{"id":211209,"date":"2023-12-04T18:30:00","date_gmt":"2023-12-04T17:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=211209"},"modified":"2023-12-04T20:18:12","modified_gmt":"2023-12-04T19:18:12","slug":"cop28-lecologie-a-lechelle-pertinente-1-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/12\/04\/cop28-lecologie-a-lechelle-pertinente-1-1\/","title":{"rendered":"COP28 : l\u2019\u00e9cologie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle pertinente"},"content":{"rendered":"\n
La triple crise plan\u00e9taire (le d\u00e9r\u00e8glement climatique, l\u2019effondrement de la biodiversit\u00e9 et la prolif\u00e9ration des pollutions) met l\u2019humanit\u00e9 face \u00e0 des choix cruciaux pour son avenir. Mais elle vient aussi \u00e9branler nos certitudes et percuter nos instruments politiques traditionnels. Dipesh Chakrabarty nous enseigne que ce d\u00e9boussolement du politique provient de l\u2019\u00e9clatement de notre rapport \u00e0 l\u2019Histoire et au temps<\/a> <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Je partage ce constat mais je voudrais compl\u00e9ter cette analyse par celle que permet l\u2019autre axe sur lequel se d\u00e9ploie l\u2019action politique : l\u2019espace. La caract\u00e9ristique du d\u00e9r\u00e8glement climatique est que le caract\u00e8re universel du d\u00e9fi cohabite avec la nature profond\u00e9ment locale des politiques \u00e0 mener, voire intime des changements \u00e0 consentir de la part des humains.\u00a0<\/p>\n\n\n\n Ce grand \u00e9cart in\u00e9dit entre un niveau d\u2019ambition global et un champ d\u2019action local voire individuel, entre la carte et le territoire, est au c\u0153ur de l\u2019aporie politique du nouveau r\u00e9gime climatique \u00e0 construire. La question qui se pose au politique est d\u00e9sormais la suivante : comment cr\u00e9er des coalitions favorables au climat \u00e0 chaque \u00e9chelle politique \u2014 de la COP 28 au conseil municipal d\u2019Angers en passant par le Parlement europ\u00e9en \u2014 tout en cr\u00e9ant un continuum d\u2019action coh\u00e9rent entre ces g\u00e9ographies politiques ? L\u2019\u00e9cologie est bien ainsi une g\u00e9o-politique, qui doit int\u00e9grer ces diff\u00e9rentes dimensions (globale, europ\u00e9enne, nationale, locale) sous peine d\u2019\u00eatre rendue inefficace ou inacceptable. En tant qu\u2019ancien maire, en tant qu\u2019ancien parlementaire fran\u00e7ais et europ\u00e9en, d\u00e9sormais chef de d\u00e9l\u00e9gation fran\u00e7aise dans des grandes n\u00e9gociations environnementales internationales, confront\u00e9 dans ma vie politique \u00e0 chacune de ces \u00e9chelles, je mesure l\u2019ampleur de cette t\u00e2che \u2014 mais elle est cruciale.<\/p>\n\n\n\n Tout commence et tout finit par le local. Le local est d\u2019abord l\u2019\u00e9chelle sensible de la prise de conscience climatique, car c\u2019est l\u00e0 que se construit l\u2019identit\u00e9 des individus et leur rapport au monde. Fernand Braudel <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> et apr\u00e8s lui Emmanuel Le Roy Ladurie<\/a> <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> ont montr\u00e9 \u00e0 quel point l\u2019identit\u00e9 de notre pays et de ses habitants a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9e par nos paysages, nos climats, nos terroirs. Voir ces composantes de notre identit\u00e9 nationale et intime changer sous nos yeux avec le d\u00e9r\u00e8glement climatique, percevoir ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e la perte de biodiversit\u00e9, est \u00e0 la fois profond\u00e9ment traumatisant mais aussi, j\u2019en suis persuad\u00e9, un formidable moteur pour l\u2019action. Je fais une \u00e9quivalence tr\u00e8s nette entre la pr\u00e9servation de notre environnement et la pr\u00e9servation de ce que nous sommes, \u00e0 la fois en tant que peuple mais aussi en tant qu\u2019individus. Changer pour rester nous-m\u00eames, c\u2019est la mue que nous devons r\u00e9aliser dans nos habitudes du quotidien, dans notre fa\u00e7on de consommer, de nous d\u00e9placer, d\u2019utiliser des ressources vitales comme l\u2019eau et l\u2019\u00e9nergie. Changer pour rester nous-m\u00eames, c\u2019est la ligne de force des politiques que je porte, par exemple en mati\u00e8re de ma\u00eetrise de l\u2019\u00e9talement urbain, dont les exc\u00e8s des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es ont d\u00e9natur\u00e9 notre pays, ou encore en lan\u00e7ant le plan d\u2019adaptation de notre pays \u00e0 un r\u00e9chauffement de +4\u00b0C \u00e0 la fin du si\u00e8cle que je d\u00e9voilerai en janvier 2024.