{"id":210321,"date":"2023-11-29T11:40:34","date_gmt":"2023-11-29T10:40:34","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=210321"},"modified":"2023-11-29T12:48:01","modified_gmt":"2023-11-29T11:48:01","slug":"que-faire-face-aux-crises-de-la-dette-une-conversation-avec-joseph-stiglitz-kemi-adeosun-ishac-diwan-et-martin-guzman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2023\/11\/29\/que-faire-face-aux-crises-de-la-dette-une-conversation-avec-joseph-stiglitz-kemi-adeosun-ishac-diwan-et-martin-guzman\/","title":{"rendered":"Que faire face aux crises de la dette ? Une conversation avec Joseph Stiglitz, Kemi Adeosun, Ishac Diwan et Mart\u00edn Guzm\u00e1n"},"content":{"rendered":"\n
Les racines des probl\u00e8mes actuels de la dette remontent \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s \u00e0 la fin du XXe<\/sup> si\u00e8cle et qui pr\u00e9sentent des similitudes frappantes avec ce qui s’est pass\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980 en Am\u00e9rique latine.<\/p>\n\n\n\n\n\n Dans les ann\u00e9es 1970, le monde a connu une s\u00e9rie de chocs p\u00e9troliers, principalement dus \u00e0 des pays comme l’Iran et l’Arabie saoudite, qui ont augment\u00e9 de fa\u00e7on spectaculaire leurs prix du p\u00e9trole en 1973 et 1979<\/a>. Alors que de nombreux pays ont d\u00fb faire face \u00e0 l’inflation qui en a r\u00e9sult\u00e9, l’Am\u00e9rique latine a \u00e9vit\u00e9 une catastrophe \u00e9conomique imm\u00e9diate, ce qui est assez unique. Cette stabilit\u00e9 relative a \u00e9t\u00e9 obtenue gr\u00e2ce \u00e0 des emprunts importants, souvent qualifi\u00e9s de \u00ab recyclage du p\u00e9trodollar \u00bb. La flamb\u00e9e des prix du p\u00e9trole a entra\u00een\u00e9 un afflux d’argent dans les pays producteurs de p\u00e9trole, et une partie de cet argent a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9e, l’Am\u00e9rique latine en \u00e9tant le principal b\u00e9n\u00e9ficiaire. Cette strat\u00e9gie a permis de stabiliser l’\u00e9conomie de la r\u00e9gion, alors m\u00eame que d’autres parties du monde souffraient d’inflation et de r\u00e9cessions. Toutefois, cette fr\u00e9n\u00e9sie d’emprunts a eu un inconv\u00e9nient majeur : elle a conduit \u00e0 une accumulation substantielle de dettes au sein des nations latino-am\u00e9ricaines.<\/p>\n\n\n\n Tant que les conditions mondiales restaient favorables, le fardeau de la dette semblait g\u00e9rable. Cependant, les \u00c9tats-Unis \u00e9taient aux prises avec leur propre probl\u00e8me d’inflation \u00e9lev\u00e9e, atteignant des niveaux sup\u00e9rieurs \u00e0 10 %, des niveaux jamais vus pendant une longue p\u00e9riode. La nomination de Paul Volcker \u00e0 la t\u00eate de la banque centrale am\u00e9ricaine a introduit une nouvelle doctrine \u00e9conomique. Cette doctrine, fond\u00e9e sur la conviction que l’inflation est avant tout un ph\u00e9nom\u00e8ne mon\u00e9taire, proposait que la masse mon\u00e9taire ne soit augment\u00e9e qu’en fonction du taux de croissance de l’\u00e9conomie. Volcker, influenc\u00e9 par cette doctrine, a pris des mesures sans en pr\u00e9voir pleinement les implications. Dans sa tentative de contr\u00f4ler l’inflation, il a augment\u00e9 les taux d’int\u00e9r\u00eat de fa\u00e7on spectaculaire, d\u00e9passant \u00e0 un moment donn\u00e9 les 20 %.<\/p>\n\n\n\n Pour l’Am\u00e9rique latine, les cons\u00e9quences ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sastreuses. Les taux d’int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9s ont pr\u00e9cipit\u00e9 ce que l’on appelle aujourd’hui la \u00ab d\u00e9cennie perdue \u00bb pour la r\u00e9gion, car les pays, accabl\u00e9s par leur dette, ont commenc\u00e9 \u00e0 manquer \u00e0 leurs engagements.<\/p>\n\n\n\n La doctrine Volcker, fond\u00e9e sur la conviction que l’inflation \u00e9tait avant tout un ph\u00e9nom\u00e8ne mon\u00e9taire, proposait que la masse mon\u00e9taire ne soit augment\u00e9e qu’en fonction du taux de croissance de l’\u00e9conomie.