\u00fbt 1939, lors de la signature du pacte germano-sovi\u00e9tique <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La reprise des discussions d\u2019\u00c9tat \u00e0 \u00c9tat, hors du cadre de la SDN, contribue \u00e0 marginaliser l\u2019organisation internationale qui est, de plus, \u00e0 la peine pour trouver des solutions et imposer des arbitrages. Face \u00e0 la d\u00e9gradation de la situation internationale, la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats particuliers des \u00c9tats prend le dessus, chacun cherchant \u00e0 son profit, au besoin au d\u00e9triment des autres, y compris quand il s\u2019agit de ses propres alli\u00e9s, une s\u00e9curit\u00e9 sur laquelle planent d\u00e9sormais de plus lourdes menaces.<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Des SA d\u00e9filent devant Hitler \u00e0 Nuremberg, en septembre 1934. \u00a9 Wikimedia Commons<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

L\u2019ann\u00e9e 1934 voit se r\u00e9duire le champ des possibles et se fermer les options devant les dirigeants des grandes puissances b\u00e9n\u00e9ficiaires des trait\u00e9s de paix. L\u2019Europe s\u2019engage en effet dans une dynamique qui devient plus ouvertement conflictuelle en raison du raidissement des positions des puissances dites \u00ab r\u00e9visionnistes \u00bb, Berlin en t\u00eate. L\u2019Allemagne est en effet d\u00e9sormais dirig\u00e9e par un mouvement politique qui ne se limite pas \u00e0 une forme exacerb\u00e9e du revanchisme allemand, mais qui porte en lui une volont\u00e9 de modification radicale et d\u00e9finitive de l\u2019ordre politique et social du monde, et dont la nature v\u00e9ritable \u00e9chappe encore \u00e0 une grande partie des observateurs et dirigeants de l\u2019\u00e9poque. La duplicit\u00e9 et la dissimulation des objectifs recherch\u00e9s deviennent une strat\u00e9gie diplomatique pour dissocier le front des puissances oppos\u00e9es \u00e0 la r\u00e9vision des trait\u00e9s de paix. Les apaisements prodigu\u00e9s par l\u2019Allemagne \u00e0 la Pologne pour briser son isolement apr\u00e8s son d\u00e9part de la SDN, et le changement d\u2019attitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019URSS \u2014 qui rassure Londres \u2014 en constituent les principaux exemples.<\/p>\n\n\n\n

Si, \u00e0 ce moment, le rapport de force militaire est encore largement favorable aux puissances alli\u00e9es, cette option n\u2019est plus, comme au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, mise sur la table. L\u2019ann\u00e9e 1934 est en effet aussi celle de l\u2019accentuation des divergences entre les grandes d\u00e9mocraties occidentales et avec leurs alli\u00e9s. Celles-ci se trouvent de plus en plus en d\u00e9saccord sur la nature de la r\u00e9ponse \u00e0 apporter aux remises en cause du syst\u00e8me international. \u00c0 cet \u00e9gard, la premi\u00e8re grave entorse \u2014 rest\u00e9e sans r\u00e9ponse \u2014 qu\u2019est la remilitarisation de la Rh\u00e9nanie en mars 1936 est sans surprise la cons\u00e9quence de la disjonction de ce lien. Les puissances alli\u00e9es sont \u00e9galement prisonni\u00e8res du juridisme d\u2019un syst\u00e8me international \u2014 celui de la SDN \u2014 qu\u2019elles ont port\u00e9 sur les fonts baptismaux et dont elles ne peuvent pour cette raison s\u2019affranchir, \u00e0 la diff\u00e9rence des puissances r\u00e9visionnistes qui recherchent \u00e0 leur profit son affaiblissement d\u2019abord, son d\u00e9mant\u00e8lement ensuite, et dont le travail de sape est favoris\u00e9 par le fait qu\u2019elles n\u2019ont \u00e0 remplir aucun devoir de solidarit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de pays tiers.<\/p>\n\n\n\n

Si la prise de conscience des acteurs contemporains est naturellement plus tardive, l\u2019ann\u00e9e 1934 peut \u00eatre envisag\u00e9e comme une ann\u00e9e de \u00ab rupture \u00bb dans la mesure o\u00f9 le basculement du rapport de force qui intervient r\u00e9v\u00e8le une puissante dynamique qui impulse une modification profonde du syst\u00e8me international.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Quand l’\u00e9v\u00e9nement est-il devenu in\u00e9vitable  ? Dans le cas de la Seconde Guerre mondiale, cette question prend un \u00e9cho singulier. 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