<\/p>\n\n\n\n Je fais une \u00e9quivalence tr\u00e8s nette entre la pr\u00e9servation de notre environnement et la pr\u00e9servation de ce que nous sommes, \u00e0 la fois en tant que peuple mais aussi en tant qu\u2019individus.<\/p>Christophe B\u00e9chu<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La face obscure de cette hypersensibilit\u00e9 du local au d\u00e9r\u00e8glement climatique s\u2019incarne dans les r\u00e9actions de rejet des politiques environnementales dont nous voyons l\u2019\u00e9ruption partout en Europe. Ces r\u00e9actions manifestent l\u2019essor d\u2019un nouveau clivage \u00e9cologique europ\u00e9en<\/a>, avec l\u2019\u00e9mergence d\u2019un \u00ab climato-populisme \u00bb. Le climato-populisme, c\u2019est reprendre les recettes du populisme traditionnel (essentialisation du peuple, rejet des \u00e9lites, opposition du proche et du lointain)<\/a> pour les appliquer \u00e0 la contestation des politiques environnementales : voyez aux Pays-Bas le Mouvement paysan citoyen<\/a> et le triomphe r\u00e9cent du \u00ab Parti de la Libert\u00e9 \u00bb aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, en Allemagne l\u2019AfD, en Espagne Vox\u2026 <\/p>\n\n\n\n En France, le discours climato-sceptique traditionnel de l\u2019extr\u00eame droite a gliss\u00e9 depuis quelques mois vers ce discours climato-populiste, qui s\u00e9duit y compris au sein de la droite traditionnelle : chaque mesure prise pour d\u00e9fendre l\u2019environnement est pr\u00e9sent\u00e9e comme forc\u00e9ment punitive, forc\u00e9ment contre-productive, forc\u00e9ment nuisible au pouvoir d\u2019achat. Il faudrait \u00ab arr\u00eater d\u2019emmerder \u00bb les Fran\u00e7ais avec l\u2019\u00e9cologie au nom d\u2019une incompatibilit\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s locales avec des mesures venues \u00ab d\u2019en-haut \u00bb, que cela d\u00e9signe Paris ou Bruxelles. Une autre manifestation de ce clivage est le rejet, ou la relativisation de la science, forc\u00e9ment hors sol, par rapport au bon sens : l\u2019extr\u00eame droite se pla\u00eet \u00e0 pr\u00e9senter les scientifiques, notamment du GIEC, comme des adeptes de \u00ab l\u2019exag\u00e9ration \u00bb…<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s la mondialisation marchande dans les ann\u00e9es 2000, la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique est devenue le nouvel \u00e9pouvantail des populistes. Pour lutter contre ce discours climato-populiste, il faut le prendre \u00e0 son propre jeu en r\u00e9conciliant les \u00e9chelles, en \u00ab localisant le global \u00bb pour paraphraser Bruno Latour<\/a> <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La clef de l\u2019acceptabilit\u00e9 repose sur une approche territorialis\u00e9e de la transition \u00e9cologique. Embarquer les Fran\u00e7ais et les Europ\u00e9ens dans la transition \u00e9cologique, cela signifie leur laisser un mot \u00e0 dire sur la d\u00e9finition des leviers d\u2019action au niveau local et donner aux acteurs publics de terrain, notamment les maires, des marges de man\u0153uvre pour agir. C\u2019est cette conviction qui guide mon Tour de France de l\u2019\u00e9cologie et le principe des COP r\u00e9gionales que nous avons mises en place afin de d\u00e9cliner territorialement la planification \u00e9cologique : responsabiliser les acteurs de chaque territoire c\u2019est cr\u00e9er \u00e0 la fois un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019appropriation de la contrainte et d\u2019adaptation des solutions au terrain. Avec cette approche, nous r\u00e9concilions \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale l\u2019\u00e9motion avec l\u2019action, seul antidote \u00e0 la frustration dont se nourrit le populisme.