<\/p>Joseph Stiglitz<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Si l’on \u00e9tablit un parall\u00e8le avec une p\u00e9riode plus r\u00e9cente, certaines parties du monde, en particulier l’Afrique, ont connu un afflux de capitaux au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies. Le d\u00e9but du 21e<\/sup> si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par des taux de croissance \u00e9lev\u00e9s en Afrique, atteignant parfois une moyenne de 7 % par an. Beaucoup \u00e9taient optimistes, pensant que les probl\u00e8mes de croissance de l’Afrique avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement r\u00e9solus. Cependant, cette croissance \u00e9tait largement attribu\u00e9e \u00e0 la flamb\u00e9e des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res. Les perturbations financi\u00e8res mondiales qui ont suivi, y compris la r\u00e9ponse des \u00c9tats-Unis \u00e0 leurs propres d\u00e9fis \u00e9conomiques, ont involontairement entra\u00een\u00e9 d’importants flux de capitaux vers d’autres r\u00e9gions du monde, y compris l’Afrique.<\/p>\n\n\n\n En outre, l’initiative de la Chine, connue sous le nom de \u00ab Belt and Road Initiative \u00bb (BRI), peut \u00eatre discut\u00e9e dans diff\u00e9rents contextes<\/a>, qu’il s’agisse de ses d\u00e9fis inh\u00e9rents ou de sa port\u00e9e pionni\u00e8re. L’influence ind\u00e9niable de la BRI r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 remodeler l’architecture \u00e9conomique mondiale. Si elle a permis d’acheminer des fonds vers les pays en d\u00e9veloppement, en particulier l’Afrique, pour soutenir des projets d’infrastructure, ses implications plus larges ne peuvent \u00eatre ignor\u00e9es. Dans une contre-attaque strat\u00e9gique, les \u00c9tats-Unis ont \u00e9galement achemin\u00e9 des fonds, mais pas directement ; ils l’ont fait par le biais de m\u00e9canismes \u00e9tay\u00e9s par des garanties du gouvernement am\u00e9ricain.<\/p>\n\n\n\n Le paysage financier mondial qui en a r\u00e9sult\u00e9 pr\u00e9sentait un sc\u00e9nario de surendettement important, englobant \u00e0 la fois les secteurs priv\u00e9s et les gouvernements. L’arriv\u00e9e de la pand\u00e9mie n’a fait qu’exacerber ces tensions financi\u00e8res, entra\u00eenant un arr\u00eat brutal des flux financiers. Avec le resserrement des politiques mon\u00e9taires aux \u00c9tats-Unis et la perception du manque de fiabilit\u00e9 des pr\u00eats accord\u00e9s \u00e0 la Chine, de nombreux pays se sont retrouv\u00e9s dans une situation financi\u00e8re pr\u00e9caire. Cette situation pr\u00e9sentait des similitudes avec le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab d’arr\u00eat brutal \u00bb observ\u00e9 en Am\u00e9rique latine, caract\u00e9ris\u00e9 par l’arr\u00eat imm\u00e9diat des flux mon\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 ces probl\u00e8mes se sont ajout\u00e9s l’escalade des prix du p\u00e9trole due au conflit en Ukraine et la flamb\u00e9e des prix des denr\u00e9es alimentaires. De nombreux pays \u00e9taient au bord de la crise financi\u00e8re. La fronti\u00e8re t\u00e9nue entre la solvabilit\u00e9 et la capacit\u00e9 \u00e0 obtenir des fonds est devenue \u00e9vidente, soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 d’une gestion et d’une restructuration efficaces de la dette.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, la communaut\u00e9 internationale ne dispose pas d’un cadre coh\u00e9rent pour la restructuration de la dette souveraine. S’il existe des m\u00e9canismes pour les entreprises ou les particuliers surendett\u00e9s \u00e0 l’int\u00e9rieur d’un pays, la sph\u00e8re souveraine reste vide. Un ensemble de principes a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 pour guider cette restructuration au lendemain de la crise de 2008. Bien que l’Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies ait approuv\u00e9 ces principes \u00e0 une \u00e9crasante majorit\u00e9, l’opposition des principales \u00e9conomies, dont les \u00c9tats-Unis, a fait qu’aucun cadre universellement accept\u00e9 n’a vu le jour. Ce manque de structure a entra\u00een\u00e9 des probl\u00e8mes de coordination, les cr\u00e9anciers rivalisant pour obtenir le remboursement et manquant de confiance envers les autres parties prenantes.<\/p>\n\n\n\n La communaut\u00e9 internationale ne dispose pas d’un cadre coh\u00e9rent pour la restructuration de la dette souveraine.<\/p>Joseph Stiglitz<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le paysage actuel de la dette est compliqu\u00e9 par la nature vari\u00e9e des cr\u00e9anciers. Des institutions multilat\u00e9rales comme le FMI et la Banque mondiale aux entit\u00e9s priv\u00e9es et aux fonds sp\u00e9culatifs, l’ar\u00e8ne est plus multiforme que jamais. Une base de cr\u00e9anciers aussi diversifi\u00e9e ne fait qu’exacerber le d\u00e9fi de la coordination, entra\u00eenant des efforts de restructuration de la dette inad\u00e9quats et une stagnation financi\u00e8re prolong\u00e9e dans les r\u00e9gions touch\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Les enjeux sont ind\u00e9niablement \u00e9lev\u00e9s. De nombreux pays et leurs populations sont au bord d’une grave d\u00e9tresse \u00e9conomique. Simultan\u00e9ment, le besoin pressant d’une coop\u00e9ration mondiale dans des domaines tels que le changement climatique devient encore plus \u00e9vident. Cependant, les nations aux prises avec la dette auront du mal \u00e0 r\u00e9aliser les investissements n\u00e9cessaires, ce qui entravera encore davantage les efforts d\u00e9ploy\u00e9s au niveau mondial. Cette situation souligne l’importance de la coop\u00e9ration mondiale, non seulement dans le domaine financier, mais aussi pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes urgents tels que le changement climatique et les conflits r\u00e9gionaux. En l’\u00e9tat actuel des choses, favoriser une telle coop\u00e9ration dans l’ombre d’une dette \u00e9crasante reste un d\u00e9fi de taille.<\/p>\n\n\n\n En effet, l’afflux de capitaux en Afrique a suscit\u00e9 un grand enthousiasme. Cette manne financi\u00e8re s’est apparent\u00e9e \u00e0 un d\u00e9p\u00f4t inattendu sur un compte bancaire, ouvrant des opportunit\u00e9s et suscitant une forme d\u2019excitation. L’Afrique est devenue une destination attrayante pour diverses parties prenantes : la Chine, les entit\u00e9s europ\u00e9ennes et de nombreuses organisations multilat\u00e9rales.<\/p>\n\n\n\n L’Afrique est devenue une destination attrayante pour divers acteurs : la Chine, les entit\u00e9s europ\u00e9ennes et de nombreuses organisations multilat\u00e9rales. Toutefois, ce sentiment de prosp\u00e9rit\u00e9 nationale \u00e9tait quelque peu \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>Kemi Adeosun<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Toutefois, ce sentiment de prosp\u00e9rit\u00e9 nationale \u00e9tait quelque peu \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Il d\u00e9pendait d’int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques et \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 la croissance que ces nations avaient favoris\u00e9e. La chute des prix du p\u00e9trole en est un exemple frappant. Une fois que ces prix se sont effondr\u00e9s, l’attrait financier de l’Afrique a diminu\u00e9. Pour replacer ce changement dans son contexte, des pays comme le Nigeria, qui \u00e9taient auparavant des piliers financiers, ont commenc\u00e9 \u00e0 montrer des signes de tension financi\u00e8re qui s’est propag\u00e9e. Aujourd\u2019hui, de nombreuses r\u00e9gions en font \u2014 ou sont sur le point d\u2019en faire \u2014 l’exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n La d\u00e9cision de nombreux pays de relever leurs taux d’int\u00e9r\u00eat a largement contribu\u00e9 \u00e0 cette tension financi\u00e8re. Cette politique a r\u00e9duit l’attrait des flux de capitaux vers les pays africains. Le probl\u00e8me est qu’une part consid\u00e9rable de ces capitaux \u00e9trangers a \u00e9t\u00e9 canalis\u00e9e vers des initiatives sociales telles que les programmes de lecture dans les \u00e9coles et les transferts conditionnels d’argent. Ces programmes essentiels sont difficiles \u00e0 remettre en question, en particulier dans les syst\u00e8mes d\u00e9mocratiques o\u00f9 il est politiquement d\u00e9favorable de les restreindre.<\/p>\n\n\n\n La politique de hausse des taux d’int\u00e9r\u00eat a r\u00e9duit l’attrait des flux de capitaux vers les pays africains. Face au stress de la dette, la r\u00e9ponse logique aurait \u00e9t\u00e9 d’adopter des mesures d’aust\u00e9rit\u00e9, mais cela allait \u00e0 l’encontre du mandat populaire et d\u00e9mocratique de fournir des services sociaux et de maintenir les programmes. En fait, les gouvernements ont h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 s’attaquer de front \u00e0 la crise de la dette naissante, et beaucoup ont choisi de reporter le probl\u00e8me, l’aggravant au passage. <\/p>\n\n\n\n Ce qui intrigue le plus dans la dynamique financi\u00e8re des ann\u00e9es 2000, c’est la d\u00e9connexion \u00e9vidente entre la dette et la croissance. Dans l’id\u00e9al, l’endettement des pays devrait favoriser la croissance, ce qui leur permettrait de g\u00e9rer et, \u00e0 terme, de compenser cette dette. Cependant, la dette contract\u00e9e par de nombreux pays africains ne s’est pas traduite par une croissance tangible. L’une des raisons possibles, comme le mentionne notre collaborateur, est la nature de la croissance enregistr\u00e9e par des pays comme le Nig\u00e9ria. Leur croissance \u00e9tait li\u00e9e aux prix des mati\u00e8res premi\u00e8res, en particulier du p\u00e9trole. Cette forme de croissance n’est pas seulement exclusive, elle est aussi instable. Lorsque les prix des mati\u00e8res premi\u00e8res ont baiss\u00e9, les pays se sont retrouv\u00e9s en r\u00e9cession.