<\/p>\n\n\n\n\n\n Il n\u2019y aura pas de transition \u00e9cologique dans un seul pays. Mais l\u2019\u00e9chelle nationale est centrale, car elle est le lieu privil\u00e9gi\u00e9 du d\u00e9bat d\u00e9mocratique et de la construction de notre imaginaire collectif. Ces deux dimensions se rejoignent d\u2019ailleurs : le r\u00e9cit national est la construction permanente, par le jeu d\u00e9mocratique, de ce \u00ab r\u00eave d\u2019avenir \u00bb qu\u2019\u00e9voquait Renan pour d\u00e9crire la Nation. Je suis convaincu que la transition \u00e9cologique doit devenir une dimension essentielle de cette ambition, de cette vision nationale de l\u2019avenir. Pour ce faire, il appartient \u00e0 nos proc\u00e9dures d\u00e9mocratiques de d\u00e9finir ce qu\u2019est le futur d\u00e9sirable vers lequel nous devons tendre et de cr\u00e9er les conditions politiques pour y arriver. C\u2019est redoutablement complexe, mais c\u2019est la condition de la r\u00e9ussite de notre mod\u00e8le face aux autocraties qui d\u00e9noncent l\u2019inefficacit\u00e9 et la lenteur des d\u00e9mocraties pour mieux les d\u00e9truire.<\/p>\n\n\n\n Il n\u2019y aura pas de transition \u00e9cologique dans un seul pays.\u00a0<\/p>Christophe B\u00e9chu<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n C\u2019est dans ce contexte de combat pour la d\u00e9mocratie qu\u2019Emmanuel Macron parle d\u2019une \u00ab \u00e9cologie \u00e0 la fran\u00e7aise \u00bb. Il a l\u2019intuition, que je partage pleinement, qu\u2019il existe un chemin national sp\u00e9cifique, marqu\u00e9 par notre histoire politique, administrative et sociale, vers une transition juste. Ce chemin est fait d\u2019un m\u00e9lange de planification \u00ab \u00e0 la fran\u00e7aise \u00bb, \u00e0 la fois d\u00e9mocratique et incitative, et de lib\u00e9ralisme \u00ab \u00e0 la fran\u00e7aise \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire pleinement attentif au respect des libert\u00e9s politiques et de la place de l\u2019Homme dans l\u2019\u00e9conomie. Concr\u00e8tement, avec la planification \u00e9cologique, l\u2019\u00c9tat a fix\u00e9 des objectifs ambitieux en mati\u00e8re de baisse des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, de pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9 et d\u2019adaptation au changement climatique. Maintenant, c\u2019est aux acteurs \u00e9conomiques, sociaux et territoriaux de s\u2019en emparer et d\u2019identifier les moyens de remplir ces objectifs.<\/p>\n\n\n\n Au-del\u00e0 de cette m\u00e9thode nationale de transition, il faut mener le combat de l\u2019imaginaire pour d\u00e9finir la civilisation que nous voulons. J\u2019assume de combattre <\/strong>des r\u00e9cits tr\u00e8s puissants, qui sont totalement contraires au mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 durable que nous devons construire : le r\u00e9cit de la fast fashion<\/em> et celui du Black Friday<\/em> qui vantent un mod\u00e8le de surconsommation insoutenable pour la plan\u00e8te mais aussi pour notre souverainet\u00e9 \u00e9conomique. Comment reconfigurer notre appareil productif pour le rendre plus souverain, plus circulaire, plus \u00e9conome en ressources ? Comment tendre vers une consommation plus sobre et plus locale ? Quel mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 conciliant la pr\u00e9servation de nos libert\u00e9s, de notre prosp\u00e9rit\u00e9 et de notre environnement, pouvons-nous collectivement d\u00e9finir ? Ce sont des aspirations profondes d\u2019une majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais. Et c\u2019est \u00e0 nous, politiques, d\u2019\u00e9laborer d\u00e9mocratiquement les voies et moyens de concr\u00e9tiser ces espoirs. <\/p>\n\n\n\n [<\/em>Lire plus : notre couverture exclusive de la COP28<\/em><\/a>]. <\/em><\/p>\n\n\n\nLe local, \u00e9chelle de l\u2019action<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n La Nation, \u00e9chelle de la vision<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
L\u2019Europe, \u00e9chelle de la puissance<\/strong><\/h2>\n\n\n\n