<\/p>\n\n\n\n La dette contract\u00e9e par de nombreux pays africains ne s’est pas traduite par une croissance tangible.<\/p>Kemi Adeosun<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cela nous am\u00e8ne \u00e0 la question centrale : pourquoi la dette substantielle contract\u00e9e par les pays africains ne s’est-elle pas traduite par une croissance soutenue ? La qualit\u00e9 ou la nature du capital emprunt\u00e9 est-elle en cause ? Serait-ce li\u00e9 aux secteurs et aux projets dans lesquels les fonds ont \u00e9t\u00e9 inject\u00e9s ? En r\u00e9sum\u00e9, le lien (ou l’absence de lien) entre la dette et la croissance de l’Afrique est une question profonde qui n\u00e9cessite une analyse et une discussion approfondies. <\/p>\n\n\n\n Les crises \u00e9conomiques rev\u00eatent une importance consid\u00e9rable pour les soci\u00e9t\u00e9s qu’elles touchent, car elles fa\u00e7onnent souvent la vie de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Nombreux sont ceux qui se souviennent encore des crises des ann\u00e9es 1980 en Am\u00e9rique latine. D\u00e9clench\u00e9es par d’importantes hausses des taux d’int\u00e9r\u00eat am\u00e9ricains, elles ont eu un impact durable sur le continent, qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 aux prises avec un endettement galopant. De tels moments sont grav\u00e9s dans la m\u00e9moire collective, soulignant la nature profond\u00e9ment imbriqu\u00e9e de l’\u00e9conomie, de la politique et des exp\u00e9riences v\u00e9cues.<\/p>\n\n\n\n Des moments comme la crise des ann\u00e9es 1980 en Am\u00e9rique latine sont grav\u00e9s dans la m\u00e9moire collective, soulignant la nature profond\u00e9ment imbriqu\u00e9e de l’\u00e9conomie, de la politique et des exp\u00e9riences v\u00e9cues.<\/p>Mart\u00edn Guzm\u00e1n<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Des parall\u00e8les historiques peuvent \u00eatre \u00e9tablis entre cette \u00e9poque et le pr\u00e9sent. Alors que nous avions \u00e9t\u00e9 victimes de la contraction des politiques mon\u00e9taires dans les \u00e9conomies avanc\u00e9es \u00e0 l’\u00e9poque, nous observons aujourd’hui des sch\u00e9mas similaires. Ces contractions entra\u00eenent souvent un resserrement des conditions financi\u00e8res dans les pays du Sud, ce qui provoque des difficult\u00e9s \u00e9conomiques. Une diff\u00e9rence essentielle r\u00e9side toutefois dans la nature des d\u00e9tenteurs de la dette. Dans les ann\u00e9es 1980, le syst\u00e8me financier des \u00c9tats-Unis \u00e9tait profond\u00e9ment enchev\u00eatr\u00e9 dans la dette latino-am\u00e9ricaine. Si ces dettes n’avaient pas \u00e9t\u00e9 rembours\u00e9es, cela aurait sans doute provoqu\u00e9 une crise bancaire aux \u00c9tats-Unis qui, gr\u00e2ce \u00e0 leur appareil de politique \u00e9trang\u00e8re, ont pu emp\u00eacher une telle issue. Aujourd’hui, cependant, le paysage de la dette est plus fragment\u00e9, avec une exposition davantage orient\u00e9e vers les obligations du secteur priv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Cette \u00e9volution a des implications politiques. Auparavant, l’int\u00e9r\u00eat direct du Nord \u00e0 \u00e9viter une crise de la dette dans le Sud \u00e9tait plus prononc\u00e9. Aujourd’hui, les cons\u00e9quences syst\u00e9miques \u00e9tant moindres, il est moins urgent pour le Nord de s’attaquer aux crises de la dette dans le Sud.<\/p>\n\n\n\n L’un des grands d\u00e9fis du syst\u00e8me financier mondial est l’absence d’un cadre international pour la r\u00e9solution des cas d’insolvabilit\u00e9 des \u00c9tats souverains. Alors que les entreprises peuvent se d\u00e9clarer en faillite, ce qui offre un certain degr\u00e9 de pr\u00e9visibilit\u00e9 et de respect des principes \u00e9tablis, les nations ne disposent pas d’un tel moyen. Cela conduit \u00e0 des crises de la dette prolong\u00e9es, comme l’a not\u00e9 Joe Stiglitz, par exemple. <\/p>\n\n\n\n Aujourd’hui, il est moins urgent pour le Nord de s’attaquer aux crises de la dette dans le Sud.<\/p>Mart\u00edn Guzm\u00e1n<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour r\u00e9soudre ces crises, il faut s’attaquer \u00e0 deux probl\u00e8mes principaux : d\u00e9terminer le montant de la dette \u00e0 annuler et d\u00e9cider de la mani\u00e8re de r\u00e9partir cette annulation entre les diff\u00e9rents cr\u00e9anciers. Il s’agit l\u00e0 de processus politiquement charg\u00e9s, et des entit\u00e9s comme le FMI jouent un r\u00f4le central dans ces discussions. <\/p>\n\n\n\n Pour assurer la viabilit\u00e9 de la dette, deux variables sont primordiales : le taux d’int\u00e9r\u00eat (i) et le taux de croissance (g). L’\u00e9quilibre entre ces deux facteurs est fondamental pour la capacit\u00e9 d’un pays \u00e0 assurer le service de sa dette. La charge de la dette d’un pays devient plus facile \u00e0 g\u00e9rer si son \u00e9conomie conna\u00eet une croissance robuste, g\u00e9n\u00e9rant ainsi des recettes fiscales plus importantes. \u00c0 l’inverse, des taux d’int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9s sans croissance correspondante peuvent plonger les pays dans la d\u00e9tresse \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n La technologie, en particulier les progr\u00e8s de l’intelligence artificielle, repr\u00e9sente \u00e0 la fois un d\u00e9fi et une opportunit\u00e9 pour cette dynamique. Ces progr\u00e8s peuvent stimuler la productivit\u00e9 et favoriser la croissance \u00e9conomique. Cependant, elles peuvent \u00e9galement perturber les secteurs traditionnels, rendant incertaines toutes les pr\u00e9visions concernant le taux de croissance.<\/p>\n\n\n\n Il est \u00e9galement essentiel de reconna\u00eetre les implications g\u00e9opolitiques plus larges. Historiquement, les politiques et les d\u00e9cisions de pr\u00eat du FMI ont fait l’objet d’un examen minutieux, les critiques soulignant l’influence de l’institution sur les politiques nationales des pays emprunteurs. Certains affirment que les conditions des pr\u00eats du FMI peuvent limiter la marge de man\u0153uvre politique des nations, ce qui pourrait restreindre les strat\u00e9gies de promotion de la croissance ou les programmes sociaux.<\/p>\n\n\n\n En outre, la nature de la dette mondiale a \u00e9volu\u00e9. Contrairement aux ann\u00e9es 1980, o\u00f9 la majeure partie de la dette \u00e9tait d\u00e9tenue par des institutions bancaires du Nord, le paysage actuel est plus diversifi\u00e9, avec une part importante d\u00e9tenue sous forme d’obligations. Cette fragmentation des d\u00e9tenteurs de la dette, combin\u00e9e \u00e0 l’absence de cadre international pour les insolvabilit\u00e9s souveraines, pose des probl\u00e8mes importants. Les pays sont confront\u00e9s non seulement aux r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques du service de la dette, mais aussi aux implications politiques et sociales d’un \u00e9ventuel d\u00e9faut de paiement ou d’une restructuration.<\/p>\n\n\n\n Votre question porte sur un sujet important, surtout en cette p\u00e9riode de volatilit\u00e9. M\u00eame si je ne partage pas enti\u00e8rement le point de vue de Mart\u00edn, je pense qu’il y a des \u00e9l\u00e9ments essentiels qui m\u00e9ritent d’\u00eatre soulign\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Actuellement, la principale \u00e9motion qui se d\u00e9gage des pays en d\u00e9veloppement est la col\u00e8re. Apr\u00e8s une pouss\u00e9e de croissance qui a dur\u00e9 deux d\u00e9cennies, caract\u00e9ris\u00e9e par un taux de croissance moyen de 5 \u00e0 5,5 %, sous l’effet de facteurs tels que l’acc\u00e8s aux fonds chinois, l’essor du secteur priv\u00e9 et la hausse des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res. Ces progr\u00e8s ont propuls\u00e9 les pays de la pauvret\u00e9 vers le statut de pays \u00e0 revenu interm\u00e9diaire. Mais l’euphorie a \u00e9t\u00e9 de courte dur\u00e9e. La pand\u00e9mie de COVID-19 en 2019, dont les cons\u00e9quences ont \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9es par le manque de vaccins pour les pays africains et d’autres pays pauvres, associ\u00e9e au conflit ukrainien qui a fait grimper en fl\u00e8che les prix des denr\u00e9es alimentaires et des carburants, a renvers\u00e9 cette trajectoire. Avec la position des \u00c9tats-Unis sur l’inflation qui fait grimper les taux d’int\u00e9r\u00eat et le march\u00e9 obligataire qui se resserre, ces pays sont confront\u00e9s \u00e0 des d\u00e9fis financiers imminents.<\/p>\n\n\n\n La principale \u00e9motion qui se d\u00e9gage actuellement des pays en d\u00e9veloppement est la col\u00e8re.<\/p>Ishac Diwan<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 cette situation difficile s’ajoute le discours sur le changement climatique qui, bien qu’essentiel, \u00e9clipse la situation d\u00e9sastreuse dans laquelle se trouvent actuellement ces pays. Il y a un profond sentiment d’abandon et l’impression que les questions de d\u00e9veloppement ont \u00e9t\u00e9 mises de c\u00f4t\u00e9<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Bien que de nombreuses voix s’\u00e9l\u00e8vent, \u00e0 juste titre, pour d\u00e9noncer l’immoralit\u00e9 d’un endettement excessif, il est essentiel de faire la distinction entre les nations. Apr\u00e8s cette phase de croissance sans pr\u00e9c\u00e9dent, les pays se trouvent dans des situations financi\u00e8res vari\u00e9es. Alors que certains ont judicieusement canalis\u00e9 les fonds vers le d\u00e9veloppement des infrastructures, d’autres les ont d\u00e9tourn\u00e9s vers la corruption et la consommation non durable.<\/p>\n\n\n\n Daniel Cohen, notre estim\u00e9 coll\u00e8gue et membre fondateur<\/a> du Finance for Development Lab<\/a>, dans l’un de ses derniers articles intitul\u00e9 \u00ab The Fork in the Road of Development \u00bb (\u00ab la fourche sur la route du d\u00e9veloppement \u00bb), a mis l’accent sur ce choix. Il a illustr\u00e9 le dilemme qui consiste \u00e0 choisir entre une d\u00e9pendance exclusive \u00e0 l’\u00e9gard des institutions publiques et la cr\u00e9ation d’une voie \u00e9quilibr\u00e9e qui inclut les march\u00e9s priv\u00e9s, en particulier si l’on consid\u00e8re les investissements significatifs r\u00e9alis\u00e9s par ces nations.<\/p>\n\n\n\n Pour relever le d\u00e9fi climatique mondial, il est \u00e9vident que les fonds publics ne suffiront pas. Si la r\u00e9duction de la dette peut \u00eatre la solution pour certains, d’autres sont confront\u00e9s \u00e0 des probl\u00e8mes de liquidit\u00e9 en raison de l’enchev\u00eatrement des cr\u00e9anciers. La m\u00e9fiance actuelle entre des g\u00e9ants mondiaux comme la Chine et les \u00c9tats-Unis, combin\u00e9e aux appr\u00e9hensions du march\u00e9, complique encore les choses.<\/p>\n\n\n\n Pour relever le d\u00e9fi climatique mondial, il est \u00e9vident que les fonds publics ne suffiront pas. Ishac Diwan<\/p>Ishac Diwan<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Alors que le discours international s’oriente souvent vers les complexit\u00e9s de la r\u00e9duction de la dette, il est urgent de s’attaquer aux probl\u00e8mes de liquidit\u00e9. Cela n\u00e9cessite des efforts coordonn\u00e9s entre les secteurs priv\u00e9s, les banques multilat\u00e9rales de d\u00e9veloppement et des pays comme la Chine. Le d\u00e9fi sous-jacent consiste \u00e0 concevoir une strat\u00e9gie qui fasse le lien entre nos difficult\u00e9s financi\u00e8res actuelles et un avenir o\u00f9 l’accent sera mis sur les investissements dans l’adaptabilit\u00e9 climatique. Les d\u00e9lib\u00e9rations des r\u00e9unions du FMI et de la Banque mondiale \u00e0 Marrakech et les discussions d’aujourd’hui semblent orienter la conversation dans cette direction, ce qui permet d’esp\u00e9rer une strat\u00e9gie financi\u00e8re mondiale plus compl\u00e8te et tourn\u00e9e vers l’avenir.<\/p>\n\n\n\n\n\n Si l’on consid\u00e8re l’ampleur des fonds n\u00e9cessaires \u00e0 une v\u00e9ritable transition climatique, plut\u00f4t qu’\u00e0 de simples interventions \u00e0 court terme, la demande d\u00e9passe de loin ce que le march\u00e9 financier contemporain peut fournir. Les r\u00e9centes discussions de Marrakech, pendant les rencontres d’automne du FMI et de la Banque mondiale, ont mis en \u00e9vidence cette disparit\u00e9. Selon les estimations, il faudrait des milliers de milliards de dollars pour combler ce foss\u00e9. Le nouveau leadership de la Banque mondiale, qui t\u00e9moigne d’une reconnaissance de la r\u00e9alit\u00e9 du changement climatique, est un d\u00e9veloppement bienvenu. Un enthousiasme palpable entoure le r\u00f4le potentiel que cette institution pourrait assumer, accompagn\u00e9 de discussions sur l’augmentation de son capital afin d’accro\u00eetre ses capacit\u00e9s de pr\u00eat.<\/p>\n\n\n\n Si l’on consid\u00e8re l’ampleur des fonds n\u00e9cessaires \u00e0 une v\u00e9ritable transition climatique, plut\u00f4t qu’\u00e0 de simples interventions \u00e0 court terme, la demande d\u00e9passe de loin ce que le march\u00e9 financier actuel peut fournir.<\/p>Joseph Stiglitz<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Toutefois, ces efforts ne feront qu’effleurer la surface des besoins r\u00e9els. Un th\u00e8me r\u00e9current dans ces discours est l’imp\u00e9ratif d’impliquer le secteur priv\u00e9. Le raisonnement est clair : bien qu’il y ait un vif int\u00e9r\u00eat \u00e0 pr\u00eater \u00e0 des r\u00e9gions comme l’Afrique, le risque per\u00e7u a un effet dissuasif, comme le soulignent les primes de risque \u00e9lev\u00e9es. Cette r\u00e9alit\u00e9 n’a pas chang\u00e9 depuis plus d’une d\u00e9cennie, ce qui conduit beaucoup \u00e0 s’interroger sur la pertinence de s’appuyer sur les march\u00e9s financiers priv\u00e9s, compte tenu de leur faillibilit\u00e9 historique. La crise financi\u00e8re mondiale de 2008 en est un rappel pertinent. N\u00e9e de la prise de risques d\u00e9mesur\u00e9s par les march\u00e9s financiers, elle a \u00e9t\u00e9 suivie de nombreuses discussions sur les insuffisances du march\u00e9 et sur son orientation par trop court-termiste. \u00c9tant donn\u00e9 que le changement climatique exige des solutions \u00e0 long terme et que les investissements comportent des risques dans un climat mondial incertain, le scepticisme est de mise quant \u00e0 la capacit\u00e9 du secteur priv\u00e9. Apr\u00e8s tout, le secteur priv\u00e9 n’a pas pour mission traditionnelle de fournir des biens publics mondiaux. La question pertinente qui se pose est donc la suivante : pourquoi attendons-nous d’un secteur priv\u00e9 intrins\u00e8quement imparfait et myope qu’il finance une cause mondiale telle que le changement climatique ?<\/p>\n\n\n\n L’\u00e9nigme des liquidit\u00e9s complique encore la situation. Les banques centrales ont inject\u00e9 d’\u00e9normes sommes d’argent dans le secteur priv\u00e9. Le paradigme qui en r\u00e9sulte implique que les banques centrales pr\u00eatent \u00e0 des fonds sp\u00e9culatifs et \u00e0 d’autres entit\u00e9s priv\u00e9es, qui investissent ensuite dans les pays en d\u00e9veloppement. Ce syst\u00e8me alambiqu\u00e9 soul\u00e8ve la question suivante : pourquoi ne pas financer directement les banques multilat\u00e9rales de d\u00e9veloppement ?<\/p>\n\n\n\n Certes, les banques multilat\u00e9rales de d\u00e9veloppement ne sont pas exemptes de d\u00e9fauts. Toutefois, compte tenu des lacunes \u00e9videntes du secteur priv\u00e9 et de l’inefficacit\u00e9 du syst\u00e8me actuel, il pourrait \u00eatre prudent de renforcer le r\u00f4le de ces banques. Au lieu de placer tous ses espoirs dans le secteur priv\u00e9, une expansion plus significative du syst\u00e8me des banques multilat\u00e9rales de d\u00e9veloppement pourrait \u00eatre la voie \u00e0 suivre.<\/p>\n\n\n\n Le climat est un bien public mondial. Par cons\u00e9quent, la r\u00e9ponse \u00e0 ce probl\u00e8me devrait \u00e9galement \u00eatre mondiale et publique. Nous avons \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins d’actions collectives dans le pass\u00e9 et je suis optimiste quant \u00e0 une approche collaborative similaire aujourd’hui. Il semble qu’une dynamique se mette en place, le Nord global ayant progress\u00e9 au cours des trois derni\u00e8res ann\u00e9es, tandis que le Sud global est confront\u00e9 \u00e0 des d\u00e9fis qui lui sont propres<\/a>. Les initiatives telles que les projets de compensation des \u00e9missions de carbone suscitent un int\u00e9r\u00eat croissant et, bien qu’il existe des accords bilat\u00e9raux qui sont pour moi des validations de principe, il se peut qu’ils ne soient pas encore tout \u00e0 fait au point. Cependant, ils repr\u00e9sentent un pas dans la bonne direction.<\/p>\n\n\n\n Dans le domaine financier, des organisations telles que la Banque mondiale offrent des fonds mais exigent en contrepartie des r\u00e8gles et une obligation de rendre compte. Il s’agit de mesures positives, mais qui ne sont peut-\u00eatre pas toujours la priorit\u00e9 imm\u00e9diate lorsque des besoins fondamentaux tels que l’\u00e9lectricit\u00e9 et la nourriture sont urgents. L’\u00e9volution rapide des tendances multilat\u00e9rales pr\u00e9sente son propre lot de d\u00e9fis. Je pense que nous avons besoin d’instruments financiers innovants, comme un instrument vert de la Banque mondiale, ou d’outils qui r\u00e9duisent les risques des transactions pour le secteur priv\u00e9. Ces innovations pourraient \u00eatre essentielles pour l’Afrique, en particulier si nous rattachons ces fonds \u00e0 des projets tangibles.<\/p>\n\n\n\n En parlant de projets, les pr\u00eats chinois font souvent l’objet de d\u00e9bats. D’apr\u00e8s mon exp\u00e9rience personnelle de la n\u00e9gociation de plusieurs de ces pr\u00eats, j’appr\u00e9cie leur nature ax\u00e9e sur les projets. Il est possible de savoir o\u00f9 les fonds sont utilis\u00e9s, ce qui est essentiel pour assurer une croissance r\u00e9elle. Il existe bien s\u00fbr des contraintes fortes, comme l’obligation d’employer des entrepreneurs chinois, mais dans l’ensemble, ces structures ont des m\u00e9rites qu’il ne faut pas n\u00e9gliger.<\/p>\n\n\n\n En ce qui concerne la question urgente du financement du d\u00e9veloppement, il est imp\u00e9ratif que le soutien financier soit stable. Nous devons faire la diff\u00e9rence entre les financements qui servent simplement \u00e0 pallier les crises imminentes et ceux qui soutiennent v\u00e9ritablement le d\u00e9veloppement durable. Deux types de financement viennent \u00e0 l’esprit : ceux qui s’appuient sur une base stable d’investisseurs et ceux qui sont d’origine publique.<\/p>\n\n\n\n Dans le contexte actuel, le refinancement par l’interm\u00e9diaire d’institutions multilat\u00e9rales r\u00e9gionales gagne en importance. Cela s’explique par leur proximit\u00e9 avec le pays b\u00e9n\u00e9ficiaire et par une meilleure repr\u00e9sentation de celui-ci. Il est donc essentiel de favoriser la croissance des institutions financi\u00e8res r\u00e9gionales.<\/p>\n\n\n\n Pour r\u00e9pondre \u00e0 la question pressante du financement du d\u00e9veloppement, il est imp\u00e9ratif que le soutien financier soit stable.<\/p>Mart\u00edn Guzm\u00e1n<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Cependant, de nombreuses r\u00e9gions sont confront\u00e9es \u00e0 l’impr\u00e9visibilit\u00e9 des financements \u00e9trangers, en particulier lorsqu’ils proviennent du secteur priv\u00e9, qu’ils sont libell\u00e9s en devises \u00e9trang\u00e8res et qu’ils sont r\u00e9gis par des lois \u00e9trang\u00e8res. Ces fonds peuvent affluer de mani\u00e8re inattendue et s’arr\u00eater tout aussi brusquement, en entra\u00eenant non seulement des crises budg\u00e9taires, mais aussi des vuln\u00e9rabilit\u00e9s syst\u00e9miques.<\/p>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nKemi Adesosun, en tant qu’ancienne ministre de l’\u00e9conomie du Nigeria, que pensez-vous de ces deux phases distinctes : le flux de capitaux vers l’Afrique et la situation actuelle dans laquelle nous nous trouvons ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Kemi Adeosun<\/strong><\/h4>\n\n\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nMart\u00edn Guzm\u00e1n, en tant qu’ancien ministre de l’\u00e9conomie de l’Argentine, que faire pour mettre en place une gestion efficace de la dette, tant au niveau national qu’international ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Mart\u00edn Guzm\u00e1n<\/strong><\/h4>\n\n\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nIshac Diwan, que pensez-vous de l’affirmation selon laquelle il n’existe pas de m\u00e9canisme structur\u00e9 pour g\u00e9rer la restructuration de la dette souveraine ? Compte tenu du syst\u00e8me actuel, pr\u00e9coniseriez-vous des r\u00e9formes, ou pensez-vous qu’une refonte plus radicale, qui impliquerait de tout reconstruire<\/strong>, <\/strong>est n\u00e9cessaire pour envisager des solutions ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Ishac Diwan<\/strong><\/h4>\n\n\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n\u00c0 la lumi\u00e8re des r\u00e9centes d\u00e9clarations, comment percevez-vous les discussions en cours sur la fragmentation g\u00e9opolitique ? Est-il possible de parvenir \u00e0 une compr\u00e9hension plus globale des situations de chaque pays, en \u00e9vitant de se concentrer uniquement sur les crises ? Sentez-vous un \u00e9lan croissant en faveur d\u2019une r\u00e9forme des architectures financi\u00e8res mondiales ou, au contraire, en sommes-nous loin ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Joseph Stiglitz<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\u00c0 la lumi\u00e8re de la prochaine COP 28 et du sommet africain sur le climat qui s’est tenu en septembre \u00e0 Nairobi<\/strong><\/a>, comment caract\u00e9riseriez-vous l’\u00e9volution du paysage des cr\u00e9anciers et des solutions, tant dans le secteur public que dans le secteur priv\u00e9 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Kemi Adeosun<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
Compte tenu du diagnostic actuel, quels sont les nouveaux instruments et processus que vous pr\u00e9voyez ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Mart\u00edn Guzm\u00e1n<\/strong><\/h4>\n\n